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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/34445-8.txt b/34445-8.txt new file mode 100644 index 0000000..cea45c5 --- /dev/null +++ b/34445-8.txt @@ -0,0 +1,24353 @@ +The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de P. Corneille, by Pierre Corneille + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Oeuvres de P. Corneille + Tome II + +Author: Pierre Corneille + +Editor: Ch. (Charles Joseph) Marty-Laveaux + +Release Date: November 25, 2010 [EBook #34445] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE P. CORNEILLE *** + + + + +Produced by Hélène de Mink, Carlo Traverso and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + Notes de transcription: + Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été + corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été + harmonisée. + + Les vers sont en principe numérotés toutes les 5 lignes, les + numéros omis dans l'original sont également omis dans cette + version. + + + + + ASSOCIATION + + des + + anciens élèves + + du Lycée + + LOUIS-LE-GRAND + + + + + LES + + GRANDS ÉCRIVAINS + + DE LA FRANCE + + NOUVELLES ÉDITIONS + + PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION + + DE M. AD. REGNIER + + Membre de l'Institut + + + + + OEUVRES + + DE + + P. CORNEILLE + + TOME II + + + PARIS.--IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET Cie + + Rue de Fleurus, 9 + + + + + OEUVRES + + DE + + P. CORNEILLE + + NOUVELLE ÉDITION + + REVUE SUR LES PLUS ANCIENNES IMPRESSIONS + + ET LES AUTOGRAPHES + + ET AUGMENTÉE + + de morceaux inédits, des variantes, de notices, de notes, d'un lexique + des mots et locutions remarquables, d'un portrait, d'un fac-simile, etc. + + PAR M. CH. MARTY-LAVEAUX + + TOME DEUXIÈME + + PARIS + + LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie + + BOULEVARD SAINT-GERMAIN + + 1862 + + + + + LA + + GALERIE DU PALAIS + + COMÉDIE + + 1634 + + + + +NOTICE. + + +Cette comédie, qui a eu plus de succès que toutes celles que Corneille +a fait représenter avant _le Cid_[1], est curieuse à divers titres, et +principalement pour l'histoire du théâtre. + +D'abord c'est dans cette pièce qu'il a substitué pour la première +fois, comme il en fait lui-même la remarque[2], une suivante à la +nourrice traditionnelle de la vieille comédie qu'il avait fait figurer +dans _Mélite_ et dans _la Veuve_. A partir de ce moment, l'acteur +Alison, dont on ignore le nom véritable, et qui remplissait sous le +masque cet emploi de nourrice, ne joua plus jusqu'à sa retraite que +certains rôles de vieilles femmes ridicules. En jetant les yeux sur la +planche qui se trouve en tête de _la Veuve_, dans les éditions de 1660 +et 1664, on est frappé de l'air masculin de la nourrice, et l'on se +demande si le dessinateur n'a pas voulu représenter le visage ou le +masque d'Alison. + +Ensuite notre poëte, qui a dit spirituellement dans la préface de +_Clitandre_, en parlant de la scène, dont il abandonne le choix au +lecteur: «Où vous l'aurez une fois placée, elle s'y tiendra,» nous +présente ici, au premier acte et au quatrième, un lieu non-seulement +très-bien déterminé, mais réel, la Galerie du Palais, parfaitement +connue de tous ses auditeurs, qui durent sans aucun doute prendre +grand plaisir à ce spectacle, car aujourd'hui encore ce moyen de +succès, bien qu'on en ait fort abusé, manque rarement son effet. + +La lingère nous fournit quelques détails sur l'histoire du costume, +sur les variations de la mode: elle nous apprend, par exemple, combien +les toiles de soie, dédaignées d'abord, furent ensuite recherchées, +et nous dit pourquoi elles le furent. Les conversations du libraire et +de ses acheteurs présentent plus d'intérêt. Il est vrai que bon nombre +de leurs allusions littéraires sont pour nous autant d'énigmes dont il +nous est impossible de découvrir le mot, et qui n'en avaient +probablement pas et n'étaient destinées qu'à faire naître les +conjectures des spectateurs désireux de paraître initiés ou de faire +les entendus; mais nous trouvons parmi ces énigmes quelques +renseignements clairs et précis: nous apprenons, par exemple, que la +vogue avait passé des romans aux pièces de théâtre, et que la +Normandie avait acquis un grand renom par ses productions poétiques. +Cette dernière assertion, venant d'un Rouennais, pourrait paraître un +peu suspecte; mais par bonheur, pour confirmer son témoignage, nous +pouvons invoquer celui d'un Angevin. Dans l'avis _Au lecteur_ +d'_Hippolyte_, tragédie publiée en 1635, le sieur de la Pinelière +prétend que beaucoup de gens expérimentés lui auraient conseillé +peut-être de taire son pays «plutôt que de le mettre en gros +caractères au frontispice de son ouvrage;» et il ajoute: «Pour être +estimé autrefois poli dans la Grèce il ne falloit que se dire +d'Athènes, pour avoir la réputation de vaillant il falloit être de +Lacédémone, et maintenant, pour se faire croire excellent poëte, il +faut être né dans la Normandie.» Sur quoi Fontenelle fait observer +qu'il est assez remarquable qu'il y ait eu un temps où l'on se soit +cru obligé de faire ses excuses au public de ne pas être Normand. Au +reste cet engouement du poëte angevin s'explique peut-être par +l'honneur que lui avait fait Corneille de composer une pièce de vers +pour son _Hippolyte_: on la trouvera dans les _Poésies diverses_, où +elle figure pour la première fois. + +On peut rapprocher des détails que donne Corneille sur les libraires +et leurs boutiques certains passages des auteurs de son temps. Par +exemple, dans l'avis du libraire au lecteur qui est en tête de +_Philine ou l'Amour contraire_, pastorale du sieur de la Morelle, +publiée en 1630, nous lisons ce qui suit: «S'il y falloit faire un +argument, il faudroit une main de papier entière; joint que la +principale raison pourquoi on n'en fait point, c'est le peu de +curiosité que beaucoup de personnes ont d'en acheter (_des pièces de +théâtre_), après que tout un matin ou une après-dînée ils en ont lu +l'argument sur la boutique d'un libraire, qui leur apprend pour rien +ce qu'ils ne sauroient que pour de l'argent. Chacun aime son profit, +ne t'en étonne pas. Adieu.» + +Une vue de la Galerie du Palais, par Abraham Bosse, nous montre les +boutiques d'un libraire, d'un mercier, et d'une lingère. Le +dessinateur s'est complu à multiplier au devant de ces boutiques des +inscriptions par lesquelles il appelle sur lui-même l'attention du +lecteur et qui prouvent que les procédés actuels de la réclame ne sont +pas nouveaux. Le mercier, par exemple, tient un carton sur lequel ou +lit: _éventails de Bosse_, et le libraire est principalement fourni +des livres pour lesquels ce graveur a fait des frontispices. _La +Mariane_ de Tristan qui figure parmi ces ouvrages nous montre que +cette planche est, au plus tôt, de 1637. On lit au bas les vers +suivants qui expliquent et complètent certains passages de la comédie +de Corneille: + + Tout ce que l'art humain a jamais inventé + Pour mieux charmer les sens par la galanterie, + Et tout ce qu'ont d'appas la grâce et la beauté + Se découvre à nos yeux dans cette galerie. + + Ici les cavaliers les plus aventureux + En lisant les romans s'animent à combattre, + Et de leur passion les amants langoureux + Flattent les mouvements par des vers de théâtre. + + Ici faisant semblant d'acheter devant tous + Des gants, des éventails, du ruban, des dentelles, + Les adroits courtisans se donnent rendez-vous, + Et pour se faire aimer galantisent les belles. + + Ici quelque lingère, à faute de succès + A vendre abondamment, de colère se pique + Contre les chicaneurs, qui, parlant de procès, + Empêchent les chalands d'aborder sa boutique. + +Dans ses _Épîtres_, publiées en 1637, Boisrobert nous montre les +libraires du Palais annonçant à haute voix leurs nouveautés: + + Ce qui surtout blesse ma modestie, + Et qui ne peut souffrir de repartie, + C'est que mon nom retentira partout + Dans le Palais de l'un à l'autre bout. + Si je vais là parfois pour mes affaires, + Que deviendrai-je oyant trente libraires + Me clabauder et crier de concert: + «Deçà, messieurs, achetez Boisrobert[3]?» + +Dans une _Réponse_ à une autre épître, Conrart complète ainsi ce +tableau[4]: + + Fais venir dans ton cabinet + Courbé, Sommaville et Quinet[5], + Et sans barguigner leur délivre + Tes lettres pour en faire un livre, + Qu'ils clabauderont au Palais + Tous les jours au sortir des plaids. + +En 1652, Berthod, dans sa _Ville de Paris en vers burlesques_, publiée +chez J. B. Loyson, donne une description de la Galerie du Palais trop +étendue pour que nous la reproduisions ici en entier, mais dont nous +croyons devoir extraire les passages suivants: + + .... Les courretieres d'amours + Font mille tours de passe-passe. + Le mal s'y fait de bonne grâce: + Les plus sages y sont trompés. + J'en sais qui furent attrapés + Allant un jour, par raillerie, + Faire un tour de la Galerie + Du Palais, où l'on fait ces coups. + «Çà, Monseu, qu'achèterez-vous? + Dit une belle librairesse. + . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . + «Voulez-vous voir la Galatée[6], + La Niobé[7], la Pasithée[8], + _La Mort de César_[9], _Jodelet_[10], + Le _Cinna, le Maître valet_[11], + Tout le recueil des comédies? + Voici de belles tragédies + Qu'on a faites depuis deux jours. + . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . + J'ai tout Rablais[12] et l'Agrippa, + Il n'y manque pas un iota.... + C'est pour porter à la pochette, + Mais je vous le vends en cachette.» + . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . + «Approchez-vous ici, Madame! + Là, voyez donc, venez, venez, + Voici ce qu'il vous faut, tenez!» + Dit un autre marchand, qui crie + Du milieu de la galerie: + «J'ai de beaux masques, de beaux glands, + De beaux mouchoirs, de beaux galands[13]: + Venez ici, Mademoiselle, + J'ai de bellissime dentelle, + Des points coupés[14] qui sont fort beaux, + De beaux étuis, de beaux ciseaux, + De la neige[15] des plus nouvelles; + J'ai des cravates des plus belles, + Un manchon, un bel éventail, + Des pendants d'oreilles d'émail, + Une coëffe de crapaudaille[16], + J'ai de beaux ouvrages de paille.» + . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . + Mais écoutons cette marchande: + «Monseu, j'ai de belle Hollande[17], + Des manchettes, de beaux rabats, + De beaux collets, de fort beaux bas. + Achetez-vous quelque chemise? + Voici de belle marchandise! + Venez, Monseu, venez à moi, + Vous aurez bon marché, ma foi!» + +En 1663, Montfleury choisit la Galerie du Palais pour y placer son +_Impromptu de l'Hôtel de Condé_[18]. Au commencement de la pièce, de +Villiers et Beauchâteau rencontrent un de leurs amis, qui les arrête +en leur disant: + + Qui vous mène au Palais? + + BEAUCHATEAU. + + Le seul dessein d'y faire + Emplette de ruban qui nous est nécessaire. + + LÉANDRE. + + Et vous en faut-il tant? + + DE VILLIERS. + + Comment s'il nous en faut? + Vous pouvez en juger: demain Monsieur Boursaut + Fait jouer sa réponse[19], et j'ai l'honneur d'y faire + Un marquis malaisé qui ne sauroit se taire. + Jugez après cela s'il nous faut des rubans. + +Plus loin dans la même pièce se trouve une revue des auteurs du temps +fort analogue à celle de _la Galerie du Palais_. Elle se passe entre +Alis, marchande de livres, et un marquis, que nous n'aurions nulle +envie de quereller sur ses goûts, si au ridicule qu'on lui prête de +préférer Molière à Quinault, à Boursault, à Poisson et même à Boyer, +il ne joignait le tort, plus grave à nos yeux, de ranger aussi +Corneille au nombre de ceux qu'il dédaigne. + +En 1682 les comédiens italiens donnèrent _Arlequin, lingère du +Palais_, où l'on trouve une scène qui a quelque ressemblance avec +celle de la dispute de la Lingère et du Mercier[20]. Ici c'est avec un +limonadier que la lingère a maille à partir. Arlequin joue à lui seul +les deux rôles, et vêtu tout à la fois en homme et en femme, il se +retourne avec une grande agilité pour représenter alternativement +chacun des deux personnages. Ce n'est pas le seul souvenir de +Corneille que renferme cette pièce; on y trouve une parodie de la +scène du _Cid_ où Rodrigue se présente chez Chimène[21]. Une note nous +apprend que dans ce morceau Arlequin s'appliquait à imiter le ton et +la démarche de la Champmeslé. + +_La Galerie du Palais_, représentée en 1634, ne fut imprimée qu'en +1637, en vertu d'un privilége accordé, «le vingtvniesme iour de +Ianuier l'an de grace mil six cens trente sept,» à Augustin Courbé, +qui y associa François Targa. «Nostre bien amé Augustin Courbé, +Libraire à Paris, nous a fait remonstrer, dit ce privilége, qu'il a +recouuré un manuscrit contenant trois Comedies, sçavoir: _la Galerie +du Palais, ou l'Amie Riualle_, _la Place Royalle, ou l'Amoureux +Extrauagant_, et _la Suiuante_; et une Tragi-Comedie, intitulée _le +Cid_, composées par Monsieur Corneille.» La première de ces pièces +forme un volume in-4º, de 4 feuillets et 143 pages, dont le titre +exact est: LA GALERIE DV PALAIS OV L'AMIE RIVALLE, COMEDIE. _A Paris, +chez Augustin Courbé, Imprimeur et Libraire de Monseigneur frere du +Roy dans la petite Salle du Palais, à la Palme_, M.DC.XXXVII. _Auec +priuilege du Roy._ + +L'achevé d'imprimer est du 20 février. En 1644 Corneille a supprimé le +sous-titre de cet ouvrage. + +FOOTNOTES: + + [1] Voyez plus bas, p. 10. + + [2] Voyez plus bas, p. 14. + + [3] _Épître en forme de préface_, p. 4. + + [4] Page 197. + + [5] Ce sont les noms de trois libraires du Palais. + + [6] Nous ne connaissons sous ce titre que _la Galatée divinement + délivrée_, pastourelle en cinq actes, de Jacques de Fonteny, qui + se trouve dans un volume intitulé _les Ressentiments de Jacques + de Fonteny pour sa Céleste_, 1587; mais il est peu probable que + Berthod ait en vue un ouvrage aussi ancien. + + [7] Tragédie, par Frénicle, 1632. + + [8] Tragi-comédie, par Pierre de Troterel, sr d'Aves, 1624. + + [9] Tragédie par Scudéry, 1636. + + [10] _Jodelet, astrologue_, comédie, par Antoine le Métel, sieur + d'Ouville, 1646. + + [11] _Jodelet ou le maître valet_, comédie, par Scarron, 1645. + + [12] Les inscriptions qui, dans la planche de Bosse, surmontent + la boutique du libraire, portent entre autres titres ceux de + quelques ouvrages fort libres, qui pouvaient bien se vendre au + Palais, mais à coup sûr ne s'y affichaient pas. + + [13] Noeuds de rubans. + + [14] On lit dans le _Dictionnaire universel_ de Furetière de + 1690: «_Point coupé_ étoit autrefois une dentelle à jour qu'on + faisoit en collant du filet sur du quintin, et puis en perçant et + emportant la toile qui étoit entre deux.» Il n'est peut-être pas + inutile d'ajouter que le même lexicographe définit ainsi le + _quintin_: «Toile fort fine et fort claire, dont on fait des + collets et des manchettes.» + + [15] «Sorte de dentelle dont on portoit il y a neuf ou dix ans.» + (_Dictionnaire de Richelet_, 1680.) + + [16] Crépon, laine légère. + + [17] Toile de Hollande. + + [18] _L'Impromptu de l'Hôtel de Condé_ est une réponse + d'Antoine-Jacob Montfleury à _l'Impromptu de Versailles_, où son + père et les principaux comédiens de l'Hôtel de Bourgogne avaient + été parodiés par Molière. + + [19] _Le Portrait du peintre ou la critique de l'École des + Femmes._ + + [20] Voyez la scène XII du IVe acte de _la Galerie du Palais_. + + [21] Acte III, scène IV. + + +A MADAME DE LIANCOUR[22]. + + MADAME, + +Je vous demande pardon si je vous fais un mauvais présent; non pas que +j'aye si mauvaise opinion de cette pièce, que je veuille condamner les +applaudissements qu'elle a reçus, mais parce que je ne croirai jamais +qu'un ouvrage de cette nature soit digne de vous être présenté. Aussi +vous supplierai-je très-humblement de ne prendre pas tant garde à la +qualité de la chose, qu'au pouvoir de celui dont elle part: c'est tout +ce que vous peut offrir un homme de ma sorte; et Dieu ne m'ayant pas +fait naître assez considérable pour être utile à votre service, je me +tiendrai trop récompensé d'ailleurs si je puis contribuer en quelque +façon à vos divertissements. De six comédies qui me sont +échappées[23], si celle-ci n'est la meilleure, c'est la plus heureuse, +et toutefois la plus malheureuse en ce point, que n'ayant pas eu +l'honneur d'être vue de vous, il lui manque votre approbation, sans +laquelle sa gloire est encore douteuse, et n'ose s'assurer sur les +acclamations publiques. Elle vous la vient demander, Madame, avec +cette protection qu'autrefois _Mélite_ a trouvée si favorable. +J'espère que votre bonté ne lui refusera pas l'une et l'autre, ou que +si vous désapprouvez sa conduite, du moins vous agréerez mon zèle, et +me permettrez de me dire toute ma vie, + + MADAME, + + Votre très-humble, très-obéissant, + et très-obligé serviteur, + + CORNEILLE. + +FOOTNOTES: + + [22] Voyez, dans le tome I, la note de la p. 134. Cette épître + dédicatoire se trouve dans les éditions de 1637-1657. + + [23] _Mélite, la Veuve, la Galerie du Palais, la Suivante, la + Place Royale_ et _l'Illusion comique_. En 1637, au moment où + Corneille écrivait cette dédicace, il avait en outre fait + _Clitandre_ et _le Cid_, mais c'étaient des _tragi-comédies_. + + +EXAMEN. + +Ce titre[24] seroit tout à fait irrégulier, puisqu'il n'est, fondé que +sur le spectacle du premier acte, où commence l'amour de Dorimant pour +Hippolyte, s'il n'étoit autorisé par l'exemple des anciens, qui +étoient sans doute encore bien plus licencieux, quand ils ne donnoient +à leurs tragédies que le nom des choeurs, qui n'étoient que témoins de +l'action, comme _les Trachiniennes_[25] et _les Phéniciennes_[26]. +L'_Ajax_[27] même de Sophocle ne porte pas pour titre _la Mort +d'Ajax_, qui est sa principale action, mais _Ajax porte-fouet_, qui +n'est que l'action du premier acte[28]. Je ne parle point des _Nues_, +des _Guêpes_ et des _Grenouilles_ d'Aristophane; ceci doit suffire +pour montrer que les Grecs, nos premiers maîtres, ne s'attachoient +point à la principale action pour en faire porter le nom à leurs +ouvrages, et qu'ils ne gardoient aucune règle sur cet article. J'ai +donc pris ce titre de _la Galerie du Palais_, parce que la promesse de +ce spectacle extraordinaire, et agréable pour sa naïveté, devoit +exciter vraisemblablement la curiosité des auditeurs; et ç'a été pour +leur plaire plus d'une fois, que j'ai fait paroître ce même spectacle +à la fin du quatrième acte, où il est entièrement inutile, et n'est +renoué avec celui du premier que par des valets[29] qui viennent +prendre dans les boutiques ce que leurs maîtres y avoient acheté, ou +voir si les marchands ont reçu les nippes qu'ils attendoient. Cette +espèce de renouement lui étoit nécessaire, afin qu'il eût quelque +liaison qui lui fît trouver sa place, et qu'il ne fût pas tout à fait +hors d'oeuvre. La rencontre que j'y fais faire d'Aronte[30] et de +Florice est ce qui le fixe particulièrement en ce lieu-là; et sans cet +incident, il eût été aussi propre à la fin du second et du +troisième[31], qu'en la place qu'il occupe. Sans cet agrément, la +pièce auroit été très-régulière pour l'unité du lieu[32] et la liaison +des scènes, qui n'est interrompue que par là. Célidée et Hippolyte +sont deux voisines dont les demeures ne sont séparées que par le +travers d'une rue, et ne sont pas d'une condition trop élevée pour +souffrir que leurs amants les entretiennent à leur porte. Il est vrai +que ce qu'elles y disent seroit mieux dit dans une chambre ou dans une +salle, et même ce n'est[33] que pour se faire voir aux spectateurs +qu'elles quittent cette porte où elles devroient être retranchées, et +viennent parler au milieu de la scène; mais c'est un accommodement de +théâtre qu'il faut souffrir pour trouver cette rigoureuse unité de +lieu qu'exigent les grands réguliers. Il sort un peu de l'exacte +vraisemblance et de la bienséance même; mais il est presque impossible +d'en user autrement; et les[34] spectateurs y sont si accoutumés, +qu'ils n'y trouvent rien qui les blesse. Les anciens, sur les exemples +desquels on a formé les règles, se donnoient cette liberté. Ils +choisissoient pour le lieu de leurs comédies, et même de leurs +tragédies, une place publique; mais je m'assure qu'à les bien +examiner, il y a plus de la moitié de ce qu'ils font dire qui seroit +mieux dit dans la maison qu'en cette place. Je n'en produirai qu'un +exemple, sur qui le lecteur en pourra trouver d'autres. + +_L'Andrienne_ de Térence commence par le vieillard Simon, qui revient +du marché avec des valets chargés de ce qu'il vient d'acheter pour les +noces de son fils; il leur commande d'entrer dans sa maison avec leur +charge, et retient avec lui Sosie, pour lui apprendre que ces noces ne +sont que des noces feintes, à dessein de voir ce qu'en dira son fils, +qu'il croit engagé dans une autre affection, dont il lui conte +l'histoire. Je ne pense pas qu'aucun me dénie qu'il seroit mieux dans +sa salle à lui faire confidence de ce secret que dans une rue. Dans la +seconde scène, il menace Davus de le maltraiter, s'il fait aucune +fourbe pour troubler ces noces: il le menaceroit plus à propos dans sa +maison qu'en public; et la seule raison qui le fait parler devant son +logis, c'est afin que ce Davus, demeuré seul, puisse voir Mysis sortir +de chez Glycère, et qu'il se fasse une liaison d'oeil entre ces deux +scènes; ce qui ne regarde pas l'action présente de cette première, qui +se passeroit mieux dans la maison, mais une action future qu'ils ne +prévoient point, et qui est plutôt du dessein du poëte, qui force un +peu la vraisemblance pour observer les règles de son art, que du choix +des acteurs qui ont à parler, qui ne seroient pas où les met le poëte, +s'il n'étoit question que de dire ce qu'il leur fait dire. Je laisse +aux curieux à examiner le reste de cette comédie de Térence; et je +veux croire qu'à moins que d'avoir l'esprit fort préoccupé d'un +sentiment contraire, ils demeureront d'accord de ce que je dis. + +Quant à la durée de cette pièce, elle est dans le même ordre que la +précédente, c'est-à-dire dans cinq jours consécutifs. Le style en est +plus fort et plus dégagé des pointes dont j'ai parlé[35], qui s'y +trouveront assez rares. Le personnage de nourrice, qui est de la +vieille comédie, et que le manque d'actrices sur nos théâtres y avoit +conservé jusqu'alors, afin qu'un homme le pût représenter sous le +masque, se trouve ici métamorphosé en celui de suivante, qu'une femme +représente sur son visage. Le caractère des deux amantes a quelque +chose de choquant, en ce qu'elles sont toutes deux amoureuses d'hommes +qui ne le sont point d'elles, et Célidée particulièrement s'emporte +jusqu'à s'offrir elle-même. On la pourroit excuser sur le violent +dépit qu'elle a de s'être vue méprisée par son amant, qui en sa +présence même a conté des fleurettes à une autre; et j'aurois de plus +à dire que nous ne mettons pas sur la scène des personnages si +parfaits, qu'ils ne soient sujets à des défauts et aux foiblesses +qu'impriment les passions; mais je veux bien avouer que cela va trop +avant, et passe trop la bienséance et la modestie du sexe, bien +qu'absolument il ne soit pas condamnable. En récompense, le cinquième +acte est moins traînant que celui des précédentes, et conclut deux +mariages sans laisser aucun mécontent; ce qui n'arrive pas dans +celles-là. + +FOOTNOTES: + + [24] Il faut se rappeler qu'on lit en tête des examens du premier + volume de l'édition de 1682: _Examen des poëmes contenus en cette + première partie_, et en tête de chacun le titre de la pièce + seulement; ici par exemple: _La Galerie du Palais_. Voyez tome I, + p. 137, note 1. + + [25] Ce titre, choisi par Sophocle, fait seulement connaître que + la scène est à Trachine, au pied du mont Oeta, mais il n'indique + en aucune manière que la pièce a pour sujet la mort d'Hercule. + + [26] Ces Phéniciennes sont des jeunes filles venues de Tyr à + Thèbes. Au moment où elles vont pour se rendre de cette dernière + ville à Delphes afin d'y être consacrées au culte d'Apollon, + elles sont retenues par l'arrivée de l'armée que Polynice fait + avancer contre Étéocle, et assistent ainsi malgré elles à la + lutte des deux frères. + + [27] VAR. (édit. de 1660): Ajax (_au lieu de_ l'Ajax). + + [28] Nous savons par l'argument grec de cette tragédie que + d'abord elle était simplement intitulée _Ajax_ et que Dicéarque + l'appelait _la Mort d'Ajax_. L'époque où l'on a jugé à propos + d'ajouter au nom d'Ajax l'épithète de _porte-fouet_, sans doute + pour distinguer cette pièce d'un autre _Ajax_, dit _le Locrien_, + du même poëte, est tout à fait incertaine; cette désignation est + tirée de la scène où Ajax, transporté de fureur, frappe de vils + animaux en croyant se venger d'Ulysse. + + [29] VAR. (édit. de 1660): et n'est que renoué avec celui du + premier par des valets. + + [30] VAR. (édit. de 1660): La rencontre que j'y fais d'Aronte. + + [31] VAR. (édit. de 1660-1668): ou du troisième. + + [32] VAR. (édit. de 1660-1668): de lieu. + + [33] VAR. (édit. de 1660 et 1663): ou dans une salle. Ce + n'est.... + + [34] VAR. (édit. de 1660): _ces_, qui est très-vraisemblablement + une faute d'impression. + + [35] Dans les Examens de _Clitandre_ et de _la Veuve_, tome I, p. + 270 et 397. + + + + +ACTEURS. + + + PLEIRANTE, père de Célidée. + LYSANDRE, amant de Célidée. + DORIMANT, amoureux d'Hippolyte. + CHRYSANTE, mère d'Hippolyte. + CÉLIDÉE, fille de Pleirante[36]. + HIPPOLYTE, fille de Chrysante[37]. + ARONTE, écuyer de Lysandre. + CLÉANTE, écuyer de Dorimant. + FLORICE, suivante d'Hippolyte. + Le LIBRAIRE du Palais. + Le MERCIER du Palais. + La LINGÈRE du Palais. + +La scène est à Paris. + + + + +LA + +GALERIE DU PALAIS. + +COMÉDIE. + + + + +ACTE I. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +ARONTE, FLORICE. + + ARONTE. + + Enfin je ne le puis: que veux-tu que j'y fasse[38]? + Pour tout autre sujet mon maître n'est que glace; + Elle est trop dans son coeur; on ne l'en peut chasser, + Et c'est folie à nous que de plus y penser. + J'ai beau devant les yeux lui remettre Hippolyte, 5 + Parler de ses attraits, élever son mérite, + Sa grâce, son esprit, sa naissance, son bien; + Je n'avance non plus qu'à ne lui dire rien[39]: + L'amour, dont malgré moi son âme est possédée, + Fait qu'il en voit autant, ou plus, en Célidée. 10 + + FLORICE. + + Ne quittons pas pourtant: à la longue on fait tout. + La gloire suit la peine: espérons jusqu'au bout. + Je veux que Célidée ait charmé son courage, + L'amour le plus parfait n'est pas un mariage; + Fort souvent moins que rien cause un grand changement, + Et les occasions naissent en un moment. + + ARONTE. + + Je les prendrai toujours quand je les verrai naître. + + FLORICE. + + Hippolyte, en ce cas, saura le reconnoître[40]. + + ARONTE. + + Tout ce que j'en prétends, c'est un entier secret[41]. + Adieu: je vais trouver Célidée à regret. 20 + + FLORICE. + + De la part de ton maître? + + ARONTE. + + Oui. + + FLORICE. + + Si j'ai bonne vue, + La voilà que son père amène vers la rue. + Tirons-nous à quartier; nous jouerons mieux nos jeux[42], + S'ils n'aperçoivent point que nous parlions nous deux. + + +SCÈNE II. + +PLEIRANTE, CÉLIDÉE. + + PLEIRANTE. + + Ne pense plus, ma fille, à me cacher ta flamme; 25 + N'en conçois point de honte, et n'en crains point de blâme: + Le sujet qui l'allume a des perfections + Dignes de posséder tes inclinations; + Et pour mieux te montrer le fond de mon courage, + J'aime autant son esprit que tu fais son visage. 30 + Confesse donc, ma fille, et crois qu'un si beau feu + Veut être mieux traité que par un désaveu. + + CÉLIDÉE. + + Monsieur, il est tout vrai, son ardeur légitime + A tant gagné sur moi que j'en fais de l'estime: + J'honore son mérite, et n'ai pu m'empêcher 35 + De prendre du plaisir à m'en voir rechercher; + J'aime son entretien, je chéris sa présence; + Mais cela n'est enfin qu'un peu de complaisance[43], + Qu'un mouvement léger qui passe en moins d'un jour. + Vos seuls commandements produiront mon amour, 40 + Et votre volonté, de la mienne suivie.... + + PLEIRANTE. + + Favorisant ses voeux, seconde ton envie. + Aime, aime ton Lysandre; et puisque je consens + Et que je t'autorise à ces feux innocents, + Donne-lui hardiment une entière assurance 45 + Qu'un mariage heureux suivra son espérance: + Engage-lui ta foi. Mais j'aperçois venir + Quelqu'un qui de sa part te vient entretenir. + Ma fille, adieu: les yeux d'un homme de mon âge + Peut-être empêcheroient la moitié du message. 50 + + CÉLIDÉE. + + Il ne vient rien de lui qu'il faille vous celer. + + PLEIRANTE. + + Mais tu seras sans moi plus libre à lui parler; + Et ta civilité, sans doute un peu forcée, + Me fait un compliment qui trahit ta pensée. + + +SCÈNE III. + +CÉLIDÉE, ARONTE. + + CÉLIDÉE. + + Que fait ton maître, Aronte? + + ARONTE. + + Il m'envoie aujourd'hui 55 + Voir ce que sa maîtresse a résolu de lui, + Et comment vous voulez qu'il passe la journée. + + CÉLIDÉE. + + Je serai chez Daphnis toute l'après-dînée, + Et s'il m'aime, je crois que nous l'y pourrons voir. + Autrement.... + + ARONTE. + + Ne pensez qu'à l'y bien recevoir. 60 + + CÉLIDÉE. + + S'il y manque, il verra sa paresse punie. + Nous y devons dîner fort bonne compagnie: + J'y mène, du quartier, Hippolyte et Cloris. + + ARONTE. + + Après elles et vous il n'est rien dans Paris[44], + Et je n'en sache point, pour belles qu'on les nomme, 65 + Qui puissent attirer les yeux d'un honnête homme. + + CÉLIDÉE. + + Je ne suis pas d'humeur bien propre à t'écouter, + Et ne prends pas plaisir à m'entendre flatter[45]. + Sans que ton bel esprit tâche plus d'y paroître, + Mêle-toi de porter ma réponse à ton maître[46]. 70 + + ARONTE, seul. + + Quelle superbe humeur! quel arrogant maintien! + Si mon maître me croit, vous ne tenez plus rien; + Il changera d'objet, ou j'y perdrai ma peine: + Aussi bien son amour ne vous rend que trop vaine[47]. + + +SCÈNE IV. + +LA LINGÈRE, LE LIBRAIRE[48]. + +(On tire un rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le +Mercier, chacun dans sa boutique[49].) + + LA LINGÈRE. + + Vous avez fort la presse à ce livre nouveau; 75 + C'est pour vous faire riche. + + LE LIBRAIRE. + + On le trouve si beau[50], + Que c'est pour mon profit le meilleur qui se voie. + Mais vous, que vous vendez de ces toiles de soie[51]! + + LA LINGÈRE. + + De vrai, bien que d'abord on en vendît fort peu, + A présent Dieu nous aime, on y court comme au feu; 80 + Je n'en saurois fournir autant qu'on m'en demande: + Elle sied mieux aussi que celle de Hollande, + Découvre moins le fard dont un visage est peint, + Et donne, ce me semble, un plus grand lustre au teint[52]. + Je perds bien à gagner, de ce que ma boutique, 85 + Pour être trop étroite, empêche ma pratique; + A peine y puis-je avoir deux chalands à la fois: + Je veux changer de place avant qu'il soit un mois; + J'aime mieux en payer le double et davantage, + Et voir ma marchandise en un bel-étalage[53]. 90 + + LE LIBRAIRE. + + Vous avez bien raison; mais à ce que j'entends.... + Monsieur, vous plaît-il voir quelques livres du temps? + + +SCÈNE V. + +DORIMANT, CLÉANTE, LE LIBRAIRE. + + DORIMANT. + + Montrez-m'en quelques-uns. + + LE LIBRAIRE. + + Voici ceux de la mode. + + DORIMANT. + + Otez-moi cet auteur, son nom seul m'incommode; + C'est un impertinent, ou je n'y connois rien. 95 + + LE LIBRAIRE. + + Ses oeuvres toutefois se vendent assez bien. + + DORIMANT. + + Quantité d'ignorants ne songent qu'à la rime. + + LE LIBRAIRE. + + Monsieur, en voici deux dont on fait grande estime: + Considérez ce trait, on le trouve divin. + + DORIMANT. + + Il n'est que mal traduit du cavalier Marin[54]; 100 + Sa veine, au demeurant, me semble assez hardie. + + LE LIBRAIRE. + + Ce fut son coup d'essai que cette comédie. + + DORIMANT. + + Cela n'est pas tant mal pour un commencement; + La plupart de ses vers coulent fort doucement: + Qu'il a de mignardise à décrire un visage! 105 + + +SCÈNE VI. + +HIPPOLYTE, FLORICE, DORIMANT, CLÉANTE, LE LIBRAIRE, LA LINGÈRE. + + HIPPOLYTE[55]. + + Madame, montrez-nous quelques collets d'ouvrage[56]. + + LA LINGÈRE. + + Je vous en vais montrer de toutes les façons. + + DORIMANT, au Libraire[57]. + + Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons[58]. + + LA LINGÈRE, à Hippolyte[59]. + + Voilà du point d'esprit[60], de Gênes, et d'Espagne. + + HIPPOLYTE. + + Ceci n'est guère bon qu'à des gens de campagne. 110 + + LA LINGÈRE. + + Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris[61].... + + HIPPOLYTE. + + Ne les vantez point tant, et dites-nous le prix. + + LA LINGÈRE. + + Quand vous aurez choisi. + + HIPPOLYTE. + + Que t'en semble, Florice? + + FLORICE. + + Ceux-là sont assez beaux, mais de mauvais service; + En moins de trois savons on ne les connoît plus. 115 + + HIPPOLYTE[62]. + + Celui-ci, qu'en dis-tu[63]? + + FLORICE. + + L'ouvrage en est confus, + Bien que l'invention de près soit assez belle. + Voici bien votre fait, n'étoit que la dentelle[64] + Est fort mal assortie avec le passement; + Cet autre n'a de beau que le couronnement. 120 + + LA LINGÈRE. + + Si vous pouviez avoir deux jours de patience[65], + Il m'en vient, mais qui sont dans la même excellence. + + (Dorimant parle au Libraire à l'oreille[66].) + + FLORICE. + + Il vaudroit mieux attendre. + + HIPPOLYTE. + + Eh bien! nous attendrons; + Dites-nous au plus tard quel jour nous reviendrons. + + LA LINGÈRE. + + Mercredi j'en attends de certaines nouvelles. 125 + Cependant vous faut-il quelques autres dentelles? + + HIPPOLYTE. + + J'en ai ce qu'il m'en faut pour ma provision. + + LE LIBRAIRE, à Dorimant[67]. + + J'en vais subtilement prendre l'occasion. + La connois-tu, voisine? + + LA LINGÈRE. + + Oui, quelque peu de vue: + Quant au reste, elle m'est tout à fait inconnue. 130 + +(Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre, et lui parle à +l'oreille[68].) + + Ce cavalier sans doute y trouve plus d'appas + Que dans tous vos auteurs? + + CLÉANTE[69]. + + Je n'y manquerai pas. + + DORIMANT[70]. + + Si tu ne me vois là, je serai dans la salle[71]. + +(Il prend un livre sur la boutique du Libraire[72].) + + Je connois celui-ci; sa veine est fort égale; + Il ne fait point de vers qu'on ne trouve charmants. 135 + Mais on ne parle plus qu'on fasse de romans; + J'ai vu que notre peuple en étoit idolâtre. + + LE LIBRAIRE. + + La mode est à présent des pièces de théâtre. + + DORIMANT. + + De vrai, chacun s'en pique; et tel y met la main, + Qui n'eut jamais l'esprit d'ajuster un quatrain. 140 + + +SCÈNE VII. + +LYSANDRE, DORIMANT, LE LIBRAIRE, LE MERCIER. + + LYSANDRE. + + Je te prends sur le livre. + + DORIMANT. + + Eh bien! qu'en veux-tu dire? + Tant d'excellents esprits, qui se mêlent d'écrire, + Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir. + + LYSANDRE. + + Y trouves-tu toujours une heure de plaisir? + Beaucoup font bien des vers, et peu la comédie[73]. 145 + + DORIMANT. + + Ton goût, je m'en assure, est pour la Normandie[74]? + + LYSANDRE. + + Sans rien spécifier, peu méritent de voir[75]; + Souvent leur entreprise excède leur pouvoir[76], + Et tel parle d'amour sans aucune pratique. + + DORIMANT. + + On n'y sait guère alors que la vieille rubrique: 150 + Faute de le connoître, on l'habille en fureur; + Et loin d'en faire envie, on nous en fait horreur. + Lui seul de ses effets a droit de nous instruire; + Notre plume à lui seul doit se laisser conduire: + Pour en bien discourir, il faut l'avoir bien fait; 155 + Un bon poëte ne vient que d'un amant parfait. + + LYSANDRE. + + Il n'en faut point douter, l'amour a des tendresses + Que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses. + Tant de sorte[77] d'appas, de doux saisissements, + D'agréables langueurs et de ravissements, 160 + Jusques où d'un bel oeil peut s'étendre l'empire, + Et mille autres secrets que l'on ne sauroit dire + (Quoi que tous nos rimeurs en mettent par écrit), + Ne se surent jamais par un effort d'esprit; + Et je n'ai jamais vu de cervelles bien faites 165 + Qui traitassent l'amour à la façon des poëtes. + C'est tout un autre jeu. Le style d'un sonnet + Est fort extravagant dedans un cabinet; + Il y faut bien louer la beauté qu'on adore, + Sans mépriser Vénus, sans médire de Flore, 170 + Sans que l'éclat des lis, des roses, d'un beau jour, + Ait rien à démêler avecque notre amour. + O pauvre comédie, objet de tant de veines, + Si tu n'es qu'un portrait des actions humaines, + On te tire souvent sur un original 175 + A qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal! + + DORIMANT. + + Laissons la muse en paix, de grâce, à la pareille[78]. + Chacun fait ce qu'il peut, et ce n'est pas merveille + Si, comme avec bon droit on perd bien un procès, + Souvent un bon ouvrage a de foibles succès. 180 + Le jugement de l'homme ou plutôt son caprice + Pour quantité d'esprits n'a que de l'injustice. + J'en admire beaucoup dont on fait peu d'état; + Leurs fautes, tout au pis, ne sont pas coups d'État: + La plus grande est toujours de peu de conséquence. 185 + + LE LIBRAIRE. + + Vous plairoit-il de voir des pièces d'éloquence[79]? + +LYSANDRE, ayant regardé le titre d'un livre que le Libraire lui +présente[80]. + + J'en lus hier la moitié; mais son vol est si haut, + Que presque à tous moments je me trouve en défaut. + + DORIMANT. + + Voici quelques auteurs dont j'aime l'industrie. + Mettez ces trois à part, mon maître, je vous prie; 190 + Tantôt un de mes gens vous les[81] viendra payer. + + LYSANDRE, se retirant d'auprès les boutiques[82]. + + Le reste du matin, où veux-tu l'employer? + + LE MERCIER. + + Voyez deçà, messieurs; vous plaît-il rien du nôtre? + Voyez, je vous ferai meilleur marché qu'un autre, + Des gants, des baudriers, des rubans, des castors. 195 + + +SCÈNE VIII. + +DORIMANT, LYSANDRE. + + DORIMANT. + + Je ne saurois encor te suivre, si tu sors: + Faisons un tour de salle, attendant mon Cléante. + + LYSANDRE. + + Qui te retient ici? + + DORIMANT. + + L'histoire en est plaisante: + Tantôt, comme j'étois sur le livre occupé[83], + Tout proche on est venu choisir du point coupé[84]. 200 + + LYSANDRE. + + Qui? + + DORIMANT. + + C'est la question; mais il faut s'en remettre[85] + A ce qu'à mes regards sa coiffe a pu permettre[86]. + Je n'ai rien vu d'égal: mon Cléante la suit, + Et ne reviendra point qu'il n'en soit bien instruit[87], + Qu'il n'en sache le nom, le rang et la demeure. 205 + + LYSANDRE. + + Ami, le coeur t'en dit. + + DORIMANT. + + Nullement, ou je meure; + Voyant je ne sais quoi de rare en sa beauté, + J'ai voulu contenter ma curiosité. + + LYSANDRE. + + Ta curiosité deviendra bientôt flamme: + C'est par là que l'amour se glisse dans une âme. 210 + A la première vue, un objet qui nous plaît[88] + N'inspire qu'un desir de savoir quel il est[89]; + On en veut aussitôt apprendre davantage[90], + Voir si son entretien répond à son visage, + S'il est civil ou rude, importun ou charmeur, 215 + Éprouver son esprit, connoître son humeur: + De là cet examen se tourne en complaisance; + On cherche si souvent le bien de sa présence, + Qu'on en fait habitude, et qu'au point d'en sortir + Quelque regret commence à se faire sentir: 220 + On revient tout rêveur; et notre âme blessée, + Sans prendre garde à rien, cajole sa pensée. + Ayant rêvé le jour, la nuit à tous propos + On sent je ne sais quoi qui trouble le repos[91]; + Un sommeil inquiet, sur de confus nuages 225 + Élève incessamment de flatteuses images, + Et sur leur vain rapport fait naître des souhaits + Que le réveil admire et ne dédit jamais: + Tout le coeur court en hâte après de si doux guides; + Et le moindre larcin que font ses voeux timides 230 + Arrête le larron et le met dans les fers. + + DORIMANT. + + Ainsi tu fus épris de celle que tu sers? + + LYSANDRE. + + C'est un autre discours; à présent je ne touche + Qu'aux ruses de l'amour contre un esprit farouche, + Qu'il faut apprivoiser presque insensiblement[92], 235 + Et contre ses froideurs combattre finement. + Des naturels plus doux.... + + +SCÈNE IX. + +DORIMANT, LYSANDRE, CLÉANTE. + + DORIMANT. + + Eh bien! elle s'appelle? + + CLÉANTE. + + Ne m'informez de rien[93] qui touche cette belle. + Trois filous rencontrés vers le milieu du pont[94] + Chacun l'épée au poing, m'ont voulu faire affront, 240 + Et sans quelques amis qui m'ont tiré de peine, + Contre eux ma résistance eût peut-être été vaine. + Ils ont tourné le dos, me voyant secouru; + Mais ce que je suivois tandis est disparu. + + DORIMANT. + + Les traîtres! trois contre un! t'attaquer! te surprendre! + Quels insolents vers moi s'osent ainsi méprendre[95]? + + CLÉANTE. + + Je ne connois qu'un d'eux, et c'est là le retour + De quelques tours de main qu'il reçut l'autre jour[96], + Lorsque, m'ayant tenu quelques propos d'ivrogne, + Nous eûmes prise ensemble à l'hôtel de Bourgogne[97]. 250 + + DORIMANT. + + Qu'on le trouve où qu'il soit; qu'une grêle de bois + Assemble sur lui seul le châtiment des trois; + Et que sous l'étrivière il puisse tôt connoître[98], + Quand on se prend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître! + + LYSANDRE. + + J'aime à te voir ainsi décharger ton courroux; 255 + Mais voudrois-tu parler franchement entre nous? + + DORIMANT. + + Quoi! tu doutes encor de ma juste colère? + + LYSANDRE. + + En ce qui le regarde, elle n'est que légère: + En vain pour son sujet tu fais l'intéressé, + Il a paré des coups dont ton coeur est blessé. 260 + Cet accident fâcheux te vole une maîtresse: + Confesse ingénument, c'est là ce qui te presse. + + DORIMANT. + + Pourquoi te confesser ce que tu vois assez? + Au point de se former, mes desseins renversés, + Et mon desir trompé, poussent dans ces contraintes, 265 + Sous de faux mouvements, de véritables plaintes. + + LYSANDRE. + + Ce desir, à vrai dire, est un amour naissant + Qui ne sait où se prendre, et demeure impuissant; + Il s'égare et se perd dans cette incertitude; + Et renaissant toujours de ton inquiétude, 270 + Il te montre un objet d'autant plus souhaité, + Que plus sa connoissance a de difficulté. + C'est par là que ton feu davantage s'allume: + Moins on l'a pu connoître, et plus on en présume[99]; + Notre ardeur curieuse en augmente le prix. 275 + + DORIMANT. + + Que tu sais, cher ami, lire dans les esprits! + Et que pour bien juger d'une secrète flamme, + Tu pénètres avant dans les ressorts d'une âme! + + LYSANDRE. + + Ce n'est pas encor tout, je veux te secourir[100]. + + DORIMANT. + + Oh! que je ne suis pas en état de guérir! 280 + L'amour use sur moi de trop de tyrannie. + + LYSANDRE. + + Souffre que je te mène en une compagnie + Où l'objet de mes voeux m'a donné rendez-vous; + Les divertissements t'y sembleront si doux, + Ton âme en un moment en sera si charmée, 285 + Que, tous ses déplaisirs dissipés en fumée, + On gagnera sur toi fort aisément ce point + D'oublier un objet que tu ne connois point[101]. + Mais garde-toi surtout d'une jeune voisine + Que ma maîtresse y mène; elle est et belle et fine, 290 + Et sait si dextrement ménager ses attraits, + Qu'il n'est pas bien aisé d'en éviter les traits. + + DORIMANT. + + Au hasard, fais de moi tout ce que bon te semble. + + LYSANDRE. + + Donc, en attendant l'heure, allons dîner ensemble. + + +SCÈNE X. + +HIPPOLYTE, FLORICE. + + HIPPOLYTE. + + Tu me railles toujours. + + FLORICE. + + S'il ne vous veut du bien, 295 + Dites assurément que je n'y connois rien. + Je le considérois tantôt chez ce libraire; + Ses regards de sur vous ne pouvoient se distraire, + Et son maintien étoit dans une émotion + Qui m'instruisoit assez de son affection. 300 + Il vouloit vous parler, et n'osoit l'entreprendre. + + HIPPOLYTE. + + Toi, ne me parle point, ou parle de Lysandre. + C'est le seul dont la vue excita mon ardeur. + + FLORICE. + + Et le seul qui pour vous n'a que de la froideur. + Célidée est son âme, et tout autre visage 305 + N'a point d'assez beaux traits pour toucher son courage; + Son brasier est trop grand, rien ne peut l'amortir. + En vain son écuyer tâche à l'en divertir, + En vain, jusques aux cieux portant votre louange, + Il tâche à lui jeter quelque amorce du change[102], 310 + Et lui dit jusque-là que dans votre entretien + Vous témoignez souvent de lui vouloir du bien: + Tout cela n'est qu'autant de paroles perdues. + + HIPPOLYTE. + + Faute d'être sans doute assez bien entendues[103]! + + FLORICE. + + Ne le présumez pas, il faut avoir recours 315 + A de plus hauts secrets qu'à ces foibles discours. + Je fus fine autrefois, et depuis mon veuvage + Ma ruse chaque jour s'est accrue avec l'âge; + Je me connois en monde, et sais mille ressorts + Pour débaucher une âme et brouiller des accords. 320 + + HIPPOLYTE. + + Dis promptement, de grâce[104]. + + FLORICE. + + A présent l'heure presse, + Et je ne vous saurois donner qu'un mot d'adresse: + Cette voisine et vous.... Mais déjà la voici. + + +SCÈNE XI. + +CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE. + + CÉLIDÉE. + + A force de tarder, tu m'as mise en souci: + Il est temps, et Daphnis par un page me mande 325 + Que pour faire servir on n'attend que ma bande; + Le carrosse est tout prêt: allons, veux-tu venir? + + HIPPOLYTE. + + Lysandre après dîner t'y vient entretenir? + + CÉLIDÉE. + + S'il osoit y manquer, je te donne promesse + Qu'il pourroit bien ailleurs chercher une maîtresse. 330 + + +FIN DU PREMIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [36] VAR. (édit. de 1648): fille de Pleirante et maîtresse de + Lysandre. + + [37] VAR. (édit. de 1648): fille de Chrysante, aimée de Dorimant + et amoureuse de Lysandre. + + [38] _Var._ Mais puisque je ne peux, que veux-tu que j'y fasse? + (1637) + + [39] _Var._ Je n'avance non plus qu'en ne lui disant rien. + (1637-57) + + [40] _Var._ Hippolyte, en ce cas, le saura reconnoître. (1637-57) + + [41] _Var._ Tout ce que j'en prétends n'est qu'un entier secret. + (1637-64) + + [42] _Var._ Aronte, éloigne-toi, nous jouerons mieux nos jeux, + S'ils ne se doutent point que nous parlions nous deux. (1637-57) + + [43] _Var._ Mais cela n'est aussi qu'un peu de complaisance. + (1637-57) + + [44] _Var._ Elles et vous dehors, il n'est rien dans Paris. + (1637-57) + + [45] _Var._ Je veux des gens mieux faits que toi pour me flatter. + (1637-57) + + [46] _Var._ Mêle-toi de porter mon message à ton maître. + (1637-60) + + [47] _Var._ Son amour aussi bien ne vous rend que trop vaine. + (1637-57) + + [48] _Var._ LE LIBRAIRE DU PALAIS. (1637) + + [49] Ces deux lignes manquent dans les éditions de 1637-57; dans + l'édition de 1663 il y a _leur boutique_, pour _sa boutique_; + celle de 1664 a la variante que voici: _la Lingère tire un + rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le Mercier, + chacun dans leur boutique._ + + [50] _Var._ On le trouve assez beau, + Et c'est pour mon profit le meilleur qui se voie. (1637-57) + + [51] «_Toile de soie_ est une toile très-claire, faite de soie, + dont elles (_les dames_) se font des mouchoirs de cou qui + n'empêchent point qu'on ne voie leur gorge à travers.» + (_Dictionnaire de Furetière_, 1690.) + + [52] _Var._ Et moins blanche, elle donne un plus grand lustre au + teint. (1637-57) + + [53] _Var._ Et voir ma marchandise en plus bel étalage. (1637-68) + + [54] Jean-Baptiste Marino, né à Naples le 18 octobre 1569 et mort + dans la même ville le 21 mai 1625, est aussi célèbre par + l'ingénieuse élégance que par la mollesse et la fadeur de son + style, désigné par ses compatriotes mêmes sous le nom de + _marinesco_. Appelé en France par Marie de Médicis, il dédia, en + 1623, à Louis XIII, alors âgé de vingt-deux ans, son poëme + d'_Adonis_.--Il est fort difficile de savoir lequel de ses + contemporains Corneille a en vue ici. On serait tenté de croire + qu'il s'agit de Scudéry, car on lit dans la _Lettre du + désintéressé au sieur Mairet_ (p. 4): «Je ne blâme pas Monsieur + de Scudéry de savoir si bien son cavalier Marin;» mais à l'époque + où Corneille écrivait _la Galerie du Palais_, il était en + très-bonne intelligence avec Scudéry. + + [55] _Var._ HIPPOLYTE, _à la Lingère_. (1648) + + [56] _D'ouvrage_, c'est-à-dire _ouvrés_, _travaillés_. + + [57] _Var._ DORIMANT, _au Libraire, regardant Hippolyte_. (1648) + + [58] _Var._ Ceci vaut mieux le voir que toutes vos chansons. + (1637-57) + + [59] _Var._ LA LINGÈRE, _ouvrant une boîte_. (1637-60) + + [60] _L'Encyclopédie_ définit le _point d'esprit_ en termes + techniques de la manière suivante: «_Le point d'esprit_ se monte + sur cinq fils de long et cinq de travers, en laissant à chaque + fois deux fils qui font une croix. Les cinq fils en tout sens + sont embrassés d'un point noué.» + + [61] _Var._ [Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris,] + Je veux perdre la boîte. FLOR. On est fort souvent pris + A ces sortes de points, si l'on n'a quelque fille + Qui sache à tous moments y repasser l'aiguille; + En moins de trois savons, rien n'y tient presque plus. + HIPP. Cestui-ci, qu'en dis-tu? (1637-57) + + [62] _Var._ HIPPOLYTE, _à Florice_. (1648) + + [63] _Var._ Celui-là, qu'en dis-tu? (1660-64) + + [64] _Var._ Voilà bien votre fait, n'étoit que la dentelle. + (1637-57) + + [65] _Var._ Si vous pouvez avoir trois jours de patience. (1637 et 52-57) + _Var._ Si vous pouviez avoir trois jours de patience. (1644 et 48) + + [66] Ce jeu de scène n'est pas indiqué ici dans les éditions de + 1637-60. Voyez la variante qui suit. + + [67] _Var._ LE LIBRAIRE, _à qui Dorimant avoit parlé à l'oreille, + tandis qu'Hippolyte voyoit des ouvrages._ (1637-60) + + [68] _Var._ _Ici Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre_, + etc. (1637, en marge.)--Dans les éditions de 1644-60, ce jeu de + scène n'est pas indiqué à cette place. Voyez la variante qui + suit. + + [69] _Var._ CLÉANTE, _à qui Dorimant a parlé à l'oreille au + milieu du théâtre._ (1644-60) + + [70] _Var._ DORIMANT, _à Cléante._ (1644-60) + + [71] La salle des Pas perdus, qu'on appelait alors d'ordinaire + _la Grand'Salle_: + + Entre ces vieux appuis dont l'affreuse Grand'Salle + Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale, + Est un pilier fameux, des plaideurs respecté, + Et toujours de Normands à midi fréquenté. + + (Boileau, _le Lutrin_, chant V, v. 33.) + + [72] _Var._ _Il s'en retourne sur la boutique du Libraire et + prend un livre._ (1637, en marge.)--Les éditions de 1644-60 + portent: _Au Libraire, prenant un livre sur sa boutique_. + + [73] _Var._ Beaucoup font bien des vers, mais peu la comédie. + (1637-68) + + [74] Voyez ci-dessus, p. 4. + + [75] C'est-à-dire peu méritent qu'on les voie, qu'on les regarde. + Il faut remarquer que toutes les éditions antérieures à 1682 + portent: «peu méritent le voir.» + + [76] _Var._ Beaucoup, dont l'entreprise excède le pouvoir, + Veulent parler d'amour sans aucune pratique. (1637-57) + + [77] Ce mot est ainsi au singulier dans toutes les éditions + données par Corneille (1637-82). L'édition de 1692 le met au + pluriel. + + [78] C'est-à-dire «à condition qu'elle nous rendra la pareille, à + charge de revanche.» Voyez le _Lexique_. + + [79] _Var._ Vous plaît-il point de voir des pièces d'éloquence? + (1637-57) + + [80] _Var._ _Il regarde le titre du livre que_, etc. (1663, en + marge.) + + [81] L'édition de 1682 donne _le_, par erreur; il y a _les_ dans + toutes les autres. + + [82] _Var._ LYSANDRE, _se retirant avec Dorimant d'auprès les + boutiques_. (1637)--_Ils se retirent d'auprès les boutiques._ + (1663, en marge.) + + [83] _Var._ Tantôt, comme j'étois dans le livre occupé. (1637-57) + + [84] Voyez ci-dessus, p. 7, note 6. + + [85] _Var._ C'est la question; mais s'il faut s'en remettre. + (1637-68) + + [86] _Var._ A ce qu'à mes regards son masque a pu permettre. + (1637-57) + + [87] _Var._ Et ne reviendra point qu'il ne soit bien instruit + Quelle est sa qualité, son nom et sa demeure. (1637-57) + + [88] _Var._ A la première vue un sujet qui nous plaît. (1637 et + 44) + + [89] _Var._ Ne forme qu'un desir de savoir quel il est. (1637-68) + + [90] _Var._ Le sachant, on en veut apprendre davantage. (1637-57) + + [91] _Var._ [On sent je ne sais quoi qui trouble le repos;] + On souffre doucement l'illusion des songes; + Notre esprit qui s'en flatte, adore leurs mensonges, + Sans y trouver encor que des biens imparfaits + Qui le font aspirer aux solides effets: + Là consiste à son gré le bonheur de la vie; + Et le moindre larcin permis à son envie + [Arrête le larron et le met dans les fers.] (1637-57) + + [92] _Var._ Qu'il faut apprivoiser comme insensiblement. + (1637-57) + + [93] _Ne m'informez de rien_, c'est-à-dire ne me demandez rien. + Voyez tome I, p. 472, note 2. + + [94] _Var._ Trois poltrons rencontrés vers le milieu du pont. + (1637) + + [95] _Var._ Quels impudents vers moi s'osent ainsi méprendre? + (1637-60) + + [96] _Var._ De cent coups de bâton qu'il reçut l'autre jour. + (1637-57) + + [97] L'hôtel d'Artois ou de Bourgogne s'étendait de la rue Pavée + à la rue Mauconseil; en 1523 il fut vendu en treize lots. Jean + Rouvet, marchand, les acheta presque tous, et le 30 août 1548 il + en revendit un, contenant dix-sept toises de long sur seize de + large, aux confrères de la Passion, pour y établir un théâtre qui + fut longtemps le plus fréquenté de Paris. «Ce bâtiment subsiste + encore rue Françoise, dit de Leris, en 1754 (_Dictionnaire + portatif des théâtres_, p. XIII), et l'on y voit toujours sur la + porte les instruments de la Passion.» + + [98] _Var._ Et que sous l'étrivière il puisse enfin connoître. + (1637-57) + + [99] _Var._ Car moins on le connoît, et plus on en présume. + (1637-57) + + [100] _Var._ Ce n'est pas encor tout, je te veux secourir. + (1637-57) + + [101] _Var._ D'oublier un sujet que tu ne connois point. + (1637-57) + + [102] _Var._ Il cherche à lui jeter quelque amorce du change. + (1663 et 64) + + [103] _Var._ Faute d'être possible assez bien entendues! + (1637-60) + + [104] _Var._ Eh! de grâce, dis vite. (1637) + + + + +ACTE II. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +HIPPOLYTE, DORIMANT. + + HIPPOLYTE. + + Ne me contez point tant que mon visage est beau: + Ces discours n'ont pour moi rien du tout de nouveau; + Je le sais bien sans vous, et j'ai cet avantage, + Quelques perfections qui soient sur mon visage, + Que je suis la première à m'en apercevoir: 335 + Pour me les bien apprendre, il ne faut qu'un miroir[105]; + J'y vois en un moment tout ce que vous me dites. + + DORIMANT. + + Mais vous n'y voyez pas tous vos rares mérites[106]: + Cet esprit tout divin et ce doux entretien + Ont des charmes puissants dont il ne montre rien. 340 + + HIPPOLYTE. + + Vous les montrez assez par cette après-dînée + Qu'à causer avec moi vous vous êtes donnée; + Si mon discours n'avoit quelque charme caché, + Il ne vous tiendroit pas si longtemps attaché. + Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise, 345 + Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise; + Et si je présumois qu'il vous plût sans raison[107], + Je me ferois moi-même un peu de trahison; + Et par ce trait badin qui sentiroit l'enfance, + Votre beau jugement recevroit trop d'offense. 350 + Je suis un peu timide, et dût-on me jouer[108], + Je n'ose démentir ceux qui m'osent louer. + + DORIMANT. + + Aussi vous n'avez pas le moindre lieu de craindre + Qu'on puisse en vous louant ni vous flatter ni feindre: + On voit un tel éclat en vos brillants appas[109], 355 + Qu'on ne peut l'exprimer, ni ne l'adorer pas. + + HIPPOLYTE. + + Ni ne l'adorer pas! Par là vous voulez dire.... + + DORIMANT. + + Que mon coeur désormais vit dessous votre empire, + Et que tous mes desseins de vivre en liberté + N'ont rien eu d'assez fort contre votre beauté. 360 + + HIPPOLYTE. + + Quoi! mes perfections vous donnent dans la vue? + + DORIMANT. + + Les rares qualités dont vous êtes pourvue + Vous ôtent tout sujet de vous en étonner. + + HIPPOLYTE. + + Cessez aussi, Monsieur, de vous l'imaginer. + Si vous brûlez pour moi, ce ne sont pas merveilles[110]: 365 + J'ai de pareils discours chaque jour aux oreilles, + Et tous les gens d'esprit en font autant que vous. + + DORIMANT. + + En amour toutefois je les surpasse tous. + Je n'ai point consulté pour vous donner mon âme; + Votre premier aspect sut allumer ma flamme, 370 + Et je sentis mon coeur, par un secret pouvoir, + Aussi prompt à brûler que mes yeux à vous voir. + + HIPPOLYTE. + + Avoir connu d'abord combien je suis aimable[111], + Encor qu'à votre avis il soit inexprimable, + Ce grand et prompt effet m'assure puissamment 375 + De la vivacité de votre jugement. + Pour moi, que la nature a faite un peu grossière, + Mon esprit, qui n'a pas cette vive lumière, + Conduit trop pesamment toutes ses fonctions + Pour m'avertir sitôt de vos perfections. 380 + Je vois bien que vos feux méritent récompense; + Mais de les seconder ce défaut me dispense. + + DORIMANT. + + Railleuse! + + HIPPOLYTE. + + Excusez-moi, je parle tout de bon. + + DORIMANT. + + Le temps de cet orgueil me fera la raison; + Et nous verrons un jour, à force de services, 385 + Adoucir vos rigueurs et finir mes supplices. + + +SCÈNE II. + +DORIMANT, LYSANDRE, HIPPOLYTE, FLORICE. + +Lysandre sort de chez Célidée, et passe sans s'arrêter, leur +donnant seulement un coup de chapeau[112]. + + HIPPOLYTE. + + Peut-être l'avenir.... Tout beau, coureur, tout beau! + On n'est pas quitte ainsi pour un coup de chapeau: + Vous aimez l'entretien de votre fantaisie; + Mais pour un cavalier c'est peu de courtoisie, 390 + Et cela messied fort à des hommes de cour, + De n'accompagner pas leur salut d'un bonjour. + + LYSANDRE. + + Puisque auprès d'un sujet capable de nous plaire + La présence d'un tiers n'est jamais nécessaire, + De peur qu'il en reçût quelque importunité[113], 395 + J'ai mieux aimé manquer à la civilité. + + HIPPOLYTE. + + Voilà parer mon coup d'un galant artifice[114], + Comme si je pouvois.... Que me veux-tu, Florice? + +(Florice sort, et parle à Hippolyte à l'oreille[115].) + + Dis-lui que je m'en vais. Messieurs, pardonnez-moi: + On me vient d'apporter une fâcheuse loi; 400 + Incivile à mon tour, il faut que je vous quitte. + Une mère m'appelle. + + DORIMANT. + + Adieu, belle Hippolyte, + Adieu, souvenez-vous.... + + HIPPOLYTE. + + Mais vous, n'y songez plus. + + +SCÈNE III. + +LYSANDRE, DORIMANT. + + LYSANDRE. + + Quoi, Dorimant, ce mot t'a rendu tout confus! + + DORIMANT. + + Ce mot à mes desirs laisse peu d'espérance. 405 + + LYSANDRE. + + Tu ne la vois encor qu'avec indifférence? + + DORIMANT. + + Comme toi Célidée. + + LYSANDRE. + + Elle eut donc chez Daphnis + Hier dans son entretien des charmes infinis? + Je te l'avois bien dit que ton âme à sa vue + Demeureroit ou prise ou puissamment émue[116]; 410 + Mais tu n'as pas sitôt oublié la beauté + Qui fit naître au Palais ta curiosité? + Du moins ces deux objets balancent ton courage[117]? + + DORIMANT. + + Sais-tu bien que c'est là justement mon visage, + Celui que j'avois vu le matin au Palais? 415 + + LYSANDRE. + + A ce compte.... + + DORIMANT. + + J'en tiens, ou l'on n'en tint jamais. + + LYSANDRE. + + C'est consentir bientôt à perdre ta franchise[118]. + + DORIMANT. + + C'est rendre un prompt hommage aux yeux qui me l'ont prise. + + LYSANDRE. + + Puisque tu les connois, je ne plains plus ton mal[119]. + + DORIMANT. + + Leur coup, pour les connoître, en est-il moins fatal? 420 + + LYSANDRE. + + Non, mais du moins ton coeur n'est plus à la torture[120] + De voir tes voeux forcés d'aller à l'aventure; + Et cette belle humeur de l'objet qui t'a pris.... + + DORIMANT. + + Sous un accueil riant cache un subtil mépris. + Ah! que tu ne sais pas de quel air on me traite! 425 + + LYSANDRE. + + Je t'en avois jugé l'âme fort satisfaite; + Et cette gaie humeur, qui brilloit dans ses yeux[121], + M'en promettoit pour toi quelque chose de mieux. + + DORIMANT. + + Cette belle, de vrai, quoique toute de glace, + Mêle dans ses froideurs je ne sais quelle grâce, 430 + Par où tout de nouveau je me laisse gagner[122], + Et consens, peu s'en faut, à m'en voir dédaigner[123]. + Loin de s'en affoiblir, mon amour s'en augmente; + Je demeure charmé de ce qui me tourmente. + Je pourrois de toute autre être le possesseur[124], 435 + Que sa possession auroit moins de douceur. + Je ne suis plus à moi quand je vois Hippolyte + Rejeter ma louange et vanter son mérite[125], + Négliger mon amour ensemble et l'approuver, + Me remplir tout d'un temps d'espoir et m'en priver, 440 + Me refuser son coeur en acceptant mon âme, + Faire état de mon choix en méprisant ma flamme. + Hélas! en voilà trop: le moindre de ces traits + A pour me retenir de trop puissants attraits: + Trop heureux d'avoir vu sa froideur enjouée[126] 445 + Ne se point offenser d'une ardeur avouée[127]! + + LYSANDRE. + + Son adieu toutefois te défend d'y songer, + Et ce commandement t'en devroit dégager. + + DORIMANT. + + Qu'un plus capricieux d'un tel adieu s'offense; + Il me donne un conseil plutôt qu'une défense, 450 + Et par ce mot d'avis, son coeur sans amitié + Du temps que j'y perdrai montre quelque pitié. + + LYSANDRE. + + Soit défense ou conseil, de rien ne désespère; + Je te réponds déjà de l'esprit de sa mère[128]. + Pleirante son voisin lui parlera pour toi|129]; 455 + Il peut beaucoup sur elle, et fera tout pour moi. + Tu sais qu'il m'a donné sa fille pour maîtresse. + Tâche à vaincre Hippolyte avec un peu d'adresse, + Et n'appréhende pas qu'il en faille beaucoup[130]: + Tu verras sa froideur se perdre tout d'un coup. 460 + Elle ne se contraint à cette indifférence[131] + Que pour rendre une entière et pleine déférence[132], + Et cherche, en déguisant son propre sentiment, + La gloire de n'aimer que par commandement. + + DORIMANT. + + Tu me flattes, ami, d'une attente frivole. 465 + + LYSANDRE. + + L'effet suivra de près. + + DORIMANT. + + Mon coeur, sur ta parole[133], + Ne se résout qu'à peine à vivre plus content. + + LYSANDRE. + + Il se peut assurer du bonheur qu'il prétend: + J'y donnerai bon ordre. Adieu, le temps me presse, + Et je viens de sortir d'auprès de ma maîtresse[134]; 470 + Quelques commissions dont elle m'a chargé + M'obligent maintenant à prendre ce congé. + + +SCÈNE IV[134]. + +DORIMANT, FLORICE. + + DORIMANT, seul. + + Dieux! qu'il est malaisé qu'une âme bien atteinte + Conçoive de l'espoir qu'avec un peu de crainte[136]! + Je dois toute croyance à la foi d'un ami, 475 + Et n'ose cependant m'y fier qu'à demi. + Hippolyte, d'un mot, chasseroit ce caprice. + Est-elle encore en haut? + + FLORICE. + + Encore. + + DORIMANT. + + Adieu, Florice. + Nous la verrons demain. + + +SCÈNE V. + +HIPPOLYTE, FLORICE. + + FLORICE. + + Il vient de s'en aller. + Sortez. + + HIPPOLYTE. + + Mais falloit-il ainsi me rappeler, 480 + Me supposer ainsi des ordres d'une mère[137]? + Sans mentir, contre toi j'en suis toute en colère: + A peine ai-je attiré Lysandre en nos discours[138], + Que tu viens par plaisir en arrêter le cours. + + FLORICE. + + Eh bien! prenez-vous-en à mon impatience 485 + De vous communiquer un trait de ma science: + Cet avis important, tombé dans mon esprit, + Méritoit qu'aussitôt Hippolyte l'apprît; + Je vais sans perdre temps y disposer Aronte[139]. + + HIPPOLYTE. + + J'ai la mine après tout d'y trouver mal mon conte[140]. 490 + + FLORICE. + + Je sais ce que je fais, et ne perds point mes pas; + Mais de votre côté ne vous épargnez pas; + Mettez tout votre esprit à bien mener la ruse. + + HIPPOLYTE. + + Il ne faut point par là te préparez d'excuse. + Va, suivant le succès, je veux à l'avenir 495 + Du mal que tu m'as fait perdre le souvenir[141]. + + +SCÈNE VI. + +HIPPOLYTE, CÉLIDÉE. + + HIPPOLYTE, frappant à la porte de Célidée[142]. + + Célidée, es-tu là? + + CÉLIDÉE. + + Que me veut Hippolyte? + + HIPPOLYTE. + + Délasser mon esprit une heure en ta visite. + Que j'ai depuis un jour un importun amant, + Et que, pour mon malheur, je plais à Dorimant! 500 + + CÉLIDÉE. + + Ma soeur, que me dis-tu? Dorimant t'importune! + Quoi! j'enviois déjà ton heureuse fortune, + Et déjà dans l'esprit je sentois quelque ennui[143] + D'avoir connu Lysandre auparavant que lui. + + HIPPOLYTE. + + Ah! ne me raille point: Lysandre, qui t'engage, 505 + Est le plus accompli des hommes de son âge. + + CÉLIDÉE. + + Je te jure, à mes yeux l'autre l'est bien autant. + Mon coeur a de la peine à demeurer constant; + Et pour te découvrir jusqu'au fond de mon âme, + Ce n'est plus que ma foi qui conserve ma flamme: 510 + Lysandre me déplaît de me vouloir du bien. + Plût aux Dieux que son change autorisât le mien[144], + Ou qu'il usât vers moi de tant de négligence, + Que ma légèreté se pût nommer vengeance! + Si j'avois un prétexte à me mécontenter, 515 + Tu me verrois bientôt résoudre à le quitter. + + HIPPOLYTE. + + Simple, présumes-tu qu'il devienne volage + Tant qu'il verra l'amour régner sur ton visage[145]? + Ta flamme trop visible entretient ses ferveurs, + Et ses feux dureront autant que tes faveurs. 520 + + CÉLIDÉE. + + Il semble, à t'écouter, que rien ne le retienne[146] + Que parce que sa flamme a l'aveu de la mienne. + + HIPPOLYTE. + + Que sais-je? Il n'a jamais éprouvé tes rigueurs; + L'amour en même temps sut embraser vos coeurs; + Et même j'ose dire, après beaucoup de monde, 525 + Que sa flamme vers toi ne fut que la seconde. + Il se vit accepter avant que de s'offrir; + Il ne vit rien à craindre, il n'eut rien à souffrir[147]; + Il vit sa récompense acquise avant la peine, + Et devant le combat sa victoire certaine. 530 + Un homme est bien cruel quand il ne donne pas + Un coeur qu'on lui demande avecque tant d'appas. + Qu'à ce prix la constance est une chose aisée, + Et qu'autrefois par là je me vis abusée! + Alcidor, que mes yeux avoient si fort épris, 535 + Courut au changement dès le premier mépris[148]. + La force de l'amour paroît dans la souffrance. + Je le tiens fort douteux, s'il a tant d'assurance. + Qu'on en voit s'affoiblir pour un peu de longueur[149], + Et qu'on en voit céder à la moindre rigueur! 540 + + CÉLIDÉE. + + Je connois mon Lysandre, et sa flamme est trop forte + Pour tomber en soupçon qu'il m'aime de la sorte. + Toutefois un dédain éprouvera ses feux: + Ainsi, quoi qu'il en soit, j'aurai ce que je veux[150]; + Il me rendra constante, ou me fera volage: 545 + S'il m'aime, il me retient; s'il change, il me dégage. + Suivant ce qu'il aura d'amour ou de froideur, + Je suivrai ma nouvelle ou ma première ardeur. + + HIPPOLYTE. + + En vain tu t'y résous: ton âme un peu contrainte + Au travers de tes yeux lui trahira ta feinte. 550 + L'un d'eux dédira l'autre, et toujours un souris + Lui fera voir assez combien tu le chéris. + + CÉLIDÉE. + + Ce n'est qu'un faux soupçon qui te le persuade; + J'armerai de rigueurs jusqu'à la moindre oeillade, + Et réglerai si bien toutes mes actions, 555 + Qu'il ne pourra juger de mes intentions. + + HIPPOLYTE. + + Pour le moins, aussitôt que par cette conduite + Tu seras de son coeur suffisamment instruite, + S'il demeure constant, l'amour et la pitié, + Avant que dire adieu, renoueront l'amitié. 560 + + CÉLIDÉE. + + Il va bientôt venir: va-t'en, et sois certaine + De ne voir d'aujourd'hui Lysandre hors de peine. + + HIPPOLYTE. + + Et demain? + + CÉLIDÉE. + + Je t'irai conter ses mouvements, + Et touchant l'avenir prendre tes sentiments. + O Dieux! si je pouvois changer sans infamie! 565 + + HIPPOLYTE. + + Adieu. N'épargne en rien ta plus fidèle amie. + + +SCÈNE VII. + + CÉLIDÉE[150]. + + Quel étrange combat! Je meurs de le quitter, + Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter[149]. + Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie, + N'aura trait de mépris si je ne l'étudie. 570 + Tout ce que mon Lysandre a de perfections + Se vient offrir en foule à mes affections[152]. + Je vois mieux ce qu'il vaut lorsque je l'abandonne, + Et déjà la grandeur de ma perte m'étonne. + Pour régler sur ce point mon esprit balancé, 575 + J'attends ses mouvements sur mon dédain forcé; + Ma feinte éprouvera si son amour est vraie. + Hélas! ses yeux me font une nouvelle plaie. + Prépare-toi, mon coeur, et laisse à mes discours + Assez de liberté pour trahir mes amours. 580 + + +SCÈNE VIII + +LYSANDRE, CÉLIDÉE. + + CÉLIDÉE. + + Quoi? j'aurai donc de vous encore une visite? + Vraiment, pour aujourd'hui je m'en estimois quitte. + + LYSANDRE. + + Une par jour suffit, si tu veux endurer + Qu'autant comme le jour je la fasse durer. + + CÉLIDÉE. + + Pour douce que nous soit l'ardeur qui nous consume[153], 585 + Tant d'importunité n'est point sans amertume. + + LYSANDRE. + + Au lieu de me donner ces appréhensions, + Apprends ce que j'ai fait sur tes commissions. + + CÉLIDÉE. + + Je ne vous en chargeai qu'afin de me défaire + D'un entretien chargeant et qui m'alloit déplaire[154]. 590 + + LYSANDRE. + + Depuis quand donnez-vous ces qualités aux miens? + + CÉLIDÉE. + + Depuis que mon esprit n'est plus dans vos liens[155]. + + LYSANDRE. + + Est-ce donc par gageure ou par galanterie? + + CÉLIDÉE. + + Ne vous flattez point tant que ce soit raillerie. + Ce que j'ai dans l'esprit, je ne le puis celer, 595 + Et ne suis pas d'humeur à rien dissimuler. + + LYSANDRE. + + Quoi? que vous ai-je fait? d'où provient ma disgrâce? + Quel sujet avez-vous d'être pour moi de glace[156]? + Ai-je manqué de soins? ai-je manqué de feux? + Vous ai-je dérobé le moindre de mes voeux? 600 + Ai-je trop peu cherché l'heur de votre présence[157]? + Ai-je eu pour d'autres yeux la moindre complaisance? + + CÉLIDÉE. + + Tout cela n'est qu'autant de propos superflus. + Je voulus vous aimer, et je ne le veux plus; + Mon feu fut sans raison, ma glace l'est de même; 605 + Si l'un eut quelque excès, je rendrai l'autre extrême[159]. + + LYSANDRE. + + Par cette extrémité vous avancez ma mort. + + CÉLIDÉE. + + Il m'importe fort peu quel sera votre sort. + + LYSANDRE. + + Quelle nouvelle amour ou plutôt quel caprice[160] + Vous porte à me traiter avec cette injustice, 610 + Vous de qui le serment m'a reçu pour époux? + + CÉLIDÉE. + + J'en perds le souvenir aussi bien que de vous. + + LYSANDRE. + + Évitez-en la honte et fuyez-en le blâme. + + CÉLIDÉE. + + Je les veux accepter pour peines de ma flamme. + + LYSANDRE. + + Un reproche éternel suit ce tour inconstant[161]. 615 + + CÉLIDÉE. + + Si vous me voulez plaire, il en faut faire autant. + + LYSANDRE. + + Est-ce là donc le prix de vous avoir servie[162]? + Ah! cessez vos mépris, ou me privez de vie. + + CÉLIDÉE. + + Eh bien! soit, un adieu les va faire cesser; + Aussi bien ce discours ne fait que me lasser. 620 + + LYSANDRE. + + Ah! redouble plutôt ce dédain qui me tue, + Et laisse-moi le bien d'expirer à ta vue; + Que j'adore tes yeux, tout cruels qu'ils me sont; + Qu'ils reçoivent mes voeux pour le mal qu'ils me font. + Invente à me gêner quelque rigueur nouvelle: 625 + Traite, si tu le veux, mon âme en criminelle, + Dis que je suis ingrat, appelle-moi léger, + Impute à mes amours la honte de changer, + Dedans mon désespoir fais éclater ta joie: + Et tout me sera doux, pourvu que je te voie. 630 + Tu verras tes mépris n'ébranler point ma foi, + Et mes derniers soupirs ne voler qu'après toi[163]. + Ne crains point de ma part de reproche ou d'injure: + Je ne t'appellerai ni lâche, ni parjure; + Mon feu supprimera ces titres odieux; 635 + Mes douleurs céderont au pouvoir de tes yeux; + Et mon fidèle amour, malgré leur vive atteinte, + Pour t'adorer encore étouffera ma plainte[164]. + + CÉLIDÉE. + + Adieu: quelques encens que tu veuilles m'offrir, + Je ne me saurois plus résoudre à les souffrir. 640 + + +SCÈNE IX. + + LYSANDRE. + + Célidée, ah tu fuis! tu fuis donc, et tu n'oses + Faire tes yeux témoins d'un trépas que tu causes! + Ton esprit, insensible à mes feux innocents, + Craint de ne l'être pas aux douleurs que je sens: + Tu crains que la pitié qui se glisse en ton âme 645 + N'y rejette un rayon de ta première flamme[165], + Et qu'elle ne t'arrache un soudain repentir, + Malgré tout cet orgueil qui n'y peut consentir. + Tu vois qu'un désespoir dessus mon front exprime + En mille traits de feu mon ardeur et ton crime; 650 + Mon visage t'accuse, et tu vois dans mes yeux + Un portrait que mon coeur conserve beaucoup mieux. + Tous mes soins, tu le sais, furent pour Célidée; + La nuit ne m'a jamais retracé d'autre idée, + Et tout ce que Paris a d'objets ravissants 655 + N'a jamais ébranlé le moindre de mes sens. + Ton exemple à changer en vain me sollicite: + Dans ta volage humeur j'adore ton mérite, + Et mon amour, plus fort que mes ressentiments, + Conserve sa vigueur au milieu des tourments. 660 + Reviens, mon cher souci, puisqu'après tes défenses[166] + Mes plus vives ardeurs sont pour toi des offenses. + Vois comme je persiste à te désobéir, + Et par là, si tu peux, prends droit de me haïr. + Fol, je présume ainsi rappeler l'inhumaine, 665 + Qui ne veut pas avoir de raisons à sa haine. + Puisqu'elle a sur mon coeur un pouvoir absolu, + Il lui suffit de dire: «Ainsi je l'ai voulu.» + Cruelle, tu le veux! C'est donc ainsi qu'on traite + Les sincères ardeurs d'une amour si parfaite? 670 + Tu me veux donc trahir? tu le veux, et ta foi + N'est qu'un gage frivole à qui vit sous ta loi? + Mais je veux l'endurer, sans bruit, sans résistance; + Tu verras ma langueur, et non mon inconstance; + Et de peur de t'ôter un captif par ma mort, 675 + J'attendrai ce bonheur de mon funeste sort. + Jusque-là mes douleurs, publiant ta victoire, + Sur mon front pâlissant élèveront ta gloire, + Et sauront en tous lieux hautement témoigner[167] + Que sans me refroidir tu m'as pu dédaigner. 680 + + +FIN DU SECOND ACTE. + +FOOTNOTES: + + [105] _Var._ Pour me galantiser, il ne faut qu'un miroir. + (1637-57) + + [106] _Var._ Mais bien la moindre part de vos rares mérites. + (1637-57) + + [107] _Var._ Et présumer d'ailleurs qu'il vous plût sans raison! + (1637-57) + + [108] _Var._ Je suis un peu timide, et qui me veut louer, + Je ne l'ose jamais en rien désavouer. + DOR. Aussi certes, aussi n'avez-vous pas à craindre. (1637-57) + + [109] _Var._ On voit un tel éclat en vos divins appas. (1637-60) + + [110] Vu que, si vous m'aimez, ce ne sont pas merveilles. + (1637-57) + + [111]_Var._ Connoître ainsi d'abord combien je suis aimable. + (1637-57) + + [112] _Var._ _Lysandre entre sur le théâtre, sortant de chez + Célidée, et passe sans s'arrêter, en donnant seulement un coup de + chapeau à Dorimant et Hippolyte._ (1637, en marge.) + + [113] _Var._ De peur qu'il n'en reçût quelque importunité. + (1637-57) + + [114] _Var._ Voilà parer mon coup d'un gentil artifice. (1637-57) + + [115] _Var._ _Florice sort, et parle à l'oreille d'Hippolyte._ + (1637, en marge.) + + [116] _Var._ Demeureroit éprise ou puissamment émue. (1654 et + 60-64) + + [117] _Var._ Du moins ces deux sujets balancent ton courage? + (1637-57) + + [118] _Var._ C'est parler franchement pour être sans franchise. + (1637) + + [119] _Var._ Puisque tu les connois, ce n'est que demi-mal. + (1637) + + [120] _Var._ Non pas, mais tu n'as plus l'esprit à la torture. + (1637-57) + + [121] _Var._ Et vous voyant tous deux si gais à mon abord, + Je vous croyois du moins prêts à tomber d'accord. (1637-57) + + [122] La forme de ce mot est _gaigner_ dans l'édition de 1637. + + [123] _Var._ Et consens, peu s'en faut, à me voir dédaigner. + (1637-57) + + [124] _Var._ Je pourrois de tout[124-a] autre être le possesseur. + (1637) + + [124-a] Voyez tome I, p. 228, note 3. + + [125] _Var._ Rejetant ma louange, avouer son mérite, + Négliger mon ardeur ensemble et l'approuver. (1637-57) + + [126] _Var._ Encore trop heureux que sa froideur extrême. + (1637-57) + + [127] _Var._ Veut bien que je la serve, et souffre que je l'aime. + (1637) + _Var._ Consent que je la serve, et souffre que je l'aime. + (1644-57) + + [128] _Var._ Je te réponds déjà de l'esprit de la mère. (1644-60) + + [129] _Var._ Un qui peut tout sur elle et fera tout pour moi, + L'aura bientôt gagnée en faveur de ta foi: + C'est son proche voisin, père de ma maîtresse. + Tu n'as plus que la fille à vaincre par adresse; + Encor ne crois-je pas qu'il en faille beaucoup. (1637) + + [130] _Var._ Je ne présume pas qu'il en faille beaucoup. + (1644-57) + + [131] _Var._ Son humeur se maintient dedans l'indifférence. + (1637) + _Var._ Son humeur se maintient dans cette indifférence. + (1644-57) + + [132] _Var._ Tant qu'une mère donne une entière assurance; + Et cachant par respect son propre mouvement, + Elle ne veut aimer que par commandement. (1637-57) + + [133] _Var._ Doncques sur ta parole + Mon esprit se résout à vivre plus content. + LYS. Qu'il s'assure, autant vaut, du bonheur qu'il prétend. 1637 + + [134] _Var._ Et je viens de sortir d'avecque ma maîtresse. + (1637-57) + + [135] Dans l'édition de 1637 il n'y a pas ici de distinction de + scène. + + [136] _Var._ Conçoive de l'espoir qu'avecque de la crainte! + (1637) + + [137] _Var._ Par des commandements supposés d'une mère? (1637-57) + + [138] _Var._ A peine ai-je attiré mon Lysandre au discours. + (1637-57) + + [139] _Var._ + + Je m'en vais de ce pas y disposer Aronte. + HIPP. Et que m'en promets-tu? FLOR. Qu'enfin au bout du conte + Cette heure d'entretien dérobée à vos feux + Vous mettra pour jamais au comble de vos voeux; + Mais de votre côté conduisez bien la ruse. (1637-57) + + [140] Voyez tome I, p. 150, note 1. + + [141] _Var._ [Du mal que tu m'as fait perdre le souvenir.] + Célidée, il est vrai, je te suis déloyale; + Tu me crois ton amie, et je suis ta rivale: + Si je te puis résoudre à suivre mon conseil, + Je t'enlève et me donne un bonheur sans pareil[141-a]. (1637-57) + + [141-a] Ce vers termine la scène dans les éditions indiquées. + + [142] Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1637. + + [143] _Var._ Et déjà dans l'esprit je sentois de l'ennui. + (1637-57) + + [144] _Var._ Plût à Dieu que son change autorisât le mien! + (1637-57) + + [145] _Var._ Tant qu'il verra d'amour sur un si beau visage? (1637) + _Var._ Lui qui voit tant d'amour sur un si beau visage? (1644-60) + + [146] _Var._ A ce compte, tu crois que cette ardeur extrême + Ne le brûle pour moi qu'à cause que je l'aime? (1637-57) + + [147] _Var._ Il ne vit rien à craindre, et n'eut rien à souffrir. + (1637-64) + + [148] _Var._ Me quitta cependant dès le moindre mépris. (1637-57) + + [149] _Var._ Qu'on en voit se lâcher pour un peu de longueur, + Et qu'on en voit mourir pour un peu de rigueur! (1637-57) + + [150] _Var._ Ainsi de tous côtés j'aurai ce que je veux. (1637) + + [151] _Var._ CÉLIDÉE, _seule_. Pas de distinction de scène. + (1637) + + [152] _Var._ [Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter.] + De quelque doux espoir que le change me flatte, + Je redoute les noms de perfide et d'ingrate; + En adorant l'effet j'en hais les qualités, + Tant mon esprit confus a d'inégalités. + [Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie.] (1637-57) + + [153] _Var._ Vient s'offrir à la foule à mes affections. + (1637-60) + + [154] _Var._ Quelque forte que soit l'ardeur qui nous consomme, + On s'ennuie aisément de voir toujours un homme. (1637-57) + + [155] _Var._ D'un entretien fâcheux qui ne me pouvoit plaire. + (1637-57) + + [156] _Var._ C'est depuis que mon coeur n'est plus dans vos + liens. (1637-57) + + [157] _Var._ Quel sujet avez-vous de m'être ainsi de glace? + (1637-57) + + [158] _Var._ Ai-je trop peu cherché votre chère présence? + (1637-57) + + [159] _Var._ Si l'un fut excessif, je rendrai l'autre extrême. + LYS. Par ces extrémités vous avancez ma mort. (1637-57) + + [160] _Var._ Ma chère âme, mon tout, avec quelle injustice + Pouvez-vous rejeter mon fidèle service? + Votre serment jadis me reçut pour époux. (1637-57) + + [161] _Var._ Un reproche éternel suit ce trait inconstant. + (1637-57) + + [162] _Var._ Mon souci, d'un seul point obligez mon envie: + Finissez vos mépris, ou m'arrachez la vie. + CÉL. Eh bien! soit: d'un adieu je m'en vais les finir; + Je suis lasse aussi bien de vous entretenir. (1637-57) + + [163] _Var._ Et mes derniers soupirs ne parler que de toi. + (1637-57) + + [164] _Var._ Pour dire ta louange étouffera ma plainte. (1637) + + [165] _Var._ [N'y rejette un rayon de ta première flamme.] + Le courage te manque, et ton aversion + Redoute les assauts de la compassion. + Rien ne t'en défend plus qu'une soudaine absence; + Mon aspect te dit trop quelle est mon innocence + Et contre ton dessein te donne un souvenir + Contre qui ta froideur ne sauroit plus tenir. + Dans la confusion qui déjà te surmonte, + Augmentant mon amour, je redouble ta honte; + Un mouvement forcé t'arrache un repentir + Où ton cruel orgueil ne sauroit consentir. (1637-57) + + [166] _Var._ Reviens, mon cher souci, puisqu'après ta défense + Mes feux sont criminels et tiennent lieu d'offense. (1637-57) + + [167] _Var._ Et je mettrai la mienne à dire sans cesser + Que sans me refroidir tu m'auras pu chasser. (1637-57) + + + + +ACTE III + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +LYSANDRE, ARONTE. + + LYSANDRE. + + Tu me donnes, Aronte, un étrange remède. + + ARONTE. + + Souverain toutefois au mal qui vous possède. + Croyez-moi, j'en ai vu des succès merveilleux + A remettre au devoir ces esprits orgueilleux: + Quand on leur sait donner un peu de jalousie[168], 685 + Ils ont bientôt quitté ces traits de fantaisie; + Car enfin tout l'éclat de ces emportements[169] + Ne peut avoir pour but de perdre leurs amants. + + LYSANDRE. + + Que voudroit donc par là mon ingrate maîtresse? + + ARONTE. + + Elle vous joue un tour de la plus haute adresse. 690 + Avez-vous bien pris garde au temps de ses mépris? + Tant qu'elle vous a cru légèrement épris, + Que votre chaîne encor n'étoit pas assez forte, + Vous a-t-elle jamais gouverné de la sorte? + Vous ignoriez alors l'usage des soupirs; 695 + Ce n'étoient que douceurs, ce n'étoient que plaisirs[170]: + Son esprit avisé vouloit par cette ruse + Établir un pouvoir dont maintenant elle use. + Remarquez-en l'adresse: elle fait vanité[171] + De voir dans ses dédains votre fidélité. 700 + Votre humeur endurante à ces rigueurs l'invite[172]. + On voit par là vos feux, par vos feux son mérite; + Et cette fermeté de vos affections + Montre un effet puissant de ses perfections. + Osez-vous espérer qu'elle soit plus humaine, 705 + Puisque sa gloire augmente, augmentant votre peine? + Rabattez cet orgueil, faites-lui soupçonner + Que vous vous en piquez jusqu'à l'abandonner[173]. + La crainte d'en voir naître une si juste suite + A vivre comme il faut l'aura bientôt réduite; 710 + Elle en fuira la honte, et ne souffrira pas + Que ce change s'impute à son manque d'appas. + Il est de son honneur d'empêcher qu'on présume + Qu'on éteigne aisément les flammes qu'elle allume. + Feignez d'aimer quelque autre, et vous verrez alors 715 + Combien à vous reprendre elle fera d'efforts[174]. + + LYSANDRE. + + Mais peux-tu me juger capable d'une feinte[175]? + + ARONTE. + + Pouvez-vous trouver rude un moment de contrainte? + + LYSANDRE. + + Je trouve ses mépris plus doux à supporter. + + ARONTE. + + Pour les faire finir, il faut les imiter. 720 + + LYSANDRE. + + Faut-il être inconstant pour la rendre fidèle? + + ARONTE. + + Il faut souffrir toujours, ou déguiser comme elle[176]. + + LYSANDRE. + + Que de raisons, Aronte, à combattre mon coeur, + Qui ne peut adorer que son premier vainqueur! + Du moins auparavant que l'effet en éclate[177], 725 + Fais un effort pour moi, va trouver mon ingrate: + Mets-lui devant les yeux mes services passés, + Mes feux si bien reçus, si mal récompensés, + L'excès de mes tourments et de ses injustices; + Emploie à la gagner tes meilleurs artifices: 730 + Que n'obtiendras-tu point par ta dextérité, + Puisque tu viens à bout de ma fidélité? + + ARONTE. + + Mais, mon possible fait, si cela ne succède? + + LYSANDRE. + + Je feindrai dès demain qu'Aminte me possède. + + ARONTE. + + Aminte? Ah! commencez la feinte dès demain; 735 + Mais n'allez point courir au faubourg Saint-Germain. + Et quand penseriez-vous que cette âme cruelle + Dans le fond du Marais en reçût la nouvelle? + Vous seriez tout un siècle à lui vouloir du bien, + Sans que votre arrogante en apprît jamais rien[178]. 740 + Puisque vous voulez feindre, il faut feindre à sa vue; + Qu'aussitôt votre feinte en puisse être aperçue[179], + Qu'elle blesse les yeux de son esprit jaloux, + Et porte jusqu'au coeur d'inévitables coups. + Ce sera faire au vôtre un peu de violence; 745 + Mais tout le fruit consiste à feindre en sa présence. + + LYSANDRE. + + Hippolyte en ce cas seroit fort à propos; + Mais je crains qu'un ami n'en perdît le repos. + Dorimant, dont ses yeux ont charmé le courage, + Autant que Célidée en auroit de l'ombrage. 750 + + ARONTE. + + Vous verrez si soudain rallumer son amour, + Que la feinte n'est pas pour durer plus d'un jour; + Et vous aurez après un sujet de risée + Des soupçons mal fondés de son âme abusée. + + LYSANDRE. + + Va trouver Célidée, et puis nous résoudrons[180] 755 + En ces extrémités quel avis nous prendrons. + + +SCÈNE II[181]. + +ARONTE, FLORICE. + + ARONTE, seul. + + Sans que pour l'apaiser je me rompe la tête, + Mon message est tout fait, et sa réponse prête. + Bien loin que mon discours pût la persuader, + Elle n'aura jamais voulu me regarder. 760 + Une prompte retraite au seul nom de Lysandre, + C'est par où ses dédains se seront fait entendre. + Mes amours du passé ne m'ont que trop appris + Avec quelles couleurs il faut peindre un mépris. + A peine faisoit-on semblant de me connoître, 765 + De sorte.... + + FLORICE. + + Aronte, eh bien! qu'as-tu fait vers ton maître? + Le verrons-nous bientôt? + + ARONTE. + + N'en sois plus en souci[182]; + Dans une heure au plus tard je te le rends ici. + + FLORICE. + + Prêt à lui témoigner[183].... + + ARONTE. + + Tout prêt. Adieu: je tremble + Que de chez Célidée on ne nous voie ensemble. 770 + + +SCÈNE III. + +HIPPOLYTE, FLORICE. + + HIPPOLYTE. + + D'où vient que mon abord l'oblige à te quitter? + + FLORICE. + + Tant s'en faut qu'il vous fuie, il vient de me conter.... + Toutefois je ne sais si je vous le dois dire. + + HIPPOLYTE. + + Que tu te plais, Florice, à me mettre en martyre! + + FLORICE. + + Il faut vous préparer à des ravissements[184].... 775 + + HIPPOLYTE. + + Ta longueur m'y prépare avec bien des tourments. + Dépêche, ces discours font mourir Hippolyte. + + FLORICE. + + Mourez donc promptement, que je vous ressuscite. + + HIPPOLYTE. + + L'insupportable femme! Enfin diras-tu rien? + + FLORICE. + + L'impatiente fille! Enfin tout ira bien. 780 + + HIPPOLYTE. + + Enfin tout ira bien? Ne saurai-je autre chose? + + FLORICE. + + Il faut que votre esprit là-dessus se repose. + Vous ne pouviez tantôt souffrir de longs propos, + Et pour vous obliger, j'ai tout dit en trois mots; + Mais ce que maintenant vous n'en pouvez apprendre, + Vous l'apprendrez bientôt plus au long de Lysandre. + + HIPPOLYTE. + + Tu ne flattes mon coeur que d'un espoir confus. + + FLORICE. + + Parlez à votre amie, et ne vous fâchez plus[185]. + + +SCÈNE IV. + +CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE. + + CÉLIDÉE. + + Mon abord importun rompt votre conférence: + Tu m'en voudras du mal. + + HIPPOLYTE. + + Du mal? et l'apparence? 790 + Je ne sais pas aimer de si mauvaise foi[186]; + Et tout à l'heure encor je lui parlois de toi[187]. + + CÉLIDÉE. + + Je me retire donc, afin que sans contrainte.... + + HIPPOLYTE. + + Quitte cette grimace, et mets à part la feinte. + Tu fais la réservée en ces occasions, 795 + Mais tu meurs de savoir ce que nous en disions. + + CÉLIDÉE. + + Tu meurs de le conter plus que moi de l'apprendre[188], + Et tu prendrois pour crime un refus de l'entendre. + Puis donc que tu le veux, ma curiosité.... + + HIPPOLYTE. + + Vraiment, tu me confonds de ta civilité. 800 + + CÉLIDÉE. + + Voilà de tes détours, et comme tu diffères + A me dire en quel point vous teniez mes affaires. + + HIPPOLYTE. + + Nous parlions du dessein d'éprouver ton amant[189]: + Tu l'as vu réussir à ton contentement? + + CÉLIDÉE. + + Je viens te voir exprès pour t'en dire l'issue: 805 + Que je m'en suis trouvée heureusement déçue! + Je présumois beaucoup de ses affections, + Mais je n'attendois pas tant de submissions. + Jamais le désespoir qui saisit son courage + N'en put tirer un mot à mon désavantage; 810 + Il tenoit mes dédains encor trop précieux, + Et ses reproches même étoient officieux. + Aussi ce grand amour a rallumé ma flamme: + Le change n'a plus rien qui chatouille mon âme; + Il n'a plus de douceurs pour mon esprit flottant, 815 + Aussi ferme à présent qu'il le croit inconstant. + + FLORICE. + + Quoi que vous ayez vu de sa persévérance, + N'en prenez pas encore une entière assurance. + L'espoir de vous fléchir a pu le premier jour + Jeter sur son dépit ces beaux dehors d'amour[190]; 820 + Mais vous verrez bientôt que pour qui le méprise + Toute légèreté lui semblera permise. + J'ai vu des amoureux de toutes les façons. + + HIPPOLYTE. + + Cette bizarre humeur n'est jamais sans soupçons[191]: + L'avantage qu'elle a d'un peu d'expérience 825 + Tient éternellement son âme en défiance; + Mais ce qu'elle te dit ne vaut pas l'écouter[192]. + + CÉLIDÉE. + Et je ne suis pas fille à m'en épouvanter. + Je veux que ma rigueur à tes yeux continue, + Et lors sa fermeté te sera mieux connue; 830 + Tu ne verras des traits que d'un amour si fort, + Que Florice elle-même avouera qu'elle a tort[193]. + + HIPPOLYTE. + + Ce sera trop longtemps lui paroître cruelle. + + CÉLIDÉE. + + Tu connoîtras par là combien il m'est fidèle, + Le ciel à ce dessein nous l'envoie à propos. 835 + + HIPPOLYTE. + + Et quand te résous-tu de le mettre en repos? + + CÉLIDÉE. + + Trouve bon, je te prie, après un peu de feinte, + Que mes feux violents s'expliquent sans contrainte; + Et pour le rappeler des portes du trépas, + Si j'en dis un peu trop, ne t'en offense pas[194]. 840 + + +SCÈNE V. + +LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE. + + LYSANDRE. + + Merveille des beautés, seul objet qui m'engage.... + + CÉLIDÉE. + + N'oublierez-vous jamais cet importun langage? + Vous obstiner encore à me persécuter, + C'est prendre du plaisir à vous voir maltraiter. + Perdez mon souvenir avec votre espérance, 845 + Et ne m'accablez plus de cette déférence[195]. + Il faut, pour m'arrêter, des entretiens meilleurs[196]. + + LYSANDRE. + + Quoi? vous prenez pour vous ce que j'adresse ailleurs? + Adore qui voudra votre rare mérite, + Un change heureux me donne à la belle Hippolyte: 850 + Mon sort en cela seul a voulu me trahir, + Qu'en ce change mon coeur semble vous obéir, + Et que mon feu passé vous va rendre si vaine + Que vous imputerez ma flamme à votre haine, + A votre orgueil nouveau mes nouveaux sentiments[197], 855 + L'effet de ma raison à vos commandements. + + CÉLIDÉE. + + Tant s'en faut que je prenne une si triste gloire, + Je chasse mes dédains même de ma mémoire, + Et dans leur souvenir rien ne me semble doux, + Puisqu'en le conservant je penserois à vous[198]. 860 + + LYSANDRE, à Hippolyte. + + Beauté de qui les yeux, nouveaux rois de mon âme, + Me font être léger sans en craindre le blâme.... + + HIPPOLYTE. + + Ne vous emportez point à ces propos perdus, + Et cessez de m'offrir des voeux qui lui sont dus; + Je pense mieux valoir que le refus d'une autre[199]. 865 + Si vous voulez venger son mépris par le vôtre, + Ne venez point du moins m'enrichir de son bien. + Elle vous traite mal, mais elle n'aime rien. + Vous, faites-en autant, sans chercher de retraite + Aux importunités dont elle s'est défaite. 870 + + LYSANDRE. + + Que son exemple encore réglât mes actions! + Cela fut bon du temps de mes affections: + A présent que mon coeur adore une autre reine, + A présent qu'Hippolyte en est la souveraine.... + + HIPPOLYTE. + + C'est elle seulement que vous voulez flatter. 875 + + LYSANDRE. + + C'est elle seulement que je dois imiter. + + HIPPOLYTE. + + Savez-vous donc à quoi la raison vous oblige? + C'est à me négliger, comme je vous néglige. + + LYSANDRE. + + Je ne puis imiter ce mépris de mes feux, + A moins qu'à votre tour vous m'offriez des voeux[200]; 880 + Donnez-m'en les moyens, vous en verrez l'issue. + + HIPPOLYTE. + + J'appréhenderois fort d'être trop bien reçue[201], + Et qu'au lieu du plaisir de me voir imiter, + Je n'eusse que l'honneur de me faire écouter[202], + Pour n'avoir que la honte après de me dédire. 885 + + LYSANDRE. + + Souffrez donc que mon coeur sans exemple soupire, + Qu'il aime sans exemple, et que mes passions + S'égalent seulement à vos perfections. + Je vaincrai vos rigueurs par mon humble service, + Et ma fidélité.... + + CÉLIDÉE. + + Viens avec moi, Florice: 890 + J'ai des nippes en haut que je veux te montrer[203]. + + +SCÈNE VI. + +HIPPOLYTE, LYSANDRE[204]. + + HIPPOLYTE. + + Quoi? sans la retenir, vous la laissez rentrer? + Allez, Lysandre, allez: c'est assez de contraintes; + J'ai pitié du tourment que vous donnent ces feintes. + Suivez ce bel objet dont les charmes puissants 895 + Sont et seront toujours absolus sur vos sens. + Quoi qu'après ses dédains un peu d'orgueil publie[205], + Son mérite est trop grand pour souffrir qu'on l'oublie: + Elle a des qualités et de corps et d'esprit + Dont pas un coeur donné jamais ne se reprit. 900 + + LYSANDRE. + + Mon change fera voir l'avantage des vôtres, + Qu'en la comparaison des unes et des autres + Les siennes désormais n'ont qu'un éclat terni, + Que son mérite est grand, et le vôtre infini. + + HIPPOLYTE. + + Que j'emporte sur elle aucune préférence! 905 + Vous tenez des discours qui sont hors d'apparence; + Elle me passe en tout, et dans ce changement + Chacun vous blâmeroit de peu de jugement. + + LYSANDRE. + + M'en blâmer en ce cas, c'est en manquer soi-même, + Et choquer la raison, qui veut que je vous aime[206]. 910 + Nous sommes hors du temps de cette vieille erreur + Qui faisoit de l'amour une aveugle fureur, + Et l'ayant aveuglé, lui donnoit pour conduite + Le mouvement d'une âme et surprise et séduite. + Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissoient pas[207]; + C'est par les yeux qu'il entre[208] et nous dit vos appas: + Lors notre esprit en juge; et suivant le mérite, + Il fait croître une ardeur que cette vue excite[209]. + Si la mienne pour vous se relâche un moment, + C'est lors que je croirai manquer de jugement; 920 + Et la même raison qui vous rend admirable[210] + Doit rendre comme vous ma flamme incomparable. + + HIPPOLYTE. + + Épargnez avec moi ces propos affétés. + Encore hier Célidée avoit ces qualités; + Encore hier en mérite elle étoit sans pareille. 925 + Si je suis aujourd'hui cette unique merveille, + Demain quelque autre objet, dont vous suivrez la loi, + Gagnera votre coeur et ce titre sur moi. + Un esprit inconstant a toujours cette adresse[209]. + + +SCÈNE VII. + +CHRYSANTE, PLEIRANTE, HIPPOLYTE, LYSANDRE. + + CHRYSANTE[212]. + + Monsieur, j'aime ma fille avec trop de tendresse 930 + Pour la vouloir contraindre en ses affections. + + PLEIRANTE[213]. + + Madame, vous saurez ses inclinations; + Elle voudra vous plaire, et je l'en vois sourire[214]. + Allons, mon cavalier, j'ai deux mots à vous dire[215]. + + CHRYSANTE. + + Vous en aurez réponse avant qu'il soit trois jours. 935 + + +SCÈNE VIII. + +CHRYSANTE, HIPPOLYTE. + + CHRYSANTE. + + Devinerois-tu bien quels étoient nos discours? + + HIPPOLYTE. + + Il vous parloit d'amour peut-être? + + CHRYSANTE. + + Oui: que t'en semble? + + HIPPOLYTE. + + D'âge presque pareils, vous seriez bien ensemble. + + CHRYSANTE. + + Tu me donnes vraiment un gracieux détour; + C'étoit pour ton sujet qu'il me parloit d'amour. 940 + + HIPPOLYTE. + + Pour moi? Ces jours passés, un poëte qui m'adore + (Du moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore[216]; + Je me raillois alors de sa comparaison[217]: + Mais si cela se fait, il avoit bien raison. + + CHRYSANTE. + + Avec tout ce babil, tu n'es qu'une étourdie. 945 + Le bonhomme est bien loin de cette maladie; + Il veut te marier, mais c'est à Dorimant: + Vois si tu te résous d'accepter cet amant. + + HIPPOLYTE. + + Dessus tous mes desirs vous êtes absolue, + Et si vous le voulez, m'y voilà résolue. 950 + Dorimant vaut beaucoup, je vous le dis sans fard; + Mais remarquez un peu le trait de ce vieillard: + Lysandre si longtemps a brûlé pour sa fille, + Qu'il en faisoit déjà l'appui de sa famille; + A présent que ses feux ne sont plus que pour moi, 955 + Il voudroit bien qu'un autre eût engagé ma foi, + Afin que sans espoir dans cette amour nouvelle, + Un nouveau changement le ramenât vers elle[218]. + N'avez-vous point pris garde, en vous disant adieu, + Qu'il a presque arraché Lysandre de ce lieu? 960 + + CHRYSANTE. + + Simple, ce qu'il en fait, ce n'est qu'à sa prière[219]; + Et Lysandre tient même à faveur singulière.... + + HIPPOLYTE. + + Je sais que Dorimant est un de ses amis; + Mais vous voyez d'ailleurs que le ciel a permis + Que pour mieux vous montrer que tout n'est qu'artifice, + Lysandre me faisoit ses offres de service. + + CHRYSANTE. + + Aucun des deux n'est homme à se jouer de nous: + Quelque secret mystère est caché là-dessous. + Allons, pour en tirer la vérité plus claire, + Seules dedans ma chambre examiner l'affaire; 970 + Ici quelque importun pourroit nous aborder[220]. + + +SCÈNE IX. + +HIPPOLYTE, FLORICE. + + HIPPOLYTE[221]. + + J'aurai bien de la peine à la persuader[222]: + Ah! Florice, en quel point laisses-tu Célidée? + + FLORICE. + + De honte et de dépit tout à fait possédée. + + HIPPOLYTE. + + Que t'a-t-elle montré? + + FLORICE. + + Cent choses à la fois, 975 + Selon que le hasard les mettoit sous ses doigts: + Ce n'étoit qu'un prétexte à faire sa retraite. + + HIPPOLYTE. + + Elle t'a témoigné d'être fort satisfaite? + + FLORICE. + + Sans que je vous amuse en discours superflus, + Son visage suffit pour juger du surplus[223]. 980 + + HIPPOLYTE regarde Célidée[224]. + + Ses pleurs ne se sauroient empêcher de descendre; + Et j'en aurois pitié si je n'aimois Lysandre. + + +SCÈNE X. + + CÉLIDÉE. + + Infidèles témoins d'un feu mal allumé, + Soyez-les de ma honte, et vous fondant en larmes[225], + Punissez-vous, mes yeux, d'avoir trop présumé 985 + Du pouvoir de vos charmes. + + De quoi vous a servi d'avoir su me flatter[226], + D'avoir pris le parti d'un ingrat qui me trompe, + S'il ne fit le constant qu'afin de me quitter + Avecque plus de pompe? 990 + + Quand je m'en veux défaire, il est parfait amant[227]; + Quand je veux le garder, il n'en fait plus de conte; + Et n'ayant pu le perdre avec contentement, + Je le perds avec honte. + + Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret; 995 + Par là mon désespoir davantage se pique. + Quand je le crus constant, mon plaisir fut secret, + Et ma honte est publique. + + Le traître avoit senti qu'alors me négliger[228], + C'étoit à Dorimant livrer toute mon âme; 1000 + Et la constance plût à cet esprit léger + Pour amortir ma flamme. + + Autant que j'eus de peine à l'éteindre en naissant, + Autant m'en faudra-t-il à la faire renaître: + De peur qu'à cet amour d'être encore impuissant, 1005 + Il n'ose plus paroître; + + Outre que de mon coeur pleinement exilé, + Et n'y conservant plus aucune intelligence, + Il est trop glorieux pour n'être rappelé + Qu'à servir ma vengeance. 1010 + + Mais j'aperçois celui qui le porte en ses yeux. + Courage donc, mon coeur; espérons un peu mieux. + Je sens bien que déjà devers lui tu t'envoles; + Mais pour t'accompagner je n'ai point de paroles: + Ma honte et ma douleur, surmontant mes desirs, 1015 + N'en laissent le passage ouvert qu'à mes soupirs. + + +SCÈNE XI. + +DORIMANT, CÉLIDÉE, CLÉANTE. + + DORIMANT. + + Dans ce profond penser, pâle, triste, abattue, + Ou quelque grand malheur de Lysandre vous tue, + Ou bientôt vos douleurs l'accableront d'ennuis[229]. + + CÉLIDÉE. + + Il est cause en effet de l'état où je suis, 1020 + Non pas en la façon qu'un ami s'imagine, + Mais.... + + DORIMANT. + + Vous n'achevez point, faut-il que je devine? + + CÉLIDÉE. + + Permettez que je cède à la confusion[230] + Qui m'étouffe la voix en cette occasion. + J'ai d'incroyables traits de Lysandre à vous dire; 1025 + Mais ce reste du jour souffrez que je respire, + Et m'obligez demain que je vous puisse voir. + + DORIMANT. + + De sorte qu'à présent on n'en peut rien savoir? + Dieux! elle se dérobe, et me laisse en un doute.... + Poursuivons toutefois notre première route; 1030 + Peut-être ces beaux yeux, dont l'éclat me surprit, + De ce fâcheux soupçon purgeront mon esprit. + Frappe[231]. + + +SCÈNE XII. + +DORIMANT, FLORICE, CLÉANTE. + + FLORICE. + + Que vous plaît-il? + + DORIMANT. + + Peut-on voir Hippolyte? + + FLORICE. + + Elle vient de sortir pour faire une visite. + + DORIMANT. + + Ainsi tout aujourd'hui mes pas ont été vains. 1035 + Florice, à ce défaut, fais-lui mes baisemains. + + FLORICE, seule. + + Ce sont des compliments qu'il fait mauvais lui faire[232]. + Depuis que ce Lysandre a tâché de lui plaire, + Elle ne veut plus être au logis que pour lui, + Et tous autres devoirs lui donnent de l'ennui. 1040 + + +FIN DU TROISIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [168] _Var._ Depuis qu'on leur fait prendre un peu de jalousie. + (1637-57) + + [169] _Var._ Car encore, après tout, ces rudes traitements + Ne sont pas à dessein de perdre leurs amants. (1637-57) + + [170] _Var._ Ce n'étoit rien qu'appas, que douceurs, que + plaisirs. (1637-57) + + [171] _Var._ Connoissez son humeur: elle fait vanité. (1637-57) + + [172] _Var._ Votre extrême souffrance à ces rigueurs l'invite. + (1637-57) + + [173] _Var._ Que vous seriez enfin homme à l'abandonner. + La crainte de vous perdre et de se voir changée + A vivre comme il faut l'aura bientôt rangée: + Elle en craindra la honte, et ne souffrira pas. (1637-57) + + [174] _Var._ Combien à vous ravoir elle fera d'efforts. + LYS. Mais me jugerois-tu capable d'une feinte? + AR. Mais reculeriez-vous pour un peu de contrainte? (1637-57) + + [175] _Var._ Pourrois-tu me juger capable d'une feinte? + AR. Pourriez-vous trouver rude un moment de contrainte? (1660 et 63) + + [176] _Var._ Il le faut, ou souffrir une peine éternelle. + (1637-57) + + [177] _Var._ Je m'y rends, mais avant que l'effet en éclate. + (1637-57) + + [178] _Var._ Sans que votre maîtresse en apprît jamais rien. + (1637-57) + + [179] _Var._ Afin que votre feinte, aussitôt aperçue, + Produise un prompt effet dans son esprit jaloux; + Et pour en adresser plus sûrement les coups, + Quand vous verrez quelque autre en discours avec elle, + Feignez en sa présence une flamme nouvelle. (1637-57) + + [180] _Var._ Va trouver ma maîtresse, et puis nous résoudrons. + (1637-57) + + [181] Dans l'édition de 1637, la division de scène, au lieu + d'être ici, se trouve l'entrée de Florice, au vers 766. + + [182] _Var._ S'y résout-il enfin? [AR. N'en sois plus en souci.] + (1637-57) + + [183] _Var._ Prêt à la caresser? (1637-57) + + [184] _Var._ Il faut vous préparer à des contentements. (1637-57) + + [185] _Var._ Parlez à Célidée, et ne m'informez plus. (1637-57) + + [186] _Var._ Tu peux bien avec nous[186-a], je t'en jure ma foi. (1637) + _Var._ Tu peux bien avec nous, je t'en donne ma foi. (1644-57) + + [186-a] Pour: «Tu peux bien rester avec nous.» Voyez le _Lexique_. + + [187] _Var._ Nos entretiens étoient de Lysandre et de toi. + CÉL. Et pour cette raison, adieu, je me retire, + Afin qu'en liberté vous en puissiez tout dire. + HIPP. Tu fais bien la discrète en ces occasions. (1637-57) + + [188] _Var._ Toi-même bien plutôt tu meurs de me l'apprendre. + Suivant donc tes desirs, résolue à l'entendre, + J'éveille en ta faveur ma curiosité. (1637-57) + + [189] _Var._ Nous parlions du conseil que je t'avois donné; + Lysandre, je m'assure, en fut bien étonné? + CÉL. Et je venois aussi pour t'en conter l'issue. (1637-57) + + [190] _Var._ Masquer ses mouvements de cet excès d'amour, + Qu'après, pour mépriser celle qui le méprise. (1637-57) + + [191] _Var._ Cette bigearre humeur n'est jamais sans soupçons. (1637-57) + + [192] _Var._ Mais ce qu'elle t'en dit ne vaut pas l'écouter. (1637-57) + + [193] _Var._ Que ta Florice même avouera qu'elle a tort. (1637-57) + + [194] _Var._ S'il m'échappe un baiser, ne t'en offense pas. + (1637-57) + + [195] _Var._ Et ne m'accablez plus de votre impertinence. + (1637-64) + + [196] _Var._ Pour me plaire, il faut bien des entretiens + meilleurs. (1637-57) + + [197] _Var._ A votre orgueil nouveau mes nouveaux mouvements. + (1637-57) + + [198] _Var._ Puisque, le conservant, je songerois à vous. (1637-57) + _Var._ Puisque, le conservant, je penserois à vous. (1660) + _Var._ Parce qu'en le gardant je penserois à vous. (1663-68) + + [199] _Var._ Je pense mieux valoir que le refus d'un autre[199-a]. + (1637-57) + + [199-a] Voyez tome I, p. 228, note 3. + + [200] _Var._ Si, comme je vous fais, vous ne m'offrez des voeux. + (1637-57) + + [201] _Var._ Je craindrois, en ce cas, d'être trop bien reçue. + (1637-57) + + [202] _Var._ Vous rencontrant d'humeur facile à m'écouter, + Je n'eusse que la honte après de me dédire. + LYS. Vous devez donc souffrir que dessous votre empire + Mon feu soit sans exemple, et que mes passions. (1637-57) + + [203] _Var._ J'ai des nippes en haut que je te veux montrer. + (1637-57) + + [204] VAR. HIPPOLYTE, LYSANDRE, ARONTE. (1637-60) + + [205] _Var._ Quoi qu'un peu de dépit devant elle publie. + (1637-57) + + [206] _Var._ C'est choquer la raison, qui veut que je vous aime. + (1637) + + [207] _Var._ Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissent + pas. (1648-57) + + [210] Regnier l'a dit avant Corneille: + + L'amour est une affection + Qui par les yeux dans le coeur entre. + + (_Épigrammes._) + + Et la Fontaine l'a répété après tous les deux (_Contes_, IV, IX, + _le Diable en enfer_): + + Une vertu sort de vous, ne sais quelle, + Qui dans le coeur s'introduit par les yeux. + + [209] _Var._ Il fait naître une ardeur ou puissante ou petite. + Moi, si mon feu vers vous se relâche un moment. (1637-57) + + [210] _Var._ Car, puisqu'auprès de vous il n'est rien d'admirable, + Ma flamme comme vous doit être incomparable. (1637-57) + + [211] _Var._ Un esprit inconstant, quelque part qu'il + s'adresse.... (1637-57) + + [212] _Var._ CHRYSANTE, _à Pleirante_. (1648) + + [213] _Var._ PLEIRANTE, _à Chrysante_. (1648) + + [214] _Var._ La voilà qui s'en doute et s'en met à sourire[214-a]. + (1637-57) + + [214-a] Entre les vers 933 et 934: _à Lysandre_. (1648) + + [215] En marge, dans l'édition de 1637: _Il emmène Lysandre avec + lui_. + + [216] _Var._ (Au moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore. + (1637-60) + + [217] _Var._ Mais si cela se fait, dans sa comparaison, + Prévoyant cet hymen, il avoit bien raison. (1637-57) + + [218] _Var._ Il fût comme forcé de retourner vers elle. (1637-57) + + [219] _Var._ Simple, ce qu'il en fait n'est rien qu'à sa prière; + [Et Lysandre tient même à faveur singulière] + Cette peine qu'il prend pour un de ses amis. + HIPP. Mais voyez cependant que le ciel a permis. (1637-57) + + [220] _Var._ Ici quelque importun nous pourroit aborder. + (1637-57) + + [221] _Var._ HIPPOLYTE, _seule_. (1648) + + [222] Entre les vers 972 et 973: _à Florice, qui sort de chez + Célidée._ (1648) + + [223] _Var._ Voyez sa contenance, et jugez du surplus. (1637-57) + + [224] _Var._ HIPPOLYTE, _regardant Célidée._ (1660)--Cette + indication manque dans les éditions de 1637-57. + + [225] _Var._ Soyez-le de ma honte, et vous fondant en larmes. + (1637) + + [226] _Var._ Sur votre faux rapport osant trop me flatter, + Je vantois sa constance, et l'ingrat qui me trompe + Ne se feignit constant qu'afin de m'affronter. (1637-57) + + [227] _Var._ Quand je le veux chasser, il est parfait amant; + Quand j'en veux être aimée, il n'en fait plus de conte. (1637-57) + + [228] _Var._ Ce traître voyoit bien qu'alors me négliger, + C'étoit à Dorimant abandonner mon âme, + Et voulut par sa feinte, avant que me changer, + Amortir cette flamme. (1637-57) + + [229] _Var._ Ou bientôt vos douleurs le mettront au cercueil. + CÉL. Lysandre est en effet la cause de mon deuil. (1637-57) + + [230] _Var._ Excusez-moi, Monsieur, si ma confusion + M'étouffe la parole en cette occasion. (1637-57) + + [231] En marge, dans l'édition de 1637: _Cléante frappe à la + porte d'Hippolyte.--Cléante frappe chez Hippolyte._ (1648) + + [232] _Var._ Ce sont des compliments dont elle a bien affaire! + (1637) + + + + +ACTE IV. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +HIPPOLYTE, ARONTE. + + HIPPOLYTE. + + A cet excès d'amour qu'il me faisoit paroître[233], + Je me croyois déjà maîtresse de ton maître; + Tu m'as fait grand dépit de me désabuser. + Qu'il a l'esprit adroit quand il veut déguiser[234]! + Et que pour mettre en jour ces compliments frivoles, + Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles! + Mais je me promets tant de ta dextérité, + Qu'il tournera bientôt la feinte en vérité. + + ARONTE. + + Je n'ose l'espérer: sa passion trop forte + Déjà vers son objet malgré moi le remporte; 1050 + Et comme s'il avoit reconnu son erreur, + Vos yeux lui sont à charge et sa feinte en horreur: + Même il m'a commandé d'aller vers sa cruelle + Lui jurer que son coeur n'a brûlé que pour elle, + Attaquer son orgueil par des submissions.... 1055 + + HIPPOLYTE. + + J'entends assez le but de tes commissions. + Tu vas tâcher pour lui d'amollir son courage[235]? + + ARONTE. + + J'emploie auprès de vous le temps de ce message, + Et la ferai parler tantôt à mon retour + D'une façon mal propre à donner de l'amour; 1060 + Mais après mon rapport, si son ardeur extrême + Le résout à porter son message lui-même, + Je ne réponds de rien. L'amour qu'ils ont tous deux + Vaincra notre artifice et parlera pour eux. + + HIPPOLYTE. + + Sa maîtresse éblouie ignore encor ma flamme, 1065 + Et laisse à mes conseils tout pouvoir sur son âme[236]. + Ainsi tout est à nous, s'il ne faut qu'empêcher + Qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher. + + ARONTE. + + Qui pourroit toutefois en détourner Lysandre, + Ce seroit le plus sûr. + + HIPPOLYTE. + + N'oses-tu l'entreprendre? 1070 + + ARONTE. + + Donnez-moi les moyens de le rendre jaloux, + Et vous verrez après frapper d'étranges coups. + + HIPPOLYTE. + + L'autre jour Dorimant toucha fort ma rivale, + Jusque-là qu'entre eux deux son âme étoit égale[237]; + Mais Lysandre depuis, endurant sa rigueur, 1075 + Lui montra tant d'amour qu'il regagna son coeur. + + ARONTE. + + Donc à voir Célidée et Dorimant ensemble, + Quelque Dieu qui vous aime aujourd'hui les assemble. + + HIPPOLYTE. + + Fais-les voir à ton maître, et ne perds point ce temps, + Puisque de là dépend le bonheur que j'attends. 1080 + + +SCÈNE II. + +DORIMANT, CÉLIDÉE, ARONTE. + + DORIMANT. + + Aronte, un mot. Tu fuis? Crains-tu que je te voie? + + ARONTE. + + Non; mais pressé d'aller où mon maître m'envoie, + J'avois doublé le pas sans vous apercevoir. + + DORIMANT. + + D'où viens-tu? + + ARONTE. + + D'un logis vers la Croix-du-Tiroir[238]. + + DORIMANT. + + C'est donc en ce Marais que finit ton voyage? 1085 + + ARONTE. + + Non, je cours au Palais faire encore un message. + + DORIMANT. + + Et c'en est le chemin de passer par ici[239]? + + ARONTE. + + Souffrez que j'aille ôter mon maître de souci: + Il meurt d'impatience à force de m'attendre. + + DORIMANT. + + Et touchant mes amours ne peux-tu rien m'apprendre? + As-tu vu depuis peu l'objet que je chéris? + + ARONTE. + + Oui, tantôt en passant j'ai rencontré Cloris. + + DORIMANT. + + Tu cherches des détours: je parle d'Hippolyte. + + CÉLIDÉE. + + Et c'est là seulement le discours qu'il évite. + Tu t'enferres, Aronte, et pris au dépourvu, 1095 + En vain tu veux cacher ce que nous avons vu. + Va, ne sois point honteux des crimes de ton maître: + Pourquoi désavouer ce qu'il fait trop paroître? + Il la sert à mes yeux, cet infidèle amant, + Et te vient d'envoyer lui faire un compliment. 1100 + +(Aronte rentre.) + + +SCÈNE III. + +DORIMANT, CÉLIDÉE. + + CÉLIDÉE. + + Après cette retraite et ce morne silence, + Pouvez-vous bien encor demeurer en balance? + + DORIMANT. + + Je n'en ai que trop vu, mes yeux m'en ont trop dit: + Aronte en me parlant étoit tout interdit, + Et sa confusion portoit sur son visage 1105 + Assez et trop de jour pour lire son message. + Traître, traître Lysandre, est-ce là donc le fruit + Qu'en faveur de mes feux ton amitié produit? + + CÉLIDÉE. + + Connoissez tout à fait l'humeur de l'infidèle: + Votre amour seulement la lui fait trouver belle. 1110 + Cet objet, tout aimable et tout parfait qu'il est[240], + N'a des charmes pour lui que depuis qu'il vous plaît; + Et votre affection, de la sienne suivie, + Montre que c'est par là qu'il en a pris envie, + Qu'il veut moins l'acquérir que vous le dérober[241]. 1115 + + DORIMANT. + + Voici, dans ce larcin, qui le fait succomber. + En ce dessein commun de servir Hippolyte, + Il faut voir seul à seul qui des deux la mérite: + Son sang me répondra de son manque de foi, + Et me fera raison et pour vous et pour moi. 1120 + Notre vieille union ne fait qu'aigrir mon âme, + Et mon amitié meurt voyant naître sa flamme. + + CÉLIDÉE. + + Vouloir quelque mesure entre un perfide et vous[242], + Est-ce faire justice à ce juste courroux? + Pouvez-vous présumer, après sa tromperie, 1125 + Qu'il ait dans les combats moins de supercherie? + Certes pour le punir c'est trop vous négliger, + Et chercher à vous perdre au lieu de vous venger. + + DORIMANT. + + Pourriez-vous approuver que je prisse avantage[243] + Pour immoler ce traître à mon peu de courage? 1130 + J'achèterois trop cher la mort du suborneur, + Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur[244], + Et montrerois une âme et trop basse et trop noire + De ménager mon sang aux dépens de ma gloire. + + CÉLIDÉE. + + Sans les voir l'un ni l'autre en péril exposés, 1135 + Il est pour vous venger des moyens plus aisés. + Pour peu que vous fussiez de mon intelligence, + Vous auriez bientôt pris une juste vengeance[245]; + Et vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant.... + + DORIMANT. + + Quoi? Ce qu'il m'a volé? + + CÉLIDÉE. + + Non, mais du moins autant. + + DORIMANT. + + La foiblesse du sexe en ce point vous conseille: + Il se croit trop vengé, quand il rend la pareille; + Mais suivre le chemin que vous voulez tenir[246], + C'est imiter son crime au lieu de le punir; + Au lieu de lui ravir une belle maîtresse, 1145 + C'est prendre à son refus une beauté qu'il laisse. + +(Lysandre vient avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant avec +Célidée[247].) + + C'est lui faire plaisir, au lieu de l'affliger; + C'est souffrir un affront, et non pas se venger. + J'en perds ici le temps. Adieu: je me retire; + Mais avant qu'il soit peu, si vous entendez dire 1150 + Qu'un coup fatal et juste ait puni l'imposteur, + Vous pourrez aisément en deviner l'auteur. + + CÉLIDÉE. + + De grâce, encore un mot. Hélas! il m'abandonne + Aux cuisants déplaisirs que ma douleur me donne. + Rentre, pauvre abusée, et dedans tes malheurs, 1155 + Si tu ne les retiens, cache du moins tes pleurs! + + +SCÈNE IV. + +LYSANDRE, ARONTE. + + ARONTE. + + Eh bien! qu'en dites-vous? et que vous semble d'elle? + + LYSANDRE. + + Hélas! pour mon malheur, tu n'es que trop fidèle. + N'exerce plus tes soins à me faire endurer; + Ma plus douce fortune est de tout ignorer[248]: 1160 + Je serois trop heureux sans le rapport d'Aronte. + + ARONTE. + + Encor pour Dorimant, il en a quelque honte: + Vous voyant, il a fui. + + LYSANDRE. + + Mais mon ingrate alors + Pour empêcher sa fuite a fait tous ses efforts, + Aronte, et tu prenois ses dédains pour des feintes! 1165 + Tu croyois que son coeur n'eût point d'autres atteintes, + Que son esprit entier se conservoit à moi, + Et parmi ses rigueurs n'oublioit point sa foi[249]! + + ARONTE. + + A vous dire le vrai, j'en suis trompé moi-même. + Après deux ans passés dans un amour extrême, 1170 + Que sans occasion elle vînt à changer, + Je me fusse tenu coupable d'y songer; + Mais puisque sans raison la volage vous change, + Faites qu'avec raison un changement vous venge. + Pour punir comme il faut son infidélité, 1175 + Vous n'avez qu'à tourner la feinte en vérité. + + LYSANDRE. + + Misérable! est-ce ainsi qu'il faut qu'on me soulage? + Ai-je trop peu souffert sous cette humeur volage? + Et veux-tu désormais que par un second choix + Je m'engage à souffrir encore une autre fois? 1180 + Qui t'a dit qu'Hippolyte à cette amour nouvelle[250] + Se rendroit plus sensible ou seroit plus fidèle? + + ARONTE. + + Vous en devez, Monsieur, présumer beaucoup mieux. + + LYSANDRE. + + Conseiller importun, ôte-toi de mes yeux. + + ARONTE. + + Son âme.... + + LYSANDRE. + + Ote-toi, dis-je, et dérobe ta tête 1185 + Aux violents effets que ma colère apprête: + Ma bouillante fureur ne cherche qu'un objet; + Va, tu l'attirerois sur un sang trop abjet[251]. + + +SCÈNE V[252]. + + LYSANDRE. + + Il faut à mon courroux de plus nobles victimes: + Il faut qu'un même coup me venge de deux crimes[253]; 1190 + Qu'après les trahisons de ce couple indiscret, + L'un meure de ma main, et l'autre de regret. + Oui, la mort de l'amant punira la maîtresse; + Et mes plaisirs alors naîtront de sa tristesse. + Mon coeur, à qui mes yeux apprendront ses tourments, + Permettra le retour à mes contentements; + Ce visage si beau, si bien pourvu de charmes, + N'en aura plus pour moi, s'il n'est couvert de larmes. + Ses douleurs seulement ont droit de me guérir; + Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir[254]. 1200 + Frénétiques transports, avec quelle insolence + Portez-vous mon esprit à tant de violence? + Allez, vous avez pris trop d'empire sur moi; + Dois-je être sans raison, parce qu'ils sont sans foi? + Dorimant, Célidée, ami, chère maîtresse, 1205 + Suivrois-je contre vous la fureur qui me presse? + Quoi? vous ayant aimés, pourrois-je vous haïr? + Mais vous pourrois-je aimer, quand vous m'osez trahir[255] + Qu'un rigoureux combat déchire mon courage! + Ma jalousie augmente et redouble ma rage[256]; 1210 + Mais quelques[257] fiers projets qu'elle jette en mon coeur, + L'amour.... ah! ce mot seul me range à la douceur. + Celle que nous aimons jamais ne nous offense; + Un mouvement secret prend toujours sa défense: + L'amant souffre tout d'elle, et dans son changement, + Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant[258]. + Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide, + Revenez, mes fureurs, pour punir le perfide; + Arrachez-lui mon bien: une telle beauté + N'est pas le juste prix d'une déloyauté. 1220 + Souffrirois-je, à mes yeux, que par ses artifices + Il recueillît les fruits dus à mes longs services? + S'il vous faut épargner le sujet de mes feux, + Que ce traître du moins réponde pour tous deux. + Vous me devez son sang pour expier son crime: 1225 + Contre sa lâcheté tout vous est légitime; + Et quelques châtiments.... Mais, Dieux! que vois-je ici? + + +SCÈNE VI. + +HIPPOLYTE, LYSANDRE. + + HIPPOLYTE. + + Vous avez dans l'esprit quelque pesant souci; + Ce visage enflammé, ces yeux pleins de colère, + En font voir au dehors une marque trop claire[259]. 1230 + Je prends assez de part en tous vos intérêts + Pour vouloir en aveugle y mêler mes regrets; + Mais si vous me disiez ce qui cause vos peines.... + + LYSANDRE. + + Ah! ne m'imposez point de si cruelles gênes; + C'est irriter mes maux que de me secourir; 1235 + La mort, la seule mort a droit de me guérir. + + HIPPOLYTE. + + Si vous vous obstinez à m'en taire la cause, + Tout mon pouvoir sur vous n'est que fort peu de chose. + + LYSANDRE. + + Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point. + + HIPPOLYTE. + + Laissez-le-moi partout, ou ne m'en laissez point. 1240 + C'est n'aimer qu'à demi qu'aimer avec réserve, + Et ce n'est pas ainsi que je veux qu'on me serve: + Il faut m'apprendre tout, et lorsque je vous voi, + Être de belle humeur, ou n'être plus à moi[260]. + + LYSANDRE. + + Ne perdez point d'efforts à vaincre mon silence[261]; 1245 + Vous useriez sur moi de trop de violence. + Adieu: je vous ennuie, et les grands déplaisirs[262] + Veulent en liberté s'exhaler en soupirs. + + +SCÈNE VII. + +HIPPOLYTE[263]. + + C'est donc là tout l'état que tu fais d'Hippolyte[264]? + Après des voeux offerts, c'est ainsi qu'on me quitte! + Qu'Aronte jugeoit bien que ses feintes amours, + Avant qu'il fût longtemps, interromproient leurs cours! + Dans ce peu de succès des ruses de Florice, + J'ai manqué de bonheur, mais non pas de malice; + Et si j'en puis jamais trouver l'occasion, 1255 + J'y mettrai bien encor de la division. + Si notre pauvre amant est plein de jalousie, + Ma rivale, qui sort, n'en est pas moins saisie. + + +SCÈNE VIII. + +HIPPOLYTE, CÉLIDÉE. + + CÉLIDÉE. + + N'ai-je pas tantôt vu mon perfide avec vous[265]? + Il a bientôt quitté des entretiens si doux. 1260 + + HIPPOLYTE. + + Qu'y feroit-il, ma soeur? Ta fidèle Hippolyte[266] + Traite cet inconstant ainsi qu'il le mérite[267]. + Il a beau m'en conter de toutes les façons, + Je le renvoie ailleurs pratiquer ses leçons. + + CÉLIDÉE. + + Le parjure à présent est fort sur ta louange[268]? 1265 + + HIPPOLYTE. + + Il ne tient pas à lui que je ne sois un ange; + Et quand il vient ensuite à parler de ses feux[269], + Aucune passion jamais n'approcha d'eux. + Par tous ces vains discours il croit fort qu'il m'oblige, + Mais non la moitié tant qu'alors qu'il te néglige: 1270 + C'est par là qu'il me pense acquérir puissamment; + Et moi, qui t'ai toujours chérie uniquement, + Je te laisse à juger alors si je l'endure. + + CÉLIDÉE. + + C'est trop prendre, ma soeur, de part en mon injure: + Laisse-le mépriser celle dont les mépris 1275 + Sont cause maintenant que d'autres yeux l'ont pris. + Si Lysandre te plaît, possède le volage, + Mais ne me traite point avec désavantage; + Et si tu te résous d'accepter mon amant, + Relâche-moi du moins le coeur de Dorimant. 1280 + + HIPPOLYTE. + + Pourvu que leur vouloir se range sous le nôtre, + Je te donne le choix et de l'un, et de l'autre; + Ou si l'un ne suffit à ton jeune desir, + Défais-moi de tous deux, tu me feras plaisir. + J'estimai fort Lysandre avant que le connoître; 1285 + Mais depuis cet amour que mes yeux ont fait naître, + Je te répute heureuse après l'avoir perdu. + Que son humeur est vaine, et qu'il fait l'entendu! + Que son discours est fade avec ses flatteries[270]! + Qu'on est importuné de ses afféteries! 1290 + Vraiment, si tout le monde étoit fait comme lui, + Je crois qu'avant deux jours je sécherois d'ennui[271]. + + CÉLIDÉE. + + Qu'en cela du destin l'ordonnance fatale + A pris pour nos malheurs une route inégale! + L'un et l'autre me fuit, et je brûle pour eux; 1295 + L'un et l'autre t'adore, et tu les fuis tous deux. + + HIPPOLYTE. + + Si nous changions de sort, que nous serions contentes! + + CÉLIDÉE. + + Outre, hélas! que le ciel s'oppose à nos attentes, + Lysandre n'a plus rien à rengager ma foi. + + HIPPOLYTE. + + Mais l'autre, tu voudrois.... + + +SCÈNE IX. + +PLEIRANTE, HIPPOLYTE, CÉLIDÉE. + + PLEIRANTE. + + Ne rompez pas pour moi; + Craignez-vous qu'un ami sache de vos nouvelles[272]? + + HIPPOLYTE. + + Nous causions de mouchoirs, de rabats[273], de dentelles, + De ménages de fille. + + PLEIRANTE. + + Et parmi ces discours, + Vous confériez ensemble un peu de vos amours: + Eh bien, ce serviteur, l'aura-t-on agréable? 1305 + + HIPPOLYTE. + + Vous m'attaquez toujours par quelque trait semblable[274]. + Des hommes comme vous ne sont que des conteurs. + Vraiment c'est bien à moi d'avoir des serviteurs! + + PLEIRANTE. + + Parlons, parlons françois. Enfin, pour cette affaire, + Nous en remettrons-nous à l'avis d'une mère? 1310 + + HIPPOLYTE. + + J'obéirai toujours à son commandement; + Mais de grâce, Monsieur, parlez plus clairement: + Je ne puis deviner ce que vous voulez dire. + + PLEIRANTE. + + Un certain cavalier pour vos beaux yeux soupire. + + HIPPOLYTE. + + Vous en voulez par là[275].... + + PLEIRANTE. + + Ce n'est point fiction 1315 + Que ce que je vous dis de son affection. + Votre mère sut hier à quel point il vous aime[276], + Et veut que ce soit vous qui vous donniez vous-même. + + HIPPOLYTE. + + Et c'est ce que ma mère, afin de m'expliquer, + Ne m'a point fait l'honneur de me communiquer; 1320 + Mais pour l'amour de vous, je vais le savoir d'elle. + + +SCÈNE X. + +PLEIRANTE, CÉLIDÉE. + + PLEIRANTE. + + Ta compagne est du moins aussi fine que belle[277]. + + CÉLIDÉE. + + Elle a bien su, de vrai, se défaire de vous. + + PLEIRANTE. + + Et fort habilement se parer de mes coups. + + CÉLIDÉE. + + Peut-être innocemment, faute d'y rien comprendre[278]. + + PLEIRANTE. + + Mais faute, bien plutôt, d'y vouloir rien entendre. + Je suis des plus trompés si Dorimant lui plaît. + + CÉLIDÉE. + + Y prenez-vous, Monsieur, pour lui quelque intérêt? + + PLEIRANTE. + + Lysandre m'a prié d'en porter la parole. + + CÉLIDÉE. + + Lysandre! + + PLEIRANTE. + + Oui, ton Lysandre. + + CÉLIDÉE. + + Et lui-même cajole.... + + PLEIRANTE. + + Quoi? que cajole-t-il? + + CÉLIDÉE. + + Hippolyte, à mes yeux. + + PLEIRANTE. + + Folle, il n'aima jamais que toi dessous les cieux; + Et nous sommes tous prêts de choisir la journée + Qui bientôt de vous deux termine l'hyménée. + Il se plaint toutefois un peu de ta froideur; 1335 + Mais pour l'amour de moi, montre-lui plus d'ardeur. + Parle: ma volonté sera-t-elle obéie? + + CÉLIDÉE. + + Hélas! qu'on vous abuse après m'avoir trahie! + Il vous fait, cet ingrat, parler pour Dorimant, + Tandis qu'au même objet il s'offre pour amant, 1340 + Et traverse par là tout ce qu'à sa prière + Votre vaine entremise avance vers la mère. + Cela qu'est-ce, Monsieur, que se jouer de vous? + + PLEIRANTE. + + Qu'il est peu de raison dans ces esprits jaloux! + Et quoi? pour un ami s'il rend une visite, 1345 + Faut-il s'imaginer qu'il cajole Hippolyte? + + CÉLIDÉE. + + Je sais ce que j'ai vu. + + PLEIRANTE. + + Je sais ce qu'il m'a dit, + Et ne veux plus du tout souffrir de contredit. + Mon choix de votre hymen en sa faveur dispose[279]. + + CÉLIDÉE. + + Commandez-moi plutôt, Monsieur, toute autre chose. + + PLEIRANTE. + + Quelle bizarre humeur! quelle inégalité[280] + De rejeter un bien qu'on a tant souhaité! + La belle, voyez-vous? qu'on perde ces caprices: + Il faut pour m'éblouir de meilleurs artifices. + Quelque nouveau venu vous donne dans les yeux, 1355 + Quelque jeune étourdi qui vous flatte un peu mieux; + Et parce qu'il vous fait quelque feinte caresse, + Il faut que nous manquions, vous et moi, de promesse? + Quittez, pour votre bien, ces fantasques refus. + + CÉLIDÉE. + + Monsieur.... + + PLEIRANTE. + + Quittez-les, dis-je, et ne contestez plus. + + +SCÈNE XI. + + CÉLIDÉE. + + Fâcheux commandement d'un incrédule père! + Qu'il me fut doux jadis, et qu'il me désespère! + J'avois, auparavant qu'on m'eût manqué de foi, + Le devoir et l'amour tout d'un parti chez moi, + Et ma flamme, d'accord avecque sa puissance, 1365 + Unissoit mes desirs à mon obéissance; + Mais, hélas! que depuis cette infidélité + Je trouve d'injustice en son autorité! + Mon esprit s'en révolte, et ma flamme bannie + Fait qu'un pouvoir si saint m'est une tyrannie. 1370 + Dures extrémités où mon sort est réduit! + On donne mes faveurs à celui qui les fuit; + Nous avons l'un pour l'autre une pareille haine, + Et l'on m'attache à lui d'une éternelle chaîne. + Mais s'il ne m'aimoit plus, parleroit-il d'amour 1375 + A celui dont je tiens la lumière du jour? + Mais s'il m'aimoit encor, verroit-il Hippolyte? + Mon coeur en même temps se retient et s'excite. + Je ne sais quoi me flatte, et je sens déjà bien + Que mon feu ne dépend que de croire le sien. 1380 + Tout beau, ma passion, c'est déjà trop paroître: + Attends, attends du moins la sienne pour renaître. + A quelle folle erreur me laissé-je emporter! + Il fait tout à dessein de me persécuter. + L'ingrat cherche ma peine, et veut par sa malice 1385 + Que l'ordre qu'on me donne augmente mon supplice[281]. + Rentrons, que son objet présenté par hasard + De mon coeur ébranlé ne reprenne une part: + C'est bien assez qu'un père à souffrir me destine, + Sans que mes yeux encore aident à ma ruine. 1390 + + +SCÈNE XII. + +LA LINGÈRE, LE MERCIER. + + LA LINGÈRE, après qu'ils se sont entre-poussé une boîte + qui est entre leurs boutiques[282]. + + J'envoirai tout à bas, puis après on verra. + Ardez[283], vraiment c'est-mon[284], on vous l'endurera! + Vous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre! + + LE MERCIER. + + Tout est sur mon tapis: qu'avez-vous à vous plaindre? + + LA LINGÈRE. + + Aussi votre tapis est tout sur mon battant[285]; 1395 + Je ne m'étonne plus de quoi je gagne tant. + + LE MERCIER. + + Là, là, criez bien haut, faites bien l'étourdie, + Et puis on vous jouera dedans la comédie. + + LA LINGÈRE. + + Je voudrois l'avoir vu que quelqu'un s'y fût mis; + Pour en avoir raison nous manquerions d'amis! 1400 + On joue ainsi le monde. + + LE MERCIER. + + Après tout ce langage, + Ne me repoussez pas mes boîtes davantage. + Votre caquet m'enlève à tous coups mes chalands; + Vous vendez dix rabats contre moi deux galands[286]. + Pour conserver la paix, depuis six mois j'endure[287], 1405 + Sans vous en dire mot, sans le moindre murmure; + Et vous me harcelez et sans cause et sans fin. + Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin! + Nous n'apaiserons point cette humeur qui vous pique + Que par un entre-deux mis à votre boutique; 1410 + Alors, n'ayant plus rien ensemble à démêler, + Vous n'aurez plus aussi sur quoi me quereller. + + LA LINGÈRE. + + Justement. + + +SCÈNE XIII. + +LA LINGÈRE, FLORICE, LE MERCIER, LE LIBRAIRE, CLÉANTE. + + LA LINGÈRE[288]. + + De tout loin je vous ai reconnue. + + FLORICE. + + Vous vous doutez donc bien pourquoi je suis venue? + Les avez-vous reçus, ces points coupés nouveaux? 1415 + + LA LINGÈRE. + + Ils viennent d'arriver. + + FLORICE. + + Voyons donc les plus beaux. + + LE MERCIER, à Cléante qui passe. + + Ne vous vendrai-je rien, Monsieur? des bas de soie, + Des gants en broderie, ou quelque petite oie[289]? + + CLÉANTE, au Libraire. + + Ces livres que mon maître avoit fait mettre à part, + Les avez-vous encore? + + LE LIBRAIRE, empaquetant ses livres[290]. + + Ah! que vous venez tard! 1420 + Encore un peu, ma foi, je m'en allois les vendre. + Trois jours sans revenir! je m'ennuyois d'attendre. + + CLÉANTE. + + Je l'avois oublié. Le prix? + + LE LIBRAIRE[291]. + + Chacun le sait: + Autant de quarts d'écus, c'est un marché tout fait. + + LA LINGÈRE, à Florice, + + Eh bien, qu'en dites-vous? + + FLORICE. + + J'en suis toute ravie, 1425 + Et n'ai rien encor vu de pareil en ma vie. + Vous aurez notre argent, si l'on croit mon rapport. + Que celui-ci me semble et délicat et fort[292] + Que cet autre me plaît! que j'en aime l'ouvrage! + Montrez-m'en cependant quelqu'un à mon usage. 1430 + + LA LINGÈRE. + + Voici de quoi vous faire un assez beau collet. + + FLORICE. + + Je pense, en vérité, qu'il ne seroit pas laid; + Que me coûtera-t-il? + + LA LINGÈRE. + + Allez, faites-moi vendre, + Et pour l'amour de vous, je n'en voudrai rien prendre. + Mais avisez alors à me récompenser. 1435 + + FLORICE. + + L'offre n'est pas mauvaise, et vaut bien y penser: + Vous me verrez demain avecque ma maîtresse. + + +SCÈNE XIV. + +FLORICE, ARONTE, LE MERCIER, LA LINGÈRE[293]. + + FLORICE. + + Aronte, eh bien, quels fruits produira notre adresse? + + ARONTE. + + De fort mauvais pour moi. Mon maître, au désespoir, + Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne veut plus me voir[294]. 1440 + + FLORICE. + + Nous sommes donc ainsi bien loin de notre conte? + + ARONTE. + + Oui, mais tout le malheur en tombe sur Aronte. + + FLORICE. + + Ne te débauche point, je veux faire ta paix. + + ARONTE. + + Son courroux est trop grand pour s'apaiser jamais. + + FLORICE. + + S'il vient encor chez nous ou chez sa Célidée, 1445 + Je te rends aussitôt l'affaire accommodée. + +ARONTE. + +Si tu fais ce coup-là, que ton pouvoir est grand! Viens, je te veux +donner tout à l'heure un galand. + +LE MERCIER. + +Voyez, Monsieur; j'en ai des plus beaux de la terre: En voilà de +Paris, d'Avignon, d'Angleterre. 1450 + +ARONTE, après avoir regardé une boîte de galands[295]. + +Tous vos rubans n'ont point d'assez vives couleurs. Allons, Florice, +allons, il en faut voir ailleurs. + +LA LINGÈRE[296]. + +Ainsi, faute d'avoir de bonne marchandise[297], Des hommes comme vous +perdent leur chalandise. + +LE MERCIER. + +Vous ne la perdez pas, vous, mais Dieu sait comment. Du moins, si je +vends peu, je vends loyalement, Et je n'attire point avec une promesse +De suivante qui m'aide à tromper sa maîtresse. + +LA LINGÈRE. + +Quand il faut dire tout, on s'entre-connoît bien; Chacun sait son +métier, et.... Mais je ne dis rien. 1460 + +LE MERCIER. + +Vous ferez un grand coup si vous pouvez vous taire. + +LA LINGÈRE. + +Je ne réplique point à des gens en colère[298]. + +FIN DU QUATRIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [233] _Var._ Vu l'excessif amour qu'il me faisoit paroître. + (1637-57) + + [234] _Var._ O Dieux! qu'il est adroit quand il veut déguiser! + (1637-57) + + [235] _Var._ Enfin tu vas tâcher d'amollir son courage? (1637-57) + + [236] _Var._ Et ne permet qu'à moi de gouverner son âme. + Si donc il ne les faut qu'empêcher de se voir, + Je te laisse à juger si j'y saurai pourvoir. (1637-57) + + [237] _Var._ Jusque-là qu'entre eux deux leur âme étoit égale. + (1637-57) + + [238] «La _Croix-du-Tiroir_, dit Piganiol de la Force + (_Description de Paris_, 1742, tome II, p. 174), est le nom d'une + _croix_ (_placée sur une fontaine_) et d'un _carrefour_ de la rue + de l'Arbre-Sec, à l'endroit où elle aboutit à la rue + Saint-Honoré. Elle est nommée dans les anciens titres la _Croix + de.... Traihoir...._.... du _Triouer_, etc.» On peut voir dans + l'ouvrage cité les diverses étymologies qu'on a données de ce + nom. + + [239] _Var._ C'en est fort le chemin de passer par ici! (1637) + + [240] _Var._ Son objet, tout aimable et tout parfait qu'il est. + (1637-64) + + [241] _Var._ Qu'il veut moins l'acquérir que vous la dérober. + (1637-64) + + [242] _Var._ Voulez-vous, offensé, pour en avoir raison, + Qu'un perfide avec vous entre en comparaison? (1637-57) + + [243] _Var._ Me conseilleriez-vous que, pris à l'avantage, + J'immolasse le traître à mon peu de courage? (1637-57) + + [244] _Var._ [Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur.] + CÉL. Je ne veux pas de vous une action si lâche; + Non; mais à quelque point que la sienne vous fâche, + Écoutez un peu moins votre juste courroux: + Vous pouvez vous venger par des moyens plus doux. + Hélas! si vous étiez de mon intelligence, + Que vous auriez bientôt achevé la vengeance! + Que vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant.... (1637-57) + + [245] _Var._ Vous auriez bientôt pris une digne vengeance. + (1660-68) + + [246] _Var._ Mais vous suivre au chemin que vous voulez tenir. + (1637-57) + + [247] _Lysandre et Aronte sortent, et les voient ensemble._ + (1637, en marge.)--_Lysandre et Aronte sortent, et Aronte fait + voir à son maître Dorimant et Célidée ensemble._ + (1644-57)--_Lysandre sort avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant + et Célidée ensemble._ (1660) + + [248] _Var._ Mon meilleur en ce cas est de tout ignorer. + (1637-57) + + [249] _Var._ Et parmi ses douleurs n'oublioit point sa foi. + (1637-48) + _Var._ Et parmi les douleurs n'oublioit point sa foi. + (1652-57) + + [250] _Var._ Qui t'a dit qu'Hippolyte en cette amour nouvelle, + Quand bien je lui plairois, me seroit plus fidèle? (1637-57) + + [251] Voyez tome I, p. 169, note 1. + + [252] Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de + 1637; on y lit seulement en marge en regard du vers précédent: + _Aronte rentre_. + + [253] _Var._ Je veux qu'un même coup me venge de deux crimes. + (1637-57) + + [254] _Var._ [Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir.] + Mais la mort d'un amant seroit-elle bastante[252-a] + De toucher tant soit peu l'esprit de l'inconstante[252-b]? + Peut-être que, déjà résolue à changer, + La défaire de lui ce seroit l'obliger; + Et dans l'aise qu'alors elle en feroit paroître, + Serois-je assez vengé par la perte d'un traître? + Qu'ici le jugement me manquoit au besoin! + Il faut que ma fureur s'épande bien plus loin; + Il faut que, sans égard, ma rage impitoyable + Confonde l'innocent avecque le coupable; + Que, dans mon désespoir, je traite également + Célidée, Hippolyte, Aronte, Dorimant, + Le sujet de ma flamme et tous ceux qui l'ont sue: + L'affront qu'elle a reçu de sa honteuse issue + Fait un éclat trop grand pour s'effacer à moins; + Je ne puis l'étouffer qu'en perdant les témoins. + [Frénétiques transports, avec quelle insolence.] (1637-57) + + [252-a] _Bastante de_, suffisante pour. + + [252-b] Mais la mort d'un amant seroit-elle capable + De toucher à ce point une âme si coupable? (1644-57) + + [255] _Var._ Mais vous pourrois-je aimer, vous voyant me trahir? + (1637-57) + + [256] _Var._ Ma jalousie augmente, et renforçant ma rage, + Quelques sanglants desseins qu'elle jette en mon coeur. (1637-57) + + [257] Voyez tome I, p. 205, note 3. + + [258] _Var._ [Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant.] + Au simple souvenir du bel oeil qui me blesse, + Tous mes ressentiments n'ont que de la foiblesse, + Et je sens malgré moi mon courroux languissant + Céder aux moindres traits d'un objet si puissant. + [Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide.] (1637-57) + + [259] _Var._ Me sont de votre peine une marque assez claire. + Encor qui la sauroit, on pourroit aviser + A prendre des moyens propres à l'apaiser. + LYS. Ne vous informez point de mon cruel martyre, + Vous le redoubleriez, m'obligeant à le dire. + HIPP. Vous faites le secret, mais je le veux savoir, + Et par là sur votre âme essayer mon pouvoir. + Hier vous m'en donniez tant que j'estime impossible + Que pour me contenter rien vous soit trop sensible. + [LYS. Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.] + HIPP. Je veux l'avoir partout, ou bien n'en avoir point. (1637-57) + _Var._ En font voir au dehors une marque assez claire. (1660) + + [260] _Var._ Être de belle humeur, ou bien rompre avec moi. (1637) + _Var._ Être de belle humeur, ou rompre avecque moi. (1644-57) + + [261] _Var._ Ne vous obstinez point à vaincre mon silence. + (1637-57) + + [262] _Var._ Souffrez que je vous laisse, et que seul aujourd'hui + Je puisse en liberté soupirer mon ennui. (1637-57) + + [263] _Var._ HIPPOLYTE, _seule_. Pas de distinction de scène. + (1637) + + [264] _Var._ Est-ce là donc l'état que tu fais d'Hippolyte? + Après des voeux offerts, est-ce ainsi qu'on me quitte? (1637-57) + + [265] _Var._ N'ai-je pas tantôt vu Lysandre avecque vous? + (1637-57) + + [266] _Var._ Hélas! qu'y feroit-il? Ma soeur, ton Hippolyte. + (1637) + + [267] _Var._ Traite cet inconstant de même qu'il mérite. + (1637-57) + + [268] _Var._ L'infidèle à présent est fort sur ta louange? (1637) + _Var._ Le perfide à présent est fort sur ta louange? (1644-57) + + [269] _Var._ Et quand il vient après à parler de ses feux. (1637-57) + + [270] _Var._ Mon Dieu! qu'il est chargeant[270-a] avec ses + flatteries! (1637 et 1644) + + [270-a] Dans les éditions de 1648-57, il y a _changeant_, au lieu + de _chargeant_. + + [271] _Var._ Je pense avant deux jours que je mourrois d'ennui. + (1637-60) + + [272] L'édition de 1660 porte: _Craigniez-vous qu'un ami + sache...._ ce qui ne peut être qu'une faute d'impression. + + [273] Cols, collerettes. Voyez le _Lexique_. + + [274] _Var._ Vous venez m'attaquer toujours par quelque fable. + (1637) + + [275] _Var._ Vous revoilà déjà! (1637) + + [276] _Var._ J'en fis hier ouverture à votre bonne femme, + Qui se rapporte à vous de recevoir sa flamme. (1637) + _Var._ Votre mère de moi sut hier comme il vous aime. + (1644-57) + + [277] Voyez plus haut le vers 290. + + [278] _Var._ Peut-être innocemment, faute de rien comprendre. + (1637-57) + + [279] _Var._ Il le faut épouser, vite, qu'on s'y dispose. (1637) + + [280] _Var._ Quelle bigearre humeur! quelle inégalité. (1637-57) + + [281] _Var._ Que la rigueur d'un père augmente mon supplice. + (1637-57) + + [282] _Var._ _Ils s'entre-poussent quelque temps une boîte qui + est entre leurs deux boutiques._ (1637 et 63, en marge; dans + l'édition de 1663, les mots: _quelque temps_ et _deux_ sont + omis.) + + [283] Regardez. Voyez le _Lexique_. + + [284] Sorte d'exclamation dont l'origine est difficile à + découvrir et sur laquelle nous n'avons que des conjectures. Voyez + le _Lexique_. + + [285] «_Battant_ est le volet d'un comptoir de marchand ou de + banquier, qui se lève et se baisse.» (_Dictionnaire de + Furetière._) + + [286] Voyez ci-dessus la note 5 de la p. 7, et le _Lexique_. + + [287] _Var._ Pour conserver la paix, quoique cela me touche, + J'ai toujours tout souffert sans en ouvrir la bouche; + Et vous, vous m'attaquez et sans cause et sans fin. (1637-57) + + [288] _Var._ LA LINGÈRE, à Florice. (1648) + + [289] Ce mot se disait des rubans, plumes et garnitures qui + ornaient l'habit, le chapeau et l'épée. Voyez le _Lexique_. + + [290] _Var. Il fait un paquet de ses livres._ (1637 et 63, en + marge.) + + [291] On lit ici en plus, mais par erreur, dans l'édition de + 1637: _à Florice_. + + [292] _Var._ Que ce point est ensemble et délicat et fort! + Si ma maîtresse veut s'en croire à mon rapport, + Vous aurez son argent: mon Dieu! le bel ouvrage! (1637-57) + + [293] Cette scène en forme deux dans l'édition de 1637. La + première a pour personnages FLORICE, ARONTE; la seconde, qui + commence après le vers 1448, LE MERCIER, ARONTE, FLORICE, LA + LINGÈRE. + + [294] _Var._ Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne me veut plus voir. + (1637-57) + + [295] _Var._ _Il regarde une boîte de rubans._ (1637 et 63, en + marge.) + + [296] _Var._ LA LINGÈRE, _au Mercier._ (1648) + + [297] _Var._ Ainsi, faute d'avoir de belle marchandise. (1637-68) + + [298] Les quatre derniers vers de cet acte ne se trouvent pas + dans les éditions de 1637-57. + + + + +ACTE V. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +LYSANDRE. + + Indiscrète vengeance, imprudentes chaleurs, + Dont l'impuissance ajoute un comble à mes malheurs, + Ne me conseillez plus la mort de ce faussaire. 1465 + J'aime encor Célidée, et n'ose lui déplaire: + Priver de la clarté ce qu'elle aime le mieux, + Ce n'est pas le moyen d'agréer à ses yeux. + L'amour, en la perdant, me retient en balance; + Il produit ma fureur et rompt sa violence, 1470 + Et me laissant trahi, confus et méprisé, + Ne veut que triompher de mon coeur divisé. + Amour, cruel, auteur de ma longue misère, + Ou permets à la fin d'agir à ma colère, + Ou sans m'embarrasser d'inutiles transports, 1475 + Auprès de ce bel oeil fais tes derniers efforts. + Viens, accompagne-moi chez ma belle inhumaine, + Et comme de mon coeur triomphe de sa haine. + Contre toi ma vengeance a mis les armes bas, + Contre ses cruautés rends les mêmes combats; 1480 + Exerce ta puissance à fléchir la farouche; + Montre-toi dans mes yeux, et parle par ma bouche: + Si tu te sens trop foible, appelle à ton secours + Le souvenir de mille et de mille heureux jours, + Où ses desirs, d'accord avec mon espérance[299], 1485 + Ne laissoient à nos voeux aucune différence. + Je pense avoir encor ce qui la sut charmer, + Les mêmes qualités qu'elle voulut aimer. + Peut-être mes douleurs ont changé mon visage; + Mais en revanche aussi je l'aime davantage; 1490 + Mon respect s'est accru pour un objet si cher[300]; + Je ne me venge point, de peur de la fâcher. + Un infidèle ami tient son âme captive, + Je le sais, je le vois, et je souffre qu'il vive. + Je tarde trop: allons, ou vaincre ses refus, 1495 + Ou me venger sur moi de ne lui plaire plus, + Et tirons de son coeur, malgré sa flamme éteinte, + La pitié par ma mort, ou l'amour par ma plainte: + Ses rigueurs par ce fer me perceront le sein. + + +SCÈNE II. + +DORIMANT, LYSANDRE. + + DORIMANT. + + Eh quoi? pour m'avoir vu, vous changez de dessein[301]! + Ne craignez point pour moi d'entrer chez Hippolyte; + Vous ne m'apprendrez rien en lui faisant visite: + Mes yeux, mes propres yeux n'ont que trop découvert + Comme un ami si rare auprès d'elle me sert. + + LYSANDRE. + + Parlez plus franchement: ma rencontre importune 1505 + Auprès d'un autre objet trouble votre fortune; + Et vous montrez assez, par ces foibles détours, + Qu'un témoin comme moi déplaît à vos amours. + Vous voulez seul à seul cajoler Célidée; + La querelle entre nous sera bientôt vidée[302]: 1510 + Ma mort vous donnera chez elle un libre accès, + Ou ma juste vengeance un funeste succès. + + DORIMANT. + + Qu'est-ce-ci, déloyal? quelle fourbe est la vôtre? + Vous m'en disputez une, afin d'acquérir l'autre! + Après ce que chacun a vu de votre feu, 1515 + C'est une lâcheté d'en faire un désaveu. + + LYSANDRE. + + Je ne me connois point à combattre d'injures. + + DORIMANT. + + Aussi veux-je punir autrement tes parjures: + Le ciel, le juste ciel, ennemi des ingrats, + Qui pour ton châtiment a destiné mon bras, 1520 + T'apprendra qu'à moi seul Hippolyte est gardée. + + LYSANDRE. + + Garde ton Hippolyte. + + DORIMANT. + + Et toi, ta Célidée. + + LYSANDRE. + + Voilà faire le fin, de crainte d'un combat. + + DORIMANT. + + Tu m'imputes la crainte, et ton coeur s'en abat. + + LYSANDRE. + + Laissons à part les noms; disputons la maîtresse, 1525 + Et pour qui que ce soit montre ici ton adresse. + + DORIMANT. + + C'est comme je l'entends. + + +SCÈNE III. + +CÉLIDÉE, LYSANDRE, DORIMANT. + +CÉLIDÉE. + + O Dieux! ils sont aux coups! + Ah! perfide, sur moi détourne ton courroux[303]: + La mort de Dorimant me seroit trop funeste. + + DORIMANT. + + Lysandre, une autre fois nous viderons le reste. 1530 + + CÉLIDÉE, à Dorimant. + + Arrête, cher ingrat[304]! + + LYSANDRE. + + Tu recules, voleur! + + DORIMANT. + + Je fuis cette importune, et non pas ta valeur. + + +SCÈNE IV. + +LYSANDRE, CÉLIDÉE. + + LYSANDRE. + + Ne suivez pas du moins ce perfide à ma vue: + Avez-vous résolu que sa fuite me tue, + Et qu'ayant su braver son plus vaillant effort[305], 1535 + Par sa retraite infâme il me donne la mort? + Pour en frapper le coup, vous n'avez qu'à le suivre. + + CÉLIDÉE. + + Je tiens des gens sans foi si peu dignes de vivre, + Qu'on ne verra jamais que je recule un pas + De crainte de causer un si juste trépas. 1540 + + LYSANDRE. + + Eh bien, voyez-le donc: ma lame toute prête + N'attendoit que vos yeux pour immoler ma tête. + Vous lirez dans mon sang, à vos pieds répandu, + Ce que valoit l'amant que vous aurez perdu[306]; + Et sans vous reprocher un si cruel outrage, 1545 + Ma main de vos rigueurs achèvera l'ouvrage: + Trop heureux mille fois si je plais en mourant + A celle à qui j'ai pu déplaire en l'adorant, + Et si ma prompte mort, secondant son envie, + L'assure du pouvoir qu'elle avoit sur ma vie! 1550 + + CÉLIDÉE. + + Moi, du pouvoir sur vous! vos yeux se sont mépris; + Et quelque illusion qui trouble vos esprits + Vous fait imaginer d'être auprès d'Hippolyte. + Allez, volage, allez où l'amour vous invite: + Dans ces doux entretiens recherchez vos plaisirs[307], 1555 + Et ne m'empêchez plus de suivre mes desirs. + + LYSANDRE. + + Ce n'est pas sans raison que ma feinte passée[308] + A jeté cette erreur dedans votre pensée. + Il est vrai, devant vous forçant mes sentiments, + J'ai présenté des voeux, j'ai fait des compliments; 1560 + Mais c'étoient compliments qui partoient d'une souche: + Mon coeur, que vous teniez, désavouoit ma bouche. + Pleirante, qui rompit ces ennuyeux discours, + Sait bien que mon amour n'en changea point de cours: + Contre votre froideur une modeste plainte 1565 + Fut tout notre entretien au sortir de la feinte; + Et je le priai lors.... + + CÉLIDÉE. + + D'user de son pouvoir? + Ce n'étoit pas par là qu'il me falloit avoir. + Les mauvais traitements ne font qu'aigrir les âmes. + + LYSANDRE. + + Confus, désespéré du mépris de mes flammes, 1570 + Sans conseil, sans raison, pareil aux matelots + Qu'un naufrage abandonne à la merci des flots, + Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre. + Ma douleur par mes cris d'abord s'est fait entendre; + J'ai cru que vous seriez d'un naturel plus doux, 1575 + Pourvu que votre esprit devînt un peu jaloux; + J'ai fait agir pour moi l'autorité d'un père; + J'ai fait venir aux mains celui qu'on me préfère; + Et puisque ces efforts n'ont réussi qu'en vain, + J'aurai de vous ma grâce, ou la mort de ma main. 1580 + Choisissez, l'une ou l'autre achèvera mes peines[309]; + Mon sang brûle déjà de sortir de mes veines: + Il faut pour l'arrêter me rendre votre amour; + Je n'ai plus rien sans lui qui me retienne au jour[310]. + + CÉLIDÉE. + + Volage, falloit-il, pour un peu de rudesse, 1585 + Vous porter si soudain à changer de maîtresse? + Que je vous croyois bien d'un jugement plus meur[311]! + Ne pouviez-vous souffrir de ma mauvaise humeur? + Ne pouviez-vous juger que c'étoit une feinte + A dessein d'éprouver quelle étoit votre atteinte? 1590 + Les Dieux m'en soient témoins, et ce nouveau sujet + Que vos feux inconstants ont choisi pour objet, + Si jamais j'eus pour vous de dédain véritable, + Avant que votre amour parût si peu durable! + Qu'Hippolyte vous die avec quels sentiments 1595 + Je lui fus raconter vos premiers mouvements, + Avec quelles douceurs je m'étois préparée + A redonner la joie à votre âme éplorée! + Dieux! que je fus surprise, et mes sens éperdus, + Quand je vis vos devoirs à sa beauté rendus! 1600 + Votre légèreté fut soudain imitée: + Non pas que Dorimant m'en eût sollicitée; + Au contraire, il me fuit, et l'ingrat ne veut pas + Que sa franchise cède au peu que j'ai d'appas; + Mais, hélas! plus il fuit, plus son portrait s'efface; 1605 + Je vous sens, malgré moi, reprendre votre place; + L'aveu de votre erreur désarme mon courroux: + Ne redoutez plus rien, l'amour combat pour vous. + Si nous avons failli de feindre l'un et l'autre, + Pardonnez à ma feinte, et j'oublierai la vôtre[312]. 1610 + Moi-même je l'avoue à ma confusion, + Mon imprudence a fait notre division. + Tu ne méritois pas de si rudes alarmes: + Accepte un repentir accompagné de larmes[313]; + Et souffre que le tien nous fasse tour à tour 1615 + Par ce petit divorce augmenter notre amour. + + LYSANDRE. + + Que vous me surprenez! O ciel! est-il possible + Que je vous trouve encor à mes desirs sensible? + Que j'aime ces dédains qui finissent ainsi! + + CÉLIDÉE. + + Et pour l'amour de toi, que je les aime aussi! 1620 + + LYSANDRE. + + Que ce soit toutefois sans qu'il vous prenne envie + De les plus essayer au péril de ma vie[314]. + + CÉLIDÉE. + + J'aime trop désormais ton repos et le mien: + Tous mes soins n'iront plus qu'à notre commun bien. + Voudrois-je, après ma faute, une plus douce amende + Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande[315]? + Je t'accusois en vain d'une infidélité: + Il agissoit pour toi de pleine autorité, + Me traitoit de parjure et de fille rebelle. + Mais allons lui porter cette heureuse nouvelle; 1630 + Ce que pour mes froideurs il témoigne d'horreur + Mérite bien qu'en hâte on le tire d'erreur. + + LYSANDRE. + + Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte + N'ait encor de ma bouche un hommage hypocrite? + + CÉLIDÉE. + + Non: je fuis Dorimant qu'ensemble j'aperçoi; 1635 + Je ne veux plus le voir, puisque je suis à toi. + + +SCÈNE V. + +DORIMANT, HIPPOLYTE. + + DORIMANT. + + Autant que mon esprit adore vos mérites, + Autant veux-je de mal à vos longues visites. + + HIPPOLYTE. + + Que vous ont-elles fait pour vous mettre en courroux? + + DORIMANT. + + Elles m'ôtent le bien de vous trouver chez vous. 1640 + J'y fais à tous moments une course inutile; + J'apprends cent fois le jour que vous êtes en ville. + En voici presque trois que je n'ai pu vous voir, + Pour rendre à vos beautés ce que je sais devoir[316]; + Et n'étoit qu'aujourd'hui cette heureuse rencontre, 1645 + Sur le point de rentrer, par hasard me les montre, + Je crois que ce jour même auroit encor passé[317] + Sans moyen de m'en plaindre aux yeux qui m'ont blessé. + + HIPPOLYTE. + + Ma libre et gaie humeur hait le ton de la plainte; + Je n'en puis écouter qu'avec de la contrainte: 1650 + Si vous prenez plaisir dedans mon entretien, + Pour le faire durer ne vous plaignez de rien. + + DORIMANT. + + Vous me pouvez ôter tout sujet de me plaindre. + + HIPPOLYTE. + + Et vous pouvez aussi vous empêcher d'en feindre. + + DORIMANT. + + Est-ce en feindre un sujet qu'accuser vos rigueurs? 1655 + + HIPPOLYTE. + + Pour vous en plaindre à faux, vous feignez des langueurs. + + DORIMANT. + + Verrois-je sans languir ma flamme qu'on néglige? + + HIPPOLYTE. + + Éteignez cette flamme où rien ne vous oblige. + + DORIMANT. + + Vos charmes trop puissants me forcent à ces feux. + + HIPPOLYTE. + + Oui, mais rien ne vous force à vous approcher d'eux. 1660 + + DORIMANT. + + Ma présence vous fâche et vous est odieuse. + + HIPPOLYTE. + + Non, mais tout ce discours là peut rendre ennuyeuse[318]. + + DORIMANT. + + Je vois bien ce que c'est; je lis dans votre coeur: + Il a reçu les traits d'un plus heureux vainqueur; + Un autre, regardé d'un oeil plus favorable, 1665 + A mes submissions vous fait inexorable: + C'est pour lui seulement que vous voulez brûler. + + HIPPOLYTE. + + Il est vrai: je ne puis vous le dissimuler; + Il faut que je vous traite avec toute franchise. + Alors que je vous pris, un autre[319] m'avoit prise, 1670 + Un autre captivoit mes inclinations[320]. + Vous devez présumer de vos perfections + Que si vous attaquiez un coeur qui fût à prendre, + Il seroit malaisé qu'il s'en pût bien défendre. + Vous auriez eu le mien, s'il n'eût été donné; 1675 + Mais puisque les destins ainsi l'ont ordonné, + Tant que ma passion aura quelque espérance, + N'attendez rien de moi que de l'indifférence. + + DORIMANT. + + Vous ne m'apprenez point le nom de cet amant: + Sans doute que Lysandre est cet objet charmant 1680 + Dont les discours flatteurs vous ont préoccupée. + + HIPPOLYTE. + + Cela ne se dit point à des hommes d'épée: + Vous exposer aux coups d'un duel hasardeux, + Ce seroit le moyen de vous perdre tous deux. + Je vous veux, si je puis, conserver l'un et l'autre; 1685 + Je chéris sa personne, et hais si peu la vôtre, + Qu'ayant perdu l'espoir de le voir mon époux, + Si ma mère y consent, Hippolyte est à vous; + Mais aussi jusque-là plaignez votre infortune. + + DORIMANT. + + Permettez pour ce nom que je vous importune[321]; 1690 + Ne me refusez plus de me le déclarer: + Que je sache en quel temps j'aurai droit d'espérer. + Un mot me suffira pour me tirer de peine; + Et lors j'étoufferai si bien toute ma haine, + Que vous me trouverez vous-même trop remis. 1695 + + +SCÈNE VI. + +PLEIRANTE, LYSANDRE, CÉLIDÉE, DORIMANT, HIPPOLYTE. + + PLEIRANTE. + + Souffrez, mon cavalier, que je vous rende amis[322]. + Vous ne lui voulez pas quereller[323] Célidée? + + DORIMANT. + + L'affaire à cela près peut être décidée[324]. + Voici le seul objet de nos affections, + Et l'unique motif de nos dissensions[325]. 1700 + + LYSANDRE. + + Dissipe, cher ami, cette jalouse atteinte: + C'est l'objet de tes feux, et celui de ma feinte. + Mon coeur fut toujours ferme, et moi je me dédis + Des voeux que de ma bouche elle reçut jadis. + Piqué d'un faux dédain, j'avois pris fantaisie[326] 1705 + De mettre Célidée en quelque jalousie; + Mais au lieu d'un esprit, j'en ai fait deux jaloux. + + PLEIRANTE. + + Vous pouvez désormais achever entre vous: + Je vais dans ce logis dire un mot à Madame. + + +SCÈNE VII. + +DORIMANT, LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE. + + DORIMANT. + + Ainsi, loin de m'aider, tu traversois ma flamme! 1710 + + LYSANDRE. + + Les efforts que Pleirante à ma prière a faits + T'auroient acquis déjà le but de tes souhaits; + Mais tu dois accuser les glaces d'Hippolyte, + Si ton bonheur n'est pas égal à ton mérite. + + HIPPOLYTE. + + Qu'aurai-je cependant pour satisfaction 1715 + D'avoir servi d'objet à votre fiction? + Dans votre différend je suis la plus blessée, + Et me trouve, à l'accord, entièrement laissée. + + CÉLIDÉE. + + N'y songe plus, de grâce, et pour l'amour de moi[327], + Trouve bon qu'il ait feint de vivre sous ta loi. 1720 + Veux-tu le quereller lorsque je lui pardonne? + Le droit de l'amitié tout autrement ordonne. + Tous prêts d'être assemblés d'un lien conjugal, + Tu ne peux le haïr sans me vouloir du mal[328]. + J'ai feint par ton conseil; lui, par celui d'un autre; 1725 + Et bien qu'amour jamais ne fut égal au nôtre, + Je m'étonne comment cette confusion. + Laisse finir sitôt notre division. + + HIPPOLYTE. + + De sorte qu'à présent le ciel y remédie? + + CÉLIDÉE. + + Tu vois; mais après tout, s'il faut que je le die[329], 1730 + Ton conseil est fort bon, mais un peu dangereux. + + HIPPOLYTE. + + Excuse, chère amie, un esprit amoureux[330]: + Lysandre me plaisoit, et tout mon artifice + N'alloit qu'à détourner son coeur de ton service. + J'ai fait ce que j'ai pu pour brouiller vos esprits; 1735 + J'ai, pour me l'attirer, pratiqué tes mépris; + Mais puisqu'ainsi le ciel rejoint votre hyménée.... + + DORIMANT. + + Votre rigueur vers moi doit être terminée. + Sans chercher de raisons pour vous persuader[331], + Votre amour hors d'espoir fait qu'il me faut céder; 1740 + Vous savez trop à quoi la parole vous lie. + + HIPPOLYTE. + + A vous dire le vrai, j'ai fait une folie: + Je les croyois encor loin de se réunir, + Et moi, par conséquent, loin de vous la tenir[332]. + + DORIMANT. + + Auriez-vous pour la rompre une âme assez légère? 1745 + + HIPPOLYTE. + + Puisque je l'ai promis, vous pouvez voir ma mère. + + LYSANDRE. + + Si tu juges Pleirante à cela suffisant, + Je crois qu'eux deux ensemble en parlent à présent. + + DORIMANT. + + Après cette faveur qu'on me vient de promettre, + Je crois que mes devoirs ne se peuvent remettre: 1750 + J'espère tout de lui; mais pour un bien si doux + Je ne saurois.... + + LYSANDRE. + + Arrête: ils s'avancent vers nous. + + +SCÈNE VIII. + +PLEIRANTE, CHRYSANTE, LYSANDRE, DORIMANT, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE[333], +FLORICE. + + DORIMANT, à Chrysante. + + Madame, un pauvre amant, captif de cette belle, + Implore le pouvoir que vous avez sur elle: + Tenant ses volontés, vous gouvernez mon sort; 1755 + J'attends de votre bouche ou la vie ou la mort. + + CHRYSANTE, à Dorimant. + + Un homme tel que vous, et de votre naissance, + Ne peut avoir besoin d'implorer ma puissance[334]. + Si vous avez gagné ses inclinations, + Soyez sûr du succès de vos affections; 1760 + Mais je ne suis pas femme à forcer son courage; + Je sais ce que la force est en un mariage. + Il me souvient encor de tous mes déplaisirs + Lorsqu'un premier hymen contraignit mes desirs; + Et sage à mes dépens, je veux bien qu'Hippolyte 1765 + Prenne ou laisse, à son choix, un homme de mérite. + Ainsi présumez tout de mon consentement, + Mais ne prétendez rien de mon commandement. + + DORIMANT, à Hippolyte. + + Après un tel aveu serez-vous inhumaine[335]? + + HIPPOLYTE, à Chrysante. + + Madame, un mot de vous me mettroit hors de peine. + Ce que vous remettez à mon choix d'accorder, + Vous feriez beaucoup mieux de me le commander. + + PLEIRANTE, à Chrysante. + + Elle vous montre assez où son desir se porte. + + CHRYSANTE. + + Puisqu'elle s'y résout, le reste ne m'importe[330]. + + DORIMANT. + + Ce favorable mot me rend le plus heureux 1775 + De tout ce que jamais on a vu d'amoureux. + + LYSANDRE. + + J'en sens croître la joie au milieu de mon âme[337], + Comme si de nouveau l'on acceptoit ma flamme[338]. + + HIPPOLYTE, à Lysandre. + + Ferez-vous donc enfin quelque chose pour moi[339]? + + LYSANDRE. + + Tout, hormis ce seul point, de lui manquer de foi. 1780 + + HIPPOLYTE. + + Pardonnez donc à ceux qui, gagnés par Florice, + Lorsque je vous aimois, m'ont fait quelque service[340]. + + LYSANDRE. + + Je vous entends assez: soit, Aronte impuni + Pour ses mauvais conseils ne sera point banni; + Tu le souffriras bien, puisqu'elle m'en supplie[341]. 1785 + + CÉLIDÉE. + + Il n'est rien que pour elle et pour toi je n'oublie. + + PLEIRANTE. + + Attendant que demain ces deux couples d'amants + Soient mis au plus haut point de leurs contentements, + Allons chez moi, Madame, achever la journée. + + CHRYSANTE. + + Mon coeur est tout ravi de ce double hyménée. 1790 + + FLORICE. + + Mais afin que la joie en soit égale à tous, + Faites encor celui de Monsieur et de vous. + + CHRYSANTE. + + Outre l'âge en tous deux un peu trop refroidie, + Cela sentiroit trop sa fin de comédie. + +FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE. + + + +FOOTNOTES: + + [299] _Var._ Que ses desirs, d'accord[299-a] avec mon espérance. + (1637-60) + + [299-a] Les éditions de 1652 et de 1657 donnent, très-probablement + par erreur, _d'abord_, pour _d'accord_. + + [300] _Var._ Mon respect s'est accru vers un objet si cher. (1637, + 44 et 52-57) + _Var._ Mon respect s'est accru vers mon objet si cher. (1648) + + [301] _Var._ [Eh quoi? pour m'avoir vu, vous changez de dessein!] + Pensez-vous m'éblouir avec cette visite? + Ne feignez point pour moi d'entrer chez Hippolyte[301-a]: + Vous ne m'apprendrez rien, je sais trop comme quoi + Un tel ami que vous traite l'amour pour moi. (1637) + + [301-a] Ne laissez point pour moi d'entrer chez Hippolyte. + (1644-57) + + [302] _Var._ Nous en aurons bientôt la querelle vidée. (1637-64) + + [303] _Var._ Ah! perfide, sur moi décharge ton courroux. (1637) + + [304] _Var._ Arrête, mon souci! (1637-57) + + [305] _Var._ Et que m'étant moqué de son plus rude effort. + (1637-57) + + [306] _Var._ La valeur d'un amant que vous aurez perdu. (1637-57) + + [307] _Var._ Dedans son entretien recherchez vos plaisirs. + (1637-63) + + [308] _Var._ C'est avecque raison que ma feinte passée. (1637-57) + + [309] _Var._ Choisissez, l'un ou l'autre achèvera mes peines. + (1637) + + [310] _Var._ Sans lui, je n'ai plus rien qui me retienne au jour. + (1637) + + [311] Ce n'est pas seulement à la rime que Corneille écrit ce mot + ainsi, il est dans ses ouvrages orthographié partout de la sorte, + et c'est ainsi du reste qu'on le prononçait de son temps. Voyez + tome I, p. 190, note 5, et le _Lexique_. + + [312] _Var._ Pardonnez à ma faute, et j'oublierai la vôtre. + (1637-60) + + [313] _Var._ [Accepte un repentir accompagné de larmes.] + Ce baiser cependant punira ma rigueur, + Et me fermant la bouche, il t'ouvrira mon coeur. + LYS. Ma chère âme, mon heur, mon tout, est-il possible. (1637-57) + + [314] _Var._ De les plus exercer au péril de ma vie. (1637-60) + + [315] _Var._ [Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande?] + Bons Dieux! qu'il fut fâché, voyant ces jours passés + Mon âme refroidie, et tous mes sens glacés + A son autorité se rendre si rebelles! + Mais allons lui porter ces heureuses nouvelles, + Et le tirer d'ennui, puisque ce bon vieillard + Dans tes contentements prend une telle part. + [LYS. Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte] + N'ait de moi derechef un hommage hypocrite? (1637-57) + + [316] _Var._ Pour rendre à vos beautés mon très-humble devoir. + (1637-57) + + [317] _Var._ Je pense que ce jour eût encore passé. (1637-57) + + [318] _Var._ Non pas, mais votre amour me devient ennuyeuse. + (1637-57) + + [319] Les éditions de 1648 et de 1664 portent, par erreur, _une + autre_, pour _un autre_. + + [320] _Var._ Et captivoit déjà mes inclinations. (1637-57) + + [321] _Var._ Si faut-il pour ce nom que je vous importune; + Ne me refusez point de me le déclarer. (1637-57) + + [322] _Var._ Souffrez, mon cavalier, que je vous fasse + amis[322-a]. (1637-64) + + [322-a] Entre les vers 1696 et 1697: _A Dorimant_. (1648) + + [323] _Quereller_, disputer. + + [324] Entre les vers 1698 et 1699: _Montrant Hippolyte_. (1648) + + [325] _Var._ Et l'unique sujet de nos dissensions. (1637-57) + + [326] _Var._ Piqué de ses dédains, j'avois pris fantaisie[326-a] + De jeter en son âme un peu de jalousie. (1637-57) + + [326-a] _Il regarde Célidée._ (1637, en marge.)--Entre les vers + 1704 et 1705: _Montrant Célidée_. (1648) + + [327] _Var._ N'y songe plus, ma soeur, et pour l'amour de moi. + (1637-57) + + [328] _Var._ Tu ne le peux haïr sans me vouloir du mal. (1637-64) + + [329] _Var._ Tu vois; mais après tout, veux-tu que je te die? + (1637-57) + + [330] _Var._ Excuse, chère soeur, un esprit amoureux. (1637-57) + + [331] _Var._ Sans chercher des raisons pour vous persuader. + (1637) + + [332] _Var._ Et moi, par conséquent, bien loin de la tenir. + DOR. Après m'avoir promis, seriez-vous mensongère? (1637-57) + + [333] Le nom d'HIPPOLYTE précède celui de CÉLIDÉE dans les + éditions de 1637-52 et de 1657. + + [334] _Var._ N'a que faire, en ce cas, d'implorer ma puissance. + (1637-57) + + [335] Ma belle, après cela, serez-vous inhumaine? (1637) + _Var._ Eh bien! après cela, serez-vous inhumaine? (1644-57) + + [336] _Var._ Puisqu'elle s'y résout, du reste ne m'importe. + (1637-57) + + [337] _Var._ Mon aise s'en redouble, et mon coeur qui se pâme. (1637-57) + _Var._ J'en sens croître ma joie, et mon coeur qui se pâme. (1660-64) + + [338] _Var._ Croit qu'encore une fois on accepte sa flamme. + (1637-64) + + [339] _Var._ Eh bien! ferez-vous donc quelque chose pour moi? + (1637) + + [340] _Var._ Lorsque je vous aimois, me firent un service. + (1637-57) + + [341] _Var._ Souffre-le, mon souci, puisqu'elle m'en supplie. + (1637-57) + + + + + LA SUIVANTE + + COMÉDIE + + 1634 + + + + +NOTICE. + + +Cette comédie, représentée suivant toute apparence en 1634, ne fut +publiée qu'en vertu du privilége commun _à la Galerie du Palais, à la +Place Royale_ et au _Cid_, dont nous avons rappelé les termes dans +notre notice sur le premier de ces ouvrages. L'achevé d'imprimer est +du 9 septembre 1637. L'édition originale in-4º, qui se compose de 1 +feuillet blanc, de 5 feuillets liminaires et de 128 pages, a pour +titre: + +LA SVIVANTE, COMEDIE. _A Paris, chez Augustin Courbé.... M.DC.XXXVII. +_Auec priuilege du Roy._ + +L'_Épître_ n'est adressée à personne en particulier, et semble une +forme choisie par l'auteur pour présenter au public quelques +réflexions hardies sur la nécessité d'interpréter les règles de la +poétique dans leur sens le plus large. + +Les éditeurs et les critiques, dont elle ne pouvait manquer d'attirer +l'attention, se sont étonnés de la trouver en tête d'une pièce aussi +peu importante que _la Suivante_: ils auraient dû remarquer que cette +épître, écrite seulement au moment de l'impression, c'est-à-dire vers +le mois d'août 1637, lorsque _le Cid_ était soumis à l'examen de +l'Académie, fournissait à Corneille une précieuse occasion de +manifester ses sentiments avec autant de modération que de fermeté. + + +A MONSIEUR ***[342]. + + MONSIEUR, + +Je vous présente une comédie qui n'a pas été également aimée de toutes +sortes d'esprits: beaucoup, et de fort bons, n'en ont pas fait grand +état, et beaucoup d'autres l'ont mise au-dessus du reste des miennes. +Pour moi, je laisse dire tout le monde, et fais mon profit des bons +avis, de quelque part que je les reçoive. Je traite toujours mon sujet +le moins mal qu'il m'est possible, et après y avoir corrigé ce qu'on +m'y fait connoître d'inexcusable, je l'abandonne au public. Si je ne +fais bien, qu'un autre fasse mieux; je ferai des vers à sa louange, au +lieu de le censurer. Chacun a sa méthode; je ne blâme point celle des +autres, et me tiens à la mienne: jusques à présent je m'en suis trouvé +fort bien; j'en chercherai une meilleure quand je commencerai à m'en +trouver mal. Ceux qui se font presser à la représentation de mes +ouvrages m'obligent infiniment; ceux qui ne les approuvent pas peuvent +se dispenser d'y venir gagner la migraine; ils épargneront de +l'argent, et me feront plaisir. Les jugements sont libres en ces +matières, et les goûts divers. J'ai vu des personnes de fort bon sens +admirer des endroits sur qui j'aurois passé l'éponge, et j'en connois +dont les poëmes réussissent au théâtre avec éclat, et qui pour +principaux ornements y emploient des choses que j'évite dans les +miens. Ils pensent avoir raison, et moi aussi: qui d'eux ou de moi se +trompe, c'est ce qui n'est pas aisé à juger. Chez les philosophes, +tout ce qui n'est point de la foi ni des principes est disputable; et +souvent ils soutiendront, à votre choix, le pour et le contre d'une +même proposition: marques certaines de l'excellence de l'esprit +humain, qui trouve des raisons à défendre tout; ou plutôt de sa +foiblesse, qui n'en peut trouver de convaincantes, ni qui ne puissent +être combattues et détruites par de contraires. Ainsi ce n'est pas +merveille si les critiques donnent de mauvaises interprétations à nos +vers, et de mauvaises faces à nos personnages. «Qu'on me donne (dit M. +de Montagne[343], au chapitre 36 du premier livre) l'action la plus +excellente et pure, ie m'en vois y fournir vray-semblablement +cinquante vicieuses intentions.» C'est au lecteur désintéressé à +prendre la médaille par le beau revers. Comme il nous a quelque +obligation d'avoir travaillé à le divertir, j'ose dire que pour +reconnoissance il nous doit un peu de faveur, et qu'il commet une +espèce d'ingratitude, s'il ne se montre plus ingénieux à nous défendre +qu'à nous condamner, et s'il n'applique la subtilité de son esprit +plutôt à colorer et justifier en quelque sorte nos véritables défauts, +qu'à en trouver où il n'y en a point. Nous pardonnons beaucoup de +choses aux anciens; nous admirons quelquefois dans leurs écrits ce que +nous ne souffririons pas dans les nôtres; nous faisons des mystères de +leurs imperfections, et couvrons leurs fautes du nom de licences +poétiques. Le docte Scaliger[344] a remarqué des taches dans tous les +Latins, et de moins savants que lui en remarqueroient bien dans les +Grecs, et dans son Virgile même, à qui il dresse des autels sur le +mépris des autres. Je vous laisse donc à penser si notre présomption +ne seroit pas ridicule, de prétendre qu'une exacte censure ne pût +mordre sur nos ouvrages, puisque ceux de ces grands génies de +l'antiquité ne se peuvent pas soutenir contre un rigoureux examen. Je +ne me suis jamais imaginé avoir mis rien au jour de parfait, je +n'espère pas même y pouvoir jamais arriver; je fais néanmoins mon +possible pour en approcher, et les plus beaux succès des autres ne +produisent en moi qu'une vertueuse émulation, qui me fait redoubler +mes efforts afin d'en avoir de pareils: + + Je vois d'un oeil égal croître le nom d'autrui, + Et tâche à m'élever aussi haut comme lui, + Sans hasarder ma peine à le faire descendre. + La gloire a des trésors qu'on ne peut épuiser, + Et plus elle en prodigue à nous favoriser, + Plus elle en garde encore où chacun peut prétendre. + +Pour venir à cette _Suivante_ que je vous dédie, elle est d'un genre +qui demande plutôt un style naïf que pompeux. Les fourbes et les +intrigues sont principalement du jeu de la comédie; les passions n'y +entrent que par accident. Les règles des anciens sont assez +religieusement observées en celle-ci. Il n'y a qu'une action +principale à qui toutes les autres aboutissent; son lieu n'a point +plus d'étendue que celle du théâtre, et le temps n'en est point plus +long que celui de la représentation, si vous en exceptez l'heure du +dîner, qui se passe entre le premier et le second acte. La liaison +même des scènes, qui n'est qu'un embellissement, et non pas un +précepte[345], y est gardée; et si vous prenez la peine de compter les +vers, vous n'en trouverez en pas un acte plus qu'en l'autre[346]. Ce +n'est pas que je me sois assujetti depuis aux mêmes rigueurs. J'aime à +suivre les règles; mais loin de me rendre esclave, je les élargis et +resserre selon le besoin qu'en a mon sujet, et je romps même sans +scrupule celle qui regarde la durée de l'action, quand sa sévérité me +semble absolument incompatible avec les beautés des événements que je +décris. Savoir les règles, et entendre le secret de les apprivoiser +adroitement avec notre théâtre, ce sont deux sciences bien +différentes; et peut-être que pour faire maintenant réussir une pièce, +ce n'est pas assez d'avoir étudié dans les livres d'Aristote et +d'Horace. J'espère un jour traiter ces matières plus à fond, et +montrer[347] de quelle espèce est la vraisemblance qu'ont suivie ces +grands maîtres des autres siècles, en faisant parler des bêtes et des +choses qui n'ont point de corps. Cependant mon avis est celui de +Térence: puisque nous faisons des poëmes pour être représentés, notre +premier but doit être de plaire à la cour et au peuple, et d'attirer +un grand monde à leurs représentations[348]. Il faut, s'il se peut, y +ajouter les règles, afin de ne déplaire pas aux savants, et recevoir +un applaudissement universel; mais surtout gagnons la voix publique; +autrement, notre pièce aura beau être régulière, si elle est sifflée +au théâtre, les savants n'oseront se déclarer en notre faveur, et +aimeront mieux dire que nous aurons mal entendu les règles, que de +nous donner des louanges quand nous serons décriés par le consentement +général de ceux qui ne voient la comédie que pour se divertir. + + Je suis, + MONSIEUR, + Votre très-humble serviteur, + CORNEILLE. + +FOOTNOTES: + + [342] Voyez la _Notice_, p. 115. L'_Épître dédicatoire_ n'est que + dans les éditions de 1637-1657. + + [343] C'est ainsi que le mot est écrit dans toutes les éditions + qui ont paru du vivant de Corneille. + + [344] Jules-César Scaliger, né en 1484, mort en 1558, auteur + d'une Poétique (_Poetices libri VII_, Lyon, 1561), où il passe en + revue les ouvrages des poëtes les plus célèbres et les juge avec + une grande sévérité. + + [345] Voyez tome I, p. 3 et 4, l'avis _Au lecteur_ de l'édition + de 1648. + + [346] Chaque acte est de trois cent quarante vers. + + [347] L'édition de 1657 porte par erreur: «de montrer.» + + [348] _Poeta, quum primum animum ad scribendum appulit, + Id sibi negoti credidit solum dari, + Populo ut placerent, quas fecisset fabulas._ + + (Térence, _Andria_, prologue, vers 1-3.) + + Corneille revient ailleurs sur cette pensée: voyez les Dédicaces de + _Médée_ et de _la Suite du Menteur_. C'est aussi la maxime de + Molière et de la Fontaine. «Je voudrois bien savoir si la grande + règle de toutes les règles n'est pas de plaire,» dit le premier + dans _la Critique de l'École des Femmes_, scène VII. «Mon principal + but est toujours de plaire,» dit le second dans la Préface de + _Psyché_. + + +EXAMEN. + +Je ne dirai pas grand mal de celle-ci[349], que je tiens assez +régulière, bien qu'elle ne soit pas sans taches. Le style en est plus +foible que celui des autres. L'amour de Géraste pour Florise n'est +point marqué dans le premier acte, et ainsi la protase comprend la +première scène du second, où il se présente avec sa confidente Célie, +sans qu'on les connoisse ni l'un ni l'autre. Cela ne seroit pas +vicieux s'il ne s'y présentoit que comme père de Daphnis, et qu'il ne +s'expliquât que sur les intérêts de sa fille; mais il en a de si +notables pour lui, qu'ils font le noeud et le dénouement. Ainsi c'est +un défaut, selon moi, qu'on ne le connoisse pas dès ce premier acte. +Il pourroit être encore souffert, comme Célidan dans _la Veuve_, si +Florame l'alloit voir pour le faire consentir à son mariage avec sa +fille, et que par occasion il lui proposât celui de sa soeur pour +lui-même; car alors ce seroit Florame qui l'introduiroit dans la +pièce, et il y seroit appelé par un acteur agissant dès le +commencement. Clarimond, qui ne paroît qu'au troisième, est insinué +dès le premier, où Daphnis parle de l'amour qu'il a pour elle, et +avoue qu'elle ne le dédaigneroit pas s'il ressembloit à Florame. Ce +même Clarimond fait venir son oncle Polémon au cinquième; et ces deux +acteurs ainsi sont exempts du défaut que je remarque en Géraste. +L'entretien de Daphnis, au troisième, avec cet amant dédaigné, a une +affectation assez dangereuse, de ne dire que chacun un vers à la fois: +cela sort tout à fait du vraisemblable, puisque naturellement on ne +peut être si mesuré en ce qu'on s'entre-dit. Les exemples d'Euripide +et de Sénèque pourroient autoriser cette affectation, qu'ils +pratiquent si souvent, et même par discours généraux, qu'il semble que +leurs acteurs ne viennent quelquefois sur la scène que pour s'y battre +à coups de sentences; mais c'est une beauté qu'il ne leur faut pas +envier. Elle est trop fardée pour donner un amour raisonnable à ceux +qui ont de bons yeux, et ne prend pas assez de soin de cacher +l'artifice de ses parures, comme l'ordonne Aristote[350]. + +Géraste n'agit pas mal en vieillard amoureux, puisqu'il ne traite +l'amour que par tierce personne, qu'il ne prétend être considérable +que par son bien, et qu'il ne se produit point aux yeux de sa +maîtresse, de peur de lui donner du dégoût par sa présence. On peut +douter s'il ne sort point du caractère des vieillards, en ce qu'étant +naturellement avares, ils considèrent le bien plus que toute autre +chose dans les mariages de leurs enfants, et que celui-ci donne assez +libéralement sa fille à Florame, malgré son peu de fortune, pourvu +qu'il en obtienne sa soeur. En cela, j'ai suivi la peinture que fait +Quintilian d'un vieux mari qui a épousé une jeune femme, et n'ai point +fait de scrupule de l'appliquer à un vieillard qui se veut marier. Les +termes en sont si beaux, que je n'ose les gâter par ma traduction: +_Genus infirmissimæ servitutis est senex maritus, et flagrantius +uxoriæ charitatis ardorem frigidis concipimus affectibus_[351]. C'est +sur ces deux lignes que je me suis cru bien fondé à faire dire de ce +bonhomme: + + Que s'il pouvoit donner trois Daphnis pour Florise, + Il la tiendroit encore heureusement acquise[352]. + +Il peut naître encore une autre difficulté sur ce que Théante et +Amarante forment chacun un dessein pour traverser les amours de +Florame et Daphnis, et qu'ainsi ce sont deux intriques qui rompent +l'unité d'action. A quoi je réponds, premièrement, que ces deux +desseins formés en même temps, et continués tous deux jusqu'au bout, +font une concurrence qui n'empêche pas cette unité: ce qui ne seroit +pas si, après celui de Théante avorté, Amarante en formoit un nouveau +de sa part; en second lieu, que ces deux desseins ont une espèce +d'unité entre eux, en ce que tous deux sont fondés sur l'amour que +Clarimond a pour Daphnis, qui sert de prétexte à l'un et à l'autre; +et enfin, que de ces deux desseins il n'y en a qu'un qui fasse effet, +l'autre se détruisant de soi-même, et qu'ainsi la fourbe d'Amarante +est le seul véritable noeud de cette comédie, où le dessein de Théante +ne sert qu'à un agréable épisode de deux honnêtes gens qui jouent tour +à tour un poltron et le tournent en ridicule. + +Il y avoit ici un aussi beau jeu pour les _a parte_ qu'en _la Veuve_; +mais j'y en fais voir la même aversion, avec cet avantage, qu'une +seule scène qui ouvre le théâtre donne ici l'intelligence du sens +caché de ce que disent mes acteurs, et qu'en l'autre j'en emploie +quatre ou cinq pour l'éclaircir. + +L'unité de lieu est assez exactement gardée en cette comédie, avec ce +passe-droit toutefois dont j'ai déjà parlé[353], que tout ce que dit +Daphnis à sa porte ou en la rue seroit mieux dit dans sa chambre, où +les scènes qui se font sans elle et sans Amarante ne peuvent se +placer. C'est ce qui m'oblige à la faire sortir au dehors, afin qu'il +y puisse avoir et unité de lieu entière, et liaison de scène +perpétuelle dans la pièce; ce qui ne pourroit être, si elle parloit +dans sa chambre, et les autres dans la rue. + +J'ai déjà dit que je tiens impossible de choisir une place publique +pour le lieu de la scène que cet inconvénient n'arrive; j'en parlerai +encore plus au long, quand je m'expliquerai sur l'unité de lieu[354]. +J'ai dit que la liaison de scènes est ici perpétuelle, et j'y en ai +mis de deux sortes, de présence et de vue. Quelques-uns ne veulent pas +que quand un acteur sort du théâtre pour n'être point vu de celui qui +y vient, cela fasse une liaison: mais je ne puis être de leur avis sur +ce point, et tiens que c'en est une suffisante quand l'acteur qui +entre sur le théâtre voit celui qui en sort, ou que celui qui +sort[355] voit celui qui entre; soit qu'il le cherche, soit qu'il le +fuie, soit qu'il le voie simplement sans avoir intérêt à le chercher +ni à le fuir. Aussi j'appelle en général une liaison de vue ce qu'ils +nomment une liaison de recherche. J'avoue que cette liaison est +beaucoup plus imparfaite que celle de présence et de discours, qui se +fait lorsqu'un acteur ne sort point du théâtre sans y laisser un autre +à qui il aye parlé; et dans mes derniers ouvrages je me suis arrêté à +celle-ci sans me servir de l'autre; mais enfin je crois qu'on s'en +peut contenter, et je la préférerois de beaucoup à celle qu'on appelle +liaison de bruit, qui ne me semble pas supportable, s'il n'y a de +très-justes et de très-importantes occasions qui obligent un acteur à +sortir du théâtre quand il en entend; car d'y venir simplement par +curiosité, pour savoir ce que veut dire ce bruit, c'est une si foible +liaison, que je ne conseillerois jamais personne de s'en servir[356]. + +La durée de l'action ne passeroit point en cette comédie celle de la +représentation, si l'heure du dîner n'y séparoit point les deux +premiers actes. Le reste n'emporte que ce temps-là; et je n'aurois pu +lui en donner davantage, que mes acteurs n'eussent le[357] loisir de +s'éclaircir; ce qui les brouille n'étant qu'un malentendu qui ne peut +subsister qu'autant que Géraste, Florame et Daphnis ne se trouvent +point tous trois ensemble. Je n'ose dire que je m'y suis asservi à +faire les actes si égaux, qu'aucun n'a pas un vers plus que +l'autre[358]: c'est une affectation qui ne fait aucune beauté. Il faut +à la vérité les rendre les plus égaux qu'il se peut; mais il n'est pas +besoin de cette exactitude: il suffit qu'il n'y aye point d'inégalité +notable qui fatigue l'attention de l'auditeur en quelques-uns, et ne +la remplisse pas dans les autres. + +FOOTNOTES: + + [349] Pour se rendre bien compte de ce pronom (_celle-ci_), il + faut relire la dernière phrase de l'Examen de _la Galerie du + Palais_ (p. 15), et se reporter à la note 1 de la p. 137 du tome + I. + + [350] Nous trouvons dans la _Poétique_ d'Aristote (chap. VI) un + passage relatif à l'abus des sentences, mais rien qui ressemble à + ce précepte dont parle ici Corneille, «de cacher l'artifice de + ses parures.» + + [351] IIe Déclamation (_Cæcus pro limine_), chap. XIV. Corneille + cite sans doute de mémoire, car dans le texte le mot + _flagrantius_ précède immédiatement _frigidis_. Voici comment ce + passage a été rendu par un contemporain de Corneille, le sieur du + Teil, avocat en parlement, dont la traduction, dédiée à Foucquet, + a paru en 1659: «Le mariage est une espèce de servitude aux + vieilles gens; leur foiblesse augmente leur passion, et il semble + que leur desir s'échauffe par la froideur même de leur + tempérament.» + + [352] Dans la pièce, ce passage (vers 1353 et 1354) commence + ainsi: + + Et s'il pouvoit donner.... + + + [353] Voyez l'Examen de _la Galerie du Palais_, p. 13. + + [354] Tome I, p. 117, dans le _Discours des trois unités_, qui se + trouve en tête du troisième volume de l'édition de 1682. + + [355] VAR. (édit. de 1660): celui qui en sort. + + [356] VAR. (édit. de 1660-1664): que je ne conseillerois jamais + de s'en servir.--Corneille a complété dans son _Discours des + trois unités_ ce qu'il dit ici des diverses sortes de liaisons. + Voyez tome I, p. 103. + + [357] Les éditions de 1668 et de 1682 portent _de_, pour _le_; + mais c'est sans doute une erreur. + + [358] Voyez ci-dessus, p. 119, note 1. + + + + +ACTEURS. + + GÉRASTE, père de Daphnis. + + POLÉMON, oncle de Clarimond. + + CLARIMOND, amoureux de Daphnis. + + FLORAME, amant de Daphnis. + + THÉANTE, aussi amoureux de Daphnis. + + DAMON, ami de Florame et de Théante. + + DAPHNIS, maîtresse de Florame, aimée[359] de Clarimond et de + Théante. + + AMARANTE, suivante de Daphnis. + + CÉLIE, voisine de Géraste et sa confidente. + + CLÉON, domestique de Damon[360]. + +La scène est à Paris[361] + + + + +LA SUIVANTE. + +COMÉDIE. + + + + +ACTE I. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +DAMON, THÉANTE. + + DAMON. + + Ami, j'ai beau rêver, toute ma rêverie + Ne me fait rien comprendre en ta galanterie. + Auprès de ta maîtresse engager un ami, + C'est, à mon jugement, ne l'aimer qu'à demi. + Ton humeur qui s'en lasse au changement l'invite; 5 + Et n'osant la quitter, tu veux qu'elle te quitte. + + THÉANTE. + + Ami, n'y rêve plus; c'est en juger trop bien + Pour t'oser plaindre encor de n'y comprendre rien. + Quelques puissants appas que possède Amarante, + Je trouve qu'après tout ce n'est qu'une suivante[362]; 10 + Et je ne puis songer à sa condition + Que mon amour ne cède à mon ambition. + Ainsi, malgré l'ardeur qui pour elle me presse, + A la fin j'ai levé les yeux sur sa maîtresse[363], + Où mon dessein, plus haut et plus laborieux, 15 + Se promet des succès beaucoup plus glorieux. + Mais lors, soit qu'Amarante eût pour moi quelque flamme, + Soit qu'elle pénétrât jusqu'au fond de mon âme, + Et que malicieuse elle prît du plaisir + A rompre les effets de mon nouveau desir, 20 + Elle savoit toujours m'arrêter auprès d'elle + A tenir des propos d'une suite éternelle. + L'ardeur qui me brûloit de parler à Daphnis + Me fournissoit en vain des détours infinis; + Elle usoit de ses droits, et toute impérieuse, 25 + D'une voix demi-gaie et demi-sérieuse: + «Quand j'ai des serviteurs, c'est pour m'entretenir, + Disoit-elle; autrement, je les sais bien punir; + Leurs devoirs près de moi n'ont rien qui les excuse.» + + DAMON. + + Maintenant je devine à peu près une ruse[364] 30 + Que tout autre en ta place à peine entreprendroit. + + THÉANTE. + + Écoute, et tu verras si je suis maladroit. + Tu sais comme Florame à tous les beaux visages + Fait par civilité toujours de feints hommages, + Et sans avoir d'amour offrant partout des voeux, 35 + Traite de peu d'esprit les véritables feux[365]. + Un jour qu'il se vantoit de cette humeur étrange, + A qui chaque objet plaît, et que pas un ne range, + Et reprochoit à tous que leur peu de beauté + Lui laissoit si longtemps garder sa liberté: 40 + «Florame, dis-je alors, ton âme indifférente + Ne tiendroit que fort peu contre mon Amarante.» + «Théante, me dit-il, il faudroit l'éprouver; + Mais l'éprouvant peut-être on te feroit rêver: + Mon feu, qui ne seroit que pure courtoisie[366], 45 + La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.» + Je réplique, il repart, et nous tombons d'accord + Qu'au hasard du succès il y feroit effort. + Ainsi je l'introduis; et par ce tour d'adresse, + Qui me fait pour un temps lui céder ma maîtresse, 50 + Engageant Amarante et Florame au discours, + J'entretiens à loisir mes nouvelles amours. + + DAMON. + + Fut-elle sur ce point ou fâcheuse ou facile[367]? + + THÉANTE. + + Plus que je n'espérois je l'y trouvai docile[368]. + Soit que je lui donnasse une fort douce loi, 55 + Et qu'il fût à ses yeux plus aimable que moi; + Soit qu'elle fît dessein sur ce fameux rebelle[369] + Qu'une simple gageure attachoit auprès d'elle[370], + Elle perdit pour moi son importunité, + Et n'en demanda plus tant d'assiduité[371]. 60 + La douceur d'être seule à gouverner Florame[372] + Ne souffrit plus chez elle aucun soin de ma flamme, + Et ce qu'elle goûtoit avec lui de plaisirs + Lui fit abandonner mon âme à mes desirs. + + DAMON. + + On t'abuse, Théante; il faut que je te die 65 + Que Florame est atteint de même maladie, + Qu'il roule en son esprit mêmes desseins que toi[373], + Et que c'est à Daphnis qu'il veut donner sa foi. + A servir Amarante il met beaucoup d'étude; + Mais ce n'est qu'un prétexte à faire une habitude: 70 + Il accoutume ainsi ta Daphnis à le voir, + Et ménage un accès qu'il ne pouvoit avoir. + Sa richesse l'attire, et sa beauté le blesse; + Elle le passe en biens, il l'égale en noblesse, + Et cherche ambitieux, par sa possession, 75 + A relever l'éclat de son extraction. + Il a peu de fortune, et beaucoup de courage; + Et hors cette espérance, il hait le mariage. + C'est ce que l'autre jour en secret il m'apprit; + Tu peux, sur cet avis, lire dans son esprit. 80 + + THÉANTE. + + Parmi ses hauts projets il manque de prudence[374], + Puisqu'il traite avec toi de telle confidence. + + DAMON. + + Crois qu'il m'éprouvera fidèle au dernier point, + Lorsque ton intérêt ne s'y mêlera point. + + THÉANTE. + + Je dois l'attendre ici. Quitte-moi, je te prie, 85 + De peur qu'il n'ait soupçon de ta supercherie[375]. + + DAMON. + + Adieu. Je suis à toi. + + +SCÈNE II. + +THÉANTE. + + Par quel malheur fatal, + Ai-je donné moi-même entrée à mon rival? + De quelque trait rusé que mon esprit se vante, + Je me trompe moi-même en trompant Amarante, 90 + Et choisis un ami qui ne veut que m'ôter + Ce que par lui je tâche à me faciliter. + Qu'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire[376]? + Je sais trop comme il faut l'empêcher d'en rien dire[377]. + Amarante l'arrête, et j'arrête Daphnis: 95 + Ainsi tous entretiens d'entre eux deux sont bannis; + Et tant d'heur se rencontre en ma sage conduite, + Qu'au langage des yeux son amour est réduite. + Mais n'est-ce pas assez pour se communiquer? + Que faut-il aux amants de plus pour s'expliquer? 100 + Même ceux de Daphnis à tous coups lui répondent: + L'un dans l'autre à tous coups leurs regards se confondent, + Et d'un commun aveu ces muets truchements + Ne se disent que trop leurs amoureux tourments. + Quelles vaines frayeurs troublent ma fantaisie! 105 + Que l'amour aisément penche à la jalousie! + Qu'on croit tôt ce qu'on craint en ces perplexités + Où les moindres soupçons passent pour vérités! + Daphnis est toute aimable; et si Florame l'aime[378], + Dois-je m'imaginer qu'il soit aimé de même[379]? 110 + Florame avec raison adore tant d'appas, + Et Daphnis sans raison s'abaisseroit trop bas. + Ce feu, si juste en l'un, en l'autre inexcusable, + Rendroit l'un glorieux, et l'autre méprisable. + Simple! l'amour peut-il écouter la raison? 115 + Et même ces raisons sont-elles de saison? + Si Daphnis doit rougir en brûlant pour Florame, + Qui l'en affranchiroit en secondant ma flamme? + Étant tous deux égaux, il faut bien que nos feux + Lui fassent même honte, ou même honneur tous deux[380]: + Ou tous deux nous formons un dessein téméraire, + Ou nous avons tous deux même droit de lui plaire. + Si l'espoir m'est permis, il y peut aspirer; + Et s'il prétend trop haut, je dois désespérer. + Mais le voici venir. + + +SCÈNE III. + +THÉANTE, FLORAME. + + THÉANTE. + + Tu me fais bien attendre. 125 + + FLORAME. + + Encore est-ce à regret qu'ici je viens me rendre[381], + Et comme un criminel qu'on traîne à sa prison. + + THÉANTE. + + Tu ne fais qu'en raillant cette comparaison. + + FLORAME. + + Elle n'est que trop vraie. + + THÉANTE. + + Et ton indifférence? + + FLORAME. + + La conserver encor! le moyen? l'apparence? 130 + Je m'étois plu toujours d'aimer en mille lieux: + Voyant une beauté, mon coeur suivoit mes yeux; + Mais de quelques attraits que le ciel l'eût pourvue, + J'en perdois la mémoire aussitôt que la vue; + Et bien que mes discours lui donnassent ma foi, 135 + De retour au logis, je me trouvois à moi[382]. + Cette façon d'aimer me sembloit fort commode, + Et maintenant encor je vivrois à ma mode; + Mais l'objet d'Amarante est trop embarrassant: + Ce n'est point un visage à ne voir qu'en passant; 140 + Un je ne sais quel charme auprès d'elle m'attache; + Je ne la puis quitter que le jour ne se cache; + Même alors, malgré moi, son image me suit[383], + Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit. + Le sommeil n'oseroit me peindre une autre idée; 145 + J'en ai l'esprit rempli, j'en ai l'âme obsédée. + Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher, + Ou songe que mon coeur n'est pas fait d'un rocher; + Tant de charmes enfin me rendroient infidèle[384]. + + THÉANTE. + + Deviens-le si tu veux, je suis assuré d'elle; 150 + Et quand il te faudra tout de bon l'adorer, + Je prendrai du plaisir à te voir soupirer, + Tandis que pour tout fruit tu porteras la peine[385] + D'avoir tant persisté dans une humeur si vaine. + Quand tu ne pourras plus te priver de la voir[386], 155 + C'est alors que je veux t'en ôter le pouvoir; + Et j'attends de pied ferme à reprendre ma place[387], + Qu'il ne soit plus en toi de retrouver ta glace. + Tu te défends encore, et n'en tiens qu'à demi[388]. + + FLORAME. + + Cruel, est-ce là donc me traiter en ami? 160 + Garde, pour châtiment de cet injuste outrage, + Qu'Amarante pour toi ne change de courage[389], + Et se rendant sensible à l'ardeur de mes voeux.... + + THÉANTE. + + A cela près, poursuis; gagne-la, si tu peux: + Je ne m'en prendrai lors qu'à ma seule imprudence; 165 + Et demeurant ensemble en bonne intelligence, + En dépit du malheur que j'aurai mérité, + J'aimerai le rival qui m'aura supplanté. + + FLORAME. + + Ami, qu'il vaut bien mieux ne tomber point en peine + De faire à tes dépens cette épreuve incertaine[390]! 170 + Je me confesse pris, je quitte[391], j'ai perdu: + Que veux-tu plus de moi? reprends ce qui t'est dû[392]. + Séparer plus longtemps une amour si parfaite[393]! + Continuer encor la faute que j'ai faite! + Elle n'est que trop grande, et pour la réparer, 175 + J'empêcherai Daphnis de vous plus séparer[394]. + Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible, + Vous jouirez vous deux d'un entretien paisible; + Je saurai l'amuser, et vos feux redoublés + Par son fâcheux abord ne seront plus troublés. 180 + + THÉANTE. + + Ce seroit prendre un soin qui n'est pas nécessaire: + Daphnis sait d'elle-même assez bien se distraire, + Et jamais son abord ne trouble nos plaisirs, + Tant elle est complaisante à nos chastes desirs. + + +SCÈNE IV. + +FLORAME, THÉANTE, AMARANTE. + + THÉANTE. + + Déploie, il en est temps, tes meilleurs artifices[395] 185 + (Sans mettre toutefois en oubli mes services): + Je t'amène un captif qui te veut échapper. + + AMARANTE. + + J'en ai vu d'échappés que j'ai su rattraper[396]. + + THÉANTE. + + Vois qu'en sa liberté ta gloire se hasarde. + + AMARANTE. + + Allez, laissez-le-moi, j'en ferai bonne garde[397]. 190 + Daphnis est au jardin. + + FLORAME. + + Sans plus vous désunir, + Souffre qu'au lieu de toi je l'aille entretenir. + + +SCÈNE V. + +AMARANTE, FLORAME. + + AMARANTE. + + Laissez, mon cavalier, laissez aller Théante: + Il porte assez au coeur le portrait d'Amarante; + Je n'appréhende point qu'on l'en puisse effacer. 195 + C'est au vôtre à présent que je le veux tracer; + Et la difficulté d'une telle victoire + M'en augmente l'ardeur comme elle en croît la gloire[398]. + + FLORAME. + + Aurez-vous quelque gloire à me faire souffrir? + + AMARANTE. + + Plus que de tous les voeux qu'on me pourroit offrir[399]. 200 + + FLORAME. + + Vous plaisez-vous à ceux d'une âme si contrainte, + Qu'une vieille amitié retient toujours en crainte? + + AMARANTE. + + Vous n'êtes pas encore au point où je vous veux; + Et toute amitié meurt où naissent de vrais feux[400]. + + FLORAME. + + De vrai, contre ses droits mon esprit se rebelle; 205 + Mais feriez-vous état d'un amant infidèle? + + AMARANTE. + + Je ne prendrai jamais pour un manque de foi + D'oublier un ami pour se donner à moi. + + FLORAME. + + Encor si je pouvois former quelque espérance[401] + De vous voir favorable à ma persévérance, 210 + Que vous pussiez m'aimer après tant de tourment[402], + Et d'un mauvais ami faire un heureux amant! + Mais hélas! je vous sers, je vis sous votre empire, + Et je ne puis prétendre où mon desir aspire. + Théante! (ah, nom fatal pour me combler d'ennui!) 215 + Vous demandez mon coeur, et le vôtre est à lui! + Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services[403], + Que du manque d'espoir j'évite les supplices: + Qui ne peut rien prétendre a droit d'abandonner. + + AMARANTE. + + S'il ne tient qu'à l'espoir, je vous en veux donner. 220 + Apprenez que chez moi c'est un foible avantage + De m'avoir de ses voeux le premier fait hommage: + Le mérite y fait tout, et tel plaît à mes yeux, + Que je négligerois près de qui vaudroit mieux[404]. + Lui seul de mes amants règle la différence, 225 + Sans que le temps leur donne aucune préférence. + + FLORAME. + + Vous ne flattez mes sens que pour m'embarrasser. + + AMARANTE. + + Peut-être; mais enfin il faut le confesser[405], + Vous vous trouveriez mieux auprès de ma maîtresse. + + FLORAME. + + Ne pensez pas.... + + AMARANTE. + + Non, non, c'est là ce qui vous presse. + Allons dans le jardin ensemble la chercher. + Que j'ai su dextrement à ses yeux la cacher! + + +SCÈNE VI. + +DAPHNIS, THÉANTE. + + DAPHNIS. + + Voyez comme tous deux ont fui notre rencontre[406]! + Je vous l'ai déjà dit, et l'effet vous le montre: + Vous perdez Amarante, et cet ami fardé 235 + Se saisit finement d'un bien si mal gardé; + Vous devez vous lasser de tant de patience, + Et votre sûreté n'est qu'en la défiance. + + THÉANTE. + + Je connois Amarante, et ma facilité + Établit mon repos sur sa fidélité: 240 + Elle rit de Florame et de ses flatteries, + Qui ne sont après tout que des galanteries[407]. + + DAPHNIS. + + Amarante, de vrai, n'aime pas à changer; + Mais votre peu de soin l'y pourroit engager. + On néglige aisément un homme qui néglige. 245 + Son naturel est vain; et qui la sert l'oblige: + D'ailleurs les nouveautés ont de puissants appas. + Théante, croyez-moi, ne vous y fiez pas. + J'ai su me faire jour jusqu'au fond de son âme[408], + Où j'ai peu remarqué de sa première flamme; 250 + Et s'il tournoit la feinte en véritable amour[409], + Elle seroit bien fille à vous jouer d'un tour; + Mais afin que l'issue en soit pour vous meilleure, + Laissez-moi ce causeur à gouverner une heure: + J'ai tant de passion pour tous vos intérêts, 255 + Que j'en saurai bientôt pénétrer les secrets[410]. + + THÉANTE. + + C'est un trop bas emploi pour de si hauts mérites; + Et quand elle aimeroit à souffrir ses visites, + Quand elle auroit pour lui quelque inclination, + Vous m'en verriez toujours sans appréhension. 260 + Qu'il se mette à loisir, s'il peut, dans son courage: + Un moment de ma vue en efface l'image. + Nous nous ressemblons mal, et pour ce changement, + Elle a de trop bons yeux et trop de jugement[411]. + + DAPHNIS. + + Vous le méprisez trop: je trouve en lui des charmes[412] + Qui vous devroient du moins donner quelques alarmes. + Clarimond n'a de moi que haine et que rigueur[413]; + Mais s'il lui ressembloit, il gagneroit mon coeur. + + THÉANTE. + + Vous en parlez ainsi, faute de le connoître. + + DAPHNIS. + + J'en parle et juge ainsi sur ce qu'on voit paroître[409]. 270 + + THÉANTE. + + Quoi qu'il en soit, l'honneur de vous entretenir.... + + DAPHNIS. + + Brisons là ce discours: je l'aperçois venir[415]. + Amarante, ce semble, en est fort satisfaite. + + +SCÈNE VII. + +DAPHNIS, FLORAME, THÉANTE, AMARANTE. + + THÉANTE. + + Je t'attendois, ami, pour faire la retraite: + L'heure du dîner presse, et nous incommodons[416] 275 + Celles qu'en nos discours ici nous retardons[417]. + + DAPHNIS. + + Il n'est pas encor tard. + + THÉANTE. + + Nous ferions conscience + D'abuser plus longtemps de votre patience. + + FLORAME. + + Madame, excusez donc cette incivilité, + Dont l'heure nous impose une nécessité. 280 + + DAPHNIS. + + Sa force vous excuse, et je lis dans votre âme + Qu'à regret vous quittez l'objet de votre flamme. + + +SCÈNE VIII. + +DAPHNIS, AMARANTE. + + DAPHNIS. + + Cette assiduité de Florame avec vous + A la fin a rendu Théante un peu jaloux. + Aussi de vous y voir tous les jours attachée, 285 + Quelle puissante amour n'en seroit point touchée[418]? + Je viens d'examiner son esprit en passant; + Mais vous ne croiriez pas l'ennui qu'il en ressent. + Vous y devez pourvoir; et si vous êtes sage, + Il faut à cet ami faire mauvais visage, 290 + Lui fausser compagnie, éviter ses discours. + Ce sont pour l'apaiser les chemins les plus courts: + Sinon, faites état qu'il va courir au change. + + AMARANTE. + + Il seroit en ce cas d'une humeur bien étrange. + A sa prière seule, et pour le contenter, 295 + J'écoute cet ami quand il m'en vient conter; + Et pour vous dire tout, cet amant infidèle + Ne m'aime pas assez pour en être en cervelle[419]. + Il forme des desseins beaucoup plus relevés, + Et de plus beaux portraits en son coeur sont gravés. 300 + Mes yeux pour l'asservir ont de trop foibles armes; + Il voudroit pour m'aimer que j'eusse d'autres charmes, + Que l'éclat de mon sang, mieux soutenu de biens, + Ne fût point ravalé par le rang que je tiens; + Enfin (que serviroit aussi bien de le taire?) 305 + Sa vanité le porte au souci de vous plaire. + + DAPHNIS. + + En ce cas, il verra que je sais comme il faut + Punir des insolents qui prétendent trop haut. + + AMARANTE. + + Je lui veux quelque bien, puisque, changeant de flamme, + Vous voyez par pitié qu'il me laisse Florame, 310 + Qui n'étant pas si vain, a plus de fermeté. + + DAPHNIS. + + Amarante, après tout disons la vérité: + Théante n'est si vain qu'en votre fantaisie, + Et sa froideur pour vous naît de sa jalousie[420]; + Mais soit qu'il change ou non, il ne m'importe en rien[421]; + Et ce que je vous dis n'est que pour votre bien. + + +SCÈNE IX. + +AMARANTE. + + Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de l'âme, + On devine aisément qu'elle en veut à Florame. + Sa fermeté pour moi, que je vantois à faux, + Lui portoit dans l'esprit de terribles assauts. 320 + Sa surprise à ce mot a paru manifeste; + Son teint en a changé, sa parole, son geste. + L'entretien que j'en ai lui sembleroit bien doux, + Et je crois que Théante en est le moins jaloux. + Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en suis doutée. 325 + Être toujours des yeux sur un homme arrêtée, + Dans son manque de biens déplorer son malheur, + Juger à sa façon qu'il a de la valeur, + Demander si l'esprit en répond à la mine[422], + Tout cela de ses feux eût instruit la moins fine. 330 + Florame en est de même, il meurt de lui parler; + Et s'il peut d'avec moi jamais se démêler, + C'en est fait, je le perds. L'impertinente crainte! + Que m'importe de perdre une amitié si feinte[423]? + Et que me peut servir un ridicule feu, 335 + Où jamais de son coeur sa bouche n'a l'aveu? + Je m'en veux mal en vain; l'amour a tant de force + Qu'il attache mes sens à cette fausse amorce, + Et fera son possible à toujours conserver + Ce doux extérieur dont on me veut priver. 340 + + +FIN DU PREMIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [359] Dans les éditions de 1637-1664: _et aimée_. + + [360] Dans l'édition de 1637, ce personnage se nomme Cléonte et + ne figure pas au tableau des acteurs. Du reste il ne prend la + parole que dans la scène v de l'acte IV, et dans aucune édition + son nom ne paraît, en tête de cette scène, parmi ceux des + personnages. + + [361] L'indication du lieu de la scène manque dans l'édition de + 1637. + + [362] _Var._ Je treuve qu'après tout ce n'est qu'une suivante. + (1637) + + [363] _Var._ A la fin j'ai levé mes yeux sur sa maîtresse. + (1637-57) + + [364] _Var._ Maintenant je me doute à peu près d'une ruse. + (1637-60) + + [365] _Var._ Tient pour manque d'esprit de véritables feux. + (1637-57) + + [366] _Var._ Mon feu, qui ne seroit que simple courtoisie, + [La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.»] + Moi de jurer que non, et lui de persister, + Tant que pour cette épreuve il me fit protester + Que je lui céderois quelque temps ma maîtresse. + Ainsi donc je l'y mène, et par cette souplesse, + [Engageant Amarante et Florame au discours.] (1637-57) + + [367] _Var._ Amarante à ce point fut-elle fort docile? (1637-57) + + [368] _Var._ Plus que je n'espérois je la trouvai facile. (1637) + _Var._ Plus que je n'espérois je l'y trouvai facile. (1644-57) + + [369] _Var._ Soit qu'elle fît dessein d'asservir la franchise + D'un qui la cajoloit ainsi par entreprise. (1637) + _Var._ Soit qu'elle fît dessein sur cet esprit rebelle + Qui par galanterie osoit feindre auprès d'elle. (1644-57) + + [370] _Var._ Qui par simple gageure osoit se jouer d'elle. + (1660-64) + + [371] _Var._ Et ne demanda plus tant d'assiduité. (1637) + + [372] _Var._ L'aise de se voir seule à gouverner Florame. + (1637-68) + + [373] _Var._ Qu'il a dedans l'esprit mêmes desseins que toi. + (1637-57) + + [374] _Var._ Parmi ces hauts projets il manque de prudence. + (1637) + + [375] _Var._ Qu'il ne se doute point de ta supercherie. (1637-57) + + [376] _Var._ N'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire; + Je sais trop dextrement l'empêcher d'en rien dire. (1637) + + [377] _Var._ Si je sais dextrement l'empêcher d'en rien dire. + (1644-57) + + [378] _Var._ Daphnis est fort aimable, et si Florame l'aime, + Est-ce à dire pourtant qu'il soit aimé de même? (1637-57) + + [379] _Var._ En dois-je présumer qu'il soit aimé de même? (1660) + + [380] _Var._ Lui soient à même honte ou même honneur tous deux: + Ou tous deux nous faisons un dessein téméraire. (1637-57) + + [381] _Var._ Encore est-ce à regret qu'ici je me viens rendre. + (1637-57) + + [382] _Var._ De retour au logis je me treuvois à moi. (1637) + + [383] _Var._ Encor n'est-ce pas tout, son image me suit, + [Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit.] + Elle entre effrontément jusque dedans ma couche, + Me redit ses propos, me présente sa bouche. + [Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher.] (1637-57) + + [384] _Var._ Ses beautés à la fin me rendroient infidèle. + (1637-57) + + [385] _Var._ Et toi sans aucun fruit tu porteras la peine. + (1637-57) + + [386] _Var._ Quand tu ne pourras plus te passer de la voir. + (1637-57) + + [387] _Var._ J'attends pour te punir à reprendre ma place. + (1637-57) + + [388] _Var._ A présent tu n'en tiens encore qu'à demi. (1637-57) + + [389] _Var._ Qu'en ma faveur le ciel ne tourne son courage, + Et dispose Amarante à seconder mes voeux. (1637-57) + + [390] _Var._ De faire à tes dépens cette preuve incertaine. + (1657) + + [391] Terme de jeu: _je quitte la partie_. + + [392] _Var._ Que veux-tu plus de moi? reprends ce qu'il t'est dû. + (1657) + + [393] _Var._ Séparer davantage une amour si parfaite! (1637-60) + + [394] _Var._ J'empêcherai Daphnis de plus vous séparer. + Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible. (1637) + + [395] _Var._ Mon coeur, déploie ici tes meilleurs artifices + (Mais toutefois sans mettre en oubli mes services). (1637-57) + + [396] _Var._ Quelque échappé qu'il fût, je saurois l'attraper. + (1637-57) + + [397] _Var._ Allez, laissez-le-moi, j'y ferai bonne garde. (1637) + + [398] _Var._ Augmente mon envie en augmentant la gloire. + (1637-57) + + [399] _Var._ Bien plus que d'aucuns voeux que l'on me peut offrir. (1637) + _Var._ Bien plus que d'aucuns voeux que l'on me pût offrir. (1644-60) + + [400] _Var._ Toute amitié se meurt où naissent de vrais feux. + (1637-57) + + [401] _Var._ Encore si j'avois tant soit peu d'espérance. + (1637-57) + + [402] _Var._ Que vous puissiez m'aimer après tant de tourment. + (1654) + + [403] _Var._ Et mon stérile amour n'aura que des supplices! + Trouvez bon que j'adresse autre part mes services[403-a], + ontraint, manque d'espoir, de vous abandonner. + AMAR. S'il ne tient qu'à cela je vous en veux donner. (1637-57) + + [403-a] [Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services.] + (1644-57) + + [404] _Var._ Que je négligerois près d'un qui valût mieux. (1637-57) + + [405] _Var._ Peut-être, mais enfin il le faut confesser. (1637-60) + + [406] _Var._ Voyez comme tous deux fuyent notre rencontre! + (1637-57) + + [407] _Var._ Qui ne sont en effet que des galanteries. (1637-57) + + [408] _Var._ J'ai sondé son esprit touchant cette matière, + Où j'ai peu remarqué de son ardeur première. (1637) + _Var._ J'ai sondé dextrement jusqu'au fond de son âme. (1644-57) + + [409] _Var._ Et si Florame avoit pour elle quelque amour, + Elle pourroit bientôt vous faire un mauvais tour. (1637-57) + + [410] _Var._ Qu'en moins de rien ma ruse en tire les secrets. + THÉANTE. C'est un trop bas emploi pour un si grand mérite; + Et quand bien Amarante en seroit là réduite, + Que de se voir pour lui dans quelque émotion, + J'étouffe en moins de rien cette inclination. (1637-57) + + [411] _Var._ Cette belle maîtresse a trop de jugement. (1637-57) + + [412] _Var._ Vous le méprisez trop: je treuve en lui des charmes. + (1637-52) + + [413] _Var._ Clarimond n'a de moi qu'un excès de rigueur; + Mais s'il lui ressembloit, il toucheroit mon coeur. (1637-57) + + [414] _Var._ Mais j'en juge suivant ce que je vois paroître. (1637-60) + _Var._ Mais j'en juge suivant ce que j'en vois paroître. (1663 et 64) + + [415] _Var._ Laissons là ce discours: je l'aperçois venir. + (1637-60) + + [416] _Var._ L'heure de dîner presse, et nous incommodons. (1637) + + [417] _Var._ Celle qu'en nos discours ici nous retardons. + (1637-64) + + [418] _Var._ Quelle puissante amour n'en seroit pas fâchée? + (1637-57) + + [419] _Pour en être inquiet._ Voyez tome I, p. 192, note 2. + + [420] _Var._ Et toute sa froideur naît de sa jalousie. (1637) + + [421] _Var._ C'est chose au demeurant qui ne me touche en rien. (1637-57) + _Var._ Si vous l'aimez encor, quittez cet entretien, + Ce que je vous en dis n'est que pour votre bien. (1660) + + [422] _Var._ M'informer[422-a] si l'esprit en répond à la mine. + (1637-57) + + [422-a] Voyez tome I, p. 472, note 2. + + [423] _Var._ [Que m'importe de perdre une amitié si feinte?] + Dois-je pas m'ennuyer de son discours moqueur, + Où sa langue jamais n'a l'aveu de son coeur? + Non, je ne le saurois, et quoi qu'il m'en arrive, + Je ferai mes efforts afin qu'on ne m'en prive, + Et j'y veux employer de si rusés détours, + Qu'ils n'auront de longtemps le fruit de leurs amours[423-a]. (1637-57) + + [423-a] C'est ici que finit le Ier acte dans les éditions + indiquées. + + + + +ACTE II. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +GÉRASTE, CÉLIE. + + CÉLIE. + + Eh bien! j'en parlerai; mais songez qu'à votre âge + Mille accidents fâcheux suivent le mariage: + On aime rarement de si sages époux, + Et leur moindre malheur, c'est d'être un peu jaloux[424]. + Convaincus au dedans de leur propre foiblesse, 345 + Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse; + Et cet heureux hymen, qui les charmoit si fort, + Devient souvent pour eux un fourrier[425] de la mort. + + GÉRASTE. + + Excuse, ou pour le moins pardonne à ma folie; + Le sort en est jeté: va, ma chère Célie[426], 350 + Va trouver la beauté qui me tient sous sa loi; + Flatte-la de ma part, promets-lui tout de moi; + Dis-lui que si l'amour d'un vieillard l'importune, + Elle fait une planche[427] à sa bonne fortune; + Que l'excès de mes biens, à force de présents, 355 + Répare la vigueur qui manque à mes vieux ans; + Qu'il ne lui peut échoir de meilleure aventure. + + CÉLIE. + + Ne m'importunez point de votre tablature[428]: + Sans vos instructions je sais bien mon métier[429], + Et je n'en laisserai pas un trait à quartier[430]. 360 + + GÉRASTE. + + Je ne suis point ingrat quand on me rend office. + Peins-lui bien mon amour, offre bien mon service, + Dis bien que mes beaux jours ne sont pas si passés + Qu'il ne me reste encor.... + + CÉLIE. + + Que vous m'étourdissez! + N'est-ce point assez dit que votre âme est éprise? 365 + Que vous allez mourir si vous n'avez Florise? + Reposez-vous sur moi. + + GÉRASTE. + + Que voilà froidement + Me promettre ton aide à finir mon tourment! + + CÉLIE. + + S'il faut aller plus vite, allons, je vois son frère[431], + Et vais tout devant vous lui proposer l'affaire[432]. 370 + + GÉRASTE. + + Ce seroit tout gâter; arrête, et par douceur + Essaie auparavant d'y résoudre la soeur. + + +SCÈNE II. + +FLORAME. + + Jamais ne verrai-je finie + Cette incommode affection, + Dont l'impitoyable manie[433] 375 + Tyrannise ma passion? + Je feins, et je fais naître un feu si véritable, + Qu'à force d'être aimé je deviens misérable. + + Toi qui m'assiéges tout le jour, + Fâcheuse cause de ma peine, 380 + Amarante, de qui l'amour + Commence à mériter ma haine, + Cesse de te donner tant de soins superflus[434]: + Je te voudrai du bien de ne m'en vouloir plus. + + Dans une ardeur si violente, 385 + Près de l'objet de mes desirs[435], + Penses-tu que je me contente + D'un regard et de deux soupirs? + Et que je souffre encor cet injuste partage + Où tu tiens mes discours, et Daphnis mon courage? 390 + + Si j'ai feint pour toi quelques feux, + C'est à quoi plus rien ne m'oblige: + Quand on a l'effet de ses voeux[436], + Ce qu'on adoroit se néglige. + Je ne voulois de toi qu'un accès chez Daphis: 395 + Amarante, je l'ai; mes amours sont finis. + + Théante, reprends ta maîtresse; + N'ôte plus à mes entretiens + L'unique sujet qui me blesse, + Et qui peut-être est las des tiens. 400 + Et toi, puissant Amour, fais enfin que j'obtienne + Un peu de liberté pour lui donner la mienne! + + +SCÈNE III. + +AMARANTE, FLORAME. + + AMARANTE. + + Que vous voilà soudain de retour en ces lieux! + + FLORAME. + + Vous jugerez par là du pouvoir de vos yeux. + + AMARANTE. + + Autre objet que mes yeux devers nous vous attire. 405 + + FLORAME. + + Autre objet que vos yeux ne cause mon martyre. + + AMARANTE. + + Votre martyre donc est de perdre avec moi + Un temps dont vous voulez faire un meilleur emploi. + + +SCÈNE IV[437]. + +DAPHNIS, AMARANTE, FLORAME. + + DAPHNIS. + + Amarante, allez voir si dans la galerie + Ils ont bientôt tendu cette tapisserie: 410 + Ces gens-là ne font rien, si l'on n'a l'oeil sur eux. + +(Amarante rentre, et Daphnis continue.) + + Je romps pour quelque temps le discours de vos feux. + + _FLORAME._ + + N'appelez point des feux un peu de complaisance + Que détruit votre abord, qu'éteint votre présence[438]. + + _DAPHNIS._ + + Votre amour est trop forte, et vos coeurs trop unis, 415 + Pour l'oublier soudain à l'abord de Daphnis; + Et vos civilités étant dans l'impossible + Vous rendent bien flatteur, mais non pas insensible. + + _FLORAME._ + + Quoi que vous estimiez de ma civilité, + Je ne me pique point d'insensibilité. 420 + J'aime, il n'est que trop vrai, je brûle, je soupire; + Mais un plus haut sujet me tient sous son empire. + + _DAPHNIS._ + + Le nom ne s'en dit point? + + FLORAME. + + Je ris de ces amants + Dont le trop de respect redouble les tourments[439], + Et qui, pour les cacher se faisant violence, 425 + Se promettent beaucoup d'un timide silence[440]. + Pour moi, j'ai toujours cru qu'un amour vertueux + N'avoit point à rougir d'être présomptueux[436]. + Je veux bien vous nommer le bel oeil qui me dompte + Et ma témérité ne me fait point de honte. 430 + Ce rare et haut sujet.... + +AMARANTE, revenant brusquement. + + Tout est presque tendu. + + DAPHNIS. + + Vous n'avez auprès d'eux guère de temps perdu. + + AMARANTE. + + J'ai vu qu'ils l'employoient, et je suis revenue[442]. + + DAPHNIS. + + J'ai peur de m'enrhumer au froid qui continue, + Allez au cabinet me querir un mouchoir[443]: 435 + J'en ai laissé les clefs autour de mon miroir; + Vous les trouverez là. + +(Amarante rentre, et Daphnis continue.) + + J'ai cru que cette belle + Ne pouvoit à propos se nommer devant elle, + Qui recevant par là quelque espèce d'affront, + En auroit eu soudain la rougeur sur le front. 440 + + FLORAME. + + Sans affront je la quitte, et lui préfère une autre[444] + Dont le mérite égal, le rang pareil au vôtre, + L'esprit et les attraits également puissants, + Ne devroient de ma part avoir que de l'encens[445]. + Oui, sa perfection, comme la vôtre extrême, 445 + N'a que vous de pareille: en un mot, c'est[446].... + + DAPHNIS. + + Moi-même: + Je vois bien que c'est là que vous voulez venir, + Non tant pour m'obliger, comme pour me punir. + Ma curiosité, devenue indiscrète[447], + A voulu trop savoir d'une flamme secrète, 450 + Mais bien qu'elle en reçoive un juste châtiment, + Vous pouviez me traiter un peu plus doucement. + Sans me faire rougir, il vous devoit suffire + De me taire l'objet dont vous aimez l'empire: + Mettre en sa place un nom qui ne vous touche pas[448], 455 + C'est un cruel reproche au peu que j'ai d'appas[449]. + + FLORAME. + + Vu le peu que je suis, vous dédaignez de croire + Une si malheureuse et si basse victoire. + Mon coeur est un captif si peu digne de vous, + Que vos yeux en voudroient désavouer leurs coups; 460 + Ou peut-être mon sort me rend si méprisable[450] + Que ma témérité vous devient incroyable. + Mais quoi que désormais il m'en puisse arriver, + Je fais serment.... + + AMARANTE. + + Vos clefs ne sauroient se trouver[451]. + + DAPHNIS. + + Faute d'un plus exquis, et comme par bravade, 465 + Ceci servira donc de mouchoir de parade. + + Enfin, ce cavalier que nous vîmes au bal, + Vous trouvez comme moi qu'il ne danse pas mal? + + FLORAME. + + Je ne le vis jamais mieux sur sa bonne mine. + + DAPHNIS. + + Il s'étoit si bien mis pour l'amour de Clarine. 470 + +(A Amarante[452].) + + A propos de Clarine, il m'étoit échappé + Qu'elle en a deux à moi d'un nouveau point coupé[453]: + Allez, et dites-lui qu'elle me les renvoie. + + AMARANTE. + + Il est hors d'apparence aujourd'hui qu'on la voie: + Dès une heure au plus tard elle devoit sortir. 475 + + DAPHNIS. + + Son cocher n'est jamais sitôt prêt à partir; + Et d'ailleurs son logis n'est pas au bout du monde; + Vous perdrez peu de pas. Quoi qu'elle vous réponde, + Dites-lui nettement que je les veux avoir[454]. + + AMARANTE. + + A vous les rapporter je ferai mon pouvoir. 480 + + +SCÈNE V. + +FLORAME, DAPHNIS. + + FLORAME. + + C'est à vous maintenant d'ordonner mon supplice, + Sûre que sa rigueur n'aura point d'injustice. + + DAPHNIS. + + Vous voyez qu'Amarante a pour vous de l'amour, + Et ne manquera pas d'être tôt de retour. + Bien que je pusse encore user de ma puissance[455], 485 + Il vaut mieux ménager le temps de son absence. + Donc, pour n'en perdre point en discours superflus[456], + Je crois que vous m'aimez; n'attendez rien de plus: + Florame, je suis fille, et je dépends d'un père. + + FLORAME. + + Mais de votre côté que faut-il que j'espère? 490 + + DAPHNIS. + + Si ma jalouse encor vous rencontroit ici, + Ce qu'elle a de soupçons seroit trop éclairci: + Laissez-moi seule, allez. + + FLORAME. + + Se peut-il que Florame + Souffre d'être sitôt séparé de son âme? + Oui, l'honneur d'obéir à vos commandements 495 + Lui doit être plus cher que ses contentements. + + +SCÈNE VI. + + DAPHNIS. + + Mon amour, par ses yeux plus forte devenue, + L'eût bientôt emporté dessus ma retenue; + Et je sentois mon feu tellement s'augmenter[457], + Qu'il n'étoit plus en moi de le pouvoir dompter. 500 + J'avois peur d'en trop dire; et cruelle à moi-même, + Parce que j'aime trop j'ai banni ce que j'aime. + Je me trouve captive en de si beaux liens[458], + Que je meurs qu'il le sache, et j'en fuis les moyens. + Quelle importune loi que cette modestie 505 + Par qui notre apparence en glace convertie + Étouffe dans la bouche, et nourrit dans le coeur, + Un feu dont la contrainte augmente la vigueur! + Que ce penser m'est doux! que je t'aime, Florame[459]! + Et que je songe peu, dans l'excès de ma flamme, 510 + A ce qu'en nos destins contre nous irrités + Le mérite et les biens font d'inégalités! + Aussi par celle-là de bien loin tu me passes[460], + Et l'autre seulement est pour les âmes basses; + Et ce penser flatteur me fait croire aisément 515 + Que mon père sera de même sentiment[461]. + Hélas! c'est en effet bien flatter mon courage, + D'accommoder son sens aux desirs de mon âge. + Il voit par d'autres yeux, et veut d'autres appas. + + +SCÈNE VII. + +DAPHNIS, AMARANTE. + + AMARANTE. + + Je vous l'avois bien dit qu'elle n'y seroit pas[462]. 520 + + DAPHNIS. + + Que vous avez tardé pour ne trouver personne! + + AMARANTE. + + Ce reproche vraiment ne peut qu'il ne m'étonne: + Pour revenir plus vite, il eût fallu voler. + + DAPHNIS. + + Florame cependant, qui vient de s'en aller, + A la fin, malgré moi, s'est ennuyé d'attendre. 525 + + AMARANTE. + + C'est chose toutefois que je ne puis comprendre. + Des hommes de mérite et d'esprit comme lui + N'ont jamais avec vous aucun sujet d'ennui: + Votre âme généreuse a trop de courtoisie. + + DAPHNIS. + + Et la vôtre amoureuse un peu de jalousie. 530 + + AMARANTE. + + De vrai, je goûtois mal de faire tant de tours, + Et perdois à regret ma part de ses discours. + + DAPHNIS. + + Aussi je me trouvois si promptement servie, + Que je me doutois bien qu'on me portoit envie. + En un mot, l'aimez-vous? + + AMARANTE. + + Je l'aime aucunement, 535 + Non pas jusqu'à troubler votre contentement; + Mais si son entretien n'a pas de quoi vous plaire, + Vous m'obligerez fort de ne m'en plus distraire. + + DAPHNIS. + + Mais au cas qu'il me plût? + + AMARANTE. + + Il faudroit vous céder. + C'est ainsi qu'avec vous je ne puis rien garder. 540 + Au moindre feu pour moi qu'un amant fait paroître, + Par curiosité vous le voulez connoître, + Et quand il a goûté d'un si doux entretien, + Je puis dire dès lors que je ne tiens plus rien. + C'est ainsi que Théante a négligé ma flamme; 545 + Encor tout de nouveau vous m'enlevez Florame: + Si vous continuez à rompre ainsi mes coups, + Je ne sais tantôt plus comment vivre avec vous[463]. + + DAPHNIS. + + Sans colère, Amarante, il semble, à vous entendre, + Qu'en même lieu que vous je voulusse prétendre. 550 + Allez, assurez-vous que mes contentements + Ne vous déroberont aucun de vos amants[464]; + Et pour vous en donner la preuve plus expresse, + Voilà votre Théante, avec qui je vous laisse. + + +SCÈNE VIII. + +THÉANTE, AMARANTE. + + THÉANTE. + + Tu me vois sans Florame: un amoureux ennui[465] 555 + Assez adroitement m'a dérobé de lui. + Las de céder ma place à son discours frivole, + Et n'osant toutefois lui manquer de parole, + Je pratique[466] un quart d'heure à mes affections. + + AMARANTE. + + Ma maîtresse lisoit dans tes intentions: 560 + Tu vois à ton abord comme elle a fait retraite, + De peur d'incommoder une amour si parfaite. + + THÉANTE. + + Je ne la saurois croire obligeante à ce point. + Ce qui la fait partir ne se dira-t-il point? + + AMARANTE. + + Veux-tu que je t'en parle avec toute franchise? 565 + C'est la mauvaise humeur où Florame l'a mise. + + THÉANTE. + + Florame? + + AMARANTE. + + Oui: ce causeur vouloit l'entretenir; + Mais il aura perdu le goût d'y revenir: + Elle n'a que fort peu souffert sa compagnie, + Et l'en a chassé presque avec ignominie[467]. 570 + De dépit cependant ses mouvements aigris + Ne veulent aujourd'hui traiter que de mépris; + Et l'unique raison qui fait qu'elle me quitte, + C'est l'estime où te met près d'elle ton mérite: + Elle ne voudroit pas te voir mal satisfait[468], + Ni rompre sur-le-champ le dessein qu'elle a fait. + + THÉANTE. + + J'ai regret que Florame ait reçu cette honte: + Mais enfin, auprès d'elle il trouve mal son conte[469]? + + AMARANTE. + + Aussi c'est un discours ennuyeux que le sien: + Il parle incessamment sans dire jamais rien[470]; 580 + Et n'étoit que pour toi je me fais ces contraintes, + Je l'envoierois bientôt porter ailleurs ses feintes. + + THÉANTE. + + Et je m'assure aussi tellement en ta foi, + Que bien que tout le jour il cajole avec toi, + Mon esprit te conserve une amitié si pure, 585 + Que sans être jaloux je le vois et l'endure. + + AMARANTE. + + Comment le serois-tu pour un si triste objet? + Ses imperfections t'en ôtent tout sujet. + C'est à toi d'admirer qu'encor qu'un beau visage + Dedans ses entretiens à toute heure t'engage[471], 590 + J'ai pour toi tant d'amour et si peu de soupçon, + Que je n'en suis jalouse en aucune façon. + C'est aimer puissamment que d'aimer de la sorte; + Mais mon affection est bien encor plus forte. + Tu sais (et je le dis sans te mésestimer) 595 + Que quand notre Daphnis auroit su te charmer[472], + Ce qu'elle est plus que toi mettroit hors d'espérance[473] + Les fruits qui seroient dus à ta persévérance. + Plût à Dieu que le ciel te donnât assez d'heur + Pour faire naître en elle autant que j'ai d'ardeur! 600 + Voyant ainsi la porte à ta fortune ouverte[474], + Je pourrais librement consentir à ma perte. + + THÉANTE. + + Je te souhaite un change autant avantageux. + Plût à Dieu que le sort te fût moins outrageux, + Ou que jusqu'à ce point il t'eût favorisée, 605 + Que Florame fût prince, et qu'il t'eût épousée! + Je prise auprès des tiens si peu mes intérêts, + Que bien que j'en sentisse au coeur mille regrets[475], + Et que de déplaisir il m'en coûtât la vie, + Je me la tiendrois lors heureusement ravie. 610 + + AMARANTE. + + Je ne voudrois point d'heur qui vînt avec ta mort, + Et Damon que voilà n'en seroit pas d'accord. + + THÉANTE. + + Il a mine d'avoir quelque chose à me dire. + + AMARANTE. + + Ma présence y nuiroit: adieu, je me retire. + + THÉANTE. + + Arrête: nous pourrons nous voir tout à loisir; 615 + Rien ne le presse. + + +SCÈNE IX. + +THÉANTE, DAMON. + + THÉANTE. + + Ami, que tu m'as fait plaisir! + J'étois fort à la gêne avec cette suivante[476]. + + DAMON. + + Celle qui te charmoit te devient bien pesante. + + THÉANTE. + + Je l'aime encor pourtant; mais mon ambition + Ne laisse point agir mon inclination. 620 + Ma flamme sur mon coeur en vain est la plus forte[477]; + Tous mes desirs ne vont qu'où mon dessein les porte. + Au reste j'ai sondé l'esprit de mon rival. + + DAMON. + + Et connu.... + + THÉANTE. + + Qu'il n'est pas pour me faire grand mal. + Amarante m'en vient d'apprendre une nouvelle 625 + Qui ne me permet plus que j'en sois en cervelle. + Il a vu.... + + DAMON. + + Qui? + + THÉANTE. + + Daphnis, et n'en a remporté + Que ce qu'elle devoit à sa témérité. + + DAMON. + + Comme quoi? + + THÉANTE. + + Des mépris, des rigueurs sans pareilles[478]. + + DAMON. + + As-tu beaucoup de foi pour de telles merveilles[479]? 630 + + THÉANTE. + + Celle dont je les tiens en parle assurément. + + DAMON. + + Pour un homme si fin, on te dupe aisément. + Amarante elle-même en est mal satisfaite, + Et ne t'a rien conté que ce qu'elle souhaite: + Pour seconder Florame en ses intentions, 635 + On l'avoit écartée à des commissions. + Je viens de le trouver, tout ravi dans son âme[480] + D'avoir eu les moyens de déclarer sa flamme[481], + Et qui présume tant de ses prospérités, + Qu'il croit ses voeux reçus, puisqu'ils sont écoutés; 640 + Et certes son espoir n'est pas hors d'apparence. + Après ce bon accueil, et cette conférence + Dont Daphnis elle-même a fait l'occasion, + J'en crains fort un succès à ta confusion. + Tâchons d'y donner ordre; et sans plus de langage, 645 + Avise en quoi tu veux employer mon courage. + + THÉANTE. + + Lui disputer un bien où j'ai si peu de part, + Ce seroit m'exposer pour quelque autre au hasard. + Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive, + De sa possession, l'un et l'autre il nous prive[482], 650 + Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit, + Tandis que de sa peine un troisième a le fruit. + A croire son courage, en amour on s'abuse: + La valeur d'ordinaire y sert moins que la ruse[483]. + + DAMON. + + Avant que passer outre, un peu d'attention. 655 + + THÉANTE. + + Te viens-tu d'aviser de quelque invention? + + DAMON. + + Oui, ta seule maxime en fonde l'entreprise. + Clarimond voit Daphnis, il l'aime, il la courtise; + Et quoiqu'il n'en reçoive encor que des mépris, + Un moment de bonheur lui peut gagner ce prix. 660 + + THÉANTE. + + Ce rival est bien moins à redouter qu'à plaindre[484]. + + DAMON. + + Je veux que de sa part tu ne doives rien craindre, + N'est-ce pas le plus sûr qu'un duel hasardeux + Entre Florame et lui les en prive tous deux? + + THÉANTE. + + Crois-tu qu'avec Florame aisément on l'engage? 665 + + DAMON. + + Je l'y résoudrai trop avec un peu d'ombrage. + Un amant dédaigné ne voit pas de bon oeil + Ceux qui du même objet ont un plus doux accueil: + Des faveurs qu'on leur fait il forme ses offenses, + Et pour peu qu'on le pousse, il court aux violences[485]. 670 + Nous les verrions par là, l'un et l'autre écartés, + Laisser la place libre à tes félicités. + + THÉANTE. + + Oui, mais s'il t'obligeoit d'en porter la parole? + + DAMON. + + Tu te mets en l'esprit une crainte frivole: + Mon péril de ces lieux ne te bannira pas; 675 + Et moi, pour te servir je courrois au trépas. + + THÉANTE. + + En même occasion dispose de ma vie, + Et sois sûr que pour toi j'aurai la même envie. + + DAMON. + + Allons, ces compliments en retardent l'effet. + + THÉANTE. + + Le ciel ne vit jamais un ami si parfait. 680 + + +FIN DU SECOND ACTE. + +FOOTNOTES: + + [424] _Var._ Et c'est un grand bonheur s'ils ne sont que jaloux. + Tout leur nuit, et l'abord d'une mouche les blesse; + D'ailleurs dans leur devoir leur santé s'intéresse, + Et quelque long chemin que soit celui des cieux, + L'hymen l'accourcit bien à des hommes si vieux. (1637-57) + + [425] Le _fourrier_ est au régiment ou dans la maison du Roi + celui qui est chargé de préparer les logements; par suite ce mot + s'emploie figurément dans le sens d'_avant-courier_, ou comme + nous disons aujourd'hui, d'_avant-coureur_. + + [426] _Var._ Le sort en est jeté: va, ma pauvre Célie. (1637-57) + + [427] _Faire une planche à quelqu'un_, c'est au propre lui + faciliter le passage dans un chemin boueux ou difficile, et au + figuré lui faciliter une affaire, une entreprise. + + [428] _Var._ Je n'ai que faire ici de votre tablature: + Sans vos instructions, je sais trop comme il faut + Couler tout doucement sur ce qui vous défaut. + GÉR. Ma force à t'écouter semble toute passée[425-a]. + Je ne suis pas encor d'une âge si cassée, + Et ne crois pas avoir usé tous mes beaux jours. + CÉL. Ne m'étourdissez point avec ces vains discours; + Il suffit que votre âme est tellement éprise + [Que vous allez mourir si vous n'avez Florise:] + Il y faudra tâcher. (1637-57) + + [425-a] Mes forces à t'ouïr semblent toutes passées. + Bannis en ma faveur ces mauvaises pensées: + Je ne crois pas avoir usé tous mes beaux jours. + (1644-57) + + [429] _Var._ [Sans vos instructions je sais bien mon métier,] + Et je vous aime assez pour n'y rien oublier. (1660) + + [430] _Laisser à quartier_, laisser à l'écart, laisser de côté, + omettre. Voyez tome I, p. 93, note 2. + + [431] _Var._ Faut-il aller plus vite? Eh bien! voilà son frère. + (1637-57) + + [432] _Var._ Je m'en vais devant vous lui proposer l'affaire. (1637) + _Var._ Je vais tout devant vous lui proposer l'affaire. (1644-57) + + [433] _Var._ Dont l'importune tyrannie + Rompt le cours de ma passion? (1637-57) + + [434] _Var._ Relâche un peu tes soins, puisqu'ils sont superflus. + (1637) + + [435] _Var._ Si près de mes chastes desirs. (1637-57) + + [436] L'édition de 1682 porte par erreur: + + Quand on a l'effet de ces voeux. + + [437] Cette scène se divise en cinq dans l'édition de 1637. La + scène V, qui a pour personnages DAPHNIS et FLORAME, commence + après le vers 411; la scène VI, entre DAPHNIS, AMARANTE et + FLORAME, au milieu du vers 431; la scène VII, entre DAPHNIS et + FLORAME, au milieu du vers 437; la scène VIII, entre DAPHNIS, + AMARANTE et FLORAME, au vers 464, à la reprise d'Amarante: «Vos + clefs, etc.»--Nous n'avons pas besoin de dire après cela que les + jeux de scène indiqués soit dans notre texte soit en variante, à + ces divers endroits, manquent dans l'édition de 1637. + + [438] _Var._ Qu'étouffe et que d'abord éteint votre présence. + (1637-57) + + [439] _Var._ Dont l'importun respect redouble les + tourments.(1637-57) + + [440] _Var._ Pensent fort avancer par un honteux silence. + (1637-57) + + [441] _Var._ Ne peut être blâmé, bien que présomptueux. + J'avouerai donc mon feu, quelque haut qu'il se monte. (1637-57) + + [442] _Var._ Ne leur servant de rien, je m'en suis revenue. + (1637-57) + + [443] _Var._ [Allez au cabinet me querir un mouchoir.] + AMAR. Donnez-m'en donc la clef. DAPHN. Je l'aurai laissé choir: + Tâchez de la trouver. (1637-57) + + [444] _Var._ Sans affront je la quitte, et lui préfère un + autre[444-a]. (1637) + + [444-a] Voyez tome I, p. 228, note 3. + + [445] _Var._ Ne devroient de ma part avoir que des encens. + (1637-57) + + [446] _Var._ N'a que de vous pareille: en un mot c'est.... + (1637-60) + + [447] _Var._ Ma curiosité s'est rendue indiscrète + A vous trop informer d'une flamme secrète. (1637-57) + + [448] _Var._ En nommer un au lieu qui ne vous touche pas. (1637) + _Var._ Puisque m'en nommer un qui ne vous touche pas. (1644-57) + + [449] _Var._ N'est que faire un reproche à son manque d'appas. + (1637-57) + + [450] _Var._ Ou peut-être mon sort me rend si misérable. + (1637-60) + + [451] _Var._ Je fais voeu....AMAR.[451-a] Votre clef ne se sauroit trouver. + DAPHN. Bien donc, à faute d'autre, et comme par bravade, + Voici qui servira de mouchoir de parade. (1637-57) + + [451-a] AMARANTE, _revenant encore brusquement_. (1644-57) + + [452] Cette indication manque dans les éditions de 1637-60. + + [453] _Var._ Qu'elle a depuis longtemps à moi du point coupé[453-a]: + Allez, et dites-lui qu'elle me le renvoie. (1637-57) + + [453-a] Voyez la note 6 de la p. 7 de ce volume. + + [454] _Var._ Dites-lui nettement que je le veux avoir. + AMAR. A vous le rapporter je ferai mon pouvoir. (1637-57) + + [455] L'édition de 1682 porte seule _prudence_, au lieu de + _puissance_; quoique cette leçon soit à la rigueur explicable, il + est bien possible que ce soit une faute typographique. + + [456] _Var._ Doncques, sans plus le perdre en discours superflus. + (1637-57) + + [457] _Var._ Et je sentois mes feux tellement s'embraser, + Qu'il n'étoit pas en moi de les plus maîtriser. (1637) + _Var._ Et je sentois mes feux tellement s'augmenter, + Qu'il n'étoit plus en moi de les pouvoir dompter. (1644-64) + + [458] _Var._ Je me treuve captive en de si beaux liens[458-a]. + (1637) + + [458-a] Racine a dit dans _Phèdre_, acte II, scène II: + + Quel étrange captif pour un si beau lien! + + [459] _Var._ Que je t'aime, Florame, encor que je le taise! + Et que je songe peu, dans l'excès de ma braise. (1637) + + [460] _Var._ Aussi l'une est par où de bien loin tu me passes. + (1637) + + [461] _Var._ Que mon père sera d'un même sentiment. (1637-60) + + [462] _Var._ Je vous avois bien dit qu'elle n'y seroit pas. + (1637-68) + + [463] _Var._ Je ne sais tantôt plus comme vivre avec vous. + (1637-57) + + [464] _Var._ Ne vous déroberont aucuns de vos amants. (1637) + + [465] _Var._ Mon coeur, si tu me vois sans Florame aujourd'hui, + Sache que tout exprès je m'échappe de lui. (1637-57) + + [466] _Je pratique_, je ménage. + + [467] _Var._ Et vous l'a chassé presque avec ignominie. (1637) + + [468] L'édition de 1657 porte par erreur: «fort satisfait.» + + [469] _Var._ Mais enfin auprès d'elle il treuve mal son + conte[469-a]? (1637-54) + + [469-a] Voyez tome I, p. 150, note 1. + + [470] _Var._ Et véritablement, si je ne t'aimois bien, + [Je l'envoierois bientôt porter ailleurs ses feintes;] + Mais puisque tu le veux, j'accepte ces contraintes. + [THÉANTE. Et je m'assure aussi tellement en ta foi.] (1637-57) + + [471] _Var._ Dedans ses entretiens incessamment t'engage. + (1637-57) + + [472] _Var._ Que quand bien ma maîtresse aura su te charmer. (1637) + _Var._ Que quand bien ma maîtresse auroit su te charmer. + (1644-57) + + [473] _Var._ Votre inégalité mettroit hors d'espérance. (1637-57) + + [474] _Var._ L'aise de voir la porte à ta fortune ouverte + Me feroit librement consentir à ma perte. (1637-68) + + [475] _Var._ Que bien que je sentisse au coeur mille regrets. + (1657) + + [476] Ce vers, par une erreur d'impression, manque dans l'édition + de 1682. + + [477] _Var._ Et bien que sur mon coeur elle soit la plus forte. + (1637-64) + + [478] _Var._ Des mépris, des rigueurs nompareilles. (1637-60) + + [479] _Var._ As-tu bien de la foi pour de telles merveilles? + (1637-57) + + [480] _Var._ Je le viens de trouver, ravi, transporté d'aise. + D'avoir eu les moyens de déclarer sa braise. (1637) + _Var._ Je le viens de trouver ravi d'aise dans l'âme. (1644-57) + _Var._ Je le viens de trouver, tout ravi dans son âme. (1660) + + [481] _Var._ D'avoir eu les moyens de faire voir sa flamme. + (1644-68) + + [482] _Var._ De sa possession l'un et l'autre nous prive. (1654) + + [483] Corneille fait allusion à ce passage dans _la Place + Royale_, vers 702.--Théante tient un semblable discours un peu + plus bas, p. 189 et 190. + + [484] Ce vers se trouve dans _Mélite_, acte III, scène II, Vers 820. + + [485] _Var._ Et pour peu qu'on le pousse, il a des violences + Qui portent son courroux jusqu'aux extrémités. + [Nous les verrions par là l'un et l'autre écartés. + THÉANTE. Oui, mais s'il t'obligeoit d'en porter la parole.] (1637-57) + + + + +ACTE III. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +FLORAME, CÉLIE. + + FLORAME. + + Enfin, quelque froideur qui paroisse en Florise[481], + Aux volontés d'un frère elle s'en est remise. + + CÉLIE. + + Quoiqu'elle s'en rapporte à vous entièrement, + Vous lui feriez plaisir d'en user autrement. + Les amours d'un vieillard sont d'une foible amorce. 685 + + FLORAME. + + Que veux-tu? Son esprit se fait un peu de force: + Elle se sacrifie à mes contentements, + Et pour mes intérêts contraint ses sentiments. + Assure donc Géraste, en me donnant sa fille, + Qu'il gagne en un moment toute notre famille, 690 + Et que, tout vieil qu'il est, cette condition + Ne laisse aucun obstacle à son affection. + Mais aussi de Florise il ne doit rien prétendre, + A moins que se résoudre à m'accepter pour gendre[487]. + + CÉLIE. + + Plaisez-vous à Daphnis? c'est là le principal. 695 + + FLORAME. + + Elle a trop de bonté pour me vouloir du mal; + D'ailleurs sa résistance obscurciroit sa gloire; + Je la mériterois si je la pouvois croire. + La voilà qu'un rival m'empêche d'aborder; + Le rang qu'il tient sur moi m'oblige à lui céder[488], 700 + Et la pitié que j'ai d'un amant si fidèle + Lui veut donner loisir d'être dédaigné d'elle. + + +SCÈNE II. + +CLARIMOND, DAPHNIS. + + CLARIMOND. + + Ces dédains rigoureux dureront-ils toujours? + + DAPHNIS. + + Non, ils ne dureront qu'autant que vos amours. + + CLARIMOND. + + C'est prescrire à mes feux des lois bien inhumaines. 705 + + DAPHNIS. + + Faites finir vos feux, je finirai leurs peines. + + CLARIMOND. + + Le moyen de forcer mon inclination? + + DAPHNIS. + + Le moyen de souffrir votre obstination? + + CLARIMOND. + + Qui ne s'obstineroit en vous voyant si belle? + + DAPHNIS. + + Qui vous pourroit aimer, vous voyant si rebelle? 710 + + CLARIMOND. + + Est-ce rébellion que d'avoir trop de feu? + + DAPHNIS. + + C'est avoir trop d'amour, et m'obéir trop peu[489]. + + CLARIMOND. + + La puissance sur moi que je vous ai donnée.... + + DAPHNIS. + + D'aucune exception ne doit être bornée. + + CLARIMOND. + + Essayez autrement ce pouvoir souverain. 715 + + DAPHNIS. + + Cet essai me fait voir que je commande en vain. + + CLARIMOND. + + C'est un injuste essai qui feroit ma ruine. + + DAPHNIS. + + Ce n'est plus obéir depuis qu'on examine. + + CLARIMOND. + + Mais l'amour vous défend un tel commandement. + + DAPHNIS. + + Et moi, je me défends un plus doux traitement. 720 + + CLARIMOND. + + Avec ce beau visage avoir le coeur de roche! + + DAPHNIS. + + Si le mien s'endurcit, ce n'est qu'à votre approche. + + CLARIMOND. + + Que je sache du moins d'où naissent vos froideurs[490]. + + DAPHNIS. + + Peut-être du sujet qui produit vos ardeurs. + + CLARIMOND. + + Si je brûle, Daphnis, c'est de nous voir ensemble. 725 + + DAPHNIS. + + Et c'est de nous y voir, Clarimond, que je tremble. + + CLARIMOND. + + Votre contentement n'est qu'à me maltraiter. + + DAPHNIS. + + Comme le vôtre n'est qu'à me persécuter. + + CLARIMOND. + + Quoi! l'on vous persécute à force de services? + + DAPHNIS. + + Non, mais de votre part ce me sont des supplices. 730 + + CLARIMOND. + + Hélas! et quand pourra venir ma guérison? + + DAPHNIS. + + Lorsque le temps chez vous remettra la raison. + + CLARIMOND. + + Ce n'est pas sans raison que mon âme est éprise. + + DAPHNIS. + + Ce n'est pas sans raison aussi qu'on vous méprise. + + CLARIMOND. + + Juste ciel! et que dois-je espérer désormais? 735 + + DAPHNIS. + + Que je ne suis pas fille à vous aimer jamais. + + CLARIMOND. + + C'est donc perdre mon temps que de plus y prétendre? + + DAPHNIS. + + Comme je perds ici le mien à vous entendre[491]. + + CLARIMOND. + + Me quittez-vous sitôt sans me vouloir guérir? + + DAPHNIS. + + Clarimond sans Daphnis peut et vivre et mourir. 740 + + CLARIMOND. + + Je mourrai toutefois, si je ne vous possède. + + DAPHNIS. + + Tenez-vous donc pour mort, s'il vous faut ce remède[492]. + + +SCÈNE III. + + CLARIMOND. + + Tout dédaigné, je l'aime, et malgré sa rigueur, + Ses charmes plus puissants lui conservent mon coeur. + Par un contraire effet dont mes maux s'entretiennent, 745 + Sa bouche le refuse, et ses yeux le retiennent. + Je ne puis, tant elle a de mépris et d'appas, + Ni le faire accepter, ni ne le donner pas; + Et comme si l'amour faisoit naître sa haine, + Ou qu'elle mesurât ses plaisirs à ma peine, 750 + On voit paroître ensemble, et croître également, + Ma flamme et ses froideurs, sa joie et mon tourment[493]. + Je tâche à m'affranchir de ce malheur extrême, + Et je ne saurois plus disposer de moi-même. + Mon désespoir trop lâche obéit à mon sort, 755 + Et mes ressentiments n'ont qu'un débile effort. + Mais pour foibles qu'ils soient, aidons leur impuissance; + Donnons-leur le secours d'une éternelle absence. + Adieu, cruelle ingrate, adieu: je fuis ces lieux, + Pour dérober mon âme au pouvoir de tes yeux. 760 + + +SCÈNE IV. + +CLARIMOND, AMARANTE. + + AMARANTE. + + Monsieur, monsieur, un mot. L'air de votre visage + Témoigne un déplaisir caché dans le courage. + Vous quittez ma maîtresse un peu mal satisfait. + + CLARIMOND. + + Ce que voit Amarante en est le moindre effet: + Je porte, malheureux, après de tels outrages, 765 + Des douleurs sur le front, et dans le coeur des rages. + + AMARANTE. + + Pour un peu de froideur, c'est trop désespérer. + + CLARIMOND. + + Que ne dis-tu plutôt que c'est trop endurer? + Je devrois être las d'un si cruel martyre, + Briser les fers honteux où me tient son empire, 770 + Sans irriter mes maux avec un vain regret. + + AMARANTE. + + Si je vous croyois homme à garder un secret[494], + Vous pourriez sur ce point apprendre quelque chose + Que je meurs de vous dire, et toutefois, je n'ose. + L'erreur où je vous vois me fait compassion; 775 + Mais pourriez-vous avoir de la discrétion[495]? + + CLARIMOND. + + Prends-en ma foi de gage[496], avec.... Laisse-moi faire. + +(Il veut tirer un diamant de son doigt pour le lui donner, et elle +l'en empêche.) + + AMARANTE. + + Vous voulez justement m'obliger à me taire; + Aux filles de ma sorte il suffit de la foi: + Réservez vos présents pour quelque autre que moi. 780 + + CLARIMOND. + + Souffre.... + + AMARANTE. + + Gardez-les, dis-je, ou je vous abandonne. + Daphnis a des rigueurs dont l'excès vous étonne; + Mais vous aurez bien plus de quoi vous étonner, + Quand vous saurez comment il faut la gouverner[497]. + A force de douceurs vous la rendez cruelle, 785 + Et vos submissions vous perdent auprès d'elle: + Épargnez désormais tous ces pas superflus; + Parlez-en au bonhomme, et ne la voyez plus[498]. + Toutes ses cruautés ne sont qu'en apparence. + Du côté du vieillard tournez votre espérance; 790 + Quand il aura pour elle accepté quelque amant[499], + Un prompt amour naîtra de son commandement. + Elle vous fait tandis cette galanterie, + Pour s'acquérir le bruit de fille bien nourrie[500], + Et gagner d'autant plus de réputation 795 + Qu'on la croira forcer son inclination. + Nommez cette maxime ou prudence ou sottise, + C'est la seule raison qui fait qu'on vous méprise. + + CLARIMOND. + + Hélas! et le moyen de croire tes discours? + + AMARANTE. + + De grâce, n'usez point si mal de mon secours[501]: 800 + Croyez les bons avis d'une bouche fidèle, + Et songeant seulement que je viens d'avec elle[502], + Derechef épargnez tous ces pas superflus; + Parlez-en au bonhomme, et ne la voyez plus[503]. + + CLARIMOND. + + Tu ne flattes mon coeur que d'un espoir frivole[504]. 805 + + AMARANTE. + + Hasardez seulement deux mots sur ma parole, + Et n'appréhendez point la honte d'un refus. + + CLARIMOND. + + Mais si j'en recevois, je serois bien confus. + Un oncle pourra mieux concerter cette affaire[505]. + + AMARANTE. + + Ou par vous, ou par lui, ménagez bien le père. 810 + + +SCÈNE V. + + AMARANTE. + + Qu'aisément un esprit qui se laisse flatter + S'imagine un bonheur qu'il pense mériter! + Clarimond est bien vain ensemble et bien crédule + De se persuader que Daphnis dissimule, + Et que ce grand dédain déguise un grand amour, 815 + Que le seul choix d'un père a droit de mettre au jour. + Il s'en pâme de joie, et dessus ma parole + De tant d'affronts reçus son âme se console; + Il les chérit peut-être et les tient à faveurs: + Tant ce trompeur espoir redouble ses ferveurs[506]! 820 + S'il rencontroit le père, et que mon entreprise.... + + +SCÈNE VI. + +GÉRASTE, AMARANTE. + + GÉRASTE. + + Amarante! + + AMARANTE. + + Monsieur! + + GÉRASTE. + + Vous faites la surprise, + Encor que de si loin vous m'ayez vu venir, + Que Clarimond n'est plus à vous entretenir! + Je donne ainsi la chasse à ceux qui vous en content! 825 + + AMARANTE. + + A moi? Mes vanités jusque-là ne se montent. + + GÉRASTE. + + Il sembloit toutefois parler d'affection. + + AMARANTE. + + Oui, mais qu'estimez-vous de son intention? + + GÉRASTE. + + Je crois que ses desseins tendent au mariage. + + AMARANTE. + + Il est vrai. + + GÉRASTE. + + Quelque foi qu'il vous donne pour gage[507], 830 + Il cherche à vous surprendre, et sous ce faux appas[508] + Il cache des projets que vous n'entendez pas. + + AMARANTE. + + Votre âge soupçonneux a toujours des chimères + Qui le font mal juger des coeurs les plus sincères. + + GÉRASTE. + + Où les conditions n'ont point d'égalité, 835 + L'amour ne se fait guère avec sincérité. + + AMARANTE. + + Posé que cela soit: Clarimond me caresse; + Mais si je vous disois que c'est pour ma maîtresse, + Et que le seul besoin qu'il a de mon secours, + Sortant d'avec Daphnis, l'arrête en mes discours? 840 + + GÉRASTE. + + S'il a besoin de toi pour avoir bonne issue, + C'est signe que sa flamme est assez mal reçue. + + AMARANTE. + + Pas tant qu'elle paroît et que vous présumez. + D'un mutuel amour leurs coeurs sont enflammés; + Mais Daphnis se contraint, de peur de vous déplaire, 845 + Et sa bouche est toujours à ses desirs contraire, + Hormis lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment[509], + Elle trouve à ses maux quelque soulagement. + Clarimond cependant, pour fondre tant de glaces, + Tâche par tous moyens d'avoir mes bonnes grâces; 850 + Et moi je l'entretiens toujours d'un peu d'espoir. + + GÉRASTE. + + A ce compte, Daphnis est fort dans le devoir: + Je n'en puis souhaiter un meilleur témoignage, + Et ce respect m'oblige à l'aimer davantage. + Je lui serai bon père, et puisque ce parti 855 + A sa condition se rencontre assorti, + Bien qu'elle pût encore un peu plus haut atteindre, + Je la veux enhardir à ne se plus contraindre. + + AMARANTE. + + Vous n'en pourrez jamais tirer la vérité: + Honteuse de l'aimer sans votre autorité, 860 + Elle s'en défendra de toute sa puissance; + N'en cherchez point d'aveu que dans l'obéissance. + Quand vous aurez fait choix de cet heureux amant[510], + Vos ordres produiront un prompt consentement. + Mais on ouvre la porte. Hélas! je suis perdue, 865 + Si j'ai tant de malheur qu'elle m'ait entendue. + +(Elle rentre dans le jardin.) + + GÉRASTE[511]. + + Lui procurant du bien, elle croit la fâcher, + Et cette vaine peur la fait ainsi cacher. + Que ces jeunes cerveaux ont de traits de folie! + Mais il faut aller voir ce qu'aura fait Célie. 870 + Toutefois disons-lui quelque mot en passant, + Qui la puisse guérir du mal qu'elle ressent. + + +SCÈNE VII. + +GÉRASTE, DAPHNIS. + + GÉRASTE. + + Ma fille, c'est en vain que tu fais la discrète; + J'ai découvert enfin ta passion secrète: + Je ne t'en parle point sur des avis douteux. 875 + N'en rougis point, Daphnis, ton choix n'est pas honteux; + Moi-même je l'agrée, et veux bien que ton âme + A cet amant si cher ne cache plus sa flamme[512]. + Tu pouvois en effet prétendre un peu plus haut; + Mais on ne peut assez estimer ce qu'il vaut: 880 + Ses belles qualités, son crédit et sa race + Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce. + Adieu: si tu le vois, tu peux lui témoigner[513] + Que sans beaucoup de peine on me pourra gagner. + + +SCÈNE VIII. + + DAPHNIS. + + D'aise et d'étonnement je demeure immobile. 885 + D'où lui vient cette humeur de m'être si facile? + D'où me vient ce bonheur où je n'osois penser? + Florame, il m'est permis de te récompenser; + Et sans plus déguiser ce qu'un père autorise, + Je puis me revancher du don de ta franchise[514]; 890 + Ton mérite le rend, malgré ton peu de biens, + Indulgent à mes feux, et favorable aux tiens: + Il trouve en tes vertus des richesses plus belles[515]. + Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous si fidèles[516]? + Mon heur me rend confuse, et ma confusion 895 + Me fait tout soupçonner de quelque illusion. + Je ne me trompe point, ton mérite et ta race + Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce. + Florame, il est tout vrai, dès lors que je te vis, + Un battement de coeur me fit de cet avis; 900 + Et mon père aujourd'hui souffre que dans son âme + Les mêmes sentiments.... + + +SCÈNE IX. + +FLORAME, DAPHNIS. + + DAPHNIS. + + Quoi! vous voilà, Florame? + Je vous avois prié tantôt de me quitter. + + FLORAME. + + Et je vous ai quittée aussi sans contester. + + DAPHNIS. + + Mais revenir sitôt, c'est me faire une offense. 905 + + FLORAME. + + Quand j'aurois sur ce point reçu quelque défense, + Si vous saviez quels feux ont pressé mon retour, + Vous en pardonneriez le crime à mon amour. + + DAPHNIS. + + Ne vous préparez point à dire des merveilles, + Pour me persuader des flammes sans pareilles[517]. 910 + Je crois que vous m'aimez, et c'est en croire plus + Que n'en exprimeroient vos discours superflus. + + FLORAME. + + Mes feux, qu'ont redoublés[518] ces propos adorables, + A force d'être crus deviennent incroyables, + Et vous n'en croyez rien qui ne soit au-dessous: 915 + Que ne m'est-il permis d'en croire autant de vous? + + DAPHNIS. + + Votre croyance est libre. + + FLORAME. + + Il me la faudroit vraie. + + DAPHNIS. + + Mon coeur par mes regards vous fait trop voir sa plaie. + Un homme si savant au langage des yeux + Ne doit pas demander que je m'explique mieux. 920 + Mais puisqu'il vous en faut un aveu de ma bouche, + Allez, assurez-vous que votre amour me touche. + Depuis tantôt je parle un peu plus librement[519], + Ou, si vous le voulez, un peu plus hardiment: + Aussi j'ai vu mon père, et s'il vous faut tout dire, 925 + Avec tous nos desirs sa volonté conspire[520]. + + FLORAME. + + Surpris, ravi, confus, je n'ai que repartir. + Être aimé de Daphnis! un père y consentir! + Dans mon affection ne trouver plus d'obstacles[521]! + Mon espoir n'eût osé concevoir ces miracles. 930 + + DAPHNIS. + + Miracles toutefois qu'Amarante a produits: + De sa jalouse humeur nous tirons ces doux fruits. + Au récit de nos feux, malgré son artifice, + La bonté de mon père a trompé sa malice; + Du moins je le présume, et ne puis soupçonner[522] 935 + Que mon père sans elle ait pu rien deviner. + + FLORAME. + + Les avis d'Amarante, en trahissant ma flamme, + N'ont point gagné Géraste en faveur de Florame. + Les ressorts d'un miracle ont un plus haut moteur, + Et tout autre qu'un dieu n'en peut être l'auteur. 940 + + DAPHNIS. + + C'en est un que l'Amour. + + FLORAME. + + Et vous verrez peut-être + Que son pouvoir divin se fait ici paroître, + Dont quelques grands effets, avant qu'il soit longtemps, + Vous rendront étonnée, et nos desirs contents. + + DAPHNIS. + + Florame, après vos feux et l'aveu de mon père, 945 + L'amour n'a point d'effets capables de me plaire. + + FLORAME. + + Aimez-en le premier, et recevez la foi[523] + D'un bienheureux amant qu'il met sous votre loi. + + DAPHNIS. + + Vous, prisez le dernier qui vous donne la mienne. + + FLORAME. + + Quoique dorénavant Amarante survienne, 950 + Je crois que nos discours iront d'un pas égal[524]. + Sans donner sur le rhume ou gauchir sur le bal. + + DAPHNIS. + + Si je puis tant soit peu dissimuler ma joie, + Et que dessus mon front son excès ne se voie, + Je me jouerai bien d'elle et des empêchements 955 + Que son adresse apporte à nos contentements[525]. + + FLORAME. + + J'en apprendrai de vous l'agréable nouvelle. + Un ordre nécessaire au logis me rappelle, + Et doit fort avancer le succès de nos voeux. + + DAPHNIS. + + Nous n'avons plus qu'une âme et qu'un vouloir nous deux. + Bien que vous éloigner ce me soit un martyre, + Puisque vous le voulez, je n'y puis contredire. + Mais quand dois-je espérer de vous revoir ici? + + FLORAME. + + Dans une heure au plus tard. + + DAPHNIS. + + Allez donc: la voici. + + +SCÈNE X. + +DAPHNIS, AMARANTE. + + DAPHNIS. + + Amarante, vraiment vous êtes fort jolie; 965 + Vous n'égayez pas mal votre mélancolie; + Votre jaloux chagrin a de beaux agréments[526], + Et choisit assez bien ses divertissements: + Votre esprit pour vous-même a force complaisance + De me faire l'objet de votre médisance; 970 + Et pour donner couleur à vos détractions, + Vous lisez fort avant dans mes intentions. + + AMARANTE. + + Moi! que de vous j'osasse aucunement médire! + + DAPHNIS. + + Voyez-vous, Amarante, il n'est plus temps de rire. + Vous avez vu mon père, avec qui vos discours 975 + M'ont fait à votre gré de frivoles amours. + Quoi! souffrir un moment l'entretien de Florame, + Vous le nommez bientôt une secrète flamme? + Cette jalouse humeur dont vous suivez la loi + Vous fait en mes secrets plus savante que moi. 980 + Mais passe pour le croire; il falloit que mon père + De votre confidence apprît cette chimère? + + AMARANTE. + + S'il croit que vous l'aimez, c'est sur quelque soupçon + Où je ne contribue en aucune façon. + Je sais trop que le ciel, avec de telles grâces[527], 985 + Vous donne trop de coeur pour des flammes si basses; + Et quand je vous croirois dans cet indigne choix, + Je sais ce que je suis et ce que je vous dois. + + DAPHNIS. + + Ne tranchez point ainsi de la respectueuse: + Votre peine après tout vous est bien fructueuse; 990 + Vous la devez chérir, et son heureux succès + Qui chez nous à Florame interdit tout accès. + Mon père le bannit et de l'une et de l'autre: + Pensant nuire à mon feu, vous ruinez le vôtre. + Je lui viens de parler, mais c'étoit seulement 995 + Pour lui dire l'arrêt de son bannissement. + Vous devez cependant être fort satisfaite + Qu'à votre occasion un père me maltraite; + Pour fruit de vos labeurs si cela vous suffit, + C'est acquérir ma haine avec peu de profit. 1000 + + AMARANTE. + + Si touchant vos amours on sait rien de ma bouche, + Que je puisse à vos yeux devenir une souche! + Que le ciel.... + + DAPHNIS. + + Finissez vos imprécations. + J'aime votre malice et vos délations. + + Ma mignonne, apprenez que vous êtes déçue: 1005 + C'est par votre rapport que mon ardeur est sue; + Mais mon père y consent, et vos avis jaloux + N'ont fait que me donner Florame pour époux. + + +SCÈNE XI. + +AMARANTE. + + Ai-je bien entendu? Sa belle humeur se joue[528], + Et par plaisir soi-même elle se désavoue. 1010 + Son père la maltraite, et consent à ses voeux! + Ai-je nommé Florame en parlant de ses feux? + Florame, Clarimond, ces deux noms, ce me semble, + Pour être[529] confondus, n'ont rien qui se ressemble. + Le moyen que jamais on entendît si mal, 1015 + Que l'un de ces amants fût pris pour son rival[530]? + Je ne sais où j'en suis, et toutefois j'espère: + Sous ces obscurités je soupçonne un mystère; + Et mon esprit confus, à force de douter, + Bien qu'il n'ose rien croire, ose encor se flatter. 1020 + + +FIN DU TROISIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [486] _Var._ Enfin, quelque froideur que t'ait montré Florise. + (1637) + + [487] _Var._ A moins que d'accepter Florame pour son gendre. + (1637) + + [488] _Var._ Ce qu'il est plus que moi m'oblige à lui céder. + (1637-57) + + [489] _Var._ Pour avoir trop d'amour, c'est m'obéir trop peu. + CLAR. La puissance qu'Amour sur moi vous a donnée.... (1637-60) + + [490] _Var._ D'où naissent tant, bons Dieux! et de telles + froideurs? (1637-57) + + [491] Il y a dans l'édition de 1682 une transposition de mots qui + fait un hiatus et qui est assurément une faute: + + Comme je perds le mien ici à vous entendre. + + [492] Voyez dans l'_Examen_, p. 121, la judicieuse critique que + Corneille fait lui-même de cette scène. + + [493] _Var._ Ma flamme et ses froideurs, son aise et mon tourment. + Je tâche à me résoudre en ce malheur extrême. (1637-57) + + [494] _Var._ Clarimond, écoutez, si vous étiez discret.(1637-57) + + [495] _Var._ Mais auriez-vous aussi de la discrétion? (1637-57) + + [496] C'est là le texte de toutes les éditions publiées du vivant + de Corneille. Dans celle de 1692, on a substitué _pour_ à _de_, + correction qui depuis a été généralement adoptée. + + [497] _Var._ Quand vous saurez comment il la faut gouverner. + En la voulant servir vous la rendez cruelle.(1637-60) + + [498] _Var._ Accostez le bonhomme, et ne lui parlez plus. (1637) + + [499] _Var._ Quand il aura choisi quelqu'un de ses amants, + Sa passion naîtra de ses commandements. (1637-57) + + [500] Nous dirions aujourd'hui: _pour s'acquérir la réputation de + fille bien élevée_. + + [501] _Var._ Clarimond, n'usez point si mal de mon secours. + (1637-57) + + [502] _Var._ En songeant seulement que je viens d'avec elle. + (1637) + + [503] _Var._ Accostez le bonhomme, et ne lui parlez plus. (1637) + + [504] _Var._ Je suivrai ton conseil et vais chercher le père, + Puisque c'est de sa part que tu veux que j'espère. + AMAR. Parlez-lui hardiment sans crainte de refus. (1637-57) + + [505] _Var._ Un oncle pourra mieux m'en épargner la honte. + AMAR. Votre amour en tout sens y trouvera son conte. (1637-57) + + [506] _Var._ Tant ce frivole espoir redouble ses ferveurs! + (1637-57) + + [507] _Var._ Ce n'est qu'un faux appas, et sous cette couleur + Il ne veut cependant que surprendre une fleur. (1637) + + [508] Voyez tome I, p. 148, note 3. + + [509] _Var._ Sinon lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment. + (1637-37) + + [510] _Var._ Quand vous serez d'accord avecque son amant, + Un prompt amour suivra votre commandement. (1637-57) + + [511] _Var._ GÉRASTE, _seul_. (1637-60) + + [512] _Var._ A ce beau cavalier ne cache plus sa flamme. + (1637-57) + + [513] _Var._ Adieu: si tu le vois, tu lui peux témoigner. + (1637-57) + + [514] _Var._ Je me puis revancher du don de ta franchise. + (1637-57) + + [515] L'édition de 1657 porte, par erreur sans doute: «Je trouve + en tes vertus.» + + [516] _Var._ Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous bien + fidèles? (1637-68) + + [517] _Var._ Pour me persuader vos flammes sans pareilles. (1637, + 44, 52 et 57) + + [518] L'édition de 1692 est la première où il y ait _redoublés_, + au pluriel. Dans toutes les impressions antérieures on lit + _redoublé_. Voyez l'_Introduction du Lexique_. + + [519] _Var._ Depuis tantôt je parle un peu plus franchement. + (1637-60) + + [520] _Var._ Avecque nos desirs sa volonté conspire. (1637-57) + + [521] Ce n'est que dans l'édition de 1682 que Corneille a mis au + singulier les rimes _obstacle_ et _miracle_. La correction, pour + être complète, aurait dû s'étendre aux vers suivants. Il eût été + facile de dire: + + Miracle toutefois qu'Amarante a produit; + De sa jalouse humeur nous tirons ce doux fruit. + + [522] _Var._ Au moins je le présume, et ne puis soupçonner. + (1637-57) + + [523] _Var._ Parlons de ce premier, et recevez la foi. (1637) + + [524] _Var._ Je crois que nos discours, à son abord fatal, + Ne se jetteront plus sur le rhume et le bal. (1637-57) + + [525] _Var._ [Que son adresse apporte à nos contentements.] + FLOR. Si ma présence y nuit, souffrez que je vous quitte; + Une affaire aussi bien jusqu'au logis m'invite. + DAPHN. Importante? FLOR. Oui, je meure, au succès de nos feux.(1637-57) + + [526] _Var._ Dans ce jaloux chagrin qui tient vos sens saisis, + Vos divertissements sont assez bien choisis. (1637-57) + + [527] _Var._ Je sais trop que le ciel, avecque tant de grâces. + (1637-57) + + [528] _Var._ Quel mystère est-ce-ci? sa belle humeur se joue. + (1637-57) + + [529] L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: + _peut-être_, au lieu de _pour être_. + + [530] _Var._ [Que l'un de ces amants fût pris pour son rival?] + Parmi de tels détours mon esprit ne voit goutte, + Et leurs prospérités le mettent en déroute, + Bien que mon coeur, brouillé de mouvements divers, + Ose encor se flatter de l'espoir d'un revers. (1637-57) + + + +ACTE IV. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +DAPHNIS. + + Qu'en l'attente de ce qu'on aime + Une heure est fâcheuse à passer! + Qu'elle ennuie un amour[531] extrême + Dont la joie est réduite aux douceurs d'y penser[532]! + + Le mien, qui fuit la défiance, 1025 + La trouve trop longue à venir, + Et s'accuse d'impatience, + Plutôt que mon amant de peu de souvenir. + + Ainsi moi-même je m'abuse, + De crainte d'un plus grand ennui, 1030 + Et je ne cherche plus de ruse + Qu'à m'ôter tout sujet de me plaindre de lui. + + Aussi bien, malgré ma colère, + Je brûlerois de m'apaiser, + Et sa peine la plus sévère 1035 + Ne seroit tout au plus qu'un mot pour l'excuser[533]. + + Je dois rougir de ma foiblesse; + C'est être trop bonne en effet. + Daphnis, fais un peu la maîtresse, + Et souviens-toi du moins.... + + +SCÈNE II. + +GÉRASTE, CÉLIE, DAPHNIS. + + GÉRASTE, à Célie. + + Adieu, cela vaut fait, 1040 + Tu l'en peux assurer. + +(Célie rentre, et Géraste continue à parler à Daphnis[534].) + + Ma fille, je présume, + Quelques feux dans ton coeur que ton amant allume, + Que tu ne voudrois pas sortir de ton devoir. + + DAPHNIS. + + C'est ce que le passé vous a pu faire voir. + + GÉRASTE. + + Mais si pour en tirer une preuve plus claire[535], 1045 + Je disois qu'il faut prendre un sentiment contraire, + Qu'une autre occasion te donne un autre amant? + + DAPHNIS. + + Il seroit un peu tard pour un tel changement: + Sous votre autorité j'ai dévoilé mon âme, + J'ai découvert mon coeur à l'objet de ma flamme, 1050 + Et c'est sous votre aveu qu'il a reçu ma foi. + + GÉRASTE. + + Oui, mais je viens de faire un autre choix pour toi[536]. + + DAPHNIS. + + Ma foi ne permet plus une telle inconstance. + + GÉRASTE. + + Et moi, je ne saurois souffrir de résistance. + Si ce gage est donné par mon consentement, 1055 + Il faut le retirer par mon commandement[537]. + Vous soupirez en vain: vos soupirs et vos larmes + Contre ma volonté sont d'impuissantes armes. + Rentrez; je ne puis voir qu'avec mille douleurs + Votre rébellion s'exprimer par vos pleurs. 1060 + +(Daphnis rentre, et Géraste continue[538].) + + La pitié me gagnoit: il m'étoit impossible + De voir encor ses pleurs, et n'être pas sensible: + Mon injuste rigueur ne pouvoit plus tenir, + Et de peur de me rendre il la falloit bannir[539]. + N'importe toutefois, la parole me lie, 1065 + Et mon amour ainsi l'a promis à Célie: + Florise ne se peut acquérir qu'à ce prix; + Si Florame.... + + +SCÈNE III. + +GÉRASTE, AMARANTE. + + AMARANTE. + + Monsieur, vous vous êtes mépris: + C'est Clarimond qu'elle aime. + + GÉRASTE. + + Et ma plus grande peine + N'est que d'en avoir eu la preuve trop certaine. 1070 + Dans sa rébellion à mon autorité, + L'amour qu'elle a pour lui n'a que trop éclaté. + Si pour ce cavalier elle avoit moins de flamme, + Elle agréeroit le choix que je fais de Florame, + Et prenant désormais un mouvement plus sain, 1075 + Ne s'obstineroit pas à rompre mon dessein. + + AMARANTE. + + C'est ce choix inégal qui vous la fait rebelle; + Mais pour tout autre amant n'appréhendez rien d'elle. + + GÉRASTE. + + Florame a peu de bien, mais pour quelque raison + C'est lui seul dont je fais l'appui de ma maison[540]. 1080 + Examiner mon choix, c'est un trait d'imprudence. + Toi qu'à présent Daphnis traite de confidence[541], + Et dont le seul avis gouverne ses secrets, + Je te prie, Amarante, adoucis ses regrets; + Résous-la, si tu peux, à contenter un père; 1085 + Fais qu'elle aime Florame ou craigne ma colère. + + AMARANTE. + + Puisque vous le voulez, j'y ferai mon pouvoir: + C'est chose toutefois dont j'ai si peu d'espoir, + Que je craindrois plutôt de l'aigrir davantage[542]. + + GÉRASTE. + + Il est tant de moyens de fléchir un courage[543]! 1090 + Trouve pour la gagner quelque subtil appas: + La récompense après ne te manquera pas. + + +SCÈNE IV. + + AMARANTE. + + Accorde qui pourra le père avec la fille! + L'égarement d'esprit règne sur la famille[544]. + Daphnis aime Florame, et son père y consent: 1095 + D'elle-même j'ai su l'aise qu'elle en ressent[545]; + Et si j'en crois ce père, elle ne porte en l'âme + Que révolte, qu'orgueil, que mépris pour Florame. + Peut-elle s'opposer à ses propres desirs, + Démentir tout son coeur, détruire ses plaisirs? 1100 + S'ils sont sages tous deux, il faut que je sois folle. + Leur mécompte pourtant, quel qu'il soit, me console; + Et bien qu'il me réduise au bout de mon latin[546], + Un peu plus en repos j'en attendrai la fin. + + +SCÈNE V. + +FLORAME, DAMON. + + FLORAME. + + Sans me voir elle rentre, et quelque bon génie 1105 + Me sauve de ses yeux et de sa tyrannie. + Je ne me croyois pas quitte de ses discours, + A moins que sa maîtresse en vînt rompre le cours. + + DAMON. + + Je voudrois t'avoir vu dedans cette contrainte. + + FLORAME. + + Peut-être voudrois-tu qu'elle empêchât ma plainte[547]? 1110 + + DAMON. + + Si Théante sait tout, sans raison tu t'en plains: + Je t'ai dit ses secrets, comme à lui tes desseins; + Il voit dedans ton coeur, tu lis dans son courage, + Et je vous fais combattre ainsi sans avantage. + + FLORAME. + + Toutefois au combat tu n'as pu l'engager. 1115 + + DAMON. + + Sa générosité n'en craint pas le danger; + Mais cela choque un peu sa prudence amoureuse, + Vu que la fuite en est la fin la plus heureuse, + Et qu'il faut que, l'un mort, l'autre tire pays[548]. + + FLORAME. + + Malgré le déplaisir de mes secrets trahis, 1120 + Je ne puis, cher ami, qu'avec toi je ne rie + Des subtiles raisons de sa poltronnerie. + Nous faire ce duel sans s'exposer aux coups, + C'est véritablement en savoir plus que nous, + Et te mettre en sa place avec assez d'adresse. 1125 + + DAMON. + + Qu'importe à quels périls il gagne une maîtresse? + Que ses rivaux entre eux fassent mille combats, + Que j'en porte parole, ou ne la porte pas, + Tout lui semblera bon, pourvu que sans en être + Il puisse de ces lieux les faire disparoître. 1130 + + FLORAME. + + Mais ton service offert hasardoit bien ta foi, + Et s'il eût eu du coeur, t'engageoit contre moi. + + DAMON. + + Je savois trop que l'offre en seroit rejetée: + Depuis plus de dix ans je connois sa portée. + Il ne devient mutin que fort malaisément, 1135 + Et préfère la ruse à l'éclaircissement. + + FLORAME. + + Les maximes qu'il tient pour conserver sa vie + T'ont donné des plaisirs où je te porte envie. + + DAMON. + + Tu peux incontinent les goûter si tu veux. + Lui, qui doute fort peu du succès de ses voeux, 1140 + Et qui croit que déjà Clarimond et Florame + Disputent loin d'ici le sujet de leur flamme, + Seroit-il homme à perdre un temps si précieux, + Sans aller chez Daphnis faire le gracieux, + Et seul, à la faveur de quelque mot pour rire, 1145 + Prendre l'occasion de conter son martyre? + + FLORAME. + + Mais s'il nous trouve ensemble, il pourra soupçonner[549] + Que nous prenons plaisir tous deux à le berner[550]. + + DAMON. + + De peur que nous voyant il conçût quelque ombrage[551], + J'avois mis tout exprès Cléon sur le passage. 1150 + Théante approche-t-il? + + CLÉON[552]. + + Il est en ce carfour. + + DAMON. + + Adieu donc: nous pourrons le jouer tour à tour. + + FLORAME, seul. + + Je m'étonne comment tant de belles parties + En cet illustre amant sont si mal assorties[553], + Qu'il a si mauvais coeur avec de si bons yeux, 1155 + Et fait un si beau choix sans le défendre mieux. + Pour tant d'ambition, c'est bien peu de courage. + + +SCÈNE VI. + +FLORAME, THÉANTE. + + FLORAME. + + Quelle surprise, ami, paroît sur ton visage? + + THÉANTE. + + T'ayant cherché longtemps, je demeure confus + De t'avoir rencontré quand je n'y pensois plus. 1160 + + FLORAME. + + Parle plus franchement: fâché de ta promesse[554], + Tu veux et n'oserois reprendre ta maîtresse? + Ta passion, qui souffre une trop dure loi, + Pour la gouverner seul te déroboit de moi? + + THÉANTE. + + De peur que ton esprit formât cette croyance[555], 1165 + De l'aborder sans toi je faisois conscience. + + FLORAME. + + C'est ce qui t'obligeoit sans doute à me chercher? + Mais ne te prive plus d'un entretien si cher. + Je te cède Amarante et te rends ta parole[556]: + J'aime ailleurs; et lassé d'un compliment frivole, 1170 + Et de feindre une ardeur qui blesse mes amis, + Ma flamme est véritable et son effet permis. + J'adore une beauté qui peut disposer d'elle, + Et seconder mes feux sans se rendre infidèle. + + THÉANTE. + + Tu veux dire Daphnis? + + FLORAME. + + Je ne puis te celer[557] 1175 + Qu'elle est l'unique objet pour qui je veux brûler. + + THÉANTE. + + Le bruit vole déjà qu'elle est pour toi sans glace, + Et déjà d'un cartel Clarimond te menace. + + FLORAME. + + Qu'il vienne, ce rival, apprendre, à son malheur, + Que s'il me passe en biens, il me cède en valeur. 1180 + Que sa vaine arrogance, en ce duel trompée, + Me fasse mériter Daphnis à coups d'épée: + Par là je gagne tout; ma générosité + Suppléera ce qui fait notre inégalité; + Et son père, amoureux du bruit de ma vaillance, 1185 + La fera sur ses biens emporter la balance. + + THÉANTE. + + Tu n'en peux espérer un moindre événement: + L'heur suit dans les duels le plus heureux amant; + Le glorieux succès d'une action si belle[558], + Ton sang mis au hasard ou répandu pour elle, 1190 + Ne peut laisser au père aucun lieu de refus. + Tiens ta maîtresse acquise et ton rival confus; + Et sans t'épouvanter d'une vaine fortune + Qu'il soutient lâchement d'une valeur commune, + Ne fais de son orgueil qu'un sujet de mépris, 1195 + Et pense que Daphnis ne s'acquiert qu'à ce prix. + Adieu: puisse le ciel à ton amour parfaite + Accorder un succès tel que je le souhaite! + + FLORAME[559]. + + Ce cartel, ce me semble, est trop long à venir: + Mon courage bouillant ne se peut contenir; 1200 + Enflé par tes discours, il ne sauroit attendre[560] + Qu'un insolent défi l'oblige à se défendre. + + Va donc, et de ma part appelle Clarimond; + Dis-lui que pour demain il choisisse un second, + Et que nous l'attendrons au château de Bissêtre[561]. 1205 + + THÉANTE. + + J'adore ce grand coeur qu'ici tu fais paroître, + Et demeure ravi du trop d'affection + Que tu m'as témoigné par cette élection. + Prends-y garde pourtant: pense à quoi tu t'engages. + Si Clarimond, lassé de souffrir tant d'outrages, 1210 + Éteignant son amour, te cédoit ce bonheur, + Quel besoin seroit-il de le piquer d'honneur? + Peut-être qu'un faux bruit nous apprend sa menace: + C'est à toi seulement de défendre ta place. + Ces coups du désespoir des amants méprisés 1215 + N'ont rien d'avantageux pour les favorisés. + Qu'il recoure, s'il veut, à ces fâcheux remèdes[562]; + Ne lui querelle point un bien que tu possèdes; + Ton amour, que Daphnis ne sauroit dédaigner, + Court risque d'y tout perdre, et n'y peut rien gagner[563]. + Avise encore un coup: ta valeur inquiète[564] + En d'extrêmes périls un peu trop tôt te jette. + + FLORAME. + + Quels périls? L'heur y suit le plus heureux amant. + + THÉANTE. + + Quelquefois le hasard en dispose autrement. + + FLORAME. + + Clarimond n'eut jamais qu'une valeur commune. 1225 + + THÉANTE. + + La valeur aux duels fait moins que la fortune. + + FLORAME. + + C'est par là seulement qu'on mérite Daphnis. + + THÉANTE. + + Mais plutôt de ses yeux par là tu te bannis. + + FLORAME. + + Cette belle action pourra gagner son père. + + THÉANTE. + + Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère. 1230 + + FLORAME. + + Acceptant un cartel, suis-je plus assuré? + + THÉANTE. + + Où l'honneur souffriroit rien n'est considéré. + + FLORAME. + + Je ne puis résister à des raisons si fortes; + Sur ma bouillante ardeur malgré moi tu l'emportes: + J'attendrai qu'on m'attaque. + + THÉANTE. + + Adieu donc. + + FLORAME. + + En ce cas, 1235 + Souviens-t'en, cher ami, tu me promets ton bras[565]? + + THÉANTE. + + Dispose de ma vie. + + FLORAME, seul. + + Elle est fort assurée, + Si rien que ce duel n'empêche sa durée. + Il en parle des mieux: c'est un jeu qui lui plaît; + Mais il devient fort sage aussitôt qu'il en est, 1240 + Et montre cependant des grâces peu vulgaires + A battre ses raisons par des raisons contraires. + + +SCÈNE VII. + +DAPHNIS, FLORAME. + + DAPHNIS. + + Je n'osois t'aborder les yeux baignés de pleurs, + Et devant ce rival t'apprendre nos malheurs. + + FLORAME. + + Vous me jetez, Madame, en d'étranges alarmes[566]. 1245 + Dieux! et d'où peut venir ce déluge de larmes? + Le bonhomme est-il mort? + + DAPHNIS. + + Non, mais il se dédit; + Tout amour désormais pour toi m'est interdit: + Si bien qu'il me faut être ou rebelle ou parjure, + Forcer les droits d'Amour ou ceux de la nature, 1250 + Mettre un autre en ta place ou lui désobéir, + L'irriter ou moi-même avec toi me trahir. + A moins que de changer, sa haine inévitable[567] + Me rend de tous côtés ma perte indubitable: + Je ne puis conserver mon devoir et ma foi, 1255 + Ni sans crime brûler pour d'autres ni pour toi. + + FLORAME. + + Le nom de cet amant, dont l'indiscrète envie + A mes ressentiments vient apporter sa vie! + Le nom de cet amant, qui par sa prompte mort + Doit, au lieu du vieillard, me réparer ce tort, 1260 + Et qui, sur quelque orgueil que son amour se fonde[568], + N'a que jusqu'à ma vue à demeurer au monde! + + DAPHNIS. + + Je n'aime pas si mal que de m'en informer: + Je t'aurois fait trop voir que j'eusse pu l'aimer. + Si j'en savois le nom, ta juste défiance[569] 1265 + Pourroit à ses défauts imputer ma constance, + A son peu de mérite attacher mon dédain, + Et croire qu'un plus digne auroit reçu ma main. + J'atteste ici le bras qui lance le tonnerre, + Que tout ce que le ciel a fait paroître en terre 1270 + De mérites, de biens, de grandeurs et d'appas, + En même objet uni, ne m'ébranleroit pas: + Florame a droit lui seul de captiver mon âme[570]; + Florame vaut lui seul à ma pudique flamme + Tout ce que peut le monde offrir à mes ardeurs 1275 + De mérites, d'appas, de biens et de grandeurs. + + FLORAME. + + Qu'avec des mots si doux vous m'êtes inhumaine[571]! + Vous me comblez de joie et redoublez ma peine. + L'effet d'un tel amour, hors de votre pouvoir, + Irrite d'autant plus mon sanglant désespoir; 1280 + L'excès de votre ardeur ne sert qu'à mon supplice. + Devenez-moi cruelle afin que je guérisse. + Guérir? ah! qu'ai-je dit? ce mot me fait horreur: + Pardonnez aux transports d'une aveugle fureur. + Aimez toujours Florame, et quoi qu'il ait pu dire, 1285 + Croissez de jour en jour vos feux et son martyre. + Peut-il rendre sa vie à de plus heureux coups, + Ou mourir plus content que pour vous et par vous? + + DAPHNIS. + + Puisque de nos destins la rigueur trop sévère + Oppose à nos desirs l'autorité d'un père, 1290 + Que veux-tu que je fasse? En l'état où je suis, + Être à toi malgré lui, c'est ce que je ne puis; + Mais je puis empêcher qu'un autre me possède, + Et qu'un indigne amant à Florame succède: + Le coeur me manque; adieu: je sens faillir ma voix[572]. 1295 + Florame, souviens-toi de ce que tu me dois: + Si nos feux sont égaux, mon exemple t'ordonne + Ou d'être à ta Daphnis ou de n'être à personne. + + +SCÈNE VIII. + + FLORAME. + + Dépourvu de conseil comme de sentiment, + L'excès de ma douleur m'ôte le jugement. 1300 + De tant de biens promis je n'ai plus que sa vue, + Et mes bras impuissants ne l'ont pas retenue; + Et même je lui laisse abandonner ce lieu[573], + Sans trouver de parole à lui dire un adieu. + Ma fureur pour Daphnis a de la complaisance: 1305 + Mon désespoir n'osoit agir en sa présence, + De peur que mon tourment aigrît ses déplaisirs; + Une pitié secrète étouffoit mes soupirs: + Sa douleur par respect faisoit taire la mienne; + Mais ma rage à présent n'a rien qui la retienne. 1310 + Sors, infâme vieillard, dont le consentement + Nous a vendu si cher le bonheur d'un moment; + Sors, que tu sois puni de cette humeur brutale + Qui rend ta volonté pour nos feux inégale. + A nos chastes amours qui t'a fait consentir, 1315 + Barbare? mais plutôt qui t'en fait repentir? + Crois-tu qu'aimant Daphnis, le titre de son père + Débilite ma force ou rompe ma colère? + Un nom si glorieux, lâche, ne t'est plus dû[574]: + En lui manquant de foi, ton crime l'a perdu. 1320 + Plus j'ai d'amour pour elle, et plus pour toi de haine + Enhardit ma vengeance et redouble ta peine: + Tu mourras; et je veux, pour finir mes ennuis, + Mériter par ta mort celle où tu me réduis. + Daphnis, à ma fureur ma bouche abandonnée 1325 + Parle d'ôter la vie à qui te l'a donnée! + Je t'aime, et je t'oblige à m'avoir en horreur, + Et ne connois encor qu'à peine mon erreur! + Si je suis sans respect pour ce que tu respectes, + Que mes affections ne t'en soient pas suspectes. 1330 + De plus réglés transports me feroient trahison; + Si j'avois moins d'amour, j'aurois de la raison; + C'est peu que de la perdre, après t'avoir perdue: + Rien ne sert plus de guide à mon âme éperdue, + Je condamne à l'instant ce que j'ai résolu; 1335 + Je veux, et ne veux plus sitôt que j'ai voulu; + Je menace Géraste, et pardonne à ton père: + Ainsi rien ne me venge, et tout me désespère. + + +SCÈNE IX. + +FLORAME, CÉLIE. + + FLORAME, en soupirant[575]. + + Célie.... + + CÉLIE. + + Eh bien, Célie? enfin elle a tant fait, + Qu'à vos desirs Géraste accorde leur effet. 1340 + Quel visage avez-vous? Votre aise vous transporte. + + FLORAME. + + Cesse d'aigrir ma flamme en raillant de la sorte, + Organe d'un vieillard qui croit faire un bon tour + De se jouer de moi par une feinte amour. + Si tu te veux du bien, fais-lui tenir promesse: 1345 + Vous me rendrez tous deux la vie ou ma maîtresse; + Et ce jour expiré, je vous ferai sentir + Que rien de ma fureur ne vous peut garantir. + + CÉLIE. + + Florame! + + FLORAME. + + Je ne puis parler à des perfides. + + CÉLIE[576]. + + Il veut donner l'alarme à mes esprits timides, 1350 + Et prend plaisir lui-même à se jouer de moi. + Géraste a trop d'amour pour n'avoir point de foi; + Et s'il pouvoit donner trois Daphnis pour Florise, + Il la tiendroit encore heureusement acquise[577]. + D'ailleurs ce grand courroux pourroit-il être feint? 1355 + Auroit-il pu sitôt falsifier son teint[578], + Et si bien ajuster ses yeux et son langage + A ce que sa fureur marquoit sur son visage? + Quelqu'un des deux me joue: épions tous les deux + Et nous éclaircissons sur un point si douteux. 1360 + + +FIN DU QUATRIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [531] On lit «_une_ amour» dans les impressions de 1637-57 et + dans celle de 1682. Cette leçon est explicable dans les premières + éditions: elles portent en effet, au vers suivant: «du penser,» + auquel peut se rapporter «le mien» du vers 1025. Mais dans + l'édition de 1682, «le mien» ne peut se rapporter qu'à _amour_, + qui doit en conséquence être nécessairement au masculin. La leçon + que nous donnons est celle des éditions de 1660-68. + + [532] _Var._ Qui ne voit son objet que des yeux du penser! + (1637-57) + + [533] _Var._ Pour criminel qu'il fût, ne seroit qu'un baiser. + Dieux! je rougis d'une parole + Dont je meurs de goûter l'effet, + Et dans cette honte frivole + Je prépare un refus.... (1637-57) + + [534] Dans la première édition (1637, il y a simplement: _Célie + rentre_; le reste du jeu de scène est omis. + + [535] _Var._ Oui, mais pour en tirer une preuve plus claire, + Qui diroit qu'il faut prendre un mouvement contraire. (1637-57) + + [536] _Var._ Oui, mais j'ai fait depuis un autre choix pour toi. + (1637-57) + + [537] _Var._ Il le faut retirer par mon commandement. (1637-60) + + [538] Ici encore l'édition de 1637 n'a que le commencement du jeu + de scène _Daphnis rentre_. + + [539] _Var._ Et de peur de me rendre il l'a fallu bannir. (1637) + + [540] _Var._ C'est lui seul que je veux d'appui pour ma maison. + (1637-57) + + [541] C'est-à-dire: _à qui Daphnis donne sa confiance_. + + [542] _Var._ Qu'au contraire je crains de l'aigrir davantage. + (1637-57) + + [543] _Var._ Il est tant de moyens à fléchir un courage. + (1637-60) + + [544] _Var._ Ils ont l'esprit troublé dedans cette famille. + (1637-57) + + [545] _Var._ [D'elle-même j'ai su l'aise qu'elle en ressent;] + Et qui croira Géraste, il ne l'y peut réduire. + Peut-elle s'opposer à ce qu'elle desire? + J'aime sa résistance en cette occasion, + Mais j'en ai moins d'espoir que de confusion. + [S'ils sont sages tous deux, il faut que je sois folle.] + (1637-57) + + [546] _Var._ Et combien qu'il me mette au bout de mon latin. + (1637-57) + + [547] _Var._ Mais dis que tu voudrois qu'elle empêchât ma + plainte. (1637-57) + + [548] «On dit _tirer de long_, _tirer pays_, pour dire _s'en + aller_, _s'enfuir_.» (_Dictionnaire de l'Académie de 1694._) + + [549] _Var._ Mais s'il nous treuve ensemble, il pourra se douter. (1637) + _Var._ Mais s'il nous trouve ensemble, il pourra se douter. (1644-57) + + [550] _Var._ Que nous prenons plaisir tous deux à le tâter. + (1637-57) + + [551] _Var._ De peur que nous voyant il entrât en cervelle, + J'avois mis tout exprès Cléonte[551-a] en sentinelle. (1637) + + [551-a] Voyez p. 126, note 2. + + [552] Bien que Cléon prenne ici part à la scène, il ne figure en + tête, parmi les noms des personnages, dans aucune des éditions + publiées avant la mort de Corneille, ni même dans celle de 1692. + C'est peut-être parce qu'il ne paraît ainsi que tout à la fin; il + se pourrait même qu'il dût crier du dehors cette réponse, sans + venir sur le théâtre. + + [553] _Var._ En ce pauvre amoureux sont si mal assorties. + (1637-63) + + [554] _Var._ Parle plus franchement: lassé de ta promesse. + (1637-57) + + [555] _Var._ De peur que ton esprit conçût cette croyance. (1637) + + [556] _Var._ Je te rends Amarante avecque ta parole. (1637-57) + + [557] _Var._ Je ne te puis celer. (1637-57) + + [558] _Var._ Le glorieux éclat d'une action si belle, + Ton sang, ou répandu, ou[558-a] hasardé pour elle. (1637-57) + + [558-a] C'est, si nous ne nous trompons, le seul exemple d'hiatus + que nous ayons rencontré jusqu'ici soit dans le texte, soit dans + les variantes de Corneille; car on ne peut pas compter celui dont + il est parlé au tome I, au sujet de la troisième variante de la + p. 173. + + [559] _Var._ FLORAME, _le retenant_. (1637-60) + + [560] _Var._ Enflé par tes discours, il ne peut plus attendre. + (1637-57) + + [561] A une demi-lieue de Paris, sur la route de Fontainebleau. + Il y avait en ce lieu un château qui au quatorzième siècle + appartenait à Jean, évêque de Winchester, dont le nom corrompu a + fait _Bissestre_, _Bicêtre_. Sous Charles V, on construisit au + même endroit un hôpital, qui, rétabli sous Louis XIII, servit + d'asile aux soldats infirmes jusqu'à la fondation de l'hôtel des + Invalides. + + [562] Voyez plus haut la note 3 de la p. 160. + + [563] Dans les éditions de 1637 et de 1652, l'orthographe du mot + est _gaigner_ et les deux dernières syllabes de ces deux vers + riment aux yeux. + + [564] _Var._ Avise derechef: ta valeur signalée + En d'extrêmes périls te jette à la volée. (1637-57) + + [565] _Var._ Souviens-toi, cher ami, que je retiens ton bras. + (1637-57) + + [566] _Var._ Vous me jetez, mon âme, en d'étranges alarmes. + (1637-57) + + [567] _Var._ A faute de changer, sa haine inévitable. (1637-57) + + [568] _Var._ Et sur quelque valeur que son amour se fonde. + (1637-57) + + [569] _Var._ Son nom su, tu pourrois donner ma résistance + A son peu de mérite, et non à ma constance, + Croire que ses défauts le feroient rejeter, + Et qu'un plus accompli se pouvoit accepter. + J'atteste ici la main qui lance le tonnerre. (1637-57) + + [570] _Var._ Un seul Florame a droit de captiver mon âme, + Un seul Florame vaut à ma pudique flamme + Tout ce que l'on pourroit offrir à mes ardeurs + [De mérites, d'appas, de biens et de grandeurs.] (1637-57) + + [571] _Var._ Parmi tant de malheurs vous me comblez d'une aise + Qui redouble mes maux aussi bien que ma braise. (1637) + + [572] _Var._ Le coeur me serre; adieu: je sens faillir ma voix. + (1637) + + [573] _Var._ Et même je la souffre abandonner ce lieu. (1637-57) + + [574] _Var._ Un nom si glorieux, traître, ne t'est plus dû. + (1637-57) + + [575] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1637. Celle de + 1663 donne en marge: _Il lui dit ce mot en soupirant_. + + [576] _Var._ CÉLIE, _seule_. (1637-68) + + [577] Voyez dans l'_Examen_, p. 122, sur quoi Corneille fonde ce + trait de caractère. + + [578] _Var._ Surpris auroit-il pu falsifier son teint, + Ajuster ses regards, son geste, son langage? + Aussi que ce vieillard me farde son courage, + Je ne le saurois croire, et veux dès aujourd'hui, + Sur ce point, si je puis, m'éclaircir avec lui. (1637-57) + + + + +ACTE V. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +THÉANTE, DAMON. + + THÉANTE. + + Croirois-tu qu'un moment m'ait pu changer de sorte + Que je passe à regret par devant cette porte? + + DAMON. + + Que ton humeur n'a-t-elle un peu plus tôt changé[579]? + Nous aurions vu l'effet où tu m'as engagé. + Tantôt quelque démon ennemi de ta flamme 1365 + Te faisoit en ces lieux accompagner Florame: + Sans la crainte qu'alors il te prît pour second, + Je l'allois appeler au nom de Clarimond; + Et comme si depuis il étoit invisible, + Sa rencontre pour moi s'est rendue impossible[580]. 1370 + + THÉANTE. + + Ne le cherche donc plus. A bien considérer, + Qu'ils se battent ou non, je n'en puis qu'espérer. + Daphnis, que son adresse a malgré moi séduite[581], + Ne pourroit l'oublier, quand il seroit en fuite: + Leur amour est trop forte; et d'ailleurs son trépas, 1375 + Le privant d'un tel bien, ne me le donne pas[582]. + Inégal en fortune à ce qu'est cette belle[583], + Et déjà par malheur assez mal voulu d'elle, + Que pourrois-je après tout prétendre de ses pleurs[584]? + Et quel espoir pour moi naîtroit de ses douleurs? 1380 + Deviendrois-je par là plus riche ou plus aimable? + Que si de l'obtenir je me trouve incapable[585], + Mon amitié pour lui, qui ne peut expirer, + A tout autre qu'à moi me le fait préférer; + Et j'aurois peine à voir un troisième en sa place. 1385 + + DAMON. + + Tu t'avises trop tard: que veux-tu que je fasse? + J'ai poussé Clarimond à lui faire un appel; + J'ai charge de sa part de lui rendre un cartel: + Le puis-je supprimer? + + THÉANTE. + + Non, mais tu pourrois faire[586].... + + DAMON. + + Quoi? + + THÉANTE. + + Que Clarimond prît un sentiment contraire. 1390 + + DAMON. + + Le détourner d'un coup où seul je l'ai porté! + Mon courage est mal propre à cette lâcheté. + + THÉANTE. + + A de telles raisons je n'ai de repartie, + Sinon que c'est à moi de rompre la partie. + J'en vais semer le bruit. + + DAMON. + + Et sur ce bruit tu veux.... 1395 + + THÉANTE. + + Qu'on leur donne dans peu des gardes à tous deux, + Et qu'une main puissante arrête leur querelle. + Qu'en dis-tu, cher ami? + + DAMON. + + L'invention est belle, + Et le chemin bien court à les mettre d'accord; + Mais souffre auparavant que j'y fasse un effort. 1400 + Peut-être mon esprit trouvera quelque ruse[587] + Par où, sans en rougir, du cartel je m'excuse[588]. + Ne donnons point sujet de tant parler de nous, + Et sachons seulement à quoi tu te résous. + + THÉANTE. + + A les laisser en paix, et courir l'Italie 1405 + Pour divertir le cours de ma mélancolie, + Et ne voir point Florame emporter à mes yeux + Le prix où prétendoit mon coeur ambitieux. + + DAMON. + + Amarante, à ce compte, est hors de ta pensée? + + THÉANTE. + + Son image du tout n'en est pas effacée; 1410 + Mais.... + + DAMON. + + Tu crains que pour elle on te fasse un duel. + + THÉANTE. + + Railler un malheureux, c'est être trop cruel. + Bien que ses yeux encor règnent sur mon courage[589], + Le bonheur de Florame à la quitter m'engage: + Le ciel ne nous fit point et pareils et rivaux, 1415 + Pour avoir des succès tellement inégaux. + C'est me perdre d'honneur, et par cette poursuite, + D'égal que je lui suis, me ranger à sa suite. + Je donne désormais des règles à mes feux: + De moindres que Daphnis sont incapables d'eux; 1420 + Et rien dorénavant n'asservira mon âme + Qui ne me puisse mettre au-dessus de Florame. + Allons: je ne puis voir sans mille déplaisirs + Ce possesseur du bien où tendoient mes desirs. + + DAMON. + + Arrête: cette fuite est hors de bienséance, 1425 + Et je n'ai point d'appel à faire en ta présence. + +(Théante le retire du théâtre comme par force[590].) + + +SCÈNE II. + + FLORAME. + + Jetterai-je toujours des menaces en l'air, + Sans que je sache enfin à qui je dois parler? + Auroit-on jamais cru qu'elle me fût ravie, + Et qu'on me pût ôter Daphnis avant la vie? 1430 + Le possesseur du prix de ma fidélité, + Bien que je sois vivant, demeure en sûreté; + Tout inconnu qu'il m'est, il produit ma misère; + Tout mon rival qu'il est, il rit de ma colère[591]. + Rival! ah, quel malheur! j'en ai pour me bannir, 1435 + Et cesse d'en avoir quand je le veux punir. + Grands Dieux, qui m'enviez cette juste allégeance + Qu'un amant supplanté tire de la vengeance, + Et me cachez le bras dont je reçois les coups, + Est-ce votre dessein que je m'en prenne à vous? 1440 + Est-ce votre dessein d'attirer mes blasphèmes, + Et qu'ainsi que mes maux mes crimes soient extrêmes[592]; + Qu'à mille impiétés osant me dispenser[593], + A votre foudre oisif je donne où se lancer? + Ah! souffrez qu'en l'état de mon sort déplorable 1445 + Je demeure innocent, encor que misérable; + Destinez à vos feux d'autres objets que moi: + Vous n'en sauriez manquer, quand on manque de foi. + Employez le tonnerre à punir les parjures, + Et prenez intérêt vous-même à mes injures: 1450 + Montrez, en me vengeant, que vous êtes des dieux[594], + Ou conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux, + Et qu'on sait dérober d'un rival qui me tue + Le nom à mon oreille, et l'objet à ma vue. + Rival, qui que tu sois, dont l'insolent amour 1455 + Idolâtre un soleil et n'ose voir le jour, + N'oppose plus ta crainte à l'ardeur qui te presse: + Fais-toi, fais-toi connoître allant voir ta maîtresse. + + +SCÈNE III. + +FLORAME, AMARANTE. + + FLORAME. + + Amarante (aussi bien te faut-il confesser + Que la seule Daphnis avoit su me blesser[595]), 1460 + Dis-moi qui me l'enlève: apprends-moi quel mystère + Me cache le rival qui possède son père; + A quel heureux amant Géraste a destiné + Ce beau prix que l'amour m'avoit si bien donné[596]. + + AMARANTE. + + Ce dût[597] vous être assez de m'avoir abusée, 1465 + Sans faire encor de moi vos sujets de risée. + Je sais que le vieillard favorise vos feux, + Et que rien que Daphnis n'est contraire à vos voeux. + + FLORAME. + + Que me dis-tu, lui seul et sa rigueur nouvelle[598] + Empêchant[599] les effets d'une ardeur mutuelle? 1470 + + AMARANTE. + + Pensez-vous me duper avec ce feint courroux? + Lui-même il m'a prié de lui parler pour vous. + + FLORAME. + + Vois-tu, ne t'en ris plus; ta seule jalousie + A mis à ce vieillard ce change en fantaisie. + Ce n'est pas avec moi que tu te dois jouer, 1475 + Et ton crime redouble à le désavouer[600]; + Mais sache qu'aujourd'hui, si tu ne fais en sorte + Que mon fidèle amour sur ce rival l'emporte, + J'aurai trop de moyens à te faire sentir + Qu'on ne m'offense point sans un prompt repentir. 1480 + + +SCÈNE IV. + +AMARANTE. + + Voilà de quoi tomber en[601] un nouveau dédale. + O ciel! qui vit jamais confusion égale? + Si j'écoute Daphnis, j'apprends qu'un feu puissant + La brûle pour Florame, et qu'un père y consent; + Si j'écoute Géraste, il lui donne Florame, 1485 + Et se plaint que Daphnis en rejette la flamme; + Et si Florame est cru, ce vieillard aujourd'hui + Dispose de Daphnis pour un autre que lui. + Sous un tel embarras je me trouve accablée; + Eux ou moi, nous avons la cervelle troublée, 1490 + Si ce n'est qu'à dessein ils se soient concertés[602] + Pour me faire enrager par ces diversités. + Mon foible esprit s'y perd et n'y peut rien comprendre: + Pour en venir à bout, il me les faut surprendre, + Et quand ils se verront, écouter leurs discours, 1495 + Pour apprendre par là le fond de ces détours. + Voici mon vieux rêveur; fuyons de sa présence, + Qu'il ne m'embrouille encor de quelque confidence[603]: + De crainte que j'en ai, d'ici je me bannis, + Tant qu'avec lui je voie ou Florame ou Daphnis. 1500 + + +SCÈNE V. + +GÉRASTE, POLÉMON. + + POLÉMON. + + J'ai grand regret, Monsieur, que la foi qui vous lie + Empêche que chez vous mon neveu ne s'allie, + Et que son feu m'emploie aux offres qu'il vous fait, + Lorsqu'il n'est plus en vous d'en accepter l'effet. + + GÉRASTE. + + C'est un rare trésor que mon malheur me vole[604]; 1505 + Et si l'honneur souffroit un manque de parole, + L'avantageux parti que vous me présentez + Me verroit aussitôt prêt à ses volontés[605]. + + POLÉMON. + + Mais si quelque hasard rompoit cette alliance? + + GÉRASTE. + + N'ayez lors, je vous prie, aucune défiance: 1510 + Je m'en tiendrois heureux, et ma foi vous répond + Que Daphnis sans tarder épouse Clarimond. + + POLÉMON. + + Adieu: faites état de mon humble service. + + GÉRASTE. + + Et vous pareillement d'un coeur sans artifice. + + +SCÈNE VI. + +CÉLIE, GÉRASTE. + + CÉLIE. + + De sorte qu'à mes yeux votre foi lui répond 1515 + Que Daphnis sans tarder épouse Clarimond? + + GÉRASTE. + + Cette vaine promesse en un cas impossible + Adoucit un refus et le rend moins sensible: + C'est ainsi qu'on oblige un homme à peu de frais. + + CÉLIE. + + Ajouter l'impudence à vos perfides traits! 1520 + Il vous faudroit du charme au lieu de cette ruse, + Pour me persuader que qui promet refuse. + + GÉRASTE. + + J'ai promis, et tiendrois ce que j'ai protesté[606], + Si Florame rompoit le concert arrêté. + Pour Daphnis, c'est en vain qu'elle fait la rebelle; 1525 + J'en viendrai trop à bout. + + CÉLIE. + + Impudence nouvelle[607]! + Florame, que Daphnis fait maître de son coeur, + De votre seul caprice accuse la rigueur[608]; + Et je sais que sans vous leur mutuelle flamme + Uniroit deux amants qui n'ont déjà qu'une âme. 1530 + Vous m'osez cependant effrontément conter + Que Daphnis sur ce point aime à vous résister! + Vous m'en aviez promis une tout autre issue: + J'en ai porté parole après l'avoir reçue. + Qu'avois-je contre vous ou fait ou projeté, 1535 + Pour me faire tremper en votre lâcheté? + Ne pouviez-vous trahir que par mon entremise? + Avisez: il y va de plus que de Florise. + Ne vous estimez pas quitte pour la quitter, + Ni que de cette sorte on se laisse affronter[609]. 1540 + + GÉRASTE. + + Me prends-tu donc pour homme à manquer de parole + En faveur d'un caprice où s'obstine une folle? + Va, fais venir Florame: à ses yeux tu verras + Que pour lui mon pouvoir ne s'épargnera pas, + Que je maltraiterai Daphnis en sa présence 1545 + D'avoir pour son amour si peu de complaisance. + Qu'il vienne seulement voir un père irrité, + Et joindre sa prière à mon autorité; + Et lors, soit que Daphnis y résiste ou consente, + Crois que ma volonté sera la plus puissante[610]. 1550 + + CÉLIE. + + Croyez que nous tromper ce n'est pas votre mieux. + + GÉRASTE. + + Me foudroie en ce cas la colère des cieux! + + +SCÈNE VII. + +GÉRASTE, DAPHNIS. + + GÉRASTE, seul. + + Géraste, sur-le-champ il te falloit contraindre + Celle que ta pitié ne pouvoit ouïr plaindre. + Tu n'as pu refuser du temps à ses douleurs, 1555 + Ton coeur s'attendrissoit de voir couler ses pleurs; + Et pour avoir usé trop peu de ta puissance, + On t'impute à forfait sa désobéissance. + +(Daphnis vient[611].) + + Un traitement trop doux te fait croire sans foi. + Faudra-t-il que de vous je reçoive la loi, 1560 + Et que l'aveuglement d'une amour obstinée + Contre ma volonté règle votre hyménée? + Mon extrême indulgence a donné par malheur + A vos rébellions quelque foible couleur; + Et pour quelque moment que vos feux m'ont su plaire, + Vous pensez avoir droit de braver ma colère[612]; + Mais sachez qu'il falloit, ingrate, en vos amours, + Ou ne m'obéir point, ou m'obéir toujours. + + DAPHNIS. + + Si dans mes premiers feux je vous semble obstinée, + C'est l'effet de ma foi sous votre aveu donnée. 1570 + Quoi que mette en avant votre injuste courroux, + Je ne veux opposer à vous-même que vous. + Votre permission doit être irrévocable: + Devenez seulement à vous-même semblable. + Il vous falloit, Monsieur, vous-même à mes amours[613] + Ou ne consentir point ou consentir toujours. + Je choisirai la mort plutôt que le parjure: + M'y voulant obliger, vous vous faites injure. + Ne veuillez point combattre ainsi hors de saison + Votre vouloir, ma foi, mes pleurs, et la raison. 1580 + Que vous a fait Daphnis? que vous a fait Florame, + Que pour lui vous vouliez que j'éteigne ma flamme? + + GÉRASTE. + + Mais que vous a-t-il fait, que pour lui seulement + Vous vous rendiez rebelle à mon commandement? + Ma foi n'est-elle rien au-dessus de la vôtre[614]? 1585 + Vous vous donnez à l'un; ma foi vous donne à l'autre. + Qui le doit emporter ou de vous ou de moi? + Et qui doit de nous deux plutôt manquer de foi? + Quand vous en manquerez, mon vouloir vous excuse. + Mais à trop raisonner moi-même je m'abuse: 1590 + Il n'est point de raison valable entre nous deux, + Et pour toute raison il suffit que je veux. + + DAPHNIS. + + Un parjure jamais ne devient légitime; + Une excuse ne peut justifier un crime. + Malgré vos changements, mon esprit résolu 1595 + Croit suffire à mes feux que vous ayez voulu[615]. + + +SCÈNE VIII. + +GÉRASTE, DAPHNIS, FLORAME, CÉLIE, AMARANTE. + + DAPHNIS[616]. + + Voici ce cher amant qui me tient engagée, + A qui sous votre aveu ma foi s'est obligée: + Changez de volonté pour un objet nouveau; + Daphnis épousera Florame, ou le tombeau. 1600 + + GÉRASTE. + + Que vois-je ici, bons Dieux? + + DAPHNIS. + + Mon amour, ma constance. + + GÉRASTE. + + Et sur quoi donc fonder ta désobéissance? + Quel envieux démon, et quel charme assez fort + Faisoit entre-choquer deux volontés d'accord? + C'est lui que tu chéris[617] et que je te destine; 1605 + Et ta rébellion dans un refus s'obstine! + + FLORAME. + + Appelez-vous refus de me donner sa foi + Quand votre volonté se déclara pour moi? + Et cette volonté, pour un autre tournée, + Vous peut-elle obéir après la foi donnée? 1610 + + GÉRASTE. + + C'est pour vous que je change, et pour vous seulement + Je veux qu'elle renonce à son premier amant. + Lorsque je consentis à sa secrète flamme, + C'étoit pour Clarimond qui possédoit son âme: + Amarante du moins me l'avoit dit ainsi. 1615 + + DAPHNIS. + + Amarante, approchez: que tout soit éclairci. + Une telle imposture est-elle pardonnable? + + AMARANTE. + + Mon amour pour Florame en est le seul coupable: + Mon esprit l'adoroit; et vous étonnez-vous + S'il devint inventif[618], puisqu'il étoit jaloux? 1620 + + GÉRASTE. + + Et par là tu voulois.... + + AMARANTE. + + Que votre âme déçue + Donnât à Clarimond une si bonne issue, + Que Florame, frustré de l'objet de ses voeux, + Fût réduit désormais à seconder mes feux. + + FLORAME. + + Pardonnez-lui, Monsieur; et vous, daignez, Madame[619], + Justifier son feu par votre propre flamme: + Si vous m'aimez encor, vous devez estimer + Qu'on ne peut faire un crime à force de m'aimer. + + DAPHNIS. + + Si je t'aime, Florame? Ah! ce doute m'offense[620]. + D'Amarante avec toi je prendrai la défense. 1630 + + GÉRASTE. + + Et moi, dans ce pardon je vous veux prévenir; + Votre hymen aussi bien saura trop la punir. + + DAPHNIS. + + Qu'un nom tu par hasard nous a donné de peine! + + CÉLIE. + + Mais que su maintenant il rend sa ruse vaine, + Et donne un prompt succès à vos contentements! 1635 + + FLORAME, à Géraste. + + Vous, de qui je les tiens.... + + GÉRASTE. + + Trêve de compliments: + Ils nous empêcheroient de parler de Florise. + + FLORAME. + + Il n'en faut point parler: elle vous est acquise. + + GÉRASTE. + + Allons donc la trouver: que cet échange heureux[621] + Comble d'aise à son tour un vieillard amoureux! 1640 + + DAPHNIS. + + Quoi! je ne savois rien d'une telle partie! + + FLORAME. + + Je pense toutefois vous avoir avertie[622] + Qu'un grand effet d'amour, avant qu'il fût longtemps, + Vous rendroit étonnée et nos desirs contents[623]. + Mais différez, Monsieur, une telle visite: 1645 + Mon feu ne souffre point que sitôt je la quitte; + Et d'ailleurs je sais trop que la loi du devoir + Veut que je sois chez nous pour vous y recevoir. + + GÉRASTE, à Célie. + + Va donc lui témoigner le desir qui me presse. + + FLORAME. + + Plutôt fais-la venir saluer ma maîtresse: 1650 + Ainsi tout à la fois nous verrons satisfaits[624] + Vos feux et mon devoir, ma flamme et vos souhaits. + + GÉRASTE. + + Je dois être honteux d'attendre qu'elle vienne. + + CÉLIE. + + Attendez-la, Monsieur, et qu'à cela ne tienne: + Je cours exécuter cette commission. 1655 + + GÉRASTE. + + Le temps en sera long à mon affection. + + FLORAME. + + Toujours l'impatience à l'amour est mêlée. + + GÉRASTE. + + Allons dans le jardin faire deux tours d'allée, + Afin que cet ennui que j'en pourrai sentir[625] + Parmi votre entretien trouve à se divertir. 1660 + + +SCÈNE IX. + + AMARANTE. + + Je le perds donc, l'ingrat, sans que mon artifice[626] + Ait tiré de ses maux aucun soulagement, + Sans que pas un effet ait suivi ma malice, + Où ma confusion n'égalât son tourment. + + Pour agréer ailleurs il tâchoit à me plaire, 1665 + Un amour dans la bouche, un autre dans le sein: + J'ai servi de prétexte à son feu téméraire, + Et je n'ai pu servir d'obstacle à son dessein. + + Daphnis me le ravit, non par son beau visage, + Non par son bel esprit ou ses doux entretiens, 1670 + Non que sur moi sa race ait aucun avantage, + Mais par le seul éclat qui sort d'un peu de biens. + Filles que la nature a si bien partagées, + Vous devez présumer fort peu de vos attraits: + Quelques charmants[627] qu'ils soient, vous êtes négligées, + A moins que la fortune en rehausse les traits[628]. + + Mais encor que Daphnis eût captivé Florame, + Le moyen qu'inégal il en fût possesseur? + Destins, pour rendre aisé le succès de sa flamme[629], + Falloit-il qu'un vieux fou fût épris de sa soeur? 1680 + + Pour tromper mon attente et me faire un supplice, + Deux fois l'ordre commun se renverse en un jour: + Un jeune amant s'attache aux lois de l'avarice, + Et ce vieillard pour lui suit celles de l'amour. + + Un discours amoureux n'est qu'une fausse amorce, 1685 + Et Théante et Florame ont feint pour moi des feux: + L'un m'échappe de gré, comme l'autre de force; + J'ai quitté l'un pour l'autre, et je les perds tous deux. + + Mon coeur n'a point d'espoir dont je ne sois séduite[630]: + Si je prends quelque peine, une autre en a les fruits[631]; + Et dans le triste état où le ciel m'a réduite, + Je ne sens que douleurs et ne prévois qu'ennuis. + + Vieillard, qui de ta fille achètes une femme + Dont peut-être aussitôt tu seras mécontent, + Puisse le ciel, aux soins qui te vont ronger l'âme, 1695 + Dénier le repos du tombeau qui t'attend! + + Puisse le noir chagrin de ton humeur jalouse[632] + Me contraindre moi-même à déplorer ton sort, + Te faire un long trépas, et cette jeune épouse + User toute sa vie à souhaiter ta mort! 1700 + + +FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [579] _Var._ Si ce change d'humeur un peu plus tôt t'eût pris, + Nous aurions vu l'effet du dessein entrepris. (1637-57) + + [580] _Var._ Le rencontrer encor n'est plus en mon possible. + (1637-57) + + [581] _Var._ Vu que Daphnis, au point où je la vois réduite, + N'est pas pour l'oublier, quand il seroit en fuite. (1637-57) + + [582] _Var._ Le privant de ce bien, ne me le donne pas. (1637-57) + _Var._ Le privant d'un tel heur, ne me le donne pas. (1660-64) + + [583] _Var._ Inégal en fortune aux biens de cette belle. + (1637-64) + + [584] _Var._ Que pourrois-je en ce cas prétendre de ses pleurs? + Mon espoir se peut-il fonder sur ses douleurs? (1637-57) + + [585] _Var._ Et si de l'obtenir je me sens incapable, + Florame est mon ami, d'où tu peux inférer + Qu'à tout autre qu'à moi je le dois préférer, + Et verrois à regret qu'un autre eût pris sa place. (1637-57) + + [586] _Var._ Non pas, mais tu peux faire.... + DAM. Quoi? TH. Que Clarimond prenne un mouvement contraire. + (1637-57) + + [587] _Var._ Peut-être mon esprit treuvera quelque ruse. + (1637-52) + + [588] _Var._ Par où, mon honneur sauf, du cartel je m'excuse. + (1637-57) + + [589] _Var._ Bien que j'adore encor l'excès de son mérite, + Florame ayant Daphnis, de honte je la quitte. (1637-57) + + [590] Ce jeu de scène n'est pas dans l'édition de 1637. + + [591] _Var._ Et tout rival qu'il m'est, il rit de ma colère. + (1637-57) + + [592] _Var._ Et qu'ainsi que mes maux mes forfaits soient + extrêmes. (1637-57) + + [593] Voyez tome I, p. 208, note 2. + + [594] _Var._ Montrez, en m'assistant, que vous êtes des dieux, + Et conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux. (1637-57) + + [595] _Var._ Qu'au lieu de toi Daphnis occupoit mon penser. + (1637-57) + + [596] _Var._ Un bien si précieux qu'Amour m'avoit donné. + AMAR. Ce vous dût être assez de m'avoir abusée. (1637) + _Var._ Ce trésor que l'amour m'avoit si bien donné. (1644-57) + + [597] _Ce dût_, c'est-à-dire _ce devroit_. Le mot a, dans toutes + les éditions, ou une _s_, ou un accent circonflexe, ou un accent + et une _s_ à la fois: _deust_, _dûst_. + + [598] _Var._ Tu t'abuses: lui seul et sa rigueur cruelle. + (1637-1657) + + [599] Telle est la leçon des éditions de 1668 et de 1682. Elle + peut bien se comprendre; cependant, comme toutes les autres + éditions donnent _empêchent_, au lieu d'_empêchant_, ce participe + ne serait-il pas une faute d'impression? + + [600] _Var._ Tu redoubles ton crime à le désavouer; + Et sache qu'aujourd'hui, si tu ne fais en sorte. (1637-60) + + [601] _Dans_, qui est la leçon généralement adoptée, ne se trouve + dans aucune des éditions imprimées du vivant de Corneille, mais + seulement dans celle de 1692. + + [602] _Var._ Si ce n'est qu'à dessein ils veuillent tout mêler, + Et soient d'intelligence à me faire affoler. (1637-64) + + [603] _Var._ Qu'il ne nous brouille encor de quelque confidence. + (1637-57) + + [604] _Var._ C'est moi qui suis marri que pour cet hyménée + Je ne puis révoquer la parole donnée. (1637-57) + + [605] _Var._ Me verroit sans cela prêt à ses volontés. + POL. Mais si quelque malheur rompoit cette alliance? + GÉR. Qu'il n'ait lors de ma part aucune défiance. (1637-57) + + [606] _Var._ J'ai promis, il est vrai, mais au cas seulement + Que Florame ou sa soeur courût au changement. (1637-57) + + [607] L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «Impudente + nouvelle!» + + [608] _Var._ Ne se plaint que de vous et de votre rigueur; + Et sans vous on verroit leur mutuelle flamme + Unir bientôt deux corps qui n'ont déjà qu'une âme. + Vous m'allez cependant effrontément conter + Que Daphnis sur ce point ose vous résister! (1637-57) + + [609] _Var._ [Ni que de cette sorte on se laisse affronter.] + Florame a trop de coeur. GÉR. Et moi trop de courage + Pour manquer où l'amour, l'honneur, la foi m'engage. + Va donc, va le chercher: à ses yeux tu verras. (1637-57) + + [610] _Var._ Enfin ma volonté sera la plus puissante. (1637-64) + + [611] _Var._ _Daphnis sort._ (1637, en marge, 1644 et + 52-60)--_Daphnis vient sur le théâtre._ (1663, en marge.)--Ce jeu + de scène manque dans l'édition de 1648, qui porte seule, après le + vers 1559: _A Daphnis._ + + [612] _Var._ Vous vous autorisez à m'être réfractaire. (1637) + + [613] _Var._ Il vous falloit, Monsieur, vous-même en mes amours. + (1637) + + [614] _Var._ Ma foi doit-elle pas prévaloir sur la vôtre? + (1637-57) + + [615] C'est-à-dire: croit qu'il suffit à mes feux que vous ayez + voulu. + + [616] _Var._ DAPHNIS, _montrant Florame_. (1648) + + [617] L'édition de 1637 porte: _C'est lui que je chéris_, ce qui + est vraisemblablement une erreur. + + [618] Suivant la Fontaine il n'est pas même nécessaire d'être + jaloux, l'amour suffit: + + Soyez amant, vous serez inventif. + + (_Contes, le Cuvier_, vers 1.) + + --On lit dans l'édition de 1682: _S'il devient inventif_, ce qui + doit être une erreur. + + [619] _Var._ Pardonnez-lui, Monsieur; et vous, ma chère vie, + Voyez que votre exemple au pardon vous convie. (1637-64.) + + [620] _Var._ Si je t'aime, mon heur? Ah! ce doute m'offense. + (1637-57) + + [621] _Var._ Allons donc la trouver: que cet échange heureux. + (1637-52) + + [622] _Var._ Mon coeur, s'il t'en souvient, je t'avois avertie. + (1637-57) + + [623] _Var._ Te rendroit étonnée et nos desirs contents. + (1637-57) + + [624] _Var._ Par cette invention vous et moi satisfaits. + Sans faillir au devoir, nous aurons nos souhaits. + GÉR. Mais le mien toutefois veut que je la prévienne. (1637-57) + + [625] _Var._ Afin qu'ainsi l'ennui que j'en pourrai sentir + Dedans votre entretien se puisse divertir. (1637-57) + + [626] _Var._ Je le perds sans avoir de tout mon artifice + Qu'autant de mal que lui, bien que diversement, + Vu que pas un effet n'a suivi ma malice. (1637-57) + + [627] On a imprimé, par erreur sans doute, _charmes_, au lieu de + _charmants_, dans l'édition de 1682.--Sur l'orthographe de + _quelques_, voyez tome I, p. 205, note 3. + + [628] _Var._ Sinon quand la fortune en fait les plus beaux + traits. (1637-57) + + [629] _Var._ Ciel, pour faciliter le succès de sa flamme, + Falloit-il qu'un vieillard fût épris de sa soeur? + + Oui, ciel, il le falloit: ce n'est pas sans justice + Que cet esprit usé se renverse à son tour: + Puisqu'un jeune amant suit les lois de l'avarice, + Il faut bien qu'un vieillard suive celles d'amour. (1637-57) + + [630] _Var._ Mon coeur n'a point d'espoir d'où je ne sois + séduite[630-a]. (1637) + + [630-a] C'est-à-dire dans lequel je ne sois déçue. + + [631] _Var._ Si je prends quelque peine, un autre en a les fruits. + Qu'au misérable état où je me vois réduite, + J'aurai bien à passer encor de tristes nuits! (1637-57) + + [632] _Var._ Puisse enfin ta foiblesse et ton humeur jalouse + Te frustrer désormais de tout contentement[632-a], + Te remplir de soupçons, et cette jeune épouse + Joindre à mille mépris le secours d'un amant!(1637-57) + + [632-a] Te priver désormais de tout contentement.(1644-57) + + + + + LA PLACE ROYALE + + COMÉDIE + + 1635 + + + + +NOTICE. + + +Le succès de _la Galerie du Palais_, dû en grande partie, comme notre +poëte l'a remarqué lui-même, au plaisir qu'éprouvaient les spectateurs +en se voyant transportés dans un endroit qu'ils fréquentaient +d'ordinaire, l'engagea à choisir pour théâtre d'une autre comédie la +place Royale, qui, à cette époque, était la promenade à la mode, le +lieu de réunion de la société la plus brillante, le centre des +rendez-vous et des intrigues amoureuses. + + Adieu, belle place où n'habite + Que mainte personne d'élite, + +dit Scarron dans son _Adieu au Marais et à la place Royale_, composé +en 1643[633]; et la curieuse liste qui suit ces deux vers les justifie +pleinement. + +La prédilection de Corneille pour les titres empruntés à divers +endroits fameux de la ville de Paris a été critiquée en ces termes par +un de ses censeurs: «Il a fait voir une _Mélite, la Galerie du Palais_ +et _la Place Royale_, ce qui nous faisoit espérer que Mondory +annonceroit bientôt _le Cimetière Saint-Jean_, _la Samaritaine_ et _la +Place aux Veaux_[634].» + +Quant à Claveret, il ne blâme point ce procédé, mais il accuse +Corneille de le lui avoir dérobé: «Ce que ma plume a produit autrefois +ne m'a point fait rougir de honte, et si du temps que j'écrivois, vous +ne m'eussiez cru capable au moins de vous suivre, vous n'eussiez pas +tâché malicieusement d'éteindre ce peu de lumière, avec laquelle +j'essayois de me faire connoître, établissant le titre d'une de vos +pièces sur le fondement d'une seule rime[635]. J'entends parler de +votre _Place Royale_, que vous eussiez aussi bien appelée _la Place +Dauphine_, ou autrement, si vous eussiez pu perdre l'envie de me +choquer; pièce que vous vous résolûtes de faire, dès que vous sûtes +que j'y travaillois, ou pour satisfaire votre passion jalouse, ou pour +contenter celle des comédiens que vous serviez. Cela n'a pas empêché +que je n'en aye reçu tout le contentement que j'en pouvois +légitimement attendre, et que les honnêtes gens qui se rendirent en +foule à ses représentations n'ayent honoré de quelques louanges +l'invention de mon esprit. J'ajouterois bien qu'elle eut la gloire et +le bonheur de plaire au Roi étant à Forges[636], plus qu'aucune autre +des pièces qui parut lors sur son théâtre[637]....» + +La comédie de Corneille, jouée en 1635, ne fut imprimée qu'en vertu du +privilége dont nous avons donné un extrait dans notre notice sur _la +Galerie du Palais_; l'achevé d'imprimer est du 20 février 1637. Le +volume, de format in-4º, se compose de 4 feuillets liminaires et de +112 pages; son titre exact est: + +LA PLACE ROYALLE, OU L'AMOVREVX EXTRAVAGANT. COMEDIE. _A Paris, chez +Augustin Courbé.... M.DC.XXXVII. Auec priuilege du Roy._ + +Le sous-titre: _ou l'Amoureux Extrauagant_, a disparu dès l'édition de +1644. + +FOOTNOTES: + + [633] Cette date est facile à établir, car Scarron parle dans + cette pièce de la fille de la duchesse de Rohan, + + A qui depuis deux ans en ça + On offrit l'illustre Bassa. + + Or _Ibrahim ou l'illustre Bassa_, de Mlle de Scudéry, a paru en + 1641. + + [634] _Lettre à *** sous le nom d'Ariste_, p. 7. + + [635] Ainsi je veux punir ma flamme déloyale. + Ainsi.... + + ALIDOR. + Te rencontrer dans la Place Royale. + + (Acte I, scènes III et IV, vers 177 et 178.) + + [636] Claveret avait composé pour cette visite du Roi aux eaux de + Forges une pièce que, de l'aveu d'un de ses apologistes, il ne + put faire accepter. Nous lisons dans _l'Ami du Cid à Claveret_ + (p. 5): «Votre _Place Royale_ suit assez bien, et je vous + confesse qu'elle fut trouvée si bonne à Forges, que Mondory et + ses compagnons qui en avoient les eaux dans la saison du monde la + plus propre pour les boire, n'en voulurent jamais goûter: tout le + monde n'entendra pas ceci peut-être, c'est que vous avez fait une + pièce intitulée _les Eaux de Forges_, que vous leur donnâtes, où + il ne manquoit chose du monde, sinon que le sujet, la conduite et + les vers ne valoient rien du tout. A cela près c'étoit une assez + belle chose.» Dans la _Réponse à l'Ami du Cid_ (p. 45 de + l'_Épître familière du Sr Mayret_), Claveret est ainsi défendu: + «Pour sa pièce intitulée _les Eaux de Forges_, vous avez bien + raison de dire pour faire une mauvaise pointe que Mondory et ses + compagnons n'en voulurent jamais goûter dans la saison du monde + la plus propre pour les boire, mais non pas de vouloir conclure + par là qu'elle ne vaut rien, puisqu'il est vrai qu'ils ne firent + difficulté de la prendre que par la discrète crainte qu'ils + eurent de fâcher quelques personnes de condition qui pouvoient + reconnoître leurs aventures dans la représentation de cette + pièce.» + + [637] _Lettre du Sr Claveret au Sr Corneille, soy disant + Autheur du Cid_, p. 10. + + +A MONSIEUR ***[638] + + MONSIEUR, + +J'observe religieusement la loi que vous m'avez prescrite, et vous +rends mes devoirs avec le même secret que je traiterois un amour, si +j'étois homme à bonne fortune. Il me suffit que vous sachiez que je +m'acquitte, sans le faire connoître à tout le monde, et sans que par +cette publication je vous mette en mauvaise odeur auprès d'un sexe +dont vous conservez les bonnes grâces avec tant de soin. Le héros de +cette pièce ne traite pas bien les dames, et tâche d'établir des +maximes qui leur sont trop désavantageuses, pour nommer son +protecteur: elles s'imagineroient que vous ne pourriez l'approuver +sans avoir grande part à ses sentiments, et que toute sa morale seroit +plutôt un portrait de votre conduite qu'un effort de mon imagination; +et véritablement, Monsieur, cette possession de vous-même, que vous +conservez si parfaite parmi tant d'intrigues[639] où vous semblez +embarrassé, en approche beaucoup. C'est de vous que j'ai appris que +l'amour d'un honnête homme doit être toujours volontaire; qu'on ne +doit jamais aimer en un point qu'on ne puisse n'aimer pas; que si on +en vient jusque-là, c'est une tyrannie dont il faut secouer le joug; +et qu'enfin la personne aimée nous a beaucoup plus d'obligation de +notre amour, alors qu'elle est toujours l'effet de notre choix et de +son mérite, que quand elle vient d'une inclination aveugle, et forcée +par quelque ascendant de naissance à qui nous ne pouvons résister. +Nous ne sommes point redevables à celui de qui nous recevons un +bienfait par contrainte, et on ne nous donne point ce qu'on ne sauroit +nous refuser. Mais je vais trop avant pour une épître: il sembleroit +que j'entreprendrois la justification de mon Alidor; et ce n'est pas +mon dessein de mériter par cette défense la haine de la plus belle +moitié du monde, et qui domine si puissamment sur les volontés de +l'autre. Un poëte n'est jamais garant des fantaisies[640] qu'il donne +à ses acteurs; et si les dames trouvent ici quelques discours qui les +blessent, je les supplie de se souvenir que j'appelle extravagant +celui dont ils partent[641], et que par d'autres poëmes j'ai assez +relevé leur gloire et soutenu leur pouvoir, pour effacer les mauvaises +idées que celui-ci leur pourra faire concevoir de mon esprit. Trouvez +bon que j'achève par là, et que je n'ajoute à cette prière que je leur +fais que la protestation d'être éternellement, + + MONSIEUR, + + Votre très-humble et très-obéissant serviteur[642], + + CORNEILLE. + +FOOTNOTES: + + [638] Cette épître ne se trouve que dans les impressions + antérieures à 1660. Nous donnons le texte de l'édition originale + (1637). + + [639] VAR. (édit. de 1644-57): intriques. + + [640] Les éditions de 1652 et de 1657 ont _fantasies_, au lieu de + _fantaisies_. + + [641] VAR. (édit. de 1644-57): de se souvenir que je les mets en + la bouche d'un extravagant, et que par d'autres poëmes.... + + [642] VAR. (édit. de 1644-57): Votre très-humble et très-fidèle + serviteur. + + +EXAMEN. + +Je ne puis dire tant de bien de celle-ci[643] que de la précédente. +Les vers en sont plus forts; mais il y a manifestement une duplicité +d'action. Alidor, dont l'esprit extravagant se trouve incommodé d'un +amour qui l'attache trop, veut faire en sorte qu'Angélique sa +maîtresse se donne à son ami Cléandre; et c'est pour cela qu'il lui +fait rendre une fausse lettre qui le convainc de légèreté, et qu'il +joint à cette supposition des mépris assez piquants pour l'obliger +dans sa colère à accepter les affections d'un autre. Ce dessein +avorte, et la donne à Doraste contre son intention; et cela l'oblige à +en faire un nouveau pour la porter à un enlèvement. Ces deux desseins, +formés ainsi l'un après l'autre, font deux actions, et donnent deux +âmes au poëme, qui d'ailleurs finit assez mal par un mariage de deux +personnes épisodiques, qui ne tiennent que le second rang dans la +pièce. Les premiers acteurs y achèvent bizarrement, et tout ce qui les +regarde fait languir le cinquième acte, où ils ne paroissent plus, à +le bien prendre, que comme seconds acteurs. L'épilogue d'Alidor n'a +pas la grâce de celui de _la Suivante_, qui ayant été très-intéressée +dans l'action principale, et demeurant enfin sans amant, n'ose +expliquer ses sentiments en la présence de sa maîtresse et de son +père, qui ont tous deux leur compte, et les laisse rentrer pour pester +en liberté contre eux et contre sa mauvaise fortune, dont elle se +plaint en elle-même, et fait par là connoître au spectateur l'assiette +de son esprit après un effet si contraire à ses souhaits. + +Alidor est sans doute trop bon ami pour être si mauvais amant. Puisque +sa passion l'importune tellement qu'il veut bien outrager sa maîtresse +pour s'en défaire, il devroit se contenter de ce premier effort, qui +la fait obtenir à Doraste, sans s'embarrasser de nouveau pour +l'intérêt d'un ami, et hasarder en sa considération un repos qui lui +est si précieux. Cet amour de son repos n'empêche point qu'au +cinquième acte il ne se montre encore passionné pour cette maîtresse, +malgré la résolution qu'il avoit prise de s'en défaire, et les +trahisons qu'il lui a faites: de sorte qu'il semble ne commencer à +l'aimer véritablement que quand il lui a donné sujet de le haïr. Cela +fait une inégalité de moeurs qui est vicieuse. + +Le caractère d'Angélique sort de la bienséance, en ce qu'elle est trop +amoureuse, et se résout trop tôt à se faire enlever par un homme qui +lui doit être suspect. Cet enlèvement lui réussit mal; et il a été bon +de lui donner un mauvais succès, bien qu'il ne soit pas besoin que les +grands crimes soient punis dans la tragédie, parce que leur peinture +imprime assez d'horreur pour en détourner les spectateurs. Il n'en est +pas de même des fautes de cette nature, et elles pourroient engager +un esprit jeune et amoureux à les imiter, si l'on voyoit que ceux qui +les commettent vinssent à bout, par ce mauvais moyen, de ce qu'ils +desirent. + +Malgré cet abus, introduit par la nécessité et légitimé par l'usage, +de faire dire dans la rue à nos amantes de comédie ce que +vraisemblablement elles diroient dans leur chambre, je n'ai osé y +placer Angélique durant la réflexion douloureuse qu'elle fait sur la +promptitude et l'imprudence de ses ressentiments, qui la font +consentir à épouser l'objet de sa haine: j'ai mieux aimé rompre la +liaison des scènes, et l'unité de lieu, qui se trouve assez exacte en +ce poëme à cela près, afin de la faire soupirer dans son cabinet avec +plus de bienséance pour elle, et plus de sûreté pour l'entretien +d'Alidor. Phylis, qui le voit sortir de chez elle, en auroit trop vu +si elle les avoit aperçus tous deux sur le théâtre; et au lieu du +soupçon de quelque intelligence renouée entre eux qui la porte à +l'observer durant le bal, elle auroit eu sujet d'en prendre une +entière certitude, et d'y donner un ordre qui eût rompu tout le +nouveau dessein d'Alidor et l'intrique de la pièce. + +En voilà assez sur celle-ci; je passe aux deux qui restent dans ce +volume[644]. + +FOOTNOTES: + + + [643] Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, a remplacé + _celle-ci_ par _cette pièce_. Voyez, au tome I, la note 1 de la + p. 137. + + [644] A savoir _Médée et l'Illusion comique_.--Cette dernière + phrase se trouve dans toutes les éditions qui renferment + l'_Examen_ (1660-1682). Elle est exacte pour les impressions + in-8º, qui toutes contiennent huit pièces dans leur premier + volume (voyez notre tome I, p. 4 et 5); mais elle ne l'est pas + pour l'édition in-folio de 1663, qui en a douze au lieu de huit. + + + + +ACTEURS[645]. + + + ALIDOR, amant d'Angélique. + CLÉANDRE, ami d'Alidor. + DORASTE, amoureux d'Angélique. + LYSIS, amoureux de Phylis. + ANGÉLIQUE, maîtresse d'Alidor et de Doraste. + PHYLIS, soeur de Doraste. + POLYMAS, domestique d'Alidor. + LYCANTE, domestique de Doraste. + +La scène est à Paris dans la place Royale[646]. + + + + +LA PLACE ROYALE. + +COMÉDIE. + + + + +ACTE I + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +ANGÉLIQUE, PHYLIS. + + ANGÉLIQUE. + + Ton frère, je l'avoue, a beaucoup de mérite[647]; + Mais souffre qu'envers lui cet éloge m'acquitte, + Et ne m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi. + + PHYLIS. + + C'est me vouloir prescrire une trop dure loi. + Puis-je, sans étouffer la voix de la nature, 5 + Dénier mon secours aux tourments qu'il endure? + Quoi! tu m'aimes, il meurt, et tu peux le guérir[648], + Et sans t'importuner je le verrois périr! + Ne me diras-tu point que j'ai tort de le plaindre? + + ANGÉLIQUE. + + C'est un mal bien léger qu'un feu qu'on peut éteindre[649]. 10 + + PHYLIS. + + Je sais qu'il le devroit, mais avec tant d'appas[650], + Le moyen qu'il te voie et ne t'adore pas? + Ses yeux ne souffrent point que son coeur soit de glace; + On ne pourroit aussi m'y résoudre en sa place[651]; + Et tes regards, sur moi plus forts que tes mépris, 15 + Te sauroient conserver ce que tu m'aurois pris. + + ANGÉLIQUE. + + S'il veut garder encor cette humeur obstinée[652], + Je puis bien m'empêcher d'en être importunée, + Feindre un peu de migraine, ou me faire celer: + C'est un moyen bien court de ne lui plus parler; 20 + Mais ce qui m'en déplaît et qui me désespère[653], + C'est de perdre la soeur pour éviter le frère, + Et me violenter à fuir ton entretien[654], + Puisque te voir encor c'est m'exposer au sien. + Du moins, s'il faut quitter cette douce pratique[655], 25 + Ne mets point en oubli l'amitié d'Angélique, + Et crois que ses effets auront leur premier cours[656] + Aussitôt que ton frère aura d'autres amours. + + PHYLIS. + + Tu vis d'un air étrange et presque insupportable. + + ANGÉLIQUE. + + Que toi-même pourtant dois trouver équitable[657]; 30 + Mais la raison sur toi ne sauroit l'emporter: + Dans l'intérêt d'un frère on ne peut l'écouter. + + PHYLIS. + + Et par quelle raison négliger son martyre? + + ANGÉLIQUE. + + Vois-tu, j'aime Alidor, et c'est assez te dire[658]. + Le reste des mortels pourroit m'offrir des voeux, 35 + Je suis aveugle, sourde, insensible pour eux; + La pitié de leurs maux ne peut toucher mon âme + Que par des sentiments dérobés à ma flamme. + On ne doit point avoir des amants par quartier; + Alidor a mon coeur et l'aura tout entier; 40 + En aimer deux, c'est être à tous deux infidèle. + + PHYLIS. + + Qu'Alidor seul te rende à tout autre cruelle, + C'est avoir pour le reste un coeur trop endurci. + + ANGÉLIQUE. + + Pour aimer comme il faut, il faut aimer ainsi. + + PHYLIS. + + Dans l'obstination où je te vois réduite, 45 + J'admire ton amour et ris de ta conduite. + Fasse état qui voudra de ta fidélité, + Je ne me pique point de cette vanité, + Et l'exemple d'autrui m'a trop fait reconnoître[659] + Qu'au lieu d'un serviteur c'est accepter un maître. 50 + Quand on n'en souffre qu'un, qu'on ne pense qu'à lui, + Tous autres entretiens nous donnent de l'ennui; + Il nous faut de tout point vivre à sa fantaisie, + Souffrir de son humeur, craindre sa jalousie, + Et de peur que le temps n'emporte ses ferveurs[660], 55 + Le combler chaque jour de nouvelles faveurs; + Notre âme, s'il s'éloigne, est chagrine, abattue[661]; + Sa mort nous désespère et son change nous tue, + Et de quelque douceur que nos feux soient suivis, + On dispose de nous sans prendre notre avis; 60 + C'est rarement qu'un père à nos goûts s'accommode, + Et lors juge quels fruits on a de ta méthode. + Pour moi, j'aime un chacun, et sans rien négliger, + Le premier qui m'en conte a de quoi m'engager: + Ainsi tout contribue à ma bonne fortune; 65 + Tout le monde me plaît, et rien ne m'importune. + De mille que je rends l'un de l'autre jaloux, + Mon coeur n'est à pas un, et se promet à tous[662]: + Ainsi tous à l'envi s'efforcent à me plaire; + Tous vivent d'espérance, et briguent leur salaire; 70 + L'éloignement d'aucun ne sauroit m'affliger, + Mille encore présents m'empêchent d'y songer. + Je n'en crains point la mort, je n'en crains point le change; + Un monde m'en console aussitôt ou m'en venge[663]. + Le moyen que de tant et de si différents 75 + Quelqu'un n'ait assez d'heur pour plaire à mes parents? + Et si quelque inconnu m'obtient d'eux pour maîtresse[664], + Ne crois pas que j'en tombe en profonde tristesse: + Il aura quelques traits de tant que je chéris, + Et je puis avec joie accepter tous maris. 80 + + ANGÉLIQUE. + + Voilà fort plaisamment tailler cette matière, + Et donner à ta langue une libre carrière[665]. + Ce grand flux de raisons dont tu viens m'attaquer + Est bon à faire rire, et non à pratiquer. + Simple, tu ne sais pas ce que c'est que tu blâmes, 85 + Et ce qu'a de douceurs l'union de deux âmes; + Tu n'éprouvas jamais de quels contentements + Se nourrissent les feux des fidèles amants. + Qui peut en avoir mille en est plus estimée, + Mais qui les aime tous de pas un n'est aimée; 90 + Elle voit leur amour soudain se dissiper: + Qui veut tout retenir laisse tout échapper. + + PHYLIS. + + Défais-toi, défais-toi de tes fausses maximes[666]; + Ou si ces vieux abus te semblent légitimes[667], + Si le seul Alidor te plaît dessous les cieux, 95 + Conserve-lui ton coeur, mais partage tes yeux: + De mon frère par là soulage un peu les plaies; + Accorde un faux remède à des douleurs si vraies; + Feins, déguise avec lui, trompe-le par pitié[668], + Ou du moins par vengeance et par inimitié. 100 + + ANGÉLIQUE. + + Le beau prix qu'il auroit de m'avoir tant chérie, + Si je ne le payois que d'une tromperie! + Pour salaire des maux qu'il endure en m'aimant, + Il aura qu'avec lui je vivrai franchement. + + PHYLIS. + + Franchement, c'est-à-dire avec mille rudesses, 105 + Le mépriser, le fuir, et par quelques adresses + Qu'il tâche d'adoucir.... Quoi! me quitter ainsi! + Et sans me dire adieu! le sujet? + + +SCÈNE II. + +DORASTE, PHYLIS. + + DORASTE. + + Le voici. + Ma soeur, ne cherche plus une chose trouvée: + Sa fuite n'est l'effet que de mon arrivée; 110 + Ma présence la chasse, et son muet départ + A presque devancé son dédaigneux regard. + + PHYLIS. + + Juge par là quels fruits produit mon entremise. + Je m'acquitte des mieux de la charge commise; + Je te fais plus parfait mille fois que tu n'es: 115 + Ton feu ne peut aller au point où je le mets; + J'invente des raisons à combattre sa haine; + Je blâme, flatte, prie, et perds toujours ma peine[669], + En grand péril d'y perdre encor son amitié, + Et d'être en tes malheurs avec toi de moitié. 120 + + DORASTE. + + Ah! tu ris de mes maux. + + PHYLIS. + + Que veux-tu que je fasse? + Ris des miens, si jamais tu me vois en ta place. + Que serviroient mes pleurs? Veux-tu qu'à tes tourments + J'ajoute la pitié de mes ressentiments? + Après mille mépris qu'a reçus ta folie[670], 125 + Tu n'es que trop chargé de ta mélancolie; + Si j'y joignois la mienne, elle t'accableroit, + Et de mon déplaisir le tien redoubleroit; + Contraindre mon humeur me seroit un supplice + Qui me rendroit moins propre à te faire service. 130 + Vois-tu? par tous moyens je te veux soulager; + Mais j'ai bien plus d'esprit que de m'en affliger. + Il n'est point de douleur si forte en un courage + Qui ne perde sa force auprès de mon visage; + C'est toujours de tes maux autant de rabattu: 135 + Confesse, ont-ils encor le pouvoir qu'ils ont eu? + Ne sens-tu point déjà ton âme un peu plus gaie? + + DORASTE. + + Tu me forces à rire en dépit que j'en aie; + Je souffre tout de toi, mais à condition + D'employer tous tes soins à mon affection[671]. 140 + Dis-moi par quelle ruse il faut.... + + PHYLIS. + + Rentrons, mon frère: + Un de mes amants vient, qui pourroit nous distraire[672]. + + +SCÈNE III. + +CLÉANDRE. + + Que je dois bien faire pitié + De souffrir les rigueurs d'un sort si tyrannique! + J'aime Alidor, j'aime Angélique; 145 + Mais l'amour cède à l'amitié, + Et jamais on n'a vu sous les lois d'une belle[673] + D'amant si malheureux, ni d'ami si fidèle. + + Ma bouche ignore mes desirs, + Et de peur de se voir trahi par imprudence, 150 + Mon coeur n'a point de confidence + Avec mes yeux ni mes soupirs: + Tous mes voeux sont muets, et l'ardeur de ma flamme[674] + S'enferme toute entière au dedans de mon âme. + + Je feins d'aimer en d'autres lieux, 155 + Et pour en quelque sorte alléger mon supplice, + Je porte du moins mon service + A celle qu'elle aime le mieux. + Phylis, à qui j'en conte, a beau faire la fine; + Son plus charmant appas[675], c'est d'être sa voisine. 160 + + Esclave d'un oeil si puissant, + Jusque-là seulement me laisse aller ma chaîne, + Trop récompensé, dans ma peine, + D'un de ses regards en passant. + Je n'en veux à Phylis que pour voir Angélique, 165 + Et mon feu, qui vient d'elle, auprès d'elle s'explique. + + Ami, mieux aimé mille fois, + Faut-il, pour m'accabler de douleurs infinies, + Que nos volontés soient unies + Jusqu'à faire le même choix[676]? 170 + Viens quereller mon coeur d'avoir tant de foiblesse + Que de se laisser prendre au même oeil qui te blesse. + + Mais plutôt vois te préférer + A celle que le tien préfère à tout le monde, + Et ton amitié sans seconde 175 + N'aura plus de quoi murmurer. + Ainsi je veux punir ma flamme déloyale; + Ainsi.... + + +SCÈNE IV. + +ALIDOR, CLÉANDRE. + + ALIDOR. + + Te rencontrer dans la place Royale, + Solitaire, et si près de ta douce prison, + Montre bien que Phylis n'est pas à la maison. 180 + + CLÉANDRE. + + Mais voir de ce côté ta démarche avancée + Montre bien qu'Angélique est fort dans ta pensée. + + ALIDOR. + + Hélas! c'est mon malheur: son objet trop charmant, + Quoi que je puisse faire, y règne absolument. + + CLÉANDRE. + + De ce pouvoir peut-être elle use en inhumaine? 185 + + ALIDOR. + + Rien moins, et c'est par là que redouble ma peine: + Ce n'est qu'en m'aimant trop qu'elle me fait mourir, + Un moment de froideur, et je pourrois guérir; + Une mauvaise oeillade, un peu de jalousie, + Et j'en aurois soudain passé ma fantaisie; 190 + Mais las! elle est parfaite, et sa perfection + N'approche point encor de son affection[677]; + Point de refus pour moi, point d'heures inégales; + Accablé de faveurs à mon repos fatales[678], + Sitôt qu'elle voit jour à d'innocents plaisirs, 195 + Je vois qu'elle devine et prévient mes desirs; + Et si j'ai des rivaux, sa dédaigneuse vue + Les désespère autant que son ardeur me tue. + + CLÉANDRE. + + Vit-on jamais amant de la sorte enflammé, + Qui se tînt malheureux pour être trop aimé? 200 + + ALIDOR. + + Comptes-tu mon esprit entre les ordinaires? + Penses-tu qu'il s'arrête aux sentiments vulgaires? + Les règles que je suis ont un air tout divers: + Je veux la liberté dans le milieu des fers[679]. + Il ne faut point servir d'objet qui nous possède; 205 + Il ne faut point nourrir d'amour qui ne nous cède: + Je le hais, s'il me force; et quand j'aime, je veux + Que de ma volonté dépendent tous mes voeux, + Que mon feu m'obéisse au lieu de me contraindre, + Que je puisse à mon gré l'enflammer et l'éteindre[680], 210 + Et toujours en état de disposer de moi, + Donner quand il me plaît et retirer ma foi. + Pour vivre de la sorte Angélique est trop belle: + Mes pensers ne sauroient m'entretenir que d'elle[681]; + Je sens de ses regards mes plaisirs se borner; 215 + Mes pas d'autre côté n'oseroient se tourner[682]; + Et de tous mes soucis la liberté bannie + Me soumet en esclave à trop de tyrannie[683]. + J'ai honte de souffrir les maux dont je me plains, + Et d'éprouver ses yeux plus forts que mes desseins. 220 + Je n'ai que trop langui sous de si rudes gênes[684]: + A tel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes[685], + De crainte qu'un hymen, m'en ôtant le pouvoir, + Fît d'un amour par force un amour par devoir. + + CLÉANDRE. + + Crains-tu de posséder un objet qui te charme[686]? 225 + + ALIDOR. + + Ne parle point d'un noeud dont le seul nom m'alarme. + J'idolâtre Angélique: elle est belle aujourd'hui, + Mais sa beauté peut-elle autant durer que lui? + Et pour peu qu'elle dure, aucun me peut-il dire + Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle expire[687]? 230 + Du temps, qui change tout, les révolutions + Ne changent-elles pas nos résolutions? + Est-ce[688] une humeur égale et ferme que la nôtre? + N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre[689]? + Juge alors le tourment que c'est d'être attaché, 235 + Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché. + Cependant Angélique, à force de me plaire, + Me flatte doucement de l'espoir du contraire; + Et si d'autre façon je ne me sais garder, + Je sens que ses attraits m'en vont persuader[690]. 240 + Mais puisque son amour me donne tant de peine, + Je la veux offenser pour acquérir sa haine, + Et mériter enfin un doux commandement[691] + Qui prononce l'arrêt de mon bannissement. + Ce remède est cruel, mais pourtant nécessaire: 245 + Puisqu'elle me plaît trop, il me faut lui déplaire[692]. + Tant que j'aurai chez elle encor le moindre accès, + Mes desseins de guérir n'auront point de succès. + + CLÉANDRE. + + Étrange humeur d'amant! + + ALIDOR. + + Étrange, mais utile. + Je me procure un mal pour en éviter mille. 250 + + CLÉANDRE. + + Tu ne prévois donc pas ce qui t'attend de maux, + Quand un rival aura le fruit de tes travaux? + Pour se venger de toi, cette belle offensée + Sous les lois d'un mari sera bientôt passée[693]; + Et lors, que de soupirs et de pleurs répandus 255 + Ne te rendront aucun de tant de biens perdus! + + ALIDOR. + + Dis mieux, que pour rentrer dans mon indifférence[694], + Je perdrai mon amour avec mon espérance, + Et qu'y trouvant alors sujet d'aversion, + Ma liberté naîtra de ma punition. 260 + + CLÉANDRE. + + Après cette assurance, ami, je me déclare. + Amoureux dès longtemps d'une beauté si rare, + Toi seul de la servir me pouvois empêcher; + Et je n'aimois Phylis que pour m'en approcher. + Souffre donc maintenant que pour mon allégeance 265 + Je prenne, si je puis, le temps de sa vengeance; + Que des ressentiments qu'elle aura contre toi + Je tire un avantage en lui portant ma foi, + Et que cette colère en son âme conçue[695] + Puisse de mes desirs faciliter l'issue[696]. 270 + + ALIDOR. + + Si ce joug inhumain, ce passage trompeur, + Ce supplice éternel, ne te fait point de peur, + A moi ne tiendra pas que la beauté que j'aime + Ne me quitte bientôt pour un autre moi-même. + Tu portes en bon lieu tes desirs amoureux; 275 + Mais songe que l'hymen, fait bien des malheureux. + + CLÉANDRE. + + J'en veux bien faire essai; mais d'ailleurs, quand j'y pense[697], + Peut-être seulement le nom d'époux t'offense. + Et tu voudrois[698] qu'un autre.... + + ALIDOR. + + Ami, que me dis-tu[699]? + Connois mieux Angélique et sa haute vertu; 280 + Et sache qu'une fille a beau toucher mon âme, + Je ne la connois plus dès l'heure qu'elle est femme. + De mille qu'autrefois tu m'as vu caresser, + En pas une un mari pouvoit-il s'offenser? + J'évite l'apparence autant comme le crime; 285 + Je fuis un compliment qui semble illégitime; + Et le jeu m'en déplaît, quand on fait à tous coups + Causer un médisant et rêver un jaloux. + Encor que dans mon feu mon coeur ne s'intéresse, + Je veux pouvoir prétendre où ma bouche l'adresse, 290 + Et garder, si je puis, parmi ces fictions, + Un renom aussi pur que mes intentions. + Ami, soupçon à part, et sans plus de réplique[700], + Si tu veux en ma place être aimé d'Angélique, + Allons tout de ce pas ensemble imaginer 295 + Les moyens de la perdre et de te la donner, + Et quelle invention sera la plus aisée. + + CLÉANDRE. + + Allons. Ce que j'ai dit n'étoit que par risée. + + + +FIN DU PREMIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [645] Dans l'édition de 1637: Les acteurs. + + [646] VAR. (édit. de 1637-57): La scène est à la place Royale. + + [647] _Var._ Ton frère eût-il encor cent fois plus de mérite, + Tu reçois aujourd'hui ma dernière visite, + Si tu m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi. + PHYL. Vraiment tu me prescris une fâcheuse loi. + Je ne puis, sans forcer celles de la nature. (1637-57) + + [648] _Var._ Tu m'aimes, il se meurt, et tu le peux guérir, + Et sans t'importuner je le lairrois périr! + Me défendras-tu point à la fin de le plaindre? (1637-57) + + [649] _Var._ Le mal est bien léger d'un feu qu'on peut éteindre. + (1637) + + [650] _Var._ Il le devroit du moins, mais avec tant d'appas. + (1637-57) + + [651] _Var._ Aussi ne pourroit-on m'y résoudre en sa place. + (1637-57) + + [652] _Var._ S'il vit dans une humeur tellement obstinée. + (1637-57) + + [653] _Var._ Mais ce qui me déplaît et qui me désespère. + (1637-60) + + [654] _Var._ Rompre notre commerce et fuir ton entretien. + (1637-57) + + [655] _Var._ Que s'il me faut quitter cette douce pratique. + (1637-57) + + [656] _Var._ Sûre que ses effets auront leur premier cours + Aussitôt que ton frère éteindra ses amours. (1637-57) + + [657] _Var._ Que toi-même pourtant trouverois équitable. + (1637-57) + + [658] _Var._ Vois-tu, j'aime Alidor, et cela c'est tout dire. + (1637-57) + + [659] _Var._ On a peu de plaisirs quand un seul les fait naître: + Au lieu d'un serviteur, c'est accepter un maître. + Dans les soins éternels de ne plaire qu'à lui, + Cent plus honnêtes gens nous donnent de l'ennui. (1637) + + [660] _Var._ Et de peur que le temps ne lâche ses ferveurs. + (1637) + + [661] _Var._ Notre âme, s'il s'éloigne, est de deuil abattue. + (1637-57) + + [662] _Var._ Mon coeur n'est à pas un en se donnant à tous; + Pas un d'eux ne me traite avecque tyrannie, + Et mon humeur égale à mon gré les manie; + Je ne fais à pas un tenir lieu de mignon, + Et c'est à qui l'aura dessus son compagnon. + Ainsi tous à l'envie s'efforcent de me plaire[662-a]. (1637-57) + + [662-a] Les éditions de 1637-48 donnent: _à me plaire_, comme + l'édition de 1682. + + [663] Les éditions de 1644, de 1652 et de 1657 portent, par + erreur sans doute, _on m'en venge_. + + [664] _Var._ Et si leur choix fantasque un inconnu m'allie, + Ne crois pas que pourtant j'entre en mélancolie. (1637) + + [665] _Var._ Et donner à ta langue une longue carrière. (1637-60) + + [666] _Var._ Défais-toi, défais-toi de ces fausses maximes. + (1637-52 et 57) + + [667] _Var._ Ou si pour leur défense, aveugle, tu t'animes. + (1637-57) + + [668] _Var._ Trompe-le, je t'en prie, et sinon par pitié, + Pour le moins par vengeance ou par inimitié. (1637-57) + + [669] _Var._ Je blâme, flatte, prie, et n'y perds que ma peine. + (1637) + + [670] _Var._ Après mille mépris reçus de ta maîtresse, + Tu n'es que trop chargé de ta seule tristesse. (1637) + + [671] _Var._ [D'employer tous tes soins à mon affection.] + PHYL. Non pas tous: j'en retiens pour moi quelque partie. + DOR. Il étoit grand besoin de cette repartie; + Ne ris plus, et regarde après tant de discours + Par où tu me pourras donner quelque secours; + [Dis-moi par quelle ruse il faut....] (1637) + + [672] _Var._ Un de mes amants vient, qui nous pourroit distraire. + (1637-57) + + [673] _Var._ Et l'on n'a jamais vu sous les lois d'une belle. + (1637-57) + + [674] _Var._ Mes voeux pour sa beauté sont muets, et ma flamme, + Non plus que son objet, ne sort point de mon âme. (1637-57) + + [675] Voyez tome I, p. 148, note 3. + + [676] _Var._ Jusques à faire un même choix? + Viens quereller mon coeur, puisque en son peu d'espace + Ta maîtresse après toi peut trouver quelque place. (1637-57) + + [677] _Var._ N'est pourtant rien auprès de son affection. + (1637-57) + + [678] _Var._ Accablé de faveurs à mon aise fatales, + Partout où son honneur peut souffrir mes plaisirs. (1637-57) + + [679] _Var._ Je veux que l'on soit libre au milieu de ses fers. + (1637-57) + + [680] _Var._ Que je puisse à mon gré l'augmenter et l'éteindre. + (1637-57) + + [681] _Var._ Mes pensers n'oseroient m'entretenir que d'elle. + (1637-57) + + [682] _Var._ Mes pas d'autre côté ne s'oseroient tourner. + (1637-57) + + [683] _Var._ Fait trop voir ma foiblesse avec sa tyrannie. + (1637-57) + + [684] _Var._ Mais sans plus consentir à de si rudes gênes, + A tel prix que ce soit, je veux rompre mes chaînes. (1637-57) + + [685] _Var._ A quel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes. + (1660) + + [686] _Var._ Crains-tu de posséder ce que ton coeur adore? + ALID. Ah! ne me parle point d'un lien que j'abhorre. + Angélique me charme: elle est belle aujourd'hui. (1637-57) + + [687]_Var._ Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle empire. + (1637-57) + + [688] L'édition de 1637 porte, par erreur: _être_, pour _est-ce_. + + [689] _Var._ Un âge hait-il pas souvent ce qu'aimoit l'autre? + (1637-57) + + [690] _Var._ Ses appas sont bientôt pour me persuader. (1637-57) + + [691] _Var._ Et pratiquer enfin un doux commandement. (1637) + _Var._ Pour en tirer par force un doux commandement. (1644-57) + + [692] _Var._ Puisqu'elle me plaît trop, il me lui faut déplaire. + Tant que j'aurai chez elle encore quelque accès. (1637-57) + + [693] _Var._ Sous le joug d'un mari sera bientôt passée; + Et lors, que de soupirs et de pleurs épandus. (1637-57) + + [694] _Var._ Mais dis que pour rentrer dans mon indifférence. + (1637-57) + + [695] _Var._ Et que dans la colère en son âme conçue. (1637-57) + + [696] _Var._ Je puisse à mes amours faciliter l'issue. (1637) + _Var._ Je puisse à mon amour faciliter l'issue. (1644-57) + + [697] _Var._ Poussons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1637) + _Var._ Faisons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1644-57) + + [698] L'édition de 1682 porte: «Et tu voulois,» ce qui est + probablement une erreur. Toutes les autres impressions ont + _voudrois_. + + [699] _Var._ Et tu voudrois qu'un autre eût cette qualité + Pour après.... ALID. Je t'entends: sois sûr de ce côté; + Outre que ma maîtresse, aussi chaste que belle, + De la vertu parfaite est l'unique modèle, + Et que le plus aimable et le plus effronté + Entreprendroit en vain sur sa pudicité, + Les beautés d'une fille ont beau toucher mon âme. (1637-57) + + [700] _Var._ Ami, soupçon à part, avant que le jour passe, + D'Angélique pour toi gagnons la bonne grâce, + Et de ce pas allons ensemble consulter + Des moyens qui pourront t'y mettre et m'en ôter. (1637-57) + + + + +ACTE II. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +ANGÉLIQUE, POLYMAS. + + ANGÉLIQUE, tenant une lettre ouverte[701]. + + De cette trahison ton maître est donc l'auteur? + + POLYMAS. + + Assez imprudemment il m'en fait le porteur[702]. 300 + Comme il se rend par là digne qu'on le prévienne, + Je veux bien en faire une en haine de la sienne; + Et mon devoir, mal propre à de si lâches coups, + Manque aussitôt vers lui que son amour vers vous[703]. + + ANGÉLIQUE. + + Contre ce que je vois le mien encor s'obstine[704]. 305 + Qu'Alidor ait écrit cette lettre à Clarine, + Et qu'ainsi d'Angélique il se voulût jouer! + + POLYMAS. + + Il n'aura pas le front de le désavouer. + Opposez-lui ces traits, battez-le de ses armes[705]: + Pour s'en pouvoir défendre il lui faudroit des charmes. 310 + Mais surtout cachez-lui ce que je fais pour vous[706], + Et ne m'exposez point aux traits de son courroux; + Que je vous puisse encor trahir son artifice, + Et pour mieux vous servir, rester à son service. + + ANGÉLIQUE. + + Rien ne m'échappera qui te puisse toucher[707]: 315 + Je sais ce qu'il faut dire, et ce qu'il faut cacher. + + POLYMAS. + + Feignez d'avoir reçu ce billet de Clarine, + Et que.... + + ANGÉLIQUE. + + Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine[708]. + + POLYMAS. + + Mais.... + + ANGÉLIQUE. + + Ne réplique plus, et va-t'en. + + POLYMAS. + + J'obéis. + + ANGÉLIQUE, seule. + + Mes feux, il est donc vrai que l'on vous a trahis? 320 + Et ceux dont Alidor montroit son âme atteinte[709] + Ne sont plus que fumée, ou n'étoient qu'une feinte? + Que la foi des amants est un gage pipeur! + Que leurs serments sont vains, et notre espoir trompeur! + Qu'on est peu dans leur coeur pour être dans leur bouche! + Et que malaisément on sait ce qui les touche! + Mais voici l'infidèle. Ah! qu'il se contraint bien! + + +SCÈNE II. + +ALIDOR, ANGÉLIQUE. + + ALIDOR. + + Puis-je avoir un moment de ton cher entretien? + Mais j'appelle un moment, de même qu'une année + Passe entre deux amants pour moins qu'une journée. 330 + + ANGÉLIQUE. + + Avec de tels discours oses-tu m'aborder[710], + Perfide, et sans rougir peux-tu me regarder? + As-tu cru que le ciel consentît à ma perte, + Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte? + Apprends, perfide, apprends que je suis hors d'erreur: 335 + Tes yeux ne me sont plus que des objets d'horreur; + Je ne suis plus charmée, et mon âme plus saine + N'eut jamais tant d'amour qu'elle a pour toi de haine. + + ALIDOR. + + Voilà me recevoir avec des compliments[711] + Qui seroient pour tout autre un peu moins que charmants. + Quel en est le sujet? + + ANGÉLIQUE. + + Le sujet? lis, parjure; + Et puis accuse-moi de te faire une injure! + +ALIDOR lit la lettre entre les mains d'Angélique. + +LETTRE SUPPOSÉE D'ALIDOR A CLARINE. + + _Clarine, je suis tout à vous; + Ma liberté vous rend les armes: + Angélique n'a point de charmes 345 + Pour me défendre de vos coups; + Ce n'est qu'une idole mouvante; + Ses yeux sont sans vigueur, sa bouche sans appas: + Alors que je l'aimai, je ne la connus pas[712]; + Et de quelques attraits que ce monde vous vante[713], 350 + Vous devez mes affections + Autant à ses défauts qu'à vos perfections._ + + ANGÉLIQUE. + + Eh bien! ta perfidie est-elle en évidence[714]? + + ALIDOR. + + Est-ce là tant de quoi? + + ANGÉLIQUE. + + Tant de quoi! l'impudence! + Après mille serments il me manque de foi, 355 + Et me demande encor si c'est là tant de quoi! + Change si tu le veux: je n'y perds qu'un volage; + Mais en m'abandonnant laisse en paix mon visage; + Oublie avec ta foi ce que j'ai de défauts; + N'établis point tes feux sur le peu que je vaux; 360 + Fais que, sans m'y mêler, ton compliment s'explique, + Et ne le grossis point du mépris d'Angélique. + + ALIDOR. + + Deux mots de vérité vous mettent bien aux champs! + + ANGÉLIQUE. + + Ciel, tu ne punis point des hommes si méchants! + Ce traître vit encore, il me voit, il respire, 365 + Il m'affronte, il l'avoue, il rit quand je soupire. + + ALIDOR. + + Vraiment le ciel a tort de ne vous pas donner + Lorsque vous tempêtez, sa foudre à gouverner[715]; + Il devroit avec vous être d'intelligence. + +(Angélique déchire la lettre et en jette les morceaux, et Alidor +continue[716].) + + Le digne et grand objet d'une haute vengeance! 370 + Vous traitez du papier avec trop de rigueur. + + ANGÉLIQUE. + + Que n'en puis-je autant faire à ton perfide coeur[717]! + + ALIDOR. + + Qui ne vous flatte point puissamment vous irrite. + Pour dire franchement votre peu de mérite, + Commet-on des forfaits si grands et si nouveaux[718] 375 + Qu'on doive tout à l'heure être mis en morceaux? + Si ce crime autrement ne sauroit se remettre, + +(Il lui présente aux yeux un miroir qu'elle porte à sa ceinture[719].) + + Cassez: ceci vous dit encor pis que ma lettre. + + ANGÉLIQUE. + + S'il me dit mes défauts autant ou plus que toi, + Déloyal, pour le moins il n'en dit rien qu'à moi: 380 + C'est dedans son cristal que je les étudie; + Mais après il s'en tait, et moi j'y remédie; + Il m'en donne un avis sans me les reprocher, + Et me les découvrant, il m'aide à les cacher. + + ALIDOR. + + Vous êtes en colère, et vous dites des pointes. 385 + Ne présumiez-vous point que j'irois, à mains jointes, + Les yeux enflés de pleurs, et le coeur de soupirs, + Vous faire offre à genoux de mille repentirs? + Que vous êtes à plaindre étant si fort déçue! + + ANGÉLIQUE. + + Insolent! ôte-toi pour jamais de ma vue. 390 + + ALIDOR. + + Me défendre vos yeux après mon changement, + Appelez-vous cela du nom de châtiment? + Ce n'est que me bannir du lieu de mon supplice; + Et ce commandement est si plein de justice, + Que bien que je renonce à vivre sous vos lois[720], 395 + Je vais vous obéir pour la dernière fois. + + +SCÈNE III. + +ANGÉLIQUE. + + Commandement honteux, où ton obéissance + N'est qu'un signe trop clair de mon peu de puissance, + Où ton banissement a pour toi des appas, + Et me devient cruel de ne te l'être pas! 400 + A quoi se résoudra désormais ma colère, + Si ta punition te tient lieu de salaire? + Que mon pouvoir me nuit! et qu'il m'est cher vendu! + Voilà ce que me vaut d'avoir trop attendu[721]: + Je devois prévenir ton outrageux caprice; 405 + Mon bonheur dépendoit de te faire injustice. + Je chasse un fugitif avec trop de raison, + Et lui donne les champs quand il rompt sa prison. + Ah! que n'ai-je eu des bras à suivre mon courage! + Qu'il m'eût bien autrement réparé cet outrage! 410 + Que j'eusse retranché de ses propos railleurs! + Le traître n'eût jamais porté son coeur ailleurs: + Puisqu'il m'étoit donné, je m'en fusse saisie; + Et sans prendre conseil que de ma jalousie, + Puisqu'un autre portrait en efface le mien, 415 + Cent coups auroient chassé ce voleur de mon bien. + Vains projets, vains discours, vaine et fausse allégeance! + Et mes bras et son coeur manquent à ma vengeance! + Ciel, qui m'en vois donner de si justes sujets, + Donne-m'en des moyens, donne-m'en des objets. 420 + Où me dois-je adresser? Qui doit porter sa peine? + Qui doit à son défaut m'éprouver inhumaine? + De mille désespoirs mon coeur est assailli; + Je suis seule punie, et je n'ai point failli. + Mais j'ose faire au ciel une injuste querelle[722]; 425 + Je n'ai que trop failli d'aimer un infidèle, + De recevoir un traître, un ingrat, sous ma loi, + Et trouver du mérite en qui manquoit de foi. + Ciel, encore une fois, écoute mon envie: + Ote-m'en la mémoire ou le prive de vie; 430 + Fais que de mon esprit je puisse le bannir[723], + Ou ne l'avoir que mort dedans mon souvenir. + Que je m'anime en vain contre un objet aimable! + Tout criminel qu'il est, il me semble adorable; + Et mes souhaits, qu'étouffe un soudain repentir, 435 + En demandant sa mort n'y sauroient consentir. + Restes impertinents d'une flamme insensée, + Ennemis de mon heur, sortez de ma pensée, + Ou si vous m'en peignez encore quelques traits, + Laissez là ses vertus, peignez-moi ses forfaits. 440 + + +SCÈNE IV. + +ANGÉLIQUE, PHYLIS. + + ANGÉLIQUE. + + Le croirois-tu, Phylis? Alidor m'abandonne. + + PHYLIS. + + Pourquoi non? je n'y vois rien du tout qui m'étonne, + Rien qui ne soit possible, et de plus fort commun. + La constance est un bien qu'on ne voit en pas un: + Tout change sous les cieux, mais partout bon remède[724]. + + ANGÉLIQUE. + + Le ciel n'en a point fait au mal qui me possède. + + PHYLIS. + + Choisis de mes amants, sans t'affliger si fort, + Et n'appréhende pas de me faire grand tort: + J'en pourrois, au besoin, fournir toute la ville, + Qu'il m'en demeureroit encor plus de deux mille[725]. 450 + + ANGÉLIQUE. + + Tu me ferois mourir avec de tels propos; + Ah! laisse-moi plutôt soupirer en repos, + Ma soeur. + + PHYLIS. + + Plût au bon Dieu que tu voulusses l'être! + + ANGÉLIQUE. + + Eh quoi, tu ris encor! c'est bien faire paroître.... + + PHYLIS. + + Que je ne saurois voir d'un visage affligé 455 + Ta cruauté punie, et mon frère vengé. + Après tout, je connois quelle est ta maladie: + Tu vois comme Alidor est plein de perfidie; + Mais je mets dans deux jours ma tête à l'abandon, + Au cas qu'un repentir n'obtienne son pardon. 460 + + ANGÉLIQUE. + + Après que cet ingrat me quitte pour Clarine? + + PHYLIS. + + De le garder longtemps elle n'a pas la mine, + Et j'estime si peu ces nouvelles amours, + Que je te plége[726] encor son retour dans deux jours; + Et lors ne pense pas, quoi que tu te proposes, 465 + Que de tes volontés devant lui tu disposes. + Prépare tes dédains, arme-toi de rigueur, + Une larme, un soupir te percera le coeur[727]; + Et je serai ravie alors de voir vos flammes + Brûler mieux que devant, et rejoindre vos âmes. 470 + Mais j'en crains un succès à ta confusion[728]: + Qui change une fois change à toute occasion; + Et nous verrons toujours, si Dieu le laisse vivre, + Un change, un repentir, un pardon, s'entre-suivre. + Ce dernier est souvent l'amorce d'un forfait, 475 + Et l'on cesse de craindre un courroux sans effet. + + ANGÉLIQUE. + + Sa faute a trop d'excès pour être rémissible, + Ma soeur; je ne suis pas de la sorte insensible; + Et si je présumois que mon trop de bonté + Pût jamais se résoudre à cette lâcheté, 480 + Qu'un si honteux pardon pût suivre cette offense, + J'en préviendrois le coup, m'en ôtant la puissance. + Adieu: dans la colère où je suis aujourd'hui, + J'accepterois plutôt un barbare que lui. + + +SCÈNE V. + +PHYLIS, DORASTE. + + PHYLIS[729]. + + Il faut donc se hâter qu'elle ne refroidisse. 485 + +(Elle frappe du pied à la porte de son logis, et fait sortir son +frère.) + + Frère, quelque inconnu t'a fait un bon office[730]: + Il ne tiendra qu'à toi d'être un second Médor[731]; + On a fait qu'Angélique.... + + DORASTE. + + Eh bien? + + PHYLIS. + + Hait Alidor. + + DORASTE. + + Elle hait Alidor! Angélique! + + PHYLIS. + + Angélique. + + DORASTE. + + D'où lui vient cette humeur? qui les a mis en pique? 490 + + PHYLIS. + + Si tu prends bien ton temps, il y fait bon pour toi. + Va, ne t'amuse point à savoir le pourquoi; + Parle au père d'abord: tu sais qu'il te souhaite; + Et s'il ne s'en dédit, tiens l'affaire pour faite. + + DORASTE. + + Bien qu'un si bon avis ne soit à mépriser, 495 + Je crains.... + + PHYLIS. + + Lysis m'aborde, et tu me veux causer! + Entre chez Angélique, et pousse ta fortune: + Quand je vois un amant, un frère m'importune. + + +SCÈNE VI. + +LYSIS, PHYLIS. + + LYSIS. + + Comme vous le chassez! + + PHYLIS. + + Qu'eût-il fait avec nous? + Mon entretien sans lui te semblera plus doux: 500 + Tu pourras t'expliquer avec moins de contrainte, + Me conter de quels feux tu te sens l'âme atteinte, + Et ce que tu croiras propre à te soulager. + Regarde maintenant si je sais t'obliger. + + LYSIS. + + Cette obligation seroit bien plus extrême, 505 + Si vous vouliez traiter tous mes rivaux de même; + Et vous feriez bien plus pour mon contentement, + De souffrir avec vous vingt frères qu'un amant. + + PHYLIS. + + Nous sommes donc, Lysis, d'une humeur bien contraire: + J'y souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère[732]; 510 + Et puisque nos esprits ont si peu de rapport, + Je m'étonne comment nous nous aimons si fort. + + LYSIS. + + Vous êtes ma maîtresse, et mes flammes discrètes[733] + Doivent un tel respect aux lois que vous me faites, + Que pour leur obéir mes sentiments domptés 515 + N'osent plus se régler que sur vos volontés. + + PHYLIS. + + J'aime des serviteurs qui pour une maîtresse + Souffrent ce qui leur nuit, aiment ce qui les blesse. + Si tu vois quelque jour tes feux récompensés, + Souviens-toi.... Qu'est-ce-ci? Cléandre, vous passez? 520 + +(Cléandre va pour entrer chez Angélique, et Phylis l'arrête[734].) + + +SCÈNE VII + +CLÉANDRE, PHYLIS, LYSIS. + + CLÉANDRE. + + Il me faut bien passer, puisque la place est prise. + + PHYLIS. + + Venez: cette raison est de mauvaise mise. + D'un million d'amants je puis flatter les voeux[735], + Et n'aurois pas l'esprit d'en entretenir deux? + Sortez de cette erreur, et souffrant ce partage, 525 + Ne faites pas ici l'entendu davantage. + + CLÉANDRE. + + Le moyen que je sois insensible à ce point? + + PHYLIS. + + Quoi! pour l'entretenir, ne vous aimé-je point? + + CLÉANDRE. + + Encor que votre ardeur à la mienne réponde, + Je ne veux plus d'un bien commun à tout le monde. 530 + + PHYLIS. + + Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous, + Je n'aime, pour le moins, personne plus que vous: + Cela vous doit suffire. + + CLÉANDRE. + + Oui bien, à des volages + Qui peuvent en un jour adorer cent visages; + Mais ceux dont un objet possède tous les soins, 535 + Se donnant tous entiers, n'en méritent pas moins. + + PHYLIS. + + De vrai, si vous valiez beaucoup plus que les autres, + Je devrois dédaigner leurs voeux auprès des vôtres[736]; + Mais mille aussi bien faits ne sont pas mieux traités, + Et ne murmurent point contre mes volontés. 540 + Est-ce à moi, s'il vous plaît, de vivre à votre mode? + Votre amour, en ce cas, seroit fort incommode; + Loin de la recevoir, vous me feriez la loi: + Qui m'aime de la sorte, il s'aime, et non pas moi. + + LYSIS, à Cléandre. + + Persiste en ton humeur, je te prie, et conseille 545 + A tous nos concurrents d'en prendre une pareille. + + CLÉANDRE. + + Tu seras bientôt seul, s'ils veulent m'imiter. + + PHYLIS. + + Quoi donc! c'est tout de bon que tu me veux quitter? + Tu ne dis mot, rêveur, et pour toute réplique + Tu tournes tes regards du côté d'Angélique: 550 + Est-elle donc l'objet de tes légèretés[737]? + Veux-tu faire d'un coup deux infidélités, + Et que dans mon offense Alidor s'intéresse? + Cléandre, c'est assez de trahir ta maîtresse; + Dans ta nouvelle flamme épargne tes amis, 555 + Et ne l'adresse point en lieu qui soit promis. + + CLÉANDRE. + + De la part d'Alidor je vais voir cette belle: + Laisse-m'en avec lui démêler la querelle, + Et ne t'informe point de mes intentions. + + PHYLIS. + + Puisqu'il me faut résoudre en mes afflictions, 560 + Et que pour te garder j'ai trop peu de mérite, + Du moins, avant l'adieu, demeurons quitte à quitte; + Que ce que j'ai du tien je te le rende ici: + Tu m'as offert des voeux, que je t'en offre aussi[738]; + Et faisons entre nous toutes choses égales. 565 + + LYSIS. + + Et moi, durant, ce temps, je garderai les balles[739]? + + PHYLIS. + + Je te donne congé d'une heure, si tu veux. + + LYSIS. + + Je l'accepte, au hasard de le prendre pour deux. + + PHYLIS. + + Pour deux, pour quatre, soit: ne crains pas qu'il m'ennuie. + + +SCÈNE VIII. + +CLÉANDRE, PHYLIS. + + PHYLIS arrête Cléandre qui tâche de s'échapper pour entrer + chez Angélique[740]. + + Mais je ne consens pas cependant qu'on me fuie; 570 + Tu perds temps d'y tâcher, si tu n'as mon congé[741]. + Inhumain! est-ce ainsi que je t'ai négligé? + Quand tu m'offrois des voeux prenois-je ainsi la fuite, + Et rends-tu la pareille à ma juste poursuite? + Avec tant de douceur tu te vis écouter, 575 + Et tu tournes le dos quand je t'en veux conter! + + CLÉANDRE. + + Va te jouer d'un autre avec tes railleries; + J'ai l'oreille mal faite à ces galanteries[742]: + Ou cesse de m'aimer, ou n'aime plus que moi. + + PHYLIS. + + Je ne t'impose pas une si dure loi: 580 + Avec moi, si tu veux, aime toute la terre, + Sans craindre que jamais je t'en fasse la guerre. + Je reconnois assez mes imperfections; + Et quelque part que j'aye en tes affections, + C'est encor trop pour moi; seulement ne rejette 585 + La parfaite amitié d'une fille imparfaite. + + CLÉANDRE. + + Qui te rend obstinée à me persécuter? + + PHYLIS. + + Qui te rend si cruel que de me rebuter[743]? + + CLÉANDRE. + + Il faut que de tes mains un adieu me délivre. + + PHYLIS. + + Si tu sais t'en aller, je saurai bien te suivre; 590 + Et quelque occasion qui t'amène en ces lieux, + Tu ne lui diras pas grand secret à mes yeux. + Je suis plus incommode encor qu'il ne te semble. + Parlons plutôt d'accord, et composons ensemble. + Hier un peintre excellent m'apporta mon portrait: 595 + Tandis qu'il t'en demeure encore quelque trait, + Qu'encor tu me connois, et que de ta pensée + Mon image n'est pas tout à fait effacée, + Ne m'en refuse point ton petit jugement. + + CLÉANDRE. + + Je le tiens pour bien fait. + + PHYLIS. + + Plains-tu tant un moment? + Et m'attachant à toi, si je te désespère, + A ce prix trouves-tu ta liberté trop chère? + + CLÉANDRE. + + Allons, puisque autrement je ne te puis quitter, + A tel prix que ce soit il me faut racheter[744]. + +FIN DU SECOND ACTE. + +FOOTNOTES: + + [701] _Var. Tenant une lettre déployée._ (1637-60)] + + [702] _Var._ Son choix mal à propos m'en a fait le porteur. + Mon humeur y répugne, et quoi qu'il en advienne[702-a], + J'en fais une, de peur de servir à la sienne. (1637-57) + + [702-a] L'édition de 1637 donne _avienne_. + + [703] _Var._ Manque aussitôt vers lui comme le sien vers vous. + (1637-57) + + [701] _Var._ Contre ce que je vois mon fol amour s'obstine. + (1637-60) + + [702] _Var._ Opposez-lui ses traits, battez-le de ses armes. + (1637-63) + + [703] _Var._ Surtout cachez mon nom, et ne m'exposez pas + Aux infaillibles coups d'un violent trépas. (1637-57) + + [704] _Var._ Ne crains rien de ma part: je sais l'invention + De répondre aisément à ton intention. (1637-57) + + [705] _Var._ [Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine:] + S'il t'avoit ici vu, toute la vérité + Paroîtroit, en dépit de ma dextérité. + POL. C'est d'elle désormais que je tiendrai la vie. + ANG. As-tu de la garder encore quelque envie? + Ne me réplique plus, et va-t'en. (1637) + + [709] _Var._ Et ceux dont Alidor paroissoit l'âme atteinte. + (1637-57) + + [710] _Var._ Traître, ingrat, est-ce à toi de m'aborder ainsi, + Et peux-tu bien me voir sans me crier merci? (1637) + + [711] _Var._ [Voilà me recevoir avec des compliments....] + ANG. Bien au-dessous encor de mes ressentiments. + ALID. La cause? ANG. En demander la cause! lis, parjure. (1637-57) + + [712] _Var._ _Quand je la crus d'esprit, je ne la connus pas._ + (1637-57) + + [713] _Var._ _Et de quelques attraits que le monde vous vante._ + (1637-68) + + [714] _Var._ Eh bien! ta trahison est-elle en évidence? (1637-57) + + [715] _Var._ Lorsque vous tempêtez, son foudre à gouverner. + (1637-68) + + [716] Les mots: _et Alidor continue_, manquent dans les éditions + de 1637-60. + + [717] _Var._ Je voudrois en pouvoir faire autant de ton coeur. + (1637-57) + + [718] _Var._ Commet-on envers vous des forfaits si nouveaux + Qu'incontinent on doive être mis en morceaux? (1637-57) + + [719] _Var._ _Qu'elle porte pendu à sa ceinture._ (1637-57)--Ces + miroirs à la ceinture étaient au dix-septième siècle d'un usage + général. Dans la fable de la Fontaine intitulée _l'Homme et son + image_ (livre I, fable XI), on trouve à ce sujet une curieuse + énumération: + + Afin de le guérir, le sort officieux + Présentoit partout à ses yeux + Les conseillers muets dont se servent nos dames + Miroirs aux poches des galants, + Miroirs aux ceintures des femmes. + + [720] _Var._ Qu'encore qu'Alidor ne soit plus sous vos lois, + Il va vous obéir pour la dernière fois. (1637-57) + + [721] _Var._ Voilà, voilà que c'est d'avoir trop attendu: + Je devois dès longtemps te bannir par caprice; + Mon bonheur dépendoit d'une telle injustice. (1637-57) + + [722] _Var._ Mais, aveugle, je prends une injuste querelle. + (1637-57) + + [723] _Var._ Fais que de mon esprit je le puisse bannir. + (1637-57) + + [724] _Var._ Tout se change ici-bas, mais partout bon remède. + (1637-57) + + [725] _Var._ Qu'il m'en demeureroit encore plus de mille. + (1637-1657) + + [726] _Pléger_, garantir. Voyez tome I, p. 176, note 3. + + [727] _Var._ Une larme, un soupir te perceront le coeur. + (1637-57) + + [728] _Var._ Mais j'en crains un progrès à ta confusion. + (1637-57) + + [729] _Var._ PHYLIS, _frappant du pied à la porte de son logis, + et faisant sortir Doraste_. (1644-60)--Dans l'édition de 1637, on + lit en marge: _Elle frappe à sa porte, et Doraste sort._--Ce jeu + de scène remplace, dans les éditions indiquées, celui qui, dans + notre texte, suit le vers 485. + + [730] _Var._ Frère, quelque inconnu t'a fait un bon service. + (1637) + + [731] Amant préféré d'Angélique, dans le _Roland furieux_ de + l'Arioste. + + [732] _Var._ Je souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère. + (1637) + + [733] _Var._ Vous êtes ma maîtresse, et moi, sous votre empire, + Je dois suivre vos lois, et non y contredire[733-a], + Et pour vous obéir mes sentiments domptés + Se règlent seulement dessus vos volontés. + PHYL. J'aime des serviteurs avec cette souplesse, + Et qui peuvent aimer en moi ce qui les blesse. (1637-57) + + [733-a] Je dois suivre vos lois, encor que j'en soupire. + (1644-57) + + [734] Les mots: _et Phylis l'arrête_, manquent dans l'édition de + 1637. + + [735] _Var._ D'un million d'amants je puis nourrir les feux. + (1637-57) + + [736] _Var._ Je devrois rejeter leurs voeux auprès des vôtres. + (1637-57) + + [737] _Var._ Est-ce là donc l'objet de tes légèretés? (1637-57) + + [738] _Var._ Tu m'as offert des voeux, que je t'en rende aussi. + (1637) + + [739] Locution proverbiale tirée du jeu de paume. + + [740] _Var._ PHYLIS, _arrêtant Cléandre_, etc. (1644-60)--On lit + en marge, dans l'édition de 1637, où il n'y a point ici de + distinction de scène: _Lysis rentre et Cléandre tâche de + s'échapper et d'entrer chez Angélique._ + + [741] _Var._ On ne sort d'avec moi qu'avecque mon congé. + (1637-57) + + [742] _Var._ Je ne puis plus souffrir de ces badineries: + Ne m'aime point du tout, ou n'aime rien que moi. (1637-57) + + [743] _Var._ Qui te rend si cruel que de me rejeter? (1637-57) + + [744] _Var._ A quel prix que ce soit il me faut racheter. (1660) + + + + +ACTE III. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +PHYLIS, CLÉANDRE. + + CLÉANDRE. + + En ce point il ressemble à ton humeur volage, 605 + Qu'il reçoit tout le monde avec même visage[745]; + Mais d'ailleurs ce portrait ne te ressemble pas, + En ce qu'il ne dit mot et ne suit point mes pas[746]. + + PHYLIS. + + En quoi que désormais ma présence te nuise, + La civilité veut que je te reconduise. 610 + + CLÉANDRE. + + Mets enfin quelque borne à ta civilité[747], + Et suivant notre accord me laisse en liberté. + + +SCÈNE II. + +DORASTE, PHYLIS, CLÉANDRE. + + DORASTE sort de chez Angélique[748]. + + Tout est gagné, ma soeur: la belle m'est acquise; +*/ + Jamais occasion ne se trouva mieux prise; + Je possède Angélique. + + CLÉANDRE. + + Angélique? + + DORASTE. + + Oui, tu peux 615 + Avertir Alidor du succès de mes voeux, + Et qu'au sortir du bal, que je donne chez elle, + Demain un sacré noeud m'unit à cette belle[749]; + Dis-lui qu'il s'en console. Adieu: je vais pourvoir + A tout ce qu'il me faut préparer pour ce soir. 620 + + PHYLIS[750]. + + Ce soir j'ai bien la mine, en dépit de ta glace, + D'en trouver là cinquante à qui donner ta place[751]. + Va-t'en, si bon te semble, ou demeure en ces lieux: + Je ne t'arrêtois pas ici pour tes beaux yeux; + Mais jusqu'à maintenant j'ai voulu te distraire, 625 + De peur que ton abord interrompît mon frère. + Quelque fin que tu sois, tiens-toi pour affiné[752]. + + +SCÈNE III. + +CLÉANDRE. + + Ciel! à tant de malheurs m'aviez-vous destiné? + Faut-il que d'un dessein si juste que le nôtre + La peine soit pour nous, et les fruits pour un autre, 630 + Et que notre artifice ait si mal succédé, + Qu'il me dérobe un bien qu'Alidor m'a cédé? + Officieux ami d'un amant déplorable, + Que tu m'offres en vain cet objet adorable! + Qu'en vain de m'en saisir ton adresse entreprend! 635 + Ce que tu m'as donné, Doraste le surprend. + Tandis qu'il me supplante, une soeur me cajole; + Elle me tient les mains cependant qu'il me vole. + On me joue, on me brave, on me tue, on s'en rit: + L'un me vante son heur, l'autre son trait d'esprit; 640 + L'un et l'autre à la fois me perd, me désespère, + Et je puis épargner ou la soeur ou le frère! + Être sans Angélique, et sans ressentiment! + Avec si peu de coeur aimer si puissamment[753]! + Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse? + Craignois-tu d'avouer une telle maîtresse? + Et cachois-tu l'excès de ton affection + Par honte, par dépit, ou par discrétion[754]? + Pouvois-tu desirer occasion plus belle[755] + Que le nom d'Alidor à venger ta querelle? 650 + Si pour tes feux cachés tu n'oses t'émouvoir, + Laisse leurs intérêts, suis ceux de ton devoir. + On supplante Alidor, du moins en apparence, + Et sans ressentiment tu souffres cette offense! + Ton courage est muet, et ton bras endormi! 655 + Pour être amant discret, tu parois lâche ami! + C'est trop abandonner ta renommée au blâme: + Il faut sauver d'un coup ton honneur et ta flamme, + Et l'un et l'autre ici marchent d'un pas égal; + Soutenant un ami, tu t'ôtes un rival. 660 + Ne diffère donc plus ce que l'honneur commande[756], + Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende[757]. + Il faut.... + + +SCÈNE IV. + +ALIDOR, CLÉANDRE. + + ALIDOR. + + Eh bien! Cléandre, ai-je su t'obliger? + + CLÉANDRE. + + Pour m'avoir obligé, que je vais t'affliger! + Doraste a pris le temps des dépits d'Angélique. 665 + + ALIDOR. + + Après? + + CLÉANDRE. + + Après cela tu veux que je m'explique[758]? + + ALIDOR. + + Qu'en a-t-il obtenu? + + CLÉANDRE. + + Par delà son espoir: + Il l'épouse demain, lui donne bal ce soir[759]; + Juge, juge par là si mon mal est extrême. + + ALIDOR. + + En es-tu bien certain? + + CLÉANDRE. + + J'ai tout su de lui-même. 670 + + ALIDOR. + + Que je serois heureux si je ne t'aimois point! + Ton malheur auroit mis mon bonheur à son point[760]; + La prison d'Angélique auroit rompu la mienne. + Quelque empire sur moi que son visage obtienne, + Ma passion fût morte avec sa liberté; 675 + Et trop vain pour souffrir qu'en sa captivité + Les restes d'un rival m'eussent enchaîné l'âme[761], + Les feux de son hymen auroient éteint ma flamme. + Pour forcer sa colère à de si doux effets, + Quels efforts, cher ami, ne me suis-je point faits! 680 + Malgré tout mon amour, prendre un orgueil farouche[762], + L'adorer dans le coeur, et l'outrager de bouche; + J'ai souffert ce supplice, et me suis feint léger, + De honte et de dépit de ne pouvoir changer. + Et je vois, près du but où je voulois prétendre, 685 + Les fruits de mon travail n'être pas pour Cléandre! + A ces conditions mon bonheur me déplaît: + Je ne puis être heureux, si Cléandre ne l'est. + Ce que je t'ai promis ne peut être à personne: + Il faut que je périsse ou que je te le donne. 690 + J'aurai trop de moyens de te garder ma foi[763]; + Et malgré les destins Angélique est à toi. + + CLÉANDRE. + + Ne trouble point pour moi le repos de ton âme[764]: + Il t'en coûteroit trop pour avancer ma flamme. + Sans que ton amitié fasse un second effort, 695 + Voici de qui j'aurai ma maîtresse ou la mort: + Si Doraste a du coeur, il faut qu'il la défende, + Et que l'épée au poing il la gagne ou la rende. + + ALIDOR. + + Simple, par le chemin que tu penses tenir, + Tu la lui peux ôter, mais non pas l'obtenir. 700 + La suite des duels ne fut jamais plaisante: + C'étoit ces jours passés ce que disoit Théante[765]. + Je veux prendre un moyen et plus court et plus seur[766], + Et sans aucun péril t'en rendre possesseur. + Va-t'en donc, et me laisse auprès de ta maîtresse[767] 705 + De mon reste d'amour faire jouer l'adresse. + + CLÉANDRE. + + Cher ami.... + + ALIDOR. + + Va-t'en, dis-je, et par tes compliments + Cesse de t'opposer à tes contentements: + Désormais en ces lieux tu ne fais que me nuire. + + CLÉANDRE. + + Je vais donc te laisser ma fortune à conduire[768]. 710 + Adieu: puissé-je avoir les moyens à mon tour + De faire autant pour toi que toi pour mon amour! + + ALIDOR, seul. + + Que pour ton amitié je vais souffrir de peine! + Déjà presque échappé, je rentre dans ma chaîne. + Il faut encore un coup, m'exposant à ses yeux, 715 + Reprendre de l'amour, afin d'en donner mieux. + Mais reprendre un amour dont je veux me défaire[769], + Qu'est-ce qu'à mes desseins un chemin tout contraire? + Allons-y toutefois, puisque je l'ai promis, + Et que la peine est douce à qui sert ses amis[770]. 720 + + +SCÈNE V. + +ANGÉLIQUE, dans son cabinet. + + Quel malheur partout m'accompagne! + Qu'un indiscret hymen me venge à mes dépens! + Que de pleurs en vain je répands, + Moins pour ce que je perds que pour ce que je gagne! + L'un m'est plus doux que l'autre, et j'ai moins de tourment + Du crime d'Alidor que de son châtiment[771]. + + Ce traître alluma donc ma flamme! + Je puis donc consentir à ces tristes accords! + Hélas! par quelques vains efforts[772] + Que je me fasse jour jusqu'au fond de mon âme, 730 + J'y trouve seulement, afin de me punir, + Le dépit du passé, l'horreur de l'avenir. + + +SCÈNE VI. + +ANGÉLIQUE, ALIDOR. + + ANGÉLIQUE[773]. + + Où viens-tu, déloyal? avec quelle impudence + Oses-tu redoubler mes maux par ta présence! + Qui te donne le front de surprendre mes pleurs[774]? 735 + Cherches-tu de la joie à même mes douleurs? + Et peux-tu conserver une âme assez hardie + Pour voir ce qu'à mon coeur coûte ta perfidie? + Après que tu m'as fait un insolent aveu + De n'avoir plus pour moi ni de foi ni de feu, 740 + Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable, + Que ton feint repentir m'en donne un véritable? + Va, va, n'espère rien de tes submissions[775]; + Porte-les à l'objet de tes affections; + Ne me présente plus les traits qui m'ont déçue; 745 + N'attaque point mon coeur en me blessant la vue. + Penses-tu que je sois, après ton changement, + Ou sans ressouvenir, ou sans ressentiment? + S'il te souvient encor de ton brutal caprice, + Dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice? 750 + Garde un exil si cher à tes légèretés: + Je ne veux plus savoir de toi mes vérités. + Quoi? tu ne me dis mot! Crois-tu que ton silence + Puisse de tes discours réparer l'insolence? + Des pleurs effacent-ils un mépris si cuisant? 755 + Et ne t'en dédis-tu, traître, qu'en te taisant? + Pour triompher de moi veux-tu, pour toutes armes, + Employer des soupirs et de muettes larmes? + Sur notre amour passé c'est trop te confier[776]; + Du moins dis quelque chose à te justifier; 760 + Demande le pardon que tes regards m'arrachent; + Explique leurs discours, dis-moi ce qu'ils me cachent. + Que mon courroux est foible! et que leurs traits puissants + Rendent des criminels aisément innocents! + Je n'y puis résister, quelque effort que je fasse; 765 + Et de peur de me rendre, il faut quitter la place[777]. + + ALIDOR la retient comme elle veut s'en aller[778]. + + Quoi! votre amour renaît, et vous m'abandonnez[779]! + C'est bien là me punir quand vous me pardonnez. + Je sais ce que j'ai fait, et qu'après tant d'audace + Je ne mérite pas de jouir de ma grâce; 770 + Mais demeurez du moins, tant que vous ayez su + Que par un feint mépris votre amour fut déçu, + Que je vous fus fidèle en dépit de ma lettre; + Qu'en vos mains seulement on la devoit remettre; + Que mon dessein n'alloit qu'à voir vos mouvements, 775 + Et juger de vos feux par vos ressentiments. + Dites, quand je la vis entre vos mains remise, + Changeai-je de couleur? eus-je quelque surprise? + Ma parole plus ferme et mon port assuré + Ne vous montroient-ils pas un esprit préparé[780]? 780 + Que Clarine vous die, à la première vue, + Si jamais de mon change elle s'est aperçue. + Ce mauvais compliment flattoit mal ses appas[781]: + Il vous faisoit outrage, et ne l'obligeoit pas; + Et ses termes piquants, mal conçus pour lui plaire, 785 + Au lieu de son amour, cherchoient votre colère. + + ANGÉLIQUE. + + Cesse de m'éclaircir sur ce triste secret[782]; + En te montrant fidèle, il accroît mon regret: + Je perds moins, si je crois ne perdre qu'un volage, + Et je ne puis sortir d'erreur qu'à mon dommage. 790 + Que me sert de savoir que tes voeux sont constants[783]? + Que te sert d'être aimé, quand il n'en est plus temps? + + ALIDOR. + + Aussi je ne viens pas pour regagner votre âme[784]: + Préférez-moi Doraste, et devenez sa femme. + Je vous viens, par ma mort, en donner le pouvoir: 795 + Moi vivant, votre foi ne le peut recevoir; + Elle m'est engagée, et quoi que l'on vous die, + Sans crime elle ne peut durer moins que ma vie. + Mais voici qui vous rend l'une et l'autre à la fois[785]. + + ANGÉLIQUE. + + Ah! ce cruel discours me réduit aux abois. 800 + Ma colère a rendu ma perte inévitable[786], + Et je déteste en vain ma faute irréparable. + + ALIDOR. + + Si vous avez du coeur, on la peut réparer. + + ANGÉLIQUE. + + On nous doit dès demain pour jamais séparer[787]: + Que puis-je à de tels maux appliquer pour remède? 805 + + ALIDOR. + + Ce qu'ordonne l'amour aux âmes qu'il possède. + Si vous m'aimez encor, vous saurez dès ce soir + Rompre les noirs effets d'un juste désespoir. + Quittez avec le bal vos malheurs pour me suivre, + Ou soudain à vos yeux je vais cesser de vivre. 810 + Mettrez-vous en ma mort votre contentement? + + ANGÉLIQUE. + + Non, mais que dira-t-on d'un tel emportement[788]? + + ALIDOR. + + Est-ce là donc le prix de vous avoir servie? + Il y va de votre heur, il y va de ma vie, + Et vous vous arrêtez à ce qu'on en dira! 815 + Mais faites désormais tout ce qu'il vous plaira: + Puisque vous consentez plutôt à vos supplices + Qu'à l'unique moyen de payer mes services, + Ma mort va me venger de votre peu d'amour; + Si vous n'êtes à moi, je ne veux plus du jour. 820 + + ANGÉLIQUE. + + Retiens ce coup fatal; me voilà résolue: + Use sur tout mon coeur de puissance absolue[789]: + Puisqu'il est tout à toi, tu peux tout commander; + Et contre nos malheurs j'ose tout hasarder[790]. + Cet éclat du dehors n'a rien qui m'embarrasse; 825 + Mon honneur seulement te demande une grâce: + Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main + Puissent justifier ma fuite et ton dessein; + Que mes parents surpris trouvent ici ce gage, + Qui les rende assurés d'un heureux mariage, 830 + Et que je sauve ainsi ma réputation + Par la sincérité de ton intention. + Ma faute en sera moindre, et mon trop de constance[791] + Paroîtra seulement fuir une violence. + + ALIDOR. + + Enfin par ce dessein vous me ressuscitez[792]: 835 + Agissez pleinement dessus mes volontés. + J'avois pour votre honneur la même inquiétude, + Et ne pourrois d'ailleurs qu'avec ingratitude, + Voyant ce que pour moi votre flamme résout, + Dénier quelque chose à qui m'accorde tout. 840 + Donnez-moi: sur-le-champ je vous veux satisfaire. + + ANGÉLIQUE. + + Il vaut mieux que l'effet à tantôt se diffère. + Je manque ici de tout, et j'ai le coeur transi[793] + De crainte que quelqu'un ne te découvre ici. + Mon dessein généreux fait naître cette crainte; 845 + Depuis qu'il est formé, j'en ai senti l'atteinte. + Quitte-moi, je te prie, et coule-toi sans bruit[794]. + + ALIDOR. + + Puisque vous le voulez, adieu, jusqu'à minuit. + + ANGÉLIQUE. + +(Alidor s'en va et Angélique continue[795].) + + Que promets-tu, pauvre aveuglée? + A quoi t'engage ici ta folle passion? 850 + Et de quelle indiscrétion + Ne s'accompagne point ton ardeur déréglée? + Tu cours à ta ruine, et vas tout hasarder + Sur la foi d'un amant qui n'en sauroit garder[796]. + + Je me trompe, il n'est point volage; 855 + J'ai vu sa fermeté, j'en ai cru ses soupirs; + Et si je flatte mes desirs, + Une si douce erreur n'est qu'à mon avantage. + Me manquât-il de foi, je la lui dois garder, + Et pour perdre Doraste il faut tout hasarder. 860 + + ALIDOR, sortant de la porte d'Angélique, et repassant + sur le théâtre. + + Cléandre, elle est à toi; j'ai fléchi son courage. + Que ne peut l'artifice, et le fard du langage? + Et si pour un ami ces effets je produis, + Lorsque j'agis pour moi, qu'est-ce que je ne puis? + + +SCÈNE VII. + +PHYLIS. + + Alidor à mes yeux sort de chez Angélique[797], 865 + Comme s'il y gardoit encor quelque pratique; + Et même, à son visage, il semble assez content. + Auroit-il regagné cet esprit inconstant? + Oh! qu'il feroit bon voir que cette humeur volage + Deux fois en moins d'une heure eût changé de courage! + Que mon frère en tiendroit, s'ils s'étoient mis d'accord[798]! + Il faut qu'à le savoir je fasse mon effort. + Ce soir, je sonderai les secrets de son âme; + Et si son entretien ne me trahit sa flamme, + J'aurai l'oeil de si près dessus ses actions, 875 + Que je m'éclaircirai de ses intentions. + + +SCÈNE VIII. + +PHYLIS, LYSIS. + + PHYLIS. + + Quoi? Lysis, ta retraite est de peu de durée! + + LYSIS. + + L'heure de mon congé n'est qu'à peine expirée; + Mais vous voyant ici sans frère et sans amant.... + + PHYLIS. + + N'en présume pas mieux pour ton contentement. 880 + + LYSIS. + + Et d'où vient à Phylis une humeur si nouvelle? + + PHYLIS. + + Vois-tu, je ne sais quoi me brouille la cervelle. + Va, ne me conte rien de ton affection: + Elle en auroit fort peu de satisfaction. + + LYSIS. + + Cependant sans parler il faut que je soupire[799]? 885 + + PHYLIS. + + Réserve pour le bal ce que tu me veux dire. + + LYSIS. + + Le bal, où le tient-on? + + PHYLIS. + + Là dedans. + + LYSIS. + + Il suffit; + De votre bon avis je ferai mon profit. + + +FIN DU TROISIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [745] _Var._ Qui reçoit tout le monde avec même visage. (1648) + + [746] _Var._ Vu qu'il ne me dit mot et ne suit point mes pas. + (1637-57) + + [747] L'édition de 1682 donne seule _fidélité_, pour _civilité_: + c'est une faute évidente, que Thomas Corneille s'est gardé de + reproduire en 1692. + + [748] _Var._ DORASTE, _sortant de chez Angélique_. (1637-60) + + [749] _Var._ Demain un sacré noeud me joint à cette belle; + Dis-lui qu'il se console. Adieu: je vais pourvoir + A tout ce qu'il faudra préparer pour ce soir. + PHYL. Nous voilà donc de bal! Dieu nous fera la grâce. + (1637-57) + + [750] On lit ici dans l'édition de 1692: PHYLIS, _à Cléandre_, + indication qui n'est point inutile. + + [751] _Var._ D'en trouver là cinquante à qui donner la place. + (1637) + + [752] _Affiné_, trompé, dupé. Voyez tome I, p. 190, note 3. + + [753] _Var._ [Avec si peu de coeur aimer si puissamment!] + Que faisiez-vous, mes bras? que faisiez-vous, ma lame? + N'osiez-vous mettre au jour les secrets de mon âme? + N'osiez-vous leur montrer ce qu'ils m'ont fait de mal? + N'osiez-vous découvrir à Doraste un rival? + [Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?] + Craignois-tu de rougir d'une telle maîtresse? (1637-57) + + [754] _Var._ Par honte, par respect, ou par discrétion? (1637) + + [755] _Var._ Avec quelque raison ou quelque violence, + Que l'un de ces motifs t'obligeât au silence, + Pour faire à ce rival sentir quel est ton bras, + L'intérêt d'un ami ne suffisoit-il pas? + Pouvois-tu desirer d'occasion plus belle. (1637-57) + + [756] Ce vers se retrouve, à un mot près, dans _le Cid_, acte + III, scène III: + + Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne. + + [757] _Var._ [Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende.] + Veux-tu pour le défendre une plus douce loi? + Si tu combats pour lui, les fruits en sont pour toi. + J'y suis tout résolu, Doraste, il la faut rendre; + Tu sauras ce que c'est de supplanter Cléandre: + Tout l'univers armé pour te la conserver + De mes jaloux efforts ne te pourroit sauver. + Qu'est-ce-ci, ma fureur? est-il temps de paroître? + Quand tu manques d'objets, tu commences à naître: + C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit t'exciter, + C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit m'emporter. + Puisque, un rival présent, trop foible, tu recules, + Tes mouvements tardifs deviennent ridicules, + Et quoi qu'à ces transports promette ma valeur, + A peine les effets préviendront mon malheur. + Pour rompre en honnête homme un hymen si funeste, + Je n'ai plus désormais qu'un peu de jour qui reste; + Autrement il me faut affronter ce rival, + Au péril de cent morts, au milieu de son bal: + Aucune occasion ailleurs ne m'est offerte; + Il lui faut tout quitter, ou me perdre en sa perte. + [Il faut....] (1637-57) + + [758] _Var._ Après cela veux-tu que je m'explique? (1637-57) + + [759] _Var._ Si bien qu'après le bal qu'il lui donne ce soir, + Leur hymen accompli rend mon malheur extrême. (1637-57) + + [760] _Var._ Cet hymen auroit mis mon bonheur à son point[760-a]. + (1637-57) + + [760-a] L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «à ce + point.» + + [761] _Var._ Les restes d'un rival eussent fait mon servage, + Elle eût perdu mon coeur avec son pucelage. (1637 et 44) + _Var._ Les restes d'un rival captivassent mon âme, + Elle eût perdu mon coeur en devenant sa femme. (1648) + + [762] _Var._ Me feindre tout de glace, et n'être que de flamme, + La mépriser de bouche et l'adorer dans l'âme. (1637-57) + + [763] _Var._ J'aurai trop de moyens à te garder ma foi. (1637, 44 + et 52-57) + + [764] _Var._ Ne trouble point, ami, ton repos pour mon aise: + Crois-tu qu'à tes dépens aucun bonheur me plaise? (1637-57) + + [765] Allusion à ces vers de _la Suivante_ (649-652, p. 160): + + Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive, + De sa possession l'un et l'autre il nous prive, + Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit, + Tandis que de sa peine un troisième a le fruit. + + --Voyez pour d'autres rapprochements du même genre, tome I, p. + 446, note 2. + + [766] _Var._ Il faut prendre un chemin et plus court et plus seur[766-a]: + Je veux sans coup férir t'en rendre possesseur. (1637) + _Var._ Je veux prendre un chemin et plus court et plus seur. (1644-60) + + [766-a] Voyez tome I, p. 190, note 5. + + [767] _Var._ Va-t'en donc, et me laisse auprès de cette belle + Employer le pouvoir qui me reste sur elle. (1637-57) + + [768] _Var._ Je te vais donc laisser ma fortune à conduire. + (1637-57) + + [769] _Var._ Mais reprendre un amour dont je me veux défaire. + (1637-57) + + [770] _Var._ Toute peine est fort douce à qui sert ses + amis[770-a]. (1637-57) + + [770-a] Voyez la fin de l'_Examen_, p. 223. + + [771] _Var._ Du forfait d'Alidor que de son châtiment. (1637-57) + + [772] _Var._ Et par quelques puissants efforts + Que de tous sens je tourne et retourne mon âme. (1637-57) + _Var._ Hélas! par quelques pleins efforts. (1660-68) + + [773] _Var._ ANGÉLIQUE, _voyant Alidor entrer en son cabinet_. + (1637) + + [774] _Var._ Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs? + Qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs? + Est-il dit que tes yeux te mettront hors de doute, + Et t'apprendront combien ta trahison me coûte? + Après qu'effrontément ton aveu m'a fait voir + Qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir, + [Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable.] (1637-57) + + [775] _Var._ Va, va, n'espère rien de ces submissions. (1637-48) + _Var._ Va, va, n'espère rien de ses submissions. (1652-57) + + [776] _Var._ Sur notre amour passé c'est à trop te fier. (1637) + _Var._ Sur notre amour passé c'est là trop te fier. (1644-57) + + [777] _Var._ Comme vaincue il faut que je quitte la place. + (1637-57) + + [778] _Var._ _Elle veut sortir du cabinet, mais Alidor la + retient._ (1637, en marge.)--ALIDOR, _la retenant_. (1644-60) + + [779] _Var._ Ma chère âme, mon tout, quoi! vous m'abandonnez! + (1637--57) + + [780] _Var._ Ne vous montroit-il pas un esprit préparé? (1652-57) + + [781] _Var._ Aussi mon compliment flattoit mal ses appas: + Il vous offensoit bien, mais ne l'obligeoit pas. (1637-57) + + [782] _Var._ Cesse de m'éclaircir dessus un tel secret. (1637-57) + + [783] _Var._ Que me sert de savoir si tes voeux sont constants? + (1637-57) + + [784] _Var._ Aussi ne viens-je pas pour regagner votre âme. + (1637-57) + + [785] _Var._ Mais voici qui vous rend l'un et l'autre à la fois. + (1652-60) + + [786] _Var._ Dans ma prompte vengeance à jamais misérable, + Que je déteste en vain ma faute irréparable! (1637-57) + + [787] _Var._ C'est demain qu'on nous doit pour jamais séparer: + En ce piteux état que veux-tu que je fasse? + ALID. Ah! ce discours ne part que d'un coeur tout de glace. + Son, non, résolvez-vous: il vous faut à ce soir + Montrer votre courage, ou moi mon désespoir. (1637-57) + + [788] _Var._ Non, mais que dira-t-on d'un tel enlèvement? + (1637-57) + + [789] _Var._ Dessus mes volontés ta puissance absolue + Peut disposer de moi, peut tout me commander. + Mon honneur, en tes mains prêt à se hasarder, + Par un trait si hardi quelque tort qu'il se fasse, + Y consent toutefois, et ne veut qu'une grâce: + [Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main] + Justifient aux miens ma fuite et ton dessein; + Qu'ils puissent, me cherchant, trouver ici ce gage, + Qui les rende assurés de notre mariage; + Que la sincérité de ton intention + Conserve, mise au jour, ma réputation. (1637-57) + + [790] _Var._ Pour vaincre nos malheurs j'ose tout hasarder. + (1660) + + [791] _Var._ Ma faute en sera moindre, et hors de l'impudence. + (1637-60) + + [792] _Var._ Ma reine, enfin par là vous me ressuscitez. + (1637-57) + + [793] _Var._ Je manque ici de tout, et j'ai peur, mon souci, + Que quelqu'un par malheur ne te surprenne ici. (1637-57) + + [794] _Var._ Va, quitte-moi, ma vie, et te coule sans bruit. + ALID. Adieu donc, ma chère âme. ANG. Adieu, jusqu'à minuit. (1637-57) + + [795] _Var._ ANGÉLIQUE, _seule en son cabinet_. (1637, en marge.) + + [796] _Var._ Sur la foi de celui qui n'en sauroit garder. + (1637-57) + + [797] _Var._ D'où provient qu'Alidor sort de chez Angélique? + Auroit-il avec elle encor quelque pratique? + Son visage n'a rien que d'un homme content. (1637-57) + + [798] _Var._ Que mon frère en tiendroit, s'ils étoient mis + d'accord! (1657) + + [799] _Var._ Puisque vous le voulez, adieu, je me retire. + (1637-57) + + + + +ACTE IV. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +ALIDOR, CLÉANDRE, TROUPE D'ARMÉS[800]. + + ALIDOR. + +(L'acte est dans la nuit, et Alidor dit ce premier vers[801] à +Cléandre; et l'ayant fait retirer avec sa troupe, il continue seul.) + + Attends, sans faire bruit, que je t'en avertisse[802]. + Enfin la nuit s'avance, et son voile propice 890 + Me va faciliter le succès que j'attends + Pour rendre heureux Cléandre, et mes desirs contents. + Mon coeur, las de porter un joug si tyrannique, + Ne sera plus qu'une heure esclave d'Angélique. + Je vais faire un ami possesseur de mon bien: 895 + Aussi dans son bonheur je rencontre le mien. + C'est moins pour l'obliger que pour me satisfaire, + Moins pour le lui donner qu'afin de m'en défaire. + Ce trait paroîtra lâche et plein de trahison[803]; + Mais cette lâcheté m'ouvrira ma prison. 900 + Je veux bien à ce prix avoir l'âme traîtresse, + Et que ma liberté me coûte une maîtresse. + Que lui fais-je, après tout, qu'elle n'ait mérité, + Pour avoir malgré moi fait ma captivité? + Qu'on ne m'accuse point d'aucune ingratitude: 905 + Ce n'est que me venger d'un an de servitude, + Que rompre son dessein, comme elle a fait le mien, + Qu'user de mon pouvoir, comme elle a fait du sien, + Et ne lui pas laisser un si grand avantage + De suivre son humeur, et forcer mon courage. 910 + Le forcer! mais, hélas! que mon consentement + Par un si doux effort fut surpris aisément! + Quel excès de plaisirs goûta mon imprudence + Avant que réfléchir sur cette violence[804]! + Examinant mon feu, qu'est-ce que je ne perds? 915 + Et qu'il m'est cher vendu de connoître mes fers! + Je soupçonne déjà mon dessein d'injustice, + Et je doute s'il est ou raison ou caprice. + Je crains un pire mal après ma guérison, + Et d'aller au supplice en rompant ma prison. 920 + Alidor, tu consens qu'un autre la possède! + Tu t'exposes sans crainte à des maux sans remède[805]! + Ne romps point les effets de son intention, + Et laisse un libre cours à ton affection: + Fais ce beau coup pour toi; suis l'ardeur qui te presse. 925 + Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse[806]! + Je n'en veux obliger pas un à me haïr. + Et ne sais qui des deux, ou servir, ou trahir. + Quoi! je balance encor, je m'arrête, je doute[807]! + Mes résolutions, qui vous met en déroute? 930 + Revenez, mes desseins, et ne permettez pas + Qu'on triomphe de vous avec un peu d'appas. + En vain pour Angélique ils prennent la querelle[808]; + Cléandre, elle est à toi, nous sommes deux contre elle. + Ma liberté conspire avecque tes ardeurs; 935 + Les miennes désormais vont tourner en froideurs; + Et lassé de souffrir un si rude servage, + J'ai l'esprit assez fort pour combattre un visage. + Ce coup n'est qu'un effet de générosité, + Et je ne suis honteux que d'en avoir douté. 940 + Amour, que ton pouvoir tâche en vain de paroître! + Fuis, petit insolent, je veux être le maître: + Il ne sera pas dit qu'un homme tel que moi, + En dépit qu'il en ait, obéisse à ta loi. + Je ne me résoudrai jamais à l'hyménée 945 + Que d'une volonté franche et déterminée, + Et celle à qui ses noeuds m'uniront pour jamais[809] + M'en sera redevable, et non à ses attraits; + Et ma flamme.... + + +SCÈNE II. + +ALIDOR, CLÉANDRE. + + CLÉANDRE. + + Alidor! + + ALIDOR. + + Qui m'appelle? + + CLÉANDRE. + + Cléandre. + + ALIDOR. + + Tu t'avances trop tôt[810]. + + CLÉANDRE. + + Je me lasse d'attendre. 950 + + ALIDOR. + + Laisse-moi, cher ami, le soin de t'avertir + En quel temps de ce coin il te faudra sortir. + + CLÉANDRE. + + Minuit vient de sonner, et par expérience + Tu sais comme l'amour est plein d'impatience. + + ALIDOR. + + Va donc tenir tout prêt à faire un si beau coup: 955 + Ce que nous attendons ne peut tarder beaucoup. + Je livre entre tes mains cette belle maîtresse, + Sitôt que j'aurai pu lui rendre ta promesse: + Sans lumière, et d'ailleurs s'assurant en ma foi, + Rien ne l'empêchera de la croire de moi. 960 + Après, achève seul; je ne puis sans supplice + Forcer ici mon bras à te faire service[811]; + Et mon reste d'amour, en cet enlèvement, + Ne peut contribuer que mon consentement. + + CLÉANDRE. + + Ami, ce m'est assez. + + ALIDOR. + + Va donc là-bas attendre 965 + Que je te donne avis du temps qu'il faudra prendre. + Cléandre, encore un mot: pour de pareils exploits[812] + Nous nous ressemblons mal et de taille et de voix; + Angélique soudain pourra te reconnoître; + Regarde après ses cris si tu serois le maître. 970 + + CLÉANDRE. + + Ma main dessus sa bouche y saura trop pourvoir. + + ALIDOR. + + Ami, séparons-nous, je pense l'entrevoir. + + CLÉANDRE. + + Adieu. Fais promptement. + + +SCÈNE III. + +ALIDOR, ANGÉLIQUE. + + ANGÉLIQUE. + + Que la nuit est obscure[813]! + Alidor n'est pas loin, j'entends quelque murmure. + + ALIDOR. + + De peur d'être connu, je défends à mes gens 975 + De paroître en ces lieux avant qu'il en soit temps. + Tenez. + +(Il lui donne la promesse de Cléandre.) + + ANGÉLIQUE. + + Je prends sans lire; et ta foi m'est si claire, + Que je la prends bien moins pour moi que pour mon père; + Je la porte à ma chambre: épargnons les discours; + Fais avancer tes gens, et dépêche. + + ALIDOR. + + J'y cours. 980 + Lorsque de son honneur je lui rends l'assurance, + C'est quand je trompe mieux sa crédule espérance; + Mais puisqu'au lieu de moi je lui donne un ami, + A tout prendre, ce n'est la tromper qu'à demi. + + +SCÈNE IV. + +PHYLIS. + + Angélique! C'est fait, mon frère en a dans l'aile. 985 + La voyant échapper, je courois après elle; + Mais un maudit galant m'est venu brusquement + Servir à la traverse un mauvais compliment, + Et par ses vains discours m'embarrasser de sorte + Qu'Angélique à son aise a su gagner la porte. 990 + Sa perte est assurée, et le traître Alidor[814] + La posséda jadis, et la possède encor. + Mais jusques à ce point seroit-elle imprudente? + Il n'en faut point douter, sa perte est évidente[815]; + Le coeur me le disoit, le voyant en sortir, 995 + Et mon frère dès lors se devoit avertir. + Je te trahis, mon frère, et par ma négligence, + Étant sans y penser de leur intelligence.... + +(Alidor paroît avec Cléandre accompagné d'une troupe, et après lui +avoir montré Phylis, qu'il croit être Angélique, il se retire en un +coin du théâtre, et Cléandre enlève Phylis, et lui met d'abord la main +sur la bouche.) + + +SCÈNE V. + +ALIDOR. + + On l'enlève, et mon coeur, surpris d'un vain regret, + Fait à ma perfidie un reproche secret; 1000 + Il tient pour Angélique, il la suit, le rebelle! + Parmi mes trahisons il veut être fidèle; + Je le sens, malgré moi de nouveaux feux épris[816], + Refuser de ma main sa franchise à ce prix, + Désavouer mon crime, et pour mieux s'en défendre, 1005 + Me demander son bien, que je cède à Cléandre. + Hélas! qui me prescrit cette brutale loi + De payer tant d'amour avec si peu de foi? + Qu'envers cette beauté ma flamme est inhumaine! + Si mon feu la trahit, que lui feroit ma haine? 1010 + Juge, juge, Alidor, en quelle extrémité + La va précipiter ton infidélité[817]. + Écoute ses soupirs, considère ses larmes, + Laisse-toi vaincre enfin à de si fortes armes[818], + Et va voir si Cléandre, à qui tu sers d'appui[819], 1015 + Pourra faire pour toi ce que tu fais pour lui. + Mais mon esprit s'égare, et quoi qu'il se figure, + Faut-il que je me rende à des pleurs en peinture, + Et qu'Alidor, de nuit plus foible que de jour, + Redonne à la pitié ce qu'il ôte à l'amour? 1020 + Ainsi donc mes desseins se tournent en fumée! + J'ai d'autres repentirs que de l'avoir aimée! + Suis-je encore Alidor après ces sentiments? + Et ne pourrai-je enfin régler mes mouvements? + Vaine compassion des douleurs d'Angélique, 1025 + Qui penses triompher d'un coeur mélancolique[820], + Téméraire avorton d'un impuissant remords, + Va, va porter ailleurs tes débiles efforts. + Après de tels appas, qui ne m'ont pu séduire, + Qui te fait espérer ce qu'ils n'ont su produire? 1030 + Pour un méchant soupir que tu m'as dérobé, + Ne me présume pas tout à fait succombé[821]: + Je sais trop maintenir ce que je me propose, + Et souverain sur moi, rien que moi n'en dispose. + En vain un peu d'amour me déguise en forfait 1035 + Du bien que je me veux le généreux effet: + De nouveau j'y consens, et prêt à l'entreprendre.... + + +SCÈNE VI. + +ANGÉLIQUE, ALIDOR. + + ANGÉLIQUE. + + Je demande pardon, de t'avoir fait attendre, + D'autant qu'en l'escalier on faisoit quelque bruit, + Et qu'un peu de lumière en effaçoit la nuit: 1040 + Je n'osois avancer, de peur d'être aperçue[822]. + Allons, tout est-il prêt? Personne ne m'a vue: + De grâce, dépêchons, c'est trop perdre de temps, + Et les moments ici nous sont trop importants; + Fuyons vite, et craignons les yeux d'un domestique. 1045 + Quoi! tu ne réponds point à la voix d'Angélique? + + ALIDOR. + + Angélique! mes gens vous viennent d'enlever; + Qui vous a fait sitôt de leurs mains vous sauver? + Quel soudain repentir, quelle crainte de blâme, + Et quelle ruse enfin vous dérobe à ma flamme? 1050 + Ne vous suffit-il point de me manquer de foi, + Sans prendre encor plaisir à vous jouer de moi? + + ANGÉLIQUE. + + Que tes gens cette nuit m'ayent vue ou saisie! + N'ouvre point ton esprit à cette fantaisie. + + ALIDOR. + + Autant que l'ont permis les ombres de la nuit[823], 1055 + Je l'ai vu de mes yeux. + + ANGÉLIQUE. + + Tes yeux t'ont donc séduit; + Et quelque autre sans doute, après moi descendue, + Se trouve entre les mains dont j'étois attendue. + Mais, ingrat, pour toi seul j'abandonne ces lieux, + Et tu n'accompagnois ma fuite que des yeux! 1060 + Pour marque d'un amour que je croyois extrême[824], + Tu remets ma conduite à d'autres qu'à toi-même! + Je suis donc un larcin indigne de tes mains[825]? + + ALIDOR. + + Quand vous aurez appris le fond de mes desseins, + Vous n'attribuerez plus, voyant mon innocence, 1065 + A peu d'affection l'effet de ma prudence. + + ANGÉLIQUE. + + Pour ôter tout soupçon et tromper ton rival, + Tu diras qu'il falloit te montrer dans le bal. + Foible ruse! + + ALIDOR. + + Ajoutez et vaine, et sans adresse, + Puisque je ne pouvois démentir ma promesse. 1070 + + ANGÉLIQUE. + + Quel étoit donc ton but? + + ALIDOR. + + D'attendre ici le bruit[826] + Que les premiers soupçons auront bientôt produit, + Et d'un autre côté me jetant à la fuite, + Divertir de vos pas leur plus chaude poursuite. + + ANGÉLIQUE, en pleurant[827]. + + Mais enfin, Alidor, tes gens se sont mépris? 1075 + + ALIDOR. + + Dans ce coup de malheur, et confus, et surpris, + Je vois tous mes desseins succéder à ma honte; + Mais il me faut donner quelque ordre à ce méconte[828]; + Permettez.... + + ANGÉLIQUE. + + Cependant, à qui me laisses-tu? + Tu frustres donc mes voeux de l'espoir qu'ils ont eu, 1080 + Et ton manque d'amour, de mes malheurs complice, + M'abandonnant ici, me livre à mon supplice! + L'hymen (ah! ce mot seul me réduit aux abois[829]!) + D'un amant odieux me va soumettre aux lois; + Et tu peux m'exposer à cette tyrannie! 1085 + De l'erreur de tes gens je me verrai punie! + + ALIDOR. + + Nous préserve le ciel d'un pareil désespoir[830]! + Mais votre éloignement n'est plus en mon pouvoir. + J'en ai manqué le coup; et, ce que je regrette, + Mon carrosse est parti, mes gens ont fait retraite. 1090 + A Paris, et de nuit, une telle beauté, + Suivant un homme seul, est mal en sûreté: + Doraste, ou par malheur quelque rencontre pire[831], + Me pourroit arracher le trésor où j'aspire: + Évitons ces périls en différant d'un jour. 1095 + + ANGÉLIQUE. + + Tu manques de courage aussi bien que d'amour, + Et tu me fais trop voir par ta bizarrerie[832] + Le chimérique effet de ta poltronnerie. + Alidor (quel amant!) n'ose me posséder. + + ALIDOR. + + Un bien si précieux se doit-il hasarder? 1100 + Et ne pouvez-vous point d'une seule journée + Retarder le malheur de ce triste hyménée[833]? + Peut-être le désordre et la confusion + Qui naîtront dans le bal de cette occasion + Le remettront pour vous; et l'autre nuit, je jure.... 1105 + + ANGÉLIQUE. + + Que tu seras encore ou timide ou parjure. + Quand tu m'as résolue à tes intentions, + Lâche, t'ai-je opposé tant de précautions[834]? + Tu m'adores, dis-tu? tu le fais bien paroître, + Rejetant mon bonheur ainsi sur un peut-être. 1110 + + ALIDOR. + + Quoi qu'ose mon amour appréhender pour vous, + Puisque vous le voulez, fuyons, je m'y résous; + Et malgré ces périls.... Mais on ouvre la porte: + C'est Doraste qui sort, et nous suit à main-forte. + +(Alidor s'échappe, et Angélique le veut suivre, mais Doraste +l'arrête.) + + +SCÈNE VII. + +ANGÉLIQUE, DORASTE, LYCANTE, TROUPE D'AMIS. + + DORASTE. + + Quoi! ne m'attendre pas? c'est trop me dédaigner; 1115 + Je ne viens qu'à dessein de vous accompagner; + Car vous n'entreprenez si matin ce voyage + Que pour vous préparer à notre mariage. + Encor que vous partiez beaucoup devant le jour, + Vous ne serez jamais assez tôt de retour; 1120 + Vous vous éloignez trop, vu que l'heure nous presse. + Infidèle! est-ce là me tenir ta promesse? + + ANGÉLIQUE. + + Eh bien! c'est te trahir. Penses-tu que mon feu + D'un généreux dessein te fasse un désaveu? + Je t'acquis par dépit et perdrois avec joie. 1125 + Mon désespoir à tous m'abandonnoit en proie, + Et lorsque d'Alidor je me vis outrager, + Je fis armes de tout afin de me venger. + Tu t'offris par hasard, je t'acceptai de rage; + Je te donnai son bien, et non pas mon courage. 1130 + Ce change à mon courroux jetoit un faux appas[835]; + Je le nommois sa peine, et c'étoit mon trépas: + Je prenois pour vengeance une telle injustice, + Et dessous ses couleurs j'adorois mon supplice. + Aveugle que j'étois! mon peu de jugement 1135 + Ne se laissoit guider qu'à mon ressentiment. + Mais depuis, Alidor m'a fait voir que son âme, + En feignant un mépris, n'avoit pas moins de flamme. + Il a repris mon coeur en me rendant les yeux; + Et soudain mon amour m'a fait haïr ces lieux. 1140 + + DORASTE. + + Tu suivois Alidor! + + ANGÉLIQUE. + + Ta funeste arrivée, + En arrêtant mes pas, de ce bien m'a privée; + Mais si.... + + DORASTE. + + Tu le suivois! + + ANGÉLIQUE. + + Oui: fais tous tes efforts; + Lui seul aura mon coeur, tu n'auras que le corps. + + DORASTE. + + Impudente, effrontée autant comme traîtresse, 1145 + De ce cher Alidor tiens-tu cette promesse? + Est-elle de sa main, parjure? De bon coeur + J'aurois cédé ma place à ce premier vainqueur; + Mais suivre un inconnu! me quitter pour Cléandre! + + ANGÉLIQUE. + + Pour Cléandre! + + DORASTE. + + J'ai tort: je tâche à te surprendre. 1150 + Vois ce qu'en te cherchant m'a donné le hasard; + C'est ce que dans ta chambre a laissé ton départ: + C'est là qu'au lieu de toi j'ai trouvé sur ta table + De ta fidélité la preuve indubitable. + Lis, mais ne rougis point, et me soutiens encor 1155 + Que tu ne fuis ces lieux que pour suivre Alidor. + + BILLET DE CLÉANDRE A ANGÉLIQUE[836]. + + _Angélique, reçois ce gage + De la foi que je te promets, + Qu'un prompt et sacré mariage + Unira nos jours désormais. 1160 + Quittons ces lieux, chère maîtresse; + Rien ne peut que ta fuite assurer mon bonheur; + Mais laisse aux tiens cette promesse + Pour sûreté de ton honneur, + Afin qu'ils en puissent apprendre 1165 + Que tu suis ton mari lorsque tu suis Cléandre._ + + CLÉANDRE. + + ANGÉLIQUE. + + Que je suis mon mari lorsque je suis Cléandre? + Alidor est perfide, ou Doraste imposteur. + Je vois la trahison, et doute de l'auteur. + Mais, pour m'en éclaircir, ce billet doit suffire[837]; 1170 + Je le pris d'Alidor, et le pris sans le lire; + Et puisqu'à m'enlever son bras se refusoit, + Il ne prétendoit rien au larcin qu'il faisoit. + Le traître! J'étois donc destinée à Cléandre! + Hélas! mais qu'à propos le ciel l'a fait méprendre, 1175 + Et ne consentant point à ses lâches desseins, + Met au lieu d'Angélique une autre entre ses mains[838]! + + DORASTE. + + Que parles-tu d'une autre en ta place ravie? + + ANGÉLIQUE. + + J'en ignore le nom, mais elle m'a suivie[839], + Et ceux qui m'attendoient dans l'ombre de la nuit.... 1180 + + DORASTE. + + C'en est assez, mes yeux du reste m'ont instruit: + Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée; + Après toi de la salle elle s'est dérobée. + J'arrête une maîtresse, et je perds une soeur; + Mais allons promptement après le ravisseur. 1185 + + +SCÈNE VIII. + +ANGÉLIQUE. + + Dure condition de mon malheur extrême! + Si j'aime, on me trahit; je trahis, si l'on m'aime. + Qu'accuserai-je ici d'Alidor ou de moi? + Nous manquons l'un et l'autre également de foi. + Si j'ose l'appeler lâche, traître, parjure, 1190 + Ma rougeur aussitôt prendra part à l'injure; + Et les mêmes couleurs qui peindront ses forfaits + Des miens en même temps exprimeront les traits. + Mais quel aveuglement nos deux crimes égale, + Puisque c'est pour lui seul que je suis déloyale? 1195 + L'amour m'a fait trahir (qui n'en trahiroit pas?), + Et la trahison seule a pour lui des appas. + Son crime est sans excuse, et le mien pardonnable: + Il est deux fois, que dis-je? il est le seul coupable[840]; + Il m'a prescrit la loi, je n'ai fait qu'obéir; 1200 + Il me trahit lui-même, et me force à trahir. + Déplorable Angélique, en malheurs sans seconde, + Que veux-tu désormais, que peux-tu faire au monde[841], + Si ton ardeur sincère et ton peu de beauté + N'ont pu te garantir d'une déloyauté? 1205 + Doraste tient ta foi; mais si ta perfidie + A jusqu'à te quitter son âme refroidie, + Suis, suis dorénavant de plus saines raisons, + Et sans plus t'exposer à tant de trahisons[842], + Puisque de ton amour on fait si peu de conte, 1210 + Va cacher dans un cloître et tes pleurs et ta honte[843]. + +FIN DU QUATRIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [800] Au participe ARMÉS, employé substantivement, Thomas + Corneille a substitué, dans l'édition de 1692: HOMMES ARMÉS. + + [801] _Var._ _Il dit ce vers_, etc. (1637, en marge.)--Dans cette + édition, les mots: _L'acte est dans la nuit_, se trouvent placés + plus haut, en regard du titre: ACTE IV. + + [802] _Var._ Attends là de pied coi que je t'en avertisse. + (1637-57) + + [803] _Var._ Ce trait est un peu lâche, et sent sa trahison. (1637-57) + _Var._ Ce trait peut sembler lâche et plein de trahison. (1660) + + [804] _Var._ Avant que s'aviser de cette violence! (1637-57) + + [805] _Var._ Peux-tu bien t'exposer à des maux sans remède, + A de vains repentirs, d'inutiles regrets, + De stériles remords et des bourreaux secrets, + Cependant qu'un ami, par tes lâches menées, + Cueillira les faveurs qu'elle t'a destinées? + Ne frustre point l'effet de ton intention[805-a]. (1637-57) + + [805-a] Ce dernier vers ne se trouve que dans l'édition de 1637 + Dans les impressions de 1644-57, on lit, comme dans notre texte: + + Ne romps point les effets de son intention. + De tous les deux côtés il y va de ta foi. + A qui la tiendras-tu? Mon esprit en déroute + Sur le plus fort des deux ne peut sortir de doute. + [Je n'en veux obliger pas un à me haïr.] (1637-57) + + [806] _Var._ [Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse!] + Jamais fut-il mortel si malheureux que toi? + + [807] _Var._ Mais que mon jugement s'enveloppe de nues! + Mes résolutions, qu'êtes-vous devenues? (1637-57) + _Var._ Quoi! je hésite encor, je balance, je doute! (1660) + + [808] _Var._ Cléandre, elle est à toi: dedans cette querelle, + Angélique le perd; nous sommes deux contre elle. (1637-57) + + [809] _Var._ Et celle qu'en ce cas je nommerai mon mieux, + M'en sera redevable, et non pas à ses yeux. (1637-57) + + [810] _Var._ Qui te fait avancer? (1637-57) + + [811] _Var._ Forcer ici mes bras à te faire service. (1637-63) + + [812] _Var._ Encore un mot, Cléandre, et qui t'importe fort: + Ta taille avec la mienne a si peu de rapport, + Qu'Angélique soudain te pourra reconnoître. (1637-57) + + [813] _Var._ ANG. St. ALID. Je l'entends, c'est elle. + ANG. Alidor, es-tu là? ALID. Je suis à vous, ma belle. + [De peur d'être connu, je défends à mes gens.] (1637-57) + + [814] _Var._ Sa perte est assurée, et ce traître Alidor. + (1637-57) + + [815] _Var._ Il n'en faut point parler, sa perte est évidente. + (1654) + + [816] _Var._ Je le sens refuser sa franchise à ce prix; + [Je le sens, malgré moi de nouveaux feux épris.] (1637-57) + + [817] _Var._ Ne la va point jeter ton infidélité. (1637-57) + + [818] _Var._ Et laisse-toi gagner à de si fortes armes. (1637) + _Var._ Et te laisse enfin vaincre à de si fortes armes. (1644-57) + + [819] _Var._ Cours après elle, et vois si Cléandre aujourd'hui. + (1637-57) + + [820] _Var._ Qui pensez triompher d'un coeur mélancolique. (1637, + 44 et 52-60) + + [821] _Var._ Ne me présume pas encore succombé. (1637-57) + + [822] _Var._ Je n'osois m'avancer, de peur d'être aperçue. + (1637-57) + + [823] _Var._ Autant que m'ont permis les ombres de la nuit. + (1637-57) + + [824] _Var._ La belle preuve, hélas! de ton amour extrême, + De remettre ce coup à d'autres qu'à toi-même! + J'étois donc un larcin indigne de tes mains? (1637-57) + + [825] _Var._ Et je suis un larcin indigne de tes mains? (1660-64) + + [826] _Var._ Quel étoit donc le but de ton intention? + ALID. D'attendre ici le coup de leur émotion. (1637-57) + + [827] Cette indication manque dans l'édition de 1663. + + [828] _Var._ Permettez-moi d'aller mettre ordre à ce méconte[828-a]. + ANG. Cependant, misérable, à qui me laisses-tu? (1637-57) + + [828-a] Voyez tome I, p. 150, note 1. + + [829] _Var._ L'hymen (ah! ce penser déjà me fait mourir!) + Me va joindre à Doraste, et tu le peux souffrir! + Tu me peux exposer à cette tyrannie! (1637-57) + + [830] _Var._ Jugez mieux de ma flamme, et songez, mon espoir, + Qu'un tel enlèvement n'est plus en mon pouvoir. (1637-57) + + [831] _Var._ Doraste, ou par malheur quelque pire surprise + De ces coureurs de nuit me feroit lâcher prise: + De grâce, mon souci, passons encore un jour. (1637-57) + + [832] _Var._ Et tu me fais trop voir par cette rêverie. (1637-57) + + [833] _Var._ Différer le malheur de ce triste hyménée. (1637-57) + + [834] _Var._ Ingrat, t'ai-je opposé tant de précautions? + Tu m'aimes, ce dis-tu? tu le fais bien paroître, + Remettant mon bonheur ainsi sur un peut-être. + ALID. Encor que mon amour appréhende pour vous, + Puisque vous le voulez, eh bien! je m'y résous: + Fuyons, hasardons tout. Mais on ouvre la porte. (1637-57) + + [835] _Var._ Ce change à mon dépit jetoit un faux appas[835-a]. + (1637-57) + + [835-a] Voyez tome I, p. 148, note 3. + + [836] En marge, dans l'édition de 1637: _Angélique lit_. + + [837] _Var._ Toutefois ce papier suffit pour m'en instruire; + Je le pris d'Alidor, mais je le pris sans lire. (1637-57) + + [838] _Var._ Met au lieu d'Angélique un autre entre ses + mains[838-a]. (1648-57) + + [838-a] Voyez tome I, p. 228, note 3. + + [839] _Var._ [J'en ignore le nom, mais elle m'a suivie,] + Et quelle qu'elle soit.... DOR. Il suffit, n'en dis plus; + Après ce que j'ai vu, j'en sais trop là-dessus: + [Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée.] (1637-57) + + [840] _Var._ Il est deux fois, que dis-je? il est seul le + coupable. (1657) + + [841] _Var._ Que peux-tu désormais, que peux-tu faire au monde, + Si ton amour fidèle et ton peu de beauté. (1637-57) + + [842] _Var._ Et ne t'expose plus à tant de trahisons, + Et tant qu'on ait pu voir la fin de ce méconte. (1637-57) + + [843] _Var._ Va cacher dans ta chambre et tes pleurs et ta honte. + (1637-60) + + + + +ACTE V. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +CLÉANDRE, PHYLIS. + + CLÉANDRE. + + Accordez-moi ma grâce avant qu'entrer chez vous. + + PHYLIS. + + Vous voulez donc enfin d'un bien commun à tous? + Craignez-vous qu'à vos feux ma flamme ne réponde? + Et puis-je vous haïr, si j'aime tout le monde[844]? 1215 + + CLÉANDRE. + + Votre bel esprit raille, et pour moi seul cruel, + Du rang de vos amants sépare un criminel: + Toutefois mon amour n'est pas moins légitime, + Et mon erreur du moins me rend vers vous sans crime. + Soyez, quoi qu'il en soit, d'un naturel plus doux: 1220 + L'amour a pris le soin de me punir pour vous; + Les traits que cette nuit il trempoit de vos larmes[845] + Ont triomphé d'un coeur invincible à vos charmes. + + PHYLIS. + + Puisque vous ne m'aimez que par punition, + Vous m'obligez fort peu de cette affection. 1225 + + CLÉANDRE. + + Après votre beauté sans raison négligée, + Il me punit bien moins qu'il ne vous a vengée. + Avez-vous jamais vu dessein plus renversé? + Quand j'ai la force en main, je me trouve forcé; + Je crois prendre une fille, et suis pris par une autre[846]; + J'ai tout pouvoir sur vous, et me remets au vôtre; + Angélique me perd, quand je crois l'acquérir; + Je gagne un nouveau mal, quand je pense guérir. + Dans un enlèvement je hais la violence; + Je suis respectueux après cette insolence; 1235 + Je commets un forfait, et n'en saurois user; + Je ne suis criminel que pour m'en accuser. + Je m'expose à ma peine, et négligeant ma fuite[847], + Aux vôtres offensés j'épargne la poursuite[848]. + Ce que j'ai pu ravir, je viens le demander; 1240 + Et pour vous devoir tout, je veux tout hasarder. + + PHYLIS. + + Vous ne me devrez rien, du moins si j'en suis crue[849]; + Et si mes propres yeux vous donnent dans la vue, + Si votre propre coeur soupire après ma main, + Vous courez grand hasard de soupirer en vain. 1245 + Toutefois après tout, mon humeur est si bonne + Que je ne puis jamais désespérer personne. + Sachez que mes desirs, toujours indifférents, + Iront sans résistance au gré de mes parents; + Leur choix sera le mien: c'est vous parler sans feinte. + + CLÉANDRE. + + Je vois de leur côté mêmes sujets de crainte: + Si vous me refusez, m'écouteront-ils mieux[850]? + + PHYLIS. + + Le monde vous croit riche, et mes parents sont vieux. + + CLÉANDRE. + + Puis-je sur cet espoir.... + + PHYLIS. + + C'est assez vous en dire[851]. + + +SCÈNE II. + +ALIDOR, CLÉANDRE, PHYLIS. + + ALIDOR. + + Cléandre a-t-il enfin ce que son coeur desire? 1255 + Et ses amours, changés par un heureux hasard, + De celui de Phylis ont-ils pris quelque part? + + CLÉANDRE. + + Cette nuit tu l'as vue en un mépris extrême, + Et maintenant, ami, c'est encore elle-même: + Son orgueil se redouble étant en liberté, 1260 + Et devient plus hardi d'agir en sûreté. + J'espère toutefois, à quelque point qu'il monte, + Qu'à la fin.... + + PHYLIS. + + Cependant que vous lui rendrez conte, + Je vais voir mes parents, que ce coup de malheur + A mon occasion accable de douleur. 1265 + Je n'ai tardé que trop à les tirer de peine. + + ALIDOR, retenant Cléandre qui la veut suivre[852]. + + Est-ce donc tout de bon qu'elle t'est inhumaine? + + CLÉANDRE. + + Il la faut suivre. Adieu. Je te puis assurer + Que je n'ai pas sujet de me désespérer. + Va voir ton Angélique, et la compte pour tienne, 1270 + Si tu la vois d'humeur qui ressemble à la sienne[853]. + + ALIDOR. + + Tu me la rends enfin? + + CLÉANDRE. + + Doraste tient sa foi; + Tu possèdes son coeur: qu'auroit-elle pour moi? + Quelques[854] charmants appas qui soient sur son visage, + Je n'y saurois avoir qu'un fort mauvais partage: 1275 + Peut-être elle croiroit qu'il lui seroit permis + De ne me rien garder, ne m'ayant rien promis; + Il vaut mieux que ma flamme à son tour te la cède[855]. + Mais derechef, adieu. + + +SCÈNE III. + +ALIDOR. + + Ainsi tout me succède[856]; + Ses plus ardents desirs se règlent sur mes voeux: 1280 + Il accepte Angélique, et la rend quand je veux. + Quand je tâche à la perdre, il meurt de m'en défaire; + Quand je l'aime, elle cesse aussitôt de lui plaire. + Mon coeur prêt à guérir, le sien se trouve atteint; + Et mon feu rallumé, le sien se trouve éteint: 1285 + Il aime quand je quitte, il quitte alors que j'aime; + Et sans être rivaux, nous aimons en lieu même. + C'en est fait, Angélique, et je ne saurois plus + Rendre contre tes yeux des combats superflus. + De ton affection cette preuve dernière 1290 + Reprend sur tous mes sens une puissance entière. + Les ombres de la nuit m'ont redonné le jour[857]: + Que j'eus de perfidie, et que je vis d'amour! + Quand je sus que Cléandre avoit manqué sa proie, + Que j'en eus de regret, et que j'en ai de joie! 1295 + Plus je t'étois ingrat, plus tu me chérissois; + Et ton ardeur croissoit plus je te trahissois. + Aussi j'en fus honteux, et confus dans mon âme, + La honte et le remords rallumèrent ma flamme. + Que l'amour pour nous vaincre a de chemins divers! + Et que malaisément on rompt de si beaux fers! + C'est en vain qu'on résiste aux traits d'un beau visage; + En vain, à son pouvoir refusant son courage, + On veut éteindre un feu par ses yeux allumé, + Et ne le point aimer quand on s'en voit aimé: 1305 + Sous ce dernier appas l'amour a trop de force; + Il jette dans nos coeurs une trop douce amorce, + Et ce tyran secret de nos affections + Saisit trop puissamment nos inclinations. + Aussi ma liberté n'a plus rien qui me flatte; 1310 + Le grand soin que j'en eus partoit d'une âme ingrate; + Et mes desseins, d'accord avecque mes desirs, + A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs[858]. + Mais, hélas! ma raison est-elle assez hardie + Pour croire qu'on me souffre après ma perfidie? 1315 + Quelque secret instinct, à mon bonheur fatal, + Ne la porte-t-il point à me vouloir du mal[859]? + Que de mes trahisons elle seroit vengée, + Si, comme mon humeur, la sienne étoit changée! + Mais qui la changeroit, puisqu'elle ignore encor 1320 + Tous les lâches complots du rebelle Alidor? + Que dis-je, malheureux? ah! c'est trop me méprendre[860], + Elle en a trop appris du billet de Cléandre: + Son nom au lieu du mien en ce papier souscrit + Ne lui montre que trop le fond de mon esprit. 1325 + Sur ma foi toutefois elle le prit sans lire; + Et si le ciel vengeur contre moi ne conspire[861], + Elle s'y fie assez pour n'en avoir rien lu. + Entrons, quoi qu'il en soit, d'un esprit résolu[862]; + Dérobons à ses yeux le témoin de mon crime; 1330 + Et si pour l'avoir lu sa colère s'anime[863], + Et qu'elle veuille user d'une juste rigueur, + Nous savons les moyens de regagner son coeur[864]. + + +SCÈNE IV. + +DORASTE, LYCANTE. + + DORASTE. + + Ne sollicite plus mon âme refroidie: + Je méprise Angélique après sa perfidie; 1335 + Mon coeur s'est révolté contre ses lâches traits, + Et qui n'a point de foi n'a point pour moi d'attraits. + Veux-tu qu'on me trahisse, et que mon amour dure? + J'ai souffert sa rigueur, mais je hais son parjure, + Et tiens sa trahison indigne à l'avenir 1340 + D'occuper aucun lieu dedans mon souvenir. + Qu'Alidor la possède; il est traître comme elle: + Jamais pour ce sujet nous n'aurons de querelle. + Pourrois-je avec raison lui vouloir quelque mal[865] + De m'avoir délivré d'un esprit déloyal? 1345 + Ma colère l'épargne, et n'en veut qu'à Cléandre: + Il verra que son pire étoit de se méprendre; + Et si je puis jamais trouver ce ravisseur, + Il me rendra soudain et la vie et ma soeur[866]. + + LYCANTE. + + Faites mieux: puisqu'à peine elle pourroit prétendre + Une fortune égale à celle de Cléandre, + En faveur de ses biens calmez votre courroux, + Et de son ravisseur faites-en son époux. + Bien qu'il eût fait dessein sur une autre personne, + Faites-lui retenir ce qu'un hasard lui donne: 1355 + Je crois que cet hymen pour satisfaction + Plaira mieux à Phylis que sa punition. + + DORASTE. + + Nous consultons en vain, ma poursuite étant vaine. + + LYCANTE. + + Nous le rencontrerons, n'en soyez point en peine: + Où que soit sa retraite, il n'est pas toujours nuit; 1360 + Et ce qu'un jour nous cache, un autre le produit. + Mais, Dieux! voilà Phylis qu'il a déjà rendue. + + +SCÈNE V. + +DORASTE, PHYLIS, LYCANTE. + + DORASTE. + + Ma soeur, je te retrouve après t'avoir perdue[867]! + Et de grâce, quel lieu me cache le voleur[868] + Qui, pour s'être mépris, a causé ton malheur? 1365 + Que son trépas.... + + PHYLIS. + + Tout beau; peut-être ta colère, + Au lieu de ton rival, en veut à ton beau-frère[869]. + En un mot, tu sauras qu'en cet enlèvement + Mes larmes m'ont acquis Cléandre pour amant: + Son coeur m'est demeuré pour peine de son crime, 1370 + Et veut changer un rapt en amour légitime[870]. + Il fait tous ses efforts pour gagner mes parents, + Et s'il les peut fléchir, quant à moi, je me rends: + Non, à dire le vrai, que son objet me tente[871], + Mais mon père content, je dois être contente. 1375 + Tandis, par la fenêtre ayant vu ton retour, + Je t'ai voulu sur l'heure apprendre cet amour, + Pour te tirer de peine et rompre ta colère. + + DORASTE. + + Crois-tu que cet hymen puisse me satisfaire? + + PHYLIS. + + Si tu n'es ennemi de mes contentements, 1380 + Ne prends mes intérêts que dans mes sentiments[872]; + Ne fais point le mauvais, si je ne suis mauvaise, + Et ne condamne rien à moins qu'il me déplaise[873]. + En cette occasion, si tu me veux du bien, + C'est à toi de régler ton esprit sur le mien[874]. 1385 + Je respecte mon père, et le tiens assez sage + Pour ne résoudre rien à mon désavantage. + Si Cléandre le gagne, et m'en peut obtenir, + Je crois de mon devoir.... + + LYCANTE. + + Je l'aperçois venir. + Résolvez-vous, Monsieur, à ce qu'elle desire. 1390 + + +SCÈNE VI. + +DORASTE, CLÉANDRE, PHYLIS, LYCANTE. + + CLÉANDRE. + + Si vous n'êtes d'humeur, Madame, à vous dédire[875], + Tout me rit désormais, j'ai leur consentement. + Mais excusez, Monsieur, le transport d'un amant; + Et souffrez qu'un rival, confus de son offense, + Pour en perdre le nom entre en votre alliance. 1395 + Ne me refusez point un oubli du passé; + Et son ressouvenir à jamais effacé, + Bannissant toute aigreur[876], recevez un beau-frère + Que votre soeur accepte après l'aveu d'un père. + + DORASTE. + + Quand j'aurois sur ce point des avis différents, 1400 + Je ne puis contredire au choix de mes parents; + Mais outre leur pouvoir, votre âme généreuse, + Et ce franc procédé qui rend ma soeur heureuse, + Vous acquièrent les biens qu'ils vous ont accordés, + Et me font souhaiter ce que vous demandez. 1405 + Vous m'avez obligé de m'ôter Angélique; + Rien de ce qui la touche à présent ne me pique: + Je n'y prends plus de part, après sa trahison. + Je l'aimai par malheur, et la hais par raison. + Mais la voici qui vient, de son amant suivie. 1410 + + +SCÈNE VII. + +ALIDOR, ANGÉLIQUE, DORASTE, CLÉANDRE, PHYLIS, LYCANTE[877]. + + ALIDOR. + + Finissez vos mépris, ou m'arrachez la vie. + + ANGÉLIQUE. + + Ne m'importune plus, infidèle. Ah! ma soeur! + Comme as-tu pu sitôt tromper ton ravisseur? + + PHYLIS, à Angélique. + + Il n'en a plus le nom, et son feu légitime, + Autorisé des miens, en efface le crime; 1415 + Le hasard me le donne, et changeant ses desseins, + Il m'a mise en son coeur aussi bien qu'en ses mains. + Son erreur fut soudain de son amour suivie; + Et je ne l'ai ravi qu'après qu'il m'a ravie. + Jusque-là tes beautés ont possédé ses voeux; 1420 + Mais l'amour d'Alidor faisoit taire ses feux. + De peur de l'offenser te cachant son martyre, + Il me venoit conter ce qu'il ne t'osoit dire; + Mais nous changeons de sort par cet enlèvement[878]: + Tu perds un serviteur, et j'y gagne un amant[879]. 1425 + + DORASTE, à Phylis. + + Dis-lui qu'elle en perd deux; mais qu'elle s'en console, + Puisque avec Alidor je lui rends sa parole[880]. + +(A Angélique.) + + Satisfaites sans crainte à vos intentions: + Je ne mets plus d'obstacle à vos affections. + Si vous faussez déjà la parole donnée, 1430 + Que ne feriez-vous[881] point après notre hyménée? + Pour moi, malaisément on me trompe deux fois: + Vous l'aimez, j'y consens, et lui cède mes droits[882]. + + ALIDOR. + + Puisque vous me pouvez accepter sans parjure, + Pouvez-vous consentir que votre rigueur dure[883]? 1435 + Vos yeux sont-ils changés, vos feux sont-ils éteints? + Et quand mon amour[884] croît, produit-il vos dédains? + Voulez-vous.... + + ANGÉLIQUE. + + Déloyal, cesse de me poursuivre: + Si je t'aime jamais, je veux cesser de vivre. + Quel espoir mal conçu te rapproche de moi? 1440 + Aurois-je de l'amour pour qui n'a point de foi? + + DORASTE. + + Quoi! le bannissez-vous parce qu'il vous ressemble? + Cette union d'humeurs vous doit unir ensemble. + Pour ce manque de foi c'est trop le rejeter: + Il ne l'a pratiqué que pour vous imiter. 1445 + + ANGÉLIQUE. + + Cessez de reprocher à mon âme troublée + La faute où la porta son ardeur aveuglée. + Vous seul avez ma foi, vous seul à l'avenir + Pouvez à votre gré me la faire tenir: + Si toutefois, après ce que j'ai pu commettre, 1450 + Vous me pouvez haïr jusqu'à me la remettre, + Un cloître désormais bornera mes desseins; + C'est là que je prendrai des mouvements plus sains[885]; + C'est là que, loin du monde et de sa vaine pompe, + Je n'aurai qui tromper, non plus que qui me trompe. + + ALIDOR. + + Mon souci! + + ANGÉLIQUE. + + Tes soucis doivent tourner ailleurs. + + PHYLIS, à Angélique. + + De grâce, prends pour lui des sentiments meilleurs. + + DORASTE, à Phylis. + + Nous leur nuisons, ma soeur; hors de notre présence + Elle se porteroit à plus de complaisance: + L'amour seul, assez fort pour la persuader, 1460 + Ne veut point d'autre tiers à les raccommoder[886]. + + CLÉANDRE, à Doraste. + + Mon amour, ennuyé des yeux de tant de monde, + Adore la raison où votre avis se fonde. + Adieu, belle Angélique, adieu: c'est justement + Que votre ravisseur vous cède à votre amant. 1465 + + DORASTE, à Angélique. + + Je vous eus par dépit, lui seul il vous mérite: + Ne lui refusez point ma part que je lui quitte. + + PHYLIS. + + Si tu t'aimes, ma soeur, fais-en autant que moi[887], + Et laisse à tes parents à disposer de toi. + Ce sont des jugements imparfaits que les nôtres: 1470 + Le cloître a ses douceurs, mais le monde en a d'autres, + Qui pour avoir un peu moins de solidité, + N'accommodent que mieux notre instabilité[888]. + Je crois qu'un bon dessein dans le cloître te porte; + Mais un dépit d'amour n'en est pas bien la porte, 1475 + Et l'on court grand hasard d'un cuisant repentir + De se voir en prison sans espoir d'en sortir. + + CLÉANDRE, à Phylis. + + N'achèverez-vous point? + + PHYLIS. + + J'ai fait, et vous vais suivre. + Adieu: par mon exemple apprends comme il faut vivre, + Et prends pour Alidor un naturel plus doux. 1480 + +(Cléandre, Doraste, Phylis et Lycante rentrent.) + + ANGÉLIQUE. + + Rien ne rompra le coup à quoi je me résous: + Je me veux exempter de ce honteux commerce + Où la déloyauté si pleinement s'exerce; + Un cloître est désormais l'objet de mes desirs: + L'âme ne goûte point ailleurs de vrais plaisirs. 1485 + Ma foi qu'avoit Doraste engageoit ma franchise; + Et je ne vois plus rien, puisqu'il me l'a remise, + Qui me retienne au monde, ou m'arrête en ce lieu: + Cherche une autre à trahir; et pour jamais, adieu[889]. + + +SCÈNE VIII. + +ALIDOR[890]. + + Que par cette retraite elle me favorise! 1490 + Alors que mes desseins cèdent à mes amours, + Et qu'ils ne sauroient plus défendre ma franchise, + Sa haine et ses refus viennent à leur secours. + + J'avois beau la trahir, une secrète amorce + Rallumoit dans mon coeur l'amour par la pitié: 1495 + Mes feux en recevoient une nouvelle force, + Et toujours leur ardeur en croissoit de moitié. + + Ce que cherchoit par là mon âme peu rusée, + De contraires moyens me l'ont fait obtenir: + Je suis libre à présent qu'elle est désabusée, 1500 + Et je ne l'abusois que pour le devenir. + + Impuissant ennemi de mon indifférence, + Je brave, vain Amour, ton débile pouvoir: + Ta force ne venoit que de mon espérance, + Et c'est ce qu'aujourd'hui m'ôte son désespoir. 1505 + + Je cesse d'espérer et commence de vivre; + Je vis dorénavant, puisque je vis à moi; + Et quelques doux assauts qu'un autre objet me livre, + C'est de moi seulement que je prendrai la loi. + + Beautés, ne pensez point à rallumer ma flamme[891]: 1510 + Vos regards ne sauroient asservir ma raison; + Et ce sera beaucoup emporté sur mon âme, + S'ils me font curieux d'apprendre votre nom. + + Nous feindrons toutefois, pour nous donner carrière, + Et pour mieux déguiser nous en prendrons un peu, 1515 + Mais nous saurons toujours rebrousser en arrière, + Et quand il nous plaira nous retirer du jeu. + + Cependant Angélique enfermant dans un cloître + Ses yeux dont nous craignions la fatale clarté, + Les murs qui garderont ces tyrans de paroître 1520 + Serviront de remparts à notre liberté. + + Je suis hors de péril qu'après son mariage[892] + Le bonheur d'un jaloux augmente mon ennui; + Et ne serai jamais sujet à cette rage + Qui naît de voir son bien entre les mains d'autrui. 1525 + + Ravi qu'aucun n'en ait ce que j'ai pu prétendre, + Puisqu'elle dit au monde un éternel adieu, + Comme je la donnois sans regret à Cléandre, + Je verrai sans regret qu'elle se donne à Dieu. + + +FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [844] _Var._ Et vous puis-je haïr si j'aime tout le monde? + (1637-57) + + [845] _Var._ Les traits que cette nuit il trempoit dans vos + larmes. (1637-68) + + [846] _Var._ Je crois prendre une fille, et suis pris par un + autre. (1637-52 et 57) + + [847] _Var._ Je m'expose à ma peine et néglige ma fuite. (1660) + + [848] _Var._ Je m'offre à des périls que tout le monde évite. + Ce que j'ai pu ravir, je le viens demander. (1637-57) + + [849] _Var._ [Vous ne me devrez rien, du moins si j'en suis crue.] + CLÉAND. Mais après le danger où vous vous êtes vue, + Malgré tous vos mépris, les soins de votre honneur + Vous doivent désormais résoudre à mon bonheur. + La moitié d'une nuit passée en ma puissance + A d'étranges soupçons porte la médisance. + Cela su, présumez comme on pourra causer. + PHYL. Pour étouffer ce bruit il vous faut épouser, + Non pas? Mais au contraire, après ce mariage, + On présumeroit tout à mon désavantage, + Et vous voir refusé fera mieux croire à tous + Qu'il ne s'est rien passé qu'à propos entre nous[849-a]. + [Toutefois après tout, mon humeur est si bonne.] (1637-57) + + [849-a] Qu'il ne s'est rien passé que de juste entre nous. + (1644-57) + + [850] _Var._ Si vous me refusez, m'écouteroient-ils mieux? + (1637-60) + + [851] _Var._ Il vous faudroit tout dire. (1637-60) + + [852] _Var._ _Elle rentre, et Cléandre la voulant suivre, Alidor + l'arrête._ (1637, en marge.) + + [853] _Var._ Pourvu que son humeur soit pareille à la sienne. + (1637-57) + + [854] Voyez _Mélite_, vers 1047, et note 3. + + [855] _Var._ Je m'exposerois trop à des maux sans remède. + (1637-57) + + [856] _Var._ Qu'ainsi tout me succède! + Comme si ses desirs se régloient sur mes voeux. (1637-57) + + [857] _Var._ Aveugle, cette nuit m'a redonné le jour. (1637-57) + + [858] _Var._ [A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs.] Je ne + Je ne m'obstine plus à mériter sa haine: + Je me sens trop heureux d'une si belle chaîne; + Ce sont traits d'esprit fort que d'en vouloir sortir. + Et c'est où ma raison ne peut plus consentir. + [Mais, hélas! ma raison est-elle assez hardie] + Pour me dire qu'on m'aime après ma perfidie? (1637-57) + + [859] _Var._ Porte-t-il point ma belle à me vouloir du mal? + (1637-57) + + [860] _Var._ Que dis-je, misérable? ah! c'est trop me méprendre. + (1637-57) + + [861] _Var._ Et si le ciel vengeur comme moi ne conspire. (1637 + et 48-54) + + [862] _Var._ Entrons à tous hasards d'un esprit résolu. (1637-57) + + [863] _Var._ Que si pour l'avoir lu sa colère s'anime. (1637-57) + _Var._ Ou si pour l'avoir lu sa colère s'anime. (1660) + + [864] _Var._ Nous savons les chemins de regagner son coeur. (1637-57) + _Var._ Cherchons quelques moyens de regagner son coeur. (1660-64) + + [855] _Var._ J'aurois peu de raison de lui vouloir du mal + Pour m'avoir délivré d'un esprit déloyal. (1637-57) + + [866] _Var._ [Il me rendra soudain et la vie et ma soeur.] + LYC. Écoutez un peu moins votre âme généreuse: + Que feriez-vous par là qu'une soeur malheureuse? + Les soins de son honneur que vous devez avoir, + Pour d'autres intérêts vous doivent émouvoir. + Après que par hasard Cléandre l'a ravie, + Elle perdroit l'honneur s'il en perdoit la vie. + On la croiroit son reste, et pour la posséder + Peu d'amants, sur ce bruit, se voudroient hasarder. + Faites mieux: votre soeur à peine peut prétendre + [Une fortune égale à celle de Cléandre:] + Que l'excès de ses biens vous le rendent[866-a] chéri, + Et de son ravisseur faites-en son mari. + Encor que son dessein ne fût pour sa personne. (1637-57) + + [866-a] Le verbe est au pluriel dans toutes les éditions + indiquées. + + [867] _Var._ Ma soeur, je te retiens après t'avoir perdue! (1637) + + [868] _Var._ Et de grâce, quel lieu recèle le voleur. (1637-57) + + [869] _Var._ Au lieu de ton rival, attaque ton beau-frère. + (1637-57) + + [870] _Var._ Et veut faire d'un rapt un amour légitime. (1637-57) + + [871] _Var._ Non pas, à dire vrai, que son objet me tente, + Mais, mon père content, je suis assez contente. (1637-57) + + [872] Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de 1682. + + [873] _Var._ Eh quoi! ce qui me plaît, faut-il qu'il te déplaise? + (1637-57) + + [874] _Var._ Règle, plus modéré, ton esprit sur le mien. + (1637-57) + + [875] _Var._ Si tu n'es, mon souci, d'humeur à te dédire. + (1637-57) + + [876] Il y a _tout aigreur_, au masculin, dans les éditions de + 1648-57. Voyez la note relative au mot _ardeur_, tome I, p. 465, + note 2. + + [877] Dans l'édition de 1637, ALIDOR, ANGÉLIQUE, DORASTE sont + seuls nommés en tête de la scène; les autres personnages sont + remplacés par un _etc._ + + [878] _Var._ Mais la chance est tournée en cet enlèvement. + (1637-57) + + [879] _Var._ Tu perds un serviteur, et je gagne un amant. (1637) + + [880] _Var._ Puisque avec Alidor je lui rends la parole. (1648) + + [881] L'édition de 1682 donne seule, et sans doute par erreur: + _ferez-vous_, pour _feriez-vous_. + + [882] _Var._ Vous l'aimiez, aimez-le: je lui cède mes droits. + (1637-57) + + [883] _Var._ Mon âme, se peut-il que votre rigueur dure? + Suis-je plus Alidor? vos feux sont-ils éteints? (1637-57) + + [884] L'édition de 1682 porte par erreur: «Et quand mon _coeur_ + croît, etc.» + + [885] _Var._ C'est là que je prendrai des mouvements plus saints. + (1637-57) + + [886] _Var._ Ne veut point d'autre tiers pour les raccommoder. + (1657) + + [887] _Var._ Si tu m'aimes, ma soeur, fais-en autant que moi. + (1654) + + [888] _Var._ N'accommodent que mieux notre fragilité. (1637-57) + + [889] _Var._ Cherche un autre à trahir, et pour jamais adieu. + (1637) + + [890] Dans l'édition de 1637, on lit au-dessous du nom d'Alidor + le titre que voici: STANCES _en forme d'épilogue_. + + [891] _Var._ Beautés, ne pensez point à réveiller ma flamme. + (1637-57) + + [892] _Var._ Je suis hors du péril qu'après son mariage. + (1637-60) + + + + + LA + COMÉDIE DES TUILERIES + + PAR LES CINQ AUTEURS + + IIIe ACTE + + 1635 + + + + + +NOTICE. + + +Tout le monde connaît le goût de Richelieu pour le théâtre. Ce fut lui +qui fournit les sujets de _la Comédie des Tuileries_, de _l'Aveugle de +Smyrne et de la Grande Pastorale_. Les deux premiers de ces ouvrages +furent seuls imprimés. Les observations que Chapelain présenta au +Cardinal au sujet du troisième, l'empêchèrent de le faire publier. + +«Il faisoit, dit Pellisson[893], composer les vers de ces pièces, +qu'on nommoit alors _les Pièces des cinq Auteurs_, par cinq personnes +différentes, distribuant à chacun un acte, et achevant par ce moyen +une comédie en un mois. Ces cinq personnes étoient MM. de Boisrobert, +Corneille, Colletet, de l'Estoile et Rotrou, auxquels, outre la +pension ordinaire qu'il leur donnoit, il faisoit quelques libéralités +considérables, quand ils avoient réussi à son gré. Ainsi M. Colletet +m'a assuré que lui ayant porté le _Monologue des Tuileries_[894], il +s'arrêta particulièrement sur deux vers de la description du carré +d'eau en cet endriot: + + La cane s'humecter de la bourbe de l'eau, + D'une voix enrouée et d'un battement d'aile, + Animer le canard qui languit auprès d'elle; + +et qu'après avoir écouté tout le reste, il lui donna de sa propre main +cinquante pistoles, avec ces paroles obligeantes, «que c'étoit +seulement pour ces deux vers qu'il avoit trouvés si beaux, et que le +Roi n'étoit pas assez riche pour payer tout le reste.» M. Colletet +ajoute encore une chose assez plaisante. Dans ce passage que je viens +de rapporter, au lieu de: _La cane s'humecter de la bourbe de l'eau_, +le Cardinal voulut lui persuader de mettre: _barboter dans la bourbe +de l'eau_. Il s'en défendit, comme trouvant ce mot trop bas; et non +content de ce qu'il lui en dit sur l'heure, étant de retour à son +logis, il lui écrivit une lettre sur ce sujet, pour lui en parler +peut-être avec plus de liberté. Le Cardinal achevoit de la lire, +lorsqu'il survint quelques-uns de ses courtisans, qui lui firent +compliment sur je ne sais quel heureux succès des armes du Roi, et lui +dirent que rien ne pouvoit résister à Son Éminence. «Vous vous +trompez, leur répondit-il en riant, et je trouve dans Paris même des +personnes qui me résistent.» Et comme on lui eut demandé quelles +étoient donc ces personnes si audacieuses: «Colletet, dit-il; car +après avoir combattu hier avec moi sur un mot, il ne se rend pas +encore, et voilà une grande lettre qu'il vient de m'en écrire.» Il +faisoit au reste représenter ces comédies des cinq auteurs devant le +Roi et devant toute la cour, avec de très-magnifiques décorations de +théâtre. Ces Messieurs avoient un banc à part, en un des plus commodes +endroits; on les nommoit même quelquefois avec éloge, comme on fit à +la représentation des Tuileries, dans un prologue fait en prose[895], +où, entre autres choses, l'invention du sujet fut attribuée à M. +Chapelain, qui pourtant n'avoit fait que le réformer en quelques +endroits; mais le Cardinal le fit prier de lui prêter son nom en cette +occasion, ajoutant qu'en récompense il lui prêteroit sa bourse en +quelque autre.» + +A ces renseignements curieux, Voltaire, dans _sa Préface historique +sur le Cid_, en ajoute quelques autres, qui nous font connaître la +part que notre poëte prit à la composition de cette comédie: + +«Le Cardinal.... avait arrangé lui-même toutes les scènes (_de la +Comédie des Tuileries_). Corneille, plus docile à son génie que souple +aux volontés d'un premier ministre, crut devoir changer quelque chose +dans le troisième acte qui lui fut confié. Cette liberté estimable fut +envenimée par deux de ses confrères, et déplut beaucoup au Cardinal, +qui lui dit _qu'il fallait avoir un esprit de suite_. Il entendait par +esprit de suite la soumission qui suit aveuglément les ordres d'un +supérieur. Cette anecdote était fort connue chez les derniers princes +de la maison de Vendôme, petits-fils de César de Vendôme, qui avait +assisté à la représentation de cette pièce du Cardinal.» + +Elle fut jouée devant la Reine, probablement pour la première fois, le +4 mars 1635. Voici en quels termes la _Gazette_ du 10 mars mentionne +cette représentation: + +«Le 4, le Roi fit à Seulis l'Ordonnance que je vous ai donnée dans +mon dernier extraordinaire, pour la résidence actuelle des officiers +de ses troupes, chacun en sa charge, à peine de cassation et privation +d'icelle.... Le soir du même jour, fut représentée devant la Reine, +dans l'Arsenal, une comédie dont je ne sais pas encore le nom, mais +qui a mérité celui d'excellente par la bonté de ses acteurs, la +majesté de ses vers, composés par cinq fameux poëtes, et la merveille +de son théâtre.» + +Le numéro du 21 avril rend compte d'une autre représentation: + +«Le 14, le Cardinal-Duc vint de Ruel ici, où Leurs Majestés se +rendirent de Saint-Germain le 16, auquel jour Monsieur (_Gaston, duc +d'Orléans_) voulut souper en l'hôtel de Son Éminence, et entendre la +fameuse comédie des cinq auteurs, qui fut dignement représentée.» + +Elle ne fut publiée que trois ans plus tard; l'achevé d'imprimer est +du 19 juin 1638. Voici la reproduction textuelle du titre: + +LA COMEDIE DES TVILLERIES. _Par les cinq Autheurs. A Paris, chez +Augustin Courbé, imprimeur et libraire de Monseigneur Frère du +Roy...._ M.DC.XXXVIII. _Auec Priuilege du Roy_, in-4º. + +On lit dans l'avis _Au lecteur_: «Cette pièce, Lecteur, a été trop +bien concertée pour n'être pas dans la justesse requise, et pour ne +point contenter vos yeux après avoir charmé vos oreilles. Vous savez +avec quelle magnificence elle a été représentée à la cour, et que ceux +qui l'ont vue en ont tous admiré la conduite et les décorations de +théâtre.... Vous saurez au reste qu'elle a été faite par cinq +différents auteurs qui pour n'être pas nommés ne laissent pas +toutefois d'avoir beaucoup de nom; et les ouvrages desquels sont assez +connus d'ailleurs pour vous faire avouer le mérite de celui-ci.» + +Cet avis _Au lecteur_ est précédé d'une épître dédicatoire, adressée à +monseigneur le chevalier d'Igby, et signée de l'académicien Jean +Baudoin, qui a écrit également l'épître placée en tête de _l'Aveugle +de Smyrne_. + +Bien que le titre de cette seconde pièce, dont l'achevé d'imprimer est +du 17 juin 1638, porte, comme celui de _la Comédie des Tuileries_: +«par les cinq autheurs,» on lit dans l'avis qui la précède: «Vous.... +pourrez juger de ce que vaut cet ouvrage, soit par l'excellence de sa +matière, soit par la forme que lui ont donnée _quatre_ célèbres +esprits.» Ici les frères Parfait ont imprimé _cinq_, mais l'édition +originale porte bien _quatre_, comme M. Livet l'a fait remarquer le +premier[896]. Quel est l'absent? L'avis ne nous le dit pas, mais +Voltaire nous l'apprend dans sa _Préface sur Médée_: «Corneille se +retira bientôt de cette société, sous le prétexte des arrangements de +sa petite fortune qui exigeait sa présence à Rouen.» + +Nous avons cru devoir citer tout au long ces divers témoignages qui +s'éclaircissent et se contrôlent mutuellement. Les conclusions qu'on +en doit tirer nous paraissent très-claires et très-simples. Corneille +a versifié le troisième acte de _la Comédie des Tuileries_; c'est +après la représentation de cette pièce qu'il s'est retiré, et il est +au moins bien vraisemblable qu'il n'a pas eu, comme le dit Voltaire +dans sa _Préface sur le Cid_, que nous avons déjà citée, «le +malheureux avantage de travailler deux ans après à _l'Aveugle de +Smyrne_.» Toutefois la société des _cinq auteurs_ réduite à quatre a +conservé son nom, que l'usage avait consacré. + +Si nous n'avions pour admettre la collaboration de Corneille et lui +attribuer le troisième acte de _la Comédie des Tuileries_ qu'une +assertion de Voltaire, dont nous ne connaîtrions pas le fondement, +nous pourrions hésiter, mais ici Voltaire nous apprend sur quoi sa +parole s'appuie: il ne fait que rapporter une tradition qui remonte à +un contemporain de Corneille, à César de Vendôme, qui avait assisté +aux représentations de l'ouvrage. + +Nous pouvons d'ailleurs appeler à notre aide un genre de preuves qui a +peu d'autorité lorsqu'il est isolé, mais qui en acquiert davantage +lorsqu'il vient en corroborer d'autres d'une nature différente. + +Si l'on examine le troisième acte des _Tuileries_, on voit +immédiatement combien il est supérieur à ceux qui le précèdent et à +ceux qui le suivent, et l'on est frappé du nombre de mots, de tours, +familiers à Corneille, qu'on y rencontre à chaque instant. De plus, on +y voit l'esquisse informe, indécise, j'en conviens, mais bien marquée +pourtant, si je ne me trompe, de certaines pensées, de certaines +situations qui se trouvent dans les ouvrages postérieurs du poëte, où, +mieux placées, plus heureusement développées, elles commandent notre +admiration ou font couler nos larmes. + +On connaît ces vers de _Rodogune_ (acte I, scène V): + + Il est des noeuds secrets, il est des sympathies + Dont par le doux rapport les âmes assorties + S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer + Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer. + +N'avons-nous pas ici la rédaction définitive d'une pensée que nous +trouvons d'abord dans le troisième acte de _la Comédie des Tuileries_ +(scène II, vers 102, p. 314): + + Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable: + Un regard y suffit, et rien ne fait aimer + Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer? + +Cette pensée, nous la rencontrons plus d'une fois dans les pièces +représentées pendant le long espace de temps qui sépare ces deux +ouvrages: + + Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer + Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer. + (_Médée_, acte II, scène V.) + + Il attache ici-bas avec des sympathies + Les âmes que son ordre a là-haut assorties + (_L'Illusion_, acte III, scène I.) + +La même idée revient encore dans _la Suite du Menteur_ (acte IV, scène +I), mais l'expression est un peu différente: + + Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre, + Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre. + +Qui ne serait porté à croire, après avoir lu ces divers passages, que +celui de _la Comédie des Tuileries_ doit être du même auteur que les +autres? + +Malgré la faiblesse du canevas auquel, _par esprit de suite_, +Corneille s'est vu contraint de se conformer, il a su semer son acte +de scènes intéressantes, au moins par la forme. Celle d'Aglante et de +Cléonice (scène VII, p. 333) laisse par endroits pressentir, de bien +loin il est vrai, l'entrevue de Rodrigue et de Chimène. + +On pourrait multiplier les rapprochements de ce genre. Ce sont des +preuves, nous le savons et l'avons dit, qui à elles seules ne +suffisent pas; mais ici, nous le répétons également, elles en viennent +confirmer d'autres, et, pour notre compte, quand nous les pesons +toutes, nous ne doutons guère que Corneille ne soit l'auteur de ce +troisième acte de _la Comédie des Tuileries_. Notre conviction +fût-elle moindre et nous restât-il quelque incertitude, nous croirions +cependant devoir lui donner place dans ce volume, aimant mieux nous +exposer à faire figurer parmi les ouvrages de notre poëte un morceau +douteux, qu'à en omettre un qui fût vraiment son oeuvre. + +FOOTNOTES: + + [893] _Relation contenant l'histoire de l'Académie françoise_, + 1653, p. 181. + + [894] Ce _monologue_ sert de prologue à la pièce. Ce n'est pas + sur le carré d'eau, comme dit Pellisson, mais sur le bord d'un + ruisseau que le poëte voit la cane et le canard: + + A même temps j'ai vu sur le bord d'un ruisseau + La cane s'humecter, etc. + + [895] Ce prologue n'a pas été imprimé en tête de la pièce. + + [896] _Histoire de l'Académie françoise, par Pellisson et + d'Olivet_, tome I, fin de la note 1 de la p. 83. + + +ARGUMENT[897]. + +AGLANTE, promis à Cléonice, se rend à Paris pour son mariage. A son +arrivée, il entre dans une église ou, pour parler son langage, dans +un temple où il invoque les Dieux. Là il rencontre sa future, dont il +devient tout à coup amoureux sans la connaître. Il fait prendre +quelques renseignements à son sujet, et on lui rapporte faussement +qu'elle se nomme Mégate. La jeune fille veut à son tour savoir le nom +de celui qui s'est si subitement épris d'elle; mais Aglante, déguisant +aussi le sien, fait dire qu'il s'appelle Philène. Trompés par ces faux +noms, ils veulent tous deux éviter l'hymen auquel on les destine. +Cléonice fuit la maison paternelle sous le costume d'une jardinière, +et va se précipiter dans le carré d'eau, d'où elle est aussitôt +retirée; Aglante, désespéré, se jette dans la fosse des lions des +Tuileries qui, par bonheur, ne lui font aucun mal. A la fin tout +s'explique, et les amants se reconnaissent et s'épousent. + +FOOTNOTES: + + [897] Cet argument ne se trouve pas en tête de la pièce; nous + l'avons rédigé pour que le lecteur pût comprendre sans difficulté + l'acte que nous publions. + + + + +ACTEURS (DU IIIe ACTE). + + + AGLANTE, gentilhomme françois. + ARBAZE, oncle d'Aglante. + ASPHALTE, confident d'Aglante. + CLÉONICE, suivante. + ORPHISE, voisine[898] de Cléonice. + FLORINE, voisine d'Arbaze. + +(La scène est aux Tuileries.) + + + + +LA COMÉDIE DES TUILERIES. + + + + +ACTE III. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +ARBAZE. + + C'est doncques dans ces lieux qu'Aglante se promène: + Asphalte me l'a dit, je n'en suis plus en peine, + Mais j'ai mal pénétré le sens de ses discours, + Ou ce jeune insolent a fait d'autres amours. + Aglante, pris ailleurs, rejette Cléonice; 5 + Le choix que j'en ai fait lui tient lieu de supplice. + Un autre objet le charme, il me craint, il me fuit, + Et se laisse emporter au feu qui le séduit; + Mais j'en sais le remède: une jeune voisine, + Admirable en adresse et belle autant que fine[899], 10 + Que son père, en mourant, laissa dessous ma loi, + Dans ces beaux promenoirs se doit rendre après moi. + Ses yeux vont faire essai de leur plus douce force + A lui jeter du change une insensible amorce, + Solliciter ses voeux, et partager son coeur 15 + Avecque les attraits de ce premier vainqueur. + Entre deux passions son âme balancée + Ne suivra plus ainsi son ardeur insensée; + Et la raison alors, reprenant son pouvoir, + Le rangera peut-être aux termes du devoir. 20 + Rends inutile, Aglante, un si long artifice, + Ne me résiste point, viens voir ta Cléonice. + Tout est prêt chez sa mère, et l'on n'attend que toi, + Pour lui donner ta main et recevoir sa foi. + Songe avec quel amour, avec quelle tendresse, 25 + De tes plus jeunes ans j'élevai la foiblesse. + Verrai-je tant de soins payés par un mépris, + Et ta rébellion en devenir le prix? + Souffre que la raison soit enfin la plus forte; + Tâche de mériter l'amour que je te porte. 30 + Mais le voici qui vient: son visage étonné + M'est un signe bien clair d'un esprit mutiné, + Et je n'apprends que trop d'une telle surprise + Qu'une ardeur aveuglée engage sa franchise. + + +SCÈNE II. + +ARBAZE, AGLANTE. + + ARBAZE. + + Aglante, quel dessein vous fait ainsi cacher? 35 + Prenez-vous du plaisir à vous faire chercher? + D'où venez-vous enfin? + + AGLANTE. + + De ce proche ermitage. + + ARBAZE. + + Et qui vous y menoit? + + AGLANTE. + + Ce fatal mariage. + Prêt d'en subir le joug sur la foi de vos yeux, + J'ai voulu consulter ces truchements des Dieux. 40 + J'ai voulu m'informer de l'apprêt nécessaire + A finir dignement une si grande affaire; + Me résoudre avec eux de la difficulté + Qui me tient, malgré moi, l'esprit inquiété, + Et soulevant mes sens contre votre puissance, 45 + Mêle un peu d'amertume à mon obéissance; + Promettre à Cléonice un amour éternel + Sous la sainte rigueur d'un serment solennel, + Avant que de la voir, avant que de connoître + Si ses attraits auront de quoi le[900] faire naître: 50 + Certes, quoi qu'il m'en vienne et de biens et d'honneur, + C'est bien mettre au hasard mon repos et mon heur. + + ARBAZE. + + Quel avis sur ce point vous donnent vos ermites? + + AGLANTE. + + Un d'eux tout chargé d'ans et comblé de mérites + (Plût aux Dieux qu'avec moi vous l'eussiez entendu! 55 + Sans doute à ses raisons vous vous seriez rendu): + «Mon enfant, m'a-t-il dit, en l'état où vous êtes, + Ne précipitez rien, voyez ce que vous faites: + L'hymen n'est pas un noeud qui se rompe en un jour, + C'est un lien sacré, mais un lien d'amour; 60 + Et qu'est-ce que l'amour, qu'une secrète flamme + Qui pénètre les sens pour entrer dans une âme? + Nos sens ouvrent la porte à ce maître des Dieux, + Et cet aveugle enfant a besoin de nos yeux. + D'ailleurs, où prenez-vous l'indiscrète assurance 65 + D'approcher ses autels avec irrévérence? + Sans qu'aucune étincelle ait pu vous enflammer, + Sans savoir seulement si vous pourrez aimer? + Faire de votre foi les Dieux dépositaires, + Est-ce avoir du respect pour leurs sacrés mystères? 70 + Et n'est-ce pas assez pour attirer sur vous + L'implacable rigueur de leur juste courrous[901]?» + + ARBAZE. + + Enfin vous en croyez ce vénérable père. + + AGLANTE. + + Je respecte les Dieux et je crains leur colère. + + ARBAZE. + + O l'excellent prétexte, et qu'il est merveilleux! 75 + Au retour d'Italie être encor scrupuleux! + Les Dieux, s'ils n'étoient bons, puniroient cette feinte: + C'est ne les craindre pas qu'abuser de leur crainte. + Offrez-leur seulement, avec un peu d'encens, + Une âme pure et nette et des voeux innocents, 80 + Et ne présumez pas qu'aucun d'eux s'intéresse + Par quels yeux un amant choisisse une maîtresse. + Ceux d'un autre vous-même employés à ce choix + De votre vieil rêveur ne faussent point les lois; + Les vôtres et les miens ne sont que même chose; 85 + Que sur mon amitié votre esprit se repose. + Vous savez que mon coeur est à vous tout entier, + Que je vous tiens pour fils et pour seul héritier, + Que pour vous assurer d'un amour plus sincère + Je quitte le nom d'oncle et prends celui de père, 90 + Qu'en vos prospérités j'arrête mes desirs, + Qu'à vos contentements j'attache mes plaisirs, + Et que mon sort du vôtre étant inséparable, + Je ne puis être heureux et vous voir misérable. + Puisque de vos malheurs je sentirois les cous[902], 95 + Craignez-vous que je fasse un mauvais choix pour vous? + Celle à qui ma prudence aujourd'hui vous engage + Rangeroit sous ses lois l'homme le plus sauvage: + Sa beauté ravissante et son esprit charmant + Malgré vous, dès l'abord, vous feront son amant; 100 + Elle est sage, elle est riche. + + AGLANTE. + + Elle est inestimable; + Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable: + Un regard y suffit, et rien ne fait aimer + Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer[903], + Un prompt saisissement, une atteinte impourvue[904] 105 + Qui nous blesse le coeur en nous frappant la vue. + Le coup en vient du ciel, qui verse en nos esprits + Les principes secrets de prendre et d'être pris. + Tel objet perce un coeur qui ne touche pas l'autre, + Et mon oeil voit peut-être autrement que le vôtre. 110 + Encor si mon malheur vous pouvoit rendre heureux, + Je courrois au-devant de mon sort rigoureux; + Mais puisque mon destin, du vôtre inséparable, + Vous feroit malheureux si j'étois misérable, + Pour vous rendre content, souffrez que je le sois, 115 + Et que mes yeux au moins examinent le choix. + + ARBAZE. + + Pensez à l'accepter sans me faire paroître + Que quand je suis content vous avez peine à l'être[905]; + Tandis entretenez cette jeune beauté: + C'est un soin que lui doit votre civilité; 120 + Nous sommes ses voisins. + + +SCÈNE III. + +ARBAZE, FLORINE, AGLANTE. + + FLORINE. + + Quoi, Monsieur, ma présence + De l'oncle et du neveu trouble la conférence? + + ARBAZE, en s'en allant. + + Avant que de vous voir j'étois sur le départ, + Et vous n'aimez pas tant l'entretien d'un vieillard; + Je crois que mon adieu vous plaira davantage, 125 + Puisqu'il vous abandonne un galant de votre âge. + + FLORINE. + + Il a toujours le mot, et sous ses cheveux gris + Sa belle humeur fait honte aux plus jeunes esprits. + + AGLANTE. + + Son bonheur, à mon gré, passe bien l'ordinaire, + Puisque, tout vieux qu'il est, il a de quoi vous plaire. 130 + + FLORINE. + + A qui ne plairoit pas un vieillard si discret? + Je ne puis le celer, je n'en vois qu'à regret: + J'aime bien leur adieu, mais non pas leur présence. + Lui qui s'en doute assez, me fuit par complaisance; + Et m'avoir en partant laissé votre entretien, 135 + C'est un nouveau sujet de lui vouloir du bien. + + AGLANTE. + + Son adieu va produire un effet tout contraire. + J'ai l'esprit tout confus, pour ne vous pas déplaire, + Et le pesant chagrin qui m'accable aujourd'hui + Vous donnera sujet de vous plaindre de lui. 140 + Dans le secret désordre où mon âme est réduite, + Mon humeur est sans grâce et mes propos sans suite; + Je ne suis bon enfin qu'à vous importuner. + + FLORINE. + + Bien moins que votre esprit ne veut s'imaginer. + Mon naturel est vain, je me flatte moi-même: 145 + Quand on m'entretient mal, je présume qu'on m'aime. + Je crois voir aussitôt un effet de mes yeux, + Et l'on me plairoit moins de m'entretenir mieux. + Un discours ajusté ne sent point l'âme atteinte: + Plus il a de conduite et plus il a de feinte, 150 + Le désordre sied bien à celui d'un amant: + Quelque confus qu'il soit, il parle clairement. + Or moi qui ne suis pas de ces capricieuses + Qui donnent à l'amour des lois injurieuses, + +(Orphise et Cléonice sortent et écoutent leurs discours.) + + En mettent le haut point à se taire et souffrir, 155 + Et s'offensent des voeux qu'on ose leur offrir, + Je vous estimerois envieux de ma gloire + Si vaincu par mes yeux, vous cachiez ma victoire. + Parlez donc hardiment du feu que vous sentez, + Ne soyez point honteux des fers que vous portez. 160 + Sitôt qu'on est blessé, j'aime à voir qu'on se rende, + Et mon coeur pour le moins vaut bien qu'on le demande. + Je ne suis pas d'humeur à vous laisser périr; + Mais sans savoir vos maux, les pourrai-je guérir? + Le silence en amour est un lâche remède. 165 + Tâchant à vous aider, méritez qu'on vous aide: + Laissez à votre bouche expliquer les discours + Que vos yeux languissants me font de vos amours. + + +SCÈNE IV. + +AGLANTE, CLÉONICE, ORPHISE, FLORINE. + +(Orphise et Cléonice sont encore cachées[906], en sorte qu'on les +voit.) + + CLÉONICE. + + Orphise, entendez-vous cette jeune éventée? + + ORPHISE. + + Ne craignez rien, ma soeur: elle s'est mécontée[907]. 170 + Attaque qui voudra le coeur de votre amant: + Ce n'est pas un butin qu'on enlève aisément. + Oyez-le repartir à cette effronterie. + + FLORINE. + + Quoi, Monsieur, vous voilà dedans la rêverie? + Vous consultez encore, et votre bouche a peur 175 + De confirmer un don que me fait votre coeur! + + AGLANTE. + + Il seroit trop heureux d'un si digne servage + S'il pouvoit être à vous sans devenir volage: + Un autre objet possède et mes voeux et ma foi; + Ne me demandez point ce qui n'est plus à moi. 180 + Quand même je pourrois disposer de mon âme, + Pourriez-vous accepter une si prompte flamme? + Pourriez-vous faire état d'un coeur sitôt en feu? + Prise-t-on un captif, quand il coûte si peu? + L'ennemi qui combat signale sa défaite, 185 + Et couronne bien mieux le guerrier qui l'a faite; + Mais celui qui se rend perd beaucoup de son prix, + Et fait si peu d'honneur qu'il reçoit du mépris. + Vous triompheriez mieux si j'osois me défendre: + La gloire est à forcer et non pas à surprendre. 190 + + ORPHISE, à Cléonice. + + Après cette réponse elle doit bien rougir. + + FLORINE. + + Je sais comme mes yeux ont coutume d'agir; + Si vous êtes honteux d'une flamme si prompte, + Il faut que mon exemple emporte cette honte. + Il est vrai, je vous aime autant que vous m'aimez; 195 + Un moment a nos coeurs l'un à l'autre enflammés; + Soyez vain comme moi de ma flamme naissante: + Plus un effet est prompt, plus sa cause est puissante. + + AGLANTE, apercevant Cléonice et allant à elle. + +(Il ne faut pas que Cléonice paroisse sur le théâtre, en sorte +qu'elle puisse être connue de Florine: elle doit être cachée à +demi derrière un arbre, couvrant sa face de son mouchoir.) + + Voici mon cher amour, adorable beauté. + + FLORINE, l'interrompant. + + Cherchez-vous un asile à votre liberté? 200 + Vraiment vous choisissez un fort mauvais refuge: + Vous courez vers Orphise, et je la prends pour juge. + Faites-moi la raison d'un voleur de mon bien: + Qu'il me rende mon coeur, ou me donne le sien. + + AGLANTE. + + Contez-lui vos raisons, je vous laisse avec elle. 205 + + FLORINE. + + Quoi, vous continuez à faire le rebelle? + + AGLANTE. + + Dérobons-nous, mon âme, à l'importunité + Dont nous menace encor son babil affété. + + CLÉONICE. + + Mon amour est ravi d'une telle retraite. + + +SCÈNE V. + +ORPHISE, FLORINE. + + ORPHISE. + + Comment vous trouvez-vous d'avoir fait la coquette? 210 + Vous avez tant de grâce à souffrir un refus, + Que personne après vous ne s'en mêlera plus. + Les filles donc ainsi perdent la retenue! + Et depuis quand la mode en est-elle venue? + Vous vous offrez vous-même; ah! j'en rougis pour vous. 215 + + FLORINE. + + Mille s'offrent à moi, que je dédaigne tous. + Si je fuis tant d'amants dont je suis recherchée, + J'en puis rechercher un, quand mon âme est touchée: + Un peu d'amour sied bien après tant de mépris. + + ORPHISE. + + Un coeur se défend mal quand il est sitôt pris, 220 + Et pour dire en un mot tout ce que je soupçonne, + Qui peut en prier un n'en refuse personne. + + FLORINE. + + Orphise, quelle humeur est la vôtre aujourd'hui, + Que par vos sentiments vous jugez ceux d'autrui? + + ORPHISE. + + On vous connoît assez, et vous êtes de celles 225 + Que mille fois le plâtre a fait passer pour belles; + Dont la vertu consiste en de vains ornements; + Qui changent tous les jours de rabats[908] et d'amants: + Leurs inclinations ne tendent qu'à la bourse; + C'est là de leur desirs et le but et la source. 230 + Voyez-les dans un temple importuner les Dieux, + Les prières en main, la modestie aux yeux; + Il n'est trait de pudeur qu'elles ne contrefassent, + Et Dieu sait comme alors les dupes s'embarrassent. + Elles savent souvent jeter mille hameçons 235 + Et se rendre au besoin en diverses façons. + Après tout, je vous plains; ce courage farouche + Ne vous est échappé qu'à faute d'une mouche: + Encore un assassin[909], vous lui perciez le coeur; + Le fard déplaît sans doute à ce fâcheux vainqueur, 240 + Et rend votre beauté tellement éclatante + Que son esprit bizarre en a pris l'épouvante. + + FLORINE. + + Je ne connus jamais ce que vous m'imputez, + Et ne veux point répondre à tant de faussetés. + Ma vie est innocente, et ma beauté naïve 245 + Ne doit qu'à ses attraits les coeurs qu'elle captive. + Si j'ai quelques défauts, ils ne sont point cachés + Sous le fard éclatant que vous me reprochez; + Et quand bien le reproche en seroit légitime, + Orphise, d'un nom d'art feriez-vous un grand crime? 250 + Jamais une beauté ne se doit négliger: + Quand la nature manque, il la faut corriger. + Est-ce honte d'aller par ces métamorphoses + A la perfection où tendent toutes choses? + La raison, la nature et l'art en font leur but; 255 + L'amour, roi de nos coeurs, veut ces soins pour tribut, + Et tient pour bon sujet un esprit qui n'aspire + Qu'à trouver les moyens d'agrandir son empire. + C'est gloire de mourir pour ce maître des Dieux + Qui s'est privé pour vous de l'usage des yeux. 260 + Si pour lui se défaire est un vrai sacrifice, + Se refaire pour lui, le nommez-vous un vice? + Ce qu'on fait pour lui plaire, osez-vous le blâmer? + Orphise, quand on aime, il se faut faire aimer. + L'amour seul de l'amour est le prix véritable, 265 + Et pour se faire aimer, il faut se faire aimable. + Cette belle en effet de qui l'on parle tant + Tient du secours de l'art ce qu'elle a d'éclatant; + Cependant sa beauté, pour être déguisée, + A-t-elle moins d'amants? est-elle moins prisée? 270 + + ORPHISE. + + Celle qu'en ces[910] discours vous venez d'attaquer, + Quand elle l'aura su, pourra vous répliquer: + Pour moi, sans intérêts dedans cette mêlée, + Je vais chercher Mégate au bout de cette allée. + + FLORINE, seule. + + Arbaze, c'est pour toi que j'en ai tant souffert; 275 + Pour toi j'ai feint d'aimer et mon coeur s'est offert: + Pour t'avoir obéi l'on m'a persécutée; + Aglante ne me prend que pour une affétée, + Et consommé d'un feu contraire à son devoir, + Néglige également ma feinte et ton pouvoir. 280 + Orphise cependant, sans pénétrer mon âme, + Juge par mes discours de l'objet de ma flamme: + Simple, qui ne sait pas que mon esprit discret + Rarement à ma bouche expose un tel secret; + Que jamais mon ardeur n'est aisément connue, 285 + Et que plus j'ai d'amour, plus j'ai de retenue! + Aux filles c'est vertu de bien dissimuler: + Plus nos coeurs sont blessés, moins il en faut parler. + Si j'ose toutefois me le dire à moi-même, + A travers ces rameaux j'aperçois ce que j'aime: 290 + C'est mon Asphalte, ô Dieux! il vient, dissimulons, + Et ne découvrons rien du feu dont nous brûlons. + + +SCÈNE VI. + +ASPHALTE, FLORINE. + + ASPHALTE. + + Trouver Florine seule et dans les Tuileries + Sans avoir d'entretien que de ses rêveries? + Quoi, tant de solitude auprès de tant d'appas? 295 + Certes c'est un bonheur que je n'attendois pas. + Je n'osois espérer d'occasion si belle + A lui conter l'ardeur qui me brûle pour elle. + + FLORINE. + + Que votre esprit est rare et sait adrettement + Faire une raillerie avec un compliment! 300 + Afin qu'à votre amour je sois plus obligée, + Vous me traitez d'abord en fille négligée, + Qui tient si peu de coeurs asservis sous sa loi, + Que mêmes en ces lieux elle manque d'emploi. + Est-ce ainsi qu'un amant cajole ce qu'il aime? 305 + + ASPHALTE. + + Ah! ne m'imputez pas cet indigne blasphème: + Je sais trop que vos yeux règnent en toutes parts + Et que chacun se rend à leurs moindres regards. + + FLORINE. + + Exceptez-en Aglante, il m'a bien fait paroître + Que Florine n'est pas ce qu'elle pensoit être[911]. 310 + + ASPHALTE. + + Il est vrai qu'il adore un autre objet que vous, + Et votre esprit peut-être en est un peu jalous[912]; + Mais si vous aviez vu l'excès de sa tristesse, + Et combien de soupirs lui coûte sa maîtresse, + Vous seriez la première à plaindre ses malheurs. 315 + + FLORINE. + + Quelque orgueilleux mépris fait naître ses douleurs. + + ASPHALTE. + + La beauté dont Aglante idolâtre les charmes + D'un déluge de pleurs accompagne ses larmes; + Arbaze, unique auteur de tous leurs déplaisirs, + Oppose sa puissance à leurs chastes desirs; 320 + Son esprit irrité court à la violence: + La prière l'aigrit et la raison l'offense. + Il vient, la force en main; et l'ayant vu partir, + J'ai cru de mon devoir de les en avertir. + Les voilà tout en pleurs. + +(Il faut toujours remarquer que Cléonice ne doit paroître[913] le +visage découvert devant Florine.) + + FLORINE. + + Évitons leur présence; 325 + Mes larmes ne sauroient couler par complaisance: + Mon humeur est trop gaie, et, pour ne rien celer, + J'aime mieux rire ailleurs que de les consoler. + + +SCÈNE VII. + +CLÉONICE, AGLANTE. + + CLÉONICE. + + Mon Philène[914], as-tu donc un père si barbare + Qu'il veuille séparer une amitié si rare? 330 + + AGLANTE. + + Vous l'avez entendu: ce vieillard inhumain, + Pour en rompre les noeuds, vient la force à la main, + Et dès le soir me livre à cette autre maîtresse, + Résolu que ma foi dégage sa promesse. + + CLÉONICE. + + Ah, dure tyrannie! ah, rigoureux destin! 335 + Donc un si triste soir suit un si beau matin? + Le même jour propice et contraire à nos flammes + Va désunir deux corps dont il unit les âmes, + Fait nos biens et nos maux, et du matin au soir, + Voit naître nos desirs et mourir notre espoir. 340 + + AGLANTE. + + L'amour, ce doux vainqueur, ce père des délices, + Ainsi n'a pour nous deux que de cruels supplices, + Et ce tyran fait naître, aux dépens de nos pleurs, + D'un moment de plaisirs un siècle de douleurs. + + CLÉONICE. + + Hélas! que de tourments accompagnent ses charmes! 345 + Et qu'un peu de douceur nous va coûter de larmes! + Il me faut donc te perdre, et, dans le même lieu + Où j'ai reçu ton coeur, recevoir ton adieu! + Sanglots, qui de la voix me fermiez le passage, + Jusques à cet adieu permettez-m'en l'usage, 350 + Et lorsque, le soleil ayant fini son tour, + Les flambeaux d'Hyménée éteindront ceux d'Amour, + Étouffez, j'y consens, cet objet déplorable + Des plus âpres rigueurs d'un sort impitoyable. + Philène, ainsi ma mort dégagera ta foi: 355 + Ton coeur pourra brûler pour un autre que moi; + Tu pourras obéir sans me faire d'injure: + J'aime sans inconstance et change sans parjure. + + AGLANTE. + + Un père veut forcer un coeur à vous trahir, + Et vous croyez ce coeur capable d'obéir! 360 + Ah! que vous jugez mal d'une amitié si forte! + Si notre espoir est mort, ma flamme n'est pas morte: + La naissance n'a point d'assez puissantes lois + Pour me faire manquer à ce que je vous dois; + Recevez de nouveau la foi que je vous donne, 365 + D'être à jamais à vous, ou de n'être à personne. + + CLÉONICE. + + Hélas! en quel état le malheur nous réduit! + Faut-il d'un tel amour n'espérer point de fruit! + + AGLANTE. + + Aimons-nous et souffrons: aimé de ce qu'on aime, + On trouve des plaisirs dans la souffrance même. 370 + + CLÉONICE. + + Aimons-nous et souffrons: deux coeurs si bien d'accord + Trouveroient des plaisirs dans les coups de la mort. + + AGLANTE. + + Résolus à mourir, qu'avons-nous plus à craindre? + + CLÉONICE. + + Mourant avec plaisir, qu'avons-nous plus à plaindre? + + AGLANTE. + + Plaignons-nous, mais du ciel, qui fait que le trépas 375 + Au plus beau de notre âge a pour nous tant d'appas. + + CLÉONICE. + + N'accuse point le ciel de ce que fait ton[915] père. + + AGLANTE. + + Mon âme, c'est de là que part notre misère; + C'est lui qui nous traverse, et les Dieux sont jalous + Qu'en leur temple mes voeux ne s'adressoient qu'à vous. 380 + Au pied de leurs autels j'adorois leur image: + Étoit-ce donc vous rendre un trop léger hommage? + O Dieux! d'un feu si pur faites-vous un forfait? + Vous pouvois-je adorer en un plus beau portrait? + Que votre jalousie ou votre haine éclate, 385 + Jusque dans le tombeau j'adorerai Mégate[916]. + Inventez des tourments à me priver du jour: + Ma vie est en vos mains, mais non pas mon amour. + + CLÉONICE. + + N'irrite point les Dieux et retiens ces blasphèmes; + Je te jure, mon coeur, les puissances suprêmes, 390 + Dont la seule bonté nous pourra secourir, + Que si tu n'es à moi, je saurai bien mourir. + + AGLANTE. + + Parmi tant de malheurs quel bonheur est le nôtre, + Puisqu'en dépit du sort nous vivons l'un en l'autre! + Et s'il nous faut mourir, nous finirons ainsi. 395 + + CLÉONICE. + + Adieu, ma chère vie, éloigne-toi d'ici; + Fuis ce fatal hymen qu'un père te prépare. + + AGLANTE. + + Oui, je vais vous quitter, de peur qu'il nous sépare; + Mais avec un serment, que malgré son effort, + Nous aurons pour nous joindre, ou l'hymen ou la mort. 400 + + +FIN. + +FOOTNOTES: + + [898] Il y a _voisin_, au lieu de _voisine_, dans l'édition + originale. + + [899] Voyez plus haut les vers 290 et 1322 de _la Galerie du + Palais_. + + [900] L'édition originale donne _la_; mais il faut nécessairement + _le_, se rapportant à _amour_, qui est au masculin trois vers + plus haut. + + [901] C'est ainsi que le mot est imprimé pour la rime dans + l'édition originale. + + [902] _Cous_, coups. Telle est l'orthographe du mot dans + l'édition de 1638. Plus loin, au vers 372, où le mot n'est point + à la rime, il y a _coups_. + + [903] Voyez ci-dessus, p. 308. + + [904] _Impourvue_, imprévue. Voyez tome I, p. 183, note 3. + + [905] L'orthographe des deux rimes, dans l'édition originale, est + _parestre_ et _estre_; plus haut, aux vers 49 et 50, on lit + _cognestre_ et _naistre_. + + [906] Il y a _cachés_, au masculin, dans le texte de 1638. + + [907] _Mécontée_, mécomptée. Voyez tome I, p. 150, note 1. + + [908] Voyez ci-dessus la note 4 de la p. 87. + + [909] Il y a dans le texte: _en assassin_, qui n'a point de sens. + La leçon que nous avons préférée est justifiée par cette + explication que donne, en 1690, le _Dictionnaire_ de Furetière: + «En galanteries on appelle _assassins_ certaines mouches taillées + en long que les femmes coquettes mettent sur leur visage pour + paroître plus belles.» + + [910] Il y a par erreur _ses_, pour _ces_, dans le texte de 1638. + + [911] Voyez ci-dessus, p. 315, la note du vers 118. + + [912] _Jalous_ est ainsi imprimé pour la rime dans l'édition + originale. Voyez plus bas, vers 379, et ci-dessus, p. 313, la + note du vers 72. + + [913] Tel est le texte de l'édition originale. L'omission de + _pas_ est-elle une faute typographique? + + [914] Il faut se rappeler que ce nom est celui qu'Aglante avait + pris. Voyez l'_Argument_, p. 310. + + [915] On lit _son_ dans le texte, mais le sens n'est pas douteux. + + [916] Nom supposé de Cléonice. Voyez l'_Argument_, p. 310. + + + + + MÉDÉE + + TRAGÉDIE + + 1635 + + + + +NOTICE. + + +Médée[917] a fourni deux pièces à Corneille. L'une, _la Toison d'or_ +(1661), nous montre cette princesse trahissant son père par amour pour +Jason; l'autre, qui occupe le second rang dans l'ordre historique, +mais qui est de beaucoup la plus ancienne dans la série chronologique +des oeuvres de notre poëte, nous la présente abandonnée de celui à qui +elle a tout sacrifié et immolant à sa vengeance non-seulement sa +rivale, mais ses propres enfants. + +Ce dernier sujet, profondément tragique, a inspiré tour à tour un +grand nombre de poëtes de tous les temps et de tous les pays, et +fournirait la matière d'une étude comparative intéressante, mais qui +ne peut trouver place dans cette notice[918]. + +Nous nous contenterons de rappeler ici que Thomas Corneille a puisé +dans la pièce de son frère la matière d'un opéra portant le même +titre; et nous signalerons en note au bas des pages les endroits +imités d'Euripide et de Sénèque. + +Dans _le Parnasse ou la critique des poëtes_, par la Pinelière (p. +60-62), on trouve parmi de curieux détails sur les habitudes de +certains poëtes dramatiques de ce temps, une indication assez précise +de l'époque de la composition de Médée: «Ils tâchent par toutes sortes +de moyens de voir tous ceux qui écrivent. Ils auront la tête levée une +heure entière à l'hôtel de Bourgogne pour attendre que quelque poëte +de réputation qu'ils voient dans une loge regarde de leur côté, afin +d'avoir l'occasion de leur faire la révérence. Ils le montrent à ceux +de leur compagnie, et leur disent: «Voilà M. de Rotrou, ou M. du Ryer, +il a bien parlé de ma pièce, qu'un de mes amis lui a depuis peu +montrée.» Tantôt ils s'éloigneront un peu d'eux, et reviendront +incontinent leur dire: «Messieurs, je vous demande pardon de mon +incivilité: je viens de saluer M. Corneille, qui n'arriva qu'hier de +Rouen. Il m'a promis que demain nous irons voir ensemble M. Mairet, et +qu'il me fera voir des vers d'une excellente pièce de théâtre qu'il a +commencée.» Enfin, se jetant peu à peu sur le discours des auteurs du +temps et de leurs ouvrages, ils révéleront tous les desseins des +poëtes, pour montrer qu'ils ont de grandes intrigues avec eux. Ils +parleront du plan de _Cléopatre_ et de cinq ou six autres sujets que +son auteur[919] a tirés de l'Histoire romaine, dont il veut faire des +soeurs à son incomparable _Sophonisbe_. Ils diront qu'ils ont vu des +vers de l'_Ulysse dupé_[920]; que Scudéry est au troisième acte de _la +Mort de César_; que la _Médée_ est presque achevée; que _l'Innocente +infidélité_ est la plus belle pièce de Rotrou, quoiqu'on ne s'imaginât +pas qu'il pût s'élever au-dessus de celles qu'il avoit déjà faites; +que l'auteur d'_Ifis et Iante_[921] fait une autre _Cléopatre_ pour la +troupe Royale; et que Chapelain n'a guère encore travaillé à son poëme +de _la Pucelle d'Orléans_, ni Corneille à celui qu'il compose sur un +ancien duc de son pays.» + +Ce morceau a été écrit en 1635[922], et le 3 avril de cette même année +Balzac adressait à Boisrobert l'éloge suivant de Mondory: «Nous devons +cela à Jason, à Massinisse et à Brutus, qui vivent aujourd'hui en la +personne de l'homme dont vous me parlez si avantageusement, et que +j'ai admiré autant de fois que je l'ai ouï. Il est vrai que dans la +représentation de ces trois héros, il suffit qu'il soit le digne +organe de trois excellents esprits qui leur ont rendu la vie; mais il +est vrai aussi que la grâce dont il prononce, donne un degré de bonté +aux vers qu'ils ne peuvent recevoir des poëtes vulgaires. Ils ont donc +quelquefois plus d'obligation à celui qui les récite qu'à celui qui +les a faits, et ce second père, pour le dire ainsi, les purge par son +adoption de tous les vices de leur naissance. Le son de sa voix, +accompagné de la dignité de ses gestes, anoblit les plus communes et +les plus viles conceptions. Il n'est point d'âme si bien fortifiée +contre les objets des sens, à qui il ne fasse violence, ni de jugement +si fin, qui se puisse garantir de l'imposture de sa parole. De sorte +que s'il y a en ce monde quelque félicité pour les vers, il faut +avouer qu'elle est dans sa bouche et dans son récit; et que comme les +mauvaises choses y prennent l'apparence du bien, les bonnes y trouvent +leur perfection.» Ce passage, dont on n'a point profité jusqu'ici, +nous offre des renseignements assez curieux. Il nous apprend que +Mondory a joué d'original Massinisse dans la _Sophonisbe_ de Mairet, +représentée pour la première fois en 1629, Jason dans la _Médée_ de +Corneille et Brute dans _la Mort de César_ de Scudéry; il nous prouve +en outre que le 3 avril 1635 ces deux dernières pièces avaient déjà +été représentées. Or les frères Parfait, et à leur suite tous les +historiens de notre théâtre, placent la seconde en 1636. + +Malgré ses défauts, _Médée_ semblait plus digne d'accompagner _le Cid_ +que _la Galerie du Palais_, _la Place Royale_ ou _la Suivante_. Elle +ne fut pourtant imprimée que deux ans plus tard, en 1639. + +L'édition originale in-4º forme un volume de 4 feuillets liminaires +et de 95 pages, dont voici le titre: «MEDÉE, TRAGEDIE. _A Paris, chez +François Targa...._ M.DC.XXXIX. _Auec priuilege du Roy._» L'achevé +d'imprimer est du 16 mars. + +La _Médée_ de Longepierre, représentée en 1694, s'est maintenue au +répertoire pendant tout le cours du siècle dernier, et a fait +complétement oublier celle de Corneille. + +FOOTNOTES: + + [917] Voyez sur les traditions relatives à ce personnage: + _Histoire de Médée_, par l'abbé Banier, _Mémoires de l'Académie + des Inscriptions et Belles-Lettres_, tome XIV, p. 41. + + [918] Cet examen a d'ailleurs été fait avec autant d'érudition + que de goût par M. Patin dans ses _Études sur les tragiques + grecs, Euripide_, tome I, p. 149 et suivantes. On peut encore + consulter utilement un _Parallèle des beautés de Corneille avec + celles de plusieurs scènes de la Médée de Sénèque_, par M. + Guilbert, lu à la Société libre d'émulation de Rouen dans la + séance du 16 juin 1804. + + [919] Mairet. + + [920] Pièce inconnue et qui n'a sans doute pas été représentée. + + [921] Benserade. + + [922] Le titre complet de l'ouvrage est: _le Parnasse ou la + critique des poëtes_, par de la Pinelière, angevin, dédié à + Monseigneur le marquis du Bellay. A Paris, chez Toussaint + Quinet.... M.DC.XXXV. In-8. Avec privilége du Roi.--Ce privilége + ne se trouve point, non plus que l'achevé d'imprimer, dans + l'exemplaire qui est à la bibliothèque de l'Arsenal, le seul que + nous ayons pu voir. + + +A MONSIEUR P. T. N. G.[923]. + + MONSIEUR, + +Je vous donne _Médée_, toute méchante qu'elle est, et ne vous dirai +rien pour sa justification. Je vous la donne pour telle que vous la +voudrez prendre, sans tâcher à prévenir ou violenter vos sentiments +par un étalage des préceptes de l'art, qui doivent être fort mal +entendus et fort mal pratiqués quand ils ne nous font pas arriver au +but que l'art se propose. Celui de la poésie dramatique est de plaire, +et les règles qu'elle nous prescrit ne sont que des adresses pour en +faciliter les moyens au poëte, et non pas des raisons qui puissent +persuader aux spectateurs qu'une chose soit agréable quand elle leur +déplaît. Ici vous trouverez le crime en son char de triomphe, et peu +de personnages sur la scène dont les moeurs ne soient plus mauvaises +que bonnes; mais la peinture et la poésie ont cela de commun, entre +beaucoup d'autres choses, que l'une fait souvent de beaux portraits +d'une femme laide, et l'autre de belles imitations d'une action qu'il +ne faut pas imiter. Dans la portraiture, il n'est pas question si un +visage est beau, mais s'il ressemble; et dans la poésie, il ne faut +pas considérer si les moeurs sont vertueuses, mais si elles sont +pareilles à celles de la personne qu'elle introduit. Aussi nous +décrit-elle indifféremment les bonnes et les mauvaises actions, sans +nous proposer les dernières pour exemple; et si elle nous en veut +faire quelque horreur, ce n'est point par leur punition, qu'elle +n'affecte pas de nous faire voir, mais par leur laideur, qu'elle +s'efforce de nous représenter au naturel. Il n'est pas besoin +d'avertir ici le public que celles de cette tragédie ne sont pas à +imiter: elles paroissent assez à découvert pour n'en faire envie à +personne. Je n'examine point si elles sont vraisemblables ou non: +cette difficulté, qui est la plus délicate de la poésie, et peut-être +la moins entendue, demanderoit un discours trop long pour une épître: +il me suffit qu'elles sont autorisées ou par la vérité de l'histoire, +ou par l'opinion commune des anciens. Elles vous ont agréé autrefois +sur le théâtre; j'espère qu'elles vous satisferont encore aucunement +sur le papier, et demeure, + + MONSIEUR, + + Votre très-humble serviteur, + + CORNEILLE. + +FOOTNOTES: + + [923] On ignore complétement qui ces initiales désignent. Dans + l'impression de 1657, l'ordre est un peu différent: «A Monsieur + P. T. G. N.» Cette épître dédicatoire n'est que dans les éditions + antérieures à 1660. + + +EXAMEN. + +Cette tragédie a été traitée en grec par Euripide, et en latin par +Sénèque; et c'est sur leur exemple que je me suis autorisé à en mettre +le lieu dans une place publique, quelque peu de vraisemblance qu'il y +aye à y faire parler des rois, et à y voir Médée prendre les desseins +de sa vengeance. Elle en fait confidence, chez Euripide, à tout le +choeur, composé de Corinthiennes sujettes de Créon, et qui devoient +être du moins au nombre de quinze, à qui elle dit hautement qu'elle +fera périr leur roi, leur princesse et son mari, sans qu'aucune +d'elles ait la moindre pensée d'en donner avis à ce prince. + +Pour Sénèque, il y a quelque apparence qu'il ne lui fait pas prendre +ces résolutions violentes en présence du choeur, qui n'est pas +toujours sur le théâtre[924], et n'y parle jamais aux autres acteurs; +mais je ne puis comprendre comme, dans son quatrième acte, il lui fait +achever ces enchantements[925] en place publique; et j'ai mieux aimé +rompre l'unité exacte du lieu, pour faire voir Médée dans le même +cabinet où elle a fait ses charmes, que de l'imiter en ce point. + +Tous les deux m'ont semblé donner trop peu de défiance à Créon des +présents de cette magicienne, offensée au dernier point, qu'il +témoigne craindre chez l'un et chez l'autre, et dont il a d'autant +plus de lieu de se défier, qu'elle lui demande instamment un jour de +délai pour se préparer à partir, et qu'il croit qu'elle ne le demande +que pour machiner quelque chose contre lui, et troubler les noces de +sa fille. + +J'ai cru mettre la chose dans un peu plus de justesse, par quelques +précautions que j'y ai apportées: la première, en ce que Créuse +souhaite avec passion cette robe que Médée empoisonne, et qu'elle +oblige Jason à la tirer d'elle par adresse; ainsi, bien que les +présents des ennemis doivent être suspects, celui-ci ne le doit pas +être, parce que ce n'est pas tant un don qu'elle fait qu'un payement +qu'on lui arrache de la grâce que ses enfants reçoivent; la seconde, +en ce que ce n'est pas Médée[926] qui demande ce jour de délai qu'elle +emploie à sa vengeance, mais Créon qui le lui donne de son mouvement, +comme pour diminuer quelque chose de l'injuste violence qu'il lui +fait, dont il semble avoir honte en lui-même; et la troisième enfin, +en ce qu'après les défiances que Pollux lui en fait prendre presque +par force, il en fait faire l'épreuve sur une autre, avant que de +permettre à sa fille de s'en parer. + +L'épisode d'Ægée n'est pas tout à fait de mon invention: Euripide +l'introduit en son troisième acte, mais seulement comme un passant à +qui Médée fait ses plaintes, et qui l'assure d'une retraite chez lui à +Athènes, en considération d'un service qu'elle promet de lui +rendre[927]. En quoi je trouve deux choses à dire: l'une, qu'Ægée, +étant dans la cour de Créon, ne parle point du tout de le voir; +l'autre, que bien qu'il promette à Médée de la recevoir et protéger à +Athènes après qu'elle se sera vengée, ce qu'elle fait dès ce jour-là +même, il lui témoigne toutefois qu'au sortir de Corinthe il va trouver +Pitthéus à Troezène, pour consulter avec lui sur le sens de l'oracle +qu'on venoit de lui rendre à Delphes, et qu'ainsi Médée seroit +demeurée[928] en assez mauvaise posture dans Athènes en l'attendant, +puisqu'il tarda manifestement quelque temps chez Pitthéus, où il fit +l'amour à sa fille Æthra, qu'il laissa grosse de Thésée, et n'en +partit point que sa grossesse ne fût constante. Pour donner un peu +plus d'intérêt à ce monarque dans l'action de cette tragédie, je le +fais amoureux de Créuse, qui lui préfère Jason, et je porte ses +ressentiments à l'enlever, afin qu'en cette entreprise, demeurant +prisonnier de ceux qui la sauvent de ses mains, il aye obligation à +Médée de sa délivrance, et que la reconnoissance qu'il lui en doit +l'engage plus fortement à sa protection, et même à l'épouser, comme +l'histoire le marque. + +Pollux est de ces personnages protatiques qui ne sont introduits que +pour écouter la narration du sujet. Je pense l'avoir déjà dit[929], et +j'ajoute que ces personnages sont d'ordinaire assez difficiles à +imaginer dans la tragédie, parce que les événements publics et +éclatants dont elle est composée sont connus de tout le monde, et que +s'il est aisé de trouver des gens qui les sachent pour les raconter, +il n'est pas aisé d'en trouver qui les ignorent pour les entendre: +c'est ce qui m'a fait avoir recours à cette fiction, que Pollux, +depuis son retour de Colchos, avoit toujours été en Asie, où il +n'avoit rien appris de ce qui s'étoit passé dans la Grèce, que la mer +en sépare. Le contraire arrive en la comédie: comme elle n'est que +d'intriques particuliers, il n'est rien si facile que de trouver des +gens qui les ignorent; mais souvent il n'y a qu'une seule personne qui +les puisse expliquer: ainsi l'on n'y manque jamais de confidents quand +il y a matière de confidence. + +Dans la narration que fait Nérine au quatrième acte, on peut +considérer que quand ceux qui écoutent ont quelque chose d'important +dans l'esprit, ils n'ont pas assez de patience pour écouter le détail +de ce qu'on leur vient raconter, et que c'est assez[930] pour eux d'en +apprendre l'événement en un mot: c'est ce que fait voir ici Médée, +qui ayant su que Jason a arraché Créuse à ses ravisseurs, et pris Ægée +prisonnier, ne veut point qu'on lui explique comment cela s'est fait. +Lorsqu'on a affaire à un esprit tranquille, comme Achorée à Cléopatre +dans _la Mort de Pompée_, pour qui elle ne s'intéresse que par un +sentiment d'honneur, on prend le loisir d'exprimer toutes les +particularités; mais avant que d'y descendre, j'estime qu'il est bon, +même alors, d'en dire tout l'effet en deux mots dès l'abord. + +Surtout, dans les narrations ornées et pathétiques, il faut +très-soigneusement prendre garde en quelle assiette est l'âme de celui +qui parle et de celui qui écoute, et se passer de cet ornement, qui ne +va guère sans quelque étalage ambitieux, s'il y a la moindre apparence +que l'un des deux soit trop en péril, ou dans une passion trop +violente, pour avoir toute la patience nécessaire au récit qu'on se +propose. + +J'oubliois à remarquer que la prison où je mets Ægée est un spectacle +désagréable, que je conseillerois d'éviter: ces grilles qui éloignent +l'acteur du spectateur, et lui cachent toujours plus de la moitié de +sa personne, ne manquent jamais à rendre son action fort languissante. +Il arrive quelquefois des occasions indispensables de faire arrêter +prisonniers sur nos théâtres quelques-uns de nos principaux acteurs; +mais alors il vaut mieux se contenter de leur donner des gardes qui +les suivent, et n'affoiblissent ni le spectacle ni l'action, comme +dans _Polyeucte_ et dans _Héraclius_. J'ai voulu rendre visible ici +l'obligation qu'Ægée avoit à Médée; mais cela se fût mieux fait par un +récit. + +Je serai bien aise encore qu'on remarque la civilité de Jason envers +Pollux à son départ: il l'accompagne jusque hors de la ville; et c'est +une adresse de théâtre assez heureusement pratiquée pour l'éloigner de +Créon et Créuse mourants, et n'en avoir que deux à la fois à faire +parler. Un auteur est bien embarrassé quand il en a trois, et qu'ils +ont tous trois[931] une assez forte passion dans l'âme pour leur +donner une juste impatience de la pousser au dehors: c'est ce qui m'a +obligé à faire mourir ce roi malheureux avant l'arrivée de Jason, afin +qu'il n'eût à parler qu'à Créuse, et à faire mourir cette princesse +avant que Médée se montre sur le balcon, afin que cet amant en colère +n'aye plus à qui s'adresser qu'à elle; mais on auroit eu lieu de +trouver à dire qu'il ne fût pas auprès de sa maîtresse dans un si +grand malheur, si je n'eusse rendu raison de son éloignement. + +J'ai feint que les feux que produit la robe de Médée, et qui font +périr Créon et Créuse, étoient invisibles, parce que j'ai mis leurs +personnes sur la scène dans la catastrophe. Ce spectacle de mourants +m'étoit nécessaire pour remplir mon cinquième acte, qui sans cela +n'eût pu atteindre à la longueur ordinaire des nôtres; mais à dire le +vrai, il n'a pas l'effet que demande la tragédie, et ces deux mourants +importunent plus par leurs cris et par leurs gémissements, qu'ils ne +font pitié par leur malheur. La raison en est qu'ils semblent l'avoir +mérité par l'injustice qu'ils ont faite à Médée, qui attire si bien de +son côté toute la faveur de l'auditoire, qu'on excuse sa vengeance +après l'indigne traitement qu'elle a reçu de Créon et de son mari, et +qu'on a plus de compassion du désespoir où ils l'ont réduite, que de +tout ce qu'elle leur fait souffrir. + +Quant au style, il est fort inégal en ce poëme; et ce que j'y ai mêlé +du mien approche si peu de ce que j'ai traduit de Sénèque, qu'il n'est +point besoin d'en mettre le texte en marge pour faire discerner au +lecteur ce qui est de lui ou de moi. Le temps m'a donné le moyen +d'amasser assez de forces pour ne laisser pas cette différence si +visible dans le _Pompée_, où j'ai beaucoup pris de Lucain, et ne crois +pas être demeuré fort au-dessous de lui quand il a fallu me passer de +son secours. + +FOOTNOTES: + + [924] VAR. (édit. de 1660-1668): sur son théâtre. + + [925] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): ses enchantements. + + [926] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): ce n'est pas elle. + + [927] Voici de quelle nature est le service dont il s'agit. Égée + vient de consulter l'oracle d'Apollon pour savoir si sa femme, + longtemps stérile, lui donnera enfin des enfants. «Tu ne sais + pas, lui dit Médée, quelle heureuse rencontre tu as faite en moi: + je ferai cesser ta privation d'enfants, et grâce à moi, tu + deviendras père d'une nombreuse postérité; je connais des secrets + qui ont cette vertu.» (Euripide, _Médée_, vers 712-714.) + + [928] VAR. (édit. de 1660): auroit demeuré. + + [929] Dans le _Discours de l'utilité et des parties du poëme + dramatique_, tome I, p. 46. + + [930] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): et c'est assez. + + [931] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): qui tous ont. + + + + +ACTEURS. + + + CRÉON, roi de Corinthe. + ÆGÉE, roi d'Athènes. + JASON, mari de Médée. + POLLUX, argonaute, ami de Jason. + CRÉUSE, fille de Créon. + MÉDÉE, femme de Jason. + CLÉONE, gouvernante de Créuse. + NÉRINE, suivante de Médée. + THEUDAS, domestique de Créon. + TROUPE DES GARDES DE CRÉON. + +La scène est à Corinthe. + + + + +MÉDÉE. + +TRAGÉDIE. + + + + +ACTE I. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +POLLUX, JASON. + + POLLUX. + + Que je sens à la fois de surprise et de joie! + Se peut-il qu'en ces lieux enfin je vous revoie[932], + Que Pollux dans Corinthe ait rencontré Jason? + + JASON. + + Vous n'y pouviez venir en meilleure saison; + Et pour vous rendre encor l'âme plus étonnée, 5 + Préparez-vous à voir mon second hyménée[933]. + + POLLUX. + + Quoi! Médée est donc morte, ami? + + JASON. + + Non, elle vit; + Mais un objet plus beau la chasse de mon lit[934]. + + POLLUX. + + Dieux! et que fera-t-elle? + + JASON. + + Et que fit Hypsipyle[935], + Que pousser les éclats d'un courroux inutile[936]? 10 + Elle jeta des cris, elle versa des pleurs, + Elle me souhaita mille et mille malheurs, + Dit que j'étois sans foi, sans coeur, sans conscience[937], + Et lasse de le dire, elle prit patience. + Médée en son malheur en pourra faire autant: 15 + Qu'elle soupire, pleure, et me nomme inconstant; + Je la quitte à regret, mais je n'ai point d'excuse + Contre un pouvoir plus fort qui me donne à Créuse. + + POLLUX. + + Créuse est donc l'objet qui vous vient d'enflammer[938]? + Je l'aurois deviné sans l'entendre nommer[939]. 20 + Jason ne fit jamais de communes maîtresses; + Il est né seulement pour charmer les princesses, + Et haïroit l'amour, s'il avoit sous sa loi[940] + Rangé de moindres coeurs que des filles de roi. + Hypsipyle à Lemnos, sur le Phase Médée, 25 + Et Créuse à Corinthe, autant vaut, possédée, + Font bien voir qu'en tous lieux, sans le secours de Mars[941], + Les sceptres sont acquis à ses moindres regards. + + JASON. + + Aussi je ne suis pas de ces amants vulgaires: + J'accommode ma flamme au bien de mes affaires; 30 + Et sous quelque climat que me jette le sort[942], + Par maxime d'État je me fais cet effort. + Nous voulant à Lemnos rafraîchir dans la ville, + Qu'eussions-nous fait, Pollux, sans l'amour d'Hypsipyle? + Et depuis à Colchos, que fit votre Jason, 35 + Que cajoler Médée, et gagner la toison? + Alors, sans mon amour, qu'eût fait votre vaillance[943]? + Eût-elle du dragon trompé la vigilance? + Ce peuple que la terre enfantoit tout armé, + Qui de vous l'eût défait, si Jason n'eût aimé? 40 + Maintenant qu'un exil m'interdit ma patrie, + Créuse est le sujet de mon idolâtrie; + Et j'ai trouvé l'adresse, en lui faisant la cour[944], + De relever mon sort sur les ailes d'Amour. + + POLLUX. + + Que parlez-vous d'exil? La haine de Pélie.... 45 + + JASON. + + Me fait, tout mort qu'il est, fuir de sa Thessalie. + + POLLUX. + + Il est mort! + + JASON. + + Écoutez, et vous saurez comment + Son trépas seul m'oblige à cet éloignement[945]. + Après six ans passés, depuis notre voyage, + Dans les plus grands plaisirs qu'on goûte au mariage, 50 + Mon père, tout caduc, émouvant ma pitié, + Je conjurai Médée, au nom de l'amitié.... + + POLLUX. + + J'ai su comme son art, forçant les destinées, + Lui rendit la vigueur de ses jeunes années: + Ce fut, s'il m'en souvient, ici que je l'appris, 55 + D'où soudain un voyage en Asie entrepris + Fait que, nos deux séjours divisés par Neptune, + Je n'ai point su depuis quelle est votre fortune; + Je n'en fais qu'arriver. + + JASON. + + Apprenez donc de moi + Le sujet qui m'oblige à lui manquer de foi. 60 + + Malgré l'aversion d'entre nos deux familles, + De mon tyran Pélie elle gagne les filles[946], + Et leur feint de ma part tant d'outrages reçus, + Que ces foibles esprits sont aisément déçus. + Elle fait amitié, leur promet des merveilles, 65 + Du pouvoir de son art leur remplit les oreilles; + Et pour mieux leur montrer comme il est infini, + Leur étale surtout mon père rajeuni. + Pour épreuve elle égorge un bélier à leurs vues, + Le plonge en un bain d'eaux et d'herbes inconnues, 70 + Lui forme un nouveau sang avec cette liqueur, + Et lui rend d'un agneau la taille et la vigueur. + Les soeurs crient miracle, et chacune ravie + Conçoit pour son vieux père une pareille envie, + Veut un effet pareil, le demande, et l'obtient; 75 + Mais chacune a son but. Cependant la nuit vient: + Médée, après le coup d'une si belle amorce[947], + Prépare de l'eau pure et des herbes sans force, + Redouble le sommeil des gardes et du Roi: + La suite au seul récit me fait trembler d'effroi. 80 + A force de pitié ces filles inhumaines[948] + De leur père endormi vont épuiser les veines: + Leur tendresse crédule, à grands coups de couteau[949], + Prodigue ce vieux sang, et fait place au nouveau; + Le coup le plus mortel s'impute à grand service; 85 + On nomme piété ce cruel sacrifice, + Et l'amour paternel qui fait agir leurs bras + Croiroit commettre un crime à n'en commettre pas. + Médée est éloquente à leur donner courage: + Chacune toutefois tourne ailleurs son visage; 90 + Une secrète horreur condamne leur dessein[950], + Et refuse leurs yeux à conduire leur main[951]. + + POLLUX. + + A me représenter ce tragique spectacle, + Qui fait un parricide et promet un miracle, + J'ai de l'horreur moi-même, et ne puis concevoir 95 + Qu'un esprit jusque-là se laisse décevoir. + + JASON. + + Ainsi mon père Æson recouvra sa jeunesse. + Mais oyez le surplus. Ce grand courage cesse; + L'épouvante les prend; Médée en raille, et fuit[952]. + Le jour découvre à tous les crimes de la nuit; 100 + Et pour vous épargner un discours inutile, + Acaste, nouveau roi, fait mutiner la ville, + Nomme Jason l'auteur de cette trahison, + Et pour venger son père, assiége ma maison. + Mais j'étois déjà loin, aussi bien que Médée; 105 + Et ma famille enfin à Corinthe abordée, + Nous saluons Créon, dont la bénignité + Nous promet contre Acaste un lieu de sûreté. + Que vous dirai-je plus? mon bonheur ordinaire + M'acquiert les volontés de la fille et du père; 110 + Si bien que de tous deux également chéri, + L'un me veut pour son gendre, et l'autre pour mari. + D'un rival couronné les grandeurs souveraines, + La majesté d'Ægée, et le sceptre d'Athènes, + N'ont rien, à leur avis, de comparable à moi, 115 + Et banni que je suis, je leur suis plus qu'un roi. + Je vois trop ce bonheur, mais je le dissimule[953]; + Et bien que pour Créuse un pareil feu me brûle, + Du devoir conjugal je combats mon amour, + Et je ne l'entretiens que pour faire ma cour. 120 + Acaste cependant menace d'une guerre + Qui doit perdre Créon et dépeupler sa terre; + Puis, changeant tout à coup ses résolutions, + Il propose la paix sous des conditions. + Il demande d'abord et Jason et Médée: 125 + On lui refuse l'un, et l'autre est accordée; + Je l'empêche, on débat, et je fais tellement, + Qu'enfin il se réduit à son bannissement. + De nouveau je l'empêche, et Créon me refuse; + Et pour m'en consoler, il m'offre sa Créuse. 130 + Qu'eussé-je fait, Pollux, en cette extrémité + Qui commettoit ma vie avec ma loyauté? + Car sans doute, à quitter l'utile pour l'honnête, + La paix alloit se faire aux dépens de ma tête[954]; + Le mépris insolent des offres d'un grand roi[955] 135 + Aux mains d'un ennemi livroit Médée et moi[956]. + Je l'eusse fait pourtant, si je n'eusse été père: + L'amour de mes enfants m'a fait l'âme légère; + Ma perte étoit la leur; et cet hymen nouveau + Avec Médée et moi les tire du tombeau: 140 + Eux seuls m'ont fait résoudre, et la paix s'est conclue. + + POLLUX. + + Bien que de tous côtés l'affaire résolue + Ne laisse aucune place aux conseils d'un ami, + Je ne puis toutefois l'approuver qu'à demi. + Sur quoi que vous fondiez un traitement si rude, 145 + C'est montrer pour Médée un peu d'ingratitude[957]: + Ce qu'elle a fait pour vous est mal récompensé. + Il faut craindre après tout son courage offensé; + Vous savez mieux que moi ce que peuvent ses charmes. + + JASON. + + Ce sont à sa fureur d'épouvantables armes; 150 + Mais son bannissement nous en va garantir. + + POLLUX. + + Gardez d'avoir sujet de vous en repentir. + + JASON. + + Quoi qu'il puisse arriver, ami, c'est chose faite. + + POLLUX. + + La termine le ciel comme je le souhaite! + Permettez cependant qu'afin de m'acquitter 155 + J'aille trouver le Roi pour l'en féliciter. + + JASON. + + Je vous y conduirois, mais j'attends ma princesse, + Qui va sortir du temple. + + POLLUX. + + Adieu: l'amour vous presse, + Et je serois marri qu'un soin officieux + Vous fît perdre pour moi des temps si précieux. 160 + + +SCÈNE II. + +JASON[958]. + + Depuis que mon esprit est capable de flamme, + Jamais un trouble égal n'a confondu mon âme[959]: + Mon coeur, qui se partage en deux affections, + Se laisse déchirer à mille passions. + Je dois tout à Médée, et je ne puis sans honte 165 + Et d'elle et de ma foi tenir si peu de conte[960]: + Je dois tout à Créon, et d'un si puissant roi + Je fais un ennemi, si je garde ma foi[961]: + Je regrette Médée, et j'adore Créuse; + Je vois mon crime en l'une, en l'autre mon excuse[962]; + Et dessus mon regret mes desirs triomphants + Ont encor le secours du soin de mes enfants. + Mais la princesse vient: l'éclat d'un tel visage[963] + Du plus constant du monde attireroit l'hommage, + Et semble reprocher à ma fidélité 175 + D'avoir osé tenir contre tant de beauté. + + +SCÈNE III. + +JASON, CRÉUSE, CLÉONE. + + JASON. + + Que votre zèle est long, et que d'impatience[964] + Il donne à votre amant, qui meurt en votre absence! + + CRÉUSE. + + Je n'ai pas fait pourtant au ciel beaucoup de voeux[965]: + Ayant Jason à moi, j'ai tout ce que je veux. 180 + + JASON. + + Et moi, puis-je espérer l'effet d'une prière + Que ma flamme tiendroit à faveur singulière? + Au nom de notre amour, sauvez deux jeunes fruits + Que d'un premier hymen la couche m'a produits; + Employez-vous pour eux, faites auprès d'un père[966] 185 + Qu'ils ne soient point compris en l'exil de leur mère: + C'est lui seul qui bannit ces petits malheureux, + Puisque dans les traités il n'est point parlé d'eux. + + CRÉUSE. + + J'avois déjà parlé de leur tendre innocence[967], + Et vous y servirai de toute ma puissance, 190 + Pourvu qu'à votre tour vous m'accordiez un point + Que jusques à tantôt je ne vous dirai point. + + JASON. + + Dites, et quel qu'il soit, que ma reine en dispose. + + CRÉUSE. + + Si je puis sur mon père obtenir quelque chose, + Vous le saurez après: je ne veux rien pour rien. 195 + + CLÉONE. + + Vous pourrez au palais suivre cet entretien. + On ouvre chez Médée, ôtez-vous de sa vue: + Vos présences rendroient sa douleur plus émue; + Et vous seriez marris que cet esprit jaloux + Mêlât son amertume à des plaisirs si doux. 200 + + +SCÈNE IV. + +MÉDÉE. + + Souverains protecteurs des lois de l'hyménée, + Dieux garants de la foi que Jason m'a donnée, + Vous qu'il prit à témoins d'une immortelle ardeur + Quand par un faux serment il vainquit ma pudeur, + Voyez de quel mépris vous traite son parjure, 205 + Et m'aidez à venger cette commune injure[968]: + S'il me peut aujourd'hui chasser impunément, + Vous êtes sans pouvoir ou sans ressentiment. + Et vous, troupe savante en noires barbaries[969], + Filles de l'Achéron, pestes, larves, furies, 210 + Fières soeurs, si jamais notre commerce étroit[970] + Sur vous et vos serpents me donna quelque droit[971], + Sortez de vos cachots avec les mêmes flammes + Et les mêmes tourments dont vous gênez les âmes; + Laissez-les quelque temps reposer dans leurs fers: 215 + Pour mieux agir pour moi faites trêve aux enfers; + Apportez-moi du fond des antres de Mégère[972] + La mort de ma rivale, et celle de son père; + Et si vous ne voulez mal servir mon courroux, + Quelque chose de pis pour mon perfide époux: 220 + Qu'il coure vagabond de province en province, + Qu'il fasse lâchement la cour à chaque prince; + Banni de tous côtés, sans bien et sans appui[973], + Accablé de frayeur, de misère, d'ennui, + Qu'à ses plus grands malheurs aucun ne compatisse; 225 + Qu'il ait regret à moi pour son dernier supplice; + Et que mon souvenir jusque dans le tombeau + Attache à son esprit un éternel bourreau[974]. + Jason me répudie! et qui l'auroit pu croire? + S'il a manqué d'amour, manque-t-il de mémoire? 230 + Me peut-il bien quitter après tant de bienfaits? + M'ose-t-il bien quitter après tant de forfaits? + Sachant ce que je puis, ayant vu ce que j'ose, + Croit-il que m'offenser ce soit si peu de chose? + Quoi! mon père trahi, les éléments forcés, 235 + D'un frère dans la mer les membres dispersés, + Lui font-ils présumer mon audace épuisée? + Lui font-ils présumer qu'à mon tour méprisée[975], + Ma rage contre lui n'ait par où s'assouvir, + Et que tout mon pouvoir se borne à le servir? 240 + Tu t'abuses, Jason, je suis encor moi-même. + Tout ce qu'en ta faveur fit mon amour extrême, + Je le ferai par haine; et je veux pour le moins + Qu'un forfait nous sépare, ainsi qu'il nous a joints; + Que mon sanglant divorce, en meurtres, en carnage, 245 + S'égale aux premiers jours de notre mariage, + Et que notre union, que rompt ton changement, + Trouve une fin pareille à son commencement. + Déchirer par morceaux l'enfant aux yeux du père + N'est que le moindre effet qui suivra ma colère; 250 + Des crimes si légers furent mes coups d'essai: + Il faut bien autrement montrer ce que je sai; + Il faut faire un chef-d'oeuvre, et qu'un dernier ouvrage + Surpasse de bien loin ce foible apprentissage[976]. + Mais pour exécuter tout ce que j'entreprends, 255 + Quels Dieux me fourniront des secours assez grands? + Ce n'est plus vous, enfers, qu'ici je sollicite: + Vos feux sont impuissants pour ce que je médite. + Auteur de ma naissance, aussi bien que du jour, + Qu'à regret tu dépars à ce fatal séjour, 260 + Soleil, qui vois l'affront qu'on va faire à ta race[977], + Donne-moi tes chevaux à conduire en ta place; + Accorde cette grâce à mon desir bouillant; + Je veux choir sur Corinthe avec ton char brûlant; + Mais ne crains pas de chute à l'univers funeste: 265 + Corinthe consumé garantira le reste[978]; + De mon juste courroux les implacables voeux[979] + Dans ses odieux murs arrêteront tes feux; + Créon en est le prince, et prend Jason pour gendre: + C'est assez mériter d'être réduit en cendre[980], 270 + D'y voir réduit tout l'isthme, afin de l'en punir, + Et qu'il n'empêche plus les deux mers de s'unir[981]. + + +SCÈNE V. + +MÉDÉE, NÉRINE. + + MÉDÉE. + + Eh bien? Nérine, à quand, à quand cet hyménée? + En ont-ils choisi l'heure? en sais-tu la journée? + N'en as-tu rien appris? n'as-tu point vu Jason? 275 + N'appréhende-t-il rien après sa trahison? + Croit-il qu'en cet affront je m'amuse à me plaindre? + S'il cesse de m'aimer, qu'il commence à me craindre; + Il verra, le perfide, à quel comble d'horreur + De mes ressentiments peut monter la fureur. 280 + + NÉRINE. + + Modérez les bouillons de cette violence, + Et laissez déguiser vos douleurs au silence. + Quoi! Madame, est-ce ainsi qu'il faut dissimuler? + Et faut-il perdre ainsi des menaces en l'air? + Les plus ardents transports d'une haine connue[982] 285 + Ne sont qu'autant d'éclairs avortés dans la nue, + Qu'autant d'avis à ceux que vous voulez punir, + Pour repousser vos coups, ou pour les prévenir. + Qui peut, sans s'émouvoir, supporter une offense, + Peut mieux prendre à son point le temps de sa vengeance[983]; + Et sa feinte douceur, sous un appas[984] mortel, + Mène insensiblement sa victime à l'autel. + + MÉDÉE. + + Tu veux que je me taise et que je dissimule! + Nérine, porte ailleurs ce conseil ridicule: + L'âme en est incapable en de[985] moindres malheurs, 295 + Et n'a point où cacher de pareilles douleurs[986]. + Jason m'a fait trahir mon pays et mon père, + Et me laisse au milieu d'une terre étrangère, + Sans support, sans amis, sans retraite, sans bien, + La fable de son peuple, et la haine du mien: 300 + Nérine, après cela tu veux que je me taise! + Ne dois-je point encore en témoigner de l'aise, + De ce royal hymen souhaiter l'heureux jour, + Et forcer tous mes soins à servir son amour[987]? + + NÉRINE. + + Madame, pensez mieux à l'éclat que vous faites: 305 + Quelque juste qu'il soit, regardez où vous êtes; + Considérez qu'à peine un esprit plus remis[988] + Vous tient en sûreté parmi vos ennemis. + + MÉDÉE. + + L'âme doit se roidir plus elle est menacée, + Et contre la fortune aller tête baissée, 310 + La choquer hardiment, et sans craindre la mort, + Se présenter de front à son plus rude effort. + Cette lâche ennemie a peur des grands courages, + Et sur ceux qu'elle abat redouble ses outrages. + + NÉRINE. + + Que sert ce grand courage où l'on est sans pouvoir? 315 + + MÉDÉE. + + Il trouve toujours lieu de se faire valoir[989]. + + NÉRINE. + + Forcez l'aveuglement dont vous êtes séduite, + Pour voir en quel état le sort vous a réduite. + Votre pays vous hait, votre époux est sans foi[990]: + Dans un si grand revers que vous reste-t-il? + + MÉDÉE. + + Moi: 320 + Moi, dis-je, et c'est assez. + + NÉRINE. + + Quoi! vous seule, Madame? + + MÉDÉE. + + Oui, tu vois en moi seule et le fer et la flamme, + Et la terre, et la mer, et l'enfer, et les cieux, + Et le sceptre des rois, et la foudre des Dieux[991]. + + NÉRINE. + + L'impétueuse ardeur d'un courage sensible 325 + A vos ressentiments figure tout possible: + Mais il faut craindre un roi fort de tant de sujets. + + MÉDÉE. + + Mon père, qui l'étoit, rompit-il mes projets? + + NÉRINE. + + Non; mais il fut surpris, et Créon se défie: + Fuyez, qu'à ses soupçons il ne vous sacrifie. 330 + + MÉDÉE. + + Las! je n'ai que trop fui; cette infidélité + D'un juste châtiment punit ma lâcheté. + Si je n'eusse point fui pour la mort de Pélie, + Si j'eusse tenu bon dedans la Thessalie, + Il n'eût point vu Créuse, et cet objet nouveau 335 + N'eût point de notre hymen étouffé le flambeau[992]. + + NÉRINE. + + Fuyez encor, de grâce. + + MÉDÉE. + + Oui, je fuirai, Nérine, + Mais avant de Créon on verra la ruine. + Je brave la fortune; et toute sa rigueur, + En m'ôtant un mari, ne m'ôte pas le coeur[993]; 340 + Sois seulement fidèle, et, sans te mettre en peine, + Laisse agir pleinement mon savoir et ma haine. + + NÉRINE, seule[994]. + + Madame.... Elle me quitte au lieu de m'écouter[995]. + Ces violents transports la vont précipiter: + D'une trop juste ardeur l'inexorable envie[996] 345 + Lui fait abandonner le souci de sa vie. + Tâchons, encore un coup, d'en divertir le cours. + Apaiser sa fureur, c'est conserver ses jours. + + +FIN DU PREMIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [932] _Var._ Se peut-il faire, ami, qu'ici je vous revoie. (1639) + + [933] _Var._ Préparez-vous à voir dans peu mon hyménée. + POLL. Quoi! Médée est donc morte à ce compte? JAS. Elle vit. (1639) + + [934] _Var._ Mais un objet nouveau la chasse de mon lit. + (1639-57) + + [935] Hypsipyle, reine de Lemnos, fille de Thoas. Jason avait eu + d'elle deux fils. + + [936] _Var._ Que former dans son coeur un regret inutile, + Jeter des cris en l'air, me nommer inconstant? + Si bon semble à Médée, elle en peut faire autant. + [Je la quitte à regret, mais je n'ai point d'excuse.] (1639) + + [937] _Var._ Me nomma mille fois homme sans conscience: + Il fallut après tout qu'elle prît patience. (1644-57) + + [938] _Var._ C'est donc là cet objet qui vous tient enchaîné? (1639) + _Var._ Créuse est donc l'objet qui nous vient d'enflammer? + (1644, 52 et 54) + + [939] _Var._ Sans l'entendre nommer je l'avois deviné. (1639) + _Var._ Je l'avois deviné sans l'entendre nommer. (1644-64) + + [940] _Var._ Et je crois qu'il tiendroit pour un indigne emploi + De blesser d'autres coeurs que de filles de roi. (1639) + + [941] _Var._ Font bien voir qu'en tous lieux, sans lancer + d'autres dards. (1639) + + [942] _Var._ Et sous quelque climat que le sort me jetât, + Je serois amoureux par maxime d'État. (1639) + + [943] _Var._ Alors, sans mon amour, qu'étoit votre vaillance? + (1639-57) + + [944] _Var._ Et que pouvois-je mieux que lui faire la cour, + Et relever mon sort sur les ailes d'Amour? (1639) + + [945] _Var._ Son trépas seul me force à cet éloignement. + (1639-57) + + [946] _Var._ Du vieux tyran Pélie elle gagne les filles. + (1639-57) + + [947] _Var._ Médée, après ce coup d'une si belle amorce (1652-57) + + [948] _Quid referum Peliæ natus, pietate nocentes?_ + + (Ovide, _Héroides_, XII, vers 129.) + + --Voyez la note 948. + + [949] _Var._ Et leur amour crédule, à grands coups de couteau, + Prodigue ce vieux sang, qui fait place au nouveau. (1639-57) + + [950] _Var._ Et refusant ses yeux à conduire sa main, + N'ose voir les effets de son pieux dessein. (1639-57) + + [951] _His, ut quæque pia est, hortatibus impia prima est, + Et ne sit scelerata, facit scelus: haud tamen ictus + Ulla suos spectare potest, oculosque reflectunt, + Cæcaque dant sævis aversæ vulnera dextris._ + + (Ovide, _Métamorphoses_, livre VII, vers 339-342. + + --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 484, 485; et celle de Sénèque, + vers 475, 476. + + [952] _Var._ L'épouvante les prend, et Médée s'enfuit. (1639-57) + + [953] _Var._ L'un et l'autre pourtant de honte dissimule. + (1639-57) + + [954] _Var._ La paix s'en alloit faire aux dépens de ma tête. + (1639-57) + + [955] _Var._ Ce mépris insolent des offres d'un grand roi. + (1639-68) + + [956] _Var._ Livroit aux mains d'Acaste et ma Médée et moi. + (1639-57) + + [957] _Var._ C'est toujours vers Médée un peu d'ingratitude. + (1639-57) + + [958] On lit dans l'édition de 1639: JASON, _seul_, et il n'y a + point de distinction de scène. + + [959] _Var._ Jamais un trouble égal ne confondit mon âme. + (1639-60) + + [960] _Conte_, compte. Voyez tome I, p. 150, note 1. + + [961] _Var._ J'en fais un ennemi, si je garde ma foi: + J'ai regret à Médée, et j'adore Créuse. (1639-57) + + [962] L'édition de 1682 porte par erreur: + + Je vois mon crime en l'une, et l'autre mon excuse. + + [963] _Var._ Mais la voici qui vient: l'éclat d'un tel visage. + (1639-57) + + [964] _Var._ Que vos dévotions d'une longue souffrance + Gênent un pauvre amant qui meurt en votre absence! (1639) + + [965] _Var._ Je n'avois pourtant rien à demander aux Dieux. (1639-57) + _Var._ A nos Dieux toutefois je n'ai rien demandé: + En me donnant Jason, ils m'ont tout accordé. (1660-64) + + [966] _Var._ Employez-vous pour eux, faites envers un père. + (1639-60) + + [967] _Var._ J'avois déjà pitié de leur tendre innocence. (1639-68) + + --Toutes les éditions, hormis celle de 1682, donnent, comme on le voit, + _pitié_, au lieu de _parlé_; mais cette dernière leçon a été conservée + par Thomas Corneille dans l'impression de 1692. + + [968] Racine, dit Voltaire, a imité ce vers dans _Phèdre_ (acte + III, scène II): + + Déesse, venge-toi; nos causes sont pareilles. + + La conformité des deux passages est-elle vraiment assez grande + pour que l'on puisse parler d'imitation? + + [969] _Var._ Et vous, troupe savante en mille barbaries. + (1639-57) + + [970] _Var._ Noires soeurs, si jamais notre commerce étroit. + (1639-57) + + [971] Il y a _serments_, pour _serpents_, dans l'édition de 1682; + Thomas Corneille a corrigé en 1692 cette faute d'impression, qui + n'existait point dans les éditions précédentes. Voyez tome I, + _Avertissement_, p. VI. + + [972] _Var._ Et m'apportez du fond des antres de Mégère. + (1639-57) + + [973] _Var._ Banni de tous côtés, sans biens et sans appui. + (1639-60) + + [974] _Dii conjugales.... + . . . . . . . . . . quosque juravit mihi + Deos Jason, quosque Medeæ magis + Fas est precari, noctis æternæ chaos, + Aversa superis regna, manesque impios + . . . . . . . . voce non fausta precor: + Nunc, nunc adeste, sceleris ultrices Deæ, + Crinem solutis squalidæ serpentibus, + Atram cruentis manibus amplexæ facem, + Adeste: thalamis horridæ quondam meis + Quales stetistis. Conjugi letum novæ, + Letumque socero et regiæ stirpi date; + Mihi pejus aliquid, quod precer sponso malum: + Vivat; per urbes erret ignotas egens, + Exsul, pavens, invisus, incerti laris: + Me conjugem optet...._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 1-22.) + + [975] _Var._ Lui font-ils présumer que ma puissance usée. (1639) + + [976] _Hæc virgo feci: gravior exsurgat dolor; + Majora jam me scelera post partus decent. + Accingere ira, teque in exitium para + Furore toto: paria narrentur tua + Repudia thalamis. Quo virum linquis modo? + Hoc quo secuta es: rumpe jam segnes moras; + Quæ scelere parta est, scelere linquenda est domus._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 49-55.) + + --Voyez aussi vers 904 et suivants: + + . . . . _Prolusit dolor + Per ista noster, etc._ + + [977] . . . . . . . _Spectat hoc nostri sator + Sol generis! et spectatur, et curru insidens + Per solita puri spatia decurrit poli? + Non redit in ortus, et remetitur diem? + Da, da per auras curribus patriis vehi: + Committe habenas, genitor, et flagrantibus + Ignifera loris tribue moderari juga. + Gemino Corinthos littori opponens moras, + Cremata flammis maria committet duo._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 28-36.) + + [978] _Var._ Corinthe consommée affranchira le reste. (1639) + _Var._ Corinthe consumée affranchira le reste. (1644-57) + + [979] _Var._ Mon erreur volontaire ajustée à mes voeux + Arrêtera sur elle un déluge de feux. (1639-57) + + [980] _Var._ Il faut l'ensevelir dessous sa propre cendre, + Et brûler son pays, si bien qu'à l'avenir + L'isthme n'empêche plus les deux mers de s'unir. (1639-57) + + [981] _Var._ Et de n'empêcher plus les deux mers de s'unir. + (1660) + + [982] L'édition de 1682 porte, par une erreur évidente: «d'une + haine continue.» + + [983] _Var._ Pour mieux prendre à son point le temps de sa + vengeance[983-a]. (1648-63) + + [983-a] _Pour_ est corrigé en _peut_ dans l'_errata_ de l'édition + de 1663. + + [984] _Appas_, appât. Voyez tome I, p. 148, note 3. + + [985] On lit _en des moindres malheurs_ dans l'édition de 1682, + mais c'est probablement une faute d'impression. + + [986] _Var._ Et n'a point où cacher de si grandes douleurs. + (1639-64) + + [987] _Var._ Et m'offrir pour servante à son nouvel amour? + (1639-57) + + [988] _Var._ Et songez qu'à grand'peine un esprit plus remis. + (1639-57) + + [989] NUTRIX. _Sile, obsecro, questusque secreto abditos + Manda dolori. Gravia quisquis vulnera + Patiente et æquo mutus animo pertulit, + Referre potuit; ira quæ tegitur nocet; + Professa perdunt odia vindictæ locum._ + MEDEA. _Levis est dolor qui capere consilium potest + Et clepere sese: magna non latitant mala. + Libet ire contra._ NUTRIX. _Siste furialem impetum + Alumna: vix te tacita defendit quies._ + MEDEA. _Fortuna fortes metuit, ignavos premit._ + NUTRIX. _Tunc est probanda si locum virtus habet._ + MEDEA. _Nunquam potest non esse virtuti locus._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 150-161.) + + [990] NUTRIX. _Abiere Colchi; conjugis nulla est fides, + Nihilque superest opibus e tantis tibi._ + MEDEA. _Medea superest: hic mare et terras vides, + Ferrumque, et ignes, et Deos, et fulmina._ + + (_Ibidem_, vers 164-167.) + + [991] _Var._ Et le sceptre des rois, et le foudre des Dieux. + (1639-68) + + [992] _Var._ N'eût point de nos amours étouffé le flambeau. + (1639-57) + + [993] NUTRIX. _Rex est timendus._ MEDEA. _Rex meus fuerat pater._ + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . NUTRIX. _Profuge._ MEDEA. _Poenituit fugæ. + Medea fugiam?_ . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . _Fugiam; at ulciscar prius._ + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + _Fortuna opes auferre, non animum potest._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 168-176.) + + [994] Le mot _seule_ manque dans l'édition de 1639. + + [995] _Var._ Madame.... Elle s'enfuit au lieu de m'écouter. + (1639-57) + + [996] _Var._ Elle court à sa perte, et sa brutale envie. + (1639-57) + + + + +ACTE II. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +MÉDÉE, NÉRINE. + + NÉRINE. + + Bien qu'un péril certain suive votre entreprise, + Assurez-vous sur moi, je vous suis toute acquise: 350 + Employez mon service aux flammes, au poison, + Je ne refuse rien; mais épargnez Jason. + Votre aveugle vengeance une fois assouvie, + Le regret de sa mort vous coûteroit la vie; + Et les coups violents d'un rigoureux ennui.... 355 + + MÉDÉE. + + Cesse de m'en parler, et ne crains rien pour lui: + Ma fureur jusque-là n'oseroit me séduire; + Jason m'a trop coûté pour le vouloir détruire; + Mon courroux lui fait grâce, et ma première ardeur[997] + Soutient son intérêt au milieu de mon coeur. 360 + Je crois qu'il m'aime encore, et qu'il nourrit en l'âme + Quelques restes secrets d'une si belle flamme; + Qu'il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi[998], + Qui l'arrache[999] à Médée en dépit de sa foi. + Qu'il vive, et s'il se peut, que l'ingrat me demeure; 365 + Sinon, ce m'est assez que sa Créuse meure: + Qu'il vive cependant, et jouisse du jour + Que lui conserve encor mon immuable amour. + Créon seul et sa fille ont fait la perfidie[1000]; + Eux seuls termineront toute la tragédie: 370 + Leur perte achèvera cette fatale paix. + + NÉRINE. + + Contenez-vous, Madame; il sort de son palais[1001]. + + +SCÈNE II. + +CRÉON, MÉDÉE, NÉRINE, SOLDATS. + + CRÉON. + + Quoi? je te vois encore! Avec quelle impudence + Peux-tu, sans t'effrayer, soutenir ma présence? + Ignores-tu l'arrêt de ton bannissement? 375 + Fais-tu si peu de cas de mon commandement? + Voyez comme elle s'enfle et d'orgueil et d'audace! + Ses yeux ne sont que feu; ses regards, que menace. + Gardes, empêchez-la de s'approcher de moi[1002]. + Va, purge mes États d'un monstre tel que toi: 380 + Délivre mes sujets et moi-même de crainte[1003]. + + MÉDÉE. + + De quoi m'accuse-t-on? quel crime, quelle plainte + Pour mon bannissement vous donne tant d'ardeur[1004]? + + CRÉON. + + Ah! l'innocence même, et la même candeur[1005]! + Médée est un miroir de vertu signalée: 385 + Quelle inhumanité de l'avoir exilée! + Barbare, as-tu sitôt oublié tant d'horreurs? + Repasse tes forfaits, repasse tes erreurs[1006], + Et de tant de pays nomme quelque contrée + Dont tes méchancetés te permettent l'entrée[1007]. 390 + Toute la Thessalie en armes te poursuit; + Ton père te déteste, et l'univers te fuit: + Me dois-je en ta faveur charger de tant de haines, + Et sur mon peuple et moi faire tomber tes peines? + Va pratiquer ailleurs tes noires actions; 395 + J'ai racheté la paix à ces conditions. + + MÉDÉE. + + Lâche paix, qu'entre vous, sans m'avoir écoutée, + Pour m'arracher mon bien vous avez complotée! + Paix dont le déshonneur vous[1008] demeure éternel! + Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel, 400 + Son crime eût-il cent fois mérité le supplice[1009], + D'un juste châtiment il fait une injustice. + + CRÉON. + + Au regard de Pélie, il fut bien mieux traité: + Avant que l'égorger tu l'avois écouté[1010]? + + MÉDÉE. + + Écouta-t-il Jason, quand sa haine couverte 405 + L'envoya sur nos bords se livrer à sa perte? + Car comment voulez-vous que je nomme un dessein + Au-dessus de sa force et du pouvoir humain? + Apprenez quelle étoit cette illustre conquête, + Et de combien de morts j'ai garanti sa tête. 410 + Il falloit mettre au joug deux taureaux furieux[1011]: + Des tourbillons de feux s'élançoient de leurs yeux, + Et leur maître Vulcain poussoit par leur haleine + Un long embrasement dessus toute la plaine. + Eux domptés, on entroit en de nouveaux hasards: 415 + Il falloit labourer les tristes champs de Mars, + Et des dents d'un serpent ensemencer leur terre, + Dont la stérilité, fertile pour la guerre, + Produisoit à l'instant des escadrons armés + Contre la même main qui les avoit semés[1012]. 420 + Mais quoi qu'eût fait contre eux une valeur parfaite, + La toison n'étoit pas au bout de leur défaite: + Un dragon, enivré des plus mortels poisons + Qu'enfantent les péchés de toutes les saisons, + Vomissant mille traits de sa gorge enflammée[1013], 425 + La gardoit beaucoup mieux que toute cette armée; + Jamais étoile, lune, aurore, ni soleil, + Ne virent abaisser sa paupière au sommeil: + Je l'ai seule assoupi; seule, j'ai par mes charmes + Mis au joug les taureaux et défait les gensdarmes. 430 + Si lors à mon devoir mon desir limité[1014] + Eût conservé ma gloire et ma fidélité[1015], + Si j'eusse eu de l'horreur de tant d'énormes fautes, + Que devenoit Jason, et tous vos Argonautes? + Sans moi, ce vaillant chef, que vous m'avez ravi, 435 + Fût péri le premier, et tous l'auroient suivi. + Je ne me repens point d'avoir par mon adresse + Sauvé le sang des Dieux et la fleur de la Grèce: + Zéthès, et Calaïs, et Pollux, et Castor, + Et le charmant Orphée, et le sage Nestor, 440 + Tous vos héros enfin tiennent de moi la vie; + Je vous les verrai tous posséder sans envie: + Je vous les ai sauvés, je vous les cède tous; + Je n'en veux qu'un pour moi[1016], n'en soyez point jaloux. + Pour de si bons effets laissez-moi l'infidèle: 445 + Il est mon crime seul, si je suis criminelle; + Aimer cet inconstant, c'est tout ce que j'ai fait: + Si vous me punissez, rendez-moi mon forfait[1017]. + Est-ce user comme il faut d'un pouvoir légitime, + Que me faire coupable et jouir de mon crime[1018]? 450 + + CRÉON. + + Va te plaindre à Colchos. + + MÉDÉE. + + Le retour m'y plaira. + Que Jason m'y remette ainsi qu'il m'en tira[1019]: + Je suis prête à partir sous la même conduite + Qui de ces lieux aimés précipita ma fuite. + O d'un injuste affront les coups les plus cruels! 455 + Vous faites différence entre deux criminels[1020]! + Vous voulez qu'on l'honore, et que de deux complices + L'un ait votre couronne, et l'autre des supplices! + + CRÉON. + + Cesse de plus mêler ton intérêt au sien. + Ton Jason, pris à part, est trop homme de bien[1021]: 460 + Le séparant de toi, sa défense est facile[1022]; + Jamais il n'a trahi son père ni sa ville; + Jamais sang innocent n'a fait rougir ses mains; + Jamais il n'a prêté son bras à tes desseins[1023]; + Son crime, s'il en a, c'est de t'avoir pour femme. 465 + Laisse-le s'affranchir d'une honteuse flamme, + Rends-lui son innocence en l'éloignant de nous[1024]; + Porte en d'autres climats ton insolent courroux, + Tes herbes, tes poisons[1025], ton coeur impitoyable, + Et tout ce qui jamais a fait Jason coupable[1026]. 470 + + MÉDÉE. + + Peignez mes actions plus noires que la nuit; + Je n'en ai que la honte, il en a tout le fruit: + Ce fut en sa faveur que ma savante audace[1027] + Immola son tyran par les mains de sa race; + Joignez-y mon pays et mon frère: il suffit 475 + Qu'aucun de tant de maux ne va qu'à son profit[1028]. + Mais vous les[1029] saviez tous quand vous m'avez reçue; + Votre simplicité n'a point été déçue: + En ignoriez-vous un, quand vous m'avez promis + Un rempart assuré contre mes ennemis[1030]? 480 + Ma main, saignante encor du meurtre de Pélie[1031], + Soulevoit contre moi toute la Thessalie, + Quand votre coeur, sensible à la compassion, + Malgré tous mes forfaits, prit ma protection. + Si l'on me peut depuis imputer quelque crime, 485 + C'est trop peu que l'exil, ma mort est légitime: + Sinon, à quel propos me traitez-vous ainsi? + Je suis coupable ailleurs, mais innocente ici[1032]. + + CRÉON. + + Je ne veux plus ici d'une telle innocence, + Ni souffrir en ma cour ta fatale présence. 490 + Va.... + + MÉDÉE. + + Dieux justes, vengeurs.... + + CRÉON. + + Va, dis-je, en d'autres lieux + Par tes cris importuns solliciter les Dieux. + Laisse-nous tes enfants: je serois trop sévère, + Si je les punissois des crimes de leur mère[1033]; + Et bien que je le pusse avec juste raison, 495 + Ma fille les demande en faveur de Jason. + + MÉDÉE. + + Barbare humanité, qui m'arrache à moi-même, + Et feint de la douceur pour m'ôter ce que j'aime! + Si Jason et Créuse ainsi l'ont ordonné[1034], + Qu'ils me rendent le sang que je leur ai donné. 500 + + CRÉON. + + Ne me réplique plus, suis la loi qui t'est faite; + Prépare ton départ, et pense à ta retraite. + Pour en délibérer, et choisir le quartier, + De grâce ma bonté te donne un jour entier[1035]. + + MÉDÉE. + + Quelle grâce[1036]! + + CRÉON. + + Soldats, remettez-la chez elle; 505 + Sa contestation deviendroit éternelle[1037]. + +(Médée rentre et Créon continue[1038].) + + Quel indomptable esprit! quel arrogant maintien + Accompagnoit l'orgueil d'un si long entretien! + A-t-elle rien fléchi de son humeur altière? + A-t-elle pu descendre à la moindre prière? 510 + Et le sacré respect de ma condition + En a-t-il arraché quelque soumission[1039]? + + +SCÈNE III. + +CRÉON, JASON, CRÉUSE, CLÉONE, SOLDATS. + + CRÉON. + + Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerres[1040], + Ma fille: c'est demain qu'elle sort de nos terres. + Nous n'avons désormais que craindre de sa part: 515 + Acaste est satisfait d'un si proche départ; + Et si tu peux calmer le courage d'Ægée, + Qui voit par notre choix son ardeur négligée, + Fais état que demain nous assure à jamais + Et dedans et dehors une profonde paix. 520 + + CRÉUSE. + + Je ne crois pas, Seigneur, que ce vieux roi d'Athènes[1041], + Voyant aux mains d'autrui le fruit de tant de peines, + Mêle tant de foiblesse à son ressentiment, + Que son premier courroux se dissipe aisément[1042]. + J'espère toutefois qu'avec un peu d'adresse 525 + Je pourrai le résoudre à perdre une maîtresse + Dont l'âge peu sortable[1043] et l'inclination + Répondoient assez mal à son affection. + + JASON. + + Il doit vous témoigner par son obéissance + Combien sur son esprit vous avez de puissance; 530 + Et s'il s'obstine à suivre un injuste courroux[1044], + Nous saurons, ma princesse, en rabattre les coups; + Et nos préparatifs contre la Thessalie + Ont trop de quoi punir sa flamme et sa folie[1045]. + + CRÉON. + + Nous n'en viendrons pas là: regarde seulement 535 + A le payer d'estime et de remercîment. + Je voudrois pour tout autre un peu de raillerie: + Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie; + Mais le trône soutient la majesté des rois[1046] + Au-dessus du mépris, comme au-dessus des lois. 540 + On doit toujours respect au sceptre, à la couronne. + Remets tout, si tu veux, aux ordres que je donne; + Je saurai l'apaiser avec facilité, + Si tu ne te défends qu'avec civilité. + + +SCÈNE IV. + +JASON, CRÉUSE, CLÉONE. + + JASON. + + Que ne vous dois-je point pour cette préférence, 545 + Où mes desirs n'osoient porter mon espérance! + C'est bien me témoigner un amour infini, + De mépriser un roi pour un pauvre banni! + A toutes ses grandeurs préférer ma misère, + Tourner en ma faveur les volontés d'un père, 550 + Garantir mes enfants d'un exil rigoureux! + + CRÉUSE. + + Qu'a pu faire de moindre un courage amoureux? + La fortune a montré dedans votre naissance + Un trait de son envie, ou de son impuissance; + Elle devoit un sceptre au sang dont vous naissez? 555 + Et sans lui vos vertus le méritoient assez. + L'amour, qui n'a pu voir une telle injustice, + Supplée à son défaut, ou punit sa malice, + Et vous dorme, au plus fort de vos adversités, + Le sceptre que j'attends, et que vous méritez. 560 + La gloire m'en demeure; et les races futures + Comptant notre hyménée entre vos aventures, + Vanteront à jamais mon amour généreux, + Qui d'un si grand héros rompt le sort malheureux. + Après tout, cependant, riez de ma foiblesse: 565 + Prête de posséder le phénix de la Grèce, + La fleur de nos guerriers, le sang de tant de Dieux, + La robe de Médée a donné dans mes yeux. + Mon caprice, à son lustre attachant mon envie, + Sans elle trouve à dire au bonheur de ma vie: 570 + C'est ce qu'ont prétendu mes desseins relevés, + Pour le prix des enfants que je vous ai sauvés. + + JASON. + + Que ce prix est léger pour un si bon office! + Il y faut toutefois employer l'artifice: + Ma jalouse en fureur n'est pas femme à souffrir 575 + Que ma main l'en dépouille afin de vous l'offrir[1047]; + Des trésors dont son père épuise la Scythie, + C'est tout ce qu'elle a pris quand elle en est sortie. + + CRÉUSE. + + Qu'elle a fait un beau choix! jamais éclat pareil + Ne sema dans la nuit les clartés du soleil; 580 + Les perles avec l'or confusément mêlées, + Mille pierres de prix sur ses bords étalées, + D'un mélange divin éblouissent les yeux; + Jamais rien d'approchant ne se fit en ces[1048] lieux. + Pour moi, tout aussitôt que je l'en vis parée, 585 + Je ne fis plus d'état de la toison dorée; + Et dussiez-vous vous-même en être un peu jaloux, + J'en eus presques envie aussitôt que de vous. + Pour apaiser Médée et réparer sa perte, + L'épargne de mon père entièrement ouverte 590 + Lui met à l'abandon tous les trésors du Roi, + Pourvu que cette robe et Jason soient à moi. + + JASON. + + N'en doutez point, ma reine, elle vous est acquise. + Je vais chercher Nérine, et par son entremise + Obtenir de Médée avec dextérité 595 + Ce que refuseroit son courage irrité. + Pour elle, vous savez que j'en fuis les approches[1049]; + J'aurois peine à souffrir l'orgueil de ses reproches; + Et je me connois mal, ou dans notre entretien + Son courroux s'allumant allumeroit le mien. 600 + Je n'ai point un esprit complaisant à sa rage, + Jusques à supporter sans réplique un outrage; + Et ce seroient pour moi d'éternels déplaisirs[1050] + De reculer par là l'effet de vos desirs. + Mais, sans plus de discours, d'une maison voisine 605 + Je vais prendre le temps que sortira Nérine. + Souffrez, pour avancer votre contentement, + Que malgré mon amour je vous quitte un moment[1051]. + + CLÉONE. + + Madame, j'aperçois venir le roi d'Athènes. + + CRÉUSE. + + Allez donc, votre vue augmenteroit[1052] ses peines. 610 + + CLÉONE. + + Souvenez-vous de l'air dont il le faut traiter. + + CRÉUSE. + + Ma bouche accortement saura s'en acquitter. + + +SCÈNE V. + +ÆGÉE[1053], CRÉUSE, CLÉONE. + + ÆGÉE. + + Sur un bruit qui m'étonne et que je ne puis croire, + Madame, mon amour, jaloux de votre gloire, + Vient savoir s'il est vrai que vous soyez d'accord, 615 + Par un honteux hymen, de l'arrêt de ma mort[1054]. + Votre peuple en frémit, votre cour en murmure; + Et tout Corinthe enfin s'impute à grande injure + Qu'un fugitif, un traître, un meurtrier de rois, + Lui donne à l'avenir des princes et des lois; 620 + Il ne peut endurer que l'horreur de la Grèce + Pour prix de ses forfaits épouse sa princesse, + Et qu'il faille ajouter[1055] à vos titres d'honneur: + «Femme d'un assassin et d'un empoisonneur.» + + CRÉUSE. + + Laissez agir, grand roi, la raison sur votre âme, 625 + Et ne le chargez point des crimes de sa femme. + J'épouse un malheureux, et mon père y consent, + Mais prince, mais vaillant, et surtout innocent: + Non pas que je ne faille en cette préférence; + De votre rang au sien je sais la différence. 630 + Mais si vous connoissez l'amour et ses ardeurs, + Jamais pour son objet il ne prend les grandeurs: + Avouez que son feu n'en veut qu'à la personne, + Et qu'en moi vous n'aimiez rien moins que ma couronne. + Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer 635 + Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer[1056]; + Et souvent, sans raison, les objets de nos flammes + Frappent nos yeux ensemble et saisissent nos âmes. + Ainsi nous avons vu le souverain des Dieux, + Au mépris de Junon, aimer en ces bas lieux; 640 + Vénus quitter son Mars et négliger sa prise, + Tantôt pour Adonis, et tantôt pour Anchise; + Et c'est peut-être encore avec moins de raison + Que bien que vous m'aimiez, je me donne à Jason[1057]. + D'abord dans mon esprit vous eûtes ce partage: 645 + Je vous estimai plus, et l'aimai davantage. + + ÆGÉE. + + Gardez ces compliments pour de moins enflammés, + Et ne m'estimez point qu'autant que vous m'aimez. + Que me sert cet aveu d'une erreur volontaire? + Si vous croyez faillir, qui vous force à le faire? 650 + N'accusez point l'amour ni son aveuglement: + Quand on connoît sa faute, on manque doublement[1058]. + + CRÉUSE. + + Puis donc que vous trouvez la mienne inexcusable[1059], + Je ne veux plus, Seigneur, me confesser coupable[1060]. + L'amour de mon pays et le bien de l'État 655 + Me défendoient l'hymen d'un si grand potentat. + Il m'eût fallu soudain vous suivre en vos provinces, + Et priver mes sujets de l'aspect de leurs princes. + Votre sceptre pour moi n'est qu'un pompeux exil: + Que me sert son éclat? et que me donne-t-il? 660 + M'élève-t-il d'un rang plus haut que souveraine? + Et sans le posséder ne me vois-je pas reine[1061]? + Grâces aux immortels, dans ma condition + J'ai de quoi m'assouvir de cette ambition: + Je ne veux point changer mon sceptre contre un autre; + Je perdrois ma couronne en acceptant la vôtre. + Corinthe est bon sujet, mais il veut voir son roi, + Et d'un prince éloigné rejetteroit la loi. + Joignez à ces raisons qu'un père un peu sur l'âge, + Dont ma seule présence adoucit le veuvage, 670 + Ne sauroit se résoudre à séparer de lui + De ses débiles ans l'espérance et l'appui, + Et vous reconnoîtrez que je ne vous préfère + Que le bien de l'État, mon pays et mon père[1062]. + Voilà ce qui m'oblige au choix d'un autre époux; 675 + Mais comme ces raisons font peu d'effet sur vous, + Afin de redonner le repos à votre âme, + Souffrez que je vous quitte. + + ÆGÉE, seul. + + Allez, allez, Madame, + Étaler vos appas et vanter vos mépris + A l'infâme sorcier qui charme vos esprits. 680 + De cette indignité faites un mauvais conte; + Riez de mon ardeur, riez de votre honte; + Favorisez celui de tous vos courtisans + Qui raillera le mieux le déclin de mes ans: + Vous jouirez fort peu d'une telle insolence; 685 + Mon amour outragé court à la violence; + Mes vaisseaux à la rade, assez proches du port, + N'ont que trop de soldats à faire un coup d'effort. + La jeunesse me manque, et non pas le courage: + Les rois ne perdent point les forces avec l'âge; 690 + Et l'on verra, peut-être avant ce jour fini, + Ma passion vengée, et votre orgueil puni. + +FIN DU SECOND ACTE. + +FOOTNOTES: + + [997] _Var._ Mon courroux lui fait grâce, et tout léger qu'il est, + Notre première ardeur soutient son intérêt. (1639-57) + + [998] _Var._ Il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi. + (1639-64) + + [999] Il y a _qu'il l'arrache_ dans l'édition de 1682, mais + c'est certainement une faute d'impression. Il y en a une autre au + vers 371: _la perte_, pour _leur perte_. + + [1000] . . . . _Si potest, vivat meus, + Ut fuit, Jason; sin minus, vivat tamen, + Memorque nostri muneri parcat meo. + Culpa est Creontis tota_. . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + . . . . _Petatur solus hic; poenas luat + Quas debet._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 140-147.) + + [1001] Les éditions de 1664, 68 et 82 portent _contentez-vous_, + pour _contenez-vous_. Nous avons adopté néanmoins le texte des + éditions antérieures, qui offre seul un sens raisonnable. + + [1002] CREON. _Medea. . . . . . . . . . . . . . + Nondum meis exportat e regnis pedem?_ + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . _Fert gradum contra ferox, + Minaxque nostros propius affatus petit. + Arcete, famuli, tactu et accessu procul._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 179-188.) + + [1003] _Egredere, purga regna_ . . . . . . . + . . . . . . . . . . _libera cives metu._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 269, 270.) + + [1004] _Var._ Vous porte à me chasser avecque tant d'ardeur. + (1639-57) + + [1005] . . . . . . . . . . _Vade veloci via, + Monstrumque sævum, horribile jamdudum, avehe._ + MEDEA. _Quod crimen, aut quæ culpa mulctatur fuga[1005-a]?_ + CREON. _Quæ causa pellat, innocens mulier rogat._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 190-193.) + + [1005-a] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 284. + + [1006] _Var._ Repasse tes forfaits avecque tes erreurs. (1639-57) + + [1007] _Var._ Dont tes méchancetés te promettent l'entrée. (1639 + et 57) + + [1008] L'édition de 1639 donne _nous_, pour _vous_; c'est + évidemment une faute. + + [1009] _Var._ Bien qu'il eût mille fois mérité son supplice. + (1639-57) + + [1010] MEDEA. _Qui statuit aliquid parte inaudita altera, + Æquum licet statuerit, haud æquus fuit._ + CREON. _Auditus a te Pelia supplicium tulit?_ + + (Sénèque, _Médée_, vers 199-201.) + + [1011] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 474-480. + + [1012] _Var._ Contre le laboureur qui les avoit semés. (1639-57) + + [1013] _Var._ Vomissant mille traits de sa gueule enflammée. + (1639-57) + + [1014] _Var._ Si lors à mes devoirs mon desir limité. (1639) + + [1015] _Var._ Eût conservé ma honte et ma fidélité. (1639-57) + + [1016] _Decus illud ingens, Græciæ florem inclitum, + Præsidia achivæ gentis, et prolem Deum + Servasse memet: munus est Orpheus meum, + Qui suxa cantu mulcet et silvas trahit; + Geminumque munus Castor et Pollux meum est; + Satique Borea_ . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . _Nam ducum taceo ducem, + Pro quo nihil debetur; hunc nulli imputo: + Vobis revexi ceteros, unum mihi._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 226-235.) + + [1017] . . . . . . . . _Si placet, damna ream; + Sed redde crimen._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 245, 246.) + + [1018] _Var._ De me faire coupable et jouir de mon crime? + (1639-60) + + [1019] CREON. _I, querere Colchis._ MEDEA. _Redeo: qui advexit ferat._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 197.) + + [1020] . . . . . . . . _Cur sontes duos + Distinguis?_ + + (_Ibidem_, vers 275, 276.) + + [1021] _Potest Jason, si tuam causam amoves, + Suam tueri: nullus innocuum cruor + Contaminavit; abfuit ferro manus, + Proculque vestro purus a coetu stetit._ + + (_Ibidem_, vers 262-265.) + + [1022] _Var._ La séparant de toi, sa défense est facile. (1657) + + [1023] _Var._ Jamais il n'a prêté sa lame à tes desseins. (1639) + + [1024] _Var._ Rends-lui son innocence en t'éloignant d'ici; + Emporte avecque toi son crime et mon souci. (1639-57) + + [1025] . . . . . . . . . _Letales simul + Tecum aufer herbas._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 269, 270.) + + [1026] _Var._ Tout ce qui me fait craindre et rend Jason coupable. (1639-57) + _Var._ Et tout ce que jamais a fait Jason coupable. (1664) + + [1027] _Var._ C'est à son intérêt que ma savante audace. + (1639-57) + + [1028] . . . . . . . _Illi Pelia, non nobis jacet. + Fugam rapinasque adjice, desertum patrem + Lacerumque fratrem_. . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + _Toties nocens sum facta, sed nunquam mihi._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 276-280.) + + [1029] L'édition de 1682 donne, par erreur, _le_, pour _les_: + «Mais vous le saviez tous. + + [1030] _Talem sciebas esse, quum genua attigi, + Fidemque supplex præsidis dextra petii._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 247, 248.) + + [1031] _Var._ Ma main saignoit encor du meurtre de Pélie, + Quand dessous votre foi vous m'avez recueillie, + Et votre coeur, sensible à la compassion. (1639-57) + + [1032] Voyez plus loin, acte III, scène III, p. 383, note 3. + + [1033] MEDEA. _Supplex recedens illud extremum precor, + Ne culpa natos matris insontes trahat._ + CREON. _Vade, hos paterno, ut genitor, excipiam sinu._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 282-284.) + + [1034] _Var._ Si Créuse et Jason ainsi l'ont ordonné. (1639-57) + + [1035] _Unus parando dabitur exsilio dies._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 295.) + + --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 359. + + [1036] Voyez plus loin la note du vers 834. + + [1037] _Var._ Sa contestation se rendroit éternelle. (1639-57) + + [1038] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639. + + [1039] Les éditions de 1639-48 portent _submission_. + + [1040] _Var._ Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerre, + Ma fille: c'est demain qu'elle sort de ma terre. (1639-60) + + [1041] _Var._ Je ne crois pas, Monsieur, que ce vieux roi + d'Athènes. (1639-60) + + [1042] _Var._ Que ses premiers bouillons s'apaisent aisément. + (1639-57) + + [1043] Dans l'édition de 1682, on a imprimé par erreur: «dont + l'âge un peu sortable.»--Au vers 532, il y a une autre faute: + «Nous savons,» pour «Nous saurons.» + + [1044] _Var._ Et si dans sa colère il demeuroit entier, + Ma princesse, en tout cas, nous sommes du métier. (1639) + + [1045] _Var._ Ne sont que trop bastants à ranger sa folie. (1639) + + [1046] _Var._ Mais on ne traite point les rois avec mépris; + On leur doit du respect, quoi qu'ils aient entrepris: + Remets, si tu le veux, sur moi toute l'affaire; + Quelques raisons d'État le pourront satisfaire, + Et pour m'y préparer plus de facilité, + Surtout ne le reçois qu'avec civilité. (1639-57) + + [1047] _Var._ Qu'on la prenne en ses mains afin de vous l'offrir. + (1639) + + [1048] Les éditions de 1639-52 et de 1657 portent _ses_, pour + _ces_. + + [1049] _Var._ Pour elle, vous savez que je fuis ses approches: + Je ne m'expose point à ses vaines reproches. (1639-57) + + [1050] _Var._ Or jugez à quel point iroient mes déplaisirs. + (1639-57) + + [1051] _Var._ Que malgré notre amour je vous quitte un moment. + (1639) + + [1052] On lit _augmentera_, pour _augmenteroit_, dans l'édition + de 1682. + + [1053] Ce personnage est emprunté à Euripide, mais c'est + Corneille qui a eu la fâcheuse idée d'en faire le futur de Créuse + et au besoin de Médée. Voyez plus haut l'_Examen_, p. 335 et 336. + + [1054] _Var._ Par ce honteux hymen, de l'arrêt de ma mort. + (1639-57) + + [1055] L'édition de 1682 porte _ajuster_, pour _ajouter_. + + [1056] Voyez plus haut la Notice sur _la Comédie des Tuileries_, + p. 308 et 309. + + [1057] _Var._ Que bien que vous m'aimez, je me donne à Jason. + (1663-68) + + [1058] _Var._ Quand on connoît sa faute, on pèche doublement. + (1639-57) + + [1059] _Var._ Puis donc que vous trouvez ma faute inexcusable. + (1639, 44 et 52-57) + _Var._ Puisque vous trouvez donc ma faute inexcusable. (1648) + + [1060] _Var._ Je ne veux plus, Monsieur, me confesser coupable. + (1639-60) + + [1061] _Var._ Et sans le posséder suis-je pas déjà reine? + (1639-57) + + [1062] _Var._ [Que le bien de l'État, mon pays et mon père.] + ÆGÉE. Puisque mon mauvais sort à ce point me réduit, + Qu'au lieu de me servir, ma couronne me nuit, + Pour divertir l'effet de ce funeste oracle, + Je dépose à vos pieds ce précieux obstacle: + Madame, à mes sujets donnez un autre roi, + De tout ce que je suis ne retenez que moi. + Allez, sceptre, grandeurs, majesté, diadème: + Votre odieux éclat déplaît à ce que j'aime; + Je hais ce nom de roi qui s'oppose à mes voeux, + Et le titre d'esclave est le seul que je veux. + CRÉUSE. Sans plus vous emporter à cette complaisance, + Perdez mon souvenir avecque ma présence, + Et puisque mes raisons ont si peu de pouvoir, + Que votre émotion se redouble à me voir, + [Afin de redonner le repos à votre âme.] (1639-57) + + + + +ACTE III. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +NÉRINE. + + Malheureux instrument du malheur qui nous presse, + Que j'ai pitié de toi, déplorable princesse! + Avant que le soleil ait fait encore un tour, 695 + Ta perte inévitable achève ton amour[1063]. + Ton destin te trahit, et ta beauté fatale + Sous l'appas d'un hymen t'expose à ta rivale; + Ton sceptre est impuissant à vaincre son effort, + Et le jour de sa fuite est celui de ta mort[1064]. 700 + Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre: + Un mot du haut des cieux fait descendre le foudre; + Les mers, pour noyer tout, n'attendent que sa loi; + La terre offre à s'ouvrir sous le palais du Roi; + L'air tient les vents tous prêts à suivre sa colère, 705 + Tant la nature esclave a peur de lui déplaire; + Et si ce n'est assez de tous les éléments, + Les enfers vont sortir à ses commandements. + Moi, bien que mon devoir m'attache à son service, + Je lui prête à regret un silence complice: 710 + D'un louable desir mon coeur sollicité + Lui feroit avec joie une infidélité; + Mais loin de s'arrêter, sa rage découverte + A celle de Créuse ajouteroit ma perte; + Et mon funeste avis ne serviroit de rien 715 + Qu'à confondre mon sang dans les bouillons du sien. + D'un mouvement contraire à celui de mon âme, + La crainte de la mort m'ôte celle du blâme; + Et ma timidité s'efforce d'avancer[1065] + Ce que hors du péril je voudrois traverser. 720 + + +SCÈNE II. + +JASON, NÉRINE. + + JASON. + + Nérine, eh bien! que dit, que fait notre exilée[1066]? + Dans ton cher entretien s'est-elle consolée[1067]? + Veut-elle bien céder à la nécessité? + + NÉRINE. + + Je trouve en son chagrin moins d'animosité; + De moment en moment son âme plus humaine 725 + Abaisse sa colère, et rabat de sa haine: + Déjà son déplaisir ne vous[1068] veut plus de mal. + + JASON. + + Fais-lui prendre pour tous un sentiment égal. + Toi, qui de mon amour connoissois la tendresse, + Tu peux connoître aussi quelle douleur me presse. 730 + Je me sens déchirer le coeur à son départ: + Créuse en ses malheurs prend même quelque part, + Ses pleurs en ont coulé; Créon même en[1069] soupire, + Lui préfère à regret le bien de son empire; + Et si dans son adieu son coeur moins irrité 735 + En voulait mériter la libéralité[1070], + Si jusque-là Médée apaisoit ses menaces, + Qu'elle eût soin de partir avec ses bonnes grâces[1071], + Je sais (comme il est bon) que ses trésors ouverts + Lui seroient, sans réserve, entièrement offerts, 740 + Et malgré les malheurs où le sort l'a réduite, + Soulageroient sa peine et soutiendroient sa fuite. + + NÉRINE. + + Puisqu'il faut se résoudre à ce bannissement, + Il faut en adoucir le mécontentement. + Cette offre y peut servir, et par elle j'espère[1072], 745 + Avec un peu d'adresse, apaiser sa colère; + Mais d'ailleurs toutefois n'attendez rien de moi, + S'il faut prendre congé de Créuse et du Roi: + L'objet de votre amour et de sa jalousie + De toutes ses fureurs l'auroit tôt[1073] ressaisie. 750 + + JASON. + + Pour montrer sans les voir son courage apaisé, + Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé[1074]; + Et de si longue main je connois ta prudence, + Que je t'en fais sans peine entière confidence. + Créon bannit Médée, et ses ordres précis 755 + Dans son bannissement enveloppoient ses fils: + La pitié de Créuse a tant fait vers son père, + Qu'ils n'auront point de part au malheur de leur mère[1075]. + Elle lui doit par eux quelque remercîment; + Qu'un présent de sa part suive leur compliment: 760 + Sa robe, dont l'éclat sied mal à sa fortune, + Et n'est à son exil qu'une charge importune, + Lui gagneroit le coeur d'un prince libéral, + Et de tous ses trésors l'abandon général. + D'une vaine parure, inutile à sa peine[1076], 765 + Elle peut acquérir de quoi faire la Reine: + Créuse, ou je me trompe, en a quelque desir, + Et je ne pense pas qu'elle pût mieux choisir. + Mais la voici qui sort; souffre que je l'évite: + Ma rencontre la trouble, et mon aspect l'irrite[1077]. 770 + + +SCÈNE III. + +MÉDÉE, JASON, NÉRINE. + + MÉDÉE. + + Ne fuyez pas, Jason, de ces funestes lieux. + C'est à moi d'en partir: recevez mes adieux. + Accoutumée à fuir, l'exil m'est peu de chose; + Sa rigueur n'a pour moi de nouveau que sa cause. + C'est pour vous que j'ai fui, c'est vous qui me chassez. + Où me renvoyez-vous, si vous me bannissez? + Irai-je sur le Phase, où j'ai trahi mon père, + Apaiser de mon sang les mânes de mon frère? + Irai-je en Thessalie, où le meurtre d'un roi + Pour victime aujourd'hui ne demande que moi? 780 + Il n'est point de climat dont mon amour fatale + N'ait acquis à mon nom la haine générale; + Et ce qu'ont fait pour vous mon savoir et ma main + M'a fait un ennemi de tout le genre humain[1078]. + Ressouviens-t'en, ingrat; remets-toi dans la plaine 785 + Que ces taureaux affreux brûloient de leur haleine; + Revois ce champ guerrier dont les sacrés sillons + Élevoient contre toi de soudains bataillons; + Ce dragon qui jamais n'eut les paupières closes[1079]; + Et lors préfère-moi Créuse, si tu l'oses. 790 + Qu'ai-je épargné depuis qui fût en mon pouvoir[1080]? + Ai-je auprès de l'amour écouté mon devoir? + Pour jeter un obstacle à l'ardente poursuite + Dont mon père en fureur touchoit déjà ta fuite, + Semai-je avec regret mon frère par morceaux?[1081]? 795 + A ce funeste objet épandu sur les eaux[1082], + Mon père, trop sensible aux droits de la nature, + Quitta tous autres soins que de sa sépulture; + Et par ce nouveau crime émouvant sa pitié, + J'arrêtai les effets de son inimitié. 800 + Prodigue de mon sang, honte de ma famille[1083], + Aussi cruelle soeur que déloyale fille, + Ces titres glorieux plaisoient à mes amours; + Je les pris sans horreur pour conserver tes jours. + Alors, certes, alors mon mérite étoit rare; 805 + Tu n'étois point honteux d'une femme barbare. + Quand à ton père usé je rendis la vigueur, + J'avois encor tes voeux, j'étois encor ton coeur; + Mais cette affection, mourant avec Pélie, + Dans le même tombeau se vit ensevelie[1084]: 810 + L'ingratitude en l'âme, et l'impudence au front, + Une Scythe en ton lit te fut lors un affront; + Et moi, que tes desirs avoient tant souhaitée, + Le dragon assoupi, la toison emportée, + Ton tyran massacré, ton père rajeuni, 815 + Je devins un objet digne d'être banni. + Tes desseins achevés, j'ai mérité ta haine: + Il t'a fallu sortir d'une honteuse chaîne, + Et prendre une moitié qui n'a rien plus que moi, + Que le bandeau royal, que j'ai quitté pour toi. 820 + + JASON. + + Ah! que n'as-tu des yeux à lire dans mon âme, + Et voir les purs motifs de ma nouvelle flamme! + Les tendres sentiments d'un amour paternel + Pour sauver mes enfants me rendent criminel[1085], + Si l'on peut nommer crime un malheureux divorce 825 + Où le soin que j'ai d'eux me réduit et me force[1086]. + Toi-même, furieuse, ai-je peu fait pour toi + D'arracher ton trépas aux vengeances d'un roi? + Sans moi ton insolence alloit être punie; + A ma seule prière on ne t'a que bannie[1087]. 830 + C'est rendre la pareille à tes grands coups d'effort: + Tu m'as sauvé la vie, et j'empêche ta mort. + + MÉDÉE. + + On ne m'a que bannie! ô bonté souveraine! + C'est donc une faveur, et non pas une peine[1088]! + Je reçois une grâce au lieu d'un châtiment, 835 + Et mon exil encor doit un remercîment! + Ainsi l'avare soif du brigand assouvie, + Il s'impute à pitié de nous laisser la vie: + Quand il n'égorge point, il croit nous pardonner, + Et ce qu'il n'ôte pas, il pense le donner. 840 + + JASON. + + Tes discours, dont Créon de plus en plus s'offense, + Le forceroient enfin à quelque violence. + Éloigne-toi d'ici tandis qu'il t'est permis: + Les rois ne sont jamais de foibles ennemis. + + MÉDÉE. + + A travers tes conseils je vois assez ta ruse: 845 + Ce n'est là m'en donner qu'en faveur de Créuse. + Ton amour, déguisé d'un soin officieux, + D'un objet importun veut délivrer ses yeux. + + JASON. + + N'appelle point amour un change inévitable, + Où Créuse fait moins que le sort qui m'accable. 850 + + MÉDÉE. + + Peux-tu bien, sans rougir, désavouer tes feux? + + JASON. + + Eh bien, soit; ses attraits captivent tous mes voeux: + Toi qu'un amour furtif souilla de tant de crimes, + M'oses-tu reprocher des ardeurs légitimes? + + MÉDÉE. + + Oui, je te les reproche, et de plus.... + + JASON. + + Quels forfaits? 855 + + MÉDÉE. + + La trahison, le meurtre, et tous ceux que j'ai faits. + + JASON. + + Il manque encor ce point à mon sort déplorable, + Que de tes cruautés on me fasse coupable. + + MÉDÉE. + + Tu présumes en vain de t'en mettre à couvert: + Celui-là fait le crime à qui le crime sert. 860 + Que chacun, indigné contre ceux de ta femme, + La traite en ses discours de méchante et d'infâme: + Toi seul, dont ses forfaits ont fait tout le bonheur, + Tiens-la pour innocente, et défends son honneur. + + JASON. + + J'ai honte de ma vie, et je hais son usage, 865 + Depuis que je la dois aux effets de ta rage. + + MÉDÉE. + + La honte généreuse, et la haute vertu! + Puisque tu la hais tant, pourquoi la gardes-tu[1089]? + + JASON. + + Au bien de nos enfants, dont l'âge foible et tendre + Contre tant de malheurs ne sauroit se défendre: 870 + Deviens en leur faveur d'un naturel plus doux. + + MÉDÉE. + + Mon âme à leur sujet redouble son courroux. + Faut-il ce déshonneur pour comble à mes misères, + Qu'à mes enfants Créuse enfin donne des frères! + Tu vas mêler, impie, et mettre en rang pareil 875 + Des neveux de Sisyphe avec ceux du Soleil[1090]! + + JASON. + + Leur grandeur soutiendra la fortune des autres; + Créuse et ses enfants conserveront les nôtres[1091]. + + MÉDÉE. + + Je l'empêcherai bien, ce mélange odieux, + Qui déshonore ensemble et ma race et les Dieux. 880 + + JASON. + + Lassés de tant de maux, cédons à la fortune. + + MÉDÉE. + + Ce corps n'enferme pas une âme si commune; + Je n'ai jamais souffert qu'elle me fît la loi, + Et toujours ma fortune a dépendu de moi[1092]. + + JASON. + + La peur que j'ai d'un sceptre.... + + MÉDÉE. + + Ah! coeur rempli de feinte, + Tu masques tes desirs d'un faux titre de crainte[1093]: + Un sceptre est l'objet seul qui fait ton nouveau choix[1094]. + + JASON. + + Veux-tu que je m'expose aux haines de deux rois, + Et que mon imprudence attire sur nos têtes, + D'un et d'autre côté, de nouvelles tempêtes? 890 + + MÉDÉE. + + Fuis-les, fuis-les tous deux; suis Médée à ton tour, + Et garde au moins ta foi, si tu n'as plus d'amour. + + JASON. + + Il est aisé de fuir; mais il n'est pas facile + Contre deux rois aigris de trouver un asile. + Qui leur résistera, s'ils viennent à s'unir? 895 + + MÉDÉE. + + Qui me résistera, si je te veux punir[1095], + Déloyal? Auprès d'eux crains-tu si peu Médée? + Que toute leur puissance, en armes débordée, + Dispute contre moi ton coeur qu'ils m'ont surpris, + Et ne sois du combat que le juge et le prix! 900 + Joins-leur, si tu le veux, mon père et la Scythie: + En moi seule ils n'auront que trop forte partie[1096]. + Bornes-tu mon pouvoir à celui des humains? + Contre eux, quand il me plaît, j'arme leurs propres mains; + Tu le sais, tu l'as vu, quand ces fils de la Terre 905 + Par leurs coups mutuels terminèrent leur guerre. + Misérable! je puis adoucir des taureaux; + La flamme m'obéit, et je commande aux eaux[1097]; + L'enfer tremble, et les cieux, sitôt que je les nomme: + Et je ne puis toucher les volontés d'un homme! 910 + Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté[1098]; + Je ne m'offense plus de ta légèreté: + Je sens à tes regards décroître ma colère; + De moment en moment ma fureur se modère; + Et je cours sans regret à mon bannissement, 915 + Puisque j'en vois sortir ton établissement. + Je n'ai plus qu'une grâce à demander ensuite: + Souffre que mes enfants accompagnent ma fuite[1099]; + Que je t'admire encore en chacun de leurs traits, + Que je t'aime et te baise en ces petits portraits; 920 + Et que leur cher objet, entretenant ma flamme, + Te présente à mes yeux aussi bien qu'à mon âme. + + JASON. + + Ah! reprends ta colère, elle a moins de rigueur. + M'enlever mes enfants, c'est m'arracher le coeur; + Et Jupiter tout prêt à m'écraser du foudre, 925 + Mon trépas à la main, ne pourroit m'y résoudre[1100]. + C'est pour eux que je change; et la Parque, sans eux, + Seule de notre hymen pourroit rompre les noeuds[1101]. + + MÉDÉE. + + Cet amour paternel, qui te fournit d'excuses, + Me fait souffrir aussi que tu me les refuses: 930 + Je ne t'en presse plus, et, prête à me bannir, + Je ne veux plus de toi qu'un léger souvenir! + + JASON. + + Ton amour vertueux fait ma plus grande gloire: + Ce seroit me trahir qu'en perdre la mémoire; + Et le mien envers toi, qui demeure éternel, 935 + T'en laisse en cet adieu le serment solennel. + + Puissent briser mon chef les traits les plus sévères + Que lancent des grands Dieux les plus âpres colères[1102]; + Qu'ils s'unissent ensemble afin de me punir. + Si je ne perds la vie avant ton souvenir! 940 + + +SCÈNE IV. + +MÉDÉE, NÉRINE. + + MÉDÉE. + + J'y donnerai bon ordre: il est en ta puissance + D'oublier mon amour, mais non pas ma vengeance; + Je la saurai graver en tes esprits glacés + Par des coups trop profonds pour en être effacés. + + Il aime ses enfants, ce courage inflexible: 945 + Son foible est découvert; par eux il est sensible; + Par eux mon bras, armé d'une juste rigueur, + Va trouver des chemins à lui percer le coeur[1103]. + + NÉRINE. + + Madame, épargnez-les, épargnez vos entrailles; + N'avancez point par là vos propres funérailles[1104]: 950 + Contre un sang innocent pourquoi vous irriter, + Si Créuse en vos lacs se vient précipiter? + Elle-même s'y jette, et Jason vous la livre. + + MÉDÉE. + + Tu flattes mes desirs. + + NÉRINE. + + Que je cesse de vivre, + Si ce que je vous dis n'est pure vérité[1105]! 955 + + MÉDÉE. + + Ah! ne me tiens donc plus l'âme en perplexité! + + NÉRINE. + + Madame, il faut garder que quelqu'un ne nous voie, + Et du palais du Roi découvre notre joie: + Un dessein éventé succède rarement. + + MÉDÉE. + + Rentrons donc, et mettons nos secrets sûrement. 960 + +FIN DU TROISIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [1063] L'édition de 1682 porte, par erreur: «tout amour,» pour + «ton amour.» + + [1064] _Var._ [Et le jour de sa fuite est celui de ta mort.] + Celle qui de son fils saoula le roi de Thrace + Eut bien moins que Médée et de rage et d'audace. + Seule égale à soi-même en sa vaste fureur, + Ses projets les plus doux me font trembler d'horreur. + [Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre.] (1639-57) + + [1065] _Var._ Ma peur me fait fidèle et tâche d'avancer + Les desseins que je veux et n'ose traverser. (1639-57) + + [1066] _Var._ Nérine, eh bien! que fait notre pauvre exilée? + (1639-60) + + [1067] _Var._ Tes sages entretiens l'ont-ils point consolée? + Ne peut-elle céder à la nécessité? + NÉR. Elle a bien refroidi son animosité. (1639-57) + + [1068] Les éditions de 1663-82, au lieu de _vous_, portent + _nous_, qui n'offre point ici un sens satisfaisant. Thomas + Corneille a rétabli le _vous_ en 1692. + + [1069] _En_ est omis dans l'édition de 1682. + + [1070] _Var._ Pouvoit laisser agir sa libéralité. (1639-64) + + [1071] _Var._ Qu'elle voulût partir avec ses bonnes grâces. + (1639-64) + + [1072] On lit _cet offre_, pour _cette offre_, dans les éditions + de 1663-82; mais la fin du vers: «et par _elle_ j'espère,» montre + que c'est une faute. + + [1073] On a imprimé _trop_, pour _tôt_, dans l'édition de 1682. + + [1074] _Var._ [Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé;] + Mais puis-je m'assurer dessus ta confidence? + Oui, de trop longue main je connois ta prudence. + On a banni Médée, et Créon tout d'un temps + Joignoit à son exil celui de ses enfants: + [La pitié de Créuse a tant fait vers son père.] (1639-57) + + [1075] _Var._ Qu'ils n'auront point de part aux malheurs de leur + mère. (1639) + + [1076] _Var._ Elle peut aisément d'une chose inutile + Semer pour sa retraite une terre fertile. (1639-57) + + [1077] _Var._ Puisqu'à mon seul aspect je la vois qui + s'irrite[1077-a]. (1639-57) + + [1077-a] _Atque ecce, viso memet, exsiluit, furit._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 445.) + + [1078] _Fugimus, Iason, fugimus: hoc non est novum, + Mutare sedes; causa fugiendi nova est. + Pro te solebam fugere. Discedo, exeo. + Penatibus profugere quam cogis tuis, + Ad quos remittis? Phasin et Colchos petam, + Patriumque regnum, quæque fraternus cruor + Perfudit arva?_ . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + _Parvamne Iolcon, Thessala an Tempe petam? + Quascumque aperui tibi vias, clusi mihi._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 447-458.) + + --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 390-392 et vers 361-365. + + [1079] . . . . . . . . . _Ingratum caput! + Revolvat animus igneos tauri halitus_, + . . . . . . . . . . . . . . . . . . + _Hostisque subiti tela, quum jussu meo + Terrigena miles mutua cæde occidit_, + . . . . . . . . . . . . . . . . . . + _Somnoque jussum lumina ignoto dare + Insomne monstrum._ + + (_Ibidem_, vers 465-473.) + + [1080] _Var._ Qu'ai-je épargné depuis qui fût à mon pouvoir? + (1652-57) + + [1081] . . . . . . . . . . . . _Comes + Divisus ense, funus ingestum patri, + Sparsumque ponto corpus...._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 131-133.) + + [1082] _Var._ A cet objet piteux épandu sur les eaux. (1639-57) + + [1083] _Var._ Bourrelle de mon sang, honte de ma famille. + (1639-57) + + [1084] _Var._ Sous un même tombeau se vit ensevelie. (1639-57) + + [1085] . . . . . . . _Non timor vincit virum, + Sed trepida pietas; quippe sequeretur necem + Proles parentum. . . . . . . . . . . . . . + Nati patrem vicere._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 437-441.) + + [1086] _Var._ Où le soin que j'ai d'eux me range à toute force. + (1639) + + [1087] _Perimere quum te vellet infestus Creo, + Lacrimis meis evictus, exsilium dedit._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 490, 491.) + + [1088] _Poenam putabam; munus, ut video, est fuga._ + + (_Ibidem_, vers 492.) + + [1089] _Var._ Si tu la hais si fort, pourquoi la gardes-tu? + (1639-57) + + [1090] _Var._ Les neveux de Sisyphe avec ceux du Soleil. + (1639-60) + + [1091] JASON. _Dum licet abire, profuge, teque hinc eripe: + Gravis ira regum est semper._ MEDEA. _Hoc suades mihi, + Præstas Creusæ: pellicem invisam amoves._ + JASON. _Medea amores obicit?_ MEDEA. _Et cædem, et dolos._ + JASON. _Objicere crimen quod potes tandem mihi?_ + MEDEA. _Quodcumque feci._ JASON. _Restat hoc unum insuper, + Tuis ut etiam sceleribus fiam nocens._ + MEDEA. _Tua illa, tua sunt illa: cui prodest scelus + Is fecit. Omnes conjugem infamem arguant; + Solus tuere, solus insontem voca: + Tibi innocens sit, quisquis est pro te nocens_[1091-a]. + JASON. _Ingrata vita est cujus acceptæ pudet._ + MEDEA. _Retinenda non est cujus acceptæ pudet._ + JASON. _Quin potius ira concitum pectus doma: + Placare natis._ MEDEA. _Abdico, ejuro, abnuo. + Meis Creusa liberis fratres dabit?_ + JASON. _Regina natis exsulum, afflictis potens._ + MEDEA. _Non veniat unquam tam malus miseris dies + Qui prole foeda misceat prolem inclitam:_ + _Phoebi nepotes Sisyphi nepotibus._ + JASON. _Quid, misera, meque teque in exitium trahis? + Abscede, quæso._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 493-514.) + + --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 408-410 et 564, 565. + + [1091-a] Médée dit de même à Jason dans Ovide: + + _Ut culpent alii, tibi me laudare necesse est, + Pro quo sum toties esse coacta nocens._ + + (_Héroides_, XII, vers 131, 132.) + + [1092] . . . . . JASON. _Cedo defessus malis; + Et ipsa casus sæpe jam expertos time._ + MEDEA. _Fortuna semper omnis infra me stetit._ + + (_Ibidem_, vers 518-520.) + + [1093] _Var._ [Tu masques tes desirs d'un faux titre de crainte:] + Un sceptre pour ton change a seul de vrais appas. + JAS. Vois l'état où je suis: j'ai deux rois sur les bras, + Acaste à la campagne, et Créon dans la ville: + Que leur puis-je opposer qu'un courage inutile? + MÉD. Fuis-les tous deux pour moi; suis Médée à ton tour; + Sauve ton innocence avecque ton amour; + Fais-les, je n'arme pas ta dextre sanguinaire + Ni contre ton parent, ni contre ton beau-père. + JAS. [Qui leur résistera, s'ils viennent à s'unir?] (1639-57) + + [1094] JASON. _Alta extimesco sceptra._ MEDEA. _Ne cupias vide._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 529) + + [1095] Les éditions de 1639, de 1644 et de 1652-64 ponctuent + ainsi ce vers et le suivant: + + Qui me résistera si je te veux punir? + Déloyal, auprès d'eux crains-tu si peu Médée? + + [1096] JASON. _Acastus instat; propior est hostis Creo._ + MEDEA. _Utrumque profuge_. . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . _Innocens mecum fuge._ + JASON. _Et quis resistet, gemina si bella ingruant, + Creo atque Acastus arma si jungant sua?_ + MEDEA. _His adice Colchos, adjice Æten ducem, + Scythas Pelasgis junge: demersos dabo._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 521-528.) + + [1097] _Var._ [La flamme m'obéit, et je commande aux eaux:] + Et je ne puis chasser le feu qui me consomme, + Ni toucher tant soit peu les volontés d'un homme! (1639) + + [1098] Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté, + + n'est point imité de Sénèque; et Racine en cet endroit s'est + rencontré avec Corneille, quand il fait dire à Roxane: + + Écoutez, Bajazet, je sens que je vous aime, etc. + + (_Bajazet_, acte II, scène I.) + + La situation et la passion amènent souvent des sentiments et des + expressions qui se ressemblent sans qu'elles soient imitées. + (Voltaire.) + + [1099] . . . . . . . _Liberos tantum fugæ + Habere comites liceat._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 541, 542.) + + --Dans Euripide, au contraire (vers 929, 930), Médée demande pour + ses enfants la faveur de rester à Corinthe. + + [1100] _Parere precibus cupere me fateor tuis: + Pietas vetat; namque istud ut possim pati, + Non ipse memet cogat et rex et socer._ + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . _Spiritu citius queam + Carere, membris, luce._ + + (_Ibidem_, vers 544-549.) + + [1101] _Var._ Seule eût de notre hymen rompu les chastes noeuds. + (1639) + + [1102] _Var._ Qu'élancent des grands Dieux les plus âpres + colères. (1639) + + [1103] . . . . . . . . . _Sic natos amat? + Bene est: tenetur. Vulneri patuit locus._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 549, 550.) + + --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 813. + + [1104] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 1036, 1037. + + [1105] _Var._ Si je vous ai rien dit contre la vérité! (1639-60) + + + + +ACTE IV. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +MÉDÉE, NÉRINE. + + MÉDÉE, seule dans sa grotte magique[1106]. + + C'est trop peu de Jason, que ton oeil me dérobe, + C'est trop peu de mon lit: tu veux encor ma robe, + Rivale insatiable, et c'est encor trop peu, + Si, la force à la main, tu l'as sans mon aveu: + Il faut que par moi-même elle te soit offerte, 965 + Que perdant mes enfants, j'achète encor leur perte; + Il en faut un hommage à tes divins attraits, + Et des remercîments au vol que tu me fais. + Tu l'auras: mon refus seroit un nouveau crime: + Mais je t'en veux parer pour être ma victime, 970 + Et sous un faux semblant de libéralité, + Soûler et ma vengeance et ton avidité. + Le charme est achevé, tu peux entrer, Nérine. + +(Nérine sort, et Médée continue[1107].) + + Mes maux dans ces poisons trouvent leur médecine: + Vois combien de serpents à mon commandement 975 + D'Afrique jusqu'ici n'ont tardé qu'un moment, + Et contraints d'obéir à mes charmes[1108] funestes, + Ont sur ce don fatal vomi toutes leurs pestes[1109]. + L'amour à tous mes sens ne fut jamais si doux + Que ce triste appareil à mon esprit jaloux. 980 + Ces herbes ne sont pas d'une vertu commune: + Moi-même en les cueillant je fis pâlir la lune, + Quand, les cheveux flottants, le bras et le pied nu, + J'en dépouillai jadis un climat inconnu. + Vois mille autres[1110] venins: cette liqueur épaisse 985 + Mêle du sang de l'hydre avec celui de Nesse[1111]; + Python eut cette langue; et ce plumage noir + Est celui qu'une harpie[1112] en fuyant laissa choir[1113]; + Par ce tison Althée assouvit sa colère, + Trop pitoyable soeur et trop cruelle mère[1114]; 990 + Ce feu tomba du ciel avecque Phaéthon, + Cet autre vient des flots du pierreux Phlégéthon; + Et celui-ci jadis remplit en nos contrées + Des taureaux de Vulcain les gorges ensoufrées[1115]. + Enfin, tu ne vois là poudres, racines, eaux, 995 + Dont le pouvoir mortel n'ouvrît mille tombeaux: + Ce présent déceptif[1116] a bu toute leur force, + Et bien mieux que mon bras vengera mon divorce. + Mes tyrans par leur perte apprendront que jamais[1117].... + Mais d'où vient ce grand bruit que j'entends au palais? + + NÉRINE. + + Du bonheur de Jason, et du malheur d'Ægée: + Madame, peu s'en faut qu'il ne vous ait vengée. + Ce généreux vieillard, ne pouvant supporter[1118] + Qu'on lui vole à ses yeux ce qu'il croit mériter, + Et que sur sa couronne et sa persévérance 1005 + L'exil de votre époux ait eu la préférence, + A tâché par la force à repousser l'affront + Que ce nouvel hymen lui porte sur le front. + Comme cette beauté, pour lui toute de glace, + Sur les bords de la mer contemploit la bonace, 1010 + Il la voit mal suivie, et prend un si beau temps + A rendre ses desirs et les vôtres contents. + De ses meilleurs soldats une troupe choisie + Enferme la princesse, et sert sa jalousie[1119]; + L'effroi qui la surprend la jette en pâmoison; 1015 + Et tout ce qu'elle peut, c'est de nommer Jason. + Ses gardes à l'abord font quelque résistance, + Et le peuple leur prête une foible assistance; + Mais l'obstacle léger de ces débiles coeurs + Laissoit honteusement Créuse à leurs vainqueurs: 1020 + Déjà presque en leur bord elle étoit enlevée.... + + MÉDÉE. + + Je devine la fin, mon traître l'a sauvée[1120]. + + NÉRINE. + + Oui, Madame, et de plus Ægée est prisonnier: + Votre époux à son myrte ajoute ce laurier; + Mais apprenez comment. + + MÉDÉE. + + N'en dis pas davantage: 1025 + Je ne veux point savoir ce qu'a fait son courage; + Il suffit que son bras a travaillé pour nous, + Et rend une victime à mon juste courroux. + Nérine, mes douleurs auroient peu d'allégeance, + Si cet enlèvement l'ôtoit à ma vengeance; 1030 + Pour quitter son pays en est-on malheureux? + Ce n'est pas son exil, c'est sa mort que je veux. + Elle auroit trop d'honneur de n'avoir que ma peine, + Et de verser des pleurs pour être deux fois reine. + Tant d'invisibles feux enfermés dans ce don, 1035 + Que d'un titre plus vrai j'appelle ma rançon, + Produiront des effets bien plus doux à ma haine. + + NÉRINE. + + Par là vous vous vengez, et sa perte est certaine: + Mais contre la fureur de son père irrité + Où pensez-vous trouver un lieu de sûreté? 1040 + + MÉDÉE. + + Si la prison d'Ægée a suivi sa défaite, + Tu peux voir qu'en l'ouvrant je m'ouvre une retraite[1121], + Et que ses fers brisés, malgré leurs attentats[1122], + A ma protection engagent ses États. + Dépêche seulement, et cours vers ma rivale 1045 + Lui porter de ma part cette robe fatale: + Mène-lui mes enfants, et fais-les, si tu peux, + Présenter par leur père à l'objet de ses voeux. + + NÉRINE. + + Mais, Madame, porter cette robe empestée, + Que de tant de poisons vous avez infectée, 1050 + C'est pour votre Nérine un trop funeste emploi: + Avant que sur Créuse ils agiroient sur moi. + + MÉDÉE. + + Ne crains pas leur vertu, mon charme la modère, + Et lui défend d'agir que sur elle et son père. + Pour un si grand effet prends un coeur plus hardi, 1055 + Et sans me répliquer, fais ce que je te di. + + +SCÈNE II. + +CRÉON, POLLUX, SOLDATS. + + CRÉON. + + Nous devons bien chérir cette valeur parfaite + Qui de nos ravisseurs nous donne la défaite. + Invincible héros, c'est à votre secours + Que je dois désormais le bonheur de mes jours; 1060 + C'est vous seul aujourd'hui dont la main vengeresse[1123] + Rend à Créon sa fille, à Jason sa maîtresse, + Met Ægée en prison et son orgueil à bas, + Et fait mordre la terre à ses meilleurs soldats. + + POLLUX. + + Grand Roi, l'heureux succès de cette délivrance 1065 + Vous est beaucoup mieux dû qu'à mon peu de vaillance. + C'est vous seul et Jason, dont les bras indomptés + Portoient avec effroi la mort de tous côtés; + Pareils à deux lions dont l'ardente furie + Dépeuple en un moment toute une bergerie. 1070 + L'exemple glorieux de vos faits plus qu'humains + Échauffoit mon courage et conduisoit mes mains: + J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles[1124], + Qui laissoient à mon bras tant d'illustres modèles. + Pourroit-on reculer en combattant sous vous, 1075 + Et n'avoir point de coeur à seconder vos coups? + + CRÉON. + + Votre valeur, qui souffre en cette repartie, + Ote toute croyance à votre modestie: + Mais puisque le refus d'un honneur mérité + N'est pas un petit trait de générosité, 1080 + Je vous laisse en jouir. Auteur de la victoire, + Ainsi qu'il vous plaira, départez-en la gloire: + Comme elle est votre bien, vous pouvez la donner. + Que prudemment les Dieux savent tout ordonner! + Voyez, brave guerrier, comme votre arrivée 1085 + Au jour de nos malheurs se trouve réservée, + Et qu'au point que le sort osoit nous menacer, + Ils nous ont envoyé de quoi le terrasser. + Digne sang de leur roi, demi-dieu magnanime, + Dont la vertu ne peut recevoir trop d'estime, 1090 + Qu'avons-nous plus à craindre? et quel destin jaloux, + Tant que nous vous aurons, s'osera prendre à nous? + + POLLUX. + + Appréhendez pourtant, grand prince. + + CRÉON. + + Et quoi? + + POLLUX. + + Médée, + Qui par vous de son lit se voit dépossédée. + Je crains qu'il ne vous soit malaisé d'empêcher 1095 + Qu'un gendre valeureux ne vous coûte bien cher. + Après l'assassinat d'un monarque et d'un frère, + Peut-il être de sang qu'elle épargne ou révère? + Accoutumée au meurtre, et savante en poison, + Voyez ce qu'elle a fait pour acquérir Jason; 1100 + Et ne présumez pas, quoi que Jason vous die, + Que pour le conserver elle soit moins hardie. + + CRÉON. + + C'est de quoi mon esprit n'est plus inquiété; + Par son bannissement j'ai fait ma sûreté; + Elle n'a que fureur et que vengeance en l'âme: 1105 + Mais en si peu de temps que peut faire une femme? + Je n'ai prescrit qu'un jour de terme à son départ. + + POLLUX. + + C'est peu pour une femme, et beaucoup pour son art: + Sur le pouvoir humain ne réglez pas les charmes[1125]. + + CRÉON. + + Quelques[1126] puissants qu'ils soient, je n'en ai point d'alarmes; + Et quand bien ce délai devroit tout hasarder, + Ma parole est donnée, et je la veux garder. + + +SCÈNE III. + +CRÉON, POLLUX, CLÉONE. + + CRÉON. + + Que font nos deux amants, Cléone? + + CLÉONE. + + La princesse[1127], + Seigneur, près de Jason reprend son allégresse; + Et ce qui sert beaucoup à son contentement, 1115 + C'est de voir que Médée est sans ressentiment. + + CRÉON. + + Et quel Dieu si propice a calmé son courage? + + CLÉONE. + + Jason, et ses enfants, qu'elle vous laisse en gage. + La grâce que pour eux Madame obtient de vous + A calmé les transports de son esprit jaloux. 1120 + Le plus riche présent qui fût en sa puissance + A ses[1128] remercîments joint sa reconnoissance. + Sa robe sans pareille, et sur qui nous voyons + Du Soleil son aïeul briller mille rayons, + Que la princesse même avoit tant souhaitée, 1125 + Par ces petits héros lui vient d'être apportée[1129], + Et fait voir clairement les merveilleux effets + Qu'en un coeur irrité produisent les bienfaits. + + CRÉON. + + Eh bien, qu'en dites-vous? Qu'avons-nous plus à craindre? + + POLLUX. + + Si vous ne craignez rien, que je vous trouve à plaindre! + + CRÉON. + + Un si rare présent montre un esprit remis. + + POLLUX. + + J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis[1130]: + Ils font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes. + Je connois de Médée et l'esprit et les charmes, + Et veux bien m'exposer aux plus cruels trépas, 1135 + Si ce rare présent n'est un mortel appas. + + CRÉON. + + Ses enfants si chéris, qui nous servent d'otages, + Nous peuvent-ils laisser quelque sorte d'ombrages[1131]? + + POLLUX. + + Peut-être que contre eux s'étend sa trahison, + Qu'elle ne les prend plus que pour ceux de Jason, 1140 + Et qu'elle s'imagine, en haine de leur père, + Que n'étant plus sa femme, elle n'est plus leur mère. + Renvoyez-lui, Seigneur, ce don pernicieux[1132], + Et ne vous chargez point d'un poison précieux. + + CLÉONE. + + Madame cependant en est toute ravie, 1145 + Et de s'en voir parée elle brûle d'envie. + + POLLUX. + + Où le péril égale et passe le plaisir, + Il faut se faire force, et vaincre son desir. + Jason, dans son amour, a trop de complaisance + De souffrir qu'un tel don s'accepte en sa présence. 1150 + + CRÉON. + + Sans rien mettre au hasard, je saurai dextrement + Accorder vos soupçons et son contentement. + Nous verrons, dès ce soir, sur une criminelle, + Si ce présent nous cache une embûche mortelle. + Nise, pour ses forfaits destinée à mourir, 1155 + Ne peut par cette épreuve injustement périr: + Heureuse, si sa mort nous rendoit ce service, + De nous en découvrir le funeste artifice! + Allons-y de ce pas, et ne consumons plus + De temps ni de discours en débats superflus. 1160 + + +SCÈNE IV. + +ÆGÉE, en prison[1133]. + + Demeure affreuse des coupables, + Lieux maudits, funeste séjour, + Dont jamais avant mon amour[1134] + Les sceptres n'ont été capables, + Redoublez puissamment votre mortel effroi, 1165 + Et joignez à mes maux une si vive atteinte, + Que mon âme chassée, ou s'enfuyant de crainte, + Dérobe à mes vainqueurs le supplice d'un roi. + + Le triste bonheur où j'aspire! + Je ne veux que hâter ma mort, 1170 + Et n'accuse mon mauvais sort + Que de souffrir que je respire. + Puisqu'il me faut mourir, que je meure à mon choix; + Le coup m'en sera doux, s'il est sans infamie: + Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie, 1175 + C'est mourir, pour un roi, beaucoup plus d'une fois[1135]. + + Malheureux prince, on te méprise[1136] + Quand tu t'arrêtes à servir: + Si tu t'efforces de ravir, + Ta prison suit ton entreprise. 1180 + Ton amour qu'on dédaigne et ton vain attentat + D'un éternel affront vont souiller ta mémoire: + L'un t'a déjà coûté ton repos et ta gloire; + L'autre va te coûter ta vie et ton État[1137]. + + Destin, qui punis mon audace, 1185 + Tu n'as que de justes rigueurs; + Et s'il est d'assez tendres coeurs + Pour compatir à ma disgrâce, + Mon feu de leur tendresse étouffe la moitié, + Puisqu'à bien comparer mes fers avec ma flamme[1138], 1190 + Un vieillard amoureux mérite plus de blâme + Qu'un monarque en prison n'est digne de pitié. + + Cruel auteur de ma misère, + Peste des coeurs, tyran des rois, + Dont les impérieuses lois 1195 + N'épargnent pas même ta mère, + Amour, contre Jason tourne ton trait fatal; + Au pouvoir de tes dards je remets ma vengeance: + Atterre son orgueil, et montre ta puissance + A perdre également l'un et l'autre rival. 1200 + + Qu'une implacable jalousie + Suive son nuptial flambeau; + Que sans cesse un objet nouveau + S'empare de sa fantaisie; + Que Corinthe à sa vue accepte un autre roi; 1205 + Qu'il puisse voir sa race à ses yeux égorgée; + Et pour dernier malheur, qu'il ait le sort d'Ægée, + Et devienne à mon âge amoureux comme moi! + + +SCÈNE V. + +ÆGÉE, MÉDÉE[1139]. + + ÆGÉE. + + Mais d'où vient ce bruit sourd? quelle pâle lumière + Dissipe ces horreurs et frappe ma paupière? 1210 + Mortel, qui que tu sois, détourne ici tes pas, + Et de grâce m'apprends l'arrêt de mon trépas, + L'heure, le lieu, le genre; et si ton coeur sensible + A la compassion peut se rendre accessible, + Donne-moi les moyens d'un généreux effort 1215 + Qui des mains des bourreaux affranchisse ma mort. + + MÉDÉE. + + Je viens l'en affranchir: ne craignez plus, grand prince; + Ne pensez qu'à revoir votre chère province. + +(Elle donne un coup de baguette sur la porte de la prison, qui s'ouvre +aussitôt, et en ayant tiré Ægée, elle en donne encore un sur ses fers, +qui tombent[1140].) + + Ni grilles ni verrous ne tiennent contre moi[1141]. + Cessez, indignes fers, de captiver un roi: 1220 + Est-ce à vous à presser les bras d'un tel monarque? + Et vous, reconnoissez Médée à cette marque, + Et fuyez un tyran dont le forcènement + Joindroit votre supplice à mon bannissement: + Avec la liberté reprenez le courage. 1225 + + ÆGÉE. + + Je les reprends tous deux pour vous en faire hommage. + Princesse, de qui l'art propice aux malheureux + Oppose un tel miracle à mon sort rigoureux, + Disposez de ma vie, et du sceptre d'Athènes: + Je dois et l'une et l'autre à qui brise mes chaînes[1142]. 1230 + Si votre heureux secours me tire de danger[1143], + Je ne veux en sortir qu'afin de vous venger; + Et si je puis jamais avec votre assistance + Arriver jusqu'aux lieux de mon obéissance, + Vous me verrez, suivi de mille bataillons, 1235 + Sur ces murs renversés planter mes pavillons[1144], + Punir leur traître roi de vous avoir bannie, + Dedans le sang des siens noyer sa tyrannie, + Et remettre en vos mains et Créuse et Jason, + Pour venger votre exil plutôt que ma prison. 1240 + + MÉDÉE. + + Je veux une vengeance et plus haute et plus prompte; + Ne l'entreprenez pas, votre offre me fait honte: + Emprunter le secours d'aucun pouvoir humain, + D'un reproche éternel diffameroit ma main. + En est-il, après tout, aucun qui ne me cède? 1245 + Qui force la nature, a-t-il besoin qu'on l'aide? + Laissez-moi le souci de venger mes ennuis, + Et par ce que j'ai fait jugez ce que je puis; + L'ordre en est tout donné, n'en soyez point en peine: + C'est demain, que mon art fait triompher ma haine; 1250 + Demain je suis Médée, et je tire raison + De mon bannissement et de votre prison. + + ÆGÉE. + + Quoi! Madame, faut-il que mon peu de puissance + Empêche les devoirs de ma reconnoissance[1145]? + Mon sceptre ne peut-il être employé pour vous? 1255 + Et vous serai-je ingrat autant que votre époux? + + MÉDÉE. + + Si je vous ai servi, tout ce que j'en souhaite, + C'est de trouver chez vous une sûre retraite[1146], + Où de mes ennemis menaces ni présents + Ne puissent plus troubler le repos de mes ans; 1260 + Non pas que je les craigne: eux et toute la terre + A leur confusion me livreroient la guerre; + Mais je hais ce désordre, et n'aime pas à voir + Qu'il me faille pour vivre user de mon savoir. + + ÆGÉE. + + L'honneur de recevoir une si grande hôtesse 1265 + De mes malheurs passés efface la tristesse. + Disposez d'un pays qui vivra sous vos lois, + Si vous l'aimez assez pour lui donner des rois: + Si mes ans ne vous font mépriser ma personne, + Vous y partagerez mon lit et ma couronne; 1270 + Sinon, sur mes sujets faites état d'avoir, + Ainsi que sur moi-même, un absolu pouvoir. + Allons, Madame, allons; et par votre conduite + Faites la sûreté que demande ma fuite. + + MÉDÉE. + + Ma vengeance n'auroit qu'un succès imparfait: 1275 + Je ne me venge pas, si je n'en vois l'effet; + Je dois à mon courroux l'heur d'un si doux spectacle. + Allez, prince, et sans moi ne craignez point d'obstacle; + Je vous suivrai demain par un chemin nouveau[1147]. + Pour votre sûreté conservez cet anneau[1148]: 1280 + Sa secrète vertu, qui vous fait invisible, + Rendra votre départ de tous côtés paisible. + Ici, pour empêcher l'alarme que le bruit + De votre délivrance auroit bientôt produit, + Un fantôme pareil et de taille et de face, 1285 + Tandis que vous fuirez, remplira votre place. + Partez sans plus tarder, prince chéri des Dieux, + Et quittez pour jamais ces détestables lieux. + + ÆGÉE. + + J'obéis sans réplique, et je pars sans remise. + Puisse d'un prompt succès votre grande entreprise 1290 + Combler nos ennemis d'un mortel désespoir, + Et me donner bientôt le bien de vous revoir[1149]. + + + +FIN DU QUATRIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [1106] Les mots: _dans sa grotte magique_, ne se trouvent pas + dans l'édition de 1639. + + [1107] Ce jeu de scène manque aussi dans l'édition de 1639. + + [1108] L'édition de 1682 a seule ici _clameurs_, au lieu de + _charmes_. C'est sans doute encore une erreur typographique. + + [1109] _Var._ Sur ce présent fatal ont déchargé leurs pestes. + (1639-57) + + [1110] Par une erreur générale et difficile à expliquer, toutes + les éditions, excepté celles de 1639-48 et de 1657, portent: + «Vois mille _autre_ venins.» + + [1111] _Vectoris istic perfidi sanguis inest + Quem Nessus exspirans dedit._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 775, 776.) + + [1112] Aujourd'hui, la première syllabe de ce mot est aspirée. + + [1113] _Reliquit istas invio plumas specu + Harpyia, dum Zeten fugit._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 781, 782.) + + [1114] _Piæ sororis, impiæ matris facem + Ultricis Altlææ vides._ + + (_Ibidem_, vers 779, 780.) + + [1115] _Dedit et tenui sulfure tectos + Mulciter ignes; et vivacis + Fulgura flammæ de cognato + Phaethonte tuli_. . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . + _Habeo flammas usto tauri + Gutture raptas._ + + (_Ibidem_, vers 824-830.) + + [1116] _Déceptif_, trompeur. + + [1117] _Var._ Les traîtres apprendront à se jouer à moi. + Mais d'où provient ce bruit dans le palais du Roi? (1639-57) + + [1118] _Var._ Ce généreux vieillard, indigné que ses feux + Près de votre rivale aient perdu tant de voeux. (1639-57) + + [1119] _Var._ Le suit dans ce dessein; Créuse en est saisie. + (1639-57) + + [1120] _Var._ J'en devine la fin, mon traître l'a sauvée. + (1639-60) + + [1121] _Var._ Vois-tu pas qu'en l'ouvrant je m'ouvre une + retraite. (1639-60) + + [1122] _Var._ Et que brisant ses fers, cette obligation + Engage sa couronne à ma protection. (1639-57) + + [1123] _Var._ C'est vous dont le courage, et la force, et + l'adresse. (1639-57) + + [1124] _Var._ Et vous voyant faucher ces têtes criminelles, + [J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles.] + Qui pourroit reculer en combattant sous vous, + Et qui n'auroit du coeur à seconder vos coups? (1639-57) + + [1125] MEDEA. _Quæ fraus timeri tempore exiguo potest?_ + CREON. _Nullum ad nocendum tempus angustum est malis._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 291, 292.) + + --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 359, 360. + + [1126] Voyez tome I, p. 205, note 3. + + [1127] _Var._ Que font nos amoureux, Cléone? CLÉONE. La princesse, + Sire, auprès de Jason reprend son allégresse. (1639-57) + + [1128] Il y a _ces_, au lieu de _ses_, dans l'édition de 1682. + + [1129] Voyez la _Médée_ de Sénèque, vers 570-572 et 843-847. + + [1130] C'est une imitation de ce passage bien connu, de Virgile + (_Énéide_, livre I, vers 49): + + .... _Timeo Danaos, et dona ferentes._ + + [1131] _Var._ Nous peuvent-ils laisser quelques sortes + d'ombrages? (1648) + + [1132] _Var._ Sire, renvoyez-lui ce don pernicieux. (1639-57) + + [1133] _Var._ _Il est en prison._ (1663, en marge.)--Au-dessous + du nom du personnage, on lit en titre, dans les éditions de + 1639-57: STANCES. + + [1134] _Var._ Dont auparavant mon amour + Les sceptres étoient incapables. (1639-57) + + [1135] _Var._ C'est mourir, à mon gré, beaucoup plus d'une fois. + (1639-57) + + [1136] _Var._ Pauvre prince, l'on te méprise. (1639-57) + + [1137] _Var._ L'autre te va coûter ta vie et ton État. (1639-64) + + [1138] _Var._ Vu qu'à bien comparer mes fers avec ma flamme. + (1639-57) + + [1139] _Var._ ÆGÉE, MÉDÉE, NÉRINE. (1639-57) + + [1140] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639. + + [1141] _Var._ Ces portes ne sont pas pour tenir contre moi. + (1639-57) + + [1142] _Var._ Je dois et l'un et l'autre à qui brise mes chaînes. + (1639-48) + + [1143] _Var._ Votre divin secours me tire de danger, + Mais je n'en veux sortir qu'afin de vous venger: + Madame, si jamais avec votre assistance + Je puis toucher les lieux de mon obéissance. (1639-57) + + [1144] _Var._ Jusque dessus ces murs planter mes pavillons. + (1639-57) + + [1145] _Var._ Étouffe les devoirs de ma reconnoissance? (1639) + + [1146] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 709. + + [1147] Voyez la remarque de Corneille sur ce passage, tome I, p. + 107. + + [1148] _Var._ Nérine devant vous portera ce flambeau. (1639-57) + + [1149] _Var._ Et me donner bientôt l'honneur de vous revoir[1149-a]! + MÉD. Auparavant que vous je serai dans Athènes; + Cependant, pour loyer de ces légères peines[1149-b], + Ayez soin de Nérine, et songez seulement + Qu'en elle vous pouvez m'obliger puissamment[1149-c]. + (1639-57) + + [1149-a] Ce premier vers de la variante se trouve dans les + éditions de 1639-64. + + [1149-b] Cependant, pour le prix de ces légères peines. (1644-57) + + [1149-c] Ce dernier vers termine l'acte dans les éditions + indiquées. + + + + +ACTE V. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +MÉDÉE, THEUDAS. + + THEUDAS. + + Ah! déplorable prince! ah! fortune cruelle! + Que je porte à Jason une triste nouvelle! + +MÉDÉE, lui donnant un coup de baguette qui le fait demeurer +immobile[1150]. + + Arrête, misérable, et m'apprends quel effet 1295 + A produit chez le Roi le présent que j'ai fait. + + THEUDAS. + + Dieux! je suis dans les fers d'une invisible chaîne! + + MÉDÉE. + + Dépêche, ou ces longueurs attireront[1151] ma haine[1152]. + + THEUDAS. + + Apprenez donc l'effet le plus prodigieux + Que jamais la vengeance ait offert à nos yeux. 1300 + Votre robe a fait peur, et sur Nise éprouvée, + En dépit des soupçons, sans péril s'est trouvée; + Et cette épreuve a su si bien les assurer, + Qu'incontinent Créuse a voulu s'en parer; + Mais cette infortunée à peine l'a vêtue[1153], 1305 + Qu'elle sent aussitôt une ardeur qui la tue: + Un feu subtil s'allume, et ses brandons épars + Sur votre don fatal courent de toutes parts; + Et Cléone et le Roi s'y jettent[1154] pour l'éteindre; + Mais (ô nouveau sujet de pleurer et de plaindre!) 1310 + Ce feu saisit le Roi: ce prince en un moment + Se trouve enveloppé du même embrasement. + + MÉDÉE. + + Courage! enfin il faut que l'un et l'autre meure. + + THEUDAS. + + La flamme disparoît, mais l'ardeur leur demeure, + Et leurs habits charmés, malgré nos vains efforts, 1315 + Sont des brasiers secrets attachés à leurs corps: + Qui veut les dépouiller, lui-même les déchire[1155], + Et ce nouveau secours est un nouveau martyre[1156]. + + MÉDÉE. + + Que dit mon déloyal? que fait-il là dedans? + + THEUDAS. + + Jason, sans rien savoir de tous ces accidents, 1320 + S'acquitte des devoirs d'une amitié civile + A conduire Pollux hors des murs de la ville[1157], + Qui va se rendre en hâte aux noces de sa soeur, + Dont bientôt Ménélas doit être possesseur; + Et j'allois lui porter ce funeste message. 1325 + +MÉDÉE lui donne[1158] un autre coup de baguette. + + Va, tu peux maintenant achever ton voyage. + + +SCÈNE II[1159]. + +MÉDÉE. + + Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez de deux morts? + Consulte avec loisir tes plus ardents transports. + Des bras de mon perfide arracher une femme, + Est-ce pour assouvir les fureurs de mon âme? 1330 + Que n'a-t-elle déjà des enfants de Jason[1160], + Sur qui plus pleinement venger sa trahison! + Suppléons-y des miens; immolons avec joie + Ceux qu'à me dire adieu Créuse me renvoie. + Nature, je le puis sans violer ta loi: 1335 + Ils viennent de sa part, et ne sont plus à moi. + Mais ils sont innocents; aussi l'étoit mon frère[1161]: + Ils sont trop criminels d'avoir Jason pour père[1162]; + Il faut que leur trépas redouble son tourment; + Il faut qu'il souffre en père aussi bien qu'en amant. 1340 + Mais quoi! j'ai beau contre eux animer mon audace, + La pitié la combat, et se met en sa place; + Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur, + J'adore les projets qui me faisoient horreur: + De l'amour aussitôt je passe à la colère[1163], 1345 + Des sentiments de femme aux tendresses de mère[1164]. + Cessez dorénavant, pensers irrésolus, + D'épargner des enfants que je ne verrai plus. + Chers fruits de mon amour, si je vous ai fait naître, + Ce n'est pas seulement pour caresser un traître: 1350 + Il me prive de vous, et je l'en vais[1165] priver[1166]. + Mais ma pitié renaît, et revient me braver[1167]; + Je n'exécute rien, et mon âme éperdue + Entre deux passions demeure suspendue[1168]. + N'en délibérons plus, mon bras en résoudra. 1355 + Je vous perds, mes enfants; mais Jason vous perdra; + Il ne vous verra plus.... Créon sort tout en rage: + Allons à son trépas joindre ce triste ouvrage[1169]. + + +SCÈNE III. + +CRÉON, DOMESTIQUES. + + CRÉON. + + Loin de me soulager, vous croissez mes tourments[1170]: + Le poison à mon corps unit mes vêtements, 1360 + Et ma peau, qu'avec eux votre secours m'arrache[1171], + Pour suivre votre main de mes os se détache: + Voyez comme mon sang en coule à gros ruisseaux[1172]. + Ne me déchirez plus, officieux bourreaux: + Votre pitié pour moi s'est assez hasardée; 1365 + Fuyez, ou ma fureur vous prendra pour Médée. + C'est avancer ma mort que de me secourir; + Je ne veux que moi-même à m'aider à mourir. + Quoi! vous continuez, canailles infidèles! + Plus je vous le défends, plus vous m'êtes rebelles! 1370 + Traîtres, vous sentirez encor ce que je puis: + Je serai votre roi, tout mourant que je suis; + Si mes commandements ont trop peu d'efficace, + Ma rage pour le moins me fera faire place: + Il faut ainsi payer votre cruel secours. 1375 + +(Il se défait d'eux et les chasse à coups d'épée[1173].) + + +SCÈNE IV. + +CRÉON, CRÉUSE, CLÉONE. + + CRÉUSE. + + Où fuyez-vous de moi, cher auteur de mes jours? + Fuyez-vous l'innocente et malheureuse source + D'où prennent tant de maux leur effroyable course? + Ce feu qui me consume et dehors et dedans[1174] + Vous venge-t-il trop peu de mes voeux imprudents[1175]? + Je ne puis excuser mon indiscrète envie, + Qui donne le trépas à qui je dois la vie; + Mais soyez satisfait des rigueurs de mon sort, + Et cessez d'ajouter votre haine à ma mort. + L'ardeur qui me dévore, et que j'ai méritée, 1385 + Surpasse en cruauté l'aigle de Prométhée, + Et je crois qu'Ixion, au choix des châtiments[1176], + Préféreroit sa roue à mes embrasements. + + CRÉON. + + Si ton jeune desir eut beaucoup d'imprudence, + Ma fille, j'y devois[1177] opposer ma défense. 1390 + Je n'impute qu'à moi l'excès de mes malheurs, + Et j'ai part en ta faute ainsi qu'en tes douleurs. + Si j'ai quelque regret, ce n'est pas à ma vie, + Que le déclin des ans m'auroit bientôt ravie: + La jeunesse des tiens, si beaux, si florissants, 1395 + Me porte au fond du coeur des coups bien plus pressants[1178]. + Ma fille, c'est donc là ce royal hyménée + Dont nous pensions toucher la pompeuse journée! + La Parque impitoyable en éteint le flambeau[1179], + Et pour lit nuptial il te faut un tombeau! 1400 + Ah! rage, désespoir, destins, feux, poisons, charmes, + Tournez tous contre moi vos plus cruelles armes: + S'il faut vous assouvir par la mort de deux rois, + Faites en ma faveur que je meure deux fois, + Pourvu que mes deux morts emportent cette grâce 1405 + De laisser ma couronne à mon unique race, + Et cet espoir si doux, qui m'a toujours flatté, + De revivre à jamais en sa postérité. + + CRÉUSE. + + Cléone, soutenez, je chancelle, je tombe[1180]; + Mon reste de vigueur sous mes douleurs succombe: 1410 + Je sens que je n'ai plus à souffrir qu'un moment. + Ne me refusez pas ce triste allégement, + Seigneur, et si pour moi quelque amour vous demeure, + Entre vos bras mourants permettez que je meure. + Mes pleurs arrouseront[1181] vos mortels déplaisirs; 1415 + Je mêlerai leurs eaux à vos brûlants soupirs. + Ah! je brûle, je meurs, je ne suis plus que flamme; + De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme[1182]. + Quoi! vous vous éloignez[1183]? + + CRÉON. + + Oui, je ne verrai pas, + Comme un lâche témoin, ton indigne trépas: 1420 + Il faut, ma fille, il faut que ma main me délivre + De l'infâme regret de t'avoir pu survivre. + Invisible ennemi, sors avecque mon sang. + +(Il se tue d'un poignard[1184].) + + CRÉUSE. + + Courez à lui, Cléone: il se perce le flanc. + + CRÉON. + + Retourne: c'en est fait. Ma fille, adieu: j'expire, 1425 + Et ce dernier soupir met fin à mon martyre: + Je laisse à ton Jason le soin de nous venger. + + CRÉUSE. + + Vain et triste confort! soulagement léger! + Mon père.... + + CLÉONE. + + Il ne vit plus, sa grande âme est partie[1185]. + + CRÉUSE. + + Donnez donc à la mienne une même sortie: 1430 + Apportez-moi ce fer qui, de ses maux vainqueur, + Est déjà si savant à traverser le coeur. + Ah! je sens fers, et feux, et poison, tout ensemble: + Ce que souffroit mon père à mes peines s'assemble. + Hélas! que de douceur[1186] auroit un prompt trépas! 1435 + Dépêchez-vous, Cléone: aidez mon foible bras. + + CLÉONE. + + Ne désespérez point: les Dieux, plus pitoyables, + A nos justes clameurs se rendront exorables, + Et vous conserveront, en dépit du poison, + Et pour reine à Corinthe, et pour femme à Jason. 1440 + Il arrive, et surpris il change de visage: + Je lis dans sa pâleur une secrète rage, + Et son étonnement va passer en fureur. + + +SCÈNE V. + +JASON, CRÉUSE, CLÉONE, THEUDAS. + + JASON. + + Que vois-je ici, grands Dieux! quel spectacle d'horreur[1187]! + Où que puissent mes yeux porter ma vue errante, 1445 + Je vois ou Créon mort, ou Créuse mourante. + Ne t'en va pas, belle âme: attends encore un peu, + Et le sang de Médée éteindra tout ce feu; + Prends le triste plaisir de voir punir son crime, + De te voir immoler cette infâme victime; 1450 + Et que ce scorpion, sur la plaie écrasé[1188], + Fournisse le remède au mal qu'il a causé. + + CRÉUSE. + + Il n'en faut point chercher au poison qui me tue: + Laisse-moi le bonheur d'expirer à ta vue, + Souffre que j'en jouisse en ce dernier moment: 1455 + Mon trépas fera place à ton ressentiment; + Le mien cède à l'ardeur dont je suis possédée; + J'aime mieux voir Jason que la mort de Médée. + Approche, cher amant, et retiens ces transports: + Mais garde de toucher ce misérable corps; 1460 + Ce brasier, que le charme ou répand ou modère, + A négligé Cléone, et dévoré mon père: + Au gré de ma rivale il est contagieux. + Jason, ce m'est assez de mourir à tes yeux: + Empêche les plaisirs qu'elle attend de ta peine; 1465 + N'attire point ces feux esclaves de sa haine. + Ah! quel âpre tourment! quels douloureux abois! + Et que je sens de morts sans mourir une fois! + + JASON. + + Quoi! vous m'estimez donc si lâche que de vivre? + Et de si beaux chemins sont ouverts pour vous suivre! + Ma reine, si l'hymen n'a pu joindre nos corps, + Nous joindrons nos esprits, nous joindrons nos deux morts; + Et l'on verra Charon passer chez Rhadamante, + Dans une même barque, et l'amant et l'amante. + Hélas! vous recevez, par ce présent charmé, 1475 + Le déplorable prix de m'avoir trop aimé; + Et puisque cette robe a causé votre perte, + Je dois être puni de vous l'avoir offerte[1189]. + Quoi! ce poison m'épargne, et ces feux impuissants + Refusent de finir les douleurs que je sens! 1480 + Il faut donc que je vive, et vous m'êtes ravie! + Justes Dieux! quel forfait me condamne à la vie? + Est-il quelque tourment plus grand pour mon amour + Que de la voir mourir, et de souffrir le jour? + Non, non; si par ces feux mon attente est trompée, 1485 + J'ai de quoi m'affranchir au bout de mon épée; + Et l'exemple du Roi, de sa main transpercé, + Qui nage dans les flots du sang qu'il a versé, + Instruit suffisamment un généreux courage + Des moyens de braver le destin qui l'outrage. 1490 + + CRÉUSE. + + Si Créuse eut jamais sur toi quelque pouvoir, + Ne t'abandonne point aux coups du désespoir: + Vis pour sauver ton nom de cette ignominie, + Que Créuse soit morte, et Médée impunie; + Vis pour garder le mien en ton coeur affligé, 1495 + Et du moins ne meurs point que tu ne sois vengé. + Adieu: donne la main; que malgré ta jalouse, + J'emporte chez Pluton le nom de ton épouse. + Ah! douleurs! C'en est fait, je meurs à cette fois, + Et perds en ce moment la vie avec la voix. 1500 + Si tu m'aimes.... + + JASON. + + Ce mot lui coupe la parole; + Et je ne suivrai pas son âme qui s'envole? + Mon esprit, retenu par ses commandements, + Réserve encor ma vie à de pires tourments[1190]! + Pardonne, chère épouse, à mon obéissance; 1505 + Mon déplaisir mortel défère à ta puissance, + Et de mes jours maudits tout prêt de triompher, + De peur de te déplaire, il n'ose m'étouffer. + Ne perdons point de temps, courons chez la sorcière, + Délivrer par sa mort mon âme prisonnière. 1510 + Vous autres, cependant, enlevez ces deux corps: + Contre tous ses démons mes bras sont assez forts, + Et la part que votre aide auroit en ma vengeance + Ne m'en permettoit pas une entière allégeance. + Préparez seulement des gênes, des bourreaux; 1515 + Devenez inventifs en supplices nouveaux, + Qui la fassent mourir tant de fois sur leur tombe, + Que son coupable sang leur vaille une hécatombe; + Et si cette victime, en mourant mille fois, + N'apaise point encor les mânes de deux rois, 1520 + Je serai la seconde; et mon esprit fidèle + Ira gêner là-bas son âme criminelle, + Ira faire assembler pour sa punition + Les peines de Titye à celles d'Ixion. + +(Cléone et le reste emportent les corps[1191] de Créon et de +Créuse, et Jason continue seul.) + + Mais leur puis-je imputer ma mort en sacrifice? 1525 + Elle m'est un plaisir, et non pas un supplice. + Mourir, c'est seulement auprès d'eux me ranger; + C'est rejoindre Créuse, et non pas la venger. + Instruments des fureurs d'une mère insensée, + Indignes rejetons de mon amour passée, 1530 + Quel malheureux destin vous avoit réservés + A porter le trépas à qui vous a sauvés? + C'est vous, petits ingrats, que malgré la nature + Il me faut immoler dessus leur sépulture. + Que la sorcière en vous commence de souffrir: 1535 + Que son premier tourment soit de vous voir mourir. + Toutefois qu'ont-ils fait, qu'obéir à leur mère? + + +SCÈNE VI. + +MÉDÉE, JASON. + + MÉDÉE, en haut sur un balcon[1192]. + + Lâche, ton désespoir encore en délibère? + Lève les yeux, perfide, et reconnois ce bras + Qui t'a déjà vengé de ces petits ingrats: 1540 + Ce poignard que tu vois vient de chasser leurs âmes, + Et noyer dans leur sang les restes de nos flammes. + Heureux père et mari, ma fuite et leur tombeau + Laissent la place vide à ton hymen nouveau[1193]. + Réjouis-t'en, Jason, va posséder Créuse: 1545 + Tu n'auras plus ici personne qui t'accuse; + Ces gages de nos feux ne feront plus pour moi + De reproches secrets à ton manque de foi. + + JASON. + + Horreur de la nature, exécrable tigresse[1194]! + + MÉDÉE. + + Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse[1195]: 1550 + A cet objet si cher tu dois tous tes discours; + Parler encore à moi, c'est trahir tes amours. + Va lui, va lui conter tes rares aventures, + Et contre mes effets ne combats point d'injures. + + JASON. + + Quoi! tu m'oses braver, et ta brutalité 1555 + Pense encore échapper à mon bras irrité? + Tu redoubles ta peine avec cette insolence. + + MÉDÉE. + + Et que peut contre moi ta débile vaillance? + Mon art faisoit ta force, et tes exploits[1196] guerriers + Tiennent de mon secours ce qu'ils ont de lauriers. 1560 + + JASON. + + Ah! c'est trop en souffrir: il faut qu'un prompt supplice + De tant de cruautés à la fin te punisse. + Sus, sus, brisons la porte, enfonçons la maison[1197]; + Que des bourreaux soudain m'en fassent la raison: + Ta tête répondra de tant de barbaries. 1565 + + MÉDÉE, en l'air dans un char tiré par deux dragons[1198]. + + Que sert de t'emporter à ces vaines furies? + Épargne, cher époux, des efforts que tu perds; + Vois les chemins de l'air qui me sont tous ouverts: + C'est par là que je fuis[1199], et que je t'abandonne + Pour courir à l'exil que ton change m'ordonne. 1570 + Suis-moi, Jason, et trouve en ces lieux désolés + Des postillons pareils à mes dragons ailés. + Enfin je n'ai pas mal employé la journée + Que la bonté du Roi, de grâce, m'a donnée[1200]; + Mes desirs sont contents. Mon père et mon pays, 1575 + Je ne me repens plus de vous avoir trahis; + Avec cette douceur j'en accepte le blâme. + Adieu, parjure: apprends à connoître ta femme[1201]; + Souviens-toi de sa fuite, et songe une autre fois + Lequel est plus à craindre ou d'elle ou de deux rois. 1580 + + +SCÈNE VII. + +JASON. + + O Dieux! ce char volant, disparu dans la nue, + La dérobe à sa peine, aussi bien qu'à ma vue; + Et son impunité triomphe arrogamment + Des projets avortés de mon ressentiment. + Créuse, enfants, Médée, amour, haine, vengeance, 1585 + Où dois-je désormais chercher quelque allégeance? + Où suivre l'inhumaine, et dessous quels climats + Porter les châtiments de tant d'assassinats? + Va, furie exécrable, en quelque coin de terre + Que t'emporte ton char, j'y porterai la guerre: 1590 + J'apprendrai ton séjour de tes sanglants effets, + Et te suivrai partout au bruit de tes forfaits. + Mais que me servira cette vaine poursuite, + Si l'air est un chemin toujours libre à ta fuite, + Si toujours tes dragons sont prêts à t'enlever, 1595 + Si toujours tes forfaits ont de quoi me braver? + Malheureux, ne perds point contre une telle audace + De ta juste fureur l'impuissante menace; + Ne cours point à ta honte, et fuis l'occasion + D'accroître sa victoire[1202] et ta confusion. 1600 + Misérable! perfide! ainsi donc ta foiblesse + Épargne la sorcière, et trahit ta princesse! + Est-ce là le pouvoir qu'ont sur toi ses desirs, + Et ton obéissance à ses derniers soupirs? + Venge-toi, pauvre amant, Créuse le commande: 1605 + Ne lui refuse point un sang qu'elle demande; + Écoute les accents de sa mourante voix, + Et vole sans rien craindre à ce que tu lui dois. + A qui sait bien aimer il n'est rien d'impossible. + Eusses-tu pour retraite un roc inaccessible, 1610 + Tigresse, tu mourras, et malgré ton savoir, + Mon amour te verra soumise à son pouvoir; + Mes yeux se repaîtront des horreurs de ta peine: + Ainsi le veut Créuse, ainsi le veut ma haine. + Mais quoi! je vous écoute, impuissantes chaleurs! 1615 + Allez, n'ajoutez plus de comble à mes malheurs. + Entreprendre une mort que le ciel s'est gardée, + C'est préparer encore un triomphe à Médée. + Tourne avec plus d'effet sur toi-même ton bras, + Et punis-toi, Jason, de ne la punir pas. 1620 + Vains transports, où sans fruit mon désespoir s'amuse, + Cessez de m'empêcher de rejoindre Créuse. + Ma reine, ta belle âme, en partant de ces lieux, + M'a laissé la vengeance; et je la laisse aux Dieux: + Eux seuls, dont le pouvoir égale la justice, 1625 + Peuvent de la sorcière achever le supplice. + Trouve-le bon, chère ombre, et pardonne à mes feux + Si je vais te revoir plus tôt que tu ne veux[1203]. + +(Il se tue[1204].) + + +FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [1150] Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639. + + [1151] Dans l'édition de 1692, Thomas Corneille a remplacé + _attireront_ par _t'attireront_. + + [1152] _Var._ [Dépêche, ou ces longueurs attireront ma haine.] + Ma verge, qui déjà t'empêche de courir, + N'a que trop de vertu pour te faire mourir. + Garde-toi seulement d'irriter ma colère. + Et pense que ta mort dépend de me déplaire. + THEUD. Apprenez un effet le plus prodigieux. (1639-57) + + [1153] _Var._ Cette pauvre princesse à peine l'a vêtue. (1639-60) + + [1154] Il y a _s'y jette_, au singulier, dans l'édition de 1682. + + [1155] _Var._ Qui veut les dépouiller, eux-mêmes les déchire, + Et l'aide qu'on leur donne est un nouveau martyre. (1639-57) + + [1156] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 1207, 1208. + + [1157] _Var._ A convoyer Pollux hors des murs de la ville, + Qui court à grande hâte aux noces de sa soeur. (1639-57) + + [1158] _Var._ MÉDÉE, _lui donnant_, etc. (1644-60)--Ce jeu de + scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639. + + [1159] Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de + 1639. + + [1160] _Ex pellice utinam liberos hostis meus + Aliquos haberet!_ + + (Sénèque, _Médée_, vers 920, 921.) + + [1161] . . . . . . . . . _Non sunt mei. + . . . . . . Crimine et culpa carent; + Sunt innocentes: fateor; et frater fuit._ + + (_Ibidem_, vers 934-936.) + + [1162] _Scelus est Iason genitor._ + + (_Ibidem_, vers 933.) + + [1163] _Var._ De l'amour aussitôt je tombe à la colère. (1639) + + [1164] _Cor pepulit horror. . . . . . . . . . + Pectusque tremuit; ira discessit loco, + Materque tota, conjuge expulsa, redit._ + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + _Quid, anime, titubas?_ . . . . . . . . + _Variamque nunc huc ira, nunc illuc amor + Diducit?_ . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . _Ira pietatem fugat, + Iramque pietas._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 926-928 et 937-944.) + + [1165] Dans l'édition de 1682, on a imprimé _je l'en va_, pour + _je l'en vais_ (_vay_). + + [1166] _Jamjam meo rapientur avulsi e sinu._ + . . . . . . . _Osculis percant patris, + Periere matri._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 949-951.) + + [1167] _Var._ Mais ma pitié retourne, et revient me braver. + (1639-57) + + [1168] . . . . . _Anceps æstus incertam rapit._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 939.) + + [1169] _Var._ Allons à son trépas ajouter ce carnage. (1639) + + [1170] _Var._ Loin de me secourir, vous croissez mes tourments. + (1639-57) + + [1171] _Var._ Et ma peau, qu'avec eux votre pitié m'arrache. + (1639-57) + + [1172] _Var._ Voyez comme mon sang en coule en mille lieux: + Ne me déchirez plus, bourreaux officieux; + Fuyez, ou ma fureur une fois débordée + Dans ces pieux devoirs vous prendra pour Médée. (1639-57) + + [1173] Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639. + + [1174] _Var._ Ce feu qui me consomme et dehors et dedans. (1639) + + [1175] _Var._ Punit-il point assez mes souhaits imprudents? + (1639-57) + + [1176] _Var._ Et je crois qu'Ixion, au choix des sentiments. + (1639) + + [1177] L'édition de 1682 a, par erreur: _devrois_, pour _devois_. + + [1178] _Var._ Me porte bien des coups plus vifs et plus + pressants. (1639-57) + + [1179] _Var._ L'impiteuse Clothon en porte le flambeau. (1639-57) + + [1180] _Var._ Cléone, soutenez, les forces me défaillent, + Et ma vigueur succombe aux douleurs qui m'assaillent; + Le coeur me va manquer, je n'en puis plus, hélas! + Ne me refusez point ce funeste soulas, + Monsieur, et si pour moi quelque amour vous demeure. (1639-57) + + [1181] L'édition de 1663 est la seule qui porte _arroseront_. + + [1182] _Var._ [De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme.] + CRÉON. Ah! ma fille. CRÉUSE. Ah! mon père. CLÉONE. A ces embrassements, + Qui retiendroit ses pleurs et ses gémissements? + Dans ces ardents baisers leurs âmes se confondent, + Et leurs tristes sanglots seulement se répondent. + CRÉUSE. Hé quoi! vous me quittez? [CRÉON. Oui, je ne verrai pas.] + (1639) + + [1183] _Var._ Quoi! vous me refusez? (1644-57) + + [1184] Ces mots ne sont pas dans l'édition de 1639. + + [1185] VAR. Il ne vit plus, sa belle âme est partie. (1639) + + [1186] L'édition de 1682 a seule _douceurs_, au pluriel. + + [1187] _Var._ Que vois-je ici, bons Dieux! quel spectacle d'horreur! + Quelque part que mes yeux portent ma vue errante. (1639-57) + + [1188] _Var._ Et que ce scorpion sur ta plaie écrasé. (1639) + + [1189] _Var._ [Je dois être puni de vous l'avoir offerte.] + Trop heureux si sa force agissant en mes mains + Eût de notre ennemie éventé les desseins, + Et détournant sur moi ses trames déloyales, + Mon âme eût satisfait pour deux âmes royales; + Mais ce poison m'épargne, et ces feux impuissants. (1639-57) + + [1190] _Var._ [Réserve encor ma vie à de pires tourments!] + O honte! mes regrets permettent que je vive, + Et ne secourent pas ma main qu'elle captive; + Leur atteinte est trop foible, et dans un tel malheur + Je suis trop peu touché pour mourir de douleur. + [Pardonne, chère épouse, à mon obéissance.] (1639-57) + + [1191] Il y a _le corps_, pour _les corps_, dans l'édition de + 1682.--Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639. + + [1192] _Var._ _Étant en haut sur un balcon._ (1657)--_Elle est en + haut sur un balcon._ (1663, en marge.)--Cette indication manque + dans l'édition de 1639. + + [1193] _Var._ Laisse la place vide à ton hymen nouveau. (1639) + + [1194] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 1314, 1315. + + [1195] _I nunc superbe, virginum thalamos pete._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 1007.) + + --Dans Euripide (vers 621-623) c'est avant la mort de Créuse que + Médée dit à Jason: «Va, le désir de voir ta nouvelle épouse te + subjugue.... Va l'épouser, etc.» + + [1196] Au lieu de: _exploits_, on lit: _effets_, dans l'édition + de 1682, ce qui est évidemment une faute. + + [1197] . . . . _Huc, huc, fortis, armigeri, cohors, + Conferte tela, vertite ex imo domum._ + + (Sénèque, _Médée_, vers 980, 981.) + + [1198] Cette indication manque aussi dans l'édition de 1639. + + [1199] _Sic fugere soleo: patuit in coelum via._ + + (_Ibidem_, vers 1022.) + + [1200] _Meus dies est: tempore accepto utimur._ + + (_Ibidem_, vers 1017.) + + [1201] . . . . _Conjugem agnoscis tuam?_ + + (_Ibidem_, vers 1021.) + + [1202] On a imprimé par erreur _victime_, pour _victoire_, dans + l'édition de 1682. + + [1203] _Var._ Si je te vais revoir plus tôt que tu ne veux. + (1639-57) + + [1204] Ces mots ne se trouvent pas dans l'édition de 1639. + + + + + L'ILLUSION + + COMÉDIE + + 1636 + + + + +NOTICE. + + +Cette pièce est fort importante pour l'histoire de notre théâtre et de +notre littérature. Représentée en 1636, elle ne se trouve séparée que +par quelques mois de ce merveilleux _Cid_ dont on la croirait à tous +égards si éloignée; et pour peu qu'on la lise avec attention, l'on +s'aperçoit, non sans surprise, qu'elle n'a pas été complétement +inutile à Corneille pour la composition de son chef-d'oeuvre, et qu'en +écrivant _l'Illusion_ il s'y préparait déjà. + +Ce n'est pas du premier coup qu'il s'avise de produire sur notre +théâtre cet héroïsme espagnol qui éclate si noblement dans _le Cid_: +il commence par y représenter les rodomontades de Matamore; mais on +dirait qu'il lui est impossible de ne pas prendre par instants au +sérieux la grandeur du Capitan, et en plus d'un endroit il s'élève +comme involontairement au plus noble langage. + +Matamore dit de lui-même, acte II, scène II (vers 233-236): + + Le seul bruit de mon nom renverse les murailles, + Défait les escadrons et gagne les batailles. + Mon courage invaincu contre les empereurs + N'arme que la moitié de ses moindres fureurs. + +Boileau n'a eu que quelques mots à changer aux deux premiers de ces +vers pour les transformer en un magnifique éloge d'un des plus grands +héros de son temps: + + Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles, + Force les escadrons et gagne les batailles. + + (_Épître IV, au Roi_, vers 133 et 134.) + +Le troisième renferme le mot _invaincu_, qui passa inaperçu alors et +n'attira l'attention que dans _le Cid_. Là, heureusement placé, il +parut noble, énergique, sublime, et Corneille en fut, bien mal à +propos[1205], déclaré l'inventeur par plusieurs de ses contemporains. + +Le passage qui va suivre trouverait certes aussi sa place +très-naturellement dans _le Cid_, et ne déparerait en rien ce +chef-d'oeuvre: + + Respect de ma maîtresse, incommode vertu, + Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu? + Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père, + Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère? + + (Acte III, scène IV, vers 735-738.) + +Ces rapprochements suffisent pour faire voir que la parole du Matamore +de Corneille n'est pas toujours ridicule en elle-même, et que dans le +langage outré qu'il lui prête il y a de ces fières hyperboles qu'il a +su plus tard ennoblir en les plaçant dans la bouche de vrais héros. + +Ce personnage du Matamore, introduit par notre poëte dans +_l'Illusion_, était depuis longtemps déjà un des principaux acteurs de +la farce; mais c'était la seconde fois seulement qu'on le faisait +parler en vers: c'est du moins ce que nous apprend le sieur Mareschal. +Voici comme il s'exprime dans l'avertissement d'une comédie intitulée: +_le Railleur ou la Satyre du temps_, représentée en 1636: «Je dirai +pourtant en sa faveur que c'est le premier capitan en vers qui a paru +dans la scène française, qu'il n'a point eu d'exemple et de modèle +devant lui, et qu'il a précédé, au moins du temps, deux autres qui +l'ont surpassé en tout le reste, et qui sont sortis de deux plumes si +fameuses et comiques dans _l'Illusion_ et _les Visionnaires_[1206].» + +En 1637 ou 1638, le même Mareschal fit représenter sur le théâtre du +Marais _le Véritable Capitan Matamore ou le Fanfaron_, tiré du _Miles +gloriosus_ de Plaute; mais son imitation ne se tient pas fort près du +texte: «Je n'ai point, dit-il, introduit sur le théâtre un +Pyrgopolinice plus badin que fanfaron, mais j'ai tâché de peindre au +naturel ce vivant matamore du théâtre du Marais, cet original sans +copie, ce personnage admirable qui ravit également les grands et le +peuple, les doctes et les ignorants.» + +Il nous reste beaucoup d'autres pièces destinées à cet acteur alors +célèbre, ainsi vanté par Mareschal: la plus connue est _le Capitan +Matamore_, comédie de Scarron, en vers de huit syllabes sur la seule +rime _ment_; cet ouvrage est précédé de plusieurs prologues intitulés: +_les Boutades du Capitan Matamore_. + +Selon les frères Parfait, ce personnage fut rempli à l'hôtel de +Bourgogne et sur le théâtre du Marais par un comédien «dont on ignore +le nom.» M. Aimé Martin prétend, mais sans en donner aucune preuve, +que ce comédien n'était autre que Bellerose; M. Taschereau établit +fort bien, au contraire, qu'il s'agit de Bellemore. Il cite à l'appui +de son assertion ce passage de l'historiette de Tallemant des Réaux +relative à Mondory: «Ce fut lui (Mondory) qui fit venir Bellemore, dit +_le Capitan Matamore_, bon acteur. Il quitta le théâtre parce que +Desmarets lui donna, à la chaude, un coup de canne derrière le théâtre +de l'Hôtel Richelieu. Il se fit ensuite commissaire de l'artillerie et +y fut tué. Il n'osa se venger de Desmarets, à cause du Cardinal qui ne +le lui eût pas pardonné.» + +Le peu d'exactitude du renseignement donné par M. Aimé Martin ne +permet guère d'ajouter foi à la note, d'une apparence fort romanesque, +qu'il a placée, sans indiquer ses sources ni ses preuves, au +commencement de _l'Illusion_. «Dans cette pièce, dit-il, le célèbre +comédien Mondory est représenté sous le nom de Clindor dont il jouait +le rôle, et une partie de ses aventures sont racontées à la fin du +premier acte. Avant d'être un grand artiste, et bien jeune encore, il +avait composé des _parades_ et des _ponts-neufs_, puis après diverses +fortunes il s'était fait clerc de procureur. Corneille s'est +représenté lui-même sous le masque du magicien Alcandre, et le duc +d'Épernon paraît avoir été le modèle du Capitan gascon. Pendant son +séjour à Bordeaux, Mondory avait fait partie de la maison de ce grand +seigneur, et c'est lui probablement qui signala à Corneille les +principaux traits de ce caractère. _L'Illusion comique_ n'est donc +qu'un cadre plus ou moins bizarre, où le poëte se met en scène avec +son acteur chéri. Il lui avait autrefois confié le sort de _Mélite_, +et Mondory s'était montré digne de cette confiance en coopérant de +tous ses talents au succès de cette première pièce. Ici Corneille +trace l'apologie du grand artiste; il raconte au public ses bonnes et +ses mauvaises fortunes, et veut qu'on applaudisse sa constance et son +courage comme on applaudit son génie. C'était lui témoigner dignement +sa reconnaissance, car la pièce n'avait pas d'autre but que de relever +Mondory aux yeux de son père, qui s'effarouchait d'avoir un fils +comédien.» + +Que Mondory ait joué Clindor, cela est probable sans être prouvé, mais +tout le reste ne repose pas même sur des hypothèses vraisemblables. + +On sait très-peu de chose sur la première partie de la vie de cet +acteur; toutefois, si l'on en croit Tallemant, qui à coup sûr se +serait plu au récit d'une jeunesse si aventureuse, il entra au théâtre +le plus simplement du monde. Les frères Parfait ont prétendu qu'il +était d'Orléans[1207], mais un des adversaires de Corneille dans la +querelle du _Cid_, Mairet, l'appelle «notre Roscius auvergnat[1208].» +Marguerite Perrier, nièce de Pascal, dit en effet, dans ses _Mémoires +de famille_, qu'il était de Clermont, «et avoit pris le nom de Mondory +parce que son parrain, qui étoit un homme de condition de cette ville, +s'appeloit M. de Mondory[1209].» Tallemant le fait naître dans une +autre localité, mais dans la même province: «Il étoit fils d'un juge +ou d'un procureur fiscal de Tiers en Auvergne, où l'on faisoit +autrefois toutes les cartes à jouer. Pour lui, il se disoit fils de +juge. Son père l'envoya à Paris chez un procureur. On dit que ce +procureur, qui aimoit assez la comédie, lui conseilla d'y aller les +fêtes et les dimanches, et qu'il y dépenseroit et s'y débaucheroit +moins que partout ailleurs. Il y prit tant de plaisir qu'il se fit +comédien lui-même; et quoiqu'il n'eût que seize ans, on lui donnoit +des principaux personnages, et insensiblement il fut le chef d'une +troupe composée de le Noir et de sa femme, qui avoient été au prince +d'Orange.» + +Que le duc d'Épernon ait eu certains rapports de caractère avec +Matamore, cela peut bien être; mais il n'était pas le seul alors: +quant aux ressemblances entre Corneille et le magicien Alcandre, nous +avouons qu'elles nous échappent tout à fait. + +Vers la fin du cinquième acte, Corneille nous introduit au milieu de +la troupe, qui partage la recette: «Tous les comédiens, dit-il, +paroissent avec leur portier, qui comptent de l'argent sur une table, +et en prennent chacun leur part.» Ce n'est point là un tableau de +fantaisie, c'est la peinture fidèle de ce qui se passait à cette +époque. Samuel Chapuzeau nous fait ainsi connaître le détail de cette +opération: «La comédie achevée et le monde retiré, les comédiens font +tous les soirs le compte de la recette du jour, où chacun peut +assister, mais où d'office doivent se trouver le trésorier, le +secrétaire et le contrôleur, l'argent leur étant apporté par le +receveur du bureau.... L'argent compté, on lève d'abord les frais +journaliers, et, quelquefois en de certains cas, ou pour acquitter une +dette peu à peu, ou pour faire quelque avance nécessaire, on lève +ensuite la somme qu'on a réglée. Ces articles mis à part, ce qui reste +de liquide est partagé sur-le-champ, et chacun emporte ce qui lui +convient[1210].» + +C'est après cette scène que vient ce bel éloge du théâtre et de l'art +du comédien, qui dut contribuer puissamment à donner une noble idée de +cette profession, si discréditée jusqu'alors. + +La vie honorable de Floridor[1211], et surtout l'arrêt qui déclare +qu'on ne déroge pas en jouant la comédie[1212], accomplirent la +révolution que notre poëte avait si heureusement préparée; le genre +dramatique s'empara dans notre littérature de la place la plus +importante, et ses interprètes obtinrent dès lors, quand ils surent +s'en rendre dignes, un rang des plus distingués dans la société +française. + +Nous ne saurions fixer sûrement la durée du succès de cette pièce. +Corneille nous apprend qu'elle se jouait encore plus de trente ans +après l'époque de la première représentation[1213]; mais tout porte à +croire qu'elle ne survécut pas à son auteur. Le dix-huitième siècle en +voulait fort à cet ouvrage étrange. Il n'a trouvé grâce que devant le +directeur actuel du Théâtre-Français, M. Édouard Thierry, qui l'a fait +représenter l'année dernière (1861) pour le deux cent +cinquante-cinquième anniversaire de la naissance de Corneille. Le +spirituel critique a pensé que cette hardiesse avait besoin, même de +notre temps, d'être excusée et préparée par toutes sortes de +précautions. Il a cru utile de rétablir dans cette circonstance +l'usage du petit discours que le chef de troupe venait prononcer jadis +pour annoncer une représentation importante; seulement c'est dans le +feuilleton du _Moniteur_ qu'il s'est adressé au public. + +«N'y eût-il dans _l'Illusion_, dit M. Édouard Thierry, que ce cri +d'orgueil, ou plutôt ce cri de bonheur jeté par Corneille à l'heure où +son génie se réveille et prend possession de lui-même[1214], il me +semble que la pièce valait la peine d'être reprise au moins une fois +et pour l'anniversaire de la naissance du grand ancêtre. Je l'ai cru, +je le crois encore, puisque la représentation aura lieu jeudi +prochain[1215]. Seulement, il faut bien le dire, la représentation ne +sera pas complète. Si le cadre de _l'Illusion_ est original et +curieux, la suite des tableaux qui s'y adaptent n'est pas toujours +intéressante. Le petit roman qui devait plaire au dix-septième siècle +a vieilli longtemps avant d'arriver au dix-neuvième; je me suis permis +de l'abréger en plus d'un endroit où Corneille, encore disciple de +Théophile, abusait singulièrement du monologue. L'acte de la +prison[1216] a été retranché. Ce n'est pas tout. La tragédie que +jouent Isabelle et Clindor dans la pièce de Corneille est certainement +bien arrangée pour entretenir l'illusion du père et faire passer le +spectateur, sans qu'il y prenne garde, des aventures réelles de +Clindor au poëme dramatique qu'il représente sur le théâtre; mais la +scène n'est ni tragique ni touchante, et elle est dangereuse[1217].... +Voilà comment Clindor en est venu, ou plutôt en viendra jeudi prochain +à jouer un fragment du premier acte de _Don Sanche d'Aragon_. Vous me +direz que _l'Illusion_ a devancé _Don Sanche_ de quatorze ans: que +voulez-vous? Les deux pièces se seront rapprochées depuis. Vous me +direz que don Sanche n'est pas assassiné: d'accord; mais les trois +rivaux qu'il provoque en combat singulier mettent à la fois l'épée à +la main contre lui, et c'est peut-être assez pour que son père le +croie déjà mort. En tout cas, si je ne m'étais pas plus permis que je +ne devais, je n'écrirais pas aujourd'hui cette longue lettre où je +réclame l'indulgence de tout le monde.» + +Pour notre part, nous aurions préféré que la pièce fût jouée sans +aucun changement; mais quel reproche faire à qui s'accuse de si bonne +grâce? M. Édouard Thierry est un amateur délicat, consommé; mais en +directeur habile il a cru devoir suivre plutôt le goût d'autrui que le +sien propre, et a sacrifié une partie du texte de Corneille pour faire +accepter plus facilement au public la pièce oubliée qu'il lui +présentait. + +Le succès a d'ailleurs pleinement justifié cette tentative, que moins +de prudence aurait pu faire échouer. Ce n'est qu'avec le temps qu'on +produira enfin sur le théâtre les oeuvres de nos auteurs classiques +dans l'intégrité de leur texte, et avec cette minutieuse exactitude +qui n'est permise que depuis bien peu d'années, même à leurs +éditeurs. + +Le 6 juin 1862, le deux cent cinquante-sixième anniversaire de la +naissance de Corneille a encore fourni l'occasion d'une nouvelle +reprise de _l'Illusion_, qui n'a pas été moins bien accueillie que +l'année précédente. + +La première publication de cette comédie forme un volume in-4º, +composé de 4 feuillets liminaires et de 124 pages. Voici son titre +exact: + +L'ILLVSION COMIQVE, COMEDIE; _à Paris, chez François Targa.... +M.DC.XXXIX. Auec priuilege du Roy_. + +Ce privilége est du 11 février 1639, et l'achevé d'imprimer porte la +date du 16 mars. Corneille, rappelé à Rouen entre ces deux époques, +comme il nous l'apprend dans sa dédicace, ne put corriger les épreuves +de cet ouvrage. Il y remédia de son mieux par une liste des: «Fautes +Notables survenues à l'Impression;» mais ce soin de l'illustre poëte +n'a guère profité à ses éditeurs, et M. Lefèvre en a tenu si peu de +compte qu'il a imprimé comme variantes la plupart des fautes que +Corneille avait signalées. + +A partir de 1660, le titre se modifie et devient simplement +_l'Illusion_. + +FOOTNOTES: + + [1205] Voyez le _Lexique_. + + [1206] Par Desmarest. + + [1207] _Histoire du Théâtre françois_, tome V, p. 96. + + [1208] _Épître familière_, p. 17. + + [1209] _Bibliothèque de l'École des chartes_, 1re série, tome V, + p. 317. + + [1210] _Le Théâtre françois_, p. 174. + + [1211] Josias de Soulas, écuyer, sieur de Floridor, succéda, au + théâtre du Marais, à d'Orgemont, dans l'emploi d'orateur de la + troupe; ensuite il remplaça Bellerose à l'hôtel de Bourgogne. + Nous aurons à parler avec quelques détails de la façon dont il + jouait Massinisse dans la _Sophonisbe_ de Corneille. Il mourut + vers 1672. Il eut trois enfants: un fils et deux filles. Son fils + fut prêtre de la paroisse de Saint-Sauveur; sa fille aînée épousa + le fils de Montfleury, et la cadette, un sieur Bigodet, qui + devint fermier général après son mariage. Voyez _Histoire du + Théâtre françois_, tome VIII, p. 217, et la note suivante. + + [1212] Voici le titre exact de cet arrêt: _Arrêt du conseil + d'État du Roi, en faveur du sieur de Floridor, comédien du Roi, + contre les commis à la recherche des usurpateurs de noblesse; qui + prouve que la qualité de comédien ne déroge point._ (Extrait des + registres du conseil d'État du 10 septembre 1668.) On y lit que + Floridor entra «dans les gardes du roi Louis XIII, père de S. M., + où il porta le mousquet dans la compagnie du sieur de la Besne, + et depuis servit en qualité d'enseigne dans le régiment de + Rambierre; et après, la réforme de quelques compagnies de ce + régiment lui fit prendre le parti de la comédie, dans laquelle il + a servi depuis vingt-cinq ans, comme il fait encore à présent, au + divertissement de S. M.» + + [1213] Voyez p. 433. + + [1214] Cessez de vous en plaindre. A présent le théâtre + Est en un point si haut que chacun l'idolâtre, + Et ce que votre temps voyoit avec mépris + Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits. + + (Vers 1645-1648.) + + [1215] Le 6 juin 1861. + + [1216] Le quatrième. + + [1217] Commencement du cinquième acte. + + +A MADEMOISELLE M. F. D. R.[1218]. + + MADEMOISELLE, + +Voici un étrange monstre que je vous dédie. Le premier acte n'est +qu'un prologue, les trois suivants font une comédie imparfaite, le +dernier est une tragédie: et tout cela, cousu ensemble, fait une +comédie. Qu'on en nomme l'invention bizarre et extravagante tant qu'on +voudra, elle est nouvelle; et souvent la grâce de la nouveauté, parmi +nos François, n'est pas un petit degré de bonté. Son succès ne m'a +point fait de honte sur le théâtre, et j'ose dire que la +représentation de cette pièce capricieuse ne vous a point déplu, +puisque vous m'avez commandé de vous en adresser l'épître quand elle +iroit sous la presse. Je suis au désespoir de vous la présenter en si +mauvais état, qu'elle en est méconnoissable: la quantité de fautes que +l'imprimeur a ajoutées aux miennes la déguise, ou pour mieux dire, la +change entièrement. C'est l'effet de mon absence de Paris, d'où mes +affaires m'ont rappelé sur le point qu'il l'imprimoit, et m'ont obligé +d'en abandonner les épreuves à sa discrétion. Je vous conjure de ne la +lire point que vous n'ayez pris la peine de corriger ce que vous +trouverez marqué en suite de cette épître. Ce n'est pas que j'y aye +employé toutes les fautes qui s'y sont coulées; le nombre en est si +grand qu'il eût épouvanté le lecteur: j'ai seulement choisi celles qui +peuvent apporter quelque corruption notable au sens, et qu'on ne peut +pas deviner aisément. Pour les autres, qui ne sont que contre la rime, +ou l'orthographe, ou la ponctuation, j'ai cru que le lecteur judicieux +y suppléeroit sans beaucoup de difficulté, et qu'ainsi il n'étoit pas +besoin d'en charger cette première feuille[1214]. Cela m'apprendra à +ne hasarder plus de pièces à l'impression durant mon absence. Ayez +assez de bonté pour ne dédaigner pas celle-ci, toute déchirée qu'elle +est; et vous m'obligerez d'autant plus à demeurer toute ma vie, + + MADEMOISELLE, + + Le plus fidèle et le plus passionné de vos + serviteurs, + + CORNEILLE. + +FOOTNOTES: + + [1218] Cette épître n'est que dans les éditions antérieures à + 1660.--Les initiales cachent-elles un nom réel? Aucun éditeur + n'est parvenu jusqu'ici à le découvrir.--Dans l'impression de + 1639 on lit partout _Madamoiselle_, au lieu de _Mademoiselle_. + + [1219] Voyez la _Notice_, p. 430. + + +EXAMEN. + +Je dirai peu de chose de cette pièce: c'est une galanterie +extravagante qui a tant d'irrégularités, qu'elle ne vaut pas la peine +de la considérer, bien que la nouveauté de ce caprice en aye rendu le +succès assez favorable pour ne me repentir pas d'y avoir perdu quelque +temps. Le premier acte ne semble qu'un prologue; les trois suivants +forment une pièce, que je ne sais comment nommer: le succès en est +tragique; Adraste y est tué, et Clindor en péril de mort; mais le +style et les personnages sont entièrement de la comédie. Il y en a +même un qui n'a d'être que dans l'imagination, inventé exprès pour +faire rire, et dont il ne se trouve point d'original parmi les hommes: +c'est un capitan qui soutient assez son caractère de fanfaron, pour me +permettre de croire qu'on en trouvera peu, dans quelque langue que ce +soit, qui s'en acquittent mieux. L'action n'y est pas complète, +puisqu'on ne sait, à la fin du quatrième acte qui la termine, ce que +deviennent les principaux acteurs, et qu'ils se dérobent plutôt au +péril qu'ils n'en triomphent. Le lieu y est assez régulier, mais +l'unité de jour n'y est pas observée. Le cinquième est une tragédie +assez courte pour n'avoir pas la juste grandeur que demande Aristote +et que j'ai tâché d'expliquer. Clindor et Isabelle, étant devenus +comédiens sans qu'on le sache, y représentent une histoire qui a du +rapport avec la leur, et semble en être la suite. Quelques-uns ont +attribué cette conformité à un manque d'invention, mais c'est un trait +d'art pour mieux abuser par une fausse mort le père de Clindor qui les +regarde, et rendre son retour de la douleur à la joie plus surprenant +et plus agréable. + +Tout cela cousu ensemble fait une comédie dont l'action n'a pour +durée que celle de sa représentation, mais sur quoi il ne feroit pas +sûr[1220] de prendre exemple. Les caprices de cette nature ne se +hasardent qu'une fois; et quand l'original auroit passé pour +merveilleux, la copie n'en peut jamais rien valoir. Le style semble +assez proportionné aux matières, si ce n'est que Lyse, en la sixième +scène du troisième acte, semble s'élever un peu trop au-dessus du +caractère de servante. Ces deux vers d'Horace lui serviront d'excuse, +aussi bien qu'au père du Menteur, quand il se met en colère contre son +fils au cinquième: + + _Interdum tamen et vocem comoedia tollit, + Iratusque Chremes tumido delitigat ore[1221]._ + +Je ne m'étendrai pas davantage sur ce poëme: tout irrégulier qu'il +est, il faut qu'il aye quelque mérite, puisqu'il a surmonté l'injure +des temps, et qu'il paroît encore sur nos théâtres, bien qu'il y aye +plus de trente années[1222] qu'il est au monde, et qu'une si longue +révolution en aye enseveli beaucoup sous la poussière, qui sembloient +avoir plus de droit que lui de prétendre à une si heureuse durée. + +FOOTNOTES: + + [1220] VAR. (édit. de 1663 et de 1664): il ne seroit pas sûr. + + [1221] _Art poétique_, vers 93 et 94. + + [1222] On lit ainsi à partir de l'impression de 1668; dans les + éditions antérieures: «plus de vingt et cinq années.» + + + + +ACTEURS. + + + ALCANDRE, magicien. + PRIDAMANT, père de Clindor. + DORANTE, ami de Pridamant. + MATAMORE, Capitan gascon, amoureux d'Isabelle. + CLINDOR, suivant du Capitan et amant d'Isabelle. + ADRASTE, gentilhomme, amoureux d'Isabelle. + GÉRONTE, père d'Isabelle. + ISABELLE, fille de Géronte. + LYSE, servante d'Isabelle. + GEÔLIER de Bordeaux. + PAGE du Capitan. + CLINDOR[1223], représentant THÉAGÈNE, seigneur anglois. + ISABELLE, représentant HIPPOLYTE, femme de Théagène. + LYSE, représentant CLARINE, suivante d'Hippolyte[1224]. + ÉRASTE, écuyer de Florilame. + TROUPE DE DOMESTIQUES D'ADRASTE. + TROUPE DE DOMESTIQUES DE FLORILAME. + +La scène est en Touraine, en une campagne proche de la grotte du +Magicien[1225] + + + + +L'ILLUSION. + +COMÉDIE. + + + + +ACTE I. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +PRIDAMANT, DORANTE. + + DORANTE. + + Ce mage, qui d'un mot renverse la nature[1226], + N'a choisi pour palais que cette grotte obscure. + La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour, + N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour, + De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres 5 + Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres. + N'avancez pas: son art au pied de ce rocher + A mis de quoi punir qui s'en ose approcher; + Et cette large bouche est un mur invisible, + Où l'air en sa faveur devient inaccessible, 10 + Et lui fait un rempart, dont les funestes bords + Sur un peu de poussière étalent mille morts. + Jaloux de son repos plus que de sa défense, + Il perd qui l'importune, ainsi que qui l'offense; + Malgré l'empressement d'un curieux désir[1227], 15 + Il faut, pour lui parler, attendre son loisir: + Chaque jour il se montre, et nous touchons à l'heure + Où pour se divertir il sort de sa demeure[1228]. + + PRIDAMANT. + + J'en attends peu de chose, et brûle de le voir. + J'ai de l'impatience, et je manque d'espoir. 20 + Ce fils, ce cher objet de mes inquiétudes, + Qu'ont éloigné de moi des traitements trop rudes, + Et que depuis dix ans je cherche en tant de lieux, + A caché pour jamais sa présence à mes yeux. + Sous ombre qu'il prenoit un peu trop de licence, 25 + Contre ses libertés je roidis ma puissance; + Je croyois le dompter à force de punir[1229], + Et ma sévérité ne fit que le bannir. + Mon âme vit l'erreur dont elle étoit séduite: + Je l'outrageois présent, et je pleurai sa fuite; 30 + Et l'amour paternel me fit bientôt sentir + D'une injuste rigueur un juste repentir. + Il l'a fallu chercher: j'ai vu dans mon voyage + Le Pô, le Rhin, la Meuse, et la Seine, et le Tage: + Toujours le même soin travaille mes esprits; 35 + Et ces longues erreurs[1230] ne m'en ont rien appris. + Enfin, au désespoir de perdre tant de peine, + Et n'attendant plus rien de la prudence humaine, + Pour trouver quelque borne à tant de maux soufferts[1231], + J'ai déjà sur ce point consulté les enfers. 40 + J'ai vu les plus fameux en la haute science[1232] + Dont vous dites qu'Alcandre a tant d'expérience: + On m'en faisoit l'état que vous faites de lui[1233], + Et pas un d'eux n'a pu soulager mon ennui. + L'enfer devient muet quand il me faut répondre, 45 + Ou ne me répond rien qu'afin de me confondre. + + DORANTE. + + Ne traitez pas Alcandre en homme du commun; + Ce qu'il sait en son art n'est connu de pas un. + Je ne vous dirai point qu'il commande au tonnerre, + Qu'il fait enfler les mers, qu'il fait trembler la terre; 50 + Que de l'air, qu'il mutine en mille tourbillons, + Contre ses ennemis il fait des bataillons; + Que de ses mots savants les forces inconnues + Transportent les rochers, font descendre les nues, + Et briller dans la nuit l'éclat de deux soleils; 55 + Vous n'avez pas besoin de miracles pareils: + Il suffira pour vous qu'il lit dans les pensées, + Qu'il connoît l'avenir et les choses passées[1234]; + Rien n'est secret pour lui dans tout cet univers, + Et pour lui nos destins sont des livres ouverts. 60 + Moi-même, ainsi que vous, je ne pouvois le croire: + Mais sitôt qu'il me vit, il me dit mon histoire; + Et je fus étonné d'entendre le discours[1235] + Des traits les plus cachés de toutes mes amours[1236]. + + PRIDAMANT. + + Vous m'en dites beaucoup. + + DORANTE. + + J'en ai vu davantage. 65 + + PRIDAMANT. + + Vous essayez en vain de me donner courage; + Mes soins et mes travaux verront, sans aucun fruit, + Clore mes tristes jours d'une éternelle nuit. + + DORANTE. + + Depuis que j'ai quitté le séjour de Bretagne + Pour venir faire ici le noble de campagne, 70 + Et que deux ans d'amour, par une heureuse fin, + M'ont acquis Sylvérie et ce château voisin, + De pas un, que je sache, il n'a déçu l'attente: + Quiconque le consulte en sort l'âme contente. + Croyez-moi, son secours n'est pas à négliger: 75 + D'ailleurs il est ravi quand il peut m'obliger, + Et j'ose me vanter qu'un peu de mes prières + Vous obtiendra de lui des faveurs singulières. + + PRIDAMANT. + + Le sort m'est trop cruel pour devenir si doux. + + DORANTE. + + Espérez mieux: il sort, et s'avance vers nous[1237]. 80 + Regardez-le marcher; ce visage si grave, + Dont le rare savoir tient la nature esclave, + N'a sauvé toutefois des ravages du temps + Qu'un peu d'os et de nerfs qu'ont décharnés cent ans; + Son corps, malgré son âge, a les forces robustes, 85 + Le mouvement facile, et les démarches justes: + Des ressorts inconnus agitent le vieillard, + Et font de tous ses pas[1238] des miracles de l'art. + + +SCÈNE II. + +ALCANDRE, PRIDAMANT, DORANTE. + + DORANTE. + + Grand démon du savoir, de qui les doctes veilles + Produisent chaque jour de nouvelles merveilles, 90 + A qui rien n'est secret dans nos intentions, + Et qui vois, sans nous voir, toutes nos actions: + Si de ton art divin le pouvoir admirable + Jamais en ma faveur se rendit secourable, + De ce père affligé soulage les douleurs; 95 + Une vieille amitié prend part en ses malheurs. + Rennes ainsi qu'à moi lui donna la naissance[1239], + Et presque entre ses bras j'ai passé mon enfance; + Là son fils, pareil d'âge et de condition[1240], + S'unissant avec moi d'étroite affection.... 100 + + ALCANDRE. + + Dorante, c'est assez, je sais ce qui l'amène: + Ce fils est aujourd'hui le sujet de sa peine. + Vieillard, n'est-il pas vrai que son éloignement + Par un juste remords te gêne incessamment? + Qu'une obstination à te montrer sévère 105 + L'a banni de ta vue, et cause ta misère? + Qu'en vain, au repentir de ta sévérité, + Tu cherches en tous lieux ce fils si maltraité? + + PRIDAMANT. + + Oracle de nos jours, qui connois toutes choses[1241], + En vain de ma douleur je cacherois les causes; 110 + Tu sais trop quelle fut mon injuste rigueur, + Et vois trop clairement les secrets de mon coeur. + Il est vrai, j'ai failli; mais pour mes injustices + Tant de travaux en vain sont d'assez grands supplices: + Donne enfin quelque borne à mes regrets cuisants, 115 + Rends-moi l'unique appui de mes débiles ans. + Je le tiendrai rendu si j'en ai des nouvelles[1242]; + L'amour pour le trouver me fournira des ailes. + Où fait-il sa retraite? en quels lieux dois-je aller? + Fût-il au bout du monde, on m'y verra voler. 120 + + ALCANDRE. + + Commencez d'espérer: vous saurez par mes charmes + Ce que le ciel vengeur refusoit à vos larmes. + Vous reverrez ce fils plein de vie et d'honneur: + De son bannissement il tire son bonheur. + C'est peu de vous le dire: en faveur de Dorante 125 + Je vous veux faire voir sa fortune éclatante[1243]. + Les novices de l'art, avec tous leurs encens[1244], + Et leurs mots inconnus, qu'ils feignent tout-puissants, + Leurs herbes, leurs parfums et leurs cérémonies[1245], + Apportent au métier des longueurs infinies, 130 + Qui ne sont, après tout, qu'un mystère pipeur + Pour se faire valoir et pour vous faire peur[1246]: + Ma baguette à la main, j'en ferai davantage. + +(Il donne un coup de baguette, et on tire un rideau derrière lequel +sont en parade les plus beaux habits des comédiens.) + + Jugez de votre fils par un tel équipage: + Eh bien! celui d'un prince a-t-il plus de splendeur? + Et pouvez-vous encor douter de sa grandeur[1247]? + + PRIDAMANT. + + D'un amour paternel vous flattez les tendresses; + Mon fils n'est point de rang à porter ces richesses[1248], + Et sa condition ne sauroit consentir[1249] + Que d'une telle pompe il s'ose revêtir. 140 + + ALCANDRE. + + Sous un meilleur destin sa fortune rangée, + Et sa condition avec le temps changée, + Personne maintenant n'a de quoi murmurer + Qu'en public de la sorte il aime à se parer[1250]. + + PRIDAMANT. + + A cet espoir si doux j'abandonne mon âme; 145 + Mais parmi ces habits je vois ceux d'une femme: + Seroit-il marié? + + ALCANDRE. + + Je vais de ses amours + Et de tous ses hasards vous faire le discours. + Toutefois, si votre âme étoit assez hardie, + Sous une illusion vous pourriez voir sa vie, 150 + Et tous ses accidents[1251] devant vous exprimés + Par des spectres pareils à des corps animés: + Il ne leur manquera ni geste ni parole. + + PRIDAMANT. + + Ne me soupçonnez point d'une crainte frivole: + Le portrait de celui que je cherche en tous lieux 155 + Pourroit-il par sa vue épouvanter mes yeux? + + ALCANDRE[1252]. + + Mon cavalier, de grâce, il faut faire retraite, + Et souffrir qu'entre nous l'histoire en soit secrète. + + PRIDAMANT. + + Pour un si bon ami je n'ai point de secrets. + + DORANTE. + + Il nous faut sans réplique accepter ses arrêts[1253]; 160 + Je vous attends chez moi. + + ALCANDRE. + + Ce soir, si bon lui semble, + Il vous apprendra tout quand vous serez ensemble. + + +SCÈNE III. + +ALCANDRE, PRIDAMANT. + + ALCANDRE. + + Votre fils tout d'un coup ne fut pas grand seigneur; + Toutes ses actions ne vous font pas honneur, + Et je serois marri d'exposer sa misère 165 + En spectacle à des yeux autres que ceux d'un père. + Il vous prit quelque argent, mais ce petit butin + A peine lui dura du soir jusqu'au matin; + Et pour gagner Paris, il vendit par la plaine + Des brevets à chasser la fièvre et la migraine, 170 + Dit la bonne aventure, et s'y rendit ainsi. + Là, comme on vit d'esprit, il en vécut aussi. + Dedans Saint-Innocent il se fit secrétaire[1254]; + Après, montant d'état, il fut clerc d'un notaire. + Ennuyé de la plume, il la quitta soudain[1255], 175 + Et fit danser un singe au faubourg[1256] Saint-Germain[1257] + Il se mit sur la rime, et l'essai de sa veine + Enrichit les chanteurs de la Samaritaine[1258]. + Son style prit après de plus beaux ornements; + Il se hasarda même à faire des romans, 180 + Des chansons pour Gautier[1259], des pointes pour Guillaume[1260]. + Depuis, il trafiqua de chapelets de baume[1261], + Vendit du mithridate en maître opérateur, + Revint dans le Palais, et fut solliciteur. + Enfin, jamais Buscon, Lazarille de Tormes, 185 + Sayavèdre, et Gusman[1262], ne prirent tant de formes: + C'étoit là pour Dorante un honnête entretien! + + PRIDAMANT. + + Que je vous suis tenu de ce qu'il n'en sait rien! + + ALCANDRE. + + Sans vous faire rien voir, je vous en fais un conte, + Dont le peu de longueur épargne votre honte. 190 + Las de tant de métiers sans honneur et sans fruit, + Quelque meilleur destin à Bordeaux l'a conduit; + Et là, comme il pensoit au choix d'un exercice, + Un brave du pays l'a pris à son service. + Ce guerrier amoureux en a fait son agent: 195 + Cette commission l'a remeublé d'argent; + Il sait avec adresse, en portant les paroles, + De la vaillante dupe attraper les pistoles; + Même de son agent il s'est fait son rival, + Et la beauté qu'il sert ne lui veut point de mal. 200 + Lorsque de ses amours vous aurez vu l'histoire, + Je vous le veux montrer plein d'éclat et de gloire, + Et la même action qu'il pratique aujourd'hui. + + PRIDAMANT. + + Que déjà cet espoir soulage mon ennui! + + ALCANDRE. + + Il a caché son nom en battant la campagne, 205 + Et s'est fait de Clindor le sieur de la Montagne: + C'est ainsi que tantôt vous l'entendrez nommer. + Voyez tout sans rien dire et sans vous alarmer. + Je tarde un peu beaucoup pour votre impatience; + N'en concevez pourtant aucune défiance: 210 + C'est qu'un charme ordinaire a trop peu de pouvoir + Sur les spectres parlants qu'il faut vous faire voir. + Entrons dedans ma grotte, afin que j'y prépare + Quelques charmes nouveaux pour un effet si rare. + +FIN DU PREMIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [1223] L'indication de ce rôle et des deux suivants manque dans + l'édition de 1639. + + [1224] On lit de plus, à la suite de ce rôle, dans les éditions + de 1639-1657: ROSINE, _princesse d'Angleterre_, _femme de + Florilame_ + + [1225] Le lieu de la scène n'est pas marqué dans l'édition de + 1639. + + [1226] _Var._ Ce grand mage, dont l'art commande à la nature. + (1639-57) + + [1227] _Var._ Si bien que ceux qu'amène un curieux desir + Pour consulter Alcandre attendent son loisir. (1639-57) + + [1228] _Var._ Que pour se divertir il sort de sa demeure. + (1639-64) + + [1229] _Var._ Je croyois le réduire à force de punir. (1639-57) + + [1230] _Longues erreurs_, longs voyages. + + [1231] _Var._ Pour trouver quelque fin à tant de maux soufferts. + (1639) + + [1232] _Var._ J'ai vu les plus fameux en ces noires sciences + Dont vous dites qu'Alcandre a tant d'expériences. (1639-57) + + [1233] _Var._ On en faisoit l'état que vous faites de lui. + (1639-57) + + [1234] _Var._ Et connoît l'avenir et les choses passées. (1639) + + [1235] _Var._ Et je fus étonné d'entendre les discours. (1639) + + [1236] _Var._ Des traits les plus cachés de mes jeunes amours. + (1639-60) + + [1237] _Var._ Espérez mieux: il sort, et s'avance vers vous. + (1639) + + [1238] L'édition de 1639 donne, par erreur sans doute, _ces pas_, + pour _ses pas_. Un peu plus bas, au vers 98, il y a de même _ces + bras_, pour _ses bras_. + + [1239] _Var._ Rennes ainsi qu'à moi lui donne la naissance. + (1639) + + [1240] _Var._ Là de son fils et moi naquit l'affection: + Nous étions pareils d'âge et de condition. (1639-57) + + [1241] _Var._ Oracle de nos jours, qui connoît toutes choses. + (1639) + + [1242] _Var._ Je le tiendrai rendu si j'en sais des nouvelles. + (1639-68) + + [1243] _Var._ Je veux vous faire voir sa fortune éclatante. + (1639-64) + + [1244] _Var._ Les novices de l'art, avecque leurs encens. + (1639-57) + + [1245] L'édition originale (1639) nous offre ici une variante qui + pourrait s'expliquer, mais qui est corrigée comme une faute dans + l'errata: + + Leurs herbes, fleurs, parfums et leurs cérémonies. + + [1246] _Var._ Pour les faire valoir et pour vous faire peur. + (1639) + + [1247] Chapuzeau, dans un chapitre de son _Théâtre françois_ qui + a pour titre _Grande dépense en habits_ (p. 170), nous donne + quelques détails qui prouvent que Pridamant parle ici sans aucune + exagération: «Cet article de la dépense des comédiens est plus + considérable qu'on ne s'imagine. Il y a peu de pièces nouvelles + qui ne leur coûtent de nouveaux ajustements, et le faux or ni le + faux argent qui rougissent bientôt n'y étant pas employés, un + habit à la romaine ira souvent à cinq cents écus. Ils aiment + mieux user de ménage en toute autre chose pour donner plus de + contentement au public, et il y a tel comédien dont l'équipage + vaut plus de dix mille francs. Il est vrai que lorsqu'ils + représentent une pièce qui n'est uniquement que pour les plaisirs + du Roi, les gentilshommes de la chambre ont ordre de donner à + chaque acteur, pour les ajustements nécessaires, une somme de + cent écus ou quatre cents livres, et s'il arrive qu'un même + acteur ait deux ou trois personnages à représenter, il touche de + l'argent comme pour deux ou trois.» + + [1248] _Var._ Mon fils n'est point du rang à porter ces + richesses. (1639) + + [1249] _Var._ Et sa condition ne sauroit endurer + Qu'avecque tant de pompe il ose se parer. (1639-57) + + [1250] _Var._ Qu'en public de la sorte il ose se parer. (1639-57) + + [1251] L'édition de 1682 a seule ici: _ces accidents_, pour _ses + accidents_. + + [1252] Après le nom d'ALCANDRE, Thomas Corneille, dans l'édition + de 1692, a ajouté ici, et plus bas à la fin de la scène: _à + Dorante_, indication qui n'est pas inutile pour la clarté. + + [1253] _Var._ Il vous faut sans réplique accepter ses arrêts. + (1639) + + [1254] Un grand nombre d'écrivains publics étaient alors établis + dans le cloître de Saint-Innocent. L'auteur d'un petit écrit + publié en 1615 et qui a pour titre _Le Secrétaire de + Saint-Innocent_, fait l'apologie de cette profession, «laquelle, + dit-il, ne me fait pas.... si peu d'honneur, qu'il n'y ait encore + un des marguilliers et deux bourgeois de la paroisse qui me + saluent les premiers quand ils me rencontrent et me disent en + passant: «Dieu vous gard', Monsieur!» Qu'en pourroit attendre + davantage un gentilhomme de dix mille francs de rente? Il s'en + sentiroit bien fort honoré.» Quant aux profits, ils n'étaient pas + bien considérables, à ce qu'il paraît; car nous voyons un + charbonnier et un crocheteur aborder l'écrivain, lui payer à + boire; après quoi, le charbonnier lui dit: «Vous ne serez pas + malcontent de nous, qui avons encore chacun une pièce de cinq + sous de reste après avoir bu.» Ce qui fait dire à l'auteur, + émerveillé d'une si bonne aubaine: «Qui fut bien aise d'une si + belle et si utile occasion, à laquelle chaque bissexte n'en porte + pas deux semblables? ce fut moi.»--Voyez encore, dans _la Ville + de Paris en vers burlesques_ de Berthod, le long morceau où il + décrit la conduite et le style des secrétaires de Saint-Innocent. + + [1255] _Var._ Ennuyé de la plume, il le quitta soudain. (1644-68) + + --Les éditions de 1652 et de 1657 donnent, par erreur: _se quitta_, + pour _le quitta_. + + [1256] A la foire Saint-Germain, qui se tenait sur l'emplacement + actuel du marché Saint-Germain et s'étendait jusqu'à l'extrémité + de la rue de Tournon et aux environs du Luxembourg. Elle + s'ouvrait le 3 février; elle a eu lieu pour la dernière fois en + 1789. + + [1257] _Var._ Et dans l'Académie il joua de la main. (1639) + + [1258] La fontaine de la Samaritaine, élevée sur le Pont-Neuf, + tirait son nom d'un groupe de bronze doré représentant Jésus et + la Samaritaine auprès du puits de Jacob. Elle a été entièrement + détruite en 1812.--Nous appelons encore _ponts-neufs_ les + chansons qui courent les rues. + + [1259] On pourrait être tenté de croire qu'il est question de + Gautier-Garguille, comédien d'abord au Marais, et ensuite à + l'Hôtel de Bourgogne; mais les noms _Gautier_ et _Guillaume_ + s'employaient autrefois d'une manière générale, comme aujourd'hui + _Pierre_ et _Paul_. Voyez Godefroy, _Lexique de Corneille_, tome + II, p. 433. + + [1260] Il ne s'agit pas ici de Gros-Guillaume. Voyez la note + précédente. + + [1261] _Var._ Depuis il trafiqua des chapelets de baume. (1654 et + 60) + + [1262] Buscon, Lazarille, Gusman sont les héros de divers romans + espagnols, du genre picaresque, dont il avait paru des + traductions françaises, soit à la fin du seizième, soit au + commencement du dix-septième siècle. Celui auquel Buscon donne + son nom a pour auteur don François Quevedo de Villegas, et a été + publié en français en 1633. Les aventures de Lazarille de Tormes + ont été attribuées par les uns à Diego Hurtado de Mendoza, par + d'autres à Jean de Ortega: une traduction française de la + première partie a paru dès 1560; une autre, de la première et de + la seconde, en 1620. La vie et les gestes de Guzman d'Alfarache, + écrits en espagnol par Matthieu Aleman, furent traduits en + français, en 1600, puis en 1632. Sayavèdre ou Sayavedra est un + chevalier d'industrie, qui, après avoir dépouillé Guzman + d'Alfarache de tout ce qu'il possédait, devient son domestique et + partage quelque temps sa vie aventureuse. Voyez les livres IV et + V du roman. + + + + +ACTE II. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +ALCANDRE, PRIDAMANT. + + ALCANDRE. + + Quoi qui s'offre[1263] à nos yeux, n'en ayez point d'effroi[1264]; + De ma grotte surtout ne sortez qu'après moi: + Sinon, vous êtes mort. Voyez déjà paroître + Sous deux fantômes vains votre fils et son maître. + + PRIDAMANT. + + O Dieux! je sens mon âme après lui s'envoler. + + ALCANDRE. + + Faites-lui du silence, et l'écoutez parler. 220 + + +SCÈNE II. + +MATAMORE, CLINDOR. + + CLINDOR. + + Quoi! Monsieur, vous rêvez! et cette âme hautaine, + Après tant de beaux faits, semble être encore en peine! + N'êtes-vous point lassé d'abattre des guerriers, + Et vous faut-il encor quelques nouveaux lauriers[1265]? + + MATAMORE. + + Il est vrai que je rêve, et ne saurois résoudre 225 + Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre, + Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor. + + CLINDOR. + + Eh! de grâce, Monsieur, laissez-les vivre encor: + Qu'ajouteroit leur perte à votre renommée? + D'ailleurs quand auriez-vous rassemblé votre armée[1266]? + + MATAMORE. + + Mon armée? Ah, poltron! ah, traître! pour leur mort + Tu crois donc que ce bras ne soit pas assez fort? + Le seul bruit de mon nom renverse les murailles[1267], + Défait les escadrons, et gagne les batailles. + Mon courage invaincu contre les empereurs 235 + N'arme que la moitié de ses moindres fureurs; + D'un seul commandement que je fais aux trois Parques, + Je dépeuple l'État des plus heureux monarques; + Le foudre est mon canon, les Destins mes soldats: + Je couche d'un revers mille ennemis à bas. 240 + D'un souffle je réduis leurs projets en fumée; + Et tu m'oses parler cependant d'une armée! + Tu n'auras plus l'honneur de voir un second Mars: + Je vais t'assassiner d'un seul de mes regards, + Veillaque[1268]. Toutefois je songe à ma maîtresse: 245 + Ce penser m'adoucit: va, ma colère cesse[1269], + Et ce petit archer qui dompte tous les Dieux + Vient de chasser la mort qui logeoit dans mes yeux. + Regarde, j'ai quitté cette effroyable mine + Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine; 250 + Et, pensant au bel oeil qui tient ma liberté, + Je ne suis plus qu'amour, que grâce, que beauté. + + CLINDOR. + + O Dieux! en un moment que tout vous est possible! + Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible[1270], + Et ne crois point d'objet si ferme en sa rigueur, 255 + Qu'il puisse constamment vous refuser son coeur[1271]. + + MATAMORE. + + Je te le dis encor, ne sois plus en alarme: + Quand je veux, j'épouvante; et quand je veux, je charme; + Et, selon qu'il me plaît, je remplis tour à tour + Les hommes de terreur, et les femmes d'amour. 260 + Du temps que ma beauté m'étoit inséparable, + Leurs persécutions me rendoient misérable: + Je ne pouvois sortir sans les faire pâmer. + Mille mouroient par jour à force de m'aimer: + J'avois des rendez-vous de toutes les princesses; 265 + Les reines à l'envi mendioient mes caresses; + Celle d'Éthïopie, et celle du Japon, + Dans leurs soupirs d'amour ne mêloient que mon nom. + De passion pour moi deux sultanes troublèrent[1272]; + Deux autres, pour me voir, du sérail s'échappèrent: 270 + J'en fus mal quelque temps avec le Grand Seigneur. + + CLINDOR. + + Son mécontentement n'alloit qu'à votre honneur. + + MATAMORE. + + Ces pratiques nuisoient à mes desseins de guerre, + Et pouvoient m'empêcher de conquérir la terre. + D'ailleurs, j'en devins las; et pour les arrêter, 275 + J'envoyai le Destin dire à son Jupiter + Qu'il trouvât un moyen qui[1273] fît cesser les flammes + Et l'importunité dont m'accabloient les dames: + Qu'autrement ma colère iroit dedans les cieux + Le dégrader soudain de l'empire des Dieux, 280 + Et donneroit à Mars à gouverner sa foudre[1274]. + La frayeur qu'il en eut le fit bientôt résoudre: + Ce que je demandois fut prêt en un moment; + Et depuis, je suis beau quand je veux seulement. + + CLINDOR. + + Que j'aurois, sans cela, de poulets à vous rendre! 285 + + MATAMORE. + + De quelle que ce soit, garde-toi bien d'en prendre, + Sinon de.... Tu m'entends? Que dit-elle de moi? + + CLINDOR. + + Que vous êtes des coeurs et le charme et l'effroi; + Et que si quelque effet peut suivre vos promesses, + Son sort est plus heureux que celui des Déesses. 290 + + MATAMORE. + + Écoute. En ce temps-là, dont tantôt je parlois, + Les Déesses aussi se rangeoient sous mes lois; + Et je te veux conter une étrange aventure + Qui jeta du désordre en toute la nature, + Mais désordre aussi grand qu'on en voie arriver. 295 + Le Soleil fut un jour sans se pouvoir lever, + Et ce visible Dieu, que tant de monde adore, + Pour marcher devant lui ne trouvoit point d'Aurore: + On la cherchoit partout, au lit du vieux Tithon, + Dans les bois de Céphale, au palais de Memnon; 300 + Et faute de trouver cette belle fourrière[1275], + Le jour jusqu'à midi se passa sans lumière[1276]. + + CLINDOR. + + Où pouvoit être alors la reine des clartés[1277]? + + MATAMORE. + + Au milieu de ma chambre, à m'offrir ses beautés. + Elle y perdit son temps, elle y perdit ses larmes; 305 + Mon coeur fut insensible à ses plus puissants charmes; + Et tout ce qu'elle obtint pour son frivole amour[1278] + Fut un ordre précis d'aller rendre le jour. + + CLINDOR. + + Cet étrange accident me revient en mémoire; + J'étois lors en Mexique, où j'en appris l'histoire, 310 + Et j'entendis conter que la Perse en courroux + De l'affront de son Dieu murmuroit contre vous. + + MATAMORE. + + J'en ouïs quelque chose, et je l'eusse punie; + Mais j'étois engagé dans la Transylvanie, + Où ses ambassadeurs, qui vinrent l'excuser, 315 + A force de présents me surent apaiser. + + CLINDOR. + + Que la clémence est belle en un si grand courage! + + MATAMORE. + + Contemple, mon ami, contemple ce visage: + Tu vois un abrégé de toutes les vertus. + D'un monde d'ennemis sous mes pieds abattus, 320 + Dont la race est périe, et la terre déserte, + Pas un qu'à son orgueil n'a jamais dû sa perte. + Tous ceux qui font hommage à mes perfections + Conservent leurs États par leurs submissions. + En Europe, où les rois sont d'une humeur civile, 325 + Je ne leur rase point de château ni de ville: + Je les souffre régner, mais chez les Africains, + Partout où j'ai trouvé des rois un peu trop vains, + J'ai détruit les pays[1279] pour punir leurs monarques[1280], + Et leurs vastes déserts en sont de bonnes marques: 330 + Ces grands sables qu'à peine on passe sans horreur + Sont d'assez beaux effets de ma juste fureur. + + CLINDOR. + + Revenons à l'amour: voici votre maîtresse. + + MATAMORE. + + Ce diable de rival l'accompagne sans cesse. + + CLINDOR. + + Où vous retirez-vous? + + MATAMORE. + + Ce fat n'est pas vaillant; 335 + Mais il a quelque humeur qui le rend insolent. + Peut-être qu'orgueilleux d'être avec cette belle, + Il seroit assez vain pour me faire querelle. + + CLINDOR. + + Ce seroit bien courir lui-même à son malheur. + + MATAMORE. + + Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point de valeur[1281]. 340 + + CLINDOR. + + Cessez d'être charmant, et faites-vous terrible. + + MATAMORE. + + Mais tu n'en prévois pas l'accident infaillible; + Je ne saurois me faire effroyable à demi: + Je tuerois ma maîtresse avec mon ennemi. + Attendons en ce coin l'heure qui les sépare. 345 + + CLINDOR. + + Comme votre valeur, votre prudence est rare. + + +SCÈNE III. + +ADRASTE, ISABELLE. + + ADRASTE. + + Hélas! s'il est ainsi, quel malheur est le mien! + Je soupire, j'endure, et je n'avance rien; + Et malgré les transports de mon amour extrême, + Vous ne voulez pas croire encor que je vous aime. 350 + + ISABELLE. + + Je ne sais pas, Monsieur, de quoi vous me blâmez. + Je me connois aimable, et crois que vous m'aimez: + Dans vos soupirs ardents j'en vois trop d'apparence; + Et quand bien de leur part j'aurois moins d'assurance, + Pour peu qu'un honnête homme ait vers moi[1282] de crédit, + Je lui fais la faveur de croire ce qu'il dit. + Rendez-moi la pareille; et puisqu'à votre flamme + Je ne déguise rien de ce que j'ai dans l'âme, + Faites-moi la faveur de croire sur ce point + Que bien que vous m'aimiez, je ne vous aime point. 360 + + ADRASTE. + + Cruelle, est-ce là donc[1283] ce que vos injustices + Ont réservé de prix à de si longs services? + Et mon fidèle amour est-il si criminel + Qu'il doive être puni d'un mépris éternel? + + ISABELLE. + + Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses: + Des épines pour moi, vous les nommez des roses; + Ce que vous appelez service, affection, + Je l'appelle supplice et persécution. + Chacun dans sa croyance également s'obstine. + Vous pensez m'obliger d'un feu qui m'assassine; 370 + Et ce que vous jugez digne du plus haut prix[1284] + Ne mérite, à mon gré, que haine et que mépris. + + ADRASTE. + + N'avoir que du mépris pour des flammes si saintes + Dont j'ai reçu du ciel les premières atteintes! + Oui, le ciel, au moment qu'il me fit respirer, 375 + Ne me donna de coeur que pour vous adorer[1285]. + Mon âme vint au jour pleine de votre idée[1286]; + Avant que de vous voir vous l'avez possédée; + Et quand je me rendis à des regards si doux[1287], + Je ne vous donnai rien qui ne fût tout à vous, 380 + Rien que l'ordre du ciel n'eût déjà fait tout vôtre. + + ISABELLE. + + Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir une autre[1288]; + Il vous fit pour m'aimer, et moi pour vous haïr: + Gardons-nous bien tous deux de lui désobéir. + Vous avez, après tout, bonne part à sa haine[1289], 385 + Ou d'un crime secret il vous livre à la peine; + Car je ne pense pas qu'il soit tourment égal + Au supplice d'aimer qui vous traite si mal. + + ADRASTE. + + La grandeur de mes maux vous étant si connue, + Me refuserez-vous la pitié qui m'est due? 390 + + ISABELLE. + + Certes j'en ai beaucoup, et vous plains d'autant plus + Que je vois ces tourments tout à fait superflus[1290], + Et n'avoir pour tout fruit d'une longue souffrance + Que l'incommode honneur d'une triste constance. + + ADRASTE. + + Un père l'autorise, et mon feu maltraité 395 + Enfin aura recours à son autorité. + + ISABELLE. + + Ce n'est pas le moyen de trouver votre conte[1291]; + Et d'un si beau dessein vous n'aurez que la honte. + + ADRASTE. + + J'espère voir pourtant, avant la fin du jour, + Ce que peut son vouloir au défaut de l'amour. 400 + + ISABELLE. + + Et moi, j'espère voir, avant que le jour passe, + Un amant accablé de nouvelle disgrâce. + + ADRASTE. + + Eh quoi! cette rigueur ne cessera jamais? + + ISABELLE. + + Allez trouver mon père, et me laissez en paix. + + ADRASTE. + + Votre âme, au repentir de sa froideur passée, 405 + Ne la veut point quitter sans être un peu forcée: + J'y vais tout de ce pas, mais avec des serments + Que c'est pour obéir à vos commandements. + + ISABELLE. + + Allez continuer une vaine poursuite. + + +SCÈNE IV. + +MATAMORE, ISABELLE, CLINDOR. + + MATAMORE. + + Eh bien! dès qu'il m'a vu, comme a-t-il pris la fuite? 410 + M'a-t-il bien su quitter la place au même instant? + + ISABELLE. + + Ce n'est pas honte à lui, les rois en font autant, + Du moins si ce grand bruit qui court de vos merveilles[1292] + N'a trompé mon esprit en frappant mes oreilles. + + MATAMORE. + + Vous le pouvez bien croire, et pour le témoigner, 415 + Choisissez en quels lieux il vous plaît de régner: + Ce bras tout aussitôt vous conquête un empire; + J'en jure par lui-même, et cela c'est tout dire. + + ISABELLE. + + Ne prodiguez pas tant ce bras toujours vainqueur; + Je ne veux point régner que dessus votre coeur: 420 + Toute l'ambition que me donne ma flamme, + C'est d'avoir pour sujets les desirs de votre âme. + + MATAMORE. + + Ils vous sont tous acquis, et pour vous faire voir + Que vous avez[1293] sur eux un absolu pouvoir, + Je n'écouterai plus cette humeur de conquête; 425 + Et laissant tous les rois leurs couronnes en tête, + J'en prendrai seulement deux ou trois pour valets, + Qui viendront à genoux vous rendre mes poulets. + + ISABELLE. + + L'éclat de tels suivants attireroit l'envie + Sur le rare bonheur où je coule ma vie; 430 + Le commerce discret de nos affections + N'a besoin que de lui pour ces commissions[1294]. + + MATAMORE. + + Vous avez, Dieu me sauve! un esprit à ma mode; + Vous trouvez, comme moi, la grandeur incommode. + Les sceptres les plus beaux n'ont rien pour moi d'exquis: + Je les rends aussitôt que je les ai conquis, + Et me suis vu charmer quantité de princesses, + Sans que jamais mon coeur les voulût pour maîtresses[1295]. + + ISABELLE. + + Certes en ce point seul je manque un peu de foi. + Que vous ayez quitté des princesses pour moi! 440 + Que vous leur refusiez un coeur dont je dispose[1296]! + + MATAMORE[1297]. + + Je crois que la Montagne en saura quelque chose. + Viens çà. Lorsqu'en la Chine, en ce fameux tournoi, + Je donnai dans la vue aux deux filles du Roi, + Que te dit-on en cour de cette jalousie[1298] 445 + Dont pour moi toutes deux eurent l'âme saisie[1299]? + + CLINDOR. + + Par vos mépris enfin l'une et l'autre[1300] mourut. + J'étois lors en Égypte, où le bruit en courut; + Et ce fut en ce temps que la peur de vos armes + Fit nager le grand Caire en un fleuve de larmes. 450 + Vous veniez d'assommer dix géants en un jour; + Vous aviez désolé les pays d'alentour, + Rasé quinze châteaux, aplani deux montagnes, + Fait passer par le feu villes, bourgs et campagnes, + Et défait, vers Damas, cent mille combattants. 455 + + MATAMORE. + + Que tu remarques bien et les lieux et les temps! + Je l'avois oublié. + + ISABELLE. + + Des faits si pleins de gloire + Vous peuvent-ils ainsi sortir de la mémoire? + + MATAMORE. + + Trop pleine de lauriers remportés sur les rois[1301], + Je ne la charge point de ces menus exploits. 460 + + +SCÈNE V[1302]. + +MATAMORE, ISABELLE, CLINDOR, PAGE. + + PAGE. + + Monsieur. + + MATAMORE. + + Que veux-tu, page? + + PAGE. + + Un courrier vous demande. + + MATAMORE. + + D'où vient-il? + + PAGE. + + De la part de la reine d'Islande. + + MATAMORE. + + Ciel! qui sais comme quoi j'en suis persécuté, + Un peu plus de repos avec moins de beauté! + Fais qu'un si long mépris enfin la désabuse. 465 + + CLINDOR. + + Voyez ce que pour vous ce grand guerrier refuse. + + ISABELLE. + + Je n'en puis plus douter. + + CLINDOR. + + Il vous le disoit bien. + + MATAMORE. + + Elle m'a beau prier: non, je n'en ferai rien. + Et quoi qu'un fol espoir ose encor lui promettre, + Je lui vais envoyer sa mort dans une lettre. 470 + Trouvez-le bon, ma reine, et souffrez cependant + Une heure d'entretien de ce cher confident, + Qui, comme de ma vie il sait toute l'histoire, + Vous fera voir sur qui vous avez la victoire. + + ISABELLE. + + Tardez encore moins, et par ce prompt retour 475 + Je jugerai quelle est envers moi votre amour. + + +SCÈNE VI. + +CLINDOR, ISABELLE. + + CLINDOR. + + Jugez plutôt par là l'humeur du personnage: + Ce page n'est chez lui que pour ce badinage, + Et venir d'heure en heure avertir Sa Grandeur + D'un courrier, d'un agent, ou d'un ambassadeur. 480 + + ISABELLE. + + Ce message me plaît bien plus qu'il ne lui semble: + Il me défait d'un fou pour nous laisser ensemble. + + CLINDOR. + + Ce discours favorable enhardira mes feux + A bien user d'un temps[1303] si propice à mes voeux. + + ISABELLE. + + Que m'allez-vous conter? + + CLINDOR. + + Que j'adore Isabelle, 485 + Que je n'ai plus de coeur ni d'âme que pour elle, + Que ma vie.... + + ISABELLE. + + Épargnez ces propos superflus; + Je les sais, je les crois, que voulez-vous de plus? + Je néglige à vos yeux l'offre d'un diadème; + Je dédaigne un rival: en un mot, je vous aime. 490 + C'est aux commencements des foibles passions + A s'amuser encore aux protestations: + Il suffit de nous voir au point où sont les nôtres; + Un coup d'oeil vaut pour vous tous les discours des autres[1304]. + + CLINDOR. + + Dieux! qui l'eût jamais cru, que mon sort rigoureux 495 + Se rendît si facile à mon coeur amoureux! + Banni de mon pays par la rigueur d'un père, + Sans support, sans amis, accablé de misère, + Et réduit à flatter le caprice arrogant + Et les vaines humeurs d'un maître extravagant: 500 + Ce pitoyable état de ma triste fortune[1305] + N'a rien qui vous déplaise ou qui vous importune; + Et d'un rival puissant les biens et la grandeur + Obtiennent moins sur vous que ma sincère ardeur. + + ISABELLE. + + C'est comme il faut choisir. Un amour véritable[1306] 505 + S'attache seulement à ce qu'il voit aimable[1307]. + Qui regarde les biens ou la condition + N'a qu'un amour avare, ou plein d'ambition, + Et souille lâchement par ce mélange infâme + Les plus nobles desirs qu'enfante une belle âme. 510 + Je sais bien que mon père a d'autres sentiments, + Et mettra de l'obstacle à nos contentements; + Mais l'amour sur mon coeur a pris trop de puissance + Pour écouter encor les lois de la naissance. + Mon père peut beaucoup, mais bien moins que ma foi: + Il a choisi pour lui, je veux choisir pour moi. + + CLINDOR. + + Confus de voir donner à mon peu de mérite.... + + ISABELLE. + + Voici mon importun, souffrez que je l'évite. + + +SCÈNE VII. + +ADRASTE, CLINDOR. + + ADRASTE. + + Que vous êtes heureux, et quel malheur me suit! + Ma maîtresse vous souffre, et l'ingrate me fuit. 520 + Quelque goût qu'elle prenne en votre compagnie, + Sitôt que j'ai paru, mon abord l'a bannie. + + CLINDOR. + + Sans avoir vu vos pas s'adresser en ce lieu[1308], + Lasse de mes discours, elle m'a dit adieu. + + ADRASTE. + + Lasse de vos discours! votre humeur est trop bonne, 525 + Et votre esprit trop beau pour ennuyer personne. + Mais que lui contiez-vous qui pût l'importuner? + + CLINDOR. + + Des choses qu'aisément vous pouvez deviner: + Les amours de mon maître, ou plutôt ses sottises, + Ses conquêtes en l'air, ses hautes entreprises. 530 + + ADRASTE. + + Voulez-vous m'obliger? votre maître, ni vous, + N'êtes pas gens tous deux à me rendre jaloux; + Mais si vous ne pouvez arrêter ses saillies, + Divertissez[1309] ailleurs le cours de ses folies. + + CLINDOR. + + Que craignez-vous de lui, dont tous les compliments 535 + Ne parlent que de morts et de saccagements, + Qu'il bat, terrasse, brise, étrangle, brûle, assomme? + + ADRASTE. + + Pour être son valet, je vous trouve honnête homme: + Vous n'êtes point de taille à servir sans dessein[1310] + Un fanfaron plus fou que son discours n'est vain. 540 + Quoi qu'il en soit, depuis que je vous vois chez elle, + Toujours de plus en plus je l'éprouve cruelle: + Ou vous servez quelque autre, ou votre qualité + Laisse dans vos projets trop de témérité. + Je vous tiens fort suspect de quelque haute adresse. 545 + Que votre maître enfin fasse une autre maîtresse; + Ou s'il ne peut quitter un entretien si doux, + Qu'il se serve du moins d'un autre que de vous. + Ce n'est pas qu'après tout les volontés d'un père, + Qui sait ce que je suis, ne terminent l'affaire; 550 + Mais purgez-moi l'esprit de ce petit souci, + Et si vous vous aimez, bannissez-vous d'ici; + Car si je vous vois plus regarder cette porte, + Je sais comme traiter les gens de votre sorte. + + CLINDOR. + + Me prenez-vous pour homme à nuire à votre feu[1311]? 555 + + ADRASTE. + + Sans réplique, de grâce, ou nous verrons beau jeu. + Allez: c'est assez dit. + + CLINDOR. + + Pour un léger ombrage, + C'est trop indignement traiter un bon courage. + Si le ciel en naissant ne m'a fait grand seigneur, + Il m'a fait le coeur ferme et sensible à l'honneur; 560 + Et je pourrois bien rendre un jour ce qu'on me prête[1312]. + + ADRASTE. + + Quoi! vous me menacez! + + CLINDOR. + + Non, non, je fais retraite. + D'un si cruel affront vous aurez peu de fruit; + Mais ce n'est pas ici qu'il faut faire du bruit. + + +SCÈNE VIII. + +ADRASTE, LYSE. + + ADRASTE. + + Ce bélître insolent me fait encor bravade. 565 + + LYSE. + + A ce compte, Monsieur, votre esprit est malade? + + ADRASTE. + + Malade, mon esprit! + + LYSE. + + Oui, puisqu'il est jaloux + Du malheureux agent de ce prince des foux[1313]. + + ADRASTE. + + Je sais ce que je suis et ce qu'est Isabelle[1314], + Et crains peu qu'un valet me supplante auprès d'elle[1315]. + Je ne puis toutefois souffrir sans quelque ennui + Le plaisir qu'elle prend à causer avec lui[1316]. + + LYSE. + + C'est dénier ensemble et confesser la dette. + + ADRASTE. + + Nomme, si tu le veux, ma boutade indiscrète, + Et trouve mes soupçons bien ou mal à propos; 575 + Je l'ai chassé d'ici pour me mettre en repos. + En effet, qu'en est-il? + + LYSE. + + Si j'ose vous le dire, + Ce n'est plus que pour lui qu'Isabelle soupire. + + ADRASTE. + + Lyse, que me dis-tu[1317]? + + LYSE. + + Qu'il possède son coeur, + Que jamais feux naissants n'eurent tant de vigueur, 580 + Qu'ils meurent l'un pour l'autre, et n'ont qu'une pensée. + + ADRASTE. + + Trop ingrate beauté, déloyale, insensée, + Tu m'oses donc ainsi préférer un maraud? + + LYSE. + + Ce rival orgueilleux le porte bien plus haut, + Et je vous en veux faire entière confidence: 585 + Il se dit gentilhomme, et riche. + + ADRASTE. + + Ah! l'impudence + + LYSE. + + D'un père rigoureux fuyant l'autorité, + Il a couru longtemps d'un et d'autre côté; + Enfin, manque d'argent peut-être, ou par caprice, + De notre Fiérabras il s'est mis au service[1318], 590 + Et sous ombre d'agir pour ses folles amours[1319], + Il a su pratiquer de si rusés détours, + Et charmer tellement cette pauvre abusée, + Que vous en avez vu votre ardeur méprisée; + Mais parlez à son père, et bientôt son pouvoir 595 + Remettra son esprit aux termes du devoir. + + ADRASTE. + + Je viens tout maintenant d'en tirer assurance + De recevoir les fruits de ma persévérance, + Et devant qu'il soit peu nous en verrons l'effet; + Mais, écoute, il me faut obliger tout à fait. 600 + + LYSE. + + Où je vous puis servir j'ose tout entreprendre. + + ADRASTE. + + Peux-tu dans leurs amours me les faire surprendre? + + LYSE. + + Il n'est rien plus aisé: peut-être dès ce soir. + + ADRASTE. + + Adieu donc. Souviens-toi de me les faire voir[1320]. + Cependant prends ceci seulement par avance. 605 + + LYSE. + + Que le galant alors soit frotté d'importance! + + ADRASTE. + + Crois-moi qu'il se verra, pour te mieux contenter, + Chargé d'autant de bois qu'il en pourra porter. + + +SCÈNE IX. + +LYSE. + + L'arrogant croit déjà tenir ville gagnée[1321]; + Mais il sera puni de m'avoir dédaignée. 610 + Parce qu'il est aimable, il fait le petit dieu, + Et ne veut s'adresser qu'aux filles de bon lieu. + Je ne mérite pas l'honneur de ses caresses: + Vraiment c'est pour son nez, il lui faut des maîtresses; + Je ne suis que servante: et qu'est-il que valet? 615 + Si son visage est beau, le mien n'est pas trop laid: + Il se dit riche et noble, et cela me fait rire; + Si loin de son pays, qui n'en peut autant dire? + Qu'il le soit: nous verrons ce soir, si je le tiens, + Danser sous le cotret sa noblesse et ses biens. 620 + + +SCÈNE X. + +ALCANDRE, PRIDAMANT. + + ALCANDRE. + + Le coeur vous bat un peu. + + PRIDAMANT. + + Je crains cette menace. + + ALCANDRE. + + Lyse aime trop Clindor pour causer sa disgrâce. + + PRIDAMANT. + + Elle en est méprisée, et cherche à se venger. + + ALCANDRE. + + Ne craignez point: l'amour la[1322] fera bien changer. + + +FIN DU SECOND ACTE. + +FOOTNOTES: + + [1263] L'édition de 1682 donne seule: «Quoi qu'il s'offre,» au + lieu de: «Quoi qui s'offre.» + + [1264] _Var._ Quoi qui s'offre à vos yeux, n'en ayez point + d'effroi. (1639-68) + + [1265] _Var._ Soupirez-vous après quelques nouveaux lauriers? + (1639-57) + + [1266] _Var._ Et puis quand auriez-vous rassemblé votre armée? + (1639-57) + + [1267] Voyez la _Notice_, p. 423. + + [1268] De l'espagnol _bellaco_, _vellaco_, maraud, coquin. + + [1269] _Var._ Le penser m'adoucit: va, ma colère cesse. (1639) + + [1270] _Var._ Je vous vois aussi beau que vous êtes terrible. + (1639) + + [1271] _Var._ Qui puisse constamment vous refuser son coeur. + (1639) + + [1272] _Troubler_, neutralement, pour se troubler. + + [1273] Les éditions de 1644-57 ont _que_, au lieu de _qui_, ce + qui fait une leçon vide de sens. + + [1274] _Var._ Et donneroit à Mars à gouverner son foudre. + (1639-68) + + [1275] Voyez ci-dessus, p. 144, note 2. + + [1276] _Var._ Le jour jusqu'à midi se passoit sans lumière. + (1639) + + [1277] _Var._ Où se pouvoit cacher la reine des clartés? + MAT. Parbieu je la tenois encore à mes côtés. + Aucun n'osa jamais la chercher dans ma chambre, + Et le dernier de juin fut un jour de décembre; + Car enfin, supplié par le Dieu du sommeil, + Je la rendis au monde, et l'on vit le soleil. (1639-57) + + [1278] _Var._ Et tout ce qu'elle obtint par son frivole amour. + (1660-68) + + [1279] Dans l'édition de 1682, on lit, mais c'est probablement + une faute d'impression: «leurs pays,» pour: «les pays.» + + [1280] _Var._ J'ai détruit les pays avecque les monarques. + (1639-57) + + [1281] _Var._ Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point ma valeur. + (1639-68) + + [1282] L'édition de 1682 porte, par erreur, _vers vous_, pour + _vers moi_. + + [1283] Dans l'édition de 1639, le vers commence ainsi: «Cruelle, + c'est là donc, etc.;» mais l'errata y substitue: «Cruelle, est-ce + là donc, etc.?» + + [1284] _Var._ Et la même action, à votre sentiment, + Mérite récompense, au mien un châtiment. + ADR. Donner un châtiment à des flammes si saintes. (1639-57) + + [1285] _Var._ Ne me donna du coeur que pour vous adorer. (1639) + + [1286] _Var._ Mon âme prit naissance avecque votre idée. + (1639-57) + + [1287] _Var._ Et les premiers regards dont m'aient frappé vos yeux + N'ont fait qu'exécuter l'ordonnance des cieux, + Que vous saisir d'un bien qu'ils avoient fait tout vôtre. (1639-57) + + [1288] _Var._ Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir un + autre[1288-a]. (1639-60) + + [1288-a] Voyez tome I, p. 228, note 3. + + [1289] _Var._ Après tout, vous avez bonne part à sa haine, + Ou de quelque grand crime il vous donne la peine; + Car je ne pense pas qu'il soit supplice égal + D'être forcé d'aimer qui vous traite si mal. + ADR. Puisque ainsi vous jugez que ma peine est si dure, + Prenez quelque pitié des tourments que j'endure. (1639-57) + + [1290] _Var._ Que je vois ces tourments passer pour superflus. + (1639-57) + + [1291] _Conte_, compte. Voyez tome I, p. 150, note 1. + + [1292] _Var._ Au moins si ce grand bruit qui court de vos + merveilles. (1639-57) + + [1293] L'impression de 1682 porte, mais à tort: «Que nous avons.» + Notre texte: «Que vous avez,» est celui de toutes les autres + éditions qui ont paru du vivant de Corneille, et de celle que + Thomas a publiée en 1692. + + [1294] En marge, dans l'édition de 1639: _Elle montre Clindor._ + + [1295] _Var._ Sans que jamais mon coeur acceptât ces maîtresses. + (1639) + + [1296] _Var._ Qu'elles n'aient pu blesser un coeur dont je + dispose! (1639-57) + + [1297] Ici l'édition de 1692 ajoute: _montrant Clindor_. + + [1298] _Var._ Sus-tu rien de leur flamme et de la jalousie. + (1639-57) + + [1299] _Var._ Dont pour moi toutes deux avoient l'âme saisie? + (1639) + + [1300] Dans l'impression de 1682: «l'un et l'autre,» ce qui est + une faute évidente. + + [1301] _Var._ Trop pleine des lauriers remportés sur les rois. + (1639-68) + + [1302] Il n'y a point ici de distinction de scène dans l'édition + de 1639. + + [1303] L'édition de 1682 donne seule: «du temps,» pour: «d'un + temps.» + + [1304] _Var._ Un clin d'oeil vaut pour vous tout le discours des + autres. (1639) + _Var._ Un coup d'oeil vaut pour vous tout le discours des + autres. (1644-68) + + [1305] _Var._ En ce piteux état, ma fortune si basse + Trouve encor quelque part en votre bonne grâce. (1639-57) + + [1306] _Var._ C'est comme il faut choisir, et l'amour véritable. + (1639-57) + + [1307] _Var._ S'attache seulement à ce qu'il voit d'aimable. + (1639-60) + + [1308] _Var._ Sans qu'elle ait vu vos pas s'adresser en ce lieu. + (1639-60) + + [1309] _Divertissez_, détournez. Voyez tome I, p. 184, note 1. + + [1310] _Var._ Vous n'avez point la mine à servir sans dessein. + (1639-57) + + [1311] _Var._ Me croyez-vous bastant de nuire à votre feu? + ADR. Sans réplique, de grâce, ou vous verrez beau jeu. (1639-57) + + [1312] _Var._ Et je suis homme à rendre un jour ce qu'on me + prête. (1639-57) + + [1313] Les mots _jaloux_ et _foux_ sont ainsi imprimés et riment + aux yeux dans toutes les éditions. Dans _la Comédie des + Tuileries_, nous avons vu au contraire _jalous_ et _courrous_, + par une _s_, rimant avec des mots en _ous_. + + [1314] _Var._ Je suis trop glorieux et crois trop d'Isabelle. + (1644-57) + + [1315] _Var._ Pour craindre qu'un valet me supplante auprès + d'elle. (1639-57) + + [1316] _Var._ Le plaisir qu'elle prend à rire avecque lui. + (1639-57) + + [1317] _Var._ Oh Dieu! que me dis-tu? (1639) + + [1318] _Var._ De notre Rodomont il s'est mis au service. + (1639-60) + + [1319] _Var._ Où choisi pour agent de ses[1319-a] folles amours, + Isabelle a prêté l'oreille à ses discours. + Il a si bien charmé cette pauvre abusée. (1639-57) + + [1319-a] L'édition de 1639 donne, par erreur, _ces_, pour _ses_. + + [1320] Dans l'édition de 1692, on lit après ce vers: _Il lui + donne un dimant._ + + [1321] Ici l'orthographe de ce mot est _gaignée_ dans toutes les + éditions, excepté dans celle de 1657. + + [1322] Dans l'édition de 1682, il y a _le_, pour _la_, ce qui est + évidemment une faute. + + + + +ACTE III. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +GÉRONTE, ISABELLE. + + GÉRONTE. + + Apaisez vos soupir et tarissez vos larmes; 625 + Contre ma volonté ce sont de foibles armes: + Mon coeur, quoique sensible à toutes vos douleurs, + Écoute la raison, et néglige vos pleurs. + Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous-même[1323]. + Vous dédaignez Adraste à cause que je l'aime; 630 + Et parce qu'il me plaît d'en faire votre époux, + Votre orgueil n'y voit rien qui soit digne de vous. + Quoi! manque-t-il de bien, de coeur ou de noblesse? + En est-ce le visage ou l'esprit qui vous blesse? + Il vous fait trop d'honneur. + + ISABELLE. + + Je sais qu'il est parfait, 635 + Et que je réponds mal à l'honneur qu'il me fait[1324]; + Mais si votre bonté me permet en ma cause, + Pour me justifier, de dire quelque chose, + Par un secret instinct, que je ne puis nommer, + J'en fais beaucoup d'état, et ne le puis aimer. 640 + Souvent je ne sais quoi que le ciel nous inspire[1325] + Soulève tout le coeur contre ce qu'on desire, + Et ne nous laisse pas en état d'obéir, + Quand on choisit pour nous ce qu'il nous fait haïr. + Il attache ici-bas avec des sympathies 645 + Les âmes que son ordre a là-haut assorties[1326]: + On n'en sauroit unir sans ses avis secrets; + Et cette chaîne manque où manquent ses décrets. + Aller contre les lois de cette providence, + C'est le prendre à partie, et blâmer sa prudence, 650 + L'attaquer en rebelle, et s'exposer aux coups + Des plus âpres malheurs qui suivent son courroux. + + GÉRONTE. + + Insolente, est-ce ainsi que l'on se justifie[1327]? + Quel maître vous apprend cette philosophie? + Vous en savez beaucoup; mais tout votre savoir 655 + Ne m'empêchera pas d'user de mon pouvoir. + Si le ciel pour mon choix vous donne tant de haine, + Vous a-t-il mise en feu pour ce grand capitaine? + Ce guerrier valeureux vous tient-il dans ses fers[1328]? + Et vous a-t-il domptée avec tout l'univers? 660 + Ce fanfaron doit-il relever ma famille? + + ISABELLE. + + Eh! de grâce, Monsieur, traitez mieux votre fille! + + GÉRONTE. + + Quel sujet donc vous porte à me désobéir? + + ISABELLE. + + Mon heur et mon repos, que je ne puis trahir. + Ce que vous appelez un heureux hyménée 665 + N'est pour moi qu'un enfer si j'y suis condamnée. + + GÉRONTE. + + Ah! qu'il en est encor de mieux faites que vous + Qui se voudroient bien voir dans un enfer si doux! + Après tout, je le veux; cédez à ma puissance. + + ISABELLE. + + Faites un autre essai de mon obéissance. 670 + + GÉRONTE. + + Ne me répliquez plus quand j'ai dit: «Je le veux.» + Rentrez: c'est désormais trop contesté[1328] nous deux. + + +SCÈNE II. + +GÉRONTE. + + Qu'à présent la jeunesse a d'étranges manies! + Les règles du devoir lui sont des tyrannies, + Et les droits les plus saints deviennent impuissants 675 + Contre cette fierté qui l'attache à son sens[1330] + Telle est l'humeur du sexe: il aime à contredire, + Rejette obstinément le joug de notre empire, + Ne suit que son caprice en ses affections, + Et n'est jamais d'accord de nos élections. 680 + N'espère pas pourtant, aveugle et sans cervelle, + Que ma prudence cède à ton esprit rebelle. + Mais ce fou viendra-t-il toujours m'embarrasser? + Par force ou par adresse il me le faut chasser. + + +SCÈNE III. + +GÉRONTE, MATAMORE, CLINDOR. + + MATAMORE, à Clindor. + + Ne doit-on pas avoir pitié de ma fortune[1331]? 685 + Le grand vizir encor de nouveau m'importune; + Le Tartare, d'ailleurs, m'appelle à son secours; + Narsingue et Calicut[1332] m'en pressent tous les jours: + Si je ne les refuse, il me faut mettre en quatre. + + CLINDOR. + + Pour moi, je suis d'avis que vous les laissiez battre: 690 + Vous emploieriez trop mal vos invincibles coups, + Si pour en servir un vous faisiez trois jaloux. + + MATAMORE. + + Tu dis bien: c'est assez de telles courtoisies; + Je ne veux qu'en amour donner des jalousies. + Ah! Monsieur, excusez, si, faute de vous voir, 695 + Bien que si près de vous, je manquois au devoir. + Mais quelle émotion paroît sur ce visage? + Où sont vos ennemis, que j'en fasse carnage[1333]? + + GÉRONTE. + + Monsieur, grâces aux Dieux, je n'ai point d'ennemis. + + MATAMORE. + + Mais grâces à ce bras qui vous les a soumis. 700 + + GÉRONTE. + + C'est une grâce encor que j'avois ignorée. + + MATAMORE. + + Depuis que ma faveur[1334] pour vous s'est déclarée, + Ils sont tous morts de peur, ou n'ont osé branler. + + GÉRONTE. + + C'est ailleurs maintenant qu'il vous faut signaler: + Il fait beau voir ce bras, plus craint que le tonnerre, 705 + Demeurer si paisible en un temps plein de guerre; + Et c'est pour acquérir un nom bien relevé, + D'être dans une ville à battre le pavé. + Chacun croit votre gloire à faux titre usurpée, + Et vous ne passez plus que pour traîneur d'épée. 710 + + MATAMORE. + + Ah, ventre! il est tout vrai que vous avez raison. + Mais le moyen d'aller, si je suis en prison? + Isabelle m'arrête, et ses yeux pleins de charmes + Ont captivé mon coeur et suspendu mes armes. + + GÉRONTE. + + Si rien que son sujet ne vous tient arrêté, 715 + Faites votre équipage en toute liberté: + Elle n'est pas pour vous; n'en soyez point en peine. + + MATAMORE. + + Ventre! que dites-vous? Je la veux faire reine. + + GÉRONTE. + + Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois + Du crotesque[1335] récit de vos rares exploits. 720 + La sottise ne plaît qu'alors qu'elle est nouvelle: + En un mot, faites reine une autre qu'Isabelle. + Si pour l'entretenir vous venez plus ici.... + + MATAMORE. + + Il a perdu le sens, de me parler ainsi. + Pauvre homme, sais-tu bien que mon nom effroyable 725 + Met le Grand Turc en fuite, et fait trembler le diable; + Que pour t'anéantir je ne veux qu'un moment? + + GÉRONTE. + + J'ai chez moi des valets à mon commandement, + Qui n'ayant pas l'esprit de faire des bravades[1336], + Répondroient de la main à vos rodomontades. 730 + + MATAMORE, à Clindor. + + Dis-lui ce que j'ai fait en mille et mille lieux. + + GÉRONTE. + + Adieu: modérez-vous; il vous en prendra mieux; + Bien que je ne sois pas de ceux qui vous haïssent, + J'ai le sang un peu chaud, et mes gens m'obéissent. + + +SCÈNE IV. + +MATAMORE, CLINDOR. + + MATAMORE. + + Respect de ma maîtresse, incommode vertu, 735 + Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu? + Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père[1337], + Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère! + Ah! visible démon, vieux spectre décharné, + Vrai suppôt de Satan, médaille de damné[1338], 740 + Tu m'oses donc bannir, et même avec menaces, + Moi de qui tous les rois briguent les bonnes grâces? + + CLINDOR. + + Tandis qu'il est dehors, allez, dès aujourd'hui, + Causer de vos amours, et vous moquer de lui. + + MATAMORE. + + Cadédiou! ses valets feroient quelque insolence. 745 + + CLINDOR. + + Ce fer a trop de quoi dompter leur violence. + + MATAMORE. + + Oui, mais les feux qu'il jette en sortant de prison + Auroient en un moment embrasé la maison, + Dévoré tout à l'heure ardoises et gouttières, + Faîtes, lattes, chevrons, montants, courbes, filières, 750 + Entretoises, sommiers, colonnes, soliveaux, + Parnes, soles, appuis, jambages, traveteaux[1339], + Portes, grilles, verrous, serrures, tuiles, pierre, + Plomb, fer, plâtre, ciment, peinture[1340], marbre, verre, + Caves, puits, cours, perrons, salles, chambres, greniers, + Offices, cabinets, terrasses, escaliers. + Juge un peu quel désordre aux yeux de ma charmeuse; + Ces feux étoufferoient son ardeur amoureuse. + Va lui parler pour moi, toi qui n'es pas vaillant: + Tu puniras à moins un valet insolent. 760 + + CLINDOR. + + C'est m'exposer.... + + MATAMORE. + + Adieu: je vois ouvrir la porte, + Et crains que sans respect cette canaille sorte. + + +SCÈNE V. + +CLINDOR, LYSE. + + CLINDOR, seul[1341]. + + Le souverain poltron, à qui pour faire peur + Il ne faut qu'une feuille, une ombre, une vapeur! + Un vieillard le maltraite, il fuit pour une fille, 765 + Et tremble à tous moments de crainte qu'on l'étrille. + Lyse, que ton abord doit être dangereux! + Il donne l'épouvante à ce coeur généreux, + Cet unique vaillant, la fleur des capitaines, + Qui dompte autant de rois qu'il captive de reines! 770 + + LYSE. + + Mon visage est ainsi malheureux en attraits: + D'autres charment de loin, le mien fait peur de près. + + CLINDOR. + + S'il fait peur à des fous, il charme les plus sages: + Il n'est pas quantité de semblables visages. + Si l'on brûle pour toi, ce n'est pas sans sujet; 775 + Je ne connus jamais un si gentil objet; + L'esprit beau, prompt, accort, l'humeur un peu railleuse, + L'embonpoint ravissant, la taille avantageuse, + Les yeux doux, le teint vif, et les traits délicats: + Qui seroit le brutal qui ne t'aimeroit pas? 780 + + LYSE. + + De grâce, et depuis quand me trouvez-vous si belle? + Voyez bien, je suis Lyse, et non pas Isabelle. + + CLINDOR. + + Vous partagez vous deux mes inclinations: + J'adore sa fortune, et tes perfections. + + LYSE. + + Vous en embrassez trop, c'est assez pour vous d'une, 785 + Et mes perfections cèdent à sa fortune. + + CLINDOR. + + Quelque effort que je fasse à lui donner ma foi[1342], + Penses-tu qu'en effet je l'aime plus que toi? + L'amour et l'hyménée ont diverse méthode: + L'un court au plus aimable, et l'autre au plus commode. + Je suis dans la misère, et tu n'as point de bien: + Un rien s'ajuste mal avec un autre rien[1343]; + Et malgré les douceurs que l'amour y déploie[1344], + Deux malheureux ensemble ont toujours courte joie. + Ainsi j'aspire ailleurs, pour vaincre mon malheur; 795 + Mais je ne puis te voir sans un peu de douleur, + Sans qu'un soupir échappe à ce coeur, qui murmure + De ce qu'à mes desirs ma raison fait d'injure[1345]. + A tes moindres coups d'oeil je me laisse charmer. + Ah! que je t'aimerois, s'il ne falloit qu'aimer, 800 + Et que tu me plairois, s'il ne falloit que plaire! + + LYSE. + + Que vous auriez d'esprit si vous saviez vous taire, + Ou remettre du moins en quelque autre saison + A montrer tant d'amour avec tant de raison! + Le grand trésor pour moi qu'un amoureux si sage, 805 + Qui par compassion n'ose me rendre hommage, + Et porte ses desirs à des partis meilleurs, + De peur de m'accabler sous nos communs malheurs! + Je n'oublierai jamais de si rares mérites: + Allez continuer cependant vos visites. 810 + + CLINDOR. + + Que j'aurois avec toi l'esprit bien plus content! + + LYSE. + + Ma maîtresse là-haut est seule, et vous attend. + + CLINDOR. + + Tu me chasses ainsi! + + LYSE. + + Non, mais je vous envoie + Aux lieux où vous aurez une plus longue joie[1346]. + + CLINDOR. + + Que même tes dédains me semblent gracieux! 815 + + LYSE. + + Ah! que vous prodiguez un temps si précieux! + Allez. + + CLINDOR. + + Souviens-toi donc que si j'en aime une[1347] autre[1348].... + + LYSE. + + C'est de peur d'ajouter ma misère à la vôtre: + Je vous l'ai déjà dit, je ne l'oublierai pas. + + CLINDOR. + + Adieu: ta raillerie a pour moi tant d'appas, 820 + Que mon coeur à tes yeux de plus en plus s'engage, + Et je t'aimerois trop à tarder davantage. + + +SCÈNE VI. + +LYSE. + + L'ingrat! il trouve enfin mon visage charmant, + Et pour se divertir il contrefait l'amant[1349]! + Qui néglige mes feux m'aime par raillerie, 825 + Me prend pour le jouet de sa galanterie, + Et par un libre aveu de me voler sa foi, + Me jure qu'il m'adore, et ne veut point de moi. + Aime en tous lieux, perfide, et partage ton âme; + Choisis qui tu voudras pour maîtresse ou pour femme; + Donne à tes intérêts à ménager tes voeux; + Mais ne crois plus tromper aucune de nous deux. + Isabelle vaut mieux qu'un amour politique, + Et je vaux mieux qu'un coeur où cet amour s'applique. + J'ai raillé comme toi, mais c'étoit seulement 835 + Pour ne t'avertir pas de mon ressentiment. + Qu'eût produit son éclat, que de la défiance? + Qui cache sa colère assure sa vengeance; + Et ma feinte douceur prépare beaucoup mieux[1350] + Ce piége où tu vas choir, et bientôt, à mes yeux. 840 + Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable? + Pour chercher sa fortune est-on si punissable? + Tu m'aimes, mais le bien te fait être inconstant: + Au siècle où nous vivons, qui n'en feroit autant? + Oublions des mépris où par force il s'excite[1351], 845 + Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite. + S'il m'aime, il se punit en m'osant dédaigner, + Et si je l'aime encor, je le dois épargner. + Dieux! à quoi me réduit ma folle inquiétude, + De vouloir faire grâce à tant d'ingratitude? 850 + Digne soif de vengeance, à quoi m'exposez-vous, + De laisser affoiblir un si juste courroux? + Il m'aime, et de mes yeux je m'en vois méprisée! + Je l'aime, et ne lui sers que d'objet de risée! + Silence, amour, silence: il est temps de punir; 855 + J'en ai donné ma foi: laisse-moi la tenir. + Puisque ton faux espoir ne fait qu'aigrir ma peine[1352], + Fais céder tes douceurs à celles de la haine: + Il est temps qu'en mon coeur elle règne à son tour, + Et l'amour outragé ne doit plus être amour. 860 + + +SCÈNE VII. + +MATAMORE. + + Les voilà, sauvons-nous. Non, je ne vois personne. + Avançons hardiment. Tout le corps me frissonne. + Je les entends, fuyons. Le vent faisoit ce bruit. + Marchons sous la faveur des ombres de la nuit[1353]. + Vieux rêveur, malgré toi j'attends ici ma reine. 865 + Ces diables de valets me mettent bien en peine. + De deux mille ans et plus, je ne tremblai si fort. + C'est trop me hasarder: s'ils sortent, je suis mort; + Car j'aime mieux mourir que leur donner bataille, + Et profaner mon bras contre cette canaille. 870 + Que le courage expose à d'étranges dangers! + Toutefois, en tout cas, je suis des plus légers; + S'il ne faut que courir, leur attente est dupée: + J'ai le pied pour le moins aussi bon que l'épée. + Tout de bon, je les vois: c'est fait, il faut mourir; 875 + J'ai le corps si glacé, que je ne puis courir[1354]. + Destin, qu'à ma valeur tu te montres contraire!... + C'est ma reine elle-même, avec mon secrétaire! + Tout mon corps se déglace: écoutons leurs discours, + Et voyons son adresse à traiter mes amours. 880 + + +SCÈNE VIII. + +CLINDOR, ISABELLE, MATAMORE. + + ISABELLE. + +(Matamore écoute caché[1355].) + + Tout se prépare mal du côté de mon père; + Je ne le vis jamais d'une humeur si sévère: + Il ne souffrira plus votre maître ni vous. + Votre rival d'ailleurs est devenu jaloux[1356]: + C'est par cette raison que je vous fais descendre; 885 + Dedans mon cabinet ils pourroient nous surprendre; + Ici nous parlerons en plus de sûreté: + Vous pourrez vous couler d'un et d'autre côté; + Et si quelqu'un survient, ma retraite est ouverte. + + CLINDOR. + + C'est trop prendre de soin pour empêcher ma perte. 890 + + ISABELLE. + + Je n'en puis prendre trop pour assurer un bien[1357] + Sans qui tous autres biens à mes yeux ne sont rien: + Un bien qui vaut pour moi la terre toute entière, + Et pour qui seul enfin j'aime à voir la lumière. + Un rival par mon père attaque en vain ma foi; 895 + Votre amour seul a droit de triompher de moi: + Des discours de tous deux je suis persécutée; + Mais pour vous je me plais à me voir maltraitée[1358], + Et des plus grands malheurs je bénirois les coups[1359], + Si ma fidélité les enduroit pour vous. 900 + + CLINDOR. + + Vous me rendez confus, et mon âme ravie + Ne vous peut, en revanche, offrir rien que ma vie: + Mon sang est le seul bien qui me reste en ces lieux, + Trop heureux de le perdre en servant vos beaux yeux! + Mais si mon astre un jour, changeant son influence, 905 + Me donne un accès libre aux lieux de ma naissance, + Vous verrez que ce choix n'est pas fort inégal[1360], + Et que, tout balancé, je vaux bien mon rival[1361]. + Mais, avec ces douceurs, permettez-moi de craindre[1362] + Qu'un père et ce rival ne veuillent vous contraindre. 910 + + ISABELLE. + + N'en ayez point d'alarme, et croyez qu'en ce cas[1363] + L'un aura moins d'effet que l'autre n'a d'appas. + Je ne vous dirai point où je suis résolue: + Il suffit que sur moi je me rends absolue[1365]. + Ainsi tous les projets sont des projets en l'air[1365]. 915 + Ainsi.... + + MATAMORE. + + Je n'en puis plus: il est temps de parler. + + ISABELLE. + + Dieux! on nous écoutoit. + + CLINDOR. + + C'est notre capitaine: + Je vais bien l'apaiser; n'en soyez pas en peine[1366]. + + +SCÈNE IX. + +MATAMORE, CLINDOR. + + MATAMORE. + + Ah! traître! + + CLINDOR. + + Parlez bas; ces valets.... + + MATAMORE. + + Eh bien! quoi? + + CLINDOR. + + Ils fondront tout à l'heure et sur vous et sur moi. 920 + + MATAMORE le tire à un coin du théâtre[1367]. + + Viens çà. Tu sais ton crime, et qu'à l'objet que j'aime, + Loin de parler pour moi, tu parlois pour toi-même? + + CLINDOR. + + Oui, pour me rendre heureux j'ai fait quelques efforts[1368]. + + MATAMORE. + + Je te donne le choix de trois ou quatre morts: + Je vais, d'un coup de poing, te briser comme verre, 925 + Ou t'enfoncer tout vif au centre de la terre, + Ou te fendre en dix parts d'un seul coup de revers, + Ou te jeter si haut au-dessus des éclairs, + Que tu sois dévoré des feux élémentaires. + Choisis donc promptement, et pense à tes affaires[1369]. 930 + + CLINDOR. + + Vous-même choisissez. + + MATAMORE. + + Quel choix proposes-tu? + + CLINDOR. + + De fuir en diligence, ou d'être bien battu. + + MATAMORE. + + Me menacer encore! ah, ventre! quelle audace! + Au lieu d'être à genoux, et d'implorer ma grâce!... + Il a donné le mot, ces valets[1370] vont sortir.... 935 + Je m'en vais commander aux mers de t'engloutir. + + CLINDOR. + + Sans vous chercher si loin un si grand cimetière, + Je vous vais, de ce pas, jeter dans la rivière. + + MATAMORE. + + Ils sont d'intelligence. Ah, tête! + + CLINDOR. + + Point de bruit: + J'ai déjà massacré dix hommes cette nuit[1371]; 940 + Et si vous me fâchez, vous en croîtrez le nombre. + + MATAMORE. + + Cadédiou! ce coquin a marché dans mon ombre; + Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas: + S'il avoit du respect, j'en voudrois faire cas. + Écoute: je suis bon, et ce seroit dommage 945 + De priver l'univers d'un homme de courage. + Demande-moi pardon, et cesse par tes feux[1372] + De profaner l'objet digne seul de mes voeux; + Tu connois ma valeur, éprouve ma clémence. + + CLINDOR. + + Plutôt, si votre amour a tant de véhémence, 950 + Faisons deux coups d'épée au nom de sa beauté. + + MATAMORE. + + Parbieu, tu me ravis de générosité. + Va, pour la conquérir n'use plus d'artifices; + Je te la veux donner pour prix de tes services: + Plains-toi dorénavant d'avoir un maître ingrat! 955 + + CLINDOR. + + A ce rare présent, d'aise le coeur me bat. + Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime, + Puisse tout l'univers bruire de votre estime! + + +SCÈNE X. + +ISABELLE, MATAMORE, CLINDOR. + + ISABELLE. + + Je rends grâces au ciel de ce qu'il a permis + Qu'à la fin, sans combat, je vous vois bons amis. 960 + + MATAMORE. + + Ne pensez plus, ma reine, à l'honneur que ma flamme + Vous devoit faire un jour de vous prendre pour femme; + Pour quelque occasion j'ai changé de dessein: + Mais je vous veux donner un homme de ma main; + Faites-en de l'état; il est vaillant lui-même; 965 + Il commandoit sous moi. + + ISABELLE. + + Pour vous plaire, je l'aime. + + CLINDOR. + + Mais il faut du silence à notre affection. + + MATAMORE. + + Je vous promets silence, et ma protection. + Avouez-vous de moi par tous les coins du monde: + Je suis craint à l'égal sur la terre et sur l'onde. 970 + Allez, vivez contents sous une même loi. + + ISABELLE. + + Pour vous mieux obéir, je lui donne ma foi. + + CLINDOR. + + Commandez que sa foi de quelque effet suivie[1373].... + + +SCÈNE XI. + +GÉRONTE, ADRASTE, MATAMORE, CLINDOR, ISABELLE, LYSE, TROUPE DE +DOMESTIQUES[1374]. + + ADRASTE. + + Cet insolent discours te coûtera la vie, + Suborneur. + + MATAMORE. + + Ils ont pris mon courage en défaut: 975 + Cette porte est ouverte; allons gagner le haut. + +(Il entre chez Isabelle, après qu'elle et Lyse y sont +entrées[1375].) + + CLINDOR. + + Traître! qui te fais fort d'une troupe brigande, + Je te choisirai bien au milieu de la bande. + + GÉRONTE[1376]. + + Dieux! Adraste est blessé, courez au médecin. + Vous autres, cependant, arrêtez l'assassin. 980 + + CLINDOR. + + Ah, ciel! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle[1377]: + Je tombe au précipice où mon destin m'appelle. + + GÉRONTE. + + C'en est fait, emportez ce corps à la maison; + Et vous, conduisez tôt ce traître à la prison. + + +SCÈNE XII. + +ALCANDRE, PRIDAMANT. + + PRIDAMANT. + + Hélas! mon fils est mort. + + ALCANDRE. + + Que vous avez d'alarmes! 985 + + PRIDAMANT. + + Ne lui refusez point le secours de vos charmes. + + ALCANDRE. + + Un peu de patience, et sans un tel secours + Vous le verrez bientôt heureux en ses amours. + + +FIN DU TROISIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [1323] _Var._ Je connois votre bien beaucoup mieux que vous-même. + Orgueilleuse, il vous faut, je pense, un diadème, + Et ce jeune baron, avecque tout son bien, + Passe encore chez vous pour un homme de rien! + Que lui manque après tout? bien fait de corps et d'âme, + Noble, courageux, riche, adroit et plein de flamme, + [Il vous fait trop d'honneur.] (1639-57) + + [1324] _Var._ Et reconnois fort mal les honneurs qu'il me fait. + (1639-63) + + [1325] _Var._ De certains mouvements que le ciel nous inspire + Nous font aux yeux d'autrui souvent choisir le pire. + C'est lui qui d'un regard fait naître en notre coeur + L'estime ou le mépris, l'amour ou la rigueur. + [Il attache ici-bas avec des sympathies.] (1639-57) + + --Voyez ci-dessus, p. 309. + + [1326] _Var._ Les âmes que son choix a là-haut assorties. + (1639-57) + + [1327] _Var._ Impudente, est-ce ainsi que l'on se justifie? + (1639-60) + + [1328] _Var._ Ce guerrier valeureux nous tient-il dans ses fers? + (1652-57) + + [1329] L'édition de 1648 porte, par erreur sans doute, + _contester_, à l'infinitif. + + [1330] _Var._ A l'empêcher de courre après son propre sens; + Mais c'est l'humeur du sexe: il aime à contredire, + Pour secouer, s'il peut, le joug de notre empire. (1639-57) + + [1331] _Var._ N'auras-tu point enfin pitié de ma fortune? + (1639-57) + + [1332] Ce sont les noms de deux anciens royaumes de la presqu'île + occidentale de l'Hindoustan. + + [1333] _Var._ Où sont vos ennemis, que j'en fasse un carnage? + (1639-60) + + [1334] On lit _fureur_, pour _faveur_, dans l'édition de 1657. + + [1335] C'est ainsi que le mot est imprimé dans toutes les + éditions. Cette orthographe était générale au commencement du + dix-septième siècle. Voyez le _Lexique_. + + [1336] _Var._ Qui se connoissant mal à faire des bravades. + (1639-57) + + [1337] _Var._ Que n'ai-je eu cent rivaux à la place d'un père. + (1639) + + [1338] _Médaille de damné_, portrait, vraie image de damné. + + [1339] _Parnes_, pièces de bois posées sur la charpente d'un + comble pour recevoir les chevrons; on dit plus ordinairement + _pannes_.--_Soles_ signifie proprement les pièces de bois placées + à plat qui portent la cage d'un moulin à vent; il se dit aussi de + celles qui se couchent à terre dans les autres constructions et + machines.--_Traveteaux_, petites poutres, petites solives. + + [1340] Les éditions de 1652-64 portent _peintures_, au pluriel. + + [1341] Le mot _seul_ manque dans l'édition de 1639 et dans celles + de 1648-57. + + [1342] _Var._ Bien que pour l'épouser je lui donne ma foi. + (1639-57) + + [1343] _Var._ Un rien s'assemble mal avec un autre rien; + Mais si tu ménageois ma flamme avec adresse, + Une femme est sujette, une amante est maîtresse; + Les plaisirs sont plus grands à se voir moins souvent: + La femme les achète, et l'amante les vend; + Un amour par devoir bien aisément s'altère; + Les noeuds en sont plus forts quand il est volontaire; + Il hait toute contrainte, et son plus doux appas[1343-a] + Se goûte quand on aime et qu'on peut n'aimer pas; + Seconde avec douceur celui que je te porte. + LYSE. Vous me connoissez trop pour m'aimer de la sorte, + Et vous en parlez moins de votre sentiment + Qu'à dessein de railler par divertissement. + Je prends tout en riant comme vous me le dites: + [Allez continuer cependant vos visites.] + CLIND. Un peu de tes faveurs me rendroit plus content. (1639-57) + + [1343-a] Voyez tome I, p. 148, note 3. + + [1344] Une double erreur typographique a défiguré ce vers et le + suivant dans l'édition de 1682: + + Et malgré les douceurs que l'amour déploie, + Deux malheurs ensemble ont toujours courte joie. + + + [1345] _Var._ De ce qu'à ses desirs ma raison fait d'injure. (1660 et 63) + _Var._ De ce qu'à ces desirs ma raison fait d'injure. (1664 et 68) + + [1346] _Var._ Aux lieux où vous trouvez votre heur et votre joie. + (1639-57) + + [1347] On lit _un autre_ dans les éditions de 1664-82. Voyez tome + I, p. 228, note 3. + + [1348] _Var._ Souviens-toi donc.... LYSE. De rien que m'ait pu dire.... + CLIND. Un amant.... LYSE. Un causeur qui prend plaisir à rire[1348-a]. + (1639-57) + + [1348-a] La scène V finit là dans les éditions indiquées. + + [1349] _Var._ Et pour me suborner il contrefait l'amant! + Qui hait ma sainte ardeur m'aime dans l'infamie, + Me dédaigne pour femme, et me veut pour amie. + Perfide, qu'as-tu vu dedans mes actions, + Qui te dût enhardir à ces prétentions? + Qui t'a fait m'estimer digne d'être abusée, + Et juger mon honneur une conquête aisée? + J'ai tout pris en riant, mais c'étoit seulement. (1639-57) + + [1350] _Var._ Et ma feinte douceur te laissant espérer, + Te jette dans les rets que j'ai su préparer. + Va, traître, aime en tous lieux, et partage ton âme: + Choisis qui tu voudras pour maîtresse et pour femme; + Donne à l'une ton coeur, donne à l'autre ta foi; + Mais ne crois plus tromper Isabelle ni moi. + Ce long calme bientôt va tourner en tempête, + Et l'orage est tout prêt à fondre sur ta tête: + Surpris par un rival dans ce cher entretien, + Il vengera d'un coup son malheur et le mien. + Toutefois qu'as-tu fait qui t'en rende coupable[1350-a]? (1639-57) + + [1345-a] [Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable? + (1644-57) + + [1351] _Var._ Oublions les projets de sa flamme maudite, + [Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.] + Que de pensers divers en mon coeur amoureux, + Et que je sens dans l'âme un combat rigoureux! + Perdre qui me chérit! épargner qui m'affronte! + Ruiner ce que j'aime! aimer qui veut ma honte! + L'amour produira-t-il un si cruel effet? + L'impudent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait[1351-a]? + Mon amour me séduit, et ma haine m'emporte, + L'une peut tout sur moi, l'autre n'est pas moins forte: + N'écoutons plus l'amour pour un tel suborneur, + Et laissons à la haine assurer mon honneur. (1639-57) + + [1351-a] L'insolent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait? + (1644-57) + + [1352] _Var._ Puisque ton faux espoir n'a fait qu'aigrir ma + peine. (1660) + + [1353] _Var._ Coulons-nous en faveur des ombres de la nuit. + (1639-60) + + [1354] _Var._ J'ai le corps tout glacé, je ne saurois courir. + (1639-60) + + [1355] Cette indication manque dans l'édition de 1639 et dans + celles de 1648-60. + + [1356] _Var._ Notre baron d'ailleurs est devenu jaloux, + Et c'est aussi pourquoi je vous ai fait descendre; + Dedans mon cabinet ils nous pourroient surprendre; + Ici nous causerons en plus de sûreté. (1639-57) + + [1357] _Var._ Je n'en puis prendre trop pour conserver un bien + Sans qui tout l'univers ensemble ne m'est rien: + Oui, je fais plus d'état d'avoir gagné votre âme, + Que si tout l'univers me connoissoit pour dame. + [Un rival par mon père attaque en vain ma foi.] (1639-57) + _Var._ Je n'en puis prendre trop pour m'assurer un bien. + (1660-68) + + [1358] _Var._ Mais pour vous je me plais à être mal + traitée[1358-a]. (1639) + + [1358-a] Nous avons vu déjà des exemples d'hiatus au tome I, p. + 173, note 3, et à la page 188, nota 2, de ce volume. + + [1359] _Var._ Il n'est point de tourments qui ne me semblent doux, + Si ma fidélité les endure pour vous. (1639-57) + + [1360] _Var._ Vous verrez que ce choix n'est pas tant inégal. + (1639-57) + + [1361] _Var._ Et que, tout balancé, je vaux bien un rival. (1639) + + [1362] _Var._ Cependant, mon souci, permettez-moi de craindre. + (1639-57) + + [1363] _Var._ J'en sais bien le remède, et croyez qu'en ce cas. + (1639-57) + + [1364] _Var._ Il suffit que sur moi je me rende absolue. (1639) + + [1365] _Var._ Que leurs plus grands efforts sont des efforts en l'air, + Et que.... MAT. C'est trop souffrir: il est temps de parler. (1639-57) + _Var._ Ainsi tous leurs projets sont des projets en l'air. (1660-63) + + [1366] Dans l'édition de 1692, on lit à la suite de ce vers: + _Isabelle rentre._ + + [1367] _Var._ _Le tirant à un coin du théâtre._ (1644-60)--Cette + indication ne se trouve pas dans l'édition de 1639. + + [1368] _Var._ Oui, j'ai pris votre place, et vous ai mis dehors. + (1639-57) + + [1369] _Var._ Choisis donc promptement, et songe à tes affaires. + (1639-57) + + [1370] On lit _ses valets_ dans les éditions de 1644, de 1652 et + de 1654. + + [1371] Par une erreur singulière, on a imprimé dans les éditions + de 1652-57: + + J'ai déjà massacré dix hommes _en_ cette nuit. + + [1372] _Var._ Demande-moi pardon, et quitte cet objet, + Dont les perfections m'ont rendu son sujet. (1639-57) + + [1373] _Var._ Commandez que sa foi soit d'un baiser suivie. + MAT. Je le veux. + + SCÈNE XI. + + GÉRONTE, ADRASTE, ETC. + + ADR. Ce baiser te va coûter la vie. (1639-57) + + [1374] _Var._ TROUPES DE DOMESTIQUES. (1639) + + [1375] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639. + + [1376] _Var._ GÉRONTE, _survenant_. (1660) + + [1377] _Var._ Hélas! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle. + (1639-64) + + + + +ACTE IV. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +ISABELLE. + + Enfin le terme approche: un jugement inique + Doit abuser demain d'un pouvoir tyrannique[1378], 990 + A son propre assassin immoler mon amant, + Et faire une vengeance au lieu d'un châtiment. + Par un décret injuste autant comme sévère, + Demain doit triompher la haine de mon père, + La faveur du pays, la qualité du mort[1379], 995 + Le malheur d'Isabelle, et la rigueur du sort. + Hélas! que d'ennemis, et de quelle puissance, + Contre le foible appui que donne l'innocence, + Contre un pauvre inconnu, de qui tout le forfait + Est de m'avoir aimée, et d'être trop parfait[1380]! 1000 + Oui, Clindor, tes vertus et ton feu légitime, + T'ayant acquis mon coeur, ont fait aussi ton crime[1381]. + Mais en vain après toi l'on me laisse le jour; + Je veux perdre la vie en perdant mon amour: + Prononçant ton arrêt, c'est de moi qu'on dispose; 1005 + Je veux suivre ta mort, puisque j'en suis la cause, + Et le même moment verra par deux trépas + Nos esprits amoureux se rejoindre là-bas. + Ainsi, père inhumain, ta cruauté déçue + De nos saintes ardeurs verra l'heureuse issue; 1010 + Et si ma perte alors fait naître tes douleurs, + Auprès de mon amant je rirai de tes pleurs. + Ce qu'un remords cuisant te coûtera de larmes + D'un si doux entretien augmentera les charmes; + Ou s'il n'a pas assez de quoi te tourmenter, 1015 + Mon ombre chaque jour viendra t'épouvanter, + S'attacher à tes pas dans l'horreur des ténèbres, + Présenter à tes yeux mille images funèbres, + Jeter dans ton esprit un éternel effroi, + Te reprocher ma mort, t'appeler après moi, 1020 + Accabler de malheurs ta languissante vie, + Et te réduire au point de me porter envie. + Enfin.... + +SCÈNE II. + +ISABELLE, LYSE. + + LYSE. + + Quoi! chacun dort, et vous êtes ici? + Je vous jure, Monsieur en est en grand souci. + + ISABELLE. + + Quand on n'a plus d'espoir, Lyse, on n'a plus de crainte. + Je trouve des douceurs à faire ici ma plainte: + Ici je vis Clindor pour la dernière fois; + Ce lieu me redit mieux les accents de sa voix, + Et remet plus avant en mon âme éperdue[1383] + L'aimable souvenir d'une si chère vue. 1030 + + LYSE. + + Que vous prenez de peine à grossir vos ennuis! + + ISABELLE. + + Que veux-tu que je fasse en l'état où je suis? + + LYSE. + + De deux amants parfaits dont vous étiez servie, + L'un doit mourir demain, l'autre est déjà sans vie[1383]: + Sans perdre plus de temps à soupirer pour eux, 1035 + Il en faut trouver un qui les vaille tous deux. + + ISABELLE. + + De quel front oses-tu me tenir ces paroles[1384]? + + LYSE. + + Quel fruit espérez-vous de vos douleurs frivoles? + Pensez-vous, pour pleurer et ternir vos appas, + Rappeler votre amant des portes du trépas? 1040 + Songez plutôt à faire une illustre conquête; + Je sais pour vos liens une âme toute prête, + Un homme incomparable. + + ISABELLE. + + Ote-toi de mes yeux. + + LYSE. + + Le meilleur jugement ne choisiroit pas mieux. + + ISABELLE. + + Pour croître mes douleurs faut-il que je te voie? 1045 + + LYSE. + + Et faut-il qu'à vos yeux je déguise ma joie? + + ISABELLE. + + D'où te vient cette joie ainsi hors de saison? + + LYSE. + + Quand je vous l'aurai dit, jugez si j'ai raison. + + ISABELLE. + + Ah! ne me conte rien. + + LYSE. + + Mais l'affaire vous touche. + + ISABELLE. + + Parle-moi de Clindor, ou n'ouvre point la bouche. 1050 + + LYSE. + + Ma belle humeur, qui rit au milieu des malheurs, + Fait plus en un moment qu'un siècle de vos pleurs: + Elle a sauvé Clindor. + + ISABELLE. + + Sauvé Clindor? + + LYSE. + + Lui-même: + Jugez après cela comme quoi je vous aime[1385]. + + ISABELLE. + + Eh! de grâce, où faut-il que je l'aille trouver? 1055 + + LYSE. + + Je n'ai que commencé: c'est à vous d'achever. + + ISABELLE. + + Ah! Lyse! + + LYSE. + + Tout de bon, seriez-vous pour le suivre? + + ISABELLE. + + Si je suivrois celui sans qui je ne puis vivre? + Lyse, si ton esprit ne le tire des fers, + Je l'accompagnerai jusque dans les enfers. 1060 + Va, ne demande plus si je suivrois sa fuite[1386]. + + LYSE. + + Puisqu'à ce beau dessein l'amour vous a réduite, + Écoutez où j'en suis, et secondez mes coups: + Si votre amant n'échappe, il ne tiendra qu'à vous. + La prison est tout proche[1387]. + + ISABELLE. + + Eh bien? + + LYSE. + + Ce voisinage + Au frère du concierge a fait voir mon visage; + Et comme c'est tout un que me voir et m'aimer, + Le pauvre malheureux s'en est laissé charmer. + + ISABELLE. + + Je n'en avois rien su! + + LYSE. + + J'en avois tant de honte + Que je mourois[1388] de peur qu'on vous en fît le conte; 1070 + Mais depuis quatre jours votre amant arrêté + A fait que l'allant voir je l'ai mieux écouté. + Des yeux et du discours flattant son espérance, + D'un mutuel amour j'ai formé l'apparence. + Quand on aime une fois, et qu'on se croit aimé, 1075 + On fait tout pour l'objet dont on est enflammé. + Par là j'ai sur mon âme assuré mon empire, + Et l'ai mis en état de ne m'oser dédire. + Quand il n'a plus douté de mon affection, + J'ai fondé mes refus sur sa condition; 1080 + Et lui, pour m'obliger, juroit de s'y déplaire, + Mais que malaisément il s'en pouvoit défaire; + Que les clefs des prisons qu'il gardoit aujourd'hui + Étoient le plus grand bien de son frère et de lui. + Moi de dire soudain que sa bonne fortune[1389] 1085 + Ne lui pouvoit offrir d'heure plus opportune; + Que, pour se faire riche et pour me posséder, + Il n'avoit seulement qu'à s'en accommoder; + Qu'il tenoit dans les fers un seigneur de Bretagne + Déguisé sous le nom du sieur de la Montagne; 1090 + Qu'il falloit le sauver et le suivre chez lui; + Qu'il nous feroit du bien et seroit notre appui. + Il demeure étonné; je le presse, il s'excuse; + Il me parle d'amour, et moi je le refuse; + Je le quitte en colère, il me suit tout confus, 1095 + Me fait nouvelle excuse, et moi nouveau refus. + + ISABELLE. + + Mais enfin? + + LYSE. + + J'y retourne, et le trouve fort triste; + Je le juge ébranlé; je l'attaque: il résiste. + Ce matin: «En un mot, le péril est pressant, + Ai-je dit; tu peux tout, et ton frère est absent[1390]. 1100 + --Mais il faut de l'argent pour un si long voyage, + M'a-t-il dit; il en faut pour faire l'équipage: + Ce cavalier en manque.» + + ISABELLE. + + Ah! Lyse, tu devois + Lui faire offre aussitôt de tout ce que j'avois[1391]: + Perles, bagues, habits. + + LYSE. + + J'ai bien fait davantage[1392]: 1105 + J'ai dit qu'à vos beautés ce captif rend hommage, + Que vous l'aimez de même et fuirez avec nous. + Ce mot me l'a rendu si traitable et si doux, + Que j'ai bien reconnu qu'un peu de jalousie + Touchant votre Clindor brouilloit sa fantaisie[1393], 1110 + Et que tous ces détours provenoient seulement[1394] + D'une vaine frayeur qu'il ne fût mon amant. + Il est parti soudain après votre amour sue, + A trouvé tout aisé, m'en a promis l'issue, + Et vous mande pour moi[1395] qu'environ à minuit[1396] 1115 + Vous soyez toute prête à déloger sans bruit. + + ISABELLE. + + Que tu me rends heureuse! + + LYSE. + + Ajoutez-y, de grâce, + Qu'accepter un mari pour qui je suis de glace, + C'est me sacrifier à vos contentements. + + ISABELLE. + + Aussi.... + + LYSE. + + Je ne veux point de vos remercîments. 1120 + Allez ployer bagage, et pour grossir la somme[1397], + Joignez à vos bijoux les écus du bonhomme. + Je vous vends ses trésors, mais à fort bon marché; + J'ai dérobé ses clefs depuis qu'il est couché: + Je vous les livre. + + ISABELLE. + + Allons y travailler ensemble[1398]. 1125 + + LYSE. + + Passez-vous de mon aide. + + ISABELLE. + + Eh quoi! le coeur te tremble? + + LYSE. + + Non, mais c'est un secret tout propre à l'éveiller; + Nous ne nous garderions jamais de babiller. + + ISABELLE. + + Folle, tu ris toujours. + + LYSE. + + De peur d'une surprise, + Je dois attendre ici le chef de l'entreprise; 1130 + S'il tardoit à la rue, il seroit reconnu; + Nous vous irons trouver dès qu'il sera venu. + C'est là sans raillerie. + + ISABELLE. + + Adieu donc; je te laisse, + Et consens que tu sois aujourd'hui la maîtresse. + + LYSE. + + C'est du moins. + + ISABELLE. + + Fais bon guet. + + LYSE. + + Vous, faites bon butin. + + +SCÈNE III. + +LYSE. + + Ainsi, Clindor, je fais moi seule ton destin; + Des fers où je t'ai mis c'est moi qui te délivre, + Et te puis, à mon choix, faire mourir ou vivre. + On me vengeoit de toi par delà mes desirs: + Je n'avois de dessein que contre tes plaisirs. 1140 + Ton sort trop rigoureux m'a fait changer d'envie; + Je te veux assurer tes plaisirs et ta vie; + Et mon amour éteint, te voyant en danger, + Renaît pour m'avertir que c'est trop me venger. + J'espère aussi, Clindor, que pour reconnoissance[1399], 1145 + De ton ingrat amour étouffant la licence.... + + +SCÈNE IV. + +MATAMORE, ISABELLE, LYSE. + + ISABELLE. + + Quoi! chez nous, et de nuit! + + MATAMORE. + + L'autre jour.... + + ISABELLE. + + Qu'est-ce-ci: + «L'autre jour?» est-il temps que je vous trouve ici? + + LYSE. + + C'est ce grand capitaine. Où s'est-il laissé prendre? + + ISABELLE. + + En montant l'escalier je l'en ai vu descendre. 1150 + + MATAMORE. + + L'autre jour, au défaut de mon affection, + J'assurai vos appas de ma protection. + + ISABELLE. + + Après? + + MATAMORE. + + On vint ici faire une brouillerie; + Vous rentrâtes voyant cette forfanterie; + Et pour vous protéger, je vous suivis soudain. 1155 + + ISABELLE. + + Votre valeur prit lors un généreux dessein. + Depuis? + + MATAMORE. + + Pour conserver une dame si belle, + Au plus haut du logis j'ai fait la sentinelle. + + ISABELLE. + + Sans sortir? + + MATAMORE. + + Sans sortir. + + LYSE. + + C'est-à-dire, en deux mots, + Que la peur l'enfermoit dans la chambre aux fagots[1400]. + + MATAMORE. + + La peur? + + LYSE. + + Oui, vous tremblez: la vôtre est sans égale. + + MATAMORE. + + Parce qu'elle a bon pas, j'en fais mon Bucéphale; + Lorsque je la domptai, je lui fis cette loi; + Et depuis, quand je marche, elle tremble sous moi. + + LYSE. + + Votre caprice est rare à choisir des montures. 1165 + + MATAMORE. + + C'est pour aller plus vite aux grandes aventures. + + ISABELLE. + + Vous en exploitez bien. Mais changeons de discours: + Vous avez demeuré là dedans quatre jours? + + MATAMORE. + + Quatre jours. + + ISABELLE. + + Et vécu? + + MATAMORE. + + De nectar, d'ambrosie[1401]. + + LYSE. + + Je crois que cette viande aisément rassasie? 1170 + + MATAMORE. + + Aucunement. + + ISABELLE. + + Enfin vous étiez descendu.... + + MATAMORE. + + Pour faire qu'un amant en vos bras fût rendu, + Pour rompre sa prison, en fracasser les portes, + Et briser en morceaux ses chaînes les plus fortes. + + LYSE. + + Avouez franchement que, pressé de la faim, 1175 + Vous veniez bien plutôt faire la guerre au pain. + + MATAMORE. + + L'un et l'autre, parbieu! Cette ambrosie est fade: + J'en eus au bout d'un jour l'estomac tout malade. + C'est un mets délicat, et de peu de soutien: + A moins que d'être un Dieu l'on n'en vivroit pas bien; + Il cause mille maux, et dès l'heure qu'il entre, + Il allonge les dents, et rétrécit le ventre. + + LYSE. + + Enfin c'est un ragoût qui ne vous plaisoit pas? + + MATAMORE. + + Quitte pour chaque nuit faire deux tours en bas, + Et là, m'accommodant des reliefs de cuisine, 1185 + Mêler la viande humaine avecque la divine. + + ISABELLE. + + Vous aviez, après tout, dessein de nous voler. + + MATAMORE. + + Vous-mêmes, après tout, m'osez-vous quereller? + Si je laisse une fois échapper ma colère.... + + ISABELLE. + + Lyse, fais-moi sortir les valets de mon père. 1190 + + MATAMORE. + + Un sot les attendroit. + + +SCÈNE V. + +ISABELLE, LYSE. + + LYSE. + + Vous ne le tenez pas. + + ISABELLE. + + Il nous avoit bien dit que la peur a bon pas. + + LYSE. + + Vous n'avez cependant rien fait, ou peu de chose. + + ISABELLE. + + Rien du tout. Que veux-tu? sa rencontre en est cause. + + LYSE. + + Mais vous n'aviez alors qu'à le laisser aller. 1195 + + ISABELLE. + + Mais il m'a reconnue, et m'est venu parler. + Moi qui, seule et de nuit, craignois son insolence, + Et beaucoup plus encor de troubler le silence, + J'ai cru, pour m'en défaire et m'ôter de souci, + Que le meilleur étoit de l'amener ici. 1200 + Vois, quand j'ai ton secours, que je me tiens vaillante, + Puisque j'ose affronter cette humeur violente. + + LYSE. + + J'en ai ri comme vous, mais non sans murmurer: + C'est bien du temps perdu. + + ISABELLE. + + Je vais le réparer[1402]. + + LYSE. + + Voici le conducteur de notre intelligence; 1205 + Sachez auparavant toute sa diligence. + + +SCÈNE VI. + +ISABELLE, LYSE, LE GEÔLIER. + + ISABELLE. + + Eh bien! mon grand ami, braverons-nous le sort? + Et viens-tu m'apporter ou la vie ou la mort? + Ce n'est plus qu'en toi seul que mon espoir se fonde. + + LE GEÔLIER. + + Bannissez vos frayeurs: tout va le mieux du monde[1403]; + Il ne faut que partir, j'ai des chevaux tous prêts, + Et vous pourrez bientôt vous moquer des arrêts. + + ISABELLE. + + Je te dois regarder comme un dieu tutélaire[1404], + Et ne sais point pour toi d'assez digne salaire. + + LE GEÔLIER[1405]. + + Voici le prix unique où tout mon coeur prétend. 1215 + + ISABELLE. + + Lyse, il faut te résoudre à le rendre content. + + LYSE. + + Oui, mais tout son apprêt nous est fort inutile: + Comment ouvrirons-nous les portes de la ville? + + LE GEÔLIER. + + On nous tient des chevaux en main sûre aux faubourgs; + Et je sais un vieux mur qui tombe tous les jours: 1220 + Nous pourrons aisément sortir par ses ruines[1406]. + + ISABELLE. + + Ah! que je me trouvois sur d'étranges épines! + + LE GEÔLIER. + + Mais il faut se hâter. + + ISABELLE. + + Nous partirons soudain. + Viens nous aider là-haut à faire notre main. + + +SCÈNE VII. + +CLINDOR, en prison[1407]. + + Aimables souvenirs de mes chères délices, 1225 + Qu'on va bientôt changer en d'infâmes supplices, + Que malgré les horreurs de ce mortel effroi, + Vos charmants entretiens ont de douceurs pour moi[1408]! + Ne m'abandonnez point, soyez-moi plus fidèles + Que les rigueurs du sort ne se montrent cruelles; 1230 + Et lorsque du trépas les plus noires couleurs + Viendront à mon esprit figurer mes malheurs[1409], + Figurez aussitôt à mon âme interdite + Combien je fus heureux par delà mon mérite. + Lorsque je me plaindrai de leur sévérité, 1235 + Redites-moi l'excès de ma témérité: + Que d'un si haut dessein ma fortune incapable + Rendoit ma flamme injuste, et mon espoir coupable; + Que je fus criminel quand je devins amant, + Et que ma mort en est le juste châtiment. 1240 + Quel bonheur m'accompagne à la fin de ma vie! + Isabelle, je meurs pour vous avoir servie; + Et de quelque tranchant que je souffre les coups, + Je meurs trop glorieux, puisque je meurs pour vous. + Hélas! que je me flatte, et que j'ai d'artifice 1245 + A me dissimuler la honte d'un supplice[1410]! + En est-il de plus grand que de quitter ces yeux + Dont le fatal amour me rend si glorieux? + L'ombre d'un meurtrier creuse ici ma ruine[1411]: + Il succomba vivant, et mort il m'assassine; 1250 + Son nom fait contre moi ce que n'a pu son bras; + Mille assassins nouveaux naissent de son trépas; + Et je vois de son sang, fécond en perfidies, + S'élever contre moi des âmes plus hardies, + De qui les passions, s'armant d'autorité[1412], 1255 + Font un meurtre public avec impunité. + Demain de mon courage on doit faire un grand crime[1413], + Donner au déloyal ma tête pour victime; + Et tous pour le pays prennent tant d'intérêt, + Qu'il ne m'est pas permis de douter de l'arrêt. 1260 + Ainsi de tous côtés ma perte étoit certaine: + J'ai repoussé la mort, je la reçois pour peine. + D'un péril évité je tombe en un nouveau, + Et des mains d'un rival en celles d'un bourreau. + Je frémis à penser à ma triste aventure[1414]; 1265 + Dans le sein du repos je suis à la torture: + Au milieu de la nuit, et du temps du sommeil, + Je vois de mon trépas le honteux appareil; + J'en ai devant les yeux les funestes ministres; + On me lit du sénat les mandements sinistres; 1270 + Je sors les fers aux pieds; j'entends déjà le bruit + De l'amas insolent d'un peuple qui me suit[1415]; + Je vois le lieu fatal où ma mort se prépare: + Là mon esprit se trouble, et ma raison s'égare; + Je ne découvre rien qui m'ose secourir[1416], 1275 + Et la peur de la mort me fait déjà mourir. + Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme, + Dissipes ces terreurs et rassures mon âme; + Et sitôt que je pense à tes divins attraits[1417], + Je vois évanouir ces infâmes portraits. 1280 + Quelques[1418] rudes assauts que le malheur me livre, + Garde mon souvenir, et je croirai revivre. + Mais d'où vient que de nuit on ouvre ma prison? + Ami, que viens-tu faire ici hors de saison? + + +SCÈNE VIII. + +CLINDOR, LE GEÔLIER. + + LE GEÔLIER, cependant qu'Isabelle et Lyse paroissent à + quartier[1419]. + + Les juges assemblés pour punir votre audace, 1285 + Mus de compassion, enfin vous ont fait grâce. + + CLINDOR. + + M'ont fait grâce, bons Dieux! + + LE GEÔLIER. + + Oui, vous mourrez de nuit. + + CLINDOR. + + De leur compassion est-ce là tout le fruit? + + LE GEÔLIER. + + Que de cette faveur vous tenez peu de conte! + D'un supplice public c'est vous sauver la honte. 1290 + + CLINDOR. + + Quels encens puis-je offrir aux maîtres de mon sort, + Dont l'arrêt me fait grâce, et m'envoie à la mort? + + LE GEÔLIER. + + Il la faut recevoir avec meilleur visage. + + CLINDOR. + + Fais ton office, ami, sans causer davantage. + + LE GEÔLIER. + + Une troupe d'archers là dehors vous attend; 1295 + Peut-être en les voyant serez-vous plus content. + + +SCÈNE IX. + +CLINDOR, ISABELLE, LYSE, LE GEÔLIER. + + ISABELLE dit ces mots à Lyse, cependant que le Geôlier ouvre + la prison à Clindor[1420]. + + Lyse, nous l'allons voir. + + LYSE. + + Que vous êtes ravie! + + ISABELLE. + + Ne le serois-je point de recevoir la vie? + Son destin et le mien prennent un même cours, + Et je mourrois du coup qui trancheroit ses jours. 1300 + + LE GEÔLIER. + + Monsieur, connoissez-vous beaucoup d'archers semblables? + + CLINDOR. + + Ah! Madame, est-ce vous? surprises adorables[1421]! + Trompeur trop obligeant, tu disois bien vraiment + Que je mourrois de nuit, mais de contentement. + + ISABELLE. + + Clindor! + + LE GEÔLIER. + + Ne perdons point le temps à ces caresses[1422]: 1305 + Nous aurons tout loisir de flatter nos maîtresses[1423]. + + CLINDOR. + + Quoi! Lyse est donc la sienne? + + ISABELLE. + + Écoutez le discours + De votre liberté qu'ont produit leurs amours. + + LE GEÔLIER. + + En lieu de sûreté le babil est de mise; + Mais ici ne songeons qu'à nous ôter de prise. 1310 + + ISABELLE. + + Sauvons-nous: mais avant, promettez-nous tous deux + Jusqu'au jour d'un hymen de modérer vos feux: + Autrement, nous rentrons. + + CLINDOR. + + Que cela ne vous tienne: + Je vous donne ma foi. + + LE GEÔLIER. + + Lyse, reçois la mienne. + + ISABELLE. + + Sur un gage si beau j'ose tout hasarder[1424]. 1315 + + LE GEÔLIER. + + Nous nous amusons trop, il est temps d'évader. + + +SCÈNE X. + +ALCANDRE, PRIDAMANT. + + ALCANDRE. + + Ne craignez plus pour eux ni périls ni disgrâces. + Beaucoup les poursuivront, mais sans trouver leurs traces. + + PRIDAMANT. + + A la fin je respire. + + ALCANDRE. + + Après un tel bonheur, + Deux ans les ont montés en haut degré d'honneur. 1320 + Je ne vous dirai point le cours de leurs voyages, + S'ils ont trouvé le calme, ou vaincu les orages, + Ni par quel art non plus ils se sont élevés: + Ils suffit d'avoir vu comme ils se sont sauvés, + Et que, sans vous en faire une histoire importune, 1325 + Je vous les vais montrer en leur haute fortune. + Mais puisqu'il faut passer à des effets plus beaux, + Rentrons pour évoquer des fantômes nouveaux. + Ceux que vous avez vus représenter de suite + A vos yeux étonnés leur amour et leur fuite[1425], 1330 + N'étant pas destinés aux hautes fonctions, + N'ont point assez d'éclat pour leurs conditions. + +FIN DU QUATRIÈME ACTE. + +FOOTNOTES: + + [1378] _Var._ Doit faire agir demain un pouvoir + tyrannique[1378-a]. (1639-57) + + [1378-a] On lit dans l'édition de 1654: + + Doit faire agir _pour moi_ un pouvoir tyrannique, + + ce qui fait un non-sens et un hiatus. + + [1379] _Var._ La faveur du pays, l'autorité du mort. (1639-57) + + [1380] _Var._ C'est de m'avoir aimée et d'être trop parfait! + (1639) + + [1381] _Var._ [T'ayant acquis mon coeur, ont fait aussi ton crime.] + Contre elles un jaloux fit son traître dessein[1381-a], + Et reçut le trépas qu'il portoit dans ton sein. + Qu'il eût valu bien mieux à ta valeur trompée + Offrir ton estomac ouvert à son épée, + Puisque, loin de punir ceux qui t'ont attaqué, + Les lois vont achever le coup qu'ils ont manqué! + Tu fusses mort alors, mais sans ignominie: + Ta mort n'eût point laissé ta mémoire ternie; + On n'eût point vu le foible opprimé du puissant, + Ni mon pays souillé du sang d'un innocent, + Ni Thémis endurer l'indigne violence + Qui pour l'assassiner emprunte sa balance[1381-b]. + Hélas! et de quoi sert à mon coeur enflammé[1381-c] + D'avoir fait un beau choix et d'avoir bien aimé, + Si mon amour fatal te conduit au supplice + Et m'apprête à moi-même un mortel précipice? + Car en vain après toi l'on me laisse le jour. (1639-60) + + [1381-a] Contre elles un jaloux forma son noir dessein. (1660) + + [1381-b] Qui pour t'assassiner emprunte sa balance. (1648 et 60) + + [1381-c] De quoi sert à mon coeur si vivement charmé. (1660) + + [1382] _Var._ Et remet plus avant dans ma triste pensée + L'aimable souvenir de mon amour passée. (1639-57) + + [1383] _Var._ L'un est mort, et demain l'autre perdra la vie. + (1639-57) + + [1384] _Var._ Impudente, oses-tu me tenir ces paroles? (1639-57) + + [1385] _Var._ Et puis après cela jugez si je vous aime. (1639-57) + + [1386] _Var._ Va, ne m'informe[1386-a] plus si je suivrois sa + fuite. (1639-57) + + [1386-a] Voyez tome I, p. 472, note 2. + + [1387] _Var._ La prison est fort proche. (1639-64) + + [1388] Les éditions de 1664-82 donnent _mourrois_, pour + _mourois_, ce qui ne nous paraît pas offrir de sens. + + [1389] _Var._ Moi de prendre mon temps, que sa bonne fortune. + (1639-57) + + [1390] _Var._ Ç'ai-je, dit; tu peux tout, et ton frère est + absent. (1639-57) + + [1391] _Var._ Lui faire offre en ce cas de tout ce que j'avois. + (1639-60) + + [1392] _Var._ J'ai bien fait encor pire: + J'ai dit que c'est pour vous que ce captif soupire, + Que vous l'aimiez de même et fuiriez avec nous. (1639-57) + + [1393] L'édition de 1639 porte _fantasie_. + + [1394] _Var._ Et que tous ces délais provenoient seulement. + (1639, 44 et 52-57) + _Var._ Et que tous ses délais provenoient seulement. (1648) + + [1395] L'édition de 1682 donne à tort: _pour moi_, au lieu de: + _par moi_. + + [1396] _Var._ Qu'il alloit y pourvoir, et que vers la mi-nuit + Vous fussiez toute prête à déloger sans bruit. (1639-57) + + [1397] _Var._ Allez, ployez bagage, et n'épargnez en somme + Ni votre cabinet, ni celui du bonhomme. (1639-57) + + [1398] _Var._ Allons faire le coup ensemble. (1639-57) + + [1399] _Var._ [J'espère aussi, Clindor, que pour reconnoissance,] + Tu réduiras pour moi tes voeux dans l'innocence, + Qu'un mari me tenant en sa possession, + Sa présence vaincra ta folle passion, + Ou que, si cette ardeur encore te possède, + Ma maîtresse avertie y mettra bon remède[1399-a]. (1639-57) + + [1399-a] La scène III finit là dans les éditions indiquées. + + [1400] _Var._ Qu'il s'est caché de peur dans la chambre aux fagots. + MAT. De peur? (1639-57) + + [1401] A ce vers, et un peu plus bas au vers 1177, toutes les + éditions portent _ambrosie_, excepté celle de 1639, où on lit + _ambroisie_. + + [1402] _Var._ Je le vais réparer. (1639-57) + + [1403] _Var._ Madame, grâce aux Dieux, tout va le mieux du monde. + (1639-57) + + [1404] _Var._ Ah! que tu me ravis! et quel digne salaire + Pourrai-je présenter à mon dieu tutélaire? + LE GEÔL. Voici la récompense où mon desir prétend. + ISAB. Lyse, il faut se résoudre à le rendre content. (1639-57) + + [1405] _Var._ LE GEÔLIER, _montrant Lyse_. (1660) + + [1406] L'édition de 1639 porte: «par ces ruines;» celle de 1657: + «de ses ruines.» Ce sont vraisemblablement deux fautes. + + [1407] _Var._ _Il est en prison._ (1663, en marge.) + + [1408] _Var._ Vous avez de douceurs et de charmes pour moi! + (1639-57) + + [1409] _Var._ Viendront en mon esprit figurer mes malheurs. + (1648) + + [1410] _Var._ Pour déguiser la honte et l'horreur d'un supplice! + Il faut mourir enfin, et quitter ces beaux yeux. (1639-57) + + [1411] _Var._ L'ombre d'un meurtrier cause encor ma ruine. + (1639-57) + + [1412] Dans l'édition de 1682, on lit ainsi ce vers: + + De qui les passions s'arment d'autorité. + + C'est sans doute encore une faute. Au vers 1259 il y a, autre + erreur, _prenant_, pour _prennent_. + + [1413] _Var._ Demain de mon courage ils doivent faire un crime. + (1639-57) + + [1414] _Var._ Je frémis au penser de ma triste aventure[1414-a]. + (1639-57) + + [1414-a] L'édition de 1657 porte, évidemment par erreur: «d'une + triste aventure.» + + [1415] _Var._ De l'amas insolent du peuple qui me suit. (1648) + + [1416] _Var._ Je ne découvre rien propre à me secourir. (1639-57) + + [1417] _Var._ Aussitôt que je pense à tes divins attraits. + (1639-57) + + [1418] Voyez tome I, p. 205, note 3. + + [1419] _Var._ _Isabelle et Lyse paroissent à quartier._ (1663, en + marge.)--Cette indication manque dans les éditions de + 1639-57.--_A quartier_, à l'écart. Voyez tome I, p. 93, note 2. + + [1420] _Var._ ISABELLE, _cependant que le Geôlier, etc._ + (1660)--Ce jeu de scène manque dans les éditions de 1639-57. + + [1421] _Var._ Ma chère âme, est-ce vous? surprises adorables! + (1639-57) + + [1422] _Var._ Mon heur! [LE GEÔL. Ne perdons point le temps à ces + caresses.] (1639-54) + _Var._ Mon heur! LE GEÔL. Ne perdons point de temps à ces + caresses. (1657) + + [1423] _Var._ Nous aurons tout loisir de baiser nos maîtresses. + (1639-57) + + [1424] _Var._ Sur un gage si bon j'ose tout hasarder. + LE GEÔL. Nous nous amusons trop, hâtons-nous d'évader. + (1639-57) + + [1425] Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de + 1682.--L'édition de 1639, également par erreur, porte _leurs + amours et leurs fuites_: la rime s'oppose à ce pluriel. + + + + +ACTE V. + + +SCÈNE PREMIÈRE. + +ALCANDRE, PRIDAMANT. + + PRIDAMANT. + + Qu'Isabelle est changée et qu'elle est éclatante! + + ALCANDRE. + + Lyse marche après elle, et lui sert de suivante; + Mais derechef surtout n'ayez aucun effroi, 1335 + Et de ce lieu fatal ne sortez qu'après moi: + Je vous le dis encore, il y va de la vie. + + PRIDAMANT. + + Cette condition m'en ôte assez l'envie[1425]. + + +SCÈNE II. + +ISABELLE, représentant Hippolyte; LYSE, représentant Clarine[1427]. + + LYSE. + + Ce divertissement n'aura-t-il point de fin? + Et voulez-vous passer la nuit dans ce jardin? 1340 + + ISABELLE. + + Je ne puis plus cacher le sujet qui m'amène: + C'est grossir mes douleurs que de taire ma peine. + Le prince Florilame.... + + LYSE. + + Eh bien! il est absent. + + ISABELLE. + + C'est la source des maux que mon âme ressent[1428]; + Nous sommes ses voisins, et l'amour qu'il nous porte 1345 + Dedans son grand jardin nous permet cette porte. + La princesse Rosine, et mon perfide époux, + Durant qu'il est absent en font leur rendez-vous: + Je l'attends au passage, et lui ferai connoître + Que je ne suis pas femme à rien souffrir d'un traître. + + LYSE. + + Madame, croyez-moi, loin de le quereller, + Vous ferez beaucoup mieux de tout dissimuler[1429]: + Il nous vient peu de fruit de telles jalousies[1430]; + Un homme en court plus tôt après ses fantaisies[1431]; + Il est toujours le maître, et tout notre discours[1432], 1355 + Par un contraire effet, l'obstine en ses amours. + + ISABELLE. + + Je dissimulerai son adultère flamme! + Une autre aura son coeur, et moi le nom de femme[1433]! + Sans crime, d'un hymen peut-il rompre la loi? + Et ne rougit-il point d'avoir si peu de foi? 1360 + + LYSE. + + Cela fut bon jadis; mais au temps où nous sommes, + Ni l'hymen ni la foi n'obligent plus les hommes: + Leur gloire a son brillant et ses règles à part[1434]; + Où la nôtre se perd, la leur est sans hasard; + Elle croît aux dépens de nos lâches foiblesses; 1365 + L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses. + + ISABELLE. + + Ote-moi cet honneur et cette vanité, + De se mettre en crédit par l'infidélité. + Si pour haïr le change et vivre sans amie + Un homme tel que lui tombe dans l'infamie[1435], 1370 + Je le tiens glorieux d'être infâme à ce prix; + S'il en est méprisé, j'estime ce mépris. + Le blâme qu'on reçoit d'aimer trop une femme + Aux maris vertueux est un illustre blâme. + + LYSE. + + Madame, il vient d'entrer; la porte a fait du bruit. 1375 + + ISABELLE. + + Retirons-nous, qu'il passe. + + LYSE. + + Il vous voit et vous suit. + + +SCÈNE III. + +CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant Hippolyte; +LYSE, représentant Clarine. + + CLINDOR. + + Vous fuyez, ma princesse, et cherchez des remises: + Sont-ce là les douceurs que vous m'aviez promises[1436]? + Est-ce ainsi que l'amour ménage un entretien? + Ne fuyez plus, Madame, et n'appréhendez rien: 1380 + Florilame est absent, ma jalouse[1437] endormie. + + ISABELLE. + + En êtes-vous bien sûr? + + CLINDOR. + + Ah! fortune ennemie! + + ISABELLE. + + Je veille, déloyal: ne crois plus m'aveugler; + Au milieu de la nuit je ne vois que trop clair: + Je vois tous mes soupçons passer en certitudes, 1385 + Et ne puis plus douter de tes ingratitudes: + Toi-même, par ta bouche, as trahi ton secret. + O l'esprit avisé pour un amant discret! + Et que c'est en amour une haute prudence + D'en faire avec sa femme entière confidence! 1390 + Où sont tant de serments de n'aimer rien que moi? + Qu'as-tu fait de ton coeur? qu'as-tu fait de ta foi? + Lorsque je la reçus, ingrat, qu'il te souvienne + De combien différoient ta fortune et la mienne, + De combien de rivaux je dédaignai les voeux; 1395 + Ce qu'un simple soldat pouvoit être auprès d'eux: + Quelle tendre amitié je recevois d'un père! + Je le quittai pourtant pour suivre ta misère[1438]; + Et je tendis les bras à mon enlèvement, + Pour soustraire ma main à son commandement[1439]. 1400 + En quelle extrémité depuis ne m'ont réduite + Les hasards dont le sort a traversé ta fuite! + Et que n'ai-je souffert avant que le bonheur + Élevât ta bassesse à ce haut rang d'honneur! + Si pour te voir heureux ta foi s'est relâchée, 1405 + Remets-moi dans le sein dont tu m'as arrachée[1440]. + L'amour que j'ai pour toi m'a fait tout hasarder, + Non pas pour des grandeurs, mais pour te posséder[1441]. + + CLINDOR. + + Ne me reproche plus ta fuite ni ta flamme: + Que ne fait point l'amour quand il possède une âme? 1410 + Son pouvoir à ma vue attachoit tes plaisirs, + Et tu me suivois moins que tes propres desirs. + J'étois lors peu de chose: oui, mais qu'il te souvienne + Que ta fuite égala ta fortune à la mienne, + Et que pour t'enlever c'étoit un foible appas[1442] 1415 + Que l'éclat de tes biens qui ne te suivoient pas. + Je n'eus, de mon côté, que l'épée en partage, + Et ta flamme, du tien, fut mon seul avantage: + Celle-là m'a fait grand en ces bords étrangers; + L'autre exposa ma tête à cent et cent dangers[1443]. 1420 + Regrette maintenant ton père et ses richesses; + Fâche-toi de marcher à côté des princesses; + Retourne en ton pays chercher avec tes biens[1444] + L'honneur d'un rang pareil à celui que tu tiens. + De quel manque, après tout, as-tu lieu de te plaindre? + En quelle occasion m'as-tu vu te contraindre? + As-tu reçu de moi ni froideurs, ni mépris? + Les femmes, à vrai dire, ont d'étranges esprits! + Qu'un mari les adore, et qu'un amour extrême[1445] + A leur bizarre humeur le soumette lui-même[1446], 1430 + Qu'il les comble d'honneurs et de bons traitements, + Qu'il ne refuse rien à leurs contentements: + S'il fait la moindre brèche à la foi conjugale[1447], + Il n'est point à leur gré de crime qui l'égale; + C'est vol, c'est perfidie, assassinat, poison, 1435 + C'est massacrer son père et brûler sa maison: + Et jadis des Titans l'effroyable supplice + Tomba sur Encelade avec moins de justice. + + ISABELLE. + + Je te l'ai déjà dit, que toute ta grandeur + Ne fut jamais l'objet de ma sincère ardeur. 1440 + Je ne suivois que toi, quand je quittai mon père; + Mais puisque ces grandeurs t'ont fait l'âme légère, + Laisse mon intérêt: songe à qui tu les dois[1448]. + Florilame lui seul t'a mis où tu te vois: + A peine il te connut qu'il te tira de peine; 1445 + De soldat vagabond il te fit capitaine; + Et le rare bonheur qui suivit cet emploi + Joignit à ses faveurs les faveurs de son roi. + Quelle forte amitié n'a-t-il point fait paroître + A cultiver depuis ce qu'il avoit fait naître? 1450 + Par ses soins redoublés n'es-tu pas aujourd'hui[1449] + Un peu moindre de rang, mais plus puissant que lui? + Il eût gagné par là l'esprit le plus farouche, + Et pour remercîment tu veux souiller sa couche[1450]! + Dans ta brutalité trouve quelques raisons, 1455 + Et contre ses faveurs défends tes trahisons. + Il t'a comblé de biens, tu lui voles son âme! + Il t'a fait grand seigneur, et tu le rends infâme! + Ingrat, c'est donc ainsi que tu rends les bienfaits[1451]? + Et ta reconnoissance a produit ces effets? 1460 + + CLINDOR. + + Mon âme (car encor ce beau nom te demeure, + Et te demeurera jusqu'à tant que je meure), + Crois-tu qu'aucun respect ou crainte du trépas + Puisse obtenir sur moi ce que tu n'obtiens pas? + Dis que je suis ingrat, appelle-moi parjure; 1465 + Mais à nos feux sacrés ne fais plus tant d'injure: + Ils conservent encor leur première vigueur; + Et si le fol amour qui m'a surpris le coeur[1452] + Avoit pu s'étouffer au point de sa naissance, + Celui que je te porte eût eu cette puissance; 1470 + Mais en vain mon devoir tâche à lui résister[1453]: + Toi-même as éprouvé qu'on ne le peut dompter. + Ce dieu qui te força d'abandonner ton père, + Ton pays et tes biens, pour suivre ma misère, + Ce dieu même aujourd'hui force tous mes desirs[1454] 1475 + A te faire un larcin de deux ou trois soupirs. + A mon égarement souffre cette échappée, + Sans craindre que ta place en demeure usurpée. + L'amour dont la vertu n'est point le fondement + Se détruit de soi-même, et passe en un moment; 1480 + Mais celui qui nous joint est un amour solide[1455], + Où l'honneur a son lustre, où la vertu préside: + Sa durée a toujours quelques nouveaux appas[1456], + Et ses fermes liens durent jusqu'au trépas. + Mon âme, derechef pardonne à la surprise 1485 + Que ce tyran des coeurs a faite[1457] à ma franchise; + Souffre une folle ardeur qui ne vivra qu'un jour, + Et qui n'affoiblit point le conjugal amour[1458]. + + ISABELLE. + + Hélas! que j'aide bien à m'abuser moi-même! + Je vois qu'on me trahit, et veux croire qu'on m'aime[1459]; + Je me laisse charmer à ce discours flatteur, + Et j'excuse un forfait dont j'adore l'auteur. + Pardonne, cher époux, au peu de retenue + Où d'un premier transport la chaleur est venue: + C'est en ces incidents manquer d'affection 1495 + Que de les voir sans trouble et sans émotion. + Puisque mon teint se fane et ma beauté se passe, + Il est bien juste aussi que ton amour se lasse; + Et même je croirai que ce feu passager + En l'amour conjugal ne pourra rien changer: 1500 + Songe un peu toutefois à qui ce feu s'adresse, + En quel péril te jette une telle maîtresse. + Dissimule, déguise, et sois amant discret. + Les grands en leur amour n'ont jamais de secret; + Ce grand train qu'à leurs pas leur grandeur propre attache + N'est qu'un grand corps tout d'yeux à qui rien ne se cache, + Et dont il n'est pas un qui ne fît son effort + A se mettre en faveur par un mauvais rapport. + Tôt ou tard Florilame apprendra tes pratiques, + Ou de sa défiance, ou de ses domestiques; 1510 + Et lors (à ce penser je frissonne d'horreur) + A quelle extrémité n'ira point sa fureur! + Puisqu'à ces passe-temps ton humeur te convie, + Cours après tes plaisirs, mais assure ta vie. + Sans aucun sentiment je te verrai changer, 1515 + Lorsque tu changeras sans te mettre en danger[1460]. + + CLINDOR. + + Encore une fois donc tu veux que je te die + Qu'auprès de mon amour je méprise ma vie? + Mon âme est trop atteinte, et mon coeur trop blessé, + Pour craindre les périls dont je suis menacé. 1520 + Ma passion m'aveugle, et pour cette conquête + Croit hasarder trop peu de hasarder ma tête: + C'est un feu que le temps pourra seul modérer; + C'est un torrent qui passe et ne sauroit durer. + + ISABELLE. + + Eh bien! cours au trépas, puisqu'il a tant de charmes, + Et néglige ta vie aussi bien que mes larmes. + Penses-tu que ce prince, après un tel forfait, + Par ta punition se tienne satisfait? + Qui sera mon appui lorsque ta mort infâme + A sa juste vengeance exposera ta femme, 1530 + Et que sur la moitié d'un perfide étranger + Une seconde fois il croira se venger? + Non, je n'attendrai pas que ta perte certaine + Puisse attirer sur moi les restes de ta peine[1461], + Et que de mon honneur, gardé si chèrement, 1535 + Il fasse un sacrifice à son ressentiment. + Je préviendrai la honte où ton malheur me livre, + Et saurai bien mourir, si tu ne veux pas vivre. + Ce corps, dont mon amour t'a fait le possesseur, + Ne craindra plus bientôt l'effort d'un ravisseur. 1540 + J'ai vécu pour t'aimer, mais non pour l'infamie + De servir au mari de ton illustre amie. + Adieu: je vais du moins, en mourant avant toi[1462], + Diminuer ton crime, et dégager ta foi. + + CLINDOR. + + Ne meurs pas, chère épouse, et dans un second change + Vois l'effet merveilleux où ta vertu me range. + M'aimer malgré mon crime, et vouloir par ta mort + Éviter le hasard de quelque indigne effort! + Je ne sais qui je dois admirer davantage, + Ou de ce grand amour, ou de ce grand courage; 1550 + Tous les deux m'ont vaincu: je reviens sous tes lois, + Et ma brutale ardeur va rendre les abois; + C'en est fait, elle expire, et mon âme plus saine + Vient de rompre les noeuds de sa honteuse chaîne. + Mon coeur, quand il fut pris, s'étoit mal défendu: 1555 + Perds-en le souvenir. + + ISABELLE. + + Je l'ai déjà perdu. + + CLINDOR. + + Que les plus beaux objets qui soient dessus la terre + Conspirent désormais à me faire la guerre[1463]; + Ce coeur, inexpugnable aux assauts de leurs yeux, + N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour Dieux[1464]. + + LYSE. + + Madame, quelqu'un vient. + + +SCÈNE IV. + +CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant Hippolyte; +LYSE, représentant Clarine; ÉRASTE, TROUPE DE DOMESTIQUES DE +FLORILAME. + + ÉRASTE, poignardant Clindor. + + Reçois, traître, avec joie + Les faveurs que par nous ta maîtresse t'envoie. + + PRIDAMANT, à Alcandre. + + On l'assassine, ô Dieux! daignez le secourir. + + ÉRASTE. + + Puissent les suborneurs ainsi toujours périr! + + ISABELLE. + + Qu'avez-vous fait, bourreaux? + + ÉRASTE. + + Un juste et grand exemple, + Qu'il faut qu'avec effroi tout l'avenir contemple, + Pour apprendre aux ingrats, aux dépens de son sang, + A n'attaquer jamais l'honneur d'un si haut rang. + Notre main a vengé le prince Florilame, + La princesse outragée, et vous-même, Madame, 1570 + Immolant à tous trois un déloyal époux, + Qui ne méritoit pas la gloire d'être à vous. + D'un si lâche attentat souffrez le prompt supplice, + Et ne vous plaignez point quand on vous rend justice. + Adieu. + + ISABELLE. + + Vous ne l'avez massacré qu'à demi: 1575 + Il vit encore en moi; soûlez son ennemi; + Achevez, assassins, de m'arracher la vie. + Cher époux, en mes bras on te l'a donc ravie! + Et de mon coeur jaloux les secrets mouvements + N'ont pu rompre ce coup par leurs pressentiments! 1580 + O clarté trop fidèle, hélas! et trop tardive, + Qui ne fait voir le mal qu'au moment qu'il arrive! + Falloit-il.... Mais j'étouffe, et, dans un tel malheur, + Mes forces et ma voix cèdent à ma douleur; + Son vif excès me tue ensemble et me console, 1585 + Et puisqu'il nous rejoint.... + + LYSE. + + Elle perd la parole. + Madame.... Elle se meurt; épargnons les discours, + Et courons au logis appeler du secours. + +(Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et les corps de +Clindor et d'Isabelle, et le Magicien et le père sortent de la +grotte.) + + +SCÈNE V. + +ALCANDRE, PRIDAMANT. + + ALCANDRE. + + Ainsi de notre espoir la fortune se joue: + Tout s'élève ou s'abaisse au branle de sa roue; 1590 + Et son ordre inégal, qui régit l'univers, + Au milieu du bonheur a ses plus grands revers. + + PRIDAMANT. + + Cette réflexion, mal propre pour un père, + Consoleroit peut-être une douleur légère; + Mais après avoir vu mon fils assassiné, 1595 + Mes plaisirs foudroyés, mon espoir ruiné, + J'aurois d'un si grand coup l'âme bien peu blessée, + Si de pareils discours m'entroient dans la pensée. + Hélas! dans sa misère il ne pouvoit périr; + Et son bonheur fatal lui seul l'a fait mourir. 1600 + N'attendez pas de moi des plaintes davantage: + La douleur qui se plaint cherche qu'on la soulage; + La mienne court après son déplorable sort. + Adieu; je vais mourir, puisque mon fils est mort. + + ALCANDRE. + + D'un juste désespoir l'effort est légitime, 1605 + Et de le détourner je croirois faire un crime. + Oui, suivez ce cher fils sans attendre à demain; + Mais épargnez du moins ce coup à votre main; + Laissez faire aux douleurs qui rongent vos entrailles, + Et pour les redoubler voyez ses funérailles. 1610 + +(Ici on relève la toile, et tous les comédiens paroissent avec +leur portier[1465], qui comptent de l'argent sur une table, et +en prennent chacun leur part[1466].) + + PRIDAMANT. + + Que vois-je? chez les morts compte-t-on de l'argent? + + ALCANDRE. + + Voyez si pas un d'eux s'y montre négligent. + + PRIDAMANT. + + Je vois Clindor! ah Dieux! quelle étrange surprise[1467]! + Je vois ses assassins, je vois sa femme et Lyse! + Quel charme en un moment étouffe leurs discords, 1615 + Pour assembler ainsi les vivants et les morts? + + ALCANDRE. + + Ainsi tous les acteurs d'une troupe comique, + Leur poëme récité, partagent leur pratique: + L'un tue, et l'autre meurt, l'autre vous fait pitié; + Mais la scène préside à leur inimitié. 1620 + Leurs vers font leurs combats, leur mort suit leurs paroles[1468], + Et, sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles, + Le traître et le trahi, le mort et le vivant, + Se trouvent à la fin amis comme devant. + Votre fils et son train ont bien su, par leur fuite, 1625 + D'un père et d'un prévôt éviter la poursuite; + Mais tombant dans les mains de la nécessité, + Ils ont pris le théâtre en cette extrémité. + + PRIDAMANT. + + Mon fils comédien! + + ALCANDRE. + + D'un art si difficile + Tous les quatre, au besoin, ont fait un doux asile[1469]; 1630 + Et depuis sa prison, ce que vous avez vu, + Son adultère amour, son trépas imprévu[1470], + N'est que la triste fin d'une pièce tragique + Qu'il expose aujourd'hui sur la scène publique, + Par où ses compagnons en ce noble métier[1471] 1635 + Ravissent à Paris un peuple tout entier[1472]. + Le gain leur en demeure, et ce grand équipage, + Dont je vous ai fait voir le superbe étalage, + Est bien à votre fils, mais non pour s'en parer + Qu'alors que sur la scène il se fait admirer. 1640 + + PRIDAMANT. + + J'ai pris sa mort pour vraie, et ce n'étoit que feinte: + Mais je trouve partout mêmes sujets de plainte. + Est-ce là cette gloire, et ce haut rang d'honneur + Où le devoit monter l'excès de son bonheur? + + ALCANDRE. + + Cessez de vous en plaindre. A présent le théâtre 1645 + Est en un point si haut que chacun l'idolâtre[1473], + Et ce que votre temps voyoit avec mépris + Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits, + L'entretien de Paris, le souhait des provinces, + Le divertissement le plus doux de nos princes, 1650 + Les délices du peuple, et le plaisir des grands: + Il tient le premier rang parmi leurs passe-temps[1474]; + Et ceux dont nous voyons la sagesse profonde + Par ses illustres soins conserver tout le monde, + Trouvent dans les douceurs d'un spectacle si beau 1655 + De quoi se délasser d'un si pesant fardeau. + Même notre grand Roi, ce foudre de la guerre, + Dont le nom se fait craindre aux deux bouts de la terre, + Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois + Prêter l'oeil et l'oreille au Théâtre françois: 1660 + C'est là que le Parnasse étale ses merveilles; + Les plus rares esprits lui consacrent leurs veilles; + Et tous ceux qu'Apollon voit d'un meilleur regard + De leurs doctes travaux lui donnent quelque part. + D'ailleurs, si par les biens on prise les personnes[1475], 1665 + Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes; + Et votre fils rencontre en un métier si doux + Plus d'accommodement qu'il n'eût trouvé chez vous[1476]. + Défaites-vous enfin de cette erreur commune, + Et ne vous plaignez plus de sa bonne fortune. 1670 + + PRIDAMANT. + + Je n'ose plus m'en plaindre, et vois trop de combien + Le métier qu'il a pris est meilleur que le mien. + Il est vrai que d'abord mon âme s'est émue: + J'ai cru la comédie au point où je l'ai vue; + J'en ignorois l'éclat, l'utilité, l'appas, 1675 + Et la blâmois ainsi, ne la connaissant pas, + Mais depuis vos discours mon coeur plein d'allégresse + A banni cette erreur avecque sa tristesse[1477]. + Clindor a trop bien fait. + + ALCANDRE. + + N'en croyez que vos yeux. + + PRIDAMANT. + + Demain, pour ce sujet, j'abandonne ces lieux; 1680 + Je vole vers Paris. Cependant, grand Alcandre, + Quelles grâces ici ne vous dois-je point rendre[1478]? + + ALCANDRE. + + Servir les gens d'honneur est mon plus grand desir: + J'ai pris ma récompense en vous faisant plaisir. + Adieu: je suis content, puisque je vous vois l'être. 1685 + + PRIDAMANT. + + Un si rare bienfait ne se peut reconnoître: + Mais, grand Mage, du moins croyez qu'à l'avenir + Mon âme en gardera l'éternel souvenir. + + +FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE. + +FOOTNOTES: + + [1426] _Var._ Cette condition m'en ôtera l'envie. (1639-60) + + [1427] En tête de cette scène et des suivantes, les indications + placées après les noms des personnages ont été omises dans + l'édition de 1639. + + [1428] L'édition de 1682 porte seule: «que mon âme _en_ ressent.» + + [1429] _Var._ Vous feriez beaucoup mieux de tout dissimuler. + (1639-60) + + [1430] _Var._ Ce n'est pas bien à nous d'avoir des jalousies. + (1639-57) + + [1431] Ici, comme plus haut, l'édition de 1639 porte _fantasies_. + Voyez le vers 1110. + + [1432] _Var._ Il est toujours le maître, et tout votre discours. + (1639) + + [1433] _Var._ Un autre aura son coeur, et moi le nom de femme. + (1639 et 57) + + [1434] _Var._ Madame, leur honneur a des règles à part, + Où le votre se perd, le leur est sans hasard[1434-a], + Et la même action entre eux et nous commune + Est pour nous déshonneur, pour eux bonne fortune. + La chasteté n'est plus la vertu d'un mari; + La princesse du vôtre a fait son favori: + Sa réputation croîtra par ses caresses; + [L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.] (1639-57) + + [1434-a] Où le nôtre se perd, le leur est sans hasard. (1644-57) + + [1435] _Var._ Un homme comme lui tombe dans l'infamie. (1639-60) + + [1436] _Var._ Sont-ce là les faveurs que vous m'aviez promises? + Où sont tant de baisers dont votre affection + Devoit être prodigue à ma réception? + Voici l'heure et le lieu, l'occasion est belle: + Je suis seul, vous n'avez que cette damoiselle, + Dont la dextérité ménagea nos amours; + Le temps est précieux, et vous fuyez toujours. + Vous voulez, je m'assure, avec ces artifices, + Que les difficultés augmentent nos délices. + A la fin je vous tiens. Quoi! vous me repoussez! + Que craignez-vous encor? Mauvaise, c'est assez: + [Florilame est absent, ma jalouse endormie.] (1639-57) + + [1437] L'édition de 1682 porte, par erreur, _jalousie_, pour + _jalouse_. + + [1438] _Var._ Je l'ai quitté pourtant pour suivre ta misère. + (1639) + + [1439] _Var._ Ne pouvant être à toi de son consentement. + (1639-57) + + [1440] _Var._ Rends-moi dedans le sein dont tu m'as arrachée. + Je t'aime, et mon amour m'a fait tout hasarder. (1639-57) + + [1441] _Var._ Non pas pour tes grandeurs, mais pour te posséder. + (1639-60) + + [1442] Voyez tome 1, p. 148, note 3. + + [1443] _Var._ L'autre exposa ma tête en cent et cent dangers. + (1639-57) + + [1444] _Var._ Retourne en ton pays avecque tous tes biens + Chercher un rang pareil à celui que tu tiens. + Qui te manque après tout? de quoi peux-tu te plaindre? (1639-57) + + [1445] _Var._ Qu'un mari les adore, et qu'une amour extrême. + (1639-54) + + [1446] Voici les différentes manières dont ce vers a été imprimé + dans les différentes éditions: + + A leur bigearre humeur ce soumette lui-même. (1639) + A leur bigearre humeur le soumettre lui-même. (1644) + A leur bigearre humeur se soumette lui-même. (1648-54) + A leur bizarre humeur se soumettre lui-même. (1657) + A leur bigearre humeur le soumette lui-même. (1660) + A leur bizarre humeur le soumettre lui-même. (1663-82) + + Nous avons cru devoir adopter la leçon de 1660, en substituant + _bizarre à bigearre_, comme l'ont fait les éditions suivantes. + + [1447] _Var._ Fait-il la moindre brèche à la foi conjugale. (1639-57) + + [1448] _Var._ Laisse mon intérêt: songe à qui tu le dois. (1639) + + [1449] _Var._ Par ces soins redoublés n'es-tu pas aujourd'hui. + (1648) + + [1450] _Var._ Et pour remercîment tu vas souiller sa couche! + Dans ta brutalité trouve quelque raison, + Et contre ses faveurs défends ta trahison. (1639-57) + + [1451] Les éditions de 1639 et de 1663 écrivent: _les biens + faits_. + + [1452] _Var._ Je t'aime, et si l'amour qui m'a surpris le coeur. + (1639-57) + + [1453] _Var._ Mais en vain contre lui l'on tâche à résister. + (1639-57) + + [1454] _Var._ Ce dieu même à présent malgré moi m'a réduit[1454-a] + A te faire un larcin des plaisirs d'une nuit. + A mes sens déréglés souffre cette licence: + Une pareille amour meurt dans la jouissance, + Celle dont la vertu n'est point le fondement. (1639-57) + + [1454-a] Ce dieu même à présent malgré moi me réduit. (1644-57) + + [1455] _Var._ Mais celle qui nous joint est une amour solide. + (1639-57) + + [1456] _Var._ Dont les fermes liens durent jusqu'au trépas, + Et dont la jouissance a de nouveaux appas. (1639-57) + + [1457] Le participe est au féminin dans toutes les éditions + antérieures à 1664; dans les impressions de 1664, 1668, 1682, et + même encore dans celle de 1692, il y a _fait_, sans accord. + + [1458] _Var._ Et n'affoiblit en rien un conjugal amour. (1639-57) + + [1459] _Var._ Je vois qu'on me trahit, et je crois que l'on + m'aime.(1639-57) + + [1460] _Var._ Pourvu qu'à tout le moins tu changes sans danger. + (1639-57) + + [1461] _Var._ Attire encor sur moi les restes de ta peine. + (1639-57) + + [1462] _Var._ Adieu: je vais du moins, en mourant devant toi. + (1639-57) + + [1463] _Var._ Conspirent désormais à lui faire la guerre. (1639) + + [1464] Voyez au _Complément des variantes_, p. 524. + + [1465] Le _concierge_ et le _portier_ avaient des attributions + fort différentes, que Chapuzeau nous fait connaître en ces + termes, en 1674, dans son _Théâtre françois_: «Le _concierge_ a + soin d'ouvrir l'hôtel et de le fermer, de le tenir propre et en + bon ordre, et après la comédie de visiter exactement partout, de + peur d'accident du feu.» (P. 237.)--«Les _portiers_, en pareil + nombre que les contrôleurs et aux mêmes portes, sont commis pour + empêcher les désordres qui pourroient survenir; et pour cette + fonction, avant les défenses étroites du Roi d'entrer sans payer, + on faisoit choix d'un brave, mais qui d'ailleurs sût discerner + les honnêtes gens d'avec ceux qui n'en portent pas la mine. Ils + arrêtent ceux qui voudroient passer outre sans billet, et les + avertissent d'en aller prendre au bureau, ce qu'ils font avec + civilité, ayant ordre d'en user envers tout le monde, pourvu + qu'on n'en vienne à aucune violence. L'Hôtel de Bourgogne ne s'en + sert plus, à la réserve de la porte du théâtre; et en vertu de la + déclaration du Roi, elle prend des soldats du régiment de ses + gardes autant qu'il est nécessaire: ce que l'autre troupe qui a + des portiers peut faire aussi au besoin. C'est ainsi que tous les + désordres ont été bannis, et que le bourgeois peut venir avec + plus de plaisir à la comédie.» (P. 242.)--Quant à la manière dont + on partageait la recette, voyez la _Notice_, p. 427. + + [1466] _Var._ _On tire un rideau, et on voit tous les comédiens + qui partagent leur argent._ (1639) + + [1467] _Var._ Je vois Clindor, Rosine! ah, Dieux! quelle surprise! + Je vois leur assassin, je vois sa femme et Lyse! (1639-57) + + [1468] _Var._ Leurs vers font leur combat[1468-a], leur mort suit + leurs paroles. (1654-57) + + [1468-a] L'édition de 1639 porte _leur combats_. Faut-il lire + _leur combat_, ou _leurs combats_? + + [1469] _Var._ Tous les quatre, au besoin, en ont fait leur asile. + (1639-59) + + [1470] _Var._ Son adultère amour, son trépas impourvu[1470-a]. + (1639) + + [1470-a] Voyez tome I, p. 183, note 3. + + [1471] _Var._ Par où ses compagnons et lui dans leur métier. + (1639-57) + + [1472] _Var._ Ravissant dans Paris un peuple tout entier. (1639) + + [1473] _Var._ Est en un point si haut qu'un chacun l'idolâtre. + (1639-57) + + [1474] _Var._ Parmi leurs passe-temps il tient les premiers + rangs. (1639-64) + + [1475] _Var._ S'il faut par la richesse estimer les personnes. + (1639-57) + + [1476] _Var._ Plus de biens et d'honneur qu'il n'eût trouvé chez + vous. (1639-57) + + [1477] _Var._ A banni cette erreur avecque la tristesse. (1639) + + [1478] _Var._ Quelles grâces ici ne vous dois-je pas rendre? + (1652-57) + + + + +COMPLÉMENT DES VARIANTES. + + 1560 _Var._ [N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour + Dieux:] Que leurs attraits unis....LYSE. La princesse + s'avance, Madame. CLIND. Cachez-vous, et nous faites + silence. Écoute-nous, mon âme, et par notre entretien Juge + si son objet m'est plus cher que le tien. + + SCÈNE IV. + + CLINDOR[1479], ROSINE. + + ROS. Débarrassée enfin d'une importune suite, + Je remets à l'amour le soin de ma conduite, + Et pour trouver l'auteur de ma félicité, + Je prends un guide aveugle en cette obscurité. + Mais que son épaisseur me dérobe la vue! + Le moyen de le voir ou d'en être aperçue! + Voici la grande allée, il devroit être ici, + Et j'entrevois quelqu'un. Est-ce toi, mon souci? + CLIND. Madame, ôtez ce mot dont la feinte se joue, + Et que votre vertu dans l'âme désavoue: + C'est assez déguisé, ne dissimulez plus + L'horreur que vous avez de mes feux dissolus. + Vous avez voulu voir jusqu'à quelle insolence + D'une amour déréglée iroit la violence, + Vous l'avez vu, Madame, et c'est pour la punir + Que vos ressentiments vous font ici venir. + Faites sortir vos gens destinés à ma perte, + N'épargnez point ma tête; elle vous est offerte: + Je veux bien par ma mort apaiser vos beaux yeux, + Et ce n'est pas l'espoir qui m'amène en ces lieux. + ROS. Donc au lieu d'un amour rempli d'impatience, + Je ne rencontre en toi que de la défiance? + As-tu l'esprit troublé de quelque illusion? + Est-ce ainsi qu'un guerrier tremble à l'occasion? + Je suis seule, et toi seul, d'où te vient cet ombrage? + Te faut-il de ma flamme un plus grand témoignage? + Crois que je suis sans feinte à toi jusqu'à la mort. + CLIND. Je me garderai bien de vous faire ce tort: + Une grande princesse a la vertu plus chère. + ROS. Si tu m'aimes, mon coeur, quitte cette chimère. + CLIND. Ce n'en est point, Madame, et je crois voir en vous + Plus de fidélité pour un si digne époux. + ROS. Je la quitte pour toi; mais, Dieux! que je m'abuse, + De ne voir pas encor qu'un ingrat me refuse! + Son coeur n'est plus que glace, et mon aveugle ardeur + Impute à défiance un excès de froideur. + Va, traître, va, parjure, après m'avoir séduite, + Ce sont là des discours d'une mauvaise suite: + Alors que je me rends, de quoi me parles-tu? + Et qui t'amène ici me prêcher la vertu? + CLIND. Mon respect, mon devoir et ma reconnoissance + Dessus mes passions ont eu cette puissance. + Je vous aime, Madame, et mon fidèle amour + Depuis qu'on l'a vu naître a crû de jour en jour; + Mais que ne dois-je point au prince Florilame? + C'est lui dont le respect triomphe de ma flamme: + Après que sa faveur m'a fait ce que je suis.... + ROS. Tu t'en veux souvenir pour me combler d'ennuis. + Quoi! son respect peut plus que l'ardeur qui te brûle? + L'incomparable ami, mais l'amant ridicule, + D'adorer une femme et s'en voir si chéri, + Et craindre au rendez-vous d'offenser un mari! + Traître, il n'en est plus temps: quand tu me fis paroître + Cette excessive amour qui commençoit à naître, + Et que le doux appas d'un discours suborneur + Avec un faux mérite attaqua mon honneur, + C'est lors qu'il te falloit à ta flamme infidèle + Opposer le respect d'une amitié si belle, + Et tu ne devois pas attendre à l'écouter + Quand mon esprit charmé ne le pourroit goûter. + Tes raisons vers tous deux sont de foibles défenses: + Tu l'offensas alors, aujourd'hui tu m'offenses[1480]; + Tu m'aimois plus que lui, tu l'aimes plus que moi. + Crois-tu donc à mon coeur donner ainsi la loi[1481], + Que ma flamme à ton gré s'éteigne ou s'entretienne, + Et que ma passion suive toujours la tienne? + Non, non, usant si mal de ce qui t'est permis, + Loin d'en éviter un, tu fais deux ennemis. + Je sais trop les moyens d'une vengeance aisée: + Phèdre contre Hippolyte aveugla bien Thésée, + Et ma plainte armera plus de sévérité + Avec moins d'injustice et plus de vérité. + CLIND. Je sais bien que j'ai tort, et qu'après mon audace + Je vous fais un discours de fort mauvaise grâce; + Qu'il sied mal à ma bouche, et que ce grand respect + Agit un peu bien tard pour n'être point suspect; + Mais pour souffrir plus tôt la raison dans mon âme, + Vous aviez trop d'appas, et mon coeur trop de flamme: + Elle n'a triomphé qu'après un long combat. + ROS. Tu crois donc triompher lorsque ton coeur s'abat? + Si tu nommes victoire un manque de courage, + Appelle encor service un si cruel outrage, + Et puisque me trahir, c'est suivre la raison, + Dis-moi que tu me sers par cette trahison. + CLIND. Madame, est-ce vous rendre un si mauvais service, + De sauver votre honneur d'un mortel précipice? + Cet honneur qu'une dame a plus cher que les yeux.... + ROS. Cesse de m'étourdir de ces noms odieux. + N'as-tu jamais appris que ces vaines chimères + Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères, + Ces vieux contes d'honneur n'ont point d'impressions + Qui puissent arrêter les fortes passions? + Perfide, est-ce de moi que tu le dois apprendre? + Dieux! jusques où l'amour ne me fait point descendre? + Je lui tiens des discours qu'il me devroit tenir, + Et toute mon ardeur ne peut rien obtenir. + CLIND. Par l'effort que je fais à mon amour extrême, + Madame, il faut apprendre à vous vaincre vous-même, + A faire violence à vos plus chers desirs, + Et préférer l'honneur à d'injustes plaisirs, + Dont au moindre soupçon, au moindre vent contraire + La honte et les malheurs sont la suite ordinaire. + ROS. De tous ces accidents rien ne peut m'alarmer: + Je consens de périr à force de t'aimer. + Bien que notre commerce aux yeux de tous se cache, + Qu'il vienne en évidence, et qu'un mari le sache, + Que je demeure en butte à ses ressentiments, + Que sa fureur me livre à de nouveaux tourments: + J'en souffrirai plutôt l'infamie éternelle + Que de me repentir d'une flamme si belle. + + SCÈNE V. + + CLINDOR[1482], ROSINE, ISABELLE[1483], LYSE[1484], ÉRASTE, TROUPE + DE DOMESTIQUES[1485]. + + ÉR. Donnons, ils sont ensemble. + + ISAB. Oh Dieux! qu'ai-je entendu? + LYSE. Madame, sauvons-nous. + PRID. Hélas! il est perdu. + CLIND. Madame, je suis mort, et votre amour fatale + Par un indigne coup aux enfers me dévale. + ROS. Je meurs, mais je me trouve heureuse en mon trépas, + Que du moins en mourant je vais suivre tes pas. + ÉR. Florilame est absent; mais durant son absence, + C'est là comme les siens punissent qui l'offense: + C'est lui qui par nos mains vous envoie à tous deux + Le juste châtiment de vos lubriques feux[1486]. + ISAB. Réponds-moi, cher époux, au moins une parole: + C'en est fait, il expire, et son âme s'envole. + Bourreaux, vous ne l'avez massacré qu'à demi: + [Il vit encore en moi; soûlez son ennemi; + Achevez, assassins, de m'arracher la vie;] + Sa haine sans ma mort n'est pas bien assouvie. + ÉR. Madame, c'est donc vous! + ISAB. Oui, qui cours au trépas. + ÉR. Votre heureuse rencontre épargne bien nos pas: + Après avoir défait le prince Florilame + D'un ami déloyal et d'une ingrate femme, + Nous avions ordre exprès de vous aller chercher. + ISAB. Que voulez-vous de moi, traîtres? + ÉR. Il faut marcher: + Le prince, dès longtemps amoureux de vos charmes, + Dans un de ses châteaux veut essuyer vos larmes. + ISAB. Sacrifiez plutôt ma vie à son courroux. + ÉR. C'est perdre temps, Madame, il veut parler à vous. + + (_Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et le reste des + acteurs, et le Magicien et le père sortent de la grotte_[1487].) + + + SCÈNE VI. + + ALCANDRE, PRIDAMANT. + + [ALC. Ainsi de notre espoir la fortune se joue.] (1639-57) + +FIN DU COMPLÉMENT DES VARIANTES. + +FOOTNOTES: + + [1479] CLINDOR, _représentant Théagène_. (1644-57) + + [1480] Tu l'offensois alors, aujourd'hui tu m'offenses. (1644-57) + + [1481] Crois-tu donc à mon coeur donner toujours la loi. + (1644-57) + + [1482] CLINDOR, _représentant Théagène_. (1644-57) + + [1483] ISABELLE, _représentant Hippolyte_. (1644-57) + + [1484] LYSE, _représentant Clarine_. (1644-57) + + [1485] TROUPE DE DOMESTIQUES DE FLORILAME. (1644-57) + + [1486] Ce juste châtiment de vos lubriques feux. (1644-57) + + [1487] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639. + + + + +TABLE DES MATIÈRES + +CONTENUES DANS LE DEUXIÈME VOLUME. + + LA GALERIE DU PALAIS, comédie 1 + + Notice 3 + + A Madame de Liancour 10 + + Examen 11 + + LA GALERIE DU PALAIS 17 + + LA SUIVANTE, comédie 113 + + Notice 115 + + A Monsieur *** 116 + + Examen 120 + + LA SUIVANTE 127 + + LA PLACE ROYALE, comédie 215 + + Notice 217 + + A Monsieur *** 219 + + Examen 221 + + LA PLACE ROYALE 225 + + LA COMÉDIE DES TUILERIES, par les cinq auteurs (IIIe acte) 303 + + Notice 305 + + Argument 309 + + LA COMÉDIE DES TUILERIES (IIIe acte) 311 + + MÉDÉE, tragédie 327 + + Notice 329 + + A Monsieur P. T. N. G. 332 + + Examen 333 + + MÉDÉE 341 + + L'ILLUSION, comédie 421 + + Notice 423 + + A Mademoiselle M. F. D. R. 430 + + Examen 432 + + L'ILLUSION 435 + + Complément des variantes 524 + + +FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. + + + PARIS.--IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET Cie + + Rue de Fleurus, 9 + + + + + +End of Project Gutenberg's Oeuvres de P. Corneille, by Pierre Corneille + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE P. CORNEILLE *** + +***** This file should be named 34445-8.txt or 34445-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/4/4/4/34445/ + +Produced by Hélène de Mink, Carlo Traverso and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. 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Corneille, by Pierre Corneille + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Oeuvres de P. Corneille + Tome II + +Author: Pierre Corneille + +Editor: Ch. (Charles Joseph) Marty-Laveaux + +Release Date: November 25, 2010 [EBook #34445] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE P. CORNEILLE *** + + + + +Produced by Hélène de Mink, Carlo Traverso and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + +<div class="box"> +<p>Notes de transcription:<br /> +Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.<br /> +L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.</p> + +<p>Les vers sont en principe numérotés toutes les 5 lignes; les numéros omis dans +l'original ont été également omis dans cette version. Les numéros +des pages blanches n'ont pas été repris.</p></div> + +<a name="Page_I" id="Page_I"></a> + +<a name="Page_II" id="Page_II"></a> +<p class="p4 center"><b>LES</b></p> + +<h2>GRANDS ÉCRIVAINS</h2> + +<h4>DE LA FRANCE</h4> + +<p class="center"><b>NOUVELLES ÉDITIONS</b></p> + +<p class="center"><small><b>PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION</b></small></p> + +<p class="center"><big><b>DE M. AD. REGNIER</b></big></p> + +<p class="center"><small><b>Membre de l'Institut</b></small></p> +<a name="Page_III" id="Page_III"></a> +<a name="Page_IV" id="Page_IV"></a> + +<h4 class="p4">OEUVRES</h4> + +<p class="center"><small><b>DE</b></small></p> + +<h3>P. CORNEILLE</h3> + +<p class="center"><b>TOME II</b></p> +<a name="Page_V" id="Page_V"></a> + +<hr class="c5 p6" /> +<p class="center"><b><small>PARIS.—IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET C<sup>ie</sup></small></b></p> + +<p class="center"><small><b>Rue de Fleurus, 9</b></small>,</p> + +<hr class="c5" /> +<a name="Page_VI" id="Page_VI"></a> + +<h3 class="p4">OEUVRES</h3> + +<p class="center"><b>DE</b></p> + +<h1>P. CORNEILLE</h1> + +<hr class="c5" /> +<p class="center">NOUVELLE ÉDITION</p> + +<p class="center"><small>REVUE SUR LES PLUS ANCIENNES IMPRESSIONS</small><br /> +<small>ET LES AUTOGRAPHES</small></p> + +<p class="center"><small>ET AUGMENTÉE</small></p> + +<p class="center">de morceaux inédits, des variantes, de notices, de notes, d'un lexique des mots<br /> +et locutions remarquables, d'un portrait, d'un fac-simile, etc.</p> + +<h4>PAR M. CH. MARTY-LAVEAUX</h4> + +<p class="p4 center"><b>TOME DEUXIÈME</b></p> + +<p class="center p4">PARIS</p> + +<p class="center"><b>LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C<sup>ie</sup></b></p> + +<p class="center"><small><b>BOULEVARD SAINT-GERMAIN</b></small></p> + +<hr class="c5" /> + +<p class="center"><small><b>1862</b></small></p> + +<p><a name="Page_VII" id="Page_VII"></a></p> + +<p><a name="Page_1" id="Page_1"></a></p> + +<p class="p6 center"><b>LA</b></p> + +<h2>GALERIE DU PALAIS</h2> + +<p class="center"><b>COMÉDIE</b></p> + +<p class="center"><small><b>1634</b></small></p> + +<a name="Page_2" id="Page_2"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">3</a></span></p> + +<h3>NOTICE.</h3> + +<p class="p2">Cette comédie, qui a eu plus de succès que toutes celles que +Corneille a fait représenter avant <i>le Cid</i><a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, est curieuse à divers +titres, et principalement pour l'histoire du théâtre.</p> + +<p>D'abord c'est dans cette pièce qu'il a substitué pour la première +fois, comme il en fait lui-même la remarque<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>, une suivante +à la nourrice traditionnelle de la vieille comédie qu'il avait +fait figurer dans <i>Mélite</i> et dans <i>la Veuve</i>. A partir de ce moment, +l'acteur Alison, dont on ignore le nom véritable, et qui +remplissait sous le masque cet emploi de nourrice, ne joua plus +jusqu'à sa retraite que certains rôles de vieilles femmes ridicules. +En jetant les yeux sur la planche qui se trouve en tête +de <i>la Veuve</i>, dans les éditions de 1660 et 1664, on est frappé de +l'air masculin de la nourrice, et l'on se demande si le dessinateur +n'a pas voulu représenter le visage ou le masque d'Alison.</p> + +<p>Ensuite notre poëte, qui a dit spirituellement dans la préface +de <i>Clitandre</i>, en parlant de la scène, dont il abandonne le +choix au lecteur: «Où vous l'aurez une fois placée, elle s'y +tiendra,» nous présente ici, au premier acte et au quatrième, +un lieu non-seulement très-bien déterminé, mais réel, la Galerie +du Palais, parfaitement connue de tous ses auditeurs, +qui durent sans aucun doute prendre grand plaisir à ce spectacle, +car aujourd'hui encore ce moyen de succès, bien qu'on +en ait fort abusé, manque rarement son effet.</p> + +<p>La lingère nous fournit quelques détails sur l'histoire du +costume, sur les variations de la mode: elle nous apprend, +par exemple, combien les toiles de soie, dédaignées d'abord, +<span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">4</a></span> +furent ensuite recherchées, et nous dit pourquoi elles le furent. +Les conversations du libraire et de ses acheteurs présentent +plus d'intérêt. Il est vrai que bon nombre de leurs allusions +littéraires sont pour nous autant d'énigmes dont il nous est +impossible de découvrir le mot, et qui n'en avaient probablement +pas et n'étaient destinées qu'à faire naître les conjectures +des spectateurs désireux de paraître initiés ou de faire +les entendus; mais nous trouvons parmi ces énigmes quelques +renseignements clairs et précis: nous apprenons, par exemple, +que la vogue avait passé des romans aux pièces de théâtre, +et que la Normandie avait acquis un grand renom par ses +productions poétiques. Cette dernière assertion, venant d'un +Rouennais, pourrait paraître un peu suspecte; mais par bonheur, +pour confirmer son témoignage, nous pouvons invoquer +celui d'un Angevin. Dans l'avis <i>Au lecteur</i> d'<i>Hippolyte</i>, tragédie +publiée en 1635, le sieur de la Pinelière prétend que beaucoup +de gens expérimentés lui auraient conseillé peut-être de taire +son pays «plutôt que de le mettre en gros caractères au frontispice +de son ouvrage;» et il ajoute: «Pour être estimé +autrefois poli dans la Grèce il ne falloit que se dire d'Athènes, +pour avoir la réputation de vaillant il falloit être de Lacédémone, +et maintenant, pour se faire croire excellent poëte, +il faut être né dans la Normandie.» Sur quoi Fontenelle fait +observer qu'il est assez remarquable qu'il y ait eu un temps +où l'on se soit cru obligé de faire ses excuses au public de ne +pas être Normand. Au reste cet engouement du poëte angevin +s'explique peut-être par l'honneur que lui avait fait Corneille +de composer une pièce de vers pour son <i>Hippolyte</i>: on la +trouvera dans les <i>Poésies diverses</i>, où elle figure pour la première +fois.</p> + +<p>On peut rapprocher des détails que donne Corneille sur les +libraires et leurs boutiques certains passages des auteurs de +son temps. Par exemple, dans l'avis du libraire au lecteur qui +est en tête de <i>Philine ou l'Amour contraire</i>, pastorale du sieur +de la Morelle, publiée en 1630, nous lisons ce qui suit: «S'il +y falloit faire un argument, il faudroit une main de papier entière; +joint que la principale raison pourquoi on n'en fait point, +c'est le peu de curiosité que beaucoup de personnes ont d'en +acheter (<i>des pièces de théâtre</i>), après que tout un matin ou une +<span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">5</a></span> +après-dînée ils en ont lu l'argument sur la boutique d'un libraire, +qui leur apprend pour rien ce qu'ils ne sauroient que pour de +l'argent. Chacun aime son profit, ne t'en étonne pas. Adieu.»</p> + +<p>Une vue de la Galerie du Palais, par Abraham Bosse, nous +montre les boutiques d'un libraire, d'un mercier, et d'une lingère. +Le dessinateur s'est complu à multiplier au devant de +ces boutiques des inscriptions par lesquelles il appelle sur lui-même +l'attention du lecteur et qui prouvent que les procédés +actuels de la réclame ne sont pas nouveaux. Le mercier, par +exemple, tient un carton sur lequel ou lit: <i>éventails de Bosse</i>, +et le libraire est principalement fourni des livres pour lesquels +ce graveur a fait des frontispices. <i>La Mariane</i> de Tristan +qui figure parmi ces ouvrages nous montre que cette planche +est, au plus tôt, de 1637. On lit au bas les vers suivants qui +expliquent et complètent certains passages de la comédie de +Corneille:</p> + +<div class="left30 font90"> +<p><span class="i1">Tout ce que l'art humain a jamais inventé</span><br /> +Pour mieux charmer les sens par la galanterie,<br /> +Et tout ce qu'ont d'appas la grâce et la beauté<br /> +Se découvre à nos yeux dans cette galerie.</p> + +<p><span class="i1">Ici les cavaliers les plus aventureux</span><br /> +En lisant les romans s'animent à combattre,<br /> +Et de leur passion les amants langoureux<br /> +Flattent les mouvements par des vers de théâtre.</p> + +<p><span class="i1">Ici faisant semblant d'acheter devant tous</span><br /> +Des gants, des éventails, du ruban, des dentelles,<br /> +Les adroits courtisans se donnent rendez-vous,<br /> +Et pour se faire aimer galantisent les belles.</p> + +<p><span class="i1">Ici quelque lingère, à faute de succès</span><br /> +A vendre abondamment, de colère se pique<br /> +Contre les chicaneurs, qui, parlant de procès,<br /> +Empêchent les chalands d'aborder sa boutique.</p></div> + +<p>Dans ses <i>Épîtres</i>, publiées en 1637, Boisrobert nous montre +les libraires du Palais annonçant à haute voix leurs nouveautés:</p> + +<div class="left30 font90"> +<p>Ce qui surtout blesse ma modestie,<br /> +Et qui ne peut souffrir de repartie,<br /> +C'est que mon nom retentira partout<br /> +Dans le Palais de l'un à l'autre bout.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">6</a></span> +Si je vais là parfois pour mes affaires,<br /> +Que deviendrai-je oyant trente libraires<br /> +Me clabauder et crier de concert:<br /> +«Deçà, messieurs, achetez Boisrobert<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>?»</p></div> + +<p>Dans une <i>Réponse</i> à une autre épître, Conrart complète ainsi +ce tableau<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>:</p> + +<div class="left30 font90"> +<p>Fais venir dans ton cabinet<br /> +Courbé, Sommaville et Quinet<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>,<br /> +Et sans barguigner leur délivre<br /> +Tes lettres pour en faire un livre,<br /> +Qu'ils clabauderont au Palais<br /> +Tous les jours au sortir des plaids.</p></div> + +<p>En 1652, Berthod, dans sa <i>Ville de Paris en vers burlesques</i>, +publiée chez J. B. Loyson, donne une description de la Galerie +du Palais trop étendue pour que nous la reproduisions ici en +entier, mais dont nous croyons devoir extraire les passages +suivants:</p> + +<p class="left30 font90">.... Les courretieres d'amours<br /> +Font mille tours de passe-passe.<br /> +Le mal s'y fait de bonne grâce:<br /> +Les plus sages y sont trompés.<br /> +J'en sais qui furent attrapés<br /> +Allant un jour, par raillerie,<br /> +Faire un tour de la Galerie<br /> +Du Palais, où l'on fait ces coups.<br /> +<span class="i1"> «Çà, Monseu, qu'achèterez-vous?</span><br /> +Dit une belle librairesse.<br /> +<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br /> +<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br /> +<span class="i1">«Voulez-vous voir la Galatée<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>,</span><br /> +La Niobé<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>, la Pasithée<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">7</a></span><br /> +<i>La Mort de César</i><a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, <i>Jodelet</i><a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>,<br /> +Le <i>Cinna, le Maître valet</i><a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>,<br /> +Tout le recueil des comédies?<br /> +Voici de belles tragédies<br /> +Qu'on a faites depuis deux jours.<br /> +<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br /> +<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br /> +J'ai tout Rablais<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> et l'Agrippa,<br /> +Il n'y manque pas un iota....<br /> +C'est pour porter à la pochette,<br /> +Mais je vous le vends en cachette.»<br /> +<big><b>. . . . . . . . . . . . . . .</b></big><br /> +<big><b>. . . . . . . . . . . . . . .</b></big><br /> +<span class="i1">«Approchez-vous ici, Madame!</span><br /> +Là, voyez donc, venez, venez,<br /> +Voici ce qu'il vous faut, tenez!»<br /> +Dit un autre marchand, qui crie<br /> +Du milieu de la galerie:<br /> +«J'ai de beaux masques, de beaux glands,<br /> +De beaux mouchoirs, de beaux galands<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>:<br /> +Venez ici, Mademoiselle,<br /> +J'ai de bellissime dentelle,<br /> +Des points coupés<a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> qui sont fort beaux,<br /> +De beaux étuis, de beaux ciseaux,<br /> +De la neige<a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a> des plus nouvelles;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">8</a></span><br /> +J'ai des cravates des plus belles,<br /> +Un manchon, un bel éventail,<br /> +Des pendants d'oreilles d'émail,<br /> +Une coëffe de crapaudaille<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>,<br /> +J'ai de beaux ouvrages de paille.»<br /> +<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br /> +<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br /> +<span class="i1">Mais écoutons cette marchande:</span><br /> +«Monseu, j'ai de belle Hollande<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>,<br /> +Des manchettes, de beaux rabats,<br /> +De beaux collets, de fort beaux bas.<br /> +Achetez-vous quelque chemise?<br /> +Voici de belle marchandise!<br /> +Venez, Monseu, venez à moi,<br /> +Vous aurez bon marché, ma foi!»</p> + +<p>En 1663, Montfleury choisit la Galerie du Palais pour y +placer son <i>Impromptu de l'Hôtel de Condé</i><a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Au commencement +de la pièce, de Villiers et Beauchâteau rencontrent un de leurs +amis, qui les arrête en leur disant:</p> + +<div class="left30 font90"> +<p>Qui vous mène au Palais?</p> + +<p><span class="i4 smcap">BEAUCHATEAU.</span></p> + +<p><span class="i10">Le seul dessein d'y faire</span><br /> +Emplette de ruban qui nous est nécessaire.</p> + +<p><span class="i4 smcap">LÉANDRE.</span></p> + +<p>Et vous en faut-il tant?</p> + +<p><span class="i4 smcap">DE VILLIERS.</span></p> + +<p><span class="i9">Comment s'il nous en faut?</span><br /> +Vous pouvez en juger: demain Monsieur Boursaut<br /> +Fait jouer sa réponse<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>, et j'ai l'honneur d'y faire<br /> +Un marquis malaisé qui ne sauroit se taire.<br /> +Jugez après cela s'il nous faut des rubans.</p></div> + +<p>Plus loin dans la même pièce se trouve une revue des +auteurs du temps fort analogue à celle de <i>la Galerie du Palais</i>. +<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">9</a></span> +Elle se passe entre Alis, marchande de livres, et un +marquis, que nous n'aurions nulle envie de quereller sur ses +goûts, si au ridicule qu'on lui prête de préférer Molière à +Quinault, à Boursault, à Poisson et même à Boyer, il ne joignait +le tort, plus grave à nos yeux, de ranger aussi Corneille +au nombre de ceux qu'il dédaigne.</p> + +<p>En 1682 les comédiens italiens donnèrent <i>Arlequin, lingère +du Palais</i>, où l'on trouve une scène qui a quelque ressemblance +avec celle de la dispute de la Lingère et du Mercier<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>. +Ici c'est avec un limonadier que la lingère a maille à +partir. Arlequin joue à lui seul les deux rôles, et vêtu tout à +la fois en homme et en femme, il se retourne avec une grande +agilité pour représenter alternativement chacun des deux personnages. +Ce n'est pas le seul souvenir de Corneille que renferme +cette pièce; on y trouve une parodie de la scène du <i>Cid</i> +où Rodrigue se présente chez Chimène<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>. Une note nous apprend +que dans ce morceau Arlequin s'appliquait à imiter le +ton et la démarche de la Champmeslé.</p> + +<p><i>La Galerie du Palais</i>, représentée en 1634, ne fut imprimée +qu'en 1637, en vertu d'un privilége accordé, «le vingtvniesme +iour de Ianuier l'an de grace mil six cens trente sept,» à Augustin +Courbé, qui y associa François Targa. «Nostre bien +amé Augustin Courbé, Libraire à Paris, nous a fait remonstrer, +dit ce privilége, qu'il a recouuré un manuscrit contenant trois +Comedies, sçavoir: <i>la Galerie du Palais, ou l'Amie Riualle</i>, +<i>la Place Royalle, ou l'Amoureux Extrauagant</i>, et <i>la Suiuante</i>; +et une Tragi-Comedie, intitulée <i>le Cid</i>, composées par Monsieur +Corneille.» La première de ces pièces forme un volume +in-4<sup>o</sup>, de 4 feuillets et 143 pages, dont le titre exact est: +<span class="smcap">La Galerie dv Palais ov l'amie rivalle, Comedie</span>. <i>A Paris, +chez Augustin Courbé, Imprimeur et Libraire de Monseigneur +frere du Roy dans la petite Salle du Palais, à la Palme</i>, +M.DC.XXXVII. <i>Auec priuilege du Roy.</i></p> + +<p>L'achevé d'imprimer est du 20 février. En 1644 Corneille a +supprimé le sous-titre de cet ouvrage.</p> + +<p class="center p2"><span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">10</a></span> +<big>A MADAME DE LIANCOUR</big><a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<p class="left5"><span class="smcap">Madame</span>,</p> + +<p>Je vous demande pardon si je vous fais un mauvais +présent; non pas que j'aye si mauvaise opinion de cette +pièce, que je veuille condamner les applaudissements +qu'elle a reçus, mais parce que je ne croirai jamais qu'un +ouvrage de cette nature soit digne de vous être présenté. +Aussi vous supplierai-je très-humblement de ne prendre +pas tant garde à la qualité de la chose, qu'au pouvoir de +celui dont elle part: c'est tout ce que vous peut offrir un +homme de ma sorte; et Dieu ne m'ayant pas fait naître +assez considérable pour être utile à votre service, je me +tiendrai trop récompensé d'ailleurs si je puis contribuer +en quelque façon à vos divertissements. De six comédies +qui me sont échappées<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>, si celle-ci n'est la meilleure, +c'est la plus heureuse, et toutefois la plus malheureuse +en ce point, que n'ayant pas eu l'honneur d'être vue de +vous, il lui manque votre approbation, sans laquelle sa +gloire est encore douteuse, et n'ose s'assurer sur les +acclamations publiques. Elle vous la vient demander, +Madame, avec cette protection qu'autrefois <i>Mélite</i> a +trouvée si favorable. J'espère que votre bonté ne lui refusera +pas l'une et l'autre, ou que si vous désapprouvez +<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">11</a></span> +sa conduite, du moins vous agréerez mon zèle, et me +permettrez de me dire toute ma vie,</p> + +<p class="left10">MADAME,<br /> +<span class="i2">Votre très-humble, très-obéissant,</span><br /> +<span class="i3">et très-obligé serviteur,</span><br /> +<span class="i11 smcap">Corneille</span>.</p> + +<p class="p2 center"><big>EXAMEN.</big></p> + +<p>Ce titre<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> seroit tout à fait irrégulier, puisqu'il n'est, +fondé que sur le spectacle du premier acte, où commence +l'amour de Dorimant pour Hippolyte, s'il n'étoit autorisé +par l'exemple des anciens, qui étoient sans doute +encore bien plus licencieux, quand ils ne donnoient à +leurs tragédies que le nom des chœurs, qui n'étoient que +témoins de l'action, comme <i>les Trachiniennes</i><a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a> et <i>les +Phéniciennes</i><a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>. L'<i>Ajax</i><a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> même de Sophocle ne porte pas +pour titre <i>la Mort d'Ajax</i>, qui est sa principale action, +mais <i>Ajax porte-fouet</i>, qui n'est que l'action du premier +acte<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>. Je ne parle point des <i>Nues</i>, des <i>Guêpes</i> et des +<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">12</a></span> +<i>Grenouilles</i> d'Aristophane; ceci doit suffire pour montrer +que les Grecs, nos premiers maîtres, ne s'attachoient +point à la principale action pour en faire porter +le nom à leurs ouvrages, et qu'ils ne gardoient aucune +règle sur cet article. J'ai donc pris ce titre de <i>la Galerie +du Palais</i>, parce que la promesse de ce spectacle extraordinaire, +et agréable pour sa naïveté, devoit exciter vraisemblablement +la curiosité des auditeurs; et ç'a été pour +leur plaire plus d'une fois, que j'ai fait paroître ce même +spectacle à la fin du quatrième acte, où il est entièrement +inutile, et n'est renoué avec celui du premier que par +des valets<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a> qui viennent prendre dans les boutiques ce +que leurs maîtres y avoient acheté, ou voir si les marchands +ont reçu les nippes qu'ils attendoient. Cette espèce +de renouement lui étoit nécessaire, afin qu'il eût +quelque liaison qui lui fît trouver sa place, et qu'il ne fût +pas tout à fait hors d'œuvre. La rencontre que j'y fais +faire d'Aronte<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> et de Florice est ce qui le fixe particulièrement +en ce lieu-là; et sans cet incident, il eût été aussi +propre à la fin du second et du troisième<a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>, qu'en la place +qu'il occupe. Sans cet agrément, la pièce auroit été très-régulière +pour l'unité du lieu<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a> et la liaison des scènes, qui +n'est interrompue que par là. Célidée et Hippolyte sont +deux voisines dont les demeures ne sont séparées que +<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">13</a></span> +par le travers d'une rue, et ne sont pas d'une condition +trop élevée pour souffrir que leurs amants les entretiennent +à leur porte. Il est vrai que ce qu'elles y disent seroit +mieux dit dans une chambre ou dans une salle, et même ce +n'est<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> que pour se faire voir aux spectateurs qu'elles quittent +cette porte où elles devroient être retranchées, et +viennent parler au milieu de la scène; mais c'est un accommodement +de théâtre qu'il faut souffrir pour trouver +cette rigoureuse unité de lieu qu'exigent les grands réguliers. +Il sort un peu de l'exacte vraisemblance et de la +bienséance même; mais il est presque impossible d'en +user autrement; et les<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> spectateurs y sont si accoutumés, +qu'ils n'y trouvent rien qui les blesse. Les anciens, sur +les exemples desquels on a formé les règles, se donnoient +cette liberté. Ils choisissoient pour le lieu de leurs comédies, +et même de leurs tragédies, une place publique; +mais je m'assure qu'à les bien examiner, il y a plus de la +moitié de ce qu'ils font dire qui seroit mieux dit dans la +maison qu'en cette place. Je n'en produirai qu'un exemple, +sur qui le lecteur en pourra trouver d'autres.</p> + +<p><i>L'Andrienne</i> de Térence commence par le vieillard +Simon, qui revient du marché avec des valets chargés de +ce qu'il vient d'acheter pour les noces de son fils; il leur +commande d'entrer dans sa maison avec leur charge, et +retient avec lui Sosie, pour lui apprendre que ces noces +ne sont que des noces feintes, à dessein de voir ce qu'en +dira son fils, qu'il croit engagé dans une autre affection, +dont il lui conte l'histoire. Je ne pense pas qu'aucun me +dénie qu'il seroit mieux dans sa salle à lui faire confidence +de ce secret que dans une rue. Dans la seconde +scène, il menace Davus de le maltraiter, s'il fait aucune +<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">14</a></span> +fourbe pour troubler ces noces: il le menaceroit plus à +propos dans sa maison qu'en public; et la seule raison +qui le fait parler devant son logis, c'est afin que ce +Davus, demeuré seul, puisse voir Mysis sortir de chez +Glycère, et qu'il se fasse une liaison d'œil entre ces deux +scènes; ce qui ne regarde pas l'action présente de cette +première, qui se passeroit mieux dans la maison, mais +une action future qu'ils ne prévoient point, et qui est +plutôt du dessein du poëte, qui force un peu la vraisemblance +pour observer les règles de son art, que du choix +des acteurs qui ont à parler, qui ne seroient pas où les +met le poëte, s'il n'étoit question que de dire ce qu'il +leur fait dire. Je laisse aux curieux à examiner le reste de +cette comédie de Térence; et je veux croire qu'à moins +que d'avoir l'esprit fort préoccupé d'un sentiment contraire, +ils demeureront d'accord de ce que je dis.</p> + +<p>Quant à la durée de cette pièce, elle est dans le même +ordre que la précédente, c'est-à-dire dans cinq jours +consécutifs. Le style en est plus fort et plus dégagé des +pointes dont j'ai parlé<a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>, qui s'y trouveront assez rares. +Le personnage de nourrice, qui est de la vieille comédie, +et que le manque d'actrices sur nos théâtres y +avoit conservé jusqu'alors, afin qu'un homme le pût représenter +sous le masque, se trouve ici métamorphosé +en celui de suivante, qu'une femme représente sur son +visage. Le caractère des deux amantes a quelque chose +de choquant, en ce qu'elles sont toutes deux amoureuses +d'hommes qui ne le sont point d'elles, et Célidée particulièrement +s'emporte jusqu'à s'offrir elle-même. On la +pourroit excuser sur le violent dépit qu'elle a de s'être +vue méprisée par son amant, qui en sa présence même +<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">15</a></span> +a conté des fleurettes à une autre; et j'aurois de plus à +dire que nous ne mettons pas sur la scène des personnages +si parfaits, qu'ils ne soient sujets à des défauts et +aux foiblesses qu'impriment les passions; mais je veux +bien avouer que cela va trop avant, et passe trop la bienséance +et la modestie du sexe, bien qu'absolument il +ne soit pas condamnable. En récompense, le cinquième +acte est moins traînant que celui des précédentes, et +conclut deux mariages sans laisser aucun mécontent; ce +qui n'arrive pas dans celles-là.</p> + +<hr class="h30" /> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">16</a></span></p> +<h4>ACTEURS.</h4> + +<p class="left30 p2"> +PLEIRANTE, père de Célidée.<br /> +LYSANDRE, amant de Célidée.<br /> +DORIMANT, amoureux d'Hippolyte.<br /> +CHRYSANTE, mère d'Hippolyte.<br /> +CÉLIDÉE, fille de Pleirante<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.<br /> +HIPPOLYTE, fille de Chrysante<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>.<br /> +ARONTE, écuyer de Lysandre.<br /> +CLÉANTE, écuyer de Dorimant.<br /> +FLORICE, suivante d'Hippolyte.<br /> +Le <span class="smcap">Libraire</span> du Palais.<br /> +Le <span class="smcap">Mercier</span> du Palais.<br /> +La <span class="smcap">Lingère</span> du Palais.<br /></p> + +<div class="verse"> +<p class="font90 center p4">La scène est à Paris.</p> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">17</a></span></p> + +<p class="p4 center"><small><b>LA</b></small></p> + +<h3>GALERIE DU PALAIS.</h3> + +<p class="center"><small>COMÉDIE.</small></p> +<hr class="c5" /> +<h2 class="p4">ACTE I.</h2> + +<hr class="c5" /> + +<h3 class="p2">SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">ARONTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="i6 smcap">ARONTE.</span></p> + +<p>Enfin je ne le puis: que veux-tu que j'y fasse<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>?<br /> +Pour tout autre sujet mon maître n'est que glace;<br /> +Elle est trop dans son cœur; on ne l'en peut chasser,<br /> +Et c'est folie à nous que de plus y penser.<br /> +J'ai beau devant les yeux lui remettre Hippolyte,<span class="dalign">5</span><br /> +Parler de ses attraits, élever son mérite,<br /> +Sa grâce, son esprit, sa naissance, son bien;<br /> +Je n'avance non plus qu'à ne lui dire rien<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>:<br /> +L'amour, dont malgré moi son âme est possédée,<br /> +Fait qu'il en voit autant, ou plus, en Célidée.<span class="dalign">10</span></p> + +<p><span class="i6 smcap">FLORICE.</span></p> + +<p>Ne quittons pas pourtant: à la longue on fait tout. +<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">18</a></span><br /> +La gloire suit la peine: espérons jusqu'au bout.<br /> +Je veux que Célidée ait charmé son courage,<br /> +L'amour le plus parfait n'est pas un mariage;<br /> +Fort souvent moins que rien cause un grand changement,<br /> +Et les occasions naissent en un moment.</p> + +<p><span class="i6 smcap">ARONTE.</span></p> + +<p>Je les prendrai toujours quand je les verrai naître.</p> + +<p><span class="i6 smcap">FLORICE.</span></p> + +<p>Hippolyte, en ce cas, saura le reconnoître<a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>.</p> + +<p><span class="i6 smcap">ARONTE.</span></p> + +<p>Tout ce que j'en prétends, c'est un entier secret<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>.<br /> +Adieu: je vais trouver Célidée à regret.<span class="dalign">20</span></p> + +<p><span class="i6 smcap">FLORICE.</span></p> + +<p>De la part de ton maître?</p> + +<p><span class="i6 smcap">ARONTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Oui.</span></p> + +<p><span class="i6 smcap">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i11">Si j'ai bonne vue,</span><br /> +La voilà que son père amène vers la rue.<br /> +Tirons-nous à quartier; nous jouerons mieux nos jeux<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>,<br /> +S'ils n'aperçoivent point que nous parlions nous deux.</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE II.</h3> +<h4 class="p2">PLEIRANTE, CÉLIDÉE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Ne pense plus, ma fille, à me cacher ta flamme;<span class="dalign">25</span><br /> +N'en conçois point de honte, et n'en crains point de blâme:<br /> +Le sujet qui l'allume a des perfections<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">19</a></span> +Dignes de posséder tes inclinations;<br /> +Et pour mieux te montrer le fond de mon courage,<br /> +J'aime autant son esprit que tu fais son visage.<span class="dalign">30</span><br /> +Confesse donc, ma fille, et crois qu'un si beau feu<br /> +Veut être mieux traité que par un désaveu.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Monsieur, il est tout vrai, son ardeur légitime<br /> +A tant gagné sur moi que j'en fais de l'estime:<br /> +J'honore son mérite, et n'ai pu m'empêcher<span class="dalign">35</span><br /> +De prendre du plaisir à m'en voir rechercher;<br /> +J'aime son entretien, je chéris sa présence;<br /> +Mais cela n'est enfin qu'un peu de complaisance<a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>,<br /> +Qu'un mouvement léger qui passe en moins d'un jour.<br /> +Vos seuls commandements produiront mon amour,<span class="dalign">40</span><br /> +Et votre volonté, de la mienne suivie....</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Favorisant ses vœux, seconde ton envie.<br /> +Aime, aime ton Lysandre; et puisque je consens<br /> +Et que je t'autorise à ces feux innocents,<br /> +Donne-lui hardiment une entière assurance<span class="dalign">45</span><br /> +Qu'un mariage heureux suivra son espérance:<br /> +Engage-lui ta foi. Mais j'aperçois venir<br /> +Quelqu'un qui de sa part te vient entretenir.<br /> +Ma fille, adieu: les yeux d'un homme de mon âge<br /> +Peut-être empêcheroient la moitié du message.<span class="dalign">50</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Il ne vient rien de lui qu'il faille vous celer.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Mais tu seras sans moi plus libre à lui parler;<br /> +Et ta civilité, sans doute un peu forcée,<br /> +Me fait un compliment qui trahit ta pensée.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">20</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">CÉLIDÉE, ARONTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Que fait ton maître, Aronte?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Il m'envoie aujourd'hui</span><span class="dalign">55</span><br /> +Voir ce que sa maîtresse a résolu de lui,<br /> +Et comment vous voulez qu'il passe la journée.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je serai chez Daphnis toute l'après-dînée,<br /> +Et s'il m'aime, je crois que nous l'y pourrons voir.<br /> +Autrement....</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p><span class="i6">Ne pensez qu'à l'y bien recevoir.</span><span class="dalign">60</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>S'il y manque, il verra sa paresse punie.<br /> +Nous y devons dîner fort bonne compagnie:<br /> +J'y mène, du quartier, Hippolyte et Cloris.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Après elles et vous il n'est rien dans Paris<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>,<br /> +Et je n'en sache point, pour belles qu'on les nomme,<span class="dalign">65</span><br /> +Qui puissent attirer les yeux d'un honnête homme.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je ne suis pas d'humeur bien propre à t'écouter,<br /> +Et ne prends pas plaisir à m'entendre flatter<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>.<br /> +Sans que ton bel esprit tâche plus d'y paroître,<br /> +Mêle-toi de porter ma réponse à ton maître<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>.<span class="dalign">70</span></p> + +<p><span class="smcap i4">ARONTE</span>, <span class="font90">seul.</span></p> + +<p>Quelle superbe humeur! quel arrogant maintien!<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">21</a></span> +Si mon maître me croit, vous ne tenez plus rien;<br /> +Il changera d'objet, ou j'y perdrai ma peine:<br /> +Aussi bien son amour ne vous rend que trop vaine<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2"><span class="smcap">La Lingère, le Libraire</span><a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</h4> + +<p class="font90">(On tire un rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le Mercier, +chacun dans sa boutique<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>.)</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Vous avez fort la presse à ce livre nouveau;<span class="dalign">75</span><br /> +C'est pour vous faire riche.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p> + +<p><span class="i10">On le trouve si beau<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>,</span><br /> +Que c'est pour mon profit le meilleur qui se voie.<br /> +Mais vous, que vous vendez de ces toiles de soie<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>De vrai, bien que d'abord on en vendît fort peu,<br /> +A présent Dieu nous aime, on y court comme au feu;<span class="dalign">80</span><br /> +Je n'en saurois fournir autant qu'on m'en demande:<br /> +Elle sied mieux aussi que celle de Hollande,<br /> +Découvre moins le fard dont un visage est peint,<br /> +Et donne, ce me semble, un plus grand lustre au teint<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.<br /> +Je perds bien à gagner, de ce que ma boutique,<span class="dalign">85</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">22</a></span> +Pour être trop étroite, empêche ma pratique;<br /> +A peine y puis-je avoir deux chalands à la fois:<br /> +Je veux changer de place avant qu'il soit un mois;<br /> +J'aime mieux en payer le double et davantage,<br /> +Et voir ma marchandise en un bel-étalage<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>.<span class="dalign">90</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p> + +<p>Vous avez bien raison; mais à ce que j'entends....<br /> +Monsieur, vous plaît-il voir quelques livres du temps?</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2"><span class="smcap">DORIMANT, CLÉANTE, Le Libraire.</span></h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Montrez-m'en quelques-uns.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p> + +<p><span class="i10">Voici ceux de la mode.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Otez-moi cet auteur, son nom seul m'incommode;<br /> +C'est un impertinent, ou je n'y connois rien.<span class="dalign">95</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p> + +<p>Ses œuvres toutefois se vendent assez bien.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Quantité d'ignorants ne songent qu'à la rime.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p> + +<p>Monsieur, en voici deux dont on fait grande estime:<br /> +Considérez ce trait, on le trouve divin.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Il n'est que mal traduit du cavalier Marin<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>;<span class="dalign">100</span><br /> +Sa veine, au demeurant, me semble assez hardie.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">23</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p> + +<p>Ce fut son coup d'essai que cette comédie.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Cela n'est pas tant mal pour un commencement;<br /> +La plupart de ses vers coulent fort doucement:<br /> +Qu'il a de mignardise à décrire un visage!<span class="dalign">105</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE, DORIMANT, CLÉANTE, +<span class="smcap">Le Libraire</span>, <span class="smcap">La Lingère</span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span><a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>.</p> + +<p>Madame, montrez-nous quelques collets d'ouvrage<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Je vous en vais montrer de toutes les façons.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span>, <span class="font90">au Libraire</span><a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>.</p> + +<p>Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons<a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE</span>, à Hippolyte<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>.</p> + +<p>Voilà du point d'esprit<a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>, de Gênes, et d'Espagne.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ceci n'est guère bon qu'à des gens de campagne.<span class="dalign">110</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">24</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>....</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ne les vantez point tant, et dites-nous le prix.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Quand vous aurez choisi.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Que t'en semble, Florice?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Ceux-là sont assez beaux, mais de mauvais service;<br /> +En moins de trois savons on ne les connoît plus.<span class="dalign">115</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span><a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>.</p> + +<p>Celui-ci, qu'en dis-tu<a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i8">L'ouvrage en est confus,</span><br /> +Bien que l'invention de près soit assez belle.<br /> +Voici bien votre fait, n'étoit que la dentelle<a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a><br /> +Est fort mal assortie avec le passement;<br /> +Cet autre n'a de beau que le couronnement.<span class="dalign">120</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Si vous pouviez avoir deux jours de patience<a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>,<br /> +Il m'en vient, mais qui sont dans la même excellence.</p> + +<p class="font90">(Dorimant parle au Libraire à l'oreille<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>.)</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Il vaudroit mieux attendre.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">25</a></span> +<span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Eh bien! nous attendrons;</span><br /> +Dites-nous au plus tard quel jour nous reviendrons.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Mercredi j'en attends de certaines nouvelles.<span class="dalign">125</span><br /> +Cependant vous faut-il quelques autres dentelles?</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>J'en ai ce qu'il m'en faut pour ma provision.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE</span>, <span class="font90">à Dorimant<a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>.</span></p> + +<p>J'en vais subtilement prendre l'occasion.<br /> +La connois-tu, voisine?</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p><span class="i9">Oui, quelque peu de vue:</span><br /> +Quant au reste, elle m'est tout à fait inconnue.<span class="dalign">130</span></p> + +<p class="ni2 font90">(Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre, et lui parle à l'oreille<a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>.)</p> + +<p>Ce cavalier sans doute y trouve plus d'appas<br /> +Que dans tous vos auteurs?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANTE</span><a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.</p> + +<p><span class="i10">Je n'y manquerai pas.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span><a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>.</p> + +<p>Si tu ne me vois là, je serai dans la salle<a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>.</p> + +<p class="font90">(Il prend un livre sur la boutique du Libraire<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>.)</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">26</a></span> +Je connois celui-ci; sa veine est fort égale;<br /> +Il ne fait point de vers qu'on ne trouve charmants.<span class="dalign">135</span><br /> +Mais on ne parle plus qu'on fasse de romans;<br /> +J'ai vu que notre peuple en étoit idolâtre.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p> + +<p>La mode est à présent des pièces de théâtre.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>De vrai, chacun s'en pique; et tel y met la main,<br /> +Qui n'eut jamais l'esprit d'ajuster un quatrain.<span class="dalign">140</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE, DORIMANT, <span class="smcap">le Libraire, +le Mercier.</span></h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Je te prends sur le livre.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i10">Eh bien! qu'en veux-tu dire?</span><br /> +Tant d'excellents esprits, qui se mêlent d'écrire,<br /> +Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Y trouves-tu toujours une heure de plaisir?<br /> +Beaucoup font bien des vers, et peu la comédie<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>.<span class="dalign">145</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Ton goût, je m'en assure, est pour la Normandie<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Sans rien spécifier, peu méritent de voir<a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">27</a></span> +Souvent leur entreprise excède leur pouvoir<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>,<br /> +Et tel parle d'amour sans aucune pratique.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>On n'y sait guère alors que la vieille rubrique:<span class="dalign">150</span><br /> +Faute de le connoître, on l'habille en fureur;<br /> +Et loin d'en faire envie, on nous en fait horreur.<br /> +Lui seul de ses effets a droit de nous instruire;<br /> +Notre plume à lui seul doit se laisser conduire:<br /> +Pour en bien discourir, il faut l'avoir bien fait;<span class="dalign">155</span><br /> +Un bon poëte ne vient que d'un amant parfait.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Il n'en faut point douter, l'amour a des tendresses<br /> +Que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.<br /> +Tant de sorte<a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a> d'appas, de doux saisissements,<br /> +D'agréables langueurs et de ravissements,<span class="dalign">160</span><br /> +Jusques où d'un bel œil peut s'étendre l'empire,<br /> +Et mille autres secrets que l'on ne sauroit dire<br /> +(Quoi que tous nos rimeurs en mettent par écrit),<br /> +Ne se surent jamais par un effort d'esprit;<br /> +Et je n'ai jamais vu de cervelles bien faites<span class="dalign">165</span><br /> +Qui traitassent l'amour à la façon des poëtes.<br /> +C'est tout un autre jeu. Le style d'un sonnet<br /> +Est fort extravagant dedans un cabinet;<br /> +Il y faut bien louer la beauté qu'on adore,<br /> +Sans mépriser Vénus, sans médire de Flore,<span class="dalign">170</span><br /> +Sans que l'éclat des lis, des roses, d'un beau jour,<br /> +Ait rien à démêler avecque notre amour.<br /> +O pauvre comédie, objet de tant de veines,<br /> +Si tu n'es qu'un portrait des actions humaines,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">28</a></span> +On te tire souvent sur un original<span class="dalign">175</span><br /> +A qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal!</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Laissons la muse en paix, de grâce, à la pareille<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>.<br /> +Chacun fait ce qu'il peut, et ce n'est pas merveille<br /> +Si, comme avec bon droit on perd bien un procès,<br /> +Souvent un bon ouvrage a de foibles succès.<span class="dalign">180</span><br /> +Le jugement de l'homme ou plutôt son caprice<br /> +Pour quantité d'esprits n'a que de l'injustice.<br /> +J'en admire beaucoup dont on fait peu d'état;<br /> +Leurs fautes, tout au pis, ne sont pas coups d'État:<br /> +La plus grande est toujours de peu de conséquence.<span class="dalign">185</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p> + +<p>Vous plairoit-il de voir des pièces d'éloquence<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE</span>,<br /> +<span class="font90">ayant regardé le titre d'un livre que le Libraire +lui présente</span><a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>.</p> + +<p>J'en lus hier la moitié; mais son vol est si haut,<br /> +Que presque à tous moments je me trouve en défaut.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Voici quelques auteurs dont j'aime l'industrie.<br /> +Mettez ces trois à part, mon maître, je vous prie;<span class="dalign">190</span><br /> +Tantôt un de mes gens vous les<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a> viendra payer.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE</span>, <span class="font90">se retirant d'auprès les boutiques</span><a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>.</p> + +<p>Le reste du matin, où veux-tu l'employer?</p> + +<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p> + +<p>Voyez deçà, messieurs; vous plaît-il rien du nôtre?<br /> +Voyez, je vous ferai meilleur marché qu'un autre,<br /> +Des gants, des baudriers, des rubans, des castors.<span class="dalign">195</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">29</a></span></p> +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i4">DORIMANT.</span></p> + +<p>Je ne saurois encor te suivre, si tu sors:<br /> +Faisons un tour de salle, attendant mon Cléante.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Qui te retient ici?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i6">L'histoire en est plaisante:</span><br /> +Tantôt, comme j'étois sur le livre occupé<a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>,<br /> +Tout proche on est venu choisir du point coupé<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>.<span class="dalign">200</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Qui?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i2">C'est la question; mais il faut s'en remettre<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a></span><br /> +A ce qu'à mes regards sa coiffe a pu permettre<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>.<br /> +Je n'ai rien vu d'égal: mon Cléante la suit,<br /> +Et ne reviendra point qu'il n'en soit bien instruit<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>,<br /> +Qu'il n'en sache le nom, le rang et la demeure.<span class="dalign">205</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ami, le cœur t'en dit.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i8">Nullement, ou je meure;</span><br /> +Voyant je ne sais quoi de rare en sa beauté,<br /> +J'ai voulu contenter ma curiosité.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">30</a></span> +<span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ta curiosité deviendra bientôt flamme:<br /> +C'est par là que l'amour se glisse dans une âme.<span class="dalign">210</span><br /> +<span class="i1">A la première vue, un objet qui nous plaît<a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a></span><br /> +N'inspire qu'un desir de savoir quel il est<a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>;<br /> +On en veut aussitôt apprendre davantage<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>,<br /> +Voir si son entretien répond à son visage,<br /> +S'il est civil ou rude, importun ou charmeur,<span class="dalign">215</span><br /> +Éprouver son esprit, connoître son humeur:<br /> +De là cet examen se tourne en complaisance;<br /> +On cherche si souvent le bien de sa présence,<br /> +Qu'on en fait habitude, et qu'au point d'en sortir<br /> +Quelque regret commence à se faire sentir:<span class="dalign">220</span><br /> +On revient tout rêveur; et notre âme blessée,<br /> +Sans prendre garde à rien, cajole sa pensée.<br /> +Ayant rêvé le jour, la nuit à tous propos<br /> +On sent je ne sais quoi qui trouble le repos<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>;<br /> +Un sommeil inquiet, sur de confus nuages<span class="dalign">225</span><br /> +Élève incessamment de flatteuses images,<br /> +Et sur leur vain rapport fait naître des souhaits<br /> +Que le réveil admire et ne dédit jamais:<br /> +Tout le cœur court en hâte après de si doux guides;<br /> +Et le moindre larcin que font ses vœux timides<span class="dalign">230</span><br /> +Arrête le larron et le met dans les fers.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Ainsi tu fus épris de celle que tu sers? +<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">31</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>C'est un autre discours; à présent je ne touche<br /> +Qu'aux ruses de l'amour contre un esprit farouche,<br /> +Qu'il faut apprivoiser presque insensiblement<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>,<span class="dalign">235</span><br /> +Et contre ses froideurs combattre finement.<br /> +Des naturels plus doux....</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE, CLÉANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i10">Eh bien! elle s'appelle?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANTE.</span></p> + +<p>Ne m'informez de rien<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a> qui touche cette belle.<br /> +Trois filous rencontrés vers le milieu du pont<a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a><br /> +Chacun l'épée au poing, m'ont voulu faire affront,<span class="dalign">240</span><br /> +Et sans quelques amis qui m'ont tiré de peine,<br /> +Contre eux ma résistance eût peut-être été vaine.<br /> +Ils ont tourné le dos, me voyant secouru;<br /> +Mais ce que je suivois tandis est disparu.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Les traîtres! trois contre un! t'attaquer! te surprendre!<br /> +Quels insolents vers moi s'osent ainsi méprendre<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANTE.</span></p> + +<p>Je ne connois qu'un d'eux, et c'est là le retour<br /> +De quelques tours de main qu'il reçut l'autre jour<a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>,<br /> +Nous eûmes prise ensemble à l'hôtel de Bourgogne<a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>.<span class="dalign">250</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Qu'on le trouve où qu'il soit; qu'une grêle de bois<br /> +Assemble sur lui seul le châtiment des trois;<br /> +Et que sous l'étrivière il puisse tôt connoître<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>,<br /> +Quand on se prend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>J'aime à te voir ainsi décharger ton courroux;<span class="dalign">255</span><br /> +Mais voudrois-tu parler franchement entre nous?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Quoi! tu doutes encor de ma juste colère?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>En ce qui le regarde, elle n'est que légère:<br /> +En vain pour son sujet tu fais l'intéressé,<br /> +Il a paré des coups dont ton cœur est blessé.<span class="dalign">260</span><br /> +Cet accident fâcheux te vole une maîtresse:<br /> +Confesse ingénument, c'est là ce qui te presse.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Pourquoi te confesser ce que tu vois assez?<br /> +Au point de se former, mes desseins renversés,<br /> +Et mon desir trompé, poussent dans ces contraintes,<span class="dalign">265</span><br /> +Sous de faux mouvements, de véritables plaintes.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ce desir, à vrai dire, est un amour naissant<br /> +Qui ne sait où se prendre, et demeure impuissant;<br /> +Il s'égare et se perd dans cette incertitude;<br /> +Et renaissant toujours de ton inquiétude,<span class="dalign">270</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">33</a></span> +Il te montre un objet d'autant plus souhaité,<br /> +Que plus sa connoissance a de difficulté.<br /> +C'est par là que ton feu davantage s'allume:<br /> +Moins on l'a pu connoître, et plus on en présume<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>;<br /> +Notre ardeur curieuse en augmente le prix.<span class="dalign">275</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Que tu sais, cher ami, lire dans les esprits!<br /> +Et que pour bien juger d'une secrète flamme,<br /> +Tu pénètres avant dans les ressorts d'une âme!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ce n'est pas encor tout, je veux te secourir<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Oh! que je ne suis pas en état de guérir!<span class="dalign">280</span><br /> +L'amour use sur moi de trop de tyrannie.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Souffre que je te mène en une compagnie<br /> +Où l'objet de mes vœux m'a donné rendez-vous;<br /> +Les divertissements t'y sembleront si doux,<br /> +Ton âme en un moment en sera si charmée,<span class="dalign">285</span><br /> +Que, tous ses déplaisirs dissipés en fumée,<br /> +On gagnera sur toi fort aisément ce point<br /> +D'oublier un objet que tu ne connois point<a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a>.<br /> +Mais garde-toi surtout d'une jeune voisine<br /> +Que ma maîtresse y mène; elle est et belle et fine,<span class="dalign">290</span><br /> +Et sait si dextrement ménager ses attraits,<br /> +Qu'il n'est pas bien aisé d'en éviter les traits.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Au hasard, fais de moi tout ce que bon te semble.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Donc, en attendant l'heure, allons dîner ensemble.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">34</a></span></p> +<h3>SCÈNE X.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Tu me railles toujours.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i8">S'il ne vous veut du bien,</span><span class="dalign">295</span><br /> +Dites assurément que je n'y connois rien.<br /> +Je le considérois tantôt chez ce libraire;<br /> +Ses regards de sur vous ne pouvoient se distraire,<br /> +Et son maintien étoit dans une émotion<br /> +Qui m'instruisoit assez de son affection.<span class="dalign">300</span><br /> +Il vouloit vous parler, et n'osoit l'entreprendre.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Toi, ne me parle point, ou parle de Lysandre.<br /> +C'est le seul dont la vue excita mon ardeur.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Et le seul qui pour vous n'a que de la froideur.<br /> +Célidée est son âme, et tout autre visage<span class="dalign">305</span><br /> +N'a point d'assez beaux traits pour toucher son courage;<br /> +Son brasier est trop grand, rien ne peut l'amortir.<br /> +En vain son écuyer tâche à l'en divertir,<br /> +En vain, jusques aux cieux portant votre louange,<br /> +Il tâche à lui jeter quelque amorce du change<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>,<span class="dalign">310</span><br /> +Et lui dit jusque-là que dans votre entretien<br /> +Vous témoignez souvent de lui vouloir du bien:<br /> +Tout cela n'est qu'autant de paroles perdues.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Faute d'être sans doute assez bien entendues<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Ne le présumez pas, il faut avoir recours<span class="dalign">315</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">35</a></span> +A de plus hauts secrets qu'à ces foibles discours.<br /> +Je fus fine autrefois, et depuis mon veuvage<br /> +Ma ruse chaque jour s'est accrue avec l'âge;<br /> +Je me connois en monde, et sais mille ressorts<br /> +Pour débaucher une âme et brouiller des accords.<span class="dalign">320</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Dis promptement, de grâce<a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i11">A présent l'heure presse,</span><br /> +Et je ne vous saurois donner qu'un mot d'adresse:<br /> +Cette voisine et vous.... Mais déjà la voici.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE XI.</h3> + +<h4 class="p2">CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>A force de tarder, tu m'as mise en souci:<br /> +Il est temps, et Daphnis par un page me mande<span class="dalign">325</span><br /> +Que pour faire servir on n'attend que ma bande;<br /> +Le carrosse est tout prêt: allons, veux-tu venir?</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Lysandre après dîner t'y vient entretenir?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>S'il osoit y manquer, je te donne promesse<br /> +Qu'il pourroit bien ailleurs chercher une maîtresse.<span class="dalign">330</span></p> + +<p class="p2 center"><b><small>FIN DU PREMIER ACTE.</small></b></p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">36</a></span></p> + +<h2>ACTE II.</h2> + +<hr class="c5" /> +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, DORIMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ne me contez point tant que mon visage est beau:<br /> +Ces discours n'ont pour moi rien du tout de nouveau;<br /> +Je le sais bien sans vous, et j'ai cet avantage,<br /> +Quelques perfections qui soient sur mon visage,<br /> +Que je suis la première à m'en apercevoir:<span class="dalign">335</span><br /> +Pour me les bien apprendre, il ne faut qu'un miroir<a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>;<br /> +J'y vois en un moment tout ce que vous me dites.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Mais vous n'y voyez pas tous vos rares mérites<a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a>:<br /> +Cet esprit tout divin et ce doux entretien<br /> +Ont des charmes puissants dont il ne montre rien.<span class="dalign">340</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Vous les montrez assez par cette après-dînée<br /> +Qu'à causer avec moi vous vous êtes donnée;<br /> +Si mon discours n'avoit quelque charme caché,<br /> +Il ne vous tiendroit pas si longtemps attaché.<br /> +Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise,<span class="dalign">345</span><br /> +Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise;<br /> +Et si je présumois qu'il vous plût sans raison<a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>, +<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">37</a></span><br /> +Je me ferois moi-même un peu de trahison;<br /> +Et par ce trait badin qui sentiroit l'enfance,<br /> +Votre beau jugement recevroit trop d'offense.<span class="dalign">350</span><br /> +Je suis un peu timide, et dût-on me jouer<a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>,<br /> +Je n'ose démentir ceux qui m'osent louer.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Aussi vous n'avez pas le moindre lieu de craindre<br /> +Qu'on puisse en vous louant ni vous flatter ni feindre:<br /> +On voit un tel éclat en vos brillants appas<a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>,<span class="dalign">355</span><br /> +Qu'on ne peut l'exprimer, ni ne l'adorer pas.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ni ne l'adorer pas! Par là vous voulez dire....</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Que mon cœur désormais vit dessous votre empire,<br /> +Et que tous mes desseins de vivre en liberté<br /> +N'ont rien eu d'assez fort contre votre beauté.<span class="dalign">360</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Quoi! mes perfections vous donnent dans la vue?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Les rares qualités dont vous êtes pourvue<br /> +Vous ôtent tout sujet de vous en étonner.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Cessez aussi, Monsieur, de vous l'imaginer.<br /> +Si vous brûlez pour moi, ce ne sont pas merveilles<a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a>:<span class="dalign">365</span><br /> +J'ai de pareils discours chaque jour aux oreilles,<br /> +Et tous les gens d'esprit en font autant que vous.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>En amour toutefois je les surpasse tous.<br /> +Je n'ai point consulté pour vous donner mon âme;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">38</a></span> +Votre premier aspect sut allumer ma flamme,<span class="dalign">370</span><br /> +Et je sentis mon cœur, par un secret pouvoir,<br /> +Aussi prompt à brûler que mes yeux à vous voir.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Avoir connu d'abord combien je suis aimable<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>,<br /> +Encor qu'à votre avis il soit inexprimable,<br /> +Ce grand et prompt effet m'assure puissamment<span class="dalign">375</span><br /> +De la vivacité de votre jugement.<br /> +Pour moi, que la nature a faite un peu grossière,<br /> +Mon esprit, qui n'a pas cette vive lumière,<br /> +Conduit trop pesamment toutes ses fonctions<br /> +Pour m'avertir sitôt de vos perfections.<span class="dalign">380</span><br /> +Je vois bien que vos feux méritent récompense;<br /> +Mais de les seconder ce défaut me dispense.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Railleuse!</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p><span class="i5">Excusez-moi, je parle tout de bon.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Le temps de cet orgueil me fera la raison;<br /> +Et nous verrons un jour, à force de services,<span class="dalign">385</span><br /> +Adoucir vos rigueurs et finir mes supplices.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE, HIPPOLYTE, FLORICE.</h4> + +<p class="font90">Lysandre sort de chez Célidée, et passe sans s'arrêter, leur donnant +seulement un coup de chapeau<a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Peut-être l'avenir.... Tout beau, coureur, tout beau!<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">39</a></span><br /> +On n'est pas quitte ainsi pour un coup de chapeau:<br /> +Vous aimez l'entretien de votre fantaisie;<br /> +Mais pour un cavalier c'est peu de courtoisie,<span class="dalign">390</span><br /> +Et cela messied fort à des hommes de cour,<br /> +De n'accompagner pas leur salut d'un bonjour.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Puisque auprès d'un sujet capable de nous plaire<br /> +La présence d'un tiers n'est jamais nécessaire,<br /> +De peur qu'il en reçût quelque importunité<a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>,<span class="dalign">395</span><br /> +J'ai mieux aimé manquer à la civilité.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Voilà parer mon coup d'un galant artifice<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>,<br /> +Comme si je pouvois.... Que me veux-tu, Florice?</p> + +<p class="font90">(Florice sort, et parle à Hippolyte à l'oreille<a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>.)</p> + +<p>Dis-lui que je m'en vais. Messieurs, pardonnez-moi:<br /> +On me vient d'apporter une fâcheuse loi;<span class="dalign">400</span><br /> +Incivile à mon tour, il faut que je vous quitte.<br /> +Une mère m'appelle.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i8">Adieu, belle Hippolyte,</span><br /> +Adieu, souvenez-vous....</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Mais vous, n'y songez plus.</span> +<span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">40</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE, DORIMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Quoi, Dorimant, ce mot t'a rendu tout confus!</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Ce mot à mes desirs laisse peu d'espérance.<span class="dalign">405</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Tu ne la vois encor qu'avec indifférence?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Comme toi Célidée.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p><span class="i8">Elle eut donc chez Daphnis</span><br /> +Hier dans son entretien des charmes infinis?<br /> +Je te l'avois bien dit que ton âme à sa vue<br /> +Demeureroit ou prise ou puissamment émue<a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>;<span class="dalign">410</span><br /> +Mais tu n'as pas sitôt oublié la beauté<br /> +Qui fit naître au Palais ta curiosité?<br /> +Du moins ces deux objets balancent ton courage<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Sais-tu bien que c'est là justement mon visage,<br /> +Celui que j'avois vu le matin au Palais?<span class="dalign">415</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>A ce compte....</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i7">J'en tiens, ou l'on n'en tint jamais.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>C'est consentir bientôt à perdre ta franchise<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>. +<span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">41</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="ni2">C'est rendre un prompt hommage aux yeux qui me l'ont prise.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Puisque tu les connois, je ne plains plus ton mal<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Leur coup, pour les connoître, en est-il moins fatal?<span class="dalign">420</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Non, mais du moins ton cœur n'est plus à la torture<a name="FNanchor_120" id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a><br /> +De voir tes vœux forcés d'aller à l'aventure;<br /> +Et cette belle humeur de l'objet qui t'a pris....</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Sous un accueil riant cache un subtil mépris.<br /> +Ah! que tu ne sais pas de quel air on me traite!<span class="dalign">425</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Je t'en avois jugé l'âme fort satisfaite;<br /> +Et cette gaie humeur, qui brilloit dans ses yeux<a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>,<br /> +M'en promettoit pour toi quelque chose de mieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Cette belle, de vrai, quoique toute de glace,<br /> +Mêle dans ses froideurs je ne sais quelle grâce,<span class="dalign">430</span><br /> +Par où tout de nouveau je me laisse gagner<a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>,<br /> +Et consens, peu s'en faut, à m'en voir dédaigner<a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a>.<br /> +Loin de s'en affoiblir, mon amour s'en augmente;<br /> +Je demeure charmé de ce qui me tourmente.<br /> +Je pourrois de toute autre être le possesseur<a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>,<span class="dalign">435</span><br /> +Que sa possession auroit moins de douceur.<br /> +Je ne suis plus à moi quand je vois Hippolyte<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">42</a></span> +Rejeter ma louange et vanter son mérite<a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>,<br /> +Négliger mon amour ensemble et l'approuver,<br /> +Me remplir tout d'un temps d'espoir et m'en priver,<span class="dalign">440</span><br /> +Me refuser son cœur en acceptant mon âme,<br /> +Faire état de mon choix en méprisant ma flamme.<br /> +Hélas! en voilà trop: le moindre de ces traits<br /> +A pour me retenir de trop puissants attraits:<br /> +Trop heureux d'avoir vu sa froideur enjouée<a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a><span class="dalign">445</span><br /> +Ne se point offenser d'une ardeur avouée<a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Son adieu toutefois te défend d'y songer,<br /> +Et ce commandement t'en devroit dégager.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Qu'un plus capricieux d'un tel adieu s'offense;<br /> +Il me donne un conseil plutôt qu'une défense,<span class="dalign">450</span><br /> +Et par ce mot d'avis, son cœur sans amitié<br /> +Du temps que j'y perdrai montre quelque pitié.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Soit défense ou conseil, de rien ne désespère;<br /> +Je te réponds déjà de l'esprit de sa mère<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>.<br /> +Pleirante son voisin lui parlera pour toi<a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>;<span class="dalign">455</span><br /> +Il peut beaucoup sur elle, et fera tout pour moi.<br /> +Tu sais qu'il m'a donné sa fille pour maîtresse.<br /> +Tâche à vaincre Hippolyte avec un peu d'adresse,<br /> +Et n'appréhende pas qu'il en faille beaucoup<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>:<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">43</a></span> +Tu verras sa froideur se perdre tout d'un coup.<span class="dalign">460</span><br /> +Elle ne se contraint à cette indifférence<a name="FNanchor_131" id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a><br /> +Que pour rendre une entière et pleine déférence<a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a>,<br /> +Et cherche, en déguisant son propre sentiment,<br /> +La gloire de n'aimer que par commandement.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Tu me flattes, ami, d'une attente frivole.<span class="dalign">465</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>L'effet suivra de près.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i9">Mon cœur, sur ta parole<a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>,</span><br /> +Ne se résout qu'à peine à vivre plus content.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Il se peut assurer du bonheur qu'il prétend:<br /> +J'y donnerai bon ordre. Adieu, le temps me presse,<br /> +Et je viens de sortir d'auprès de ma maîtresse<a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a>;<span class="dalign">470</span><br /> +Quelques commissions dont elle m'a chargé<br /> +M'obligent maintenant à prendre ce congé.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV<a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a>.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span>, <span class="font90">seul.</span></p> + +<p>Dieux! qu'il est malaisé qu'une âme bien atteinte<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">44</a></span> +Conçoive de l'espoir qu'avec un peu de crainte<a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>!<br /> +Je dois toute croyance à la foi d'un ami,<span class="dalign">475</span><br /> +Et n'ose cependant m'y fier qu'à demi.<br /> +Hippolyte, d'un mot, chasseroit ce caprice.<br /> +Est-elle encore en haut?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i10">Encore.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i14">Adieu, Florice.</span><br /> +Nous la verrons demain.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i10">Il vient de s'en aller.</span><br /> +Sortez.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p><span class="i4">Mais falloit-il ainsi me rappeler,</span> <span class="dalign">480</span><br /> +Me supposer ainsi des ordres d'une mère<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>?<br /> +Sans mentir, contre toi j'en suis toute en colère:<br /> +A peine ai-je attiré Lysandre en nos discours<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>,<br /> +Que tu viens par plaisir en arrêter le cours.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Eh bien! prenez-vous-en à mon impatience<span class="dalign">485</span><br /> +De vous communiquer un trait de ma science:<br /> +Cet avis important, tombé dans mon esprit,<br /> +Méritoit qu'aussitôt Hippolyte l'apprît;<br /> +Je vais sans perdre temps y disposer Aronte<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">45</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>J'ai la mine après tout d'y trouver mal mon conte<a name="FNanchor_140" id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>.<span class="dalign">490</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Je sais ce que je fais, et ne perds point mes pas;<br /> +Mais de votre côté ne vous épargnez pas;<br /> +Mettez tout votre esprit à bien mener la ruse.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Il ne faut point par là te préparez d'excuse.<br /> +Va, suivant le succès, je veux à l'avenir<span class="dalign">495</span><br /> +Du mal que tu m'as fait perdre le souvenir<a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.</h4> + +<p><span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <span class="font90">frappant à la porte de Célidée<a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>.</span></p> + +<p>Célidée, es-tu là?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p><span class="i7">Que me veut Hippolyte?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Délasser mon esprit une heure en ta visite.<br /> +Que j'ai depuis un jour un importun amant,<br /> +Et que, pour mon malheur, je plais à Dorimant!<span class="dalign">500</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Ma sœur, que me dis-tu? Dorimant t'importune!<br /> +Quoi! j'enviois déjà ton heureuse fortune,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">46</a></span> +Et déjà dans l'esprit je sentois quelque ennui<a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a><br /> +D'avoir connu Lysandre auparavant que lui.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ah! ne me raille point: Lysandre, qui t'engage,<span class="dalign">505</span><br /> +Est le plus accompli des hommes de son âge.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je te jure, à mes yeux l'autre l'est bien autant.<br /> +Mon cœur a de la peine à demeurer constant;<br /> +Et pour te découvrir jusqu'au fond de mon âme,<br /> +Ce n'est plus que ma foi qui conserve ma flamme:<span class="dalign">510</span><br /> +Lysandre me déplaît de me vouloir du bien.<br /> +Plût aux Dieux que son change autorisât le mien<a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>,<br /> +Ou qu'il usât vers moi de tant de négligence,<br /> +Que ma légèreté se pût nommer vengeance!<br /> +Si j'avois un prétexte à me mécontenter,<span class="dalign">515</span><br /> +Tu me verrois bientôt résoudre à le quitter.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Simple, présumes-tu qu'il devienne volage<br /> +Tant qu'il verra l'amour régner sur ton visage<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>?<br /> +Ta flamme trop visible entretient ses ferveurs,<br /> +Et ses feux dureront autant que tes faveurs.<span class="dalign">520</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +Il semble, à t'écouter, que rien ne le retienne<a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a><br /> +Que parce que sa flamme a l'aveu de la mienne. + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Que sais-je? Il n'a jamais éprouvé tes rigueurs;<br /> +L'amour en même temps sut embraser vos cœurs;<br /> +Et même j'ose dire, après beaucoup de monde,<span class="dalign">525</span><br /> +Que sa flamme vers toi ne fut que la seconde.<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">47</a></span><br /> +Il se vit accepter avant que de s'offrir;<br /> +Il ne vit rien à craindre, il n'eut rien à souffrir<a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>;<br /> +Il vit sa récompense acquise avant la peine,<br /> +Et devant le combat sa victoire certaine.<span class="dalign">530</span><br /> +Un homme est bien cruel quand il ne donne pas<br /> +Un cœur qu'on lui demande avecque tant d'appas.<br /> +Qu'à ce prix la constance est une chose aisée,<br /> +Et qu'autrefois par là je me vis abusée!<br /> +Alcidor, que mes yeux avoient si fort épris,<span class="dalign">535</span><br /> +Courut au changement dès le premier mépris<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>.<br /> +La force de l'amour paroît dans la souffrance.<br /> +Je le tiens fort douteux, s'il a tant d'assurance.<br /> +Qu'on en voit s'affoiblir pour un peu de longueur<a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>,<br /> +Et qu'on en voit céder à la moindre rigueur!<span class="dalign">540</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je connois mon Lysandre, et sa flamme est trop forte<br /> +Pour tomber en soupçon qu'il m'aime de la sorte.<br /> +Toutefois un dédain éprouvera ses feux:<br /> +Ainsi, quoi qu'il en soit, j'aurai ce que je veux<a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>;<br /> +Il me rendra constante, ou me fera volage:<span class="dalign">545</span><br /> +S'il m'aime, il me retient; s'il change, il me dégage.<br /> +Suivant ce qu'il aura d'amour ou de froideur,<br /> +Je suivrai ma nouvelle ou ma première ardeur.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>En vain tu t'y résous: ton âme un peu contrainte<br /> +Au travers de tes yeux lui trahira ta feinte.<span class="dalign">550</span><br /> +L'un d'eux dédira l'autre, et toujours un souris<br /> +Lui fera voir assez combien tu le chéris.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Ce n'est qu'un faux soupçon qui te le persuade;<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">48</a></span><br /> +J'armerai de rigueurs jusqu'à la moindre œillade,<br /> +Et réglerai si bien toutes mes actions,<span class="dalign">555</span><br /> +Qu'il ne pourra juger de mes intentions.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Pour le moins, aussitôt que par cette conduite<br /> +Tu seras de son cœur suffisamment instruite,<br /> +S'il demeure constant, l'amour et la pitié,<br /> +Avant que dire adieu, renoueront l'amitié.<span class="dalign">560</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Il va bientôt venir: va-t'en, et sois certaine<br /> +De ne voir d'aujourd'hui Lysandre hors de peine.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Et demain?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p><span class="i4">Je t'irai conter ses mouvements,</span><br /> +Et touchant l'avenir prendre tes sentiments.<br /> +O Dieux! si je pouvois changer sans infamie!<span class="dalign">565</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Adieu. N'épargne en rien ta plus fidèle amie.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2"><span class="smcap">CÉLIDÉE</span><a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>.</h4> + +<p>Quel étrange combat! Je meurs de le quitter,<br /> +Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter<a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>.<br /> +Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie,<br /> +N'aura trait de mépris si je ne l'étudie.<span class="dalign">570</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">49</a></span> +Tout ce que mon Lysandre a de perfections<br /> +Se vient offrir en foule à mes affections<a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a>.<br /> +Je vois mieux ce qu'il vaut lorsque je l'abandonne,<br /> +Et déjà la grandeur de ma perte m'étonne.<br /> +Pour régler sur ce point mon esprit balancé,<span class="dalign">575</span><br /> +J'attends ses mouvements sur mon dédain forcé;<br /> +Ma feinte éprouvera si son amour est vraie.<br /> +Hélas! ses yeux me font une nouvelle plaie.<br /> +Prépare-toi, mon cœur, et laisse à mes discours<br /> +Assez de liberté pour trahir mes amours.<span class="dalign">580</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE, CÉLIDÉE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Quoi? j'aurai donc de vous encore une visite?<br /> +Vraiment, pour aujourd'hui je m'en estimois quitte.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Une par jour suffit, si tu veux endurer<br /> +Qu'autant comme le jour je la fasse durer.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Pour douce que nous soit l'ardeur qui nous consume<a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>,<span class="dalign">585</span><br /> +Tant d'importunité n'est point sans amertume.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Au lieu de me donner ces appréhensions,<br /> +Apprends ce que j'ai fait sur tes commissions.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je ne vous en chargeai qu'afin de me défaire<br /> +D'un entretien chargeant et qui m'alloit déplaire<a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a>.<span class="dalign">590</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">50</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Depuis quand donnez-vous ces qualités aux miens?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Depuis que mon esprit n'est plus dans vos liens<a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Est-ce donc par gageure ou par galanterie?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +Ne vous flattez point tant que ce soit raillerie.<br /> +Ce que j'ai dans l'esprit, je ne le puis celer,<span class="dalign">595</span><br /> +Et ne suis pas d'humeur à rien dissimuler. + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Quoi? que vous ai-je fait? d'où provient ma disgrâce?<br /> +Quel sujet avez-vous d'être pour moi de glace<a name="FNanchor_157" id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>?<br /> +Ai-je manqué de soins? ai-je manqué de feux?<br /> +Vous ai-je dérobé le moindre de mes vœux?<span class="dalign">600</span><br /> +Ai-je trop peu cherché l'heur de votre présence<a name="FNanchor_158" id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>?<br /> +Ai-je eu pour d'autres yeux la moindre complaisance?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Tout cela n'est qu'autant de propos superflus.<br /> +Je voulus vous aimer, et je ne le veux plus;<br /> +Mon feu fut sans raison, ma glace l'est de même;<span class="dalign">605</span><br /> +Si l'un eut quelque excès, je rendrai l'autre extrême<a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Par cette extrémité vous avancez ma mort.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Il m'importe fort peu quel sera votre sort.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Quelle nouvelle amour ou plutôt quel caprice<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">51</a></span> +Vous porte à me traiter avec cette injustice,<span class="dalign">610</span><br /> +Vous de qui le serment m'a reçu pour époux?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>J'en perds le souvenir aussi bien que de vous.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Évitez-en la honte et fuyez-en le blâme.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je les veux accepter pour peines de ma flamme.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Un reproche éternel suit ce tour inconstant<a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>.<span class="dalign">615</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Si vous me voulez plaire, il en faut faire autant.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Est-ce là donc le prix de vous avoir servie<a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>?<br /> +Ah! cessez vos mépris, ou me privez de vie.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Eh bien! soit, un adieu les va faire cesser;<br /> +Aussi bien ce discours ne fait que me lasser.<span class="dalign">620</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ah! redouble plutôt ce dédain qui me tue,<br /> +Et laisse-moi le bien d'expirer à ta vue;<br /> +Que j'adore tes yeux, tout cruels qu'ils me sont;<br /> +Qu'ils reçoivent mes vœux pour le mal qu'ils me font.<br /> +Invente à me gêner quelque rigueur nouvelle:<span class="dalign">625</span><br /> +Traite, si tu le veux, mon âme en criminelle,<br /> +Dis que je suis ingrat, appelle-moi léger,<br /> +Impute à mes amours la honte de changer,<br /> +Dedans mon désespoir fais éclater ta joie:<br /> +Et tout me sera doux, pourvu que je te voie.<span class="dalign">630</span><span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">52</a></span><br /> +Tu verras tes mépris n'ébranler point ma foi,<br /> +Et mes derniers soupirs ne voler qu'après toi<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>.<br /> +Ne crains point de ma part de reproche ou d'injure:<br /> +Je ne t'appellerai ni lâche, ni parjure;<br /> +Mon feu supprimera ces titres odieux;<span class="dalign">635</span><br /> +Mes douleurs céderont au pouvoir de tes yeux;<br /> +Et mon fidèle amour, malgré leur vive atteinte,<br /> +Pour t'adorer encore étouffera ma plainte<a name="FNanchor_164" id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Adieu: quelques encens que tu veuilles m'offrir,<br /> +Je ne me saurois plus résoudre à les souffrir.<span class="dalign">640</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2"><span class="smcap">LYSANDRE.</span></h4> + +<p>Célidée, ah tu fuis! tu fuis donc, et tu n'oses<br /> +Faire tes yeux témoins d'un trépas que tu causes!<br /> +Ton esprit, insensible à mes feux innocents,<br /> +Craint de ne l'être pas aux douleurs que je sens:<br /> +Tu crains que la pitié qui se glisse en ton âme<span class="dalign">645</span><br /> +N'y rejette un rayon de ta première flamme<a name="FNanchor_165" id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>,<br /> +Et qu'elle ne t'arrache un soudain repentir,<span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">53</a></span><br /> +Malgré tout cet orgueil qui n'y peut consentir.<br /> +Tu vois qu'un désespoir dessus mon front exprime<br /> +En mille traits de feu mon ardeur et ton crime;<span class="dalign">650</span><br /> +Mon visage t'accuse, et tu vois dans mes yeux<br /> +Un portrait que mon cœur conserve beaucoup mieux.<br /> +Tous mes soins, tu le sais, furent pour Célidée;<br /> +La nuit ne m'a jamais retracé d'autre idée,<br /> +Et tout ce que Paris a d'objets ravissants<span class="dalign">655</span><br /> +N'a jamais ébranlé le moindre de mes sens.<br /> +Ton exemple à changer en vain me sollicite:<br /> +Dans ta volage humeur j'adore ton mérite,<br /> +Et mon amour, plus fort que mes ressentiments,<br /> +Conserve sa vigueur au milieu des tourments.<span class="dalign">660</span><br /> +Reviens, mon cher souci, puisqu'après tes défenses<a name="FNanchor_166" id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a><br /> +Mes plus vives ardeurs sont pour toi des offenses.<br /> +Vois comme je persiste à te désobéir,<br /> +Et par là, si tu peux, prends droit de me haïr.<br /> +Fol, je présume ainsi rappeler l'inhumaine,<span class="dalign">665</span><br /> +Qui ne veut pas avoir de raisons à sa haine.<br /> +Puisqu'elle a sur mon cœur un pouvoir absolu,<br /> +Il lui suffit de dire: «Ainsi je l'ai voulu.»<br /> +Cruelle, tu le veux! C'est donc ainsi qu'on traite<br /> +Les sincères ardeurs d'une amour si parfaite?<span class="dalign">670</span><br /> +Tu me veux donc trahir? tu le veux, et ta foi<br /> +N'est qu'un gage frivole à qui vit sous ta loi?<br /> +Mais je veux l'endurer, sans bruit, sans résistance;<br /> +Tu verras ma langueur, et non mon inconstance;<br /> +Et de peur de t'ôter un captif par ma mort,<span class="dalign">675</span><br /> +J'attendrai ce bonheur de mon funeste sort.<br /> +Jusque-là mes douleurs, publiant ta victoire,<br /> +Sur mon front pâlissant élèveront ta gloire,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">54</a></span> +Et sauront en tous lieux hautement témoigner<a name="FNanchor_167" id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a><br /> +Que sans me refroidir tu m'as pu dédaigner.<span class="dalign">680</span></p> + +<p class="p2 center"><b><small>FIN DU SECOND ACTE.</small></b></p> + +<hr class="c15" /> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">55</a></span></p> + +<h2>ACTE III</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE, ARONTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +Tu me donnes, Aronte, un étrange remède. + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Souverain toutefois au mal qui vous possède.<br /> +Croyez-moi, j'en ai vu des succès merveilleux<br /> +A remettre au devoir ces esprits orgueilleux:<br /> +Quand on leur sait donner un peu de jalousie<a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a>,<span class="dalign">685</span><br /> +Ils ont bientôt quitté ces traits de fantaisie;<br /> +Car enfin tout l'éclat de ces emportements<a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a><br /> +Ne peut avoir pour but de perdre leurs amants.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Que voudroit donc par là mon ingrate maîtresse?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Elle vous joue un tour de la plus haute adresse.<span class="dalign">690</span><br /> +Avez-vous bien pris garde au temps de ses mépris?<br /> +Tant qu'elle vous a cru légèrement épris,<br /> +Que votre chaîne encor n'étoit pas assez forte,<br /> +Vous a-t-elle jamais gouverné de la sorte?<br /> +Vous ignoriez alors l'usage des soupirs;<span class="dalign">695</span><br /> +Ce n'étoient que douceurs, ce n'étoient que plaisirs<a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>:<br /> +Son esprit avisé vouloit par cette ruse<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">56</a></span><br /> +Établir un pouvoir dont maintenant elle use.<br /> +Remarquez-en l'adresse: elle fait vanité<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a><br /> +De voir dans ses dédains votre fidélité.<span class="dalign">700</span><br /> +Votre humeur endurante à ces rigueurs l'invite<a name="FNanchor_172" id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a>.<br /> +On voit par là vos feux, par vos feux son mérite;<br /> +Et cette fermeté de vos affections<br /> +Montre un effet puissant de ses perfections.<br /> +Osez-vous espérer qu'elle soit plus humaine,<span class="dalign">705</span><br /> +Puisque sa gloire augmente, augmentant votre peine?<br /> +Rabattez cet orgueil, faites-lui soupçonner<br /> +Que vous vous en piquez jusqu'à l'abandonner<a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>.<br /> +La crainte d'en voir naître une si juste suite<br /> +A vivre comme il faut l'aura bientôt réduite;<span class="dalign">710</span><br /> +Elle en fuira la honte, et ne souffrira pas<br /> +Que ce change s'impute à son manque d'appas.<br /> +Il est de son honneur d'empêcher qu'on présume<br /> +Qu'on éteigne aisément les flammes qu'elle allume.<br /> +Feignez d'aimer quelque autre, et vous verrez alors<span class="dalign">715</span><br /> +Combien à vous reprendre elle fera d'efforts<a name="FNanchor_174" id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Mais peux-tu me juger capable d'une feinte<a name="FNanchor_175" id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Pouvez-vous trouver rude un moment de contrainte?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Je trouve ses mépris plus doux à supporter. +<span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">57</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Pour les faire finir, il faut les imiter.<span class="dalign">720</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Faut-il être inconstant pour la rendre fidèle?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Il faut souffrir toujours, ou déguiser comme elle<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Que de raisons, Aronte, à combattre mon cœur,<br /> +Qui ne peut adorer que son premier vainqueur!<br /> +Du moins auparavant que l'effet en éclate<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>,<span class="dalign">725</span><br /> +Fais un effort pour moi, va trouver mon ingrate:<br /> +Mets-lui devant les yeux mes services passés,<br /> +Mes feux si bien reçus, si mal récompensés,<br /> +L'excès de mes tourments et de ses injustices;<br /> +Emploie à la gagner tes meilleurs artifices:<span class="dalign">730</span><br /> +Que n'obtiendras-tu point par ta dextérité,<br /> +Puisque tu viens à bout de ma fidélité?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Mais, mon possible fait, si cela ne succède?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Je feindrai dès demain qu'Aminte me possède.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Aminte? Ah! commencez la feinte dès demain;<span class="dalign">735</span><br /> +Mais n'allez point courir au faubourg Saint-Germain.<br /> +Et quand penseriez-vous que cette âme cruelle<br /> +Dans le fond du Marais en reçût la nouvelle?<br /> +Vous seriez tout un siècle à lui vouloir du bien,<br /> +Sans que votre arrogante en apprît jamais rien<a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>.<span class="dalign">740</span><br /> +Puisque vous voulez feindre, il faut feindre à sa vue;<br /> +Qu'aussitôt votre feinte en puisse être aperçue<a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">58</a></span><br /> +Qu'elle blesse les yeux de son esprit jaloux,<br /> +Et porte jusqu'au cœur d'inévitables coups.<br /> +Ce sera faire au vôtre un peu de violence;<span class="dalign">745</span><br /> +Mais tout le fruit consiste à feindre en sa présence.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Hippolyte en ce cas seroit fort à propos;<br /> +Mais je crains qu'un ami n'en perdît le repos.<br /> +Dorimant, dont ses yeux ont charmé le courage,<br /> +Autant que Célidée en auroit de l'ombrage.<span class="dalign">750</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Vous verrez si soudain rallumer son amour,<br /> +Que la feinte n'est pas pour durer plus d'un jour;<br /> +Et vous aurez après un sujet de risée<br /> +Des soupçons mal fondés de son âme abusée.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Va trouver Célidée, et puis nous résoudrons<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a><span class="dalign">755</span><br /> +En ces extrémités quel avis nous prendrons.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II<a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>.</h3> + +<h4 class="p2">ARONTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE</span>, <span class="font90">seul.</span></p> + +<p>Sans que pour l'apaiser je me rompe la tête,<br /> +Mon message est tout fait, et sa réponse prête.<br /> +Bien loin que mon discours pût la persuader,<br /> +Elle n'aura jamais voulu me regarder.<span class="dalign">760</span><span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">59</a></span><br /> +Une prompte retraite au seul nom de Lysandre,<br /> +C'est par où ses dédains se seront fait entendre.<br /> +Mes amours du passé ne m'ont que trop appris<br /> +Avec quelles couleurs il faut peindre un mépris.<br /> +A peine faisoit-on semblant de me connoître,<span class="dalign">765</span><br /> +De sorte....</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i4">Aronte, eh bien! qu'as-tu fait vers ton maître?</span><br /> +Le verrons-nous bientôt?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p><span class="i10">N'en sois plus en souci</span><a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>;<br /> +Dans une heure au plus tard je te le rends ici.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Prêt à lui témoigner<a name="FNanchor_183" id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>....</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p><span class="i8">Tout prêt. Adieu: je tremble</span><br /> +Que de chez Célidée on ne nous voie ensemble.<span class="dalign">770</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>D'où vient que mon abord l'oblige à te quitter?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Tant s'en faut qu'il vous fuie, il vient de me conter....<br /> +Toutefois je ne sais si je vous le dois dire.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Que tu te plais, Florice, à me mettre en martyre!</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Il faut vous préparer à des ravissements<a name="FNanchor_184" id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>....<span class="dalign">775</span> +<span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">60</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ta longueur m'y prépare avec bien des tourments.<br /> +Dépêche, ces discours font mourir Hippolyte.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Mourez donc promptement, que je vous ressuscite.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>L'insupportable femme! Enfin diras-tu rien?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>L'impatiente fille! Enfin tout ira bien.<span class="dalign">780</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Enfin tout ira bien? Ne saurai-je autre chose?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Il faut que votre esprit là-dessus se repose.<br /> +Vous ne pouviez tantôt souffrir de longs propos,<br /> +Et pour vous obliger, j'ai tout dit en trois mots;<br /> +Mais ce que maintenant vous n'en pouvez apprendre,<br /> +Vous l'apprendrez bientôt plus au long de Lysandre.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Tu ne flattes mon cœur que d'un espoir confus.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Parlez à votre amie, et ne vous fâchez plus<a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Mon abord importun rompt votre conférence:<br /> +Tu m'en voudras du mal.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Du mal? et l'apparence?</span><span class="dalign">790</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">61</a></span> +Je ne sais pas aimer de si mauvaise foi<a name="FNanchor_186" id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>;<br /> +Et tout à l'heure encor je lui parlois de toi<a name="FNanchor_187" id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je me retire donc, afin que sans contrainte....</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Quitte cette grimace, et mets à part la feinte.<br /> +Tu fais la réservée en ces occasions,<span class="dalign">795</span><br /> +Mais tu meurs de savoir ce que nous en disions.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Tu meurs de le conter plus que moi de l'apprendre<a name="FNanchor_188" id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a>,<br /> +Et tu prendrois pour crime un refus de l'entendre.<br /> +Puis donc que tu le veux, ma curiosité....</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Vraiment, tu me confonds de ta civilité.<span class="dalign">800</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Voilà de tes détours, et comme tu diffères<br /> +A me dire en quel point vous teniez mes affaires.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Nous parlions du dessein d'éprouver ton amant<a name="FNanchor_189" id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a>:<br /> +Tu l'as vu réussir à ton contentement?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je viens te voir exprès pour t'en dire l'issue:<span class="dalign">805</span><br /> +Que je m'en suis trouvée heureusement déçue!<br /> +Je présumois beaucoup de ses affections,<span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">62</a></span><br /> +Mais je n'attendois pas tant de submissions.<br /> +Jamais le désespoir qui saisit son courage<br /> +N'en put tirer un mot à mon désavantage;<span class="dalign">810</span><br /> +Il tenoit mes dédains encor trop précieux,<br /> +Et ses reproches même étoient officieux.<br /> +Aussi ce grand amour a rallumé ma flamme:<br /> +Le change n'a plus rien qui chatouille mon âme;<br /> +Il n'a plus de douceurs pour mon esprit flottant,<span class="dalign">815</span><br /> +Aussi ferme à présent qu'il le croit inconstant.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Quoi que vous ayez vu de sa persévérance,<br /> +N'en prenez pas encore une entière assurance.<br /> +L'espoir de vous fléchir a pu le premier jour<br /> +Jeter sur son dépit ces beaux dehors d'amour<a name="FNanchor_190" id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>;<span class="dalign">820</span><br /> +Mais vous verrez bientôt que pour qui le méprise<br /> +Toute légèreté lui semblera permise.<br /> +J'ai vu des amoureux de toutes les façons.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Cette bizarre humeur n'est jamais sans soupçons<a name="FNanchor_191" id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>:<br /> +L'avantage qu'elle a d'un peu d'expérience<span class="dalign">825</span><br /> +Tient éternellement son âme en défiance;<br /> +Mais ce qu'elle te dit ne vaut pas l'écouter<a name="FNanchor_192" id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Et je ne suis pas fille à m'en épouvanter.<br /> +Je veux que ma rigueur à tes yeux continue,<br /> +Et lors sa fermeté te sera mieux connue;<span class="dalign">830</span><br /> +Tu ne verras des traits que d'un amour si fort,<br /> +Que Florice elle-même avouera qu'elle a tort<a name="FNanchor_193" id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ce sera trop longtemps lui paroître cruelle. +<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">63</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Tu connoîtras par là combien il m'est fidèle,<br /> +Le ciel à ce dessein nous l'envoie à propos.<span class="dalign">835</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Et quand te résous-tu de le mettre en repos?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Trouve bon, je te prie, après un peu de feinte,<br /> +Que mes feux violents s'expliquent sans contrainte;<br /> +Et pour le rappeler des portes du trépas,<br /> +Si j'en dis un peu trop, ne t'en offense pas<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>.<span class="dalign">840</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Merveille des beautés, seul objet qui m'engage....</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>N'oublierez-vous jamais cet importun langage?<br /> +Vous obstiner encore à me persécuter,<br /> +C'est prendre du plaisir à vous voir maltraiter.<br /> +Perdez mon souvenir avec votre espérance,<span class="dalign">845</span><br /> +Et ne m'accablez plus de cette déférence<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>.<br /> +Il faut, pour m'arrêter, des entretiens meilleurs<a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Quoi? vous prenez pour vous ce que j'adresse ailleurs?<br /> +Adore qui voudra votre rare mérite,<br /> +Un change heureux me donne à la belle Hippolyte:<span class="dalign">850</span><br /> +Mon sort en cela seul a voulu me trahir,<br /> +Qu'en ce change mon cœur semble vous obéir,<br /> +Et que mon feu passé vous va rendre si vaine<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">64</a></span> +Que vous imputerez ma flamme à votre haine,<br /> +A votre orgueil nouveau mes nouveaux sentiments<a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>,<span class="dalign">855</span><br /> +L'effet de ma raison à vos commandements.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Tant s'en faut que je prenne une si triste gloire,<br /> +Je chasse mes dédains même de ma mémoire,<br /> +Et dans leur souvenir rien ne me semble doux,<br /> +Puisqu'en le conservant je penserois à vous<a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a>.<span class="dalign">860</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE</span>, <span class="font90">à Hippolyte.</span></p> + +<p>Beauté de qui les yeux, nouveaux rois de mon âme,<br /> +Me font être léger sans en craindre le blâme....</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ne vous emportez point à ces propos perdus,<br /> +Et cessez de m'offrir des vœux qui lui sont dus;<br /> +Je pense mieux valoir que le refus d'une autre<a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>.<span class="dalign">865</span><br /> +Si vous voulez venger son mépris par le vôtre,<br /> +Ne venez point du moins m'enrichir de son bien.<br /> +Elle vous traite mal, mais elle n'aime rien.<br /> +Vous, faites-en autant, sans chercher de retraite<br /> +Aux importunités dont elle s'est défaite.<span class="dalign">870</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Que son exemple encore réglât mes actions!<br /> +Cela fut bon du temps de mes affections:<br /> +A présent que mon cœur adore une autre reine,<br /> +A présent qu'Hippolyte en est la souveraine....</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>C'est elle seulement que vous voulez flatter.<span class="dalign">875</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>C'est elle seulement que je dois imiter. +<span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">65</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Savez-vous donc à quoi la raison vous oblige?<br /> +C'est à me négliger, comme je vous néglige.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Je ne puis imiter ce mépris de mes feux,<br /> +A moins qu'à votre tour vous m'offriez des vœux<a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>;<span class="dalign">880</span><br /> +Donnez-m'en les moyens, vous en verrez l'issue.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>J'appréhenderois fort d'être trop bien reçue<a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>,<br /> +Et qu'au lieu du plaisir de me voir imiter,<br /> +Je n'eusse que l'honneur de me faire écouter<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>,<br /> +Pour n'avoir que la honte après de me dédire.<span class="dalign">885</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Souffrez donc que mon cœur sans exemple soupire,<br /> +Qu'il aime sans exemple, et que mes passions<br /> +S'égalent seulement à vos perfections.<br /> +Je vaincrai vos rigueurs par mon humble service,<br /> +Et ma fidélité....</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p><span class="i7">Viens avec moi, Florice:</span><span class="dalign">890</span><br /> +J'ai des nippes en haut que je veux te montrer<a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, LYSANDRE<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Quoi? sans la retenir, vous la laissez rentrer?<br /> +Allez, Lysandre, allez: c'est assez de contraintes;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">66</a></span> +J'ai pitié du tourment que vous donnent ces feintes.<br /> +Suivez ce bel objet dont les charmes puissants<span class="dalign">895</span><br /> +Sont et seront toujours absolus sur vos sens.<br /> +Quoi qu'après ses dédains un peu d'orgueil publie<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>,<br /> +Son mérite est trop grand pour souffrir qu'on l'oublie:<br /> +Elle a des qualités et de corps et d'esprit<br /> +Dont pas un cœur donné jamais ne se reprit.<span class="dalign">900</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Mon change fera voir l'avantage des vôtres,<br /> +Qu'en la comparaison des unes et des autres<br /> +Les siennes désormais n'ont qu'un éclat terni,<br /> +Que son mérite est grand, et le vôtre infini.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Que j'emporte sur elle aucune préférence!<span class="dalign">905</span><br /> +Vous tenez des discours qui sont hors d'apparence;<br /> +Elle me passe en tout, et dans ce changement<br /> +Chacun vous blâmeroit de peu de jugement.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>M'en blâmer en ce cas, c'est en manquer soi-même,<br /> +Et choquer la raison, qui veut que je vous aime<a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a>.<span class="dalign">910</span><br /> +Nous sommes hors du temps de cette vieille erreur<br /> +Qui faisoit de l'amour une aveugle fureur,<br /> +Et l'ayant aveuglé, lui donnoit pour conduite<br /> +Le mouvement d'une âme et surprise et séduite.<br /> +Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissoient pas<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>;<br /> +C'est par les yeux qu'il entre<a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a> et nous dit vos appas:<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">67</a></span> +Lors notre esprit en juge; et suivant le mérite,<br /> +Il fait croître une ardeur que cette vue excite<a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a>.<br /> +Si la mienne pour vous se relâche un moment,<br /> +C'est lors que je croirai manquer de jugement;<span class="dalign">920</span><br /> +Et la même raison qui vous rend admirable<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a><br /> +Doit rendre comme vous ma flamme incomparable.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Épargnez avec moi ces propos affétés.<br /> +Encore hier Célidée avoit ces qualités;<br /> +Encore hier en mérite elle étoit sans pareille.<span class="dalign">925</span><br /> +Si je suis aujourd'hui cette unique merveille,<br /> +Demain quelque autre objet, dont vous suivrez la loi,<br /> +Gagnera votre cœur et ce titre sur moi.<br /> +Un esprit inconstant a toujours cette adresse<a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">CHRYSANTE, PLEIRANTE, HIPPOLYTE, LYSANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE</span><a name="FNanchor_212" id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>.</p> + +<p>Monsieur, j'aime ma fille avec trop de tendresse<span class="dalign">930</span><br /> +Pour la vouloir contraindre en ses affections.</p> + +<span class="smcap i6">PLEIRANTE</span><a name="FNanchor_213" id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a>. + +<p>Madame, vous saurez ses inclinations;<br /> +Elle voudra vous plaire, et je l'en vois sourire<a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214</a>.<br /> +Allons, mon cavalier, j'ai deux mots à vous dire<a name="FNanchor_215" id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">68</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Vous en aurez réponse avant qu'il soit trois jours.<span class="dalign">935</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">CHRYSANTE, HIPPOLYTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Devinerois-tu bien quels étoient nos discours?</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Il vous parloit d'amour peut-être?</p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p><span class="i12">Oui: que t'en semble?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>D'âge presque pareils, vous seriez bien ensemble.</p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Tu me donnes vraiment un gracieux détour;<br /> +C'étoit pour ton sujet qu'il me parloit d'amour.<span class="dalign">940</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Pour moi? Ces jours passés, un poëte qui m'adore<br /> +(Du moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore<a name="FNanchor_216" id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>;<br /> +Je me raillois alors de sa comparaison<a name="FNanchor_217" id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a>:<br /> +Mais si cela se fait, il avoit bien raison.</p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Avec tout ce babil, tu n'es qu'une étourdie.<span class="dalign">945</span><br /> +Le bonhomme est bien loin de cette maladie;<br /> +Il veut te marier, mais c'est à Dorimant:<br /> +Vois si tu te résous d'accepter cet amant.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Dessus tous mes desirs vous êtes absolue,<br /> +Et si vous le voulez, m'y voilà résolue.<span class="dalign">950</span><span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">69</a></span><br /> +Dorimant vaut beaucoup, je vous le dis sans fard;<br /> +Mais remarquez un peu le trait de ce vieillard:<br /> +Lysandre si longtemps a brûlé pour sa fille,<br /> +Qu'il en faisoit déjà l'appui de sa famille;<br /> +A présent que ses feux ne sont plus que pour moi,<span class="dalign">955</span><br /> +Il voudroit bien qu'un autre eût engagé ma foi,<br /> +Afin que sans espoir dans cette amour nouvelle,<br /> +Un nouveau changement le ramenât vers elle<a name="FNanchor_218" id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a>.<br /> +N'avez-vous point pris garde, en vous disant adieu,<br /> +Qu'il a presque arraché Lysandre de ce lieu?<span class="dalign">960</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Simple, ce qu'il en fait, ce n'est qu'à sa prière<a name="FNanchor_219" id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>;<br /> +Et Lysandre tient même à faveur singulière....</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Je sais que Dorimant est un de ses amis;<br /> +Mais vous voyez d'ailleurs que le ciel a permis<br /> +Que pour mieux vous montrer que tout n'est qu'artifice,<br /> +Lysandre me faisoit ses offres de service.</p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Aucun des deux n'est homme à se jouer de nous:<br /> +Quelque secret mystère est caché là-dessous.<br /> +Allons, pour en tirer la vérité plus claire,<br /> +Seules dedans ma chambre examiner l'affaire;<span class="dalign">970</span><br /> +Ici quelque importun pourroit nous aborder<a name="FNanchor_220" id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">70</a></span></p> + +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span><a name="FNanchor_221" id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>.</p> + +<p>J'aurai bien de la peine à la persuader<a name="FNanchor_222" id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>:<br /> +Ah! Florice, en quel point laisses-tu Célidée?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>De honte et de dépit tout à fait possédée.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Que t'a-t-elle montré?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i9">Cent choses à la fois,</span><span class="dalign">975</span><br /> +Selon que le hasard les mettoit sous ses doigts:<br /> +Ce n'étoit qu'un prétexte à faire sa retraite.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Elle t'a témoigné d'être fort satisfaite?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Sans que je vous amuse en discours superflus,<br /> +Son visage suffit pour juger du surplus<a name="FNanchor_223" id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a>.<span class="dalign">980</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span> <span class="font90">regarde Célidée</span><a name="FNanchor_224" id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>.</p> + +<p>Ses pleurs ne se sauroient empêcher de descendre;<br /> +Et j'en aurois pitié si je n'aimois Lysandre.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE X.</h3> + +<h4 class="p2">CÉLIDÉE.</h4> + +<p>Infidèles témoins d'un feu mal allumé,<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">71</a></span><br /> +Soyez-les de ma honte, et vous fondant en larmes<a name="FNanchor_225" id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a>,<br /> +Punissez-vous, mes yeux, d'avoir trop présumé<span class="dalign">985</span><br /> +<span class="i4">Du pouvoir de vos charmes.</span></p> + +<p>De quoi vous a servi d'avoir su me flatter<a name="FNanchor_226" id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>,<br /> +D'avoir pris le parti d'un ingrat qui me trompe,<br /> +S'il ne fit le constant qu'afin de me quitter<br /> +<span class="i4">Avecque plus de pompe?</span><span class="dalign">990</span></p> + +<p>Quand je m'en veux défaire, il est parfait amant<a name="FNanchor_227" id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a>;<br /> +Quand je veux le garder, il n'en fait plus de conte;<br /> +Et n'ayant pu le perdre avec contentement,<br /> +<span class="i4">Je le perds avec honte.</span></p> + +<p>Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret;<span class="dalign">995</span><br /> +Par là mon désespoir davantage se pique.<br /> +Quand je le crus constant, mon plaisir fut secret,<br /> +<span class="i4">Et ma honte est publique.</span></p> + +<p>Le traître avoit senti qu'alors me négliger<a name="FNanchor_228" id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a>,<br /> +C'étoit à Dorimant livrer toute mon âme;<span class="dalign">1000</span><br /> +Et la constance plût à cet esprit léger<br /> +<span class="i4">Pour amortir ma flamme.</span></p> + +<p>Autant que j'eus de peine à l'éteindre en naissant,<br /> +Autant m'en faudra-t-il à la faire renaître:<br /> +De peur qu'à cet amour d'être encore impuissant,<span class="dalign">1005</span><br /> +<span class="i4">Il n'ose plus paroître;</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">72</a></span> +Outre que de mon cœur pleinement exilé,<br /> +Et n'y conservant plus aucune intelligence,<br /> +Il est trop glorieux pour n'être rappelé<br /> +<span class="i4">Qu'à servir ma vengeance.</span><span class="dalign">1010</span></p> + +<p>Mais j'aperçois celui qui le porte en ses yeux.<br /> +Courage donc, mon cœur; espérons un peu mieux.<br /> +Je sens bien que déjà devers lui tu t'envoles;<br /> +Mais pour t'accompagner je n'ai point de paroles:<br /> +Ma honte et ma douleur, surmontant mes desirs,<span class="dalign">1015</span><br /> +N'en laissent le passage ouvert qu'à mes soupirs.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE XI.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, CÉLIDÉE, CLÉANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Dans ce profond penser, pâle, triste, abattue,<br /> +Ou quelque grand malheur de Lysandre vous tue,<br /> +Ou bientôt vos douleurs l'accableront d'ennuis<a name="FNanchor_229" id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Il est cause en effet de l'état où je suis,<span class="dalign">1020</span><br /> +Non pas en la façon qu'un ami s'imagine,<br /> +Mais....</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i4">Vous n'achevez point, faut-il que je devine?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Permettez que je cède à la confusion<a name="FNanchor_230" id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a><br /> +Qui m'étouffe la voix en cette occasion.<br /> +J'ai d'incroyables traits de Lysandre à vous dire;<span class="dalign">1025</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">73</a></span> +Mais ce reste du jour souffrez que je respire,<br /> +Et m'obligez demain que je vous puisse voir.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>De sorte qu'à présent on n'en peut rien savoir?<br /> +Dieux! elle se dérobe, et me laisse en un doute....<br /> +Poursuivons toutefois notre première route;<span class="dalign">1030</span><br /> +Peut-être ces beaux yeux, dont l'éclat me surprit,<br /> +De ce fâcheux soupçon purgeront mon esprit.<br /> +Frappe<a name="FNanchor_231" id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE XII.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, FLORICE, CLÉANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i4">Que vous plaît-il?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p><span class="i11">Peut-on voir Hippolyte?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +Elle vient de sortir pour faire une visite. + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Ainsi tout aujourd'hui mes pas ont été vains.<span class="dalign">1035</span><br /> +Florice, à ce défaut, fais-lui mes baisemains.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE</span>, <span class="font90">seule.</span></p> + +<p>Ce sont des compliments qu'il fait mauvais lui faire<a name="FNanchor_232" id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>.<br /> +Depuis que ce Lysandre a tâché de lui plaire,<br /> +Elle ne veut plus être au logis que pour lui,<br /> +Et tous autres devoirs lui donnent de l'ennui.<span class="dalign">1040</span></p> + +<p class="p2 center"><b><small>FIN DU TROISIÈME ACTE.</small></b></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">74</a></span></p> +<h2>ACTE IV.</h2> +<hr class="c5" /> +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, ARONTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>A cet excès d'amour qu'il me faisoit paroître<a name="FNanchor_233" id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>,<br /> +Je me croyois déjà maîtresse de ton maître;<br /> +Tu m'as fait grand dépit de me désabuser.<br /> +Qu'il a l'esprit adroit quand il veut déguiser<a name="FNanchor_234" id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a>!<br /> +Et que pour mettre en jour ces compliments frivoles,<br /> +Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles!<br /> +Mais je me promets tant de ta dextérité,<br /> +Qu'il tournera bientôt la feinte en vérité.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Je n'ose l'espérer: sa passion trop forte<br /> +Déjà vers son objet malgré moi le remporte;<span class="dalign">1050</span><br /> +Et comme s'il avoit reconnu son erreur,<br /> +Vos yeux lui sont à charge et sa feinte en horreur:<br /> +Même il m'a commandé d'aller vers sa cruelle<br /> +Lui jurer que son cœur n'a brûlé que pour elle,<br /> +Attaquer son orgueil par des submissions....<span class="dalign">1055</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>J'entends assez le but de tes commissions.<br /> +Tu vas tâcher pour lui d'amollir son courage<a name="FNanchor_235" id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>J'emploie auprès de vous le temps de ce message,<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">75</a></span><br /> +Et la ferai parler tantôt à mon retour<br /> +D'une façon mal propre à donner de l'amour;<span class="dalign">1060</span><br /> +Mais après mon rapport, si son ardeur extrême<br /> +Le résout à porter son message lui-même,<br /> +Je ne réponds de rien. L'amour qu'ils ont tous deux<br /> +Vaincra notre artifice et parlera pour eux.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Sa maîtresse éblouie ignore encor ma flamme,<span class="dalign">1065</span><br /> +Et laisse à mes conseils tout pouvoir sur son âme<a name="FNanchor_236" id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a>.<br /> +Ainsi tout est à nous, s'il ne faut qu'empêcher<br /> +Qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Qui pourroit toutefois en détourner Lysandre,<br /> +Ce seroit le plus sûr.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p><span class="i8">N'oses-tu l'entreprendre?</span><span class="dalign">1070</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Donnez-moi les moyens de le rendre jaloux,<br /> +Et vous verrez après frapper d'étranges coups.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>L'autre jour Dorimant toucha fort ma rivale,<br /> +Jusque-là qu'entre eux deux son âme étoit égale<a name="FNanchor_237" id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a>;<br /> +Mais Lysandre depuis, endurant sa rigueur,<span class="dalign">1075</span><br /> +Lui montra tant d'amour qu'il regagna son cœur.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Donc à voir Célidée et Dorimant ensemble,<br /> +Quelque Dieu qui vous aime aujourd'hui les assemble.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Fais-les voir à ton maître, et ne perds point ce temps,<br /> +Puisque de là dépend le bonheur que j'attends.<span class="dalign">1080</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">76</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, CÉLIDÉE, ARONTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Aronte, un mot. Tu fuis? Crains-tu que je te voie?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Non; mais pressé d'aller où mon maître m'envoie,<br /> +J'avois doublé le pas sans vous apercevoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>D'où viens-tu?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p><span class="i6">D'un logis vers la Croix-du-Tiroir</span><a name="FNanchor_238" id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>C'est donc en ce Marais que finit ton voyage?<span class="dalign">1085</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Non, je cours au Palais faire encore un message.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Et c'en est le chemin de passer par ici<a name="FNanchor_239" id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Souffrez que j'aille ôter mon maître de souci:<br /> +Il meurt d'impatience à force de m'attendre.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Et touchant mes amours ne peux-tu rien m'apprendre?<br /> +As-tu vu depuis peu l'objet que je chéris?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Oui, tantôt en passant j'ai rencontré Cloris. +<span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">77</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Tu cherches des détours: je parle d'Hippolyte.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Et c'est là seulement le discours qu'il évite.<br /> +Tu t'enferres, Aronte, et pris au dépourvu,<span class="dalign">1095</span><br /> +En vain tu veux cacher ce que nous avons vu.<br /> +Va, ne sois point honteux des crimes de ton maître:<br /> +Pourquoi désavouer ce qu'il fait trop paroître?<br /> +Il la sert à mes yeux, cet infidèle amant,<br /> +Et te vient d'envoyer lui faire un compliment.<span class="dalign">1100</span></p> + +<p class="font90 i6">(Aronte rentre.)</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, CÉLIDÉE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Après cette retraite et ce morne silence,<br /> +Pouvez-vous bien encor demeurer en balance?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Je n'en ai que trop vu, mes yeux m'en ont trop dit:<br /> +Aronte en me parlant étoit tout interdit,<br /> +Et sa confusion portoit sur son visage<span class="dalign">1105</span><br /> +Assez et trop de jour pour lire son message.<br /> +Traître, traître Lysandre, est-ce là donc le fruit<br /> +Qu'en faveur de mes feux ton amitié produit?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Connoissez tout à fait l'humeur de l'infidèle:<br /> +Votre amour seulement la lui fait trouver belle.<span class="dalign">1110</span><br /> +Cet objet, tout aimable et tout parfait qu'il est<a name="FNanchor_240" id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a>,<br /> +N'a des charmes pour lui que depuis qu'il vous plaît;<br /> +Et votre affection, de la sienne suivie,<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">78</a></span><br /> +Montre que c'est par là qu'il en a pris envie,<br /> +Qu'il veut moins l'acquérir que vous le dérober<a name="FNanchor_241" id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>.<span class="dalign">1115</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Voici, dans ce larcin, qui le fait succomber.<br /> +En ce dessein commun de servir Hippolyte,<br /> +Il faut voir seul à seul qui des deux la mérite:<br /> +Son sang me répondra de son manque de foi,<br /> +Et me fera raison et pour vous et pour moi.<span class="dalign">1120</span><br /> +Notre vieille union ne fait qu'aigrir mon âme,<br /> +Et mon amitié meurt voyant naître sa flamme.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Vouloir quelque mesure entre un perfide et vous<a name="FNanchor_242" id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a>,<br /> +Est-ce faire justice à ce juste courroux?<br /> +Pouvez-vous présumer, après sa tromperie,<span class="dalign">1125</span><br /> +Qu'il ait dans les combats moins de supercherie?<br /> +Certes pour le punir c'est trop vous négliger,<br /> +Et chercher à vous perdre au lieu de vous venger.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Pourriez-vous approuver que je prisse avantage<a name="FNanchor_243" id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a><br /> +Pour immoler ce traître à mon peu de courage?<span class="dalign">1130</span><br /> +J'achèterois trop cher la mort du suborneur,<br /> +Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur<a name="FNanchor_244" id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a>,<br /> +Et montrerois une âme et trop basse et trop noire<br /> +De ménager mon sang aux dépens de ma gloire.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">79</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Sans les voir l'un ni l'autre en péril exposés,<span class="dalign">1135</span><br /> +Il est pour vous venger des moyens plus aisés.<br /> +Pour peu que vous fussiez de mon intelligence,<br /> +Vous auriez bientôt pris une juste vengeance<a name="FNanchor_245" id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a>;<br /> +Et vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant....</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Quoi? Ce qu'il m'a volé?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p><span class="i9">Non, mais du moins autant.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>La foiblesse du sexe en ce point vous conseille:<br /> +Il se croit trop vengé, quand il rend la pareille;<br /> +Mais suivre le chemin que vous voulez tenir<a name="FNanchor_246" id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[246]</a>,<br /> +C'est imiter son crime au lieu de le punir;<br /> +Au lieu de lui ravir une belle maîtresse,<span class="dalign">1145</span><br /> +C'est prendre à son refus une beauté qu'il laisse.</p> + +<p class="font90 i4">(Lysandre vient avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant +avec Célidée<a name="FNanchor_247" id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a>.)</p> + +<p>C'est lui faire plaisir, au lieu de l'affliger;<br /> +C'est souffrir un affront, et non pas se venger.<br /> +J'en perds ici le temps. Adieu: je me retire;<br /> +Mais avant qu'il soit peu, si vous entendez dire<span class="dalign">1150</span><br /> +Qu'un coup fatal et juste ait puni l'imposteur,<br /> +Vous pourrez aisément en deviner l'auteur.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>De grâce, encore un mot. Hélas! il m'abandonne<br /> +Aux cuisants déplaisirs que ma douleur me donne.<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">80</a></span><br /> +Rentre, pauvre abusée, et dedans tes malheurs,<span class="dalign">1155</span><br /> +Si tu ne les retiens, cache du moins tes pleurs!</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE, ARONTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Eh bien! qu'en dites-vous? et que vous semble d'elle?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Hélas! pour mon malheur, tu n'es que trop fidèle.<br /> +N'exerce plus tes soins à me faire endurer;<br /> +Ma plus douce fortune est de tout ignorer<a name="FNanchor_248" id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a>:<span class="dalign">1160</span><br /> +Je serois trop heureux sans le rapport d'Aronte.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Encor pour Dorimant, il en a quelque honte:<br /> +Vous voyant, il a fui.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p><span class="i8">Mais mon ingrate alors</span><br /> +Pour empêcher sa fuite a fait tous ses efforts,<br /> +Aronte, et tu prenois ses dédains pour des feintes!<span class="dalign">1165</span><br /> +Tu croyois que son cœur n'eût point d'autres atteintes,<br /> +Que son esprit entier se conservoit à moi,<br /> +Et parmi ses rigueurs n'oublioit point sa foi<a name="FNanchor_249" id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>A vous dire le vrai, j'en suis trompé moi-même.<br /> +Après deux ans passés dans un amour extrême,<span class="dalign">1170</span><br /> +Que sans occasion elle vînt à changer,<br /> +Je me fusse tenu coupable d'y songer;<br /> +Mais puisque sans raison la volage vous change,<br /> +Faites qu'avec raison un changement vous venge.<span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">81</a></span><br /> +Pour punir comme il faut son infidélité,<span class="dalign">1175</span><br /> +Vous n'avez qu'à tourner la feinte en vérité.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Misérable! est-ce ainsi qu'il faut qu'on me soulage?<br /> +Ai-je trop peu souffert sous cette humeur volage?<br /> +Et veux-tu désormais que par un second choix<br /> +Je m'engage à souffrir encore une autre fois?<span class="dalign">1180</span><br /> +Qui t'a dit qu'Hippolyte à cette amour nouvelle<a name="FNanchor_250" id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a><br /> +Se rendroit plus sensible ou seroit plus fidèle?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Vous en devez, Monsieur, présumer beaucoup mieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Conseiller importun, ôte-toi de mes yeux.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Son âme....</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p><span class="i5">Ote-toi, dis-je, et dérobe ta tête</span><span class="dalign">1185</span><br /> +Aux violents effets que ma colère apprête:<br /> +Ma bouillante fureur ne cherche qu'un objet;<br /> +Va, tu l'attirerois sur un sang trop abjet<a name="FNanchor_251" id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V<a name="FNanchor_252" id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a>.</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE.</h4> + +<p>Il faut à mon courroux de plus nobles victimes:<br /> +Il faut qu'un même coup me venge de deux crimes<a name="FNanchor_253" id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[253]</a>;<span class="dalign">1190</span><br /> +Qu'après les trahisons de ce couple indiscret,<br /> +L'un meure de ma main, et l'autre de regret.<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">82</a></span><br /> +Oui, la mort de l'amant punira la maîtresse;<br /> +Et mes plaisirs alors naîtront de sa tristesse.<br /> +Mon cœur, à qui mes yeux apprendront ses tourments,<br /> +Permettra le retour à mes contentements;<br /> +Ce visage si beau, si bien pourvu de charmes,<br /> +N'en aura plus pour moi, s'il n'est couvert de larmes.<br /> +Ses douleurs seulement ont droit de me guérir;<br /> +Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir<a name="FNanchor_254" id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[254]</a>.<span class="dalign">1200</span><br /> +Frénétiques transports, avec quelle insolence<br /> +Portez-vous mon esprit à tant de violence?<br /> +Allez, vous avez pris trop d'empire sur moi;<br /> +Dois-je être sans raison, parce qu'ils sont sans foi?<br /> +Dorimant, Célidée, ami, chère maîtresse,<span class="dalign">1205</span><br /> +Suivrois-je contre vous la fureur qui me presse?<br /> +Quoi? vous ayant aimés, pourrois-je vous haïr?<br /> +Mais vous pourrois-je aimer, quand vous m'osez trahir<a name="FNanchor_255" id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[255]</a><br /> +Qu'un rigoureux combat déchire mon courage!<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">83</a></span><br /> +Ma jalousie augmente et redouble ma rage<a name="FNanchor_256" id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a>;<span class="dalign">1210</span><br /> +Mais quelques<a name="FNanchor_257" id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a> fiers projets qu'elle jette en mon cœur,<br /> +L'amour.... ah! ce mot seul me range à la douceur.<br /> +Celle que nous aimons jamais ne nous offense;<br /> +Un mouvement secret prend toujours sa défense:<br /> +L'amant souffre tout d'elle, et dans son changement,<br /> +Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant<a name="FNanchor_258" id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[258]</a>.<br /> +Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide,<br /> +Revenez, mes fureurs, pour punir le perfide;<br /> +Arrachez-lui mon bien: une telle beauté<br /> +N'est pas le juste prix d'une déloyauté.<span class="dalign">1220</span><br /> +Souffrirois-je, à mes yeux, que par ses artifices<br /> +Il recueillît les fruits dus à mes longs services?<br /> +S'il vous faut épargner le sujet de mes feux,<br /> +Que ce traître du moins réponde pour tous deux.<br /> +Vous me devez son sang pour expier son crime:<span class="dalign">1225</span><br /> +Contre sa lâcheté tout vous est légitime;<br /> +Et quelques châtiments.... Mais, Dieux! que vois-je ici?</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, LYSANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Vous avez dans l'esprit quelque pesant souci;<br /> +Ce visage enflammé, ces yeux pleins de colère,<span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">84</a></span><br /> +En font voir au dehors une marque trop claire<a name="FNanchor_259" id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a>.<span class="dalign">1230</span><br /> +Je prends assez de part en tous vos intérêts<br /> +Pour vouloir en aveugle y mêler mes regrets;<br /> +Mais si vous me disiez ce qui cause vos peines....</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ah! ne m'imposez point de si cruelles gênes;<br /> +C'est irriter mes maux que de me secourir;<span class="dalign">1235</span><br /> +La mort, la seule mort a droit de me guérir.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Si vous vous obstinez à m'en taire la cause,<br /> +Tout mon pouvoir sur vous n'est que fort peu de chose.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Laissez-le-moi partout, ou ne m'en laissez point.<span class="dalign">1240</span><br /> +C'est n'aimer qu'à demi qu'aimer avec réserve,<br /> +Et ce n'est pas ainsi que je veux qu'on me serve:<br /> +Il faut m'apprendre tout, et lorsque je vous voi,<br /> +Être de belle humeur, ou n'être plus à moi<a name="FNanchor_260" id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ne perdez point d'efforts à vaincre mon silence<a name="FNanchor_261" id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a>;<span class="dalign">1245</span><br /> +Vous useriez sur moi de trop de violence.<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">85</a></span><br /> +Adieu: je vous ennuie, et les grands déplaisirs<a name="FNanchor_262" id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a><br /> +Veulent en liberté s'exhaler en soupirs.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE<a name="FNanchor_263" id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a>.</h4> + +<p>C'est donc là tout l'état que tu fais d'Hippolyte<a name="FNanchor_264" id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a>?<br /> +Après des vœux offerts, c'est ainsi qu'on me quitte!<br /> +Qu'Aronte jugeoit bien que ses feintes amours,<br /> +Avant qu'il fût longtemps, interromproient leurs cours!<br /> +Dans ce peu de succès des ruses de Florice,<br /> +J'ai manqué de bonheur, mais non pas de malice;<br /> +Et si j'en puis jamais trouver l'occasion,<span class="dalign">1255</span><br /> +J'y mettrai bien encor de la division.<br /> +Si notre pauvre amant est plein de jalousie,<br /> +Ma rivale, qui sort, n'en est pas moins saisie.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>N'ai-je pas tantôt vu mon perfide avec vous<a name="FNanchor_265" id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>?<br /> +Il a bientôt quitté des entretiens si doux.<span class="dalign">1260</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Qu'y feroit-il, ma sœur? Ta fidèle Hippolyte<a name="FNanchor_266" id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a><br /> +Traite cet inconstant ainsi qu'il le mérite<a name="FNanchor_267" id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a>.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">86</a></span><br /> +Il a beau m'en conter de toutes les façons,<br /> +Je le renvoie ailleurs pratiquer ses leçons.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Le parjure à présent est fort sur ta louange<a name="FNanchor_268" id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a>?<span class="dalign">1265</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Il ne tient pas à lui que je ne sois un ange;<br /> +Et quand il vient ensuite à parler de ses feux<a name="FNanchor_269" id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a>,<br /> +Aucune passion jamais n'approcha d'eux.<br /> +Par tous ces vains discours il croit fort qu'il m'oblige,<br /> +Mais non la moitié tant qu'alors qu'il te néglige:<span class="dalign">1270</span><br /> +C'est par là qu'il me pense acquérir puissamment;<br /> +Et moi, qui t'ai toujours chérie uniquement,<br /> +Je te laisse à juger alors si je l'endure.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>C'est trop prendre, ma sœur, de part en mon injure:<br /> +Laisse-le mépriser celle dont les mépris<span class="dalign">1275</span><br /> +Sont cause maintenant que d'autres yeux l'ont pris.<br /> +Si Lysandre te plaît, possède le volage,<br /> +Mais ne me traite point avec désavantage;<br /> +Et si tu te résous d'accepter mon amant,<br /> +Relâche-moi du moins le cœur de Dorimant.<span class="dalign">1280</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Pourvu que leur vouloir se range sous le nôtre,<br /> +Je te donne le choix et de l'un, et de l'autre;<br /> +Ou si l'un ne suffit à ton jeune desir,<br /> +Défais-moi de tous deux, tu me feras plaisir.<br /> +J'estimai fort Lysandre avant que le connoître;<span class="dalign">1285</span><br /> +Mais depuis cet amour que mes yeux ont fait naître,<br /> +Je te répute heureuse après l'avoir perdu.<br /> +Que son humeur est vaine, et qu'il fait l'entendu!<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">87</a></span><br /> +Que son discours est fade avec ses flatteries<a name="FNanchor_270" id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>!<br /> +Qu'on est importuné de ses afféteries!<span class="dalign">1290</span><br /> +Vraiment, si tout le monde étoit fait comme lui,<br /> +Je crois qu'avant deux jours je sécherois d'ennui<a name="FNanchor_271" id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Qu'en cela du destin l'ordonnance fatale<br /> +A pris pour nos malheurs une route inégale!<br /> +L'un et l'autre me fuit, et je brûle pour eux;<span class="dalign">1295</span><br /> +L'un et l'autre t'adore, et tu les fuis tous deux.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Si nous changions de sort, que nous serions contentes!</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Outre, hélas! que le ciel s'oppose à nos attentes,<br /> +Lysandre n'a plus rien à rengager ma foi.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Mais l'autre, tu voudrois....</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p4">PLEIRANTE, HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Ne rompez pas pour moi;</span><br /> +Craignez-vous qu'un ami sache de vos nouvelles<a name="FNanchor_272" id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Nous causions de mouchoirs, de rabats<a name="FNanchor_273" id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a>, de dentelles,<br /> +De ménages de fille.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p><span class="i7">Et parmi ces discours,</span><span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">88</a></span><br /> +Vous confériez ensemble un peu de vos amours:<br /> +Eh bien, ce serviteur, l'aura-t-on agréable?<span class="dalign">1305</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Vous m'attaquez toujours par quelque trait semblable<a name="FNanchor_274" id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a>.<br /> +Des hommes comme vous ne sont que des conteurs.<br /> +Vraiment c'est bien à moi d'avoir des serviteurs!</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Parlons, parlons françois. Enfin, pour cette affaire,<br /> +Nous en remettrons-nous à l'avis d'une mère?<span class="dalign">1310</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>J'obéirai toujours à son commandement;<br /> +Mais de grâce, Monsieur, parlez plus clairement:<br /> +Je ne puis deviner ce que vous voulez dire.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Un certain cavalier pour vos beaux yeux soupire.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Vous en voulez par là<a name="FNanchor_275" id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a>....</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Ce n'est point fiction</span><span class="dalign">1315</span><br /> +Que ce que je vous dis de son affection.<br /> +Votre mère sut hier à quel point il vous aime<a name="FNanchor_276" id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a>,<br /> +Et veut que ce soit vous qui vous donniez vous-même.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Et c'est ce que ma mère, afin de m'expliquer,<br /> +Ne m'a point fait l'honneur de me communiquer;<span class="dalign">1320</span><br /> +Mais pour l'amour de vous, je vais le savoir d'elle.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">89</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE X.</h3> + +<h4 class="p2">PLEIRANTE, CÉLIDÉE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Ta compagne est du moins aussi fine que belle<a name="FNanchor_277" id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Elle a bien su, de vrai, se défaire de vous.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Et fort habilement se parer de mes coups.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Peut-être innocemment, faute d'y rien comprendre<a name="FNanchor_278" id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Mais faute, bien plutôt, d'y vouloir rien entendre.<br /> +Je suis des plus trompés si Dorimant lui plaît.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Y prenez-vous, Monsieur, pour lui quelque intérêt?</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Lysandre m'a prié d'en porter la parole.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Lysandre!</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p><span class="i5">Oui, ton Lysandre.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p><span class="i12">Et lui-même cajole....</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Quoi? que cajole-t-il?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p><span class="i9">Hippolyte, à mes yeux.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Folle, il n'aima jamais que toi dessous les cieux;<br /> +Et nous sommes tous prêts de choisir la journée<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">90</a></span><br /> +Qui bientôt de vous deux termine l'hyménée.<br /> +Il se plaint toutefois un peu de ta froideur;<span class="dalign">1335</span><br /> +Mais pour l'amour de moi, montre-lui plus d'ardeur.<br /> +Parle: ma volonté sera-t-elle obéie?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Hélas! qu'on vous abuse après m'avoir trahie!<br /> +Il vous fait, cet ingrat, parler pour Dorimant,<br /> +Tandis qu'au même objet il s'offre pour amant,<span class="dalign">1340</span><br /> +Et traverse par là tout ce qu'à sa prière<br /> +Votre vaine entremise avance vers la mère.<br /> +Cela qu'est-ce, Monsieur, que se jouer de vous?</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Qu'il est peu de raison dans ces esprits jaloux!<br /> +Et quoi? pour un ami s'il rend une visite,<span class="dalign">1345</span><br /> +Faut-il s'imaginer qu'il cajole Hippolyte?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je sais ce que j'ai vu.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p><span class="i8">Je sais ce qu'il m'a dit,</span><br /> +Et ne veux plus du tout souffrir de contredit.<br /> +Mon choix de votre hymen en sa faveur dispose<a name="FNanchor_279" id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Commandez-moi plutôt, Monsieur, toute autre chose.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Quelle bizarre humeur! quelle inégalité<a name="FNanchor_280" id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a><br /> +De rejeter un bien qu'on a tant souhaité!<br /> +La belle, voyez-vous? qu'on perde ces caprices:<br /> +Il faut pour m'éblouir de meilleurs artifices.<br /> +Quelque nouveau venu vous donne dans les yeux,<span class="dalign">1355</span><br /> +Quelque jeune étourdi qui vous flatte un peu mieux;<br /> +Et parce qu'il vous fait quelque feinte caresse,<span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">91</a></span><br /> +Il faut que nous manquions, vous et moi, de promesse?<br /> +Quittez, pour votre bien, ces fantasques refus.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Monsieur....</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p><span class="i5"> Quittez-les, dis-je, et ne contestez plus.</span></p> +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE XI.</h3> + +<h4 class="p2"><span class="smcap">CÉLIDÉE.</span></h4> + +<p>Fâcheux commandement d'un incrédule père!<br /> +Qu'il me fut doux jadis, et qu'il me désespère!<br /> +J'avois, auparavant qu'on m'eût manqué de foi,<br /> +Le devoir et l'amour tout d'un parti chez moi,<br /> +Et ma flamme, d'accord avecque sa puissance,<span class="dalign">1365</span><br /> +Unissoit mes desirs à mon obéissance;<br /> +Mais, hélas! que depuis cette infidélité<br /> +Je trouve d'injustice en son autorité!<br /> +Mon esprit s'en révolte, et ma flamme bannie<br /> +Fait qu'un pouvoir si saint m'est une tyrannie.<span class="dalign">1370</span><br /> +Dures extrémités où mon sort est réduit!<br /> +On donne mes faveurs à celui qui les fuit;<br /> +Nous avons l'un pour l'autre une pareille haine,<br /> +Et l'on m'attache à lui d'une éternelle chaîne.<br /> +Mais s'il ne m'aimoit plus, parleroit-il d'amour<span class="dalign">1375</span><br /> +A celui dont je tiens la lumière du jour?<br /> +Mais s'il m'aimoit encor, verroit-il Hippolyte?<br /> +Mon cœur en même temps se retient et s'excite.<br /> +Je ne sais quoi me flatte, et je sens déjà bien<br /> +Que mon feu ne dépend que de croire le sien.<span class="dalign">1380</span><br /> +Tout beau, ma passion, c'est déjà trop paroître:<br /> +Attends, attends du moins la sienne pour renaître.<br /> +A quelle folle erreur me laissé-je emporter!<br /> +Il fait tout à dessein de me persécuter.<span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">92</a></span><br /> +L'ingrat cherche ma peine, et veut par sa malice<span class="dalign">1385</span><br /> +Que l'ordre qu'on me donne augmente mon supplice<a name="FNanchor_281" id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a>.<br /> +Rentrons, que son objet présenté par hasard<br /> +De mon cœur ébranlé ne reprenne une part:<br /> +C'est bien assez qu'un père à souffrir me destine,<br /> +Sans que mes yeux encore aident à ma ruine.<span class="dalign">1390</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE XII.</h3> + +<h4 class="p2"><span class="smcap">La Lingère, le Mercier.</span></h4> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE</span>, <span class="font90">après qu'ils se sont entre-poussé une boîte +qui est entre leurs boutiques</span><a name="FNanchor_282" id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a>.</p> + +<p>J'envoirai tout à bas, puis après on verra.<br /> +Ardez<a name="FNanchor_283" id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a>, vraiment c'est-mon<a name="FNanchor_284" id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a>, on vous l'endurera!<br /> +Vous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre!</p> + +<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p> + +<p>Tout est sur mon tapis: qu'avez-vous à vous plaindre?</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Aussi votre tapis est tout sur mon battant<a name="FNanchor_285" id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a>;<span class="dalign">1395</span><br /> +Je ne m'étonne plus de quoi je gagne tant.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p> + +<p>Là, là, criez bien haut, faites bien l'étourdie,<br /> +Et puis on vous jouera dedans la comédie.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Je voudrois l'avoir vu que quelqu'un s'y fût mis;<br /> +Pour en avoir raison nous manquerions d'amis!<span class="dalign">1400</span><br /> +On joue ainsi le monde.<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">93</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p> + +<p><span class="i9">Après tout ce langage,</span><br /> +Ne me repoussez pas mes boîtes davantage.<br /> +Votre caquet m'enlève à tous coups mes chalands;<br /> +Vous vendez dix rabats contre moi deux galands<a name="FNanchor_286" id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a>.<br /> +Pour conserver la paix, depuis six mois j'endure<a name="FNanchor_287" id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a>,<span class="dalign">1405</span><br /> +Sans vous en dire mot, sans le moindre murmure;<br /> +Et vous me harcelez et sans cause et sans fin.<br /> +Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin!<br /> +Nous n'apaiserons point cette humeur qui vous pique<br /> +Que par un entre-deux mis à votre boutique;<span class="dalign">1410</span><br /> +Alors, n'ayant plus rien ensemble à démêler,<br /> +Vous n'aurez plus aussi sur quoi me quereller.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Justement.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE XIII.</h3> + +<h4 class="p2"><span class="smcap">La Lingère, FLORICE, le Mercier, +le Libraire, CLÉANTE.</span></h4> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE</span><a name="FNanchor_288" id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a>.</p> + +<p><span class="i4">De tout loin je vous ai reconnue.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Vous vous doutez donc bien pourquoi je suis venue?<br /> +Les avez-vous reçus, ces points coupés nouveaux?<span class="dalign">1415</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Ils viennent d'arriver.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i9">Voyons donc les plus beaux.</span> +<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">94</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LE MERCIER</span>, à Cléante qui passe.</p> + +<p>Ne vous vendrai-je rien, Monsieur? des bas de soie,<br /> +Des gants en broderie, ou quelque petite oie<a name="FNanchor_289" id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANTE</span>, <span class="font90">au Libraire.</span></p> + +<p>Ces livres que mon maître avoit fait mettre à part,<br /> +Les avez-vous encore?</p> + +<span class="smcap i6">LE LIBRAIRE</span>, empaquetant ses livres<a name="FNanchor_290" id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a>. + +<p><span class="i9">Ah! que vous venez tard!</span><span class="dalign">1420</span><br /> +Encore un peu, ma foi, je m'en allois les vendre.<br /> +Trois jours sans revenir! je m'ennuyois d'attendre.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANTE.</span></p> + +<p>Je l'avois oublié. Le prix?</p> + +<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE</span><a name="FNanchor_291" id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>.</p> + +<p><span class="i10">Chacun le sait:</span><br /> +Autant de quarts d'écus, c'est un marché tout fait.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE</span>, <span class="font90">à Florice,</span></p> + +<p>Eh bien, qu'en dites-vous?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p><span class="i10">J'en suis toute ravie,</span><span class="dalign">1425</span><br /> +Et n'ai rien encor vu de pareil en ma vie.<br /> +Vous aurez notre argent, si l'on croit mon rapport.<br /> +Que celui-ci me semble et délicat et fort<a name="FNanchor_292" id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a><br /> +Que cet autre me plaît! que j'en aime l'ouvrage!<br /> +Montrez-m'en cependant quelqu'un à mon usage.<span class="dalign">1430</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Voici de quoi vous faire un assez beau collet.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Je pense, en vérité, qu'il ne seroit pas laid;<br /> +Que me coûtera-t-il?<span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">95</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p><span class="i8">Allez, faites-moi vendre,</span><br /> +Et pour l'amour de vous, je n'en voudrai rien prendre.<br /> +Mais avisez alors à me récompenser.<span class="dalign">1435</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>L'offre n'est pas mauvaise, et vaut bien y penser:<br /> +Vous me verrez demain avecque ma maîtresse.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE XIV.</h3> + +<h4 class="p2">FLORICE, ARONTE, <span class="smcap">Le Mercier</span>, +<span class="smcap">La Lingère<a name="FNanchor_293" id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a></span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Aronte, eh bien, quels fruits produira notre adresse?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>De fort mauvais pour moi. Mon maître, au désespoir,<br /> +Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne veut plus me voir<a name="FNanchor_294" id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a>.<span class="dalign">1440</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Nous sommes donc ainsi bien loin de notre conte?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Oui, mais tout le malheur en tombe sur Aronte.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Ne te débauche point, je veux faire ta paix.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Son courroux est trop grand pour s'apaiser jamais.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>S'il vient encor chez nous ou chez sa Célidée,<span class="dalign">1445</span><br /> +Je te rends aussitôt l'affaire accommodée.<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">96</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p> + +<p>Si tu fais ce coup-là, que ton pouvoir est grand!<br /> +Viens, je te veux donner tout à l'heure un galand.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p> + +<p>Voyez, Monsieur; j'en ai des plus beaux de la terre: +En voilà de Paris, d'Avignon, d'Angleterre.<span class="dalign">1450</span></p> + +<p><span class="smcap i4">ARONTE</span>, <span class="font90">après avoir regardé une boîte de galands</span><a name="FNanchor_295" id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a>.</p> + +<p>Tous vos rubans n'ont point d'assez vives couleurs.<br /> +Allons, Florice, allons, il en faut voir ailleurs.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE<a name="FNanchor_296" id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a>.</span></p> + +<p>Ainsi, faute d'avoir de bonne marchandise<a name="FNanchor_297" id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a>,<br /> +Des hommes comme vous perdent leur chalandise.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p> + +<p>Vous ne la perdez pas, vous, mais Dieu sait comment.<br /> +Du moins, si je vends peu, je vends loyalement,<br /> +Et je n'attire point avec une promesse<br /> +De suivante qui m'aide à tromper sa maîtresse.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Quand il faut dire tout, on s'entre-connoît bien;<br /> +Chacun sait son métier, et.... Mais je ne dis rien. <span class="dalign">1460</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p> + +<p>Vous ferez un grand coup si vous pouvez vous taire.</p> + +<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p> + +<p>Je ne réplique point à des gens en colère<a name="FNanchor_298" id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a>.</p> + +<p class="p2 center"><b><small>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</small></b></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">97</a></span></p> +<h2>ACTE V.</h2> +<hr class="c5" /> +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE.</h4> + +<p>Indiscrète vengeance, imprudentes chaleurs,<br /> +Dont l'impuissance ajoute un comble à mes malheurs,<br /> +Ne me conseillez plus la mort de ce faussaire.<span class="dalign">1465</span><br /> +J'aime encor Célidée, et n'ose lui déplaire:<br /> +Priver de la clarté ce qu'elle aime le mieux,<br /> +Ce n'est pas le moyen d'agréer à ses yeux.<br /> +L'amour, en la perdant, me retient en balance;<br /> +Il produit ma fureur et rompt sa violence,<span class="dalign">1470</span><br /> +Et me laissant trahi, confus et méprisé,<br /> +Ne veut que triompher de mon cœur divisé.<br /> +<span class="i1">Amour, cruel, auteur de ma longue misère,</span><br /> +Ou permets à la fin d'agir à ma colère,<br /> +Ou sans m'embarrasser d'inutiles transports,<span class="dalign">1475</span><br /> +Auprès de ce bel œil fais tes derniers efforts.<br /> +Viens, accompagne-moi chez ma belle inhumaine,<br /> +Et comme de mon cœur triomphe de sa haine.<br /> +Contre toi ma vengeance a mis les armes bas,<br /> +Contre ses cruautés rends les mêmes combats;<span class="dalign">1480</span><br /> +Exerce ta puissance à fléchir la farouche;<br /> +Montre-toi dans mes yeux, et parle par ma bouche:<br /> +Si tu te sens trop foible, appelle à ton secours<br /> +Le souvenir de mille et de mille heureux jours,<br /> +Où ses desirs, d'accord avec mon espérance<a name="FNanchor_299" id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a>,<span class="dalign">1485</span><span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">98</a></span><br /> +Ne laissoient à nos vœux aucune différence.<br /> +Je pense avoir encor ce qui la sut charmer,<br /> +Les mêmes qualités qu'elle voulut aimer.<br /> +Peut-être mes douleurs ont changé mon visage;<br /> +Mais en revanche aussi je l'aime davantage;<span class="dalign">1490</span><br /> +Mon respect s'est accru pour un objet si cher<a name="FNanchor_300" id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a>;<br /> +Je ne me venge point, de peur de la fâcher.<br /> +Un infidèle ami tient son âme captive,<br /> +Je le sais, je le vois, et je souffre qu'il vive.<br /> +<span class="i1">Je tarde trop: allons, ou vaincre ses refus,</span><span class="dalign">1495</span><br /> +Ou me venger sur moi de ne lui plaire plus,<br /> +Et tirons de son cœur, malgré sa flamme éteinte,<br /> +La pitié par ma mort, ou l'amour par ma plainte:<br /> +Ses rigueurs par ce fer me perceront le sein.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Eh quoi? pour m'avoir vu, vous changez de dessein<a name="FNanchor_301" id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a>!<br /> +Ne craignez point pour moi d'entrer chez Hippolyte;<br /> +Vous ne m'apprendrez rien en lui faisant visite:<br /> +Mes yeux, mes propres yeux n'ont que trop découvert<br /> +Comme un ami si rare auprès d'elle me sert.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Parlez plus franchement: ma rencontre importune<span class="dalign">1505</span><br /> +Auprès d'un autre objet trouble votre fortune;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">99</a></span> +Et vous montrez assez, par ces foibles détours,<br /> +Qu'un témoin comme moi déplaît à vos amours.<br /> +Vous voulez seul à seul cajoler Célidée;<br /> +La querelle entre nous sera bientôt vidée<a name="FNanchor_302" id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a>:<span class="dalign">1510</span><br /> +Ma mort vous donnera chez elle un libre accès,<br /> +Ou ma juste vengeance un funeste succès.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Qu'est-ce-ci, déloyal? quelle fourbe est la vôtre?<br /> +Vous m'en disputez une, afin d'acquérir l'autre!<br /> +Après ce que chacun a vu de votre feu,<span class="dalign">1515</span><br /> +C'est une lâcheté d'en faire un désaveu.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Je ne me connois point à combattre d'injures.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Aussi veux-je punir autrement tes parjures:<br /> +Le ciel, le juste ciel, ennemi des ingrats,<br /> +Qui pour ton châtiment a destiné mon bras,<span class="dalign">1520</span><br /> +T'apprendra qu'à moi seul Hippolyte est gardée.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Garde ton Hippolyte.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<span class="i8">Et toi, ta Célidée.</span> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Voilà faire le fin, de crainte d'un combat.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Tu m'imputes la crainte, et ton cœur s'en abat.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Laissons à part les noms; disputons la maîtresse,<span class="dalign">1525</span><br /> +Et pour qui que ce soit montre ici ton adresse.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>C'est comme je l'entends. +<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">100</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">CÉLIDÉE, LYSANDRE, DORIMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p><span class="i10">O Dieux! ils sont aux coups!</span><br /> +Ah! perfide, sur moi détourne ton courroux<a name="FNanchor_303" id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a>:<br /> +La mort de Dorimant me seroit trop funeste.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Lysandre, une autre fois nous viderons le reste.<span class="dalign">1530</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE</span>, <span class="font90">à Dorimant.</span></p> + +<p>Arrête, cher ingrat<a name="FNanchor_304" id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<span class="i9">Tu recules, voleur!</span> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Je fuis cette importune, et non pas ta valeur.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">LYSANDRE, CÉLIDÉE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ne suivez pas du moins ce perfide à ma vue:<br /> +Avez-vous résolu que sa fuite me tue,<br /> +Et qu'ayant su braver son plus vaillant effort<a name="FNanchor_305" id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a>,<span class="dalign">1535</span><br /> +Par sa retraite infâme il me donne la mort?<br /> +Pour en frapper le coup, vous n'avez qu'à le suivre.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Je tiens des gens sans foi si peu dignes de vivre,<br /> +Qu'on ne verra jamais que je recule un pas<br /> +De crainte de causer un si juste trépas.<span class="dalign">1540</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">101</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Eh bien, voyez-le donc: ma lame toute prête<br /> +N'attendoit que vos yeux pour immoler ma tête.<br /> +Vous lirez dans mon sang, à vos pieds répandu,<br /> +Ce que valoit l'amant que vous aurez perdu<a name="FNanchor_306" id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a>;<br /> +Et sans vous reprocher un si cruel outrage,<span class="dalign">1545</span><br /> +Ma main de vos rigueurs achèvera l'ouvrage:<br /> +Trop heureux mille fois si je plais en mourant<br /> +A celle à qui j'ai pu déplaire en l'adorant,<br /> +Et si ma prompte mort, secondant son envie,<br /> +L'assure du pouvoir qu'elle avoit sur ma vie!<span class="dalign">1550</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Moi, du pouvoir sur vous! vos yeux se sont mépris;<br /> +Et quelque illusion qui trouble vos esprits<br /> +Vous fait imaginer d'être auprès d'Hippolyte.<br /> +Allez, volage, allez où l'amour vous invite:<br /> +Dans ces doux entretiens recherchez vos plaisirs<a name="FNanchor_307" id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a>,<span class="dalign">1555</span><br /> +Et ne m'empêchez plus de suivre mes desirs.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Ce n'est pas sans raison que ma feinte passée<a name="FNanchor_308" id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a><br /> +A jeté cette erreur dedans votre pensée.<br /> +Il est vrai, devant vous forçant mes sentiments,<br /> +J'ai présenté des vœux, j'ai fait des compliments;<span class="dalign">1560</span><br /> +Mais c'étoient compliments qui partoient d'une souche:<br /> +Mon cœur, que vous teniez, désavouoit ma bouche.<br /> +Pleirante, qui rompit ces ennuyeux discours,<br /> +Sait bien que mon amour n'en changea point de cours:<br /> +Contre votre froideur une modeste plainte<span class="dalign">1565</span><br /> +Fut tout notre entretien au sortir de la feinte;<br /> +Et je le priai lors....</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">102</a></span> +<span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p><span class="i8">D'user de son pouvoir?</span><br /> +Ce n'étoit pas par là qu'il me falloit avoir.<br /> +Les mauvais traitements ne font qu'aigrir les âmes.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Confus, désespéré du mépris de mes flammes,<span class="dalign">1570</span><br /> +Sans conseil, sans raison, pareil aux matelots<br /> +Qu'un naufrage abandonne à la merci des flots,<br /> +Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre.<br /> +Ma douleur par mes cris d'abord s'est fait entendre;<br /> +J'ai cru que vous seriez d'un naturel plus doux,<span class="dalign">1575</span><br /> +Pourvu que votre esprit devînt un peu jaloux;<br /> +J'ai fait agir pour moi l'autorité d'un père;<br /> +J'ai fait venir aux mains celui qu'on me préfère;<br /> +Et puisque ces efforts n'ont réussi qu'en vain,<br /> +J'aurai de vous ma grâce, ou la mort de ma main.<span class="dalign">1580</span><br /> +Choisissez, l'une ou l'autre achèvera mes peines<a name="FNanchor_309" id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a>;<br /> +Mon sang brûle déjà de sortir de mes veines:<br /> +Il faut pour l'arrêter me rendre votre amour;<br /> +Je n'ai plus rien sans lui qui me retienne au jour<a name="FNanchor_310" id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Volage, falloit-il, pour un peu de rudesse,<span class="dalign">1585</span><br /> +Vous porter si soudain à changer de maîtresse?<br /> +Que je vous croyois bien d'un jugement plus meur<a name="FNanchor_311" id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>!<br /> +Ne pouviez-vous souffrir de ma mauvaise humeur?<br /> +Ne pouviez-vous juger que c'étoit une feinte<br /> +A dessein d'éprouver quelle étoit votre atteinte?<span class="dalign">1590</span><br /> +Les Dieux m'en soient témoins, et ce nouveau sujet<br /> +Que vos feux inconstants ont choisi pour objet,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">103</a></span> +Si jamais j'eus pour vous de dédain véritable,<br /> +Avant que votre amour parût si peu durable!<br /> +Qu'Hippolyte vous die avec quels sentiments<span class="dalign">1595</span><br /> +Je lui fus raconter vos premiers mouvements,<br /> +Avec quelles douceurs je m'étois préparée<br /> +A redonner la joie à votre âme éplorée!<br /> +Dieux! que je fus surprise, et mes sens éperdus,<br /> +Quand je vis vos devoirs à sa beauté rendus!<span class="dalign">1600</span><br /> +Votre légèreté fut soudain imitée:<br /> +Non pas que Dorimant m'en eût sollicitée;<br /> +Au contraire, il me fuit, et l'ingrat ne veut pas<br /> +Que sa franchise cède au peu que j'ai d'appas;<br /> +Mais, hélas! plus il fuit, plus son portrait s'efface;<span class="dalign">1605</span><br /> +Je vous sens, malgré moi, reprendre votre place;<br /> +L'aveu de votre erreur désarme mon courroux:<br /> +Ne redoutez plus rien, l'amour combat pour vous.<br /> +Si nous avons failli de feindre l'un et l'autre,<br /> +Pardonnez à ma feinte, et j'oublierai la vôtre<a name="FNanchor_312" id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a>.<span class="dalign">1610</span><br /> +Moi-même je l'avoue à ma confusion,<br /> +Mon imprudence a fait notre division.<br /> +Tu ne méritois pas de si rudes alarmes:<br /> +Accepte un repentir accompagné de larmes<a name="FNanchor_313" id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a>;<br /> +Et souffre que le tien nous fasse tour à tour<span class="dalign">1615</span><br /> +Par ce petit divorce augmenter notre amour.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Que vous me surprenez! O ciel! est-il possible<br /> +Que je vous trouve encor à mes desirs sensible?<br /> +Que j'aime ces dédains qui finissent ainsi!</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Et pour l'amour de toi, que je les aime aussi!<span class="dalign">1620</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">104</a></span> +<span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Que ce soit toutefois sans qu'il vous prenne envie<br /> +De les plus essayer au péril de ma vie<a name="FNanchor_314" id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>J'aime trop désormais ton repos et le mien:<br /> +Tous mes soins n'iront plus qu'à notre commun bien.<br /> +Voudrois-je, après ma faute, une plus douce amende<br /> +Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande<a name="FNanchor_315" id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a>?<br /> +Je t'accusois en vain d'une infidélité:<br /> +Il agissoit pour toi de pleine autorité,<br /> +Me traitoit de parjure et de fille rebelle.<br /> +Mais allons lui porter cette heureuse nouvelle;<span class="dalign">1630</span><br /> +Ce que pour mes froideurs il témoigne d'horreur<br /> +Mérite bien qu'en hâte on le tire d'erreur.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte<br /> +N'ait encor de ma bouche un hommage hypocrite?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Non: je fuis Dorimant qu'ensemble j'aperçoi;<span class="dalign">1635</span><br /> +Je ne veux plus le voir, puisque je suis à toi.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, HIPPOLYTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Autant que mon esprit adore vos mérites,<br /> +Autant veux-je de mal à vos longues visites.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">105</a></span> +<span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Que vous ont-elles fait pour vous mettre en courroux?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Elles m'ôtent le bien de vous trouver chez vous.<span class="dalign">1640</span><br /> +J'y fais à tous moments une course inutile;<br /> +J'apprends cent fois le jour que vous êtes en ville.<br /> +En voici presque trois que je n'ai pu vous voir,<br /> +Pour rendre à vos beautés ce que je sais devoir<a name="FNanchor_316" id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a>;<br /> +Et n'étoit qu'aujourd'hui cette heureuse rencontre,<span class="dalign">1645</span><br /> +Sur le point de rentrer, par hasard me les montre,<br /> +Je crois que ce jour même auroit encor passé<a name="FNanchor_317" id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a><br /> +Sans moyen de m'en plaindre aux yeux qui m'ont blessé.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Ma libre et gaie humeur hait le ton de la plainte;<br /> +Je n'en puis écouter qu'avec de la contrainte:<span class="dalign">1650</span><br /> +Si vous prenez plaisir dedans mon entretien,<br /> +Pour le faire durer ne vous plaignez de rien.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Vous me pouvez ôter tout sujet de me plaindre.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Et vous pouvez aussi vous empêcher d'en feindre.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Est-ce en feindre un sujet qu'accuser vos rigueurs?<span class="dalign">1655</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Pour vous en plaindre à faux, vous feignez des langueurs.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Verrois-je sans languir ma flamme qu'on néglige?</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Éteignez cette flamme où rien ne vous oblige.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">106</a></span> +<span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Vos charmes trop puissants me forcent à ces feux.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Oui, mais rien ne vous force à vous approcher d'eux.<span class="dalign">1660</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Ma présence vous fâche et vous est odieuse.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Non, mais tout ce discours là peut rendre ennuyeuse<a name="FNanchor_318" id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[318]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Je vois bien ce que c'est; je lis dans votre cœur:<br /> +Il a reçu les traits d'un plus heureux vainqueur;<br /> +Un autre, regardé d'un œil plus favorable,<span class="dalign">1665</span><br /> +A mes submissions vous fait inexorable:<br /> +C'est pour lui seulement que vous voulez brûler.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Il est vrai: je ne puis vous le dissimuler;<br /> +Il faut que je vous traite avec toute franchise.<br /> +Alors que je vous pris, un autre<a name="FNanchor_319" id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[319]</a> m'avoit prise,<span class="dalign">1670</span><br /> +Un autre captivoit mes inclinations<a name="FNanchor_320" id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[320]</a>.<br /> +Vous devez présumer de vos perfections<br /> +Que si vous attaquiez un cœur qui fût à prendre,<br /> +Il seroit malaisé qu'il s'en pût bien défendre.<br /> +Vous auriez eu le mien, s'il n'eût été donné;<span class="dalign">1675</span><br /> +Mais puisque les destins ainsi l'ont ordonné,<br /> +Tant que ma passion aura quelque espérance,<br /> +N'attendez rien de moi que de l'indifférence.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Vous ne m'apprenez point le nom de cet amant:<br /> +Sans doute que Lysandre est cet objet charmant<span class="dalign">1680</span><br /> +Dont les discours flatteurs vous ont préoccupée.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">107</a></span> +<span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Cela ne se dit point à des hommes d'épée:<br /> +Vous exposer aux coups d'un duel hasardeux,<br /> +Ce seroit le moyen de vous perdre tous deux.<br /> +Je vous veux, si je puis, conserver l'un et l'autre;<span class="dalign">1685</span><br /> +Je chéris sa personne, et hais si peu la vôtre,<br /> +Qu'ayant perdu l'espoir de le voir mon époux,<br /> +Si ma mère y consent, Hippolyte est à vous;<br /> +Mais aussi jusque-là plaignez votre infortune.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Permettez pour ce nom que je vous importune<a name="FNanchor_321" id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[321]</a>;<span class="dalign">1690</span><br /> +Ne me refusez plus de me le déclarer:<br /> +Que je sache en quel temps j'aurai droit d'espérer.<br /> +Un mot me suffira pour me tirer de peine;<br /> +Et lors j'étoufferai si bien toute ma haine,<br /> +Que vous me trouverez vous-même trop remis.<span class="dalign">1695</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">PLEIRANTE, LYSANDRE, CÉLIDÉE, DORIMANT, HIPPOLYTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Souffrez, mon cavalier, que je vous rende amis<a name="FNanchor_322" id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[322]</a>.<br /> +Vous ne lui voulez pas quereller<a name="FNanchor_323" id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[323]</a> Célidée?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>L'affaire à cela près peut être décidée<a name="FNanchor_324" id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[324]</a>.<br /> +Voici le seul objet de nos affections,<br /> +Et l'unique motif de nos dissensions<a name="FNanchor_325" id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[325]</a>.<span class="dalign">1700</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">108</a></span> +<span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Dissipe, cher ami, cette jalouse atteinte:<br /> +C'est l'objet de tes feux, et celui de ma feinte.<br /> +Mon cœur fut toujours ferme, et moi je me dédis<br /> +Des vœux que de ma bouche elle reçut jadis.<br /> +Piqué d'un faux dédain, j'avois pris fantaisie<a name="FNanchor_326" id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[326]</a><span class="dalign">1705</span><br /> +De mettre Célidée en quelque jalousie;<br /> +Mais au lieu d'un esprit, j'en ai fait deux jaloux.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Vous pouvez désormais achever entre vous:<br /> +Je vais dans ce logis dire un mot à Madame.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Ainsi, loin de m'aider, tu traversois ma flamme!<span class="dalign">1710</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Les efforts que Pleirante à ma prière a faits<br /> +T'auroient acquis déjà le but de tes souhaits;<br /> +Mais tu dois accuser les glaces d'Hippolyte,<br /> +Si ton bonheur n'est pas égal à ton mérite.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Qu'aurai-je cependant pour satisfaction<span class="dalign">1715</span><br /> +D'avoir servi d'objet à votre fiction?<br /> +Dans votre différend je suis la plus blessée,<br /> +Et me trouve, à l'accord, entièrement laissée.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">109</a></span> +<span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>N'y songe plus, de grâce, et pour l'amour de moi<a name="FNanchor_327" id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[327]</a>,<br /> +Trouve bon qu'il ait feint de vivre sous ta loi.<span class="dalign">1720</span><br /> +Veux-tu le quereller lorsque je lui pardonne?<br /> +Le droit de l'amitié tout autrement ordonne.<br /> +Tous prêts d'être assemblés d'un lien conjugal,<br /> +Tu ne peux le haïr sans me vouloir du mal<a name="FNanchor_328" id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[328]</a>.<br /> +J'ai feint par ton conseil; lui, par celui d'un autre;<span class="dalign">1725</span><br /> +Et bien qu'amour jamais ne fut égal au nôtre,<br /> +Je m'étonne comment cette confusion.<br /> +Laisse finir sitôt notre division.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>De sorte qu'à présent le ciel y remédie?</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Tu vois; mais après tout, s'il faut que je le die<a name="FNanchor_329" id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[329]</a>,<span class="dalign">1730</span><br /> +Ton conseil est fort bon, mais un peu dangereux.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Excuse, chère amie, un esprit amoureux<a name="FNanchor_330" id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[330]</a>:<br /> +Lysandre me plaisoit, et tout mon artifice<br /> +N'alloit qu'à détourner son cœur de ton service.<br /> +J'ai fait ce que j'ai pu pour brouiller vos esprits;<span class="dalign">1735</span><br /> +J'ai, pour me l'attirer, pratiqué tes mépris;<br /> +Mais puisqu'ainsi le ciel rejoint votre hyménée....</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Votre rigueur vers moi doit être terminée.<br /> +Sans chercher de raisons pour vous persuader<a name="FNanchor_331" id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[331]</a>,<br /> +Votre amour hors d'espoir fait qu'il me faut céder;<span class="dalign">1740</span><br /> +Vous savez trop à quoi la parole vous lie.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>A vous dire le vrai, j'ai fait une folie:<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">110</a></span> +Je les croyois encor loin de se réunir,<br /> +Et moi, par conséquent, loin de vous la tenir<a name="FNanchor_332" id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[332]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Auriez-vous pour la rompre une âme assez légère?<span class="dalign">1745</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Puisque je l'ai promis, vous pouvez voir ma mère.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Si tu juges Pleirante à cela suffisant,<br /> +Je crois qu'eux deux ensemble en parlent à présent.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Après cette faveur qu'on me vient de promettre,<br /> +Je crois que mes devoirs ne se peuvent remettre:<span class="dalign">1750</span><br /> +J'espère tout de lui; mais pour un bien si doux<br /> +Je ne saurois....</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p><span class="i7">Arrête: ils s'avancent vers nous.</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">PLEIRANTE, CHRYSANTE, LYSANDRE, DORIMANT, +CÉLIDÉE, HIPPOLYTE<a name="FNanchor_333" id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[333]</a>, FLORICE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span>, <span class="font90">à Chrysante.</span></p> + +<p>Madame, un pauvre amant, captif de cette belle,<br /> +Implore le pouvoir que vous avez sur elle:<br /> +Tenant ses volontés, vous gouvernez mon sort;<span class="dalign">1755</span><br /> +J'attends de votre bouche ou la vie ou la mort.</p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE</span>, <span class="font90">à Dorimant.</span></p> + +<p>Un homme tel que vous, et de votre naissance,<br /> +Ne peut avoir besoin d'implorer ma puissance<a name="FNanchor_334" id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[334]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">111</a></span><br /> +Si vous avez gagné ses inclinations,<br /> +Soyez sûr du succès de vos affections;<span class="dalign">1760</span><br /> +Mais je ne suis pas femme à forcer son courage;<br /> +Je sais ce que la force est en un mariage.<br /> +Il me souvient encor de tous mes déplaisirs<br /> +Lorsqu'un premier hymen contraignit mes desirs;<br /> +Et sage à mes dépens, je veux bien qu'Hippolyte<span class="dalign">1765</span><br /> +Prenne ou laisse, à son choix, un homme de mérite.<br /> +Ainsi présumez tout de mon consentement,<br /> +Mais ne prétendez rien de mon commandement.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span>, <span class="font90">à Hippolyte.</span></p> + +<p>Après un tel aveu serez-vous inhumaine<a name="FNanchor_335" id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[335]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span>, <span class="font90">à Chrysante.</span></p> + +<p>Madame, un mot de vous me mettroit hors de peine.<br /> +Ce que vous remettez à mon choix d'accorder,<br /> +Vous feriez beaucoup mieux de me le commander.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE</span>, <span class="font90">à Chrysante.</span></p> + +<p>Elle vous montre assez où son desir se porte.</p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Puisqu'elle s'y résout, le reste ne m'importe<a name="FNanchor_336" id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[336]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p> + +<p>Ce favorable mot me rend le plus heureux<span class="dalign">1775</span><br /> +De tout ce que jamais on a vu d'amoureux.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>J'en sens croître la joie au milieu de mon âme<a name="FNanchor_337" id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[337]</a>,<br /> +Comme si de nouveau l'on acceptoit ma flamme<a name="FNanchor_338" id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[338]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span>, <span class="font90">à Lysandre.</span></p> + +<p>Ferez-vous donc enfin quelque chose pour moi<a name="FNanchor_339" id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[339]</a>?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">112</a></span> +<span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Tout, hormis ce seul point, de lui manquer de foi.<span class="dalign">1780</span></p> + +<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p> + +<p>Pardonnez donc à ceux qui, gagnés par Florice,<br /> +Lorsque je vous aimois, m'ont fait quelque service<a name="FNanchor_340" id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[340]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p> + +<p>Je vous entends assez: soit, Aronte impuni<br /> +Pour ses mauvais conseils ne sera point banni;<br /> +Tu le souffriras bien, puisqu'elle m'en supplie<a name="FNanchor_341" id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[341]</a>.<span class="dalign">1785</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p> + +<p>Il n'est rien que pour elle et pour toi je n'oublie.</p> + +<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p> + +<p>Attendant que demain ces deux couples d'amants<br /> +Soient mis au plus haut point de leurs contentements,<br /> +Allons chez moi, Madame, achever la journée.</p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Mon cœur est tout ravi de ce double hyménée.<span class="dalign">1790</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p> + +<p>Mais afin que la joie en soit égale à tous,<br /> +Faites encor celui de Monsieur et de vous.</p> + +<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p> + +<p>Outre l'âge en tous deux un peu trop refroidie,<br /> +Cela sentiroit trop sa fin de comédie.</p> + +<p class="p2 i3"><small><b>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</b></small></p> +<hr class="c30" /> +</div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">113</a></span></p> + +<h2 class="p4">LA SUIVANTE</h2> + +<p class="center"><b>COMÉDIE</b></p> + +<p class="center"><b>1634</b></p> +<a name="Page_114" id="Page_114"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">115</a></span></p> + +<h3>NOTICE.</h3> + +<p class="p2">Cette comédie, représentée suivant toute apparence en 1634, +ne fut publiée qu'en vertu du privilége commun <i>à la Galerie +du Palais, à la Place Royale</i> et au <i>Cid</i>, dont nous avons rappelé +les termes dans notre notice sur le premier de ces ouvrages. +L'achevé d'imprimer est du 9 septembre 1637. L'édition originale +in-4<sup>o</sup>, qui se compose de 1 feuillet blanc, de 5 feuillets +liminaires et de 128 pages, a pour titre:</p> + +<p><span class="smcap">La Svivante, Comedie.</span> <i>A Paris, chez Augustin Courbé....</i> +M.DC.XXXVII. <i>Auec priuilege du Roy.</i></p> + +<p>L'<i>Épître</i> n'est adressée à personne en particulier, et semble +une forme choisie par l'auteur pour présenter au public +quelques réflexions hardies sur la nécessité d'interpréter les +règles de la poétique dans leur sens le plus large.</p> + +<p>Les éditeurs et les critiques, dont elle ne pouvait manquer +d'attirer l'attention, se sont étonnés de la trouver en tête d'une +pièce aussi peu importante que <i>la Suivante</i>: ils auraient dû +remarquer que cette épître, écrite seulement au moment de +l'impression, c'est-à-dire vers le mois d'août 1637, lorsque +<i>le Cid</i> était soumis à l'examen de l'Académie, fournissait à +Corneille une précieuse occasion de manifester ses sentiments +avec autant de modération que de fermeté.</p> + +<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">116</a></span> +<big>A MONSIEUR ***</big><a name="FNanchor_342" id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[342]</a>.</p> + +<p class="left5"><span class="smcap">Monsieur</span>,</p> + +<p>Je vous présente une comédie qui n'a pas été également +aimée de toutes sortes d'esprits: beaucoup, et de +fort bons, n'en ont pas fait grand état, et beaucoup +d'autres l'ont mise au-dessus du reste des miennes. Pour +moi, je laisse dire tout le monde, et fais mon profit des +bons avis, de quelque part que je les reçoive. Je traite +toujours mon sujet le moins mal qu'il m'est possible, et +après y avoir corrigé ce qu'on m'y fait connoître d'inexcusable, +je l'abandonne au public. Si je ne fais bien, +qu'un autre fasse mieux; je ferai des vers à sa louange, +au lieu de le censurer. Chacun a sa méthode; je ne +blâme point celle des autres, et me tiens à la mienne: +jusques à présent je m'en suis trouvé fort bien; j'en +chercherai une meilleure quand je commencerai à m'en +trouver mal. Ceux qui se font presser à la représentation +de mes ouvrages m'obligent infiniment; ceux qui ne les +approuvent pas peuvent se dispenser d'y venir gagner la +migraine; ils épargneront de l'argent, et me feront plaisir. +Les jugements sont libres en ces matières, et les +goûts divers. J'ai vu des personnes de fort bon sens admirer +des endroits sur qui j'aurois passé l'éponge, et +j'en connois dont les poëmes réussissent au théâtre avec +éclat, et qui pour principaux ornements y emploient +des choses que j'évite dans les miens. Ils pensent avoir +raison, et moi aussi: qui d'eux ou de moi se trompe, +<span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">117</a></span> +c'est ce qui n'est pas aisé à juger. Chez les philosophes, +tout ce qui n'est point de la foi ni des principes est disputable; +et souvent ils soutiendront, à votre choix, le +pour et le contre d'une même proposition: marques certaines +de l'excellence de l'esprit humain, qui trouve des +raisons à défendre tout; ou plutôt de sa foiblesse, qui +n'en peut trouver de convaincantes, ni qui ne puissent +être combattues et détruites par de contraires. Ainsi ce +n'est pas merveille si les critiques donnent de mauvaises +interprétations à nos vers, et de mauvaises faces à +nos personnages. «Qu'on me donne (dit M. de Montagne<a name="FNanchor_343" id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[343]</a>, +au chapitre 36 du premier livre) l'action la +plus excellente et pure, ie m'en vois y fournir vray-semblablement +cinquante vicieuses intentions.» C'est au +lecteur désintéressé à prendre la médaille par le beau +revers. Comme il nous a quelque obligation d'avoir travaillé +à le divertir, j'ose dire que pour reconnoissance +il nous doit un peu de faveur, et qu'il commet une espèce +d'ingratitude, s'il ne se montre plus ingénieux à nous +défendre qu'à nous condamner, et s'il n'applique la subtilité +de son esprit plutôt à colorer et justifier en quelque +sorte nos véritables défauts, qu'à en trouver où il n'y en +a point. Nous pardonnons beaucoup de choses aux anciens; +nous admirons quelquefois dans leurs écrits ce +que nous ne souffririons pas dans les nôtres; nous faisons +des mystères de leurs imperfections, et couvrons +leurs fautes du nom de licences poétiques. Le docte Scaliger<a name="FNanchor_344" id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[344]</a> +a remarqué des taches dans tous les Latins, et de +<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">118</a></span> +moins savants que lui en remarqueroient bien dans les +Grecs, et dans son Virgile même, à qui il dresse des autels +sur le mépris des autres. Je vous laisse donc à penser +si notre présomption ne seroit pas ridicule, de prétendre +qu'une exacte censure ne pût mordre sur nos +ouvrages, puisque ceux de ces grands génies de l'antiquité +ne se peuvent pas soutenir contre un rigoureux +examen. Je ne me suis jamais imaginé avoir mis rien au +jour de parfait, je n'espère pas même y pouvoir jamais +arriver; je fais néanmoins mon possible pour en approcher, +et les plus beaux succès des autres ne produisent +en moi qu'une vertueuse émulation, qui me fait redoubler +mes efforts afin d'en avoir de pareils:</p> + +<p class="left30 font90"> +Je vois d'un œil égal croître le nom d'autrui,<br /> +Et tâche à m'élever aussi haut comme lui,<br /> +Sans hasarder ma peine à le faire descendre.<br /> +La gloire a des trésors qu'on ne peut épuiser,<br /> +Et plus elle en prodigue à nous favoriser,<br /> +Plus elle en garde encore où chacun peut prétendre.</p> + +<p>Pour venir à cette <i>Suivante</i> que je vous dédie, elle est +d'un genre qui demande plutôt un style naïf que pompeux. +Les fourbes et les intrigues sont principalement du +jeu de la comédie; les passions n'y entrent que par accident. +Les règles des anciens sont assez religieusement +observées en celle-ci. Il n'y a qu'une action principale à +qui toutes les autres aboutissent; son lieu n'a point plus +d'étendue que celle du théâtre, et le temps n'en est point +plus long que celui de la représentation, si vous en exceptez +l'heure du dîner, qui se passe entre le premier et +le second acte. La liaison même des scènes, qui n'est +qu'un embellissement, et non pas un précepte<a name="FNanchor_345" id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[345]</a>, y est +gardée; et si vous prenez la peine de compter les vers, +<span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">119</a></span> +vous n'en trouverez en pas un acte plus qu'en l'autre<a name="FNanchor_346" id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[346]</a>. +Ce n'est pas que je me sois assujetti depuis aux mêmes +rigueurs. J'aime à suivre les règles; mais loin de me +rendre esclave, je les élargis et resserre selon le besoin +qu'en a mon sujet, et je romps même sans scrupule +celle qui regarde la durée de l'action, quand sa sévérité +me semble absolument incompatible avec les beautés +des événements que je décris. Savoir les règles, et entendre +le secret de les apprivoiser adroitement avec notre +théâtre, ce sont deux sciences bien différentes; et peut-être +que pour faire maintenant réussir une pièce, ce +n'est pas assez d'avoir étudié dans les livres d'Aristote et +d'Horace. J'espère un jour traiter ces matières plus à +fond, et montrer<a name="FNanchor_347" id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[347]</a> de quelle espèce est la vraisemblance +qu'ont suivie ces grands maîtres des autres siècles, en +faisant parler des bêtes et des choses qui n'ont point de +corps. Cependant mon avis est celui de Térence: puisque +nous faisons des poëmes pour être représentés, notre +premier but doit être de plaire à la cour et au peuple, et +d'attirer un grand monde à leurs représentations<a name="FNanchor_348" id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[348]</a>. Il +faut, s'il se peut, y ajouter les règles, afin de ne déplaire +pas aux savants, et recevoir un applaudissement universel; +mais surtout gagnons la voix publique; autrement, +<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">120</a></span> +notre pièce aura beau être régulière, si elle est sifflée +au théâtre, les savants n'oseront se déclarer en notre +faveur, et aimeront mieux dire que nous aurons mal +entendu les règles, que de nous donner des louanges +quand nous serons décriés par le consentement général +de ceux qui ne voient la comédie que pour se divertir.</p> + +<p class="left5">Je suis,<br /> +<span class="i2">MONSIEUR,</span><br /> +<span class="i4">Votre très-humble serviteur,</span><br /> +<span class="smcap i14">Corneille</span>.</p> + +<h3 class="p2">EXAMEN.</h3> + +<p>Je ne dirai pas grand mal de celle-ci<a name="FNanchor_349" id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[349]</a>, que je tiens assez +régulière, bien qu'elle ne soit pas sans taches. Le style +en est plus foible que celui des autres. L'amour de Géraste +pour Florise n'est point marqué dans le premier +acte, et ainsi la protase comprend la première scène du +second, où il se présente avec sa confidente Célie, sans +qu'on les connoisse ni l'un ni l'autre. Cela ne seroit pas +vicieux s'il ne s'y présentoit que comme père de Daphnis, +et qu'il ne s'expliquât que sur les intérêts de sa fille; +mais il en a de si notables pour lui, qu'ils font le nœud +et le dénouement. Ainsi c'est un défaut, selon moi, +qu'on ne le connoisse pas dès ce premier acte. Il pourroit +être encore souffert, comme Célidan dans <i>la Veuve</i>, +si Florame l'alloit voir pour le faire consentir à son +mariage avec sa fille, et que par occasion il lui proposât +celui de sa sœur pour lui-même; car alors ce +<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">121</a></span> +seroit Florame qui l'introduiroit dans la pièce, et il y +seroit appelé par un acteur agissant dès le commencement. +Clarimond, qui ne paroît qu'au troisième, est +insinué dès le premier, où Daphnis parle de l'amour +qu'il a pour elle, et avoue qu'elle ne le dédaigneroit pas +s'il ressembloit à Florame. Ce même Clarimond fait +venir son oncle Polémon au cinquième; et ces deux acteurs +ainsi sont exempts du défaut que je remarque en +Géraste. L'entretien de Daphnis, au troisième, avec cet +amant dédaigné, a une affectation assez dangereuse, de +ne dire que chacun un vers à la fois: cela sort tout à +fait du vraisemblable, puisque naturellement on ne peut +être si mesuré en ce qu'on s'entre-dit. Les exemples +d'Euripide et de Sénèque pourroient autoriser cette affectation, +qu'ils pratiquent si souvent, et même par +discours généraux, qu'il semble que leurs acteurs ne +viennent quelquefois sur la scène que pour s'y battre à +coups de sentences; mais c'est une beauté qu'il ne leur +faut pas envier. Elle est trop fardée pour donner un +amour raisonnable à ceux qui ont de bons yeux, et ne +prend pas assez de soin de cacher l'artifice de ses parures, +comme l'ordonne Aristote<a name="FNanchor_350" id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[350]</a>.</p> + +<p>Géraste n'agit pas mal en vieillard amoureux, puisqu'il +ne traite l'amour que par tierce personne, qu'il ne +prétend être considérable que par son bien, et qu'il ne +se produit point aux yeux de sa maîtresse, de peur de +lui donner du dégoût par sa présence. On peut douter +s'il ne sort point du caractère des vieillards, en ce +qu'étant naturellement avares, ils considèrent le bien +plus que toute autre chose dans les mariages de leurs +enfants, et que celui-ci donne assez libéralement sa fille +<span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">122</a></span> +à Florame, malgré son peu de fortune, pourvu qu'il en +obtienne sa sœur. En cela, j'ai suivi la peinture que fait +Quintilian d'un vieux mari qui a épousé une jeune femme, +et n'ai point fait de scrupule de l'appliquer à un vieillard +qui se veut marier. Les termes en sont si beaux, que je +n'ose les gâter par ma traduction: <i>Genus infirmissimæ +servitutis est senex maritus, et flagrantius uxoriæ charitatis +ardorem frigidis concipimus affectibus</i><a name="FNanchor_351" id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[351]</a>. C'est +sur ces deux lignes que je me suis cru bien fondé à faire +dire de ce bonhomme:</p> + +<p class="left30 font90">Que s'il pouvoit donner trois Daphnis pour Florise,<br /> +Il la tiendroit encore heureusement acquise<a name="FNanchor_352" id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[352]</a>.</p> + +<p>Il peut naître encore une autre difficulté sur ce que +Théante et Amarante forment chacun un dessein pour +traverser les amours de Florame et Daphnis, et qu'ainsi +ce sont deux intriques qui rompent l'unité d'action. +A quoi je réponds, premièrement, que ces deux desseins +formés en même temps, et continués tous deux +jusqu'au bout, font une concurrence qui n'empêche +pas cette unité: ce qui ne seroit pas si, après celui +de Théante avorté, Amarante en formoit un nouveau +de sa part; en second lieu, que ces deux desseins ont +une espèce d'unité entre eux, en ce que tous deux sont +fondés sur l'amour que Clarimond a pour Daphnis, qui +<span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">123</a></span> +sert de prétexte à l'un et à l'autre; et enfin, que de ces +deux desseins il n'y en a qu'un qui fasse effet, l'autre +se détruisant de soi-même, et qu'ainsi la fourbe d'Amarante +est le seul véritable nœud de cette comédie, où le +dessein de Théante ne sert qu'à un agréable épisode de +deux honnêtes gens qui jouent tour à tour un poltron et +le tournent en ridicule.</p> + +<p>Il y avoit ici un aussi beau jeu pour les <i>a parte</i> qu'en +<i>la Veuve</i>; mais j'y en fais voir la même aversion, avec +cet avantage, qu'une seule scène qui ouvre le théâtre +donne ici l'intelligence du sens caché de ce que disent +mes acteurs, et qu'en l'autre j'en emploie quatre ou cinq +pour l'éclaircir.</p> + +<p>L'unité de lieu est assez exactement gardée en cette +comédie, avec ce passe-droit toutefois dont j'ai déjà +parlé<a name="FNanchor_353" id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[353]</a>, que tout ce que dit Daphnis à sa porte ou en la +rue seroit mieux dit dans sa chambre, où les scènes qui +se font sans elle et sans Amarante ne peuvent se placer. +C'est ce qui m'oblige à la faire sortir au dehors, afin +qu'il y puisse avoir et unité de lieu entière, et liaison de +scène perpétuelle dans la pièce; ce qui ne pourroit être, +si elle parloit dans sa chambre, et les autres dans la rue.</p> + +<p>J'ai déjà dit que je tiens impossible de choisir une +place publique pour le lieu de la scène que cet inconvénient +n'arrive; j'en parlerai encore plus au long, quand +je m'expliquerai sur l'unité de lieu<a name="FNanchor_354" id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[354]</a>. J'ai dit que la liaison +de scènes est ici perpétuelle, et j'y en ai mis de deux +sortes, de présence et de vue. Quelques-uns ne veulent +pas que quand un acteur sort du théâtre pour n'être +point vu de celui qui y vient, cela fasse une liaison: mais +je ne puis être de leur avis sur ce point, et tiens que c'en +<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">124</a></span> +est une suffisante quand l'acteur qui entre sur le théâtre +voit celui qui en sort, ou que celui qui sort<a name="FNanchor_355" id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[355]</a> voit celui qui +entre; soit qu'il le cherche, soit qu'il le fuie, soit qu'il le +voie simplement sans avoir intérêt à le chercher ni à le +fuir. Aussi j'appelle en général une liaison de vue ce +qu'ils nomment une liaison de recherche. J'avoue que +cette liaison est beaucoup plus imparfaite que celle de +présence et de discours, qui se fait lorsqu'un acteur ne +sort point du théâtre sans y laisser un autre à qui il aye +parlé; et dans mes derniers ouvrages je me suis arrêté +à celle-ci sans me servir de l'autre; mais enfin je crois +qu'on s'en peut contenter, et je la préférerois de beaucoup +à celle qu'on appelle liaison de bruit, qui ne me +semble pas supportable, s'il n'y a de très-justes et de +très-importantes occasions qui obligent un acteur à sortir +du théâtre quand il en entend; car d'y venir simplement +par curiosité, pour savoir ce que veut dire ce bruit, c'est +une si foible liaison, que je ne conseillerois jamais personne +de s'en servir<a name="FNanchor_356" id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[356]</a>.</p> + +<p>La durée de l'action ne passeroit point en cette comédie +celle de la représentation, si l'heure du dîner n'y +séparoit point les deux premiers actes. Le reste n'emporte +que ce temps-là; et je n'aurois pu lui en donner +davantage, que mes acteurs n'eussent le<a name="FNanchor_357" id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[357]</a> loisir de +s'éclaircir; ce qui les brouille n'étant qu'un malentendu +qui ne peut subsister qu'autant que Géraste, Florame et +Daphnis ne se trouvent point tous trois ensemble. Je n'ose +dire que je m'y suis asservi à faire les actes si égaux, +<span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">125</a></span> +qu'aucun n'a pas un vers plus que l'autre<a name="FNanchor_358" id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[358]</a>: c'est une +affectation qui ne fait aucune beauté. Il faut à la vérité +les rendre les plus égaux qu'il se peut; mais il n'est pas +besoin de cette exactitude: il suffit qu'il n'y aye point +d'inégalité notable qui fatigue l'attention de l'auditeur en +quelques-uns, et ne la remplisse pas dans les autres.</p> + +<hr class="h30" /> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">126</a></span></p> + +<h4>ACTEURS.</h4> + +<p class="left30 p2"> +GÉRASTE, père de Daphnis.<br /> +POLÉMON, oncle de Clarimond.<br /> +CLARIMOND, amoureux de Daphnis.<br /> +FLORAME, amant de Daphnis.<br /> +THÉANTE, aussi amoureux de Daphnis.<br /> +DAMON, ami de Florame et de Théante.<br /> +DAPHNIS, maîtresse de Florame, aimée<a name="FNanchor_359" id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[359]</a> de Clarimond et de Théante.<br /> +AMARANTE, suivante de Daphnis.<br /> +CÉLIE, voisine de Géraste et sa confidente.<br /> +CLÉON, domestique de Damon<a name="FNanchor_360" id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[360]</a>.</p> + +<div class="verse"> +<p class="font90 center p4">La scène est à Paris<a name="FNanchor_361" id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[361]</a></p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">127</a></span></p> + +<h3>LA SUIVANTE.</h3> + +<p class="center"><small><b>COMÉDIE.</b></small></p> +<hr class="c5" /> +<h2 class="p4">ACTE I.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">DAMON, THÉANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Ami, j'ai beau rêver, toute ma rêverie<br /> +Ne me fait rien comprendre en ta galanterie.<br /> +Auprès de ta maîtresse engager un ami,<br /> +C'est, à mon jugement, ne l'aimer qu'à demi.<br /> +Ton humeur qui s'en lasse au changement l'invite;<span class="dalign">5</span><br /> +Et n'osant la quitter, tu veux qu'elle te quitte.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Ami, n'y rêve plus; c'est en juger trop bien<br /> +Pour t'oser plaindre encor de n'y comprendre rien.<br /> +Quelques puissants appas que possède Amarante,<br /> +Je trouve qu'après tout ce n'est qu'une suivante<a name="FNanchor_362" id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[362]</a>;<span class="dalign">10</span><br /> +Et je ne puis songer à sa condition<br /> +Que mon amour ne cède à mon ambition.<br /> +Ainsi, malgré l'ardeur qui pour elle me presse,<br /> +A la fin j'ai levé les yeux sur sa maîtresse<a name="FNanchor_363" id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[363]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">128</a></span><br /> +Où mon dessein, plus haut et plus laborieux,<span class="dalign">15</span><br /> +Se promet des succès beaucoup plus glorieux.<br /> +Mais lors, soit qu'Amarante eût pour moi quelque flamme,<br /> +Soit qu'elle pénétrât jusqu'au fond de mon âme,<br /> +Et que malicieuse elle prît du plaisir<br /> +A rompre les effets de mon nouveau desir,<span class="dalign">20</span><br /> +Elle savoit toujours m'arrêter auprès d'elle<br /> +A tenir des propos d'une suite éternelle.<br /> +L'ardeur qui me brûloit de parler à Daphnis<br /> +Me fournissoit en vain des détours infinis;<br /> +Elle usoit de ses droits, et toute impérieuse,<span class="dalign">25</span><br /> +D'une voix demi-gaie et demi-sérieuse:<br /> +«Quand j'ai des serviteurs, c'est pour m'entretenir,<br /> +Disoit-elle; autrement, je les sais bien punir;<br /> +Leurs devoirs près de moi n'ont rien qui les excuse.»</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Maintenant je devine à peu près une ruse<a name="FNanchor_364" id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[364]</a><span class="dalign">30</span><br /> +Que tout autre en ta place à peine entreprendroit.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Écoute, et tu verras si je suis maladroit.<br /> +Tu sais comme Florame à tous les beaux visages<br /> +Fait par civilité toujours de feints hommages,<br /> +Et sans avoir d'amour offrant partout des vœux,<span class="dalign">35</span><br /> +Traite de peu d'esprit les véritables feux<a name="FNanchor_365" id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[365]</a>.<br /> +Un jour qu'il se vantoit de cette humeur étrange,<br /> +A qui chaque objet plaît, et que pas un ne range,<br /> +Et reprochoit à tous que leur peu de beauté<br /> +Lui laissoit si longtemps garder sa liberté:<span class="dalign">40</span><br /> +«Florame, dis-je alors, ton âme indifférente<br /> +Ne tiendroit que fort peu contre mon Amarante.»<br /> +«Théante, me dit-il, il faudroit l'éprouver;<br /> +Mais l'éprouvant peut-être on te feroit rêver:<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">129</a></span><br /> +Mon feu, qui ne seroit que pure courtoisie<a name="FNanchor_366" id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[366]</a>,<span class="dalign">45</span><br /> +La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.»<br /> +Je réplique, il repart, et nous tombons d'accord<br /> +Qu'au hasard du succès il y feroit effort.<br /> +Ainsi je l'introduis; et par ce tour d'adresse,<br /> +Qui me fait pour un temps lui céder ma maîtresse,<span class="dalign">50</span><br /> +Engageant Amarante et Florame au discours,<br /> +J'entretiens à loisir mes nouvelles amours.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Fut-elle sur ce point ou fâcheuse ou facile<a name="FNanchor_367" id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[367]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Plus que je n'espérois je l'y trouvai docile<a name="FNanchor_368" id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[368]</a>.<br /> +Soit que je lui donnasse une fort douce loi,<span class="dalign">55</span><br /> +Et qu'il fût à ses yeux plus aimable que moi;<br /> +Soit qu'elle fît dessein sur ce fameux rebelle<a name="FNanchor_369" id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[369]</a><br /> +Qu'une simple gageure attachoit auprès d'elle<a name="FNanchor_370" id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[370]</a>,<br /> +Elle perdit pour moi son importunité,<br /> +Et n'en demanda plus tant d'assiduité<a name="FNanchor_371" id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[371]</a>.<span class="dalign">60</span><br /> +La douceur d'être seule à gouverner Florame<a name="FNanchor_372" id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[372]</a><br /> +Ne souffrit plus chez elle aucun soin de ma flamme,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">130</a></span> +Et ce qu'elle goûtoit avec lui de plaisirs<br /> +Lui fit abandonner mon âme à mes desirs.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>On t'abuse, Théante; il faut que je te die<span class="dalign">65</span><br /> +Que Florame est atteint de même maladie,<br /> +Qu'il roule en son esprit mêmes desseins que toi<a name="FNanchor_373" id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[373]</a>,<br /> +Et que c'est à Daphnis qu'il veut donner sa foi.<br /> +A servir Amarante il met beaucoup d'étude;<br /> +Mais ce n'est qu'un prétexte à faire une habitude:<span class="dalign">70</span><br /> +Il accoutume ainsi ta Daphnis à le voir,<br /> +Et ménage un accès qu'il ne pouvoit avoir.<br /> +Sa richesse l'attire, et sa beauté le blesse;<br /> +Elle le passe en biens, il l'égale en noblesse,<br /> +Et cherche ambitieux, par sa possession,<span class="dalign">75</span><br /> +A relever l'éclat de son extraction.<br /> +Il a peu de fortune, et beaucoup de courage;<br /> +Et hors cette espérance, il hait le mariage.<br /> +C'est ce que l'autre jour en secret il m'apprit;<br /> +Tu peux, sur cet avis, lire dans son esprit.<span class="dalign">80</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Parmi ses hauts projets il manque de prudence<a name="FNanchor_374" id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[374]</a>,<br /> +Puisqu'il traite avec toi de telle confidence.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Crois qu'il m'éprouvera fidèle au dernier point,<br /> +Lorsque ton intérêt ne s'y mêlera point.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Je dois l'attendre ici. Quitte-moi, je te prie,<span class="dalign">85</span><br /> +De peur qu'il n'ait soupçon de ta supercherie<a name="FNanchor_375" id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[375]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Adieu. Je suis à toi. +<span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">131</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">THÉANTE.</h4> + +<p><span class="i8">Par quel malheur fatal,</span><br /> +Ai-je donné moi-même entrée à mon rival?<br /> +De quelque trait rusé que mon esprit se vante,<br /> +Je me trompe moi-même en trompant Amarante,<span class="dalign">90</span><br /> +Et choisis un ami qui ne veut que m'ôter<br /> +Ce que par lui je tâche à me faciliter.<br /> +Qu'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire<a name="FNanchor_376" id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[376]</a>?<br /> +Je sais trop comme il faut l'empêcher d'en rien dire<a name="FNanchor_377" id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[377]</a>.<br /> +Amarante l'arrête, et j'arrête Daphnis:<span class="dalign">95</span><br /> +Ainsi tous entretiens d'entre eux deux sont bannis;<br /> +Et tant d'heur se rencontre en ma sage conduite,<br /> +Qu'au langage des yeux son amour est réduite.<br /> +Mais n'est-ce pas assez pour se communiquer?<br /> +Que faut-il aux amants de plus pour s'expliquer?<span class="dalign">100</span><br /> +Même ceux de Daphnis à tous coups lui répondent:<br /> +L'un dans l'autre à tous coups leurs regards se confondent,<br /> +Et d'un commun aveu ces muets truchements<br /> +Ne se disent que trop leurs amoureux tourments.<br /> +<span class="i1">Quelles vaines frayeurs troublent ma fantaisie!</span><span class="dalign">105</span><br /> +Que l'amour aisément penche à la jalousie!<br /> +Qu'on croit tôt ce qu'on craint en ces perplexités<br /> +Où les moindres soupçons passent pour vérités!<br /> +Daphnis est toute aimable; et si Florame l'aime<a name="FNanchor_378" id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[378]</a>,<br /> +Dois-je m'imaginer qu'il soit aimé de même<a name="FNanchor_379" id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[379]</a>?<span class="dalign">110</span><span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">132</a></span><br /> +Florame avec raison adore tant d'appas,<br /> +Et Daphnis sans raison s'abaisseroit trop bas.<br /> +Ce feu, si juste en l'un, en l'autre inexcusable,<br /> +Rendroit l'un glorieux, et l'autre méprisable.<br /> +<span class="i1">Simple! l'amour peut-il écouter la raison?</span><span class="dalign">115</span><br /> +Et même ces raisons sont-elles de saison?<br /> +Si Daphnis doit rougir en brûlant pour Florame,<br /> +Qui l'en affranchiroit en secondant ma flamme?<br /> +Étant tous deux égaux, il faut bien que nos feux<br /> +Lui fassent même honte, ou même honneur tous deux<a name="FNanchor_380" id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[380]</a>:<br /> +Ou tous deux nous formons un dessein téméraire,<br /> +Ou nous avons tous deux même droit de lui plaire.<br /> +Si l'espoir m'est permis, il y peut aspirer;<br /> +Et s'il prétend trop haut, je dois désespérer.<br /> +Mais le voici venir.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">THÉANTE, FLORAME.</h4> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i8">Tu me fais bien attendre.</span><span class="dalign">125</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Encore est-ce à regret qu'ici je viens me rendre<a name="FNanchor_381" id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[381]</a>,<br /> +Et comme un criminel qu'on traîne à sa prison.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Tu ne fais qu'en raillant cette comparaison.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +Elle n'est que trop vraie. + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Et ton indifférence?</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">133</a></span> +<span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>La conserver encor! le moyen? l'apparence?<span class="dalign">130</span><br /> +Je m'étois plu toujours d'aimer en mille lieux:<br /> +Voyant une beauté, mon cœur suivoit mes yeux;<br /> +Mais de quelques attraits que le ciel l'eût pourvue,<br /> +J'en perdois la mémoire aussitôt que la vue;<br /> +Et bien que mes discours lui donnassent ma foi,<span class="dalign">135</span><br /> +De retour au logis, je me trouvois à moi<a name="FNanchor_382" id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[382]</a>.<br /> +Cette façon d'aimer me sembloit fort commode,<br /> +Et maintenant encor je vivrois à ma mode;<br /> +Mais l'objet d'Amarante est trop embarrassant:<br /> +Ce n'est point un visage à ne voir qu'en passant;<span class="dalign">140</span><br /> +Un je ne sais quel charme auprès d'elle m'attache;<br /> +Je ne la puis quitter que le jour ne se cache;<br /> +Même alors, malgré moi, son image me suit<a name="FNanchor_383" id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[383]</a>,<br /> +Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit.<br /> +Le sommeil n'oseroit me peindre une autre idée;<span class="dalign">145</span><br /> +J'en ai l'esprit rempli, j'en ai l'âme obsédée.<br /> +Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher,<br /> +Ou songe que mon cœur n'est pas fait d'un rocher;<br /> +Tant de charmes enfin me rendroient infidèle<a name="FNanchor_384" id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[384]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Deviens-le si tu veux, je suis assuré d'elle;<span class="dalign">150</span><br /> +Et quand il te faudra tout de bon l'adorer,<br /> +Je prendrai du plaisir à te voir soupirer,<br /> +Tandis que pour tout fruit tu porteras la peine<a name="FNanchor_385" id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[385]</a><br /> +D'avoir tant persisté dans une humeur si vaine.<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">134</a></span><br /> +Quand tu ne pourras plus te priver de la voir<a name="FNanchor_386" id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[386]</a>,<span class="dalign">155</span><br /> +C'est alors que je veux t'en ôter le pouvoir;<br /> +Et j'attends de pied ferme à reprendre ma place<a name="FNanchor_387" id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[387]</a>,<br /> +Qu'il ne soit plus en toi de retrouver ta glace.<br /> +Tu te défends encore, et n'en tiens qu'à demi<a name="FNanchor_388" id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[388]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Cruel, est-ce là donc me traiter en ami?<span class="dalign">160</span><br /> +Garde, pour châtiment de cet injuste outrage,<br /> +Qu'Amarante pour toi ne change de courage<a name="FNanchor_389" id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[389]</a>,<br /> +Et se rendant sensible à l'ardeur de mes vœux....</p><br /> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>A cela près, poursuis; gagne-la, si tu peux:<br /> +Je ne m'en prendrai lors qu'à ma seule imprudence;<span class="dalign">165</span><br /> +Et demeurant ensemble en bonne intelligence,<br /> +En dépit du malheur que j'aurai mérité,<br /> +J'aimerai le rival qui m'aura supplanté.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Ami, qu'il vaut bien mieux ne tomber point en peine<br /> +De faire à tes dépens cette épreuve incertaine<a name="FNanchor_390" id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[390]</a>!<span class="dalign">170</span><br /> +Je me confesse pris, je quitte<a name="FNanchor_391" id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[391]</a>, j'ai perdu:<br /> +Que veux-tu plus de moi? reprends ce qui t'est dû<a name="FNanchor_392" id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[392]</a>.<br /> +Séparer plus longtemps une amour si parfaite<a name="FNanchor_393" id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[393]</a>!<br /> +Continuer encor la faute que j'ai faite!<br /> +Elle n'est que trop grande, et pour la réparer,<span class="dalign">175</span><br /> +J'empêcherai Daphnis de vous plus séparer<a name="FNanchor_394" id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">[394]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">135</a></span><br /> +Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible,<br /> +Vous jouirez vous deux d'un entretien paisible;<br /> +Je saurai l'amuser, et vos feux redoublés<br /> +Par son fâcheux abord ne seront plus troublés.<span class="dalign">180</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Ce seroit prendre un soin qui n'est pas nécessaire:<br /> +Daphnis sait d'elle-même assez bien se distraire,<br /> +Et jamais son abord ne trouble nos plaisirs,<br /> +Tant elle est complaisante à nos chastes desirs.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME, THÉANTE, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Déploie, il en est temps, tes meilleurs artifices<a name="FNanchor_395" id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">[395]</a><span class="dalign">185</span><br /> +(Sans mettre toutefois en oubli mes services):<br /> +Je t'amène un captif qui te veut échapper.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>J'en ai vu d'échappés que j'ai su rattraper<a name="FNanchor_396" id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">[396]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Vois qu'en sa liberté ta gloire se hasarde.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Allez, laissez-le-moi, j'en ferai bonne garde<a name="FNanchor_397" id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">[397]</a>.<span class="dalign">190</span><br /> +Daphnis est au jardin.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME</span></p> + +<p><span class="i9">Sans plus vous désunir,</span><br /> +Souffre qu'au lieu de toi je l'aille entretenir.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">136</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">AMARANTE, FLORAME.</h4> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Laissez, mon cavalier, laissez aller Théante:<br /> +Il porte assez au cœur le portrait d'Amarante;<br /> +Je n'appréhende point qu'on l'en puisse effacer.<span class="dalign">195</span><br /> +C'est au vôtre à présent que je le veux tracer;<br /> +Et la difficulté d'une telle victoire<br /> +M'en augmente l'ardeur comme elle en croît la gloire<a name="FNanchor_398" id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">[398]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Aurez-vous quelque gloire à me faire souffrir?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Plus que de tous les vœux qu'on me pourroit offrir<a name="FNanchor_399" id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">[399]</a>.<span class="dalign">200</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Vous plaisez-vous à ceux d'une âme si contrainte,<br /> +Qu'une vieille amitié retient toujours en crainte?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Vous n'êtes pas encore au point où je vous veux;<br /> +Et toute amitié meurt où naissent de vrais feux<a name="FNanchor_400" id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">[400]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>De vrai, contre ses droits mon esprit se rebelle;<span class="dalign">205</span><br /> +Mais feriez-vous état d'un amant infidèle?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Je ne prendrai jamais pour un manque de foi<br /> +D'oublier un ami pour se donner à moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Encor si je pouvois former quelque espérance<a name="FNanchor_401" id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">[401]</a><br /> +De vous voir favorable à ma persévérance,<span class="dalign">210</span><span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">137</a></span><br /> +Que vous pussiez m'aimer après tant de tourment<a name="FNanchor_402" id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">[402]</a>,<br /> +Et d'un mauvais ami faire un heureux amant!<br /> +Mais hélas! je vous sers, je vis sous votre empire,<br /> +Et je ne puis prétendre où mon desir aspire.<br /> +Théante! (ah, nom fatal pour me combler d'ennui!)<span class="dalign">215</span><br /> +Vous demandez mon cœur, et le vôtre est à lui!<br /> +Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services<a name="FNanchor_403" id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">[403]</a>,<br /> +Que du manque d'espoir j'évite les supplices:<br /> +Qui ne peut rien prétendre a droit d'abandonner.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>S'il ne tient qu'à l'espoir, je vous en veux donner.<span class="dalign">220</span><br /> +Apprenez que chez moi c'est un foible avantage<br /> +De m'avoir de ses vœux le premier fait hommage:<br /> +Le mérite y fait tout, et tel plaît à mes yeux,<br /> +Que je négligerois près de qui vaudroit mieux<a name="FNanchor_404" id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">[404]</a>.<br /> +Lui seul de mes amants règle la différence,<span class="dalign">225</span><br /> +Sans que le temps leur donne aucune préférence.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Vous ne flattez mes sens que pour m'embarrasser.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Peut-être; mais enfin il faut le confesser<a name="FNanchor_405" id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">[405]</a>,<br /> +Vous vous trouveriez mieux auprès de ma maîtresse.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Ne pensez pas....</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i6">Non, non, c'est là ce qui vous presse.</span><br /> +Allons dans le jardin ensemble la chercher.<br /> +Que j'ai su dextrement à ses yeux la cacher!<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">138</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS, THÉANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Voyez comme tous deux ont fui notre rencontre<a name="FNanchor_406" id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">[406]</a>!<br /> +Je vous l'ai déjà dit, et l'effet vous le montre:<br /> +Vous perdez Amarante, et cet ami fardé<span class="dalign">235</span><br /> +Se saisit finement d'un bien si mal gardé;<br /> +Vous devez vous lasser de tant de patience,<br /> +Et votre sûreté n'est qu'en la défiance.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Je connois Amarante, et ma facilité<br /> +Établit mon repos sur sa fidélité:<span class="dalign">240</span><br /> +Elle rit de Florame et de ses flatteries,<br /> +Qui ne sont après tout que des galanteries<a name="FNanchor_407" id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">[407]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Amarante, de vrai, n'aime pas à changer;<br /> +Mais votre peu de soin l'y pourroit engager.<br /> +On néglige aisément un homme qui néglige.<span class="dalign">245</span><br /> +Son naturel est vain; et qui la sert l'oblige:<br /> +D'ailleurs les nouveautés ont de puissants appas.<br /> +Théante, croyez-moi, ne vous y fiez pas.<br /> +J'ai su me faire jour jusqu'au fond de son âme<a name="FNanchor_408" id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">[408]</a>,<br /> +Où j'ai peu remarqué de sa première flamme;<span class="dalign">250</span><br /> +Et s'il tournoit la feinte en véritable amour<a name="FNanchor_409" id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">[409]</a>,<br /> +Elle seroit bien fille à vous jouer d'un tour;<br /> +Mais afin que l'issue en soit pour vous meilleure,<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">139</a></span><br /> +Laissez-moi ce causeur à gouverner une heure:<br /> +J'ai tant de passion pour tous vos intérêts,<span class="dalign">255</span><br /> +Que j'en saurai bientôt pénétrer les secrets<a name="FNanchor_410" id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">[410]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>C'est un trop bas emploi pour de si hauts mérites;<br /> +Et quand elle aimeroit à souffrir ses visites,<br /> +Quand elle auroit pour lui quelque inclination,<br /> +Vous m'en verriez toujours sans appréhension.<span class="dalign">260</span><br /> +Qu'il se mette à loisir, s'il peut, dans son courage:<br /> +Un moment de ma vue en efface l'image.<br /> +Nous nous ressemblons mal, et pour ce changement,<br /> +Elle a de trop bons yeux et trop de jugement<a name="FNanchor_411" id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">[411]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Vous le méprisez trop: je trouve en lui des charmes<a name="FNanchor_412" id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">[412]</a><br /> +Qui vous devroient du moins donner quelques alarmes.<br /> +Clarimond n'a de moi que haine et que rigueur<a name="FNanchor_413" id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">[413]</a>;<br /> +Mais s'il lui ressembloit, il gagneroit mon cœur.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Vous en parlez ainsi, faute de le connoître.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>J'en parle et juge ainsi sur ce qu'on voit paroître<a name="FNanchor_414" id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">[414]</a>.<span class="dalign">270</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +Quoi qu'il en soit, l'honneur de vous entretenir.... + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">140</a></span> +<span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Brisons là ce discours: je l'aperçois venir<a name="FNanchor_415" id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">[415]</a>.<br /> +Amarante, ce semble, en est fort satisfaite.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS, FLORAME, THÉANTE, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Je t'attendois, ami, pour faire la retraite:<br /> +L'heure du dîner presse, et nous incommodons<a name="FNanchor_416" id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">[416]</a><span class="dalign">275</span><br /> +Celles qu'en nos discours ici nous retardons<a name="FNanchor_417" id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">[417]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Il n'est pas encor tard.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Nous ferions conscience</span><br /> +D'abuser plus longtemps de votre patience.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Madame, excusez donc cette incivilité,<br /> +Dont l'heure nous impose une nécessité.<span class="dalign">280</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Sa force vous excuse, et je lis dans votre âme<br /> +Qu'à regret vous quittez l'objet de votre flamme.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Cette assiduité de Florame avec vous<br /> +A la fin a rendu Théante un peu jaloux.<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">141</a></span><br /> +Aussi de vous y voir tous les jours attachée,<span class="dalign">285</span><br /> +Quelle puissante amour n'en seroit point touchée<a name="FNanchor_418" id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">[418]</a>?<br /> +Je viens d'examiner son esprit en passant;<br /> +Mais vous ne croiriez pas l'ennui qu'il en ressent.<br /> +Vous y devez pourvoir; et si vous êtes sage,<br /> +Il faut à cet ami faire mauvais visage,<span class="dalign">290</span><br /> +Lui fausser compagnie, éviter ses discours.<br /> +Ce sont pour l'apaiser les chemins les plus courts:<br /> +Sinon, faites état qu'il va courir au change.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Il seroit en ce cas d'une humeur bien étrange.<br /> +A sa prière seule, et pour le contenter,<span class="dalign">295</span><br /> +J'écoute cet ami quand il m'en vient conter;<br /> +Et pour vous dire tout, cet amant infidèle<br /> +Ne m'aime pas assez pour en être en cervelle<a name="FNanchor_419" id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">[419]</a>.<br /> +Il forme des desseins beaucoup plus relevés,<br /> +Et de plus beaux portraits en son cœur sont gravés.<span class="dalign">300</span><br /> +Mes yeux pour l'asservir ont de trop foibles armes;<br /> +Il voudroit pour m'aimer que j'eusse d'autres charmes,<br /> +Que l'éclat de mon sang, mieux soutenu de biens,<br /> +Ne fût point ravalé par le rang que je tiens;<br /> +Enfin (que serviroit aussi bien de le taire?)<span class="dalign">305</span><br /> +Sa vanité le porte au souci de vous plaire.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>En ce cas, il verra que je sais comme il faut<br /> +Punir des insolents qui prétendent trop haut.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Je lui veux quelque bien, puisque, changeant de flamme,<br /> +Vous voyez par pitié qu'il me laisse Florame,<span class="dalign">310</span><br /> +Qui n'étant pas si vain, a plus de fermeté.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Amarante, après tout disons la vérité:<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">142</a></span><br /> +Théante n'est si vain qu'en votre fantaisie,<br /> +Et sa froideur pour vous naît de sa jalousie<a name="FNanchor_420" id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">[420]</a>;<br /> +Mais soit qu'il change ou non, il ne m'importe en rien<a name="FNanchor_421" id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">[421]</a>;<br /> +Et ce que je vous dis n'est que pour votre bien.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">AMARANTE.</h4> + +<p>Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de l'âme,<br /> +On devine aisément qu'elle en veut à Florame.<br /> +Sa fermeté pour moi, que je vantois à faux,<br /> +Lui portoit dans l'esprit de terribles assauts.<span class="dalign">320</span><br /> +Sa surprise à ce mot a paru manifeste;<br /> +Son teint en a changé, sa parole, son geste.<br /> +L'entretien que j'en ai lui sembleroit bien doux,<br /> +Et je crois que Théante en est le moins jaloux.<br /> +Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en suis doutée.<span class="dalign">325</span><br /> +Être toujours des yeux sur un homme arrêtée,<br /> +Dans son manque de biens déplorer son malheur,<br /> +Juger à sa façon qu'il a de la valeur,<br /> +Demander si l'esprit en répond à la mine<a name="FNanchor_422" id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">[422]</a>,<br /> +Tout cela de ses feux eût instruit la moins fine.<span class="dalign">330</span><br /> +Florame en est de même, il meurt de lui parler;<br /> +Et s'il peut d'avec moi jamais se démêler,<br /> +C'en est fait, je le perds. L'impertinente crainte!<br /> +Que m'importe de perdre une amitié si feinte<a name="FNanchor_423" id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">[423]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">143</a></span><br /> +Et que me peut servir un ridicule feu,<span class="dalign">335</span><br /> +Où jamais de son cœur sa bouche n'a l'aveu?<br /> +Je m'en veux mal en vain; l'amour a tant de force<br /> +Qu'il attache mes sens à cette fausse amorce,<br /> +Et fera son possible à toujours conserver<br /> +Ce doux extérieur dont on me veut priver.<span class="dalign">340</span></p> + +<p class="p4 center i2"><small><b>FIN DU PREMIER ACTE.</b></small></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">144</a></span></p> + +<h2>ACTE II.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRASTE, CÉLIE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Eh bien! j'en parlerai; mais songez qu'à votre âge<br /> +Mille accidents fâcheux suivent le mariage:<br /> +On aime rarement de si sages époux,<br /> +Et leur moindre malheur, c'est d'être un peu jaloux<a name="FNanchor_424" id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">[424]</a>.<br /> +Convaincus au dedans de leur propre foiblesse,<span class="dalign">345</span><br /> +Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse;<br /> +Et cet heureux hymen, qui les charmoit si fort,<br /> +Devient souvent pour eux un fourrier<a name="FNanchor_425" id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">[425]</a> de la mort.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Excuse, ou pour le moins pardonne à ma folie;<br /> +Le sort en est jeté: va, ma chère Célie<a name="FNanchor_426" id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">[426]</a>,<span class="dalign">350</span><br /> +Va trouver la beauté qui me tient sous sa loi;<br /> +Flatte-la de ma part, promets-lui tout de moi;<br /> +Dis-lui que si l'amour d'un vieillard l'importune,<br /> +Elle fait une planche<a name="FNanchor_427" id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">[427]</a> à sa bonne fortune;<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">145</a></span><br /> +Que l'excès de mes biens, à force de présents,<span class="dalign">355</span><br /> +Répare la vigueur qui manque à mes vieux ans;<br /> +Qu'il ne lui peut échoir de meilleure aventure.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Ne m'importunez point de votre tablature<a name="FNanchor_428" id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">[428]</a>:<br /> +Sans vos instructions je sais bien mon métier<a name="FNanchor_429" id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">[429]</a>,<br /> +Et je n'en laisserai pas un trait à quartier<a name="FNanchor_430" id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">[430]</a>.<span class="dalign">360</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Je ne suis point ingrat quand on me rend office.<br /> +Peins-lui bien mon amour, offre bien mon service,<br /> +Dis bien que mes beaux jours ne sont pas si passés<br /> +Qu'il ne me reste encor....</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p><span class="i10">Que vous m'étourdissez!</span><br /> +N'est-ce point assez dit que votre âme est éprise?<span class="dalign">365</span><br /> +Que vous allez mourir si vous n'avez Florise?<br /> +Reposez-vous sur moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Que voilà froidement</span><br /> +Me promettre ton aide à finir mon tourment!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">146</a></span> +<span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>S'il faut aller plus vite, allons, je vois son frère<a name="FNanchor_431" id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">[431]</a>,<br /> +Et vais tout devant vous lui proposer l'affaire<a name="FNanchor_432" id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">[432]</a>.<span class="dalign">370</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +Ce seroit tout gâter; arrête, et par douceur<br /> +Essaie auparavant d'y résoudre la sœur. + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME.</h4> + +<p><span class="i3">Jamais ne verrai-je finie</span><br /> +<span class="i3">Cette incommode affection,</span><br /> +<span class="i3">Dont l'impitoyable manie<a name="FNanchor_433" id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">[433]</a></span><span class="dalign">375</span><br /> +<span class="i3">Tyrannise ma passion?</span><br /> +Je feins, et je fais naître un feu si véritable,<br /> +Qu'à force d'être aimé je deviens misérable.</p> + +<p><span class="i3">Toi qui m'assiéges tout le jour,</span><br /> +<span class="i3">Fâcheuse cause de ma peine,</span><span class="dalign">380</span><br /> +<span class="i3">Amarante, de qui l'amour</span><br /> +<span class="i3">Commence à mériter ma haine,</span><br /> +Cesse de te donner tant de soins superflus<a name="FNanchor_434" id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">[434]</a>:<br /> +Je te voudrai du bien de ne m'en vouloir plus.</p> + +<p><span class="i3">Dans une ardeur si violente,</span><span class="dalign">385</span><br /> +<span class="i3">Près de l'objet de mes desirs<a name="FNanchor_435" id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">[435]</a>,</span><br /> +<span class="i3">Penses-tu que je me contente</span><br /> +<span class="i3">D'un regard et de deux soupirs?</span><span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">147</a></span><br /> +Et que je souffre encor cet injuste partage<br /> +Où tu tiens mes discours, et Daphnis mon courage?<span class="dalign">390</span></p> + +<p><span class="i3">Si j'ai feint pour toi quelques feux,</span><br /> +<span class="i3">C'est à quoi plus rien ne m'oblige:</span><br /> +<span class="i3">Quand on a l'effet de ses vœux<a name="FNanchor_436" id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">[436]</a>,</span><br /> +<span class="i3">Ce qu'on adoroit se néglige.</span><br /> +Je ne voulois de toi qu'un accès chez Daphis:<span class="dalign">395</span><br /> +Amarante, je l'ai; mes amours sont finis.</p> + +<p><span class="i3">Théante, reprends ta maîtresse;</span><br /> +<span class="i3">N'ôte plus à mes entretiens</span><br /> +<span class="i3">L'unique sujet qui me blesse,</span><br /> +<span class="i3">Et qui peut-être est las des tiens.</span><span class="dalign">400</span><br /> +Et toi, puissant Amour, fais enfin que j'obtienne<br /> +Un peu de liberté pour lui donner la mienne!</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">AMARANTE, FLORAME.</h4> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Que vous voilà soudain de retour en ces lieux!</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Vous jugerez par là du pouvoir de vos yeux.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Autre objet que mes yeux devers nous vous attire.<span class="dalign">405</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Autre objet que vos yeux ne cause mon martyre.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Votre martyre donc est de perdre avec moi<br /> +Un temps dont vous voulez faire un meilleur emploi.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">148</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV<a name="FNanchor_437" id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">[437]</a>.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS, AMARANTE, FLORAME.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Amarante, allez voir si dans la galerie<br /> +Ils ont bientôt tendu cette tapisserie:<span class="dalign">410</span><br /> +Ces gens-là ne font rien, si l'on n'a l'œil sur eux.</p> + +<p class="font90 i4">(Amarante rentre, et Daphnis continue.)</p> + +<p>Je romps pour quelque temps le discours de vos feux.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>N'appelez point des feux un peu de complaisance<br /> +Que détruit votre abord, qu'éteint votre présence<a name="FNanchor_438" id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">[438]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Votre amour est trop forte, et vos cœurs trop unis,<span class="dalign">415</span><br /> +Pour l'oublier soudain à l'abord de Daphnis;<br /> +Et vos civilités étant dans l'impossible<br /> +Vous rendent bien flatteur, mais non pas insensible.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Quoi que vous estimiez de ma civilité,<br /> +Je ne me pique point d'insensibilité.<span class="dalign">420</span><br /> +J'aime, il n'est que trop vrai, je brûle, je soupire;<br /> +Mais un plus haut sujet me tient sous son empire.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Le nom ne s'en dit point?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">149</a></span> +<span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p><span class="i10">Je ris de ces amants</span><br /> +Dont le trop de respect redouble les tourments<a name="FNanchor_439" id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">[439]</a>,<br /> +Et qui, pour les cacher se faisant violence,<span class="dalign">425</span><br /> +Se promettent beaucoup d'un timide silence<a name="FNanchor_440" id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">[440]</a>.<br /> +Pour moi, j'ai toujours cru qu'un amour vertueux<br /> +N'avoit point à rougir d'être présomptueux<a name="FNanchor_441" id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">[441]</a>.<br /> +Je veux bien vous nommer le bel œil qui me dompte<br /> +Et ma témérité ne me fait point de honte.<span class="dalign">430</span><br /> +Ce rare et haut sujet....</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE</span>, <span class="font90">revenant brusquement.</span></p> + +<p><span class="i9">Tout est presque tendu.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Vous n'avez auprès d'eux guère de temps perdu.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>J'ai vu qu'ils l'employoient, et je suis revenue<a name="FNanchor_442" id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">[442]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>J'ai peur de m'enrhumer au froid qui continue,<br /> +Allez au cabinet me querir un mouchoir<a name="FNanchor_443" id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">[443]</a>:<span class="dalign">435</span><br /> +J'en ai laissé les clefs autour de mon miroir;<br /> +Vous les trouverez là.</p> + +<p class="font90 i4">(Amarante rentre, et Daphnis continue.)</p> + +<p><span class="i9">J'ai cru que cette belle</span><br /> +Ne pouvoit à propos se nommer devant elle,<br /> +Qui recevant par là quelque espèce d'affront,<br /> +En auroit eu soudain la rougeur sur le front.<span class="dalign">440</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">150</a></span> +<span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Sans affront je la quitte, et lui préfère une autre<a name="FNanchor_444" id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">[444]</a><br /> +Dont le mérite égal, le rang pareil au vôtre,<br /> +L'esprit et les attraits également puissants,<br /> +Ne devroient de ma part avoir que de l'encens<a name="FNanchor_445" id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">[445]</a>.<br /> +Oui, sa perfection, comme la vôtre extrême,<span class="dalign">445</span><br /> +N'a que vous de pareille: en un mot, c'est<a name="FNanchor_446" id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">[446]</a>....</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p><span class="i18">Moi-même:</span><br /> +Je vois bien que c'est là que vous voulez venir,<br /> +Non tant pour m'obliger, comme pour me punir.<br /> +Ma curiosité, devenue indiscrète<a name="FNanchor_447" id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">[447]</a>,<br /> +A voulu trop savoir d'une flamme secrète,<span class="dalign">450</span><br /> +Mais bien qu'elle en reçoive un juste châtiment,<br /> +Vous pouviez me traiter un peu plus doucement.<br /> +Sans me faire rougir, il vous devoit suffire<br /> +De me taire l'objet dont vous aimez l'empire:<br /> +Mettre en sa place un nom qui ne vous touche pas<a name="FNanchor_448" id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">[448]</a>,<span class="dalign">455</span><br /> +C'est un cruel reproche au peu que j'ai d'appas<a name="FNanchor_449" id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">[449]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Vu le peu que je suis, vous dédaignez de croire<br /> +Une si malheureuse et si basse victoire.<br /> +Mon cœur est un captif si peu digne de vous,<br /> +Que vos yeux en voudroient désavouer leurs coups;<span class="dalign">460</span><br /> +Ou peut-être mon sort me rend si méprisable<a name="FNanchor_450" id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">[450]</a><span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">151</a></span><br /> +Que ma témérité vous devient incroyable.<br /> +Mais quoi que désormais il m'en puisse arriver,<br /> +Je fais serment....</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i7">Vos clefs ne sauroient se trouver</span><a name="FNanchor_451" id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">[451]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Faute d'un plus exquis, et comme par bravade,<span class="dalign">465</span><br /> +Ceci servira donc de mouchoir de parade.<br /> +<span class="i1">Enfin, ce cavalier que nous vîmes au bal,</span><br /> +Vous trouvez comme moi qu'il ne danse pas mal?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Je ne le vis jamais mieux sur sa bonne mine.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Il s'étoit si bien mis pour l'amour de Clarine.<span class="dalign">470</span></p> + +<p class="font90 i6">(A Amarante<a name="FNanchor_452" id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">[452]</a>.)</p> + +<p>A propos de Clarine, il m'étoit échappé<br /> +Qu'elle en a deux à moi d'un nouveau point coupé<a name="FNanchor_453" id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">[453]</a>:<br /> +Allez, et dites-lui qu'elle me les renvoie.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Il est hors d'apparence aujourd'hui qu'on la voie:<br /> +Dès une heure au plus tard elle devoit sortir.<span class="dalign">475</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Son cocher n'est jamais sitôt prêt à partir;<br /> +Et d'ailleurs son logis n'est pas au bout du monde;<br /> +Vous perdrez peu de pas. Quoi qu'elle vous réponde,<br /> +Dites-lui nettement que je les veux avoir<a name="FNanchor_454" id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">[454]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">152</a></span> +<span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>A vous les rapporter je ferai mon pouvoir.<span class="dalign">480</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME, DAPHNIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>C'est à vous maintenant d'ordonner mon supplice,<br /> +Sûre que sa rigueur n'aura point d'injustice.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Vous voyez qu'Amarante a pour vous de l'amour,<br /> +Et ne manquera pas d'être tôt de retour.<br /> +Bien que je pusse encore user de ma puissance<a name="FNanchor_455" id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">[455]</a>,<span class="dalign">485</span><br /> +Il vaut mieux ménager le temps de son absence.<br /> +Donc, pour n'en perdre point en discours superflus<a name="FNanchor_456" id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">[456]</a>,<br /> +Je crois que vous m'aimez; n'attendez rien de plus:<br /> +Florame, je suis fille, et je dépends d'un père.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Mais de votre côté que faut-il que j'espère?<span class="dalign">490</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Si ma jalouse encor vous rencontroit ici,<br /> +Ce qu'elle a de soupçons seroit trop éclairci:<br /> +Laissez-moi seule, allez.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p><span class="i10">Se peut-il que Florame</span><br /> +Souffre d'être sitôt séparé de son âme?<br /> +Oui, l'honneur d'obéir à vos commandements<span class="dalign">495</span><br /> +Lui doit être plus cher que ses contentements.</p><br /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">153</a></span></p> +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS.</h4> + +<p>Mon amour, par ses yeux plus forte devenue,<br /> +L'eût bientôt emporté dessus ma retenue;<br /> +Et je sentois mon feu tellement s'augmenter<a name="FNanchor_457" id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">[457]</a>,<br /> +Qu'il n'étoit plus en moi de le pouvoir dompter.<span class="dalign">500</span><br /> +J'avois peur d'en trop dire; et cruelle à moi-même,<br /> +Parce que j'aime trop j'ai banni ce que j'aime.<br /> +Je me trouve captive en de si beaux liens<a name="FNanchor_458" id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">[458]</a>,<br /> +Que je meurs qu'il le sache, et j'en fuis les moyens.<br /> +Quelle importune loi que cette modestie<span class="dalign">505</span><br /> +Par qui notre apparence en glace convertie<br /> +Étouffe dans la bouche, et nourrit dans le cœur,<br /> +Un feu dont la contrainte augmente la vigueur!<br /> +Que ce penser m'est doux! que je t'aime, Florame<a name="FNanchor_459" id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">[459]</a>!<br /> +Et que je songe peu, dans l'excès de ma flamme,<span class="dalign">510</span><br /> +A ce qu'en nos destins contre nous irrités<br /> +Le mérite et les biens font d'inégalités!<br /> +Aussi par celle-là de bien loin tu me passes<a name="FNanchor_460" id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">[460]</a>,<br /> +Et l'autre seulement est pour les âmes basses;<br /> +Et ce penser flatteur me fait croire aisément<span class="dalign">515</span><br /> +Que mon père sera de même sentiment<a name="FNanchor_461" id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">[461]</a>.<br /> +Hélas! c'est en effet bien flatter mon courage,<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">154</a></span><br /> +D'accommoder son sens aux desirs de mon âge.<br /> +Il voit par d'autres yeux, et veut d'autres appas.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Je vous l'avois bien dit qu'elle n'y seroit pas<a name="FNanchor_462" id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">[462]</a>.<span class="dalign">520</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Que vous avez tardé pour ne trouver personne!</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +Ce reproche vraiment ne peut qu'il ne m'étonne:<br /> +Pour revenir plus vite, il eût fallu voler. + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Florame cependant, qui vient de s'en aller,<br /> +A la fin, malgré moi, s'est ennuyé d'attendre.<span class="dalign">525</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>C'est chose toutefois que je ne puis comprendre.<br /> +Des hommes de mérite et d'esprit comme lui<br /> +N'ont jamais avec vous aucun sujet d'ennui:<br /> +Votre âme généreuse a trop de courtoisie.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Et la vôtre amoureuse un peu de jalousie.<span class="dalign">530</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>De vrai, je goûtois mal de faire tant de tours,<br /> +Et perdois à regret ma part de ses discours.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Aussi je me trouvois si promptement servie,<br /> +Que je me doutois bien qu'on me portoit envie.<br /> +En un mot, l'aimez-vous?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Je l'aime aucunement,</span><span class="dalign">535</span><br /> +Non pas jusqu'à troubler votre contentement;<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">155</a></span><br /> +Mais si son entretien n'a pas de quoi vous plaire,<br /> +Vous m'obligerez fort de ne m'en plus distraire.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Mais au cas qu'il me plût?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Il faudroit vous céder.</span><br /> +C'est ainsi qu'avec vous je ne puis rien garder.<span class="dalign">540</span><br /> +Au moindre feu pour moi qu'un amant fait paroître,<br /> +Par curiosité vous le voulez connoître,<br /> +Et quand il a goûté d'un si doux entretien,<br /> +Je puis dire dès lors que je ne tiens plus rien.<br /> +C'est ainsi que Théante a négligé ma flamme;<span class="dalign">545</span><br /> +Encor tout de nouveau vous m'enlevez Florame:<br /> +Si vous continuez à rompre ainsi mes coups,<br /> +Je ne sais tantôt plus comment vivre avec vous<a name="FNanchor_463" id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">[463]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Sans colère, Amarante, il semble, à vous entendre,<br /> +Qu'en même lieu que vous je voulusse prétendre.<span class="dalign">550</span><br /> +Allez, assurez-vous que mes contentements<br /> +Ne vous déroberont aucun de vos amants<a name="FNanchor_464" id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">[464]</a>;<br /> +Et pour vous en donner la preuve plus expresse,<br /> +Voilà votre Théante, avec qui je vous laisse.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">THÉANTE, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Tu me vois sans Florame: un amoureux ennui<a name="FNanchor_465" id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">[465]</a><span class="dalign">555</span><br /> +Assez adroitement m'a dérobé de lui.<br /> +Las de céder ma place à son discours frivole,<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">156</a></span><br /> +Et n'osant toutefois lui manquer de parole,<br /> +Je pratique<a name="FNanchor_466" id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">[466]</a> un quart d'heure à mes affections.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Ma maîtresse lisoit dans tes intentions:<span class="dalign">560</span><br /> +Tu vois à ton abord comme elle a fait retraite,<br /> +De peur d'incommoder une amour si parfaite.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Je ne la saurois croire obligeante à ce point.<br /> +Ce qui la fait partir ne se dira-t-il point?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Veux-tu que je t'en parle avec toute franchise?<span class="dalign">565</span><br /> +C'est la mauvaise humeur où Florame l'a mise.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Florame?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i5">Oui: ce causeur vouloit l'entretenir;</span><br /> +Mais il aura perdu le goût d'y revenir:<br /> +Elle n'a que fort peu souffert sa compagnie,<br /> +Et l'en a chassé presque avec ignominie<a name="FNanchor_467" id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">[467]</a>.<span class="dalign">570</span><br /> +De dépit cependant ses mouvements aigris<br /> +Ne veulent aujourd'hui traiter que de mépris;<br /> +Et l'unique raison qui fait qu'elle me quitte,<br /> +C'est l'estime où te met près d'elle ton mérite:<br /> +Elle ne voudroit pas te voir mal satisfait<a name="FNanchor_468" id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">[468]</a>,<br /> +Ni rompre sur-le-champ le dessein qu'elle a fait.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>J'ai regret que Florame ait reçu cette honte:<br /> +Mais enfin, auprès d'elle il trouve mal son conte<a name="FNanchor_469" id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">[469]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Aussi c'est un discours ennuyeux que le sien:<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">157</a></span><br /> +Il parle incessamment sans dire jamais rien<a name="FNanchor_470" id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">[470]</a>;<span class="dalign">580</span><br /> +Et n'étoit que pour toi je me fais ces contraintes,<br /> +Je l'envoierois bientôt porter ailleurs ses feintes.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Et je m'assure aussi tellement en ta foi,<br /> +Que bien que tout le jour il cajole avec toi,<br /> +Mon esprit te conserve une amitié si pure,<span class="dalign">585</span><br /> +Que sans être jaloux je le vois et l'endure.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Comment le serois-tu pour un si triste objet?<br /> +Ses imperfections t'en ôtent tout sujet.<br /> +C'est à toi d'admirer qu'encor qu'un beau visage<br /> +Dedans ses entretiens à toute heure t'engage<a name="FNanchor_471" id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">[471]</a>,<span class="dalign">590</span><br /> +J'ai pour toi tant d'amour et si peu de soupçon,<br /> +Que je n'en suis jalouse en aucune façon.<br /> +C'est aimer puissamment que d'aimer de la sorte;<br /> +Mais mon affection est bien encor plus forte.<br /> +<span class="i1">Tu sais (et je le dis sans te mésestimer)</span><span class="dalign">595</span><br /> +Que quand notre Daphnis auroit su te charmer<a name="FNanchor_472" id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">[472]</a>,<br /> +Ce qu'elle est plus que toi mettroit hors d'espérance<a name="FNanchor_473" id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">[473]</a><br /> +Les fruits qui seroient dus à ta persévérance.<br /> +Plût à Dieu que le ciel te donnât assez d'heur<br /> +Pour faire naître en elle autant que j'ai d'ardeur!<span class="dalign">600</span><br /> +Voyant ainsi la porte à ta fortune ouverte<a name="FNanchor_474" id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">[474]</a>,<br /> +Je pourrais librement consentir à ma perte.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">158</a></span> +<span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Je te souhaite un change autant avantageux.<br /> +Plût à Dieu que le sort te fût moins outrageux,<br /> +Ou que jusqu'à ce point il t'eût favorisée,<span class="dalign">605</span><br /> +Que Florame fût prince, et qu'il t'eût épousée!<br /> +Je prise auprès des tiens si peu mes intérêts,<br /> +Que bien que j'en sentisse au cœur mille regrets<a name="FNanchor_475" id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">[475]</a>,<br /> +Et que de déplaisir il m'en coûtât la vie,<br /> +Je me la tiendrois lors heureusement ravie.<span class="dalign">610</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Je ne voudrois point d'heur qui vînt avec ta mort,<br /> +Et Damon que voilà n'en seroit pas d'accord.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Il a mine d'avoir quelque chose à me dire.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Ma présence y nuiroit: adieu, je me retire.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Arrête: nous pourrons nous voir tout à loisir;<span class="dalign">615</span><br /> +Rien ne le presse.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">THÉANTE, DAMON.</h4> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i8">Ami, que tu m'as fait plaisir!</span><br /> +J'étois fort à la gêne avec cette suivante<a name="FNanchor_476" id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">[476]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Celle qui te charmoit te devient bien pesante.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Je l'aime encor pourtant; mais mon ambition<br /> +Ne laisse point agir mon inclination.<span class="dalign">620</span><span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">159</a></span><br /> +Ma flamme sur mon cœur en vain est la plus forte<a name="FNanchor_477" id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">[477]</a>;<br /> +Tous mes desirs ne vont qu'où mon dessein les porte.<br /> +Au reste j'ai sondé l'esprit de mon rival.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Et connu....</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i5">Qu'il n'est pas pour me faire grand mal.</span><br /> +Amarante m'en vient d'apprendre une nouvelle<span class="dalign">625</span><br /> +Qui ne me permet plus que j'en sois en cervelle.<br /> +Il a vu....</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p><span class="i5">Qui?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i7">Daphnis, et n'en a remporté</span><br /> +Que ce qu'elle devoit à sa témérité.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Comme quoi?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i6">Des mépris, des rigueurs sans pareilles<a name="FNanchor_478" id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">[478]</a>.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>As-tu beaucoup de foi pour de telles merveilles<a name="FNanchor_479" id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">[479]</a>?<span class="dalign">630</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Celle dont je les tiens en parle assurément.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Pour un homme si fin, on te dupe aisément.<br /> +Amarante elle-même en est mal satisfaite,<br /> +Et ne t'a rien conté que ce qu'elle souhaite:<br /> +Pour seconder Florame en ses intentions,<span class="dalign">635</span><br /> +On l'avoit écartée à des commissions.<br /> +Je viens de le trouver, tout ravi dans son âme<a name="FNanchor_480" id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">[480]</a><span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">160</a></span><br /> +D'avoir eu les moyens de déclarer sa flamme<a name="FNanchor_481" id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">[481]</a>,<br /> +Et qui présume tant de ses prospérités,<br /> +Qu'il croit ses vœux reçus, puisqu'ils sont écoutés;<span class="dalign">640</span><br /> +Et certes son espoir n'est pas hors d'apparence.<br /> +Après ce bon accueil, et cette conférence<br /> +Dont Daphnis elle-même a fait l'occasion,<br /> +J'en crains fort un succès à ta confusion.<br /> +Tâchons d'y donner ordre; et sans plus de langage,<span class="dalign">645</span><br /> +Avise en quoi tu veux employer mon courage.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Lui disputer un bien où j'ai si peu de part,<br /> +Ce seroit m'exposer pour quelque autre au hasard.<br /> +Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive,<br /> +De sa possession, l'un et l'autre il nous prive<a name="FNanchor_482" id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">[482]</a>,<span class="dalign">650</span><br /> +Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit,<br /> +Tandis que de sa peine un troisième a le fruit.<br /> +A croire son courage, en amour on s'abuse:<br /> +La valeur d'ordinaire y sert moins que la ruse<a name="FNanchor_483" id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">[483]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Avant que passer outre, un peu d'attention.<span class="dalign">655</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Te viens-tu d'aviser de quelque invention?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Oui, ta seule maxime en fonde l'entreprise.<br /> +Clarimond voit Daphnis, il l'aime, il la courtise;<br /> +Et quoiqu'il n'en reçoive encor que des mépris,<br /> +Un moment de bonheur lui peut gagner ce prix.<span class="dalign">660</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">161</a></span> +<span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Ce rival est bien moins à redouter qu'à plaindre<a name="FNanchor_484" id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">[484]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Je veux que de sa part tu ne doives rien craindre,<br /> +N'est-ce pas le plus sûr qu'un duel hasardeux<br /> +Entre Florame et lui les en prive tous deux?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +Crois-tu qu'avec Florame aisément on l'engage?<span class="dalign">665</span> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Je l'y résoudrai trop avec un peu d'ombrage.<br /> +Un amant dédaigné ne voit pas de bon œil<br /> +Ceux qui du même objet ont un plus doux accueil:<br /> +Des faveurs qu'on leur fait il forme ses offenses,<br /> +Et pour peu qu'on le pousse, il court aux violences<a name="FNanchor_485" id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">[485]</a>.<span class="dalign">670</span><br /> +Nous les verrions par là, l'un et l'autre écartés,<br /> +Laisser la place libre à tes félicités.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Oui, mais s'il t'obligeoit d'en porter la parole?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Tu te mets en l'esprit une crainte frivole:<br /> +Mon péril de ces lieux ne te bannira pas;<span class="dalign">675</span><br /> +Et moi, pour te servir je courrois au trépas.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>En même occasion dispose de ma vie,<br /> +Et sois sûr que pour toi j'aurai la même envie.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Allons, ces compliments en retardent l'effet.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Le ciel ne vit jamais un ami si parfait.<span class="dalign">680</span></p> + +<p class="p2 center i1"><small><b>FIN DU SECOND ACTE.</b></small></p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">162</a></span></p> + +<h2>ACTE III.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME, CÉLIE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Enfin, quelque froideur qui paroisse en Florise<a name="FNanchor_486" id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">[486]</a>,<br /> +Aux volontés d'un frère elle s'en est remise.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Quoiqu'elle s'en rapporte à vous entièrement,<br /> +Vous lui feriez plaisir d'en user autrement.<br /> +Les amours d'un vieillard sont d'une foible amorce.<span class="dalign">685</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Que veux-tu? Son esprit se fait un peu de force:<br /> +Elle se sacrifie à mes contentements,<br /> +Et pour mes intérêts contraint ses sentiments.<br /> +Assure donc Géraste, en me donnant sa fille,<br /> +Qu'il gagne en un moment toute notre famille,<span class="dalign">690</span><br /> +Et que, tout vieil qu'il est, cette condition<br /> +Ne laisse aucun obstacle à son affection.<br /> +Mais aussi de Florise il ne doit rien prétendre,<br /> +A moins que se résoudre à m'accepter pour gendre<a name="FNanchor_487" id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">[487]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Plaisez-vous à Daphnis? c'est là le principal.<span class="dalign">695</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Elle a trop de bonté pour me vouloir du mal;<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">163</a></span><br /> +D'ailleurs sa résistance obscurciroit sa gloire;<br /> +Je la mériterois si je la pouvois croire.<br /> +La voilà qu'un rival m'empêche d'aborder;<br /> +Le rang qu'il tient sur moi m'oblige à lui céder<a name="FNanchor_488" id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">[488]</a>,<span class="dalign">700</span><br /> +Et la pitié que j'ai d'un amant si fidèle<br /> +Lui veut donner loisir d'être dédaigné d'elle.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">CLARIMOND, DAPHNIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Ces dédains rigoureux dureront-ils toujours?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Non, ils ne dureront qu'autant que vos amours.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>C'est prescrire à mes feux des lois bien inhumaines.<span class="dalign">705</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Faites finir vos feux, je finirai leurs peines.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Le moyen de forcer mon inclination?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Le moyen de souffrir votre obstination?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Qui ne s'obstineroit en vous voyant si belle?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Qui vous pourroit aimer, vous voyant si rebelle?<span class="dalign">710</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Est-ce rébellion que d'avoir trop de feu?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>C'est avoir trop d'amour, et m'obéir trop peu<a name="FNanchor_489" id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">[489]</a>. +<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">164</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>La puissance sur moi que je vous ai donnée....</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>D'aucune exception ne doit être bornée.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Essayez autrement ce pouvoir souverain.<span class="dalign">715</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Cet essai me fait voir que je commande en vain.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>C'est un injuste essai qui feroit ma ruine.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Ce n'est plus obéir depuis qu'on examine.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Mais l'amour vous défend un tel commandement.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Et moi, je me défends un plus doux traitement.<span class="dalign">720</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Avec ce beau visage avoir le cœur de roche!</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Si le mien s'endurcit, ce n'est qu'à votre approche.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Que je sache du moins d'où naissent vos froideurs<a name="FNanchor_490" id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">[490]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Peut-être du sujet qui produit vos ardeurs.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Si je brûle, Daphnis, c'est de nous voir ensemble.<span class="dalign">725</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Et c'est de nous y voir, Clarimond, que je tremble.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Votre contentement n'est qu'à me maltraiter.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Comme le vôtre n'est qu'à me persécuter. +<span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">165</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +Quoi! l'on vous persécute à force de services? + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Non, mais de votre part ce me sont des supplices.<span class="dalign">730</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Hélas! et quand pourra venir ma guérison?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Lorsque le temps chez vous remettra la raison.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Ce n'est pas sans raison que mon âme est éprise.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Ce n'est pas sans raison aussi qu'on vous méprise.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Juste ciel! et que dois-je espérer désormais?<span class="dalign">735</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Que je ne suis pas fille à vous aimer jamais.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>C'est donc perdre mon temps que de plus y prétendre?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Comme je perds ici le mien à vous entendre<a name="FNanchor_491" id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">[491]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Me quittez-vous sitôt sans me vouloir guérir?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Clarimond sans Daphnis peut et vivre et mourir.<span class="dalign">740</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Je mourrai toutefois, si je ne vous possède.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Tenez-vous donc pour mort, s'il vous faut ce remède<a name="FNanchor_492" id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">[492]</a>. +<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">166</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> +<h4 class="p2">CLARIMOND.</h4> + +<p>Tout dédaigné, je l'aime, et malgré sa rigueur,<br /> +Ses charmes plus puissants lui conservent mon cœur.<br /> +Par un contraire effet dont mes maux s'entretiennent,<span class="dalign">745</span><br /> +Sa bouche le refuse, et ses yeux le retiennent.<br /> +Je ne puis, tant elle a de mépris et d'appas,<br /> +Ni le faire accepter, ni ne le donner pas;<br /> +Et comme si l'amour faisoit naître sa haine,<br /> +Ou qu'elle mesurât ses plaisirs à ma peine,<span class="dalign">750</span><br /> +On voit paroître ensemble, et croître également,<br /> +Ma flamme et ses froideurs, sa joie et mon tourment<a name="FNanchor_493" id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">[493]</a>.<br /> +Je tâche à m'affranchir de ce malheur extrême,<br /> +Et je ne saurois plus disposer de moi-même.<br /> +Mon désespoir trop lâche obéit à mon sort,<span class="dalign">755</span><br /> +Et mes ressentiments n'ont qu'un débile effort.<br /> +Mais pour foibles qu'ils soient, aidons leur impuissance;<br /> +Donnons-leur le secours d'une éternelle absence.<br /> +Adieu, cruelle ingrate, adieu: je fuis ces lieux,<br /> +Pour dérober mon âme au pouvoir de tes yeux.<span class="dalign">760</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">CLARIMOND, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Monsieur, monsieur, un mot. L'air de votre visage<br /> +Témoigne un déplaisir caché dans le courage.<br /> +Vous quittez ma maîtresse un peu mal satisfait.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">167</a></span> +<span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Ce que voit Amarante en est le moindre effet:<br /> +Je porte, malheureux, après de tels outrages,<span class="dalign">765</span><br /> +Des douleurs sur le front, et dans le cœur des rages.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Pour un peu de froideur, c'est trop désespérer.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Que ne dis-tu plutôt que c'est trop endurer?<br /> +Je devrois être las d'un si cruel martyre,<br /> +Briser les fers honteux où me tient son empire,<span class="dalign">770</span><br /> +Sans irriter mes maux avec un vain regret.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Si je vous croyois homme à garder un secret<a name="FNanchor_494" id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">[494]</a>,<br /> +Vous pourriez sur ce point apprendre quelque chose<br /> +Que je meurs de vous dire, et toutefois,je n'ose.<br /> +L'erreur où je vous vois me fait compassion;<span class="dalign">775</span><br /> +Mais pourriez-vous avoir de la discrétion<a name="FNanchor_495" id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">[495]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Prends-en ma foi de gage<a name="FNanchor_496" id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">[496]</a>, avec.... Laisse-moi faire.</p> +<p><span class="font90 i4">(Il veut tirer un diamant de son doigt pour le lui donner, +et elle l'en empêche.)</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Vous voulez justement m'obliger à me taire;<br /> +Aux filles de ma sorte il suffit de la foi:<br /> +Réservez vos présents pour quelque autre que moi.<span class="dalign">780</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Souffre....</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i5">Gardez-les, dis-je, ou je vous abandonne.</span><span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">168</a></span><br /> +Daphnis a des rigueurs dont l'excès vous étonne;<br /> +Mais vous aurez bien plus de quoi vous étonner,<br /> +Quand vous saurez comment il faut la gouverner<a name="FNanchor_497" id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">[497]</a>.<br /> +A force de douceurs vous la rendez cruelle,<span class="dalign">785</span><br /> +Et vos submissions vous perdent auprès d'elle:<br /> +Épargnez désormais tous ces pas superflus;<br /> +Parlez-en au bonhomme, et ne la voyez plus<a name="FNanchor_498" id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">[498]</a>.<br /> +Toutes ses cruautés ne sont qu'en apparence.<br /> +Du côté du vieillard tournez votre espérance;<span class="dalign">790</span><br /> +Quand il aura pour elle accepté quelque amant<a name="FNanchor_499" id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">[499]</a>,<br /> +Un prompt amour naîtra de son commandement.<br /> +Elle vous fait tandis cette galanterie,<br /> +Pour s'acquérir le bruit de fille bien nourrie<a name="FNanchor_500" id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">[500]</a>,<br /> +Et gagner d'autant plus de réputation<span class="dalign">795</span><br /> +Qu'on la croira forcer son inclination.<br /> +Nommez cette maxime ou prudence ou sottise,<br /> +C'est la seule raison qui fait qu'on vous méprise.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Hélas! et le moyen de croire tes discours?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>De grâce, n'usez point si mal de mon secours<a name="FNanchor_501" id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">[501]</a>:<span class="dalign">800</span><br /> +Croyez les bons avis d'une bouche fidèle,<br /> +Et songeant seulement que je viens d'avec elle<a name="FNanchor_502" id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">[502]</a>,<br /> +Derechef épargnez tous ces pas superflus;<br /> +Parlez-en au bonhomme, et ne la voyez plus<a name="FNanchor_503" id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">[503]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">169</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Tu ne flattes mon cœur que d'un espoir frivole<a name="FNanchor_504" id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">[504]</a>.<span class="dalign">805</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Hasardez seulement deux mots sur ma parole,<br /> +Et n'appréhendez point la honte d'un refus.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p> + +<p>Mais si j'en recevois, je serois bien confus.<br /> +Un oncle pourra mieux concerter cette affaire<a name="FNanchor_505" id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">[505]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Ou par vous, ou par lui, ménagez bien le père.<span class="dalign">810</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">AMARANTE.</h4> + +<p>Qu'aisément un esprit qui se laisse flatter<br /> +S'imagine un bonheur qu'il pense mériter!<br /> +Clarimond est bien vain ensemble et bien crédule<br /> +De se persuader que Daphnis dissimule,<br /> +Et que ce grand dédain déguise un grand amour,<span class="dalign">815</span><br /> +Que le seul choix d'un père a droit de mettre au jour.<br /> +Il s'en pâme de joie, et dessus ma parole<br /> +De tant d'affronts reçus son âme se console;<br /> +Il les chérit peut-être et les tient à faveurs:<br /> +Tant ce trompeur espoir redouble ses ferveurs<a name="FNanchor_506" id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">[506]</a>!<span class="dalign">820</span><br /> +S'il rencontroit le père, et que mon entreprise....<span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">170</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRASTE, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Amarante!</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i5">Monsieur!</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Vous faites la surprise,</span><br /> +Encor que de si loin vous m'ayez vu venir,<br /> +Que Clarimond n'est plus à vous entretenir!<br /> +Je donne ainsi la chasse à ceux qui vous en content!<span class="dalign">825</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>A moi? Mes vanités jusque-là ne se montent.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Il sembloit toutefois parler d'affection.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Oui, mais qu'estimez-vous de son intention?</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Je crois que ses desseins tendent au mariage.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Il est vrai.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<span class="i5">Quelque foi qu'il vous donne pour gage</span><a name="FNanchor_507" id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">[507]</a>,<span class="dalign">830</span><br /> +Il cherche à vous surprendre, et sous ce faux appas<a name="FNanchor_508" id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">[508]</a><br /> +Il cache des projets que vous n'entendez pas. + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Votre âge soupçonneux a toujours des chimères<br /> +Qui le font mal juger des cœurs les plus sincères.<span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">171</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Où les conditions n'ont point d'égalité,<span class="dalign">835</span><br /> +L'amour ne se fait guère avec sincérité.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Posé que cela soit: Clarimond me caresse;<br /> +Mais si je vous disois que c'est pour ma maîtresse,<br /> +Et que le seul besoin qu'il a de mon secours,<br /> +Sortant d'avec Daphnis, l'arrête en mes discours?<span class="dalign">840</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>S'il a besoin de toi pour avoir bonne issue,<br /> +C'est signe que sa flamme est assez mal reçue.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Pas tant qu'elle paroît et que vous présumez.<br /> +D'un mutuel amour leurs cœurs sont enflammés;<br /> +Mais Daphnis se contraint, de peur de vous déplaire,<span class="dalign">845</span><br /> +Et sa bouche est toujours à ses desirs contraire,<br /> +Hormis lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment<a name="FNanchor_509" id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">[509]</a>,<br /> +Elle trouve à ses maux quelque soulagement.<br /> +Clarimond cependant, pour fondre tant de glaces,<br /> +Tâche par tous moyens d'avoir mes bonnes grâces;<span class="dalign">850</span><br /> +Et moi je l'entretiens toujours d'un peu d'espoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>A ce compte, Daphnis est fort dans le devoir:<br /> +Je n'en puis souhaiter un meilleur témoignage,<br /> +Et ce respect m'oblige à l'aimer davantage.<br /> +Je lui serai bon père, et puisque ce parti<span class="dalign">855</span><br /> +A sa condition se rencontre assorti,<br /> +Bien qu'elle pût encore un peu plus haut atteindre,<br /> +Je la veux enhardir à ne se plus contraindre.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Vous n'en pourrez jamais tirer la vérité:<br /> +Honteuse de l'aimer sans votre autorité,<span class="dalign">860</span><span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">172</a></span><br /> +Elle s'en défendra de toute sa puissance;<br /> +N'en cherchez point d'aveu que dans l'obéissance.<br /> +Quand vous aurez fait choix de cet heureux amant<a name="FNanchor_510" id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">[510]</a>,<br /> +Vos ordres produiront un prompt consentement.<br /> +Mais on ouvre la porte. Hélas! je suis perdue,<span class="dalign">865</span><br /> +Si j'ai tant de malheur qu'elle m'ait entendue.</p> + +<p class="font90 i4">(Elle rentre dans le jardin.)</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE</span><a name="FNanchor_511" id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">[511]</a>.</p> + +<p>Lui procurant du bien, elle croit la fâcher,<br /> +Et cette vaine peur la fait ainsi cacher.<br /> +Que ces jeunes cerveaux ont de traits de folie!<br /> +Mais il faut aller voir ce qu'aura fait Célie.<span class="dalign">870</span><br /> +Toutefois disons-lui quelque mot en passant,<br /> +Qui la puisse guérir du mal qu'elle ressent.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRASTE, DAPHNIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Ma fille, c'est en vain que tu fais la discrète;<br /> +J'ai découvert enfin ta passion secrète:<br /> +Je ne t'en parle point sur des avis douteux.<span class="dalign">875</span><br /> +N'en rougis point, Daphnis, ton choix n'est pas honteux;<br /> +Moi-même je l'agrée, et veux bien que ton âme<br /> +A cet amant si cher ne cache plus sa flamme<a name="FNanchor_512" id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">[512]</a>.<br /> +Tu pouvois en effet prétendre un peu plus haut;<br /> +Mais on ne peut assez estimer ce qu'il vaut:<span class="dalign">880</span><br /> +Ses belles qualités, son crédit et sa race<br /> +Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce.<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">173</a></span><br /> +Adieu: si tu le vois, tu peux lui témoigner<a name="FNanchor_513" id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">[513]</a><br /> +Que sans beaucoup de peine on me pourra gagner.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS.</h4> + +<p>D'aise et d'étonnement je demeure immobile.<span class="dalign">885</span><br /> +D'où lui vient cette humeur de m'être si facile?<br /> +D'où me vient ce bonheur où je n'osois penser?<br /> +Florame, il m'est permis de te récompenser;<br /> +Et sans plus déguiser ce qu'un père autorise,<br /> +Je puis me revancher du don de ta franchise<a name="FNanchor_514" id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">[514]</a>;<span class="dalign">890</span><br /> +Ton mérite le rend, malgré ton peu de biens,<br /> +Indulgent à mes feux, et favorable aux tiens:<br /> +Il trouve en tes vertus des richesses plus belles<a name="FNanchor_515" id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">[515]</a>.<br /> +Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous si fidèles<a name="FNanchor_516" id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">[516]</a>?<br /> +Mon heur me rend confuse, et ma confusion<span class="dalign">895</span><br /> +Me fait tout soupçonner de quelque illusion.<br /> +Je ne me trompe point, ton mérite et ta race<br /> +Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce.<br /> +Florame, il est tout vrai, dès lors que je te vis,<br /> +Un battement de cœur me fit de cet avis;<span class="dalign">900</span><br /> +Et mon père aujourd'hui souffre que dans son âme<br /> +Les mêmes sentiments....<span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">174</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME, DAPHNIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p><span class="i10">Quoi! vous voilà, Florame?</span><br /> +Je vous avois prié tantôt de me quitter.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Et je vous ai quittée aussi sans contester.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Mais revenir sitôt, c'est me faire une offense.<span class="dalign">905</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Quand j'aurois sur ce point reçu quelque défense,<br /> +Si vous saviez quels feux ont pressé mon retour,<br /> +Vous en pardonneriez le crime à mon amour.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Ne vous préparez point à dire des merveilles,<br /> +Pour me persuader des flammes sans pareilles<a name="FNanchor_517" id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">[517]</a>.<span class="dalign">910</span><br /> +Je crois que vous m'aimez, et c'est en croire plus<br /> +Que n'en exprimeroient vos discours superflus.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Mes feux, qu'ont redoublés<a name="FNanchor_518" id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">[518]</a> ces propos adorables,<br /> +A force d'être crus deviennent incroyables,<br /> +Et vous n'en croyez rien qui ne soit au-dessous:<span class="dalign">915</span><br /> +Que ne m'est-il permis d'en croire autant de vous?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Votre croyance est libre.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<span class="i10">Il me la faudroit vraie.</span> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Mon cœur par mes regards vous fait trop voir sa plaie.<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">175</a></span><br /> +Un homme si savant au langage des yeux<br /> +Ne doit pas demander que je m'explique mieux.<span class="dalign">920</span><br /> +Mais puisqu'il vous en faut un aveu de ma bouche,<br /> +Allez, assurez-vous que votre amour me touche.<br /> +<span class="i1">Depuis tantôt je parle un peu plus librement</span><a name="FNanchor_519" id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">[519]</a>,<br /> +Ou, si vous le voulez, un peu plus hardiment:<br /> +Aussi j'ai vu mon père, et s'il vous faut tout dire,<span class="dalign">925</span><br /> +Avec tous nos desirs sa volonté conspire<a name="FNanchor_520" id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">[520]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Surpris, ravi, confus, je n'ai que repartir.<br /> +Être aimé de Daphnis! un père y consentir!<br /> +Dans mon affection ne trouver plus d'obstacles<a name="FNanchor_521" id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">[521]</a>!<br /> +Mon espoir n'eût osé concevoir ces miracles.<span class="dalign">930</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Miracles toutefois qu'Amarante a produits:<br /> +De sa jalouse humeur nous tirons ces doux fruits.<br /> +Au récit de nos feux, malgré son artifice,<br /> +La bonté de mon père a trompé sa malice;<br /> +Du moins je le présume, et ne puis soupçonner<a name="FNanchor_522" id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">[522]</a><span class="dalign">935</span><br /> +Que mon père sans elle ait pu rien deviner.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Les avis d'Amarante, en trahissant ma flamme,<br /> +N'ont point gagné Géraste en faveur de Florame.<br /> +Les ressorts d'un miracle ont un plus haut moteur,<br /> +Et tout autre qu'un dieu n'en peut être l'auteur.<span class="dalign">940</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>C'en est un que l'Amour. +<span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">176</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p><span class="i10">Et vous verrez peut-être</span><br /> +Que son pouvoir divin se fait ici paroître,<br /> +Dont quelques grands effets, avant qu'il soit longtemps,<br /> +Vous rendront étonnée, et nos desirs contents.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Florame, après vos feux et l'aveu de mon père,<span class="dalign">945</span><br /> +L'amour n'a point d'effets capables de me plaire.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Aimez-en le premier, et recevez la foi<a name="FNanchor_523" id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">[523]</a><br /> +D'un bienheureux amant qu'il met sous votre loi.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Vous, prisez le dernier qui vous donne la mienne.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Quoique dorénavant Amarante survienne,<span class="dalign">950</span><br /> +Je crois que nos discours iront d'un pas égal<a name="FNanchor_524" id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">[524]</a>.<br /> +Sans donner sur le rhume ou gauchir sur le bal.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Si je puis tant soit peu dissimuler ma joie,<br /> +Et que dessus mon front son excès ne se voie,<br /> +Je me jouerai bien d'elle et des empêchements<span class="dalign">955</span><br /> +Que son adresse apporte à nos contentements<a name="FNanchor_525" id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">[525]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>J'en apprendrai de vous l'agréable nouvelle.<br /> +Un ordre nécessaire au logis me rappelle,<br /> +Et doit fort avancer le succès de nos vœux.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Nous n'avons plus qu'une âme et qu'un vouloir nous deux.<span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">177</a></span><br /> +Bien que vous éloigner ce me soit un martyre,<br /> +Puisque vous le voulez, je n'y puis contredire.<br /> +Mais quand dois-je espérer de vous revoir ici?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Dans une heure au plus tard.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p><span class="i11">Allez donc: la voici.</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE X.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Amarante, vraiment vous êtes fort jolie;<span class="dalign">965</span><br /> +Vous n'égayez pas mal votre mélancolie;<br /> +Votre jaloux chagrin a de beaux agréments<a name="FNanchor_526" id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">[526]</a>,<br /> +Et choisit assez bien ses divertissements:<br /> +Votre esprit pour vous-même a force complaisance<br /> +De me faire l'objet de votre médisance;<span class="dalign">970</span><br /> +Et pour donner couleur à vos détractions,<br /> +Vous lisez fort avant dans mes intentions.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Moi! que de vous j'osasse aucunement médire!</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Voyez-vous, Amarante, il n'est plus temps de rire.<br /> +Vous avez vu mon père, avec qui vos discours<span class="dalign">975</span><br /> +M'ont fait à votre gré de frivoles amours.<br /> +Quoi! souffrir un moment l'entretien de Florame,<br /> +Vous le nommez bientôt une secrète flamme?<br /> +Cette jalouse humeur dont vous suivez la loi<br /> +Vous fait en mes secrets plus savante que moi.<span class="dalign">980</span><br /> +Mais passe pour le croire; il falloit que mon père<span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">178</a></span><br /> +De votre confidence apprît cette chimère?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>S'il croit que vous l'aimez, c'est sur quelque soupçon<br /> +Où je ne contribue en aucune façon.<br /> +Je sais trop que le ciel, avec de telles grâces<a name="FNanchor_527" id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">[527]</a>,<span class="dalign">985</span><br /> +Vous donne trop de cœur pour des flammes si basses;<br /> +Et quand je vous croirois dans cet indigne choix,<br /> +Je sais ce que je suis et ce que je vous dois.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Ne tranchez point ainsi de la respectueuse:<br /> +Votre peine après tout vous est bien fructueuse;<span class="dalign">990</span><br /> +Vous la devez chérir, et son heureux succès<br /> +Qui chez nous à Florame interdit tout accès.<br /> +Mon père le bannit et de l'une et de l'autre:<br /> +Pensant nuire à mon feu, vous ruinez le vôtre.<br /> +Je lui viens de parler, mais c'étoit seulement<span class="dalign">995</span><br /> +Pour lui dire l'arrêt de son bannissement.<br /> +Vous devez cependant être fort satisfaite<br /> +Qu'à votre occasion un père me maltraite;<br /> +Pour fruit de vos labeurs si cela vous suffit,<br /> +C'est acquérir ma haine avec peu de profit.<span class="dalign">1000</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Si touchant vos amours on sait rien de ma bouche,<br /> +Que je puisse à vos yeux devenir une souche!<br /> +Que le ciel....</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p><span class="i6">Finissez vos imprécations.</span><br /> +J'aime votre malice et vos délations.<br /> +<span class="i1">Ma mignonne, apprenez que vous êtes déçue:</span><span class="dalign">1005</span><br /> +C'est par votre rapport que mon ardeur est sue;<br /> +Mais mon père y consent, et vos avis jaloux<br /> +N'ont fait que me donner Florame pour époux.</p> + +<hr class="c15" /> +<span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">179</a></span> + +<h3>SCÈNE XI.</h3> + +<h4 class="p2">AMARANTE.</h4> + +<p>Ai-je bien entendu? Sa belle humeur se joue<a name="FNanchor_528" id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">[528]</a>,<br /> +Et par plaisir soi-même elle se désavoue.<span class="dalign">1010</span><br /> +Son père la maltraite, et consent à ses vœux!<br /> +Ai-je nommé Florame en parlant de ses feux?<br /> +Florame, Clarimond, ces deux noms, ce me semble,<br /> +Pour être<a name="FNanchor_529" id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">[529]</a> confondus, n'ont rien qui se ressemble.<br /> +Le moyen que jamais on entendît si mal,<span class="dalign">1015</span><br /> +Que l'un de ces amants fût pris pour son rival<a name="FNanchor_530" id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">[530]</a>?<br /> +Je ne sais où j'en suis, et toutefois j'espère:<br /> +Sous ces obscurités je soupçonne un mystère;<br /> +Et mon esprit confus, à force de douter,<br /> +Bien qu'il n'ose rien croire, ose encor se flatter.<span class="dalign">1020</span></p> + +<p class="p2 center i1"><small><b>FIN DU TROISIÈME ACTE.</b></small></p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">180</a></span></p> + +<h2>ACTE IV.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS.</h4> + +<p><span class="i3">Qu'en l'attente de ce qu'on aime</span><br /> +<span class="i3">Une heure est fâcheuse à passer!</span><br /> +<span class="i3">Qu'elle ennuie un amour<a name="FNanchor_531" id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">[531]</a> extrême</span><br /> +Dont la joie est réduite aux douceurs d'y penser<a name="FNanchor_532" id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">[532]</a>!</p> + +<p><span class="i3">Le mien, qui fuit la défiance,</span><span class="dalign">1025</span><br /> +<span class="i3">La trouve trop longue à venir,</span><br /> +<span class="i3">Et s'accuse d'impatience,</span><br /> +Plutôt que mon amant de peu de souvenir.</p> + +<p><span class="i3">Ainsi moi-même je m'abuse,</span><br /> +<span class="i3">De crainte d'un plus grand ennui,</span><span class="dalign">1030</span><br /> +<span class="i3">Et je ne cherche plus de ruse</span><br /> +Qu'à m'ôter tout sujet de me plaindre de lui.</p> + +<p><span class="i3">Aussi bien, malgré ma colère,</span><br /> +<span class="i3">Je brûlerois de m'apaiser,</span><br /> +<span class="i3">Et sa peine la plus sévère</span><span class="dalign">1035</span><br /> +Ne seroit tout au plus qu'un mot pour l'excuser<a name="FNanchor_533" id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">[533]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">181</a></span> +<span class="i3">Je dois rougir de ma foiblesse;</span><br /> +<span class="i3">C'est être trop bonne en effet.</span><br /> +<span class="i3">Daphnis, fais un peu la maîtresse,</span><br /> +Et souviens-toi du moins....</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRASTE, CÉLIE, DAPHNIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE</span>, <span class="font90">à Célie.</span></p> + +<p><span class="i12">Adieu, cela vaut fait,</span><span class="dalign">1040</span><br /> +Tu l'en peux assurer.</p> + +<p class="font90 center">(Célie rentre, et Géraste continue à parler à Daphnis<a name="FNanchor_534" id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">[534]</a>.)</p> + +<p><span class="i6">Ma fille, je présume,</span><br /> +Quelques feux dans ton cœur que ton amant allume,<br /> +Que tu ne voudrois pas sortir de ton devoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>C'est ce que le passé vous a pu faire voir.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Mais si pour en tirer une preuve plus claire<a name="FNanchor_535" id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">[535]</a>,<span class="dalign">1045</span><br /> +Je disois qu'il faut prendre un sentiment contraire,<br /> +Qu'une autre occasion te donne un autre amant?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Il seroit un peu tard pour un tel changement:<br /> +Sous votre autorité j'ai dévoilé mon âme,<br /> +J'ai découvert mon cœur à l'objet de ma flamme,<span class="dalign">1050</span><br /> +Et c'est sous votre aveu qu'il a reçu ma foi.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">182</a></span> +<span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Oui, mais je viens de faire un autre choix pour toi<a name="FNanchor_536" id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">[536]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Ma foi ne permet plus une telle inconstance.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Et moi, je ne saurois souffrir de résistance.<br /> +Si ce gage est donné par mon consentement,<span class="dalign">1055</span><br /> +Il faut le retirer par mon commandement<a name="FNanchor_537" id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">[537]</a>.<br /> +Vous soupirez en vain: vos soupirs et vos larmes<br /> +Contre ma volonté sont d'impuissantes armes.<br /> +Rentrez; je ne puis voir qu'avec mille douleurs<br /> +Votre rébellion s'exprimer par vos pleurs.<span class="dalign">1060</span></p> + +<p class="font90 i4">(Daphnis rentre, et Géraste continue<a name="FNanchor_538" id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">[538]</a>.)</p> + +<p>La pitié me gagnoit: il m'étoit impossible<br /> +De voir encor ses pleurs, et n'être pas sensible:<br /> +Mon injuste rigueur ne pouvoit plus tenir,<br /> +Et de peur de me rendre il la falloit bannir<a name="FNanchor_539" id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">[539]</a>.<br /> +N'importe toutefois, la parole me lie,<span class="dalign">1065</span><br /> +Et mon amour ainsi l'a promis à Célie:<br /> +Florise ne se peut acquérir qu'à ce prix;<br /> +Si Florame....</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRASTE, AMARANTE.</h4> +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i6">Monsieur, vous vous êtes mépris:</span><br /> +C'est Clarimond qu'elle aime.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p><span class="i11">Et ma plus grande peine</span><span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">183</a></span><br /> +N'est que d'en avoir eu la preuve trop certaine.<span class="dalign">1070</span><br /> +Dans sa rébellion à mon autorité,<br /> +L'amour qu'elle a pour lui n'a que trop éclaté.<br /> +Si pour ce cavalier elle avoit moins de flamme,<br /> +Elle agréeroit le choix que je fais de Florame,<br /> +Et prenant désormais un mouvement plus sain,<span class="dalign">1075</span><br /> +Ne s'obstineroit pas à rompre mon dessein.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>C'est ce choix inégal qui vous la fait rebelle;<br /> +Mais pour tout autre amant n'appréhendez rien d'elle.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Florame a peu de bien, mais pour quelque raison<br /> +C'est lui seul dont je fais l'appui de ma maison<a name="FNanchor_540" id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">[540]</a>.<span class="dalign">1080</span><br /> +Examiner mon choix, c'est un trait d'imprudence.<br /> +Toi qu'à présent Daphnis traite de confidence<a name="FNanchor_541" id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">[541]</a>,<br /> +Et dont le seul avis gouverne ses secrets,<br /> +Je te prie, Amarante, adoucis ses regrets;<br /> +Résous-la, si tu peux, à contenter un père;<span class="dalign">1085</span><br /> +Fais qu'elle aime Florame ou craigne ma colère.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Puisque vous le voulez, j'y ferai mon pouvoir:<br /> +C'est chose toutefois dont j'ai si peu d'espoir,<br /> +Que je craindrois plutôt de l'aigrir davantage<a name="FNanchor_542" id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">[542]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Il est tant de moyens de fléchir un courage<a name="FNanchor_543" id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">[543]</a>!<span class="dalign">1090</span><br /> +Trouve pour la gagner quelque subtil appas:<br /> +La récompense après ne te manquera pas.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">184</a></span></p> + +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">AMARANTE.</h4> + +<p>Accorde qui pourra le père avec la fille!<br /> +L'égarement d'esprit règne sur la famille<a name="FNanchor_544" id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">[544]</a>.<br /> +Daphnis aime Florame, et son père y consent:<span class="dalign">1095</span><br /> +D'elle-même j'ai su l'aise qu'elle en ressent<a name="FNanchor_545" id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">[545]</a>;<br /> +Et si j'en crois ce père, elle ne porte en l'âme<br /> +Que révolte, qu'orgueil, que mépris pour Florame.<br /> +Peut-elle s'opposer à ses propres desirs,<br /> +Démentir tout son cœur, détruire ses plaisirs?<span class="dalign">1100</span><br /> +S'ils sont sages tous deux, il faut que je sois folle.<br /> +Leur mécompte pourtant, quel qu'il soit, me console;<br /> +Et bien qu'il me réduise au bout de mon latin<a name="FNanchor_546" id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">[546]</a>,<br /> +Un peu plus en repos j'en attendrai la fin.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME, DAMON.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Sans me voir elle rentre, et quelque bon génie<span class="dalign">1105</span><br /> +Me sauve de ses yeux et de sa tyrannie.<br /> +Je ne me croyois pas quitte de ses discours,<br /> +A moins que sa maîtresse en vînt rompre le cours. +</p> +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Je voudrois t'avoir vu dedans cette contrainte.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">185</a></span> +<span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Peut-être voudrois-tu qu'elle empêchât ma plainte<a name="FNanchor_547" id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">[547]</a>?<span class="dalign">1110</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Si Théante sait tout, sans raison tu t'en plains:<br /> +Je t'ai dit ses secrets, comme à lui tes desseins;<br /> +Il voit dedans ton cœur, tu lis dans son courage,<br /> +Et je vous fais combattre ainsi sans avantage.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Toutefois au combat tu n'as pu l'engager.<span class="dalign">1115</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Sa générosité n'en craint pas le danger;<br /> +Mais cela choque un peu sa prudence amoureuse,<br /> +Vu que la fuite en est la fin la plus heureuse,<br /> +Et qu'il faut que, l'un mort, l'autre tire pays<a name="FNanchor_548" id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">[548]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Malgré le déplaisir de mes secrets trahis,<span class="dalign">1120</span><br /> +Je ne puis, cher ami, qu'avec toi je ne rie<br /> +Des subtiles raisons de sa poltronnerie.<br /> +Nous faire ce duel sans s'exposer aux coups,<br /> +C'est véritablement en savoir plus que nous,<br /> +Et te mettre en sa place avec assez d'adresse.<span class="dalign">1125</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Qu'importe à quels périls il gagne une maîtresse?<br /> +Que ses rivaux entre eux fassent mille combats,<br /> +Que j'en porte parole, ou ne la porte pas,<br /> +Tout lui semblera bon, pourvu que sans en être<br /> +Il puisse de ces lieux les faire disparoître.<span class="dalign">1130</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Mais ton service offert hasardoit bien ta foi,<br /> +Et s'il eût eu du cœur, t'engageoit contre moi.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">186</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Je savois trop que l'offre en seroit rejetée:<br /> +Depuis plus de dix ans je connois sa portée.<br /> +Il ne devient mutin que fort malaisément,<span class="dalign">1135</span><br /> +Et préfère la ruse à l'éclaircissement.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Les maximes qu'il tient pour conserver sa vie<br /> +T'ont donné des plaisirs où je te porte envie.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Tu peux incontinent les goûter si tu veux.<br /> +Lui, qui doute fort peu du succès de ses vœux,<span class="dalign">1140</span><br /> +Et qui croit que déjà Clarimond et Florame<br /> +Disputent loin d'ici le sujet de leur flamme,<br /> +Seroit-il homme à perdre un temps si précieux,<br /> +Sans aller chez Daphnis faire le gracieux,<br /> +Et seul, à la faveur de quelque mot pour rire,<span class="dalign">1145</span><br /> +Prendre l'occasion de conter son martyre?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Mais s'il nous trouve ensemble, il pourra soupçonner<a name="FNanchor_549" id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">[549]</a><br /> +Que nous prenons plaisir tous deux à le berner<a name="FNanchor_550" id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">[550]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>De peur que nous voyant il conçût quelque ombrage<a name="FNanchor_551" id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">[551]</a>,<br /> +J'avois mis tout exprès Cléon sur le passage.<span class="dalign">1150</span><br /> +Théante approche-t-il?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉON</span><a name="FNanchor_552" id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">[552]</a>.</p> + +<p><span class="i9">Il est en ce carfour.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Adieu donc: nous pourrons le jouer tour à tour.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">187</a></span> +<span class="smcap i6">FLORAME</span>, <span class="font90">seul.</span></p> + +<p>Je m'étonne comment tant de belles parties<br /> +En cet illustre amant sont si mal assorties<a name="FNanchor_553" id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">[553]</a>,<br /> +Qu'il a si mauvais cœur avec de si bons yeux,<span class="dalign">1155</span><br /> +Et fait un si beau choix sans le défendre mieux.<br /> +Pour tant d'ambition, c'est bien peu de courage.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME, THÉANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Quelle surprise, ami, paroît sur ton visage?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>T'ayant cherché longtemps, je demeure confus<br /> +De t'avoir rencontré quand je n'y pensois plus.<span class="dalign">1160</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Parle plus franchement: fâché de ta promesse<a name="FNanchor_554" id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">[554]</a>,<br /> +Tu veux et n'oserois reprendre ta maîtresse?<br /> +Ta passion, qui souffre une trop dure loi,<br /> +Pour la gouverner seul te déroboit de moi?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>De peur que ton esprit formât cette croyance<a name="FNanchor_555" id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">[555]</a>,<span class="dalign">1165</span><br /> +De l'aborder sans toi je faisois conscience.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>C'est ce qui t'obligeoit sans doute à me chercher?<br /> +Mais ne te prive plus d'un entretien si cher.<br /> +Je te cède Amarante et te rends ta parole<a name="FNanchor_556" id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor">[556]</a>:<br /> +J'aime ailleurs; et lassé d'un compliment frivole,<span class="dalign">1170</span><span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">188</a></span><br /> +Et de feindre une ardeur qui blesse mes amis,<br /> +Ma flamme est véritable et son effet permis.<br /> +J'adore une beauté qui peut disposer d'elle,<br /> +Et seconder mes feux sans se rendre infidèle.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Tu veux dire Daphnis?</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p><span class="i9">Je ne puis te celer</span><a name="FNanchor_557" id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor">[557]</a><span class="dalign">1175</span><br /> +Qu'elle est l'unique objet pour qui je veux brûler.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Le bruit vole déjà qu'elle est pour toi sans glace,<br /> +Et déjà d'un cartel Clarimond te menace.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Qu'il vienne, ce rival, apprendre, à son malheur,<br /> +Que s'il me passe en biens, il me cède en valeur.<span class="dalign">1180</span><br /> +Que sa vaine arrogance, en ce duel trompée,<br /> +Me fasse mériter Daphnis à coups d'épée:<br /> +Par là je gagne tout; ma générosité<br /> +Suppléera ce qui fait notre inégalité;<br /> +Et son père, amoureux du bruit de ma vaillance,<span class="dalign">1185</span><br /> +La fera sur ses biens emporter la balance.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Tu n'en peux espérer un moindre événement:<br /> +L'heur suit dans les duels le plus heureux amant;<br /> +Le glorieux succès d'une action si belle<a name="FNanchor_558" id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor">[558]</a>,<br /> +Ton sang mis au hasard ou répandu pour elle,<span class="dalign">1190</span><br /> +Ne peut laisser au père aucun lieu de refus.<br /> +Tiens ta maîtresse acquise et ton rival confus;<span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">189</a></span><br /> +Et sans t'épouvanter d'une vaine fortune<br /> +Qu'il soutient lâchement d'une valeur commune,<br /> +Ne fais de son orgueil qu'un sujet de mépris,<span class="dalign">1195</span><br /> +Et pense que Daphnis ne s'acquiert qu'à ce prix.<br /> +Adieu: puisse le ciel à ton amour parfaite<br /> +Accorder un succès tel que je le souhaite!</p> + +<span class="smcap i6">FLORAME</span><a name="FNanchor_559" id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor">[559]</a>. + +<p>Ce cartel, ce me semble, est trop long à venir:<br /> +Mon courage bouillant ne se peut contenir;<span class="dalign">1200</span><br /> +Enflé par tes discours, il ne sauroit attendre<a name="FNanchor_560" id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor">[560]</a><br /> +Qu'un insolent défi l'oblige à se défendre.<br /> +<span class="i1">Va donc, et de ma part appelle Clarimond;</span><br /> +Dis-lui que pour demain il choisisse un second,<br /> +Et que nous l'attendrons au château de Bissêtre<a name="FNanchor_561" id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor">[561]</a>.<span class="dalign">1205</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>J'adore ce grand cœur qu'ici tu fais paroître,<br /> +Et demeure ravi du trop d'affection<br /> +Que tu m'as témoigné par cette élection.<br /> +Prends-y garde pourtant: pense à quoi tu t'engages.<br /> +Si Clarimond, lassé de souffrir tant d'outrages,<span class="dalign">1210</span><br /> +Éteignant son amour, te cédoit ce bonheur,<br /> +Quel besoin seroit-il de le piquer d'honneur?<br /> +Peut-être qu'un faux bruit nous apprend sa menace:<br /> +C'est à toi seulement de défendre ta place.<br /> +Ces coups du désespoir des amants méprisés<span class="dalign">1215</span><br /> +N'ont rien d'avantageux pour les favorisés.<br /> +Qu'il recoure, s'il veut, à ces fâcheux remèdes<a name="FNanchor_562" id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor">[562]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">190</a></span><br /> +Ne lui querelle point un bien que tu possèdes;<br /> +Ton amour, que Daphnis ne sauroit dédaigner,<br /> +Court risque d'y tout perdre, et n'y peut rien gagner<a name="FNanchor_563" id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor">[563]</a>.<br /> +Avise encore un coup: ta valeur inquiète<a name="FNanchor_564" id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor">[564]</a><br /> +En d'extrêmes périls un peu trop tôt te jette.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Quels périls? L'heur y suit le plus heureux amant.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Quelquefois le hasard en dispose autrement.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Clarimond n'eut jamais qu'une valeur commune.<span class="dalign">1225</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>La valeur aux duels fait moins que la fortune.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>C'est par là seulement qu'on mérite Daphnis.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Mais plutôt de ses yeux par là tu te bannis.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Cette belle action pourra gagner son père.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère.<span class="dalign">1230</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Acceptant un cartel, suis-je plus assuré?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Où l'honneur souffriroit rien n'est considéré.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Je ne puis résister à des raisons si fortes;<br /> +Sur ma bouillante ardeur malgré moi tu l'emportes:<br /> +J'attendrai qu'on m'attaque.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">191</a></span> +<span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i11">Adieu donc.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p><span class="i16">En ce cas,</span><span class="dalign">1235</span><br /> +Souviens-t'en, cher ami, tu me promets ton bras<a name="FNanchor_565" id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor">[565]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Dispose de ma vie.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME</span>, <span class="font90">seul.</span></p> + +<p><span class="i8">Elle est fort assurée,</span><br /> +Si rien que ce duel n'empêche sa durée.<br /> +Il en parle des mieux: c'est un jeu qui lui plaît;<br /> +Mais il devient fort sage aussitôt qu'il en est,<span class="dalign">1240</span><br /> +Et montre cependant des grâces peu vulgaires<br /> +A battre ses raisons par des raisons contraires.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">DAPHNIS, FLORAME.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Je n'osois t'aborder les yeux baignés de pleurs,<br /> +Et devant ce rival t'apprendre nos malheurs.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Vous me jetez, Madame, en d'étranges alarmes<a name="FNanchor_566" id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor">[566]</a>.<span class="dalign">1245</span><br /> +Dieux! et d'où peut venir ce déluge de larmes?<br /> +Le bonhomme est-il mort?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p><span class="i10">Non, mais il se dédit;</span><br /> +Tout amour désormais pour toi m'est interdit:<br /> +Si bien qu'il me faut être ou rebelle ou parjure,<br /> +Forcer les droits d'Amour ou ceux de la nature,<span class="dalign">1250</span><br /> +Mettre un autre en ta place ou lui désobéir,<span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">192</a></span><br /> +L'irriter ou moi-même avec toi me trahir.<br /> +A moins que de changer, sa haine inévitable<a name="FNanchor_567" id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor">[567]</a><br /> +Me rend de tous côtés ma perte indubitable:<br /> +Je ne puis conserver mon devoir et ma foi,<span class="dalign">1255</span><br /> +Ni sans crime brûler pour d'autres ni pour toi.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Le nom de cet amant, dont l'indiscrète envie<br /> +A mes ressentiments vient apporter sa vie!<br /> +Le nom de cet amant, qui par sa prompte mort<br /> +Doit, au lieu du vieillard, me réparer ce tort,<span class="dalign">1260</span><br /> +Et qui, sur quelque orgueil que son amour se fonde<a name="FNanchor_568" id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor">[568]</a>,<br /> +N'a que jusqu'à ma vue à demeurer au monde!</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Je n'aime pas si mal que de m'en informer:<br /> +Je t'aurois fait trop voir que j'eusse pu l'aimer.<br /> +Si j'en savois le nom, ta juste défiance<a name="FNanchor_569" id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor">[569]</a><span class="dalign">1265</span><br /> +Pourroit à ses défauts imputer ma constance,<br /> +A son peu de mérite attacher mon dédain,<br /> +Et croire qu'un plus digne auroit reçu ma main.<br /> +<span class="i1">J'atteste ici le bras qui lance le tonnerre,</span><br /> +Que tout ce que le ciel a fait paroître en terre<span class="dalign">1270</span><br /> +De mérites, de biens, de grandeurs et d'appas,<br /> +En même objet uni, ne m'ébranleroit pas:<br /> +Florame a droit lui seul de captiver mon âme<a name="FNanchor_570" id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor">[570]</a>;<br /> +Florame vaut lui seul à ma pudique flamme<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">193</a></span><br /> +Tout ce que peut le monde offrir à mes ardeurs<span class="dalign">1275</span><br /> +De mérites, d'appas, de biens et de grandeurs.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Qu'avec des mots si doux vous m'êtes inhumaine<a name="FNanchor_571" id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor">[571]</a>!<br /> +Vous me comblez de joie et redoublez ma peine.<br /> +L'effet d'un tel amour, hors de votre pouvoir,<br /> +Irrite d'autant plus mon sanglant désespoir;<span class="dalign">1280</span><br /> +L'excès de votre ardeur ne sert qu'à mon supplice.<br /> +Devenez-moi cruelle afin que je guérisse.<br /> +Guérir? ah! qu'ai-je dit? ce mot me fait horreur:<br /> +Pardonnez aux transports d'une aveugle fureur.<br /> +Aimez toujours Florame, et quoi qu'il ait pu dire,<span class="dalign">1285</span><br /> +Croissez de jour en jour vos feux et son martyre.<br /> +Peut-il rendre sa vie à de plus heureux coups,<br /> +Ou mourir plus content que pour vous et par vous?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Puisque de nos destins la rigueur trop sévère<br /> +Oppose à nos desirs l'autorité d'un père,<span class="dalign">1290</span><br /> +Que veux-tu que je fasse? En l'état où je suis,<br /> +Être à toi malgré lui, c'est ce que je ne puis;<br /> +Mais je puis empêcher qu'un autre me possède,<br /> +Et qu'un indigne amant à Florame succède:<br /> +Le cœur me manque; adieu: je sens faillir ma voix<a name="FNanchor_572" id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor">[572]</a>.<span class="dalign">1295</span><br /> +<span class="i1">Florame, souviens-toi de ce que tu me dois:</span><br /> +Si nos feux sont égaux, mon exemple t'ordonne<br /> +Ou d'être à ta Daphnis ou de n'être à personne.</p> + +<hr class="c15" /> +<span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">194</a></span> + +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME.</h4> + +<p>Dépourvu de conseil comme de sentiment,<br /> +L'excès de ma douleur m'ôte le jugement.<span class="dalign">1300</span><br /> +De tant de biens promis je n'ai plus que sa vue,<br /> +Et mes bras impuissants ne l'ont pas retenue;<br /> +Et même je lui laisse abandonner ce lieu<a name="FNanchor_573" id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor">[573]</a>,<br /> +Sans trouver de parole à lui dire un adieu.<br /> +Ma fureur pour Daphnis a de la complaisance:<span class="dalign">1305</span><br /> +Mon désespoir n'osoit agir en sa présence,<br /> +De peur que mon tourment aigrît ses déplaisirs;<br /> +Une pitié secrète étouffoit mes soupirs:<br /> +Sa douleur par respect faisoit taire la mienne;<br /> +Mais ma rage à présent n'a rien qui la retienne.<span class="dalign">1310</span><br /> +<span class="i1">Sors, infâme vieillard, dont le consentement</span><br /> +Nous a vendu si cher le bonheur d'un moment;<br /> +Sors, que tu sois puni de cette humeur brutale<br /> +Qui rend ta volonté pour nos feux inégale.<br /> +A nos chastes amours qui t'a fait consentir,<span class="dalign">1315</span><br /> +Barbare? mais plutôt qui t'en fait repentir?<br /> +Crois-tu qu'aimant Daphnis, le titre de son père<br /> +Débilite ma force ou rompe ma colère?<br /> +Un nom si glorieux, lâche, ne t'est plus dû<a name="FNanchor_574" id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor">[574]</a>:<br /> +En lui manquant de foi, ton crime l'a perdu.<span class="dalign">1320</span><br /> +Plus j'ai d'amour pour elle, et plus pour toi de haine<br /> +Enhardit ma vengeance et redouble ta peine:<br /> +Tu mourras; et je veux, pour finir mes ennuis,<br /> +Mériter par ta mort celle où tu me réduis.<br /> +<span class="i1">Daphnis, à ma fureur ma bouche abandonnée</span><span class="dalign">1325</span><span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">195</a></span><br /> +Parle d'ôter la vie à qui te l'a donnée!<br /> +Je t'aime, et je t'oblige à m'avoir en horreur,<br /> +Et ne connois encor qu'à peine mon erreur!<br /> +Si je suis sans respect pour ce que tu respectes,<br /> +Que mes affections ne t'en soient pas suspectes.<span class="dalign">1330</span><br /> +De plus réglés transports me feroient trahison;<br /> +Si j'avois moins d'amour, j'aurois de la raison;<br /> +C'est peu que de la perdre, après t'avoir perdue:<br /> +Rien ne sert plus de guide à mon âme éperdue,<br /> +Je condamne à l'instant ce que j'ai résolu;<span class="dalign">1335</span><br /> +Je veux, et ne veux plus sitôt que j'ai voulu;<br /> +Je menace Géraste, et pardonne à ton père:<br /> +Ainsi rien ne me venge, et tout me désespère.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME, CÉLIE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME</span>,<span class="font90"> en soupirant</span><a name="FNanchor_575" id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor">[575]</a>.</p> + +<p>Célie....</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p><span class="i5 +4">Eh bien, Célie? enfin elle a tant fait,</span><br /> +Qu'à vos desirs Géraste accorde leur effet.<span class="dalign">1340</span><br /> +Quel visage avez-vous? Votre aise vous transporte.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Cesse d'aigrir ma flamme en raillant de la sorte,<br /> +Organe d'un vieillard qui croit faire un bon tour<br /> +De se jouer de moi par une feinte amour.<br /> +Si tu te veux du bien, fais-lui tenir promesse:<span class="dalign">1345</span><br /> +Vous me rendrez tous deux la vie ou ma maîtresse;<span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">196</a></span><br /> +Et ce jour expiré, je vous ferai sentir<br /> +Que rien de ma fureur ne vous peut garantir.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Florame!</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p><span class="i4">Je ne puis parler à des perfides.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE</span><a name="FNanchor_576" id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor">[576]</a>.</p> + +<p>Il veut donner l'alarme à mes esprits timides,<span class="dalign">1350</span><br /> +Et prend plaisir lui-même à se jouer de moi.<br /> +Géraste a trop d'amour pour n'avoir point de foi;<br /> +Et s'il pouvoit donner trois Daphnis pour Florise,<br /> +Il la tiendroit encore heureusement acquise<a name="FNanchor_577" id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor">[577]</a>.<br /> +D'ailleurs ce grand courroux pourroit-il être feint?<span class="dalign">1355</span><br /> +Auroit-il pu sitôt falsifier son teint<a name="FNanchor_578" id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor">[578]</a>,<br /> +Et si bien ajuster ses yeux et son langage<br /> +A ce que sa fureur marquoit sur son visage?<br /> +Quelqu'un des deux me joue: épions tous les deux<br /> +Et nous éclaircissons sur un point si douteux.<span class="dalign">1360</span></p> + +<p class="center p2 i1"><small><b>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</b></small></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">197</a></span></p> + +<h2>ACTE V.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">THÉANTE, DAMON.</h4> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Croirois-tu qu'un moment m'ait pu changer de sorte<br /> +Que je passe à regret par devant cette porte?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Que ton humeur n'a-t-elle un peu plus tôt changé<a name="FNanchor_579" id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor">[579]</a>?<br /> +Nous aurions vu l'effet où tu m'as engagé.<br /> +Tantôt quelque démon ennemi de ta flamme<span class="dalign">1365</span><br /> +Te faisoit en ces lieux accompagner Florame:<br /> +Sans la crainte qu'alors il te prît pour second,<br /> +Je l'allois appeler au nom de Clarimond;<br /> +Et comme si depuis il étoit invisible,<br /> +Sa rencontre pour moi s'est rendue impossible<a name="FNanchor_580" id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor">[580]</a>.<span class="dalign">1370</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Ne le cherche donc plus. A bien considérer,<br /> +Qu'ils se battent ou non, je n'en puis qu'espérer.<br /> +Daphnis, que son adresse a malgré moi séduite<a name="FNanchor_581" id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor">[581]</a>,<br /> +Ne pourroit l'oublier, quand il seroit en fuite:<br /> +Leur amour est trop forte; et d'ailleurs son trépas,<span class="dalign">1375</span><br /> +Le privant d'un tel bien, ne me le donne pas<a name="FNanchor_582" id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor">[582]</a>.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">198</a></span> +Inégal en fortune à ce qu'est cette belle<a name="FNanchor_583" id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor">[583]</a>,<br /> +Et déjà par malheur assez mal voulu d'elle,<br /> +Que pourrois-je après tout prétendre de ses pleurs<a name="FNanchor_584" id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor">[584]</a>?<br /> +Et quel espoir pour moi naîtroit de ses douleurs?<span class="dalign">1380</span><br /> +Deviendrois-je par là plus riche ou plus aimable?<br /> +Que si de l'obtenir je me trouve incapable<a name="FNanchor_585" id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor">[585]</a>,<br /> +Mon amitié pour lui, qui ne peut expirer,<br /> +A tout autre qu'à moi me le fait préférer;<br /> +Et j'aurois peine à voir un troisième en sa place.<span class="dalign">1385</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Tu t'avises trop tard: que veux-tu que je fasse?<br /> +J'ai poussé Clarimond à lui faire un appel;<br /> +J'ai charge de sa part de lui rendre un cartel:<br /> +Le puis-je supprimer?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Non, mais tu pourrois faire</span><a name="FNanchor_586" id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor">[586]</a>....</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Quoi?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p><span class="i3">Que Clarimond prît un sentiment contraire.</span><span class="dalign">1390</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Le détourner d'un coup où seul je l'ai porté!<br /> +Mon courage est mal propre à cette lâcheté.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>A de telles raisons je n'ai de repartie,<br /> +Sinon que c'est à moi de rompre la partie.<br /> +J'en vais semer le bruit.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">199</a></span> +<span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p><span class="i10">Et sur ce bruit tu veux....</span><span class="dalign">1395</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Qu'on leur donne dans peu des gardes à tous deux,<br /> +Et qu'une main puissante arrête leur querelle.<br /> +Qu'en dis-tu, cher ami?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p><span class="i10">L'invention est belle,</span><br /> +Et le chemin bien court à les mettre d'accord;<br /> +Mais souffre auparavant que j'y fasse un effort.<span class="dalign">1400</span><br /> +Peut-être mon esprit trouvera quelque ruse<a name="FNanchor_587" id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor">[587]</a><br /> +Par où, sans en rougir, du cartel je m'excuse<a name="FNanchor_588" id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor">[588]</a>.<br /> +Ne donnons point sujet de tant parler de nous,<br /> +Et sachons seulement à quoi tu te résous.</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>A les laisser en paix, et courir l'Italie<span class="dalign">1405</span><br /> +Pour divertir le cours de ma mélancolie,<br /> +Et ne voir point Florame emporter à mes yeux<br /> +Le prix où prétendoit mon cœur ambitieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Amarante, à ce compte, est hors de ta pensée?</p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Son image du tout n'en est pas effacée;<span class="dalign">1410</span><br /> +Mais....</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p><span class="i5">Tu crains que pour elle on te fasse un duel.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p> + +<p>Railler un malheureux, c'est être trop cruel.<br /> +Bien que ses yeux encor règnent sur mon courage<a name="FNanchor_589" id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor">[589]</a>,<br /> +Le bonheur de Florame à la quitter m'engage:<span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">200</a></span><br /> +Le ciel ne nous fit point et pareils et rivaux,<span class="dalign">1415</span><br /> +Pour avoir des succès tellement inégaux.<br /> +C'est me perdre d'honneur, et par cette poursuite,<br /> +D'égal que je lui suis, me ranger à sa suite.<br /> +Je donne désormais des règles à mes feux:<br /> +De moindres que Daphnis sont incapables d'eux;<span class="dalign">1420</span><br /> +Et rien dorénavant n'asservira mon âme<br /> +Qui ne me puisse mettre au-dessus de Florame.<br /> +Allons: je ne puis voir sans mille déplaisirs<br /> +Ce possesseur du bien où tendoient mes desirs.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p> + +<p>Arrête: cette fuite est hors de bienséance,<span class="dalign">1425</span><br /> +Et je n'ai point d'appel à faire en ta présence.</p> + +<p class="font90">(Théante le retire du théâtre comme par force<a name="FNanchor_590" id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor">[590]</a>.)</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME.</h4> + +<p>Jetterai-je toujours des menaces en l'air,<br /> +Sans que je sache enfin à qui je dois parler?<br /> +Auroit-on jamais cru qu'elle me fût ravie,<br /> +Et qu'on me pût ôter Daphnis avant la vie?<span class="dalign">1430</span><br /> +Le possesseur du prix de ma fidélité,<br /> +Bien que je sois vivant, demeure en sûreté;<br /> +Tout inconnu qu'il m'est, il produit ma misère;<br /> +Tout mon rival qu'il est, il rit de ma colère<a name="FNanchor_591" id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor">[591]</a>.<br /> +Rival! ah, quel malheur! j'en ai pour me bannir,<span class="dalign">1435</span><br /> +Et cesse d'en avoir quand je le veux punir.<br /> +<span class="i1">Grands Dieux, qui m'enviez cette juste allégeance</span><br /> +Qu'un amant supplanté tire de la vengeance,<br /> +Et me cachez le bras dont je reçois les coups,<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">201</a></span><br /> +Est-ce votre dessein que je m'en prenne à vous?<span class="dalign">1440</span><br /> +Est-ce votre dessein d'attirer mes blasphèmes,<br /> +Et qu'ainsi que mes maux mes crimes soient extrêmes<a name="FNanchor_592" id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor">[592]</a>;<br /> +Qu'à mille impiétés osant me dispenser<a name="FNanchor_593" id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor">[593]</a>,<br /> +A votre foudre oisif je donne où se lancer?<br /> +Ah! souffrez qu'en l'état de mon sort déplorable<span class="dalign">1445</span><br /> +Je demeure innocent, encor que misérable;<br /> +Destinez à vos feux d'autres objets que moi:<br /> +Vous n'en sauriez manquer, quand on manque de foi.<br /> +Employez le tonnerre à punir les parjures,<br /> +Et prenez intérêt vous-même à mes injures:<span class="dalign">1450</span><br /> +Montrez, en me vengeant, que vous êtes des dieux<a name="FNanchor_594" id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor">[594]</a>,<br /> +Ou conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux,<br /> +Et qu'on sait dérober d'un rival qui me tue<br /> +Le nom à mon oreille, et l'objet à ma vue.<br /> +<span class="i1">Rival, qui que tu sois, dont l'insolent amour</span><span class="dalign">1455</span><br /> +Idolâtre un soleil et n'ose voir le jour,<br /> +N'oppose plus ta crainte à l'ardeur qui te presse:<br /> +Fais-toi, fais-toi connoître allant voir ta maîtresse.</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">FLORAME, AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Amarante (aussi bien te faut-il confesser<br /> +Que la seule Daphnis avoit su me blesser<a name="FNanchor_595" id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor">[595]</a>),<span class="dalign">1460</span><br /> +Dis-moi qui me l'enlève: apprends-moi quel mystère<br /> +Me cache le rival qui possède son père;<span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">202</a></span><br /> +A quel heureux amant Géraste a destiné<br /> +Ce beau prix que l'amour m'avoit si bien donné<a name="FNanchor_596" id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor">[596]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Ce dût<a name="FNanchor_597" id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor">[597]</a> vous être assez de m'avoir abusée,<span class="dalign">1465</span><br /> +Sans faire encor de moi vos sujets de risée.<br /> +Je sais que le vieillard favorise vos feux,<br /> +Et que rien que Daphnis n'est contraire à vos vœux.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Que me dis-tu, lui seul et sa rigueur nouvelle<a name="FNanchor_598" id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor">[598]</a><br /> +Empêchant<a name="FNanchor_599" id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor">[599]</a> les effets d'une ardeur mutuelle?<span class="dalign">1470</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Pensez-vous me duper avec ce feint courroux?<br /> +Lui-même il m'a prié de lui parler pour vous.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Vois-tu, ne t'en ris plus; ta seule jalousie<br /> +A mis à ce vieillard ce change en fantaisie.<br /> +Ce n'est pas avec moi que tu te dois jouer,<span class="dalign">1475</span><br /> +Et ton crime redouble à le désavouer<a name="FNanchor_600" id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor">[600]</a>;<br /> +Mais sache qu'aujourd'hui, si tu ne fais en sorte<br /> +Que mon fidèle amour sur ce rival l'emporte,<br /> +J'aurai trop de moyens à te faire sentir<br /> +Qu'on ne m'offense point sans un prompt repentir.<span class="dalign">1480</span></p> + +<hr class="c15" /> +<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">203</a></span> + +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">AMARANTE.</h4> + +<p>Voilà de quoi tomber en<a name="FNanchor_601" id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor">[601]</a> un nouveau dédale.<br /> +O ciel! qui vit jamais confusion égale?<br /> +Si j'écoute Daphnis, j'apprends qu'un feu puissant<br /> +La brûle pour Florame, et qu'un père y consent;<br /> +Si j'écoute Géraste, il lui donne Florame,<span class="dalign">1485</span><br /> +Et se plaint que Daphnis en rejette la flamme;<br /> +Et si Florame est cru, ce vieillard aujourd'hui<br /> +Dispose de Daphnis pour un autre que lui.<br /> +Sous un tel embarras je me trouve accablée;<br /> +Eux ou moi, nous avons la cervelle troublée,<span class="dalign">1490</span><br /> +Si ce n'est qu'à dessein ils se soient concertés<a name="FNanchor_602" id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor">[602]</a><br /> +Pour me faire enrager par ces diversités.<br /> +Mon foible esprit s'y perd et n'y peut rien comprendre:<br /> +Pour en venir à bout, il me les faut surprendre,<br /> +Et quand ils se verront, écouter leurs discours,<span class="dalign">1495</span><br /> +Pour apprendre par là le fond de ces détours.<br /> +<span class="i1">Voici mon vieux rêveur; fuyons de sa présence,</span><br /> +Qu'il ne m'embrouille encor de quelque confidence<a name="FNanchor_603" id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor">[603]</a>:<br /> +De crainte que j'en ai, d'ici je me bannis,<br /> +Tant qu'avec lui je voie ou Florame ou Daphnis.<span class="dalign">1500</span></p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">204</a></span></p> + +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRASTE, POLÉMON.</h4> + +<p><span class="smcap i6">POLÉMON.</span></p> + +<p>J'ai grand regret, Monsieur, que la foi qui vous lie<br /> +Empêche que chez vous mon neveu ne s'allie,<br /> +Et que son feu m'emploie aux offres qu'il vous fait,<br /> +Lorsqu'il n'est plus en vous d'en accepter l'effet.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>C'est un rare trésor que mon malheur me vole<a name="FNanchor_604" id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor">[604]</a>;<span class="dalign">1505</span><br /> +Et si l'honneur souffroit un manque de parole,<br /> +L'avantageux parti que vous me présentez<br /> +Me verroit aussitôt prêt à ses volontés<a name="FNanchor_605" id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor">[605]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLÉMON.</span></p> + +<p>Mais si quelque hasard rompoit cette alliance?</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>N'ayez lors, je vous prie, aucune défiance:<span class="dalign">1510</span><br /> +Je m'en tiendrois heureux, et ma foi vous répond<br /> +Que Daphnis sans tarder épouse Clarimond.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLÉMON.</span></p> + +<p>Adieu: faites état de mon humble service.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Et vous pareillement d'un cœur sans artifice.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">205</a></span></p> + +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">CÉLIE, GÉRASTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>De sorte qu'à mes yeux votre foi lui répond<span class="dalign">1515</span><br /> +Que Daphnis sans tarder épouse Clarimond?</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Cette vaine promesse en un cas impossible<br /> +Adoucit un refus et le rend moins sensible:<br /> +C'est ainsi qu'on oblige un homme à peu de frais.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Ajouter l'impudence à vos perfides traits!<span class="dalign">1520</span><br /> +Il vous faudroit du charme au lieu de cette ruse,<br /> +Pour me persuader que qui promet refuse.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>J'ai promis, et tiendrois ce que j'ai protesté<a name="FNanchor_606" id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor">[606]</a>,<br /> +Si Florame rompoit le concert arrêté.<br /> +Pour Daphnis, c'est en vain qu'elle fait la rebelle;<span class="dalign">1525</span><br /> +J'en viendrai trop à bout.</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p><span class="i10">Impudence nouvelle</span><a name="FNanchor_607" id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor">[607]</a>!<br /> +Florame, que Daphnis fait maître de son cœur,<br /> +De votre seul caprice accuse la rigueur<a name="FNanchor_608" id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor">[608]</a>;<br /> +Et je sais que sans vous leur mutuelle flamme<br /> +Uniroit deux amants qui n'ont déjà qu'une âme.<span class="dalign">1530</span><br /> +Vous m'osez cependant effrontément conter<span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">206</a></span><br /> +Que Daphnis sur ce point aime à vous résister!<br /> +Vous m'en aviez promis une tout autre issue:<br /> +J'en ai porté parole après l'avoir reçue.<br /> +Qu'avois-je contre vous ou fait ou projeté,<span class="dalign">1535</span><br /> +Pour me faire tremper en votre lâcheté?<br /> +Ne pouviez-vous trahir que par mon entremise?<br /> +Avisez: il y va de plus que de Florise.<br /> +Ne vous estimez pas quitte pour la quitter,<br /> +Ni que de cette sorte on se laisse affronter<a name="FNanchor_609" id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor">[609]</a>.<span class="dalign">1540</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Me prends-tu donc pour homme à manquer de parole<br /> +En faveur d'un caprice où s'obstine une folle?<br /> +Va, fais venir Florame: à ses yeux tu verras<br /> +Que pour lui mon pouvoir ne s'épargnera pas,<br /> +Que je maltraiterai Daphnis en sa présence<span class="dalign">1545</span><br /> +D'avoir pour son amour si peu de complaisance.<br /> +Qu'il vienne seulement voir un père irrité,<br /> +Et joindre sa prière à mon autorité;<br /> +Et lors, soit que Daphnis y résiste ou consente,<br /> +Crois que ma volonté sera la plus puissante<a name="FNanchor_610" id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor">[610]</a>.<span class="dalign">1550</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Croyez que nous tromper ce n'est pas votre mieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Me foudroie en ce cas la colère des cieux!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">207</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRASTE, DAPHNIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE</span>, <span class="font90">seul.</span></p> + +<p>Géraste, sur-le-champ il te falloit contraindre<br /> +Celle que ta pitié ne pouvoit ouïr plaindre.<br /> +Tu n'as pu refuser du temps à ses douleurs,<span class="dalign">1555</span><br /> +Ton cœur s'attendrissoit de voir couler ses pleurs;<br /> +Et pour avoir usé trop peu de ta puissance,<br /> +On t'impute à forfait sa désobéissance.</p> + +<p class="font90 i6">(Daphnis vient<a name="FNanchor_611" id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor">[611]</a>.)</p> + +<p>Un traitement trop doux te fait croire sans foi.<br /> +<span class="i1">Faudra-t-il que de vous je reçoive la loi,</span><span class="dalign">1560</span><br /> +Et que l'aveuglement d'une amour obstinée<br /> +Contre ma volonté règle votre hyménée?<br /> +Mon extrême indulgence a donné par malheur<br /> +A vos rébellions quelque foible couleur;<br /> +Et pour quelque moment que vos feux m'ont su plaire,<br /> +Vous pensez avoir droit de braver ma colère<a name="FNanchor_612" id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor">[612]</a>;<br /> +Mais sachez qu'il falloit, ingrate, en vos amours,<br /> +Ou ne m'obéir point, ou m'obéir toujours.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Si dans mes premiers feux je vous semble obstinée,<br /> +C'est l'effet de ma foi sous votre aveu donnée.<span class="dalign">1570</span><br /> +Quoi que mette en avant votre injuste courroux,<br /> +Je ne veux opposer à vous-même que vous.<br /> +Votre permission doit être irrévocable:<br /> +Devenez seulement à vous-même semblable.<br /> +Il vous falloit, Monsieur, vous-même à mes amours<a name="FNanchor_613" id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor">[613]</a><span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">208</a></span><br /> +Ou ne consentir point ou consentir toujours.<br /> +Je choisirai la mort plutôt que le parjure:<br /> +M'y voulant obliger, vous vous faites injure.<br /> +Ne veuillez point combattre ainsi hors de saison<br /> +Votre vouloir, ma foi, mes pleurs, et la raison.<span class="dalign">1580</span><br /> +Que vous a fait Daphnis? que vous a fait Florame,<br /> +Que pour lui vous vouliez que j'éteigne ma flamme?</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Mais que vous a-t-il fait, que pour lui seulement<br /> +Vous vous rendiez rebelle à mon commandement?<br /> +Ma foi n'est-elle rien au-dessus de la vôtre<a name="FNanchor_614" id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor">[614]</a>?<span class="dalign">1585</span><br /> +Vous vous donnez à l'un; ma foi vous donne à l'autre.<br /> +Qui le doit emporter ou de vous ou de moi?<br /> +Et qui doit de nous deux plutôt manquer de foi?<br /> +Quand vous en manquerez, mon vouloir vous excuse.<br /> +Mais à trop raisonner moi-même je m'abuse:<span class="dalign">1590</span><br /> +Il n'est point de raison valable entre nous deux,<br /> +Et pour toute raison il suffit que je veux.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Un parjure jamais ne devient légitime;<br /> +Une excuse ne peut justifier un crime.<br /> +Malgré vos changements, mon esprit résolu<span class="dalign">1595</span><br /> +Croit suffire à mes feux que vous ayez voulu<a name="FNanchor_615" id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor">[615]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRASTE, DAPHNIS, FLORAME, CÉLIE, +AMARANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS<a name="FNanchor_616" id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor">[616]</a>.</span></p> + +<p>Voici ce cher amant qui me tient engagée,<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">209</a></span><br /> +A qui sous votre aveu ma foi s'est obligée:<br /> +Changez de volonté pour un objet nouveau;<br /> +Daphnis épousera Florame, ou le tombeau.<span class="dalign">1600</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Que vois-je ici, bons Dieux?</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p><span class="i11">Mon amour, ma constance.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Et sur quoi donc fonder ta désobéissance?<br /> +Quel envieux démon, et quel charme assez fort<br /> +Faisoit entre-choquer deux volontés d'accord?<br /> +C'est lui que tu chéris<a name="FNanchor_617" id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor">[617]</a> et que je te destine;<span class="dalign">1605</span><br /> +Et ta rébellion dans un refus s'obstine!</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Appelez-vous refus de me donner sa foi<br /> +Quand votre volonté se déclara pour moi?<br /> +Et cette volonté, pour un autre tournée,<br /> +Vous peut-elle obéir après la foi donnée?<span class="dalign">1610</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>C'est pour vous que je change, et pour vous seulement<br /> +Je veux qu'elle renonce à son premier amant.<br /> +Lorsque je consentis à sa secrète flamme,<br /> +C'étoit pour Clarimond qui possédoit son âme:<br /> +Amarante du moins me l'avoit dit ainsi.<span class="dalign">1615</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Amarante, approchez: que tout soit éclairci.<br /> +Une telle imposture est-elle pardonnable?</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Mon amour pour Florame en est le seul coupable:<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">210</a></span><br /> +Mon esprit l'adoroit; et vous étonnez-vous<br /> +S'il devint inventif<a name="FNanchor_618" id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor">[618]</a>, puisqu'il étoit jaloux?<span class="dalign">1620</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Et par là tu voulois....</p> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Que votre âme déçue</span><br /> +Donnât à Clarimond une si bonne issue,<br /> +Que Florame, frustré de l'objet de ses vœux,<br /> +Fût réduit désormais à seconder mes feux.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Pardonnez-lui, Monsieur; et vous, daignez, Madame<a name="FNanchor_619" id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor">[619]</a>,<br /> +Justifier son feu par votre propre flamme:<br /> +Si vous m'aimez encor, vous devez estimer<br /> +Qu'on ne peut faire un crime à force de m'aimer.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Si je t'aime, Florame? Ah! ce doute m'offense<a name="FNanchor_620" id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor">[620]</a>.<br /> +D'Amarante avec toi je prendrai la défense.<span class="dalign">1630</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Et moi, dans ce pardon je vous veux prévenir;<br /> +Votre hymen aussi bien saura trop la punir.</p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Qu'un nom tu par hasard nous a donné de peine!</p> + +<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Mais que su maintenant il rend sa ruse vaine,<br /> +Et donne un prompt succès à vos contentements!<span class="dalign">1635</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">211</a></span> +<span class="smcap i6">FLORAME</span>, <span class="font90">à Géraste.</span></p> + +<p>Vous, de qui je les tiens....</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p><span class="i11">Trêve de compliments:</span><br /> +Ils nous empêcheroient de parler de Florise.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Il n'en faut point parler: elle vous est acquise.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Allons donc la trouver: que cet échange heureux<a name="FNanchor_621" id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor">[621]</a><br /> +Comble d'aise à son tour un vieillard amoureux!<span class="dalign">1640</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p> + +<p>Quoi! je ne savois rien d'une telle partie!</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Je pense toutefois vous avoir avertie<a name="FNanchor_622" id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor">[622]</a><br /> +Qu'un grand effet d'amour, avant qu'il fût longtemps,<br /> +Vous rendroit étonnée et nos desirs contents<a name="FNanchor_623" id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor">[623]</a>.<br /> +<span class="i1">Mais différez, Monsieur, une telle visite:</span><span class="dalign">1645</span><br /> +Mon feu ne souffre point que sitôt je la quitte;<br /> +Et d'ailleurs je sais trop que la loi du devoir<br /> +Veut que je sois chez nous pour vous y recevoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE</span>, <span class="font90">à Célie.</span></p> + +<p>Va donc lui témoigner le desir qui me presse.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Plutôt fais-la venir saluer ma maîtresse:<span class="dalign">1650</span><br /> +Ainsi tout à la fois nous verrons satisfaits<a name="FNanchor_624" id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor">[624]</a><br /> +Vos feux et mon devoir, ma flamme et vos souhaits.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Je dois être honteux d'attendre qu'elle vienne.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">212</a></span> +<span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p> + +<p>Attendez-la, Monsieur, et qu'à cela ne tienne:<br /> +Je cours exécuter cette commission.<span class="dalign">1655</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Le temps en sera long à mon affection.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p> + +<p>Toujours l'impatience à l'amour est mêlée.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p> + +<p>Allons dans le jardin faire deux tours d'allée,<br /> +Afin que cet ennui que j'en pourrai sentir<a name="FNanchor_625" id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor">[625]</a><br /> +Parmi votre entretien trouve à se divertir.<span class="dalign">1660</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p> + +<p>Je le perds donc, l'ingrat, sans que mon artifice<a name="FNanchor_626" id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor">[626]</a><br /> +Ait tiré de ses maux aucun soulagement,<br /> +Sans que pas un effet ait suivi ma malice,<br /> +Où ma confusion n'égalât son tourment.</p> + +<p>Pour agréer ailleurs il tâchoit à me plaire,<span class="dalign">1665</span><br /> +Un amour dans la bouche, un autre dans le sein:<br /> +J'ai servi de prétexte à son feu téméraire,<br /> +Et je n'ai pu servir d'obstacle à son dessein.</p> + +<p>Daphnis me le ravit, non par son beau visage,<br /> +Non par son bel esprit ou ses doux entretiens,<span class="dalign">1670</span><br /> +Non que sur moi sa race ait aucun avantage,<br /> +Mais par le seul éclat qui sort d'un peu de biens.<span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">213</a></span></p> + +<p>Filles que la nature a si bien partagées,<br /> +Vous devez présumer fort peu de vos attraits:<br /> +Quelques charmants<a name="FNanchor_627" id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor">[627]</a> qu'ils soient, vous êtes négligées,<br /> +A moins que la fortune en rehausse les traits<a name="FNanchor_628" id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor">[628]</a>.</p> + +<p>Mais encor que Daphnis eût captivé Florame,<br /> +Le moyen qu'inégal il en fût possesseur?<br /> +Destins, pour rendre aisé le succès de sa flamme<a name="FNanchor_629" id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor">[629]</a>,<br /> +Falloit-il qu'un vieux fou fût épris de sa sœur?<span class="dalign">1680</span></p> + +<p>Pour tromper mon attente et me faire un supplice,<br /> +Deux fois l'ordre commun se renverse en un jour:<br /> +Un jeune amant s'attache aux lois de l'avarice,<br /> +Et ce vieillard pour lui suit celles de l'amour.</p> + +<p>Un discours amoureux n'est qu'une fausse amorce,<span class="dalign">1685</span><br /> +Et Théante et Florame ont feint pour moi des feux:<br /> +L'un m'échappe de gré, comme l'autre de force;<br /> +J'ai quitté l'un pour l'autre, et je les perds tous deux.</p> + +<p>Mon cœur n'a point d'espoir dont je ne sois séduite<a name="FNanchor_630" id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor">[630]</a>:<br /> +Si je prends quelque peine, une autre en a les fruits<a name="FNanchor_631" id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor">[631]</a>;<br /> +Et dans le triste état où le ciel m'a réduite,<br /> +Je ne sens que douleurs et ne prévois qu'ennuis.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">214</a></span> +Vieillard, qui de ta fille achètes une femme<br /> +Dont peut-être aussitôt tu seras mécontent,<br /> +Puisse le ciel, aux soins qui te vont ronger l'âme,<span class="dalign">1695</span><br /> +Dénier le repos du tombeau qui t'attend!</p> + +<p>Puisse le noir chagrin de ton humeur jalouse<a name="FNanchor_632" id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor">[632]</a><br /> +Me contraindre moi-même à déplorer ton sort,<br /> +Te faire un long trépas, et cette jeune épouse<br /> +User toute sa vie à souhaiter ta mort!<span class="dalign">1700</span></p> + +<p class="p2 center ni4"><small><b>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</b></small></p> +<hr class="c30" /> +</div> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">215</a></span></p> + +<h2>LA PLACE ROYALE</h2> + +<p class="p2 center"><b>COMÉDIE</b></p> + +<p class="p2 center"><small><b>1635</b></small></p> + +<a name="Page_216" id="Page_216"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">217</a></span></p> + +<h3>NOTICE.</h3> + +<p class="p2">Le succès de <i>la Galerie du Palais</i>, dû en grande partie, +comme notre poëte l'a remarqué lui-même, au plaisir qu'éprouvaient +les spectateurs en se voyant transportés dans un +endroit qu'ils fréquentaient d'ordinaire, l'engagea à choisir +pour théâtre d'une autre comédie la place Royale, qui, à cette +époque, était la promenade à la mode, le lieu de réunion de la +société la plus brillante, le centre des rendez-vous et des intrigues +amoureuses.</p> + +<p class="left30 font90">Adieu, belle place où n'habite<br /> +Que mainte personne d'élite,</p> + +<p>dit Scarron dans son <i>Adieu au Marais et à la place Royale</i>, +composé en 1643<a name="FNanchor_633" id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor">[633]</a>; et la curieuse liste qui suit ces deux vers +les justifie pleinement.</p> + +<p>La prédilection de Corneille pour les titres empruntés à +divers endroits fameux de la ville de Paris a été critiquée en +ces termes par un de ses censeurs: «Il a fait voir une <i>Mélite, +la Galerie du Palais</i> et <i>la Place Royale</i>, ce qui nous faisoit +espérer que Mondory annonceroit bientôt <i>le Cimetière Saint-Jean</i>, +<i>la Samaritaine</i> et <i>la Place aux Veaux</i><a name="FNanchor_634" id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor">[634]</a>.»</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">218</a></span> +Quant à Claveret, il ne blâme point ce procédé, mais il accuse +Corneille de le lui avoir dérobé: «Ce que ma plume a +produit autrefois ne m'a point fait rougir de honte, et si du +temps que j'écrivois, vous ne m'eussiez cru capable au moins +de vous suivre, vous n'eussiez pas tâché malicieusement d'éteindre +ce peu de lumière, avec laquelle j'essayois de me faire +connoître, établissant le titre d'une de vos pièces sur le fondement +d'une seule rime<a name="FNanchor_635" id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor">[635]</a>. J'entends parler de votre <i>Place Royale</i>, +que vous eussiez aussi bien appelée <i>la Place Dauphine</i>, ou autrement, +si vous eussiez pu perdre l'envie de me choquer; +pièce que vous vous résolûtes de faire, dès que vous sûtes que +j'y travaillois, ou pour satisfaire votre passion jalouse, ou pour +contenter celle des comédiens que vous serviez. Cela n'a pas +empêché que je n'en aye reçu tout le contentement que j'en +pouvois légitimement attendre, et que les honnêtes gens qui se +rendirent en foule à ses représentations n'ayent honoré de quelques +louanges l'invention de mon esprit. J'ajouterois bien qu'elle +eut la gloire et le bonheur de plaire au Roi étant à Forges<a name="FNanchor_636" id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor">[636]</a>, +<span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">219</a></span> +plus qu'aucune autre des pièces qui parut lors sur son +théâtre<a name="FNanchor_637" id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor">[637]</a>....»</p> + +<p>La comédie de Corneille, jouée en 1635, ne fut imprimée +qu'en vertu du privilége dont nous avons donné un extrait +dans notre notice sur <i>la Galerie du Palais</i>; l'achevé d'imprimer +est du 20 février 1637. Le volume, de format in-4<sup>o</sup>, +se compose de 4 feuillets liminaires et de 112 pages; son titre +exact est:</p> + +<p><span class="smcap">La Place Royalle, ou l'Amovrevx Extravagant. Comedie.</span> +<i>A Paris, chez Augustin Courbé.... M.DC.XXXVII. Auec priuilege +du Roy.</i></p> + +<p>Le sous-titre: <i>ou l'Amoureux Extrauagant</i>, a disparu dès +l'édition de 1644.</p> + +<p class="p2">A MONSIEUR ***<a name="FNanchor_638" id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor">[638]</a></p> + +<p class="left5"><span class="smcap">Monsieur</span>,</p> + +<p>J'observe religieusement la loi que vous m'avez prescrite, +et vous rends mes devoirs avec le même secret que +je traiterois un amour, si j'étois homme à bonne fortune. +Il me suffit que vous sachiez que je m'acquitte, +sans le faire connoître à tout le monde, et sans que par +cette publication je vous mette en mauvaise odeur auprès +d'un sexe dont vous conservez les bonnes grâces +avec tant de soin. Le héros de cette pièce ne traite pas +bien les dames, et tâche d'établir des maximes qui leur +<span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">220</a></span> +sont trop désavantageuses, pour nommer son protecteur: +elles s'imagineroient que vous ne pourriez l'approuver +sans avoir grande part à ses sentiments, et que toute sa +morale seroit plutôt un portrait de votre conduite qu'un +effort de mon imagination; et véritablement, Monsieur, +cette possession de vous-même, que vous conservez si +parfaite parmi tant d'intrigues<a name="FNanchor_639" id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor">[639]</a> où vous semblez embarrassé, +en approche beaucoup. C'est de vous que j'ai appris +que l'amour d'un honnête homme doit être toujours +volontaire; qu'on ne doit jamais aimer en un point +qu'on ne puisse n'aimer pas; que si on en vient jusque-là, +c'est une tyrannie dont il faut secouer le joug; et +qu'enfin la personne aimée nous a beaucoup plus d'obligation +de notre amour, alors qu'elle est toujours l'effet +de notre choix et de son mérite, que quand elle vient +d'une inclination aveugle, et forcée par quelque ascendant +de naissance à qui nous ne pouvons résister. Nous +ne sommes point redevables à celui de qui nous recevons +un bienfait par contrainte, et on ne nous donne +point ce qu'on ne sauroit nous refuser. Mais je vais trop +avant pour une épître: il sembleroit que j'entreprendrois +la justification de mon Alidor; et ce n'est pas mon +dessein de mériter par cette défense la haine de la plus +belle moitié du monde, et qui domine si puissamment +sur les volontés de l'autre. Un poëte n'est jamais garant +des fantaisies<a name="FNanchor_640" id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor">[640]</a> qu'il donne à ses acteurs; et si les dames +trouvent ici quelques discours qui les blessent, je les +supplie de se souvenir que j'appelle extravagant celui +dont ils partent<a name="FNanchor_641" id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor">[641]</a>, et que par d'autres poëmes j'ai assez +<span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">221</a></span> +relevé leur gloire et soutenu leur pouvoir, pour effacer +les mauvaises idées que celui-ci leur pourra faire concevoir +de mon esprit. Trouvez bon que j'achève par là, et +que je n'ajoute à cette prière que je leur fais que la +protestation d'être éternellement,</p> + +<div class="left10"> +<p>MONSIEUR,<br /> +<span class="i2">Votre très-humble et très-obéissant serviteur</span><a name="FNanchor_642" id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor">[642]</a>,<br /> +<span class="smcap i16">Corneille.</span></p></div> + +<h3 class="p2">EXAMEN.</h3> + +<p>Je ne puis dire tant de bien de celle-ci<a name="FNanchor_643" id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor">[643]</a> que de la précédente. +Les vers en sont plus forts; mais il y a manifestement +une duplicité d'action. Alidor, dont l'esprit +extravagant se trouve incommodé d'un amour qui l'attache +trop, veut faire en sorte qu'Angélique sa maîtresse +se donne à son ami Cléandre; et c'est pour cela qu'il +lui fait rendre une fausse lettre qui le convainc de légèreté, +et qu'il joint à cette supposition des mépris assez +piquants pour l'obliger dans sa colère à accepter les +affections d'un autre. Ce dessein avorte, et la donne à +Doraste contre son intention; et cela l'oblige à en faire +un nouveau pour la porter à un enlèvement. Ces deux +desseins, formés ainsi l'un après l'autre, font deux actions, +et donnent deux âmes au poëme, qui d'ailleurs +finit assez mal par un mariage de deux personnes épisodiques, +qui ne tiennent que le second rang dans la +<span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">222</a></span> +pièce. Les premiers acteurs y achèvent bizarrement, et +tout ce qui les regarde fait languir le cinquième acte, où +ils ne paroissent plus, à le bien prendre, que comme +seconds acteurs. L'épilogue d'Alidor n'a pas la grâce de +celui de <i>la Suivante</i>, qui ayant été très-intéressée dans +l'action principale, et demeurant enfin sans amant, n'ose +expliquer ses sentiments en la présence de sa maîtresse +et de son père, qui ont tous deux leur compte, et les +laisse rentrer pour pester en liberté contre eux et contre +sa mauvaise fortune, dont elle se plaint en elle-même, et +fait par là connoître au spectateur l'assiette de son esprit +après un effet si contraire à ses souhaits.</p> + +<p>Alidor est sans doute trop bon ami pour être si mauvais +amant. Puisque sa passion l'importune tellement +qu'il veut bien outrager sa maîtresse pour s'en défaire, +il devroit se contenter de ce premier effort, qui la fait +obtenir à Doraste, sans s'embarrasser de nouveau pour +l'intérêt d'un ami, et hasarder en sa considération un +repos qui lui est si précieux. Cet amour de son repos +n'empêche point qu'au cinquième acte il ne se montre +encore passionné pour cette maîtresse, malgré la résolution +qu'il avoit prise de s'en défaire, et les trahisons +qu'il lui a faites: de sorte qu'il semble ne commencer +à l'aimer véritablement que quand il lui a donné sujet +de le haïr. Cela fait une inégalité de mœurs qui est +vicieuse.</p> + +<p>Le caractère d'Angélique sort de la bienséance, en ce +qu'elle est trop amoureuse, et se résout trop tôt à se faire +enlever par un homme qui lui doit être suspect. Cet enlèvement +lui réussit mal; et il a été bon de lui donner un +mauvais succès, bien qu'il ne soit pas besoin que les +grands crimes soient punis dans la tragédie, parce que +leur peinture imprime assez d'horreur pour en détourner +les spectateurs. Il n'en est pas de même des fautes +<span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">223</a></span> +de cette nature, et elles pourroient engager un esprit +jeune et amoureux à les imiter, si l'on voyoit que ceux +qui les commettent vinssent à bout, par ce mauvais +moyen, de ce qu'ils desirent.</p> + +<p>Malgré cet abus, introduit par la nécessité et légitimé +par l'usage, de faire dire dans la rue à nos amantes de +comédie ce que vraisemblablement elles diroient dans +leur chambre, je n'ai osé y placer Angélique durant la +réflexion douloureuse qu'elle fait sur la promptitude et +l'imprudence de ses ressentiments, qui la font consentir +à épouser l'objet de sa haine: j'ai mieux aimé rompre la +liaison des scènes, et l'unité de lieu, qui se trouve assez +exacte en ce poëme à cela près, afin de la faire soupirer +dans son cabinet avec plus de bienséance pour elle, et +plus de sûreté pour l'entretien d'Alidor. Phylis, qui le +voit sortir de chez elle, en auroit trop vu si elle les avoit +aperçus tous deux sur le théâtre; et au lieu du soupçon +de quelque intelligence renouée entre eux qui la porte à +l'observer durant le bal, elle auroit eu sujet d'en prendre +une entière certitude, et d'y donner un ordre qui eût +rompu tout le nouveau dessein d'Alidor et l'intrique de +la pièce.</p> + +<p>En voilà assez sur celle-ci; je passe aux deux qui restent +dans ce volume<a name="FNanchor_644" id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor">[644]</a>.</p> + +<hr class="c30" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">224</a></span></p> + +<h4>ACTEURS<a name="FNanchor_645" id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor">[645]</a>.</h4> + +<p class="left30 p2"> +ALIDOR, amant d'Angélique.<br /> +CLÉANDRE, ami d'Alidor.<br /> +DORASTE, amoureux d'Angélique.<br /> +LYSIS, amoureux de Phylis.<br /> +ANGÉLIQUE, maîtresse d'Alidor et de Doraste.<br /> +PHYLIS, sœur de Doraste.<br /> +POLYMAS, domestique d'Alidor.<br /> +LYCANTE, domestique de Doraste.</p> + +<div class="verse"> +<p class="font90 center p4">La scène est à Paris dans la place Royale<a name="FNanchor_646" id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor">[646]</a>.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">225</a></span></p> + +<h3>LA PLACE ROYALE.</h3> + +<p class="center"><small><b>COMÉDIE.</b></small></p> +<hr class="c5" /> +<h3 class="p2">ACTE I</h3> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, PHYLIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Ton frère, je l'avoue, a beaucoup de mérite<a name="FNanchor_647" id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor">[647]</a>;<br /> +Mais souffre qu'envers lui cet éloge m'acquitte,<br /> +Et ne m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>C'est me vouloir prescrire une trop dure loi.<br /> +Puis-je, sans étouffer la voix de la nature,<span class="dalign">5</span><br /> +Dénier mon secours aux tourments qu'il endure?<br /> +Quoi! tu m'aimes, il meurt, et tu peux le guérir<a name="FNanchor_648" id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor">[648]</a>,<br /> +Et sans t'importuner je le verrois périr!<br /> +Ne me diras-tu point que j'ai tort de le plaindre?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">226</a></span> +<span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>C'est un mal bien léger qu'un feu qu'on peut éteindre<a name="FNanchor_649" id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor">[649]</a>.<span class="dalign">10</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Je sais qu'il le devroit, mais avec tant d'appas<a name="FNanchor_650" id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor">[650]</a>,<br /> +Le moyen qu'il te voie et ne t'adore pas?<br /> +Ses yeux ne souffrent point que son cœur soit de glace;<br /> +On ne pourroit aussi m'y résoudre en sa place<a name="FNanchor_651" id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor">[651]</a>;<br /> +Et tes regards, sur moi plus forts que tes mépris,<span class="dalign">15</span><br /> +Te sauroient conserver ce que tu m'aurois pris.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>S'il veut garder encor cette humeur obstinée<a name="FNanchor_652" id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor">[652]</a>,<br /> +Je puis bien m'empêcher d'en être importunée,<br /> +Feindre un peu de migraine, ou me faire celer:<br /> +C'est un moyen bien court de ne lui plus parler;<span class="dalign">20</span><br /> +Mais ce qui m'en déplaît et qui me désespère<a name="FNanchor_653" id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor">[653]</a>,<br /> +C'est de perdre la sœur pour éviter le frère,<br /> +Et me violenter à fuir ton entretien<a name="FNanchor_654" id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor">[654]</a>,<br /> +Puisque te voir encor c'est m'exposer au sien.<br /> +Du moins, s'il faut quitter cette douce pratique<a name="FNanchor_655" id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor">[655]</a>,<span class="dalign">25</span><br /> +Ne mets point en oubli l'amitié d'Angélique,<br /> +Et crois que ses effets auront leur premier cours<a name="FNanchor_656" id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor">[656]</a><br /> +Aussitôt que ton frère aura d'autres amours.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Tu vis d'un air étrange et presque insupportable.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Que toi-même pourtant dois trouver équitable<a name="FNanchor_657" id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor">[657]</a>; 30<span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">227</a></span><br /> +Mais la raison sur toi ne sauroit l'emporter:<br /> +Dans l'intérêt d'un frère on ne peut l'écouter.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Et par quelle raison négliger son martyre?</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Vois-tu, j'aime Alidor, et c'est assez te dire<a name="FNanchor_658" id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor">[658]</a>.<br /> +Le reste des mortels pourroit m'offrir des vœux,<span class="dalign">35</span><br /> +Je suis aveugle, sourde, insensible pour eux;<br /> +La pitié de leurs maux ne peut toucher mon âme<br /> +Que par des sentiments dérobés à ma flamme.<br /> +On ne doit point avoir des amants par quartier;<br /> +Alidor a mon cœur et l'aura tout entier;<span class="dalign">40</span><br /> +En aimer deux, c'est être à tous deux infidèle.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Qu'Alidor seul te rende à tout autre cruelle,<br /> +C'est avoir pour le reste un cœur trop endurci.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Pour aimer comme il faut, il faut aimer ainsi.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Dans l'obstination où je te vois réduite,<span class="dalign">45</span><br /> +J'admire ton amour et ris de ta conduite.<br /> +<span class="i1">Fasse état qui voudra de ta fidélité,</span><br /> +Je ne me pique point de cette vanité,<br /> +Et l'exemple d'autrui m'a trop fait reconnoître<a name="FNanchor_659" id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor">[659]</a><br /> +Qu'au lieu d'un serviteur c'est accepter un maître.<span class="dalign">50</span><br /> +Quand on n'en souffre qu'un, qu'on ne pense qu'à lui,<br /> +Tous autres entretiens nous donnent de l'ennui;<br /> +Il nous faut de tout point vivre à sa fantaisie,<br /> +Souffrir de son humeur, craindre sa jalousie,<span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">228</a></span><br /> +Et de peur que le temps n'emporte ses ferveurs<a name="FNanchor_660" id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor">[660]</a>,<span class="dalign">55</span><br /> +Le combler chaque jour de nouvelles faveurs;<br /> +Notre âme, s'il s'éloigne, est chagrine, abattue<a name="FNanchor_661" id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor">[661]</a>;<br /> +Sa mort nous désespère et son change nous tue,<br /> +Et de quelque douceur que nos feux soient suivis,<br /> +On dispose de nous sans prendre notre avis;<span class="dalign">60</span><br /> +C'est rarement qu'un père à nos goûts s'accommode,<br /> +Et lors juge quels fruits on a de ta méthode.<br /> +<span class="i1">Pour moi, j'aime un chacun, et sans rien négliger,</span><br /> +Le premier qui m'en conte a de quoi m'engager:<br /> +Ainsi tout contribue à ma bonne fortune;<span class="dalign">65</span><br /> +Tout le monde me plaît, et rien ne m'importune.<br /> +De mille que je rends l'un de l'autre jaloux,<br /> +Mon cœur n'est à pas un, et se promet à tous<a name="FNanchor_662" id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor">[662]</a>:<br /> +Ainsi tous à l'envi s'efforcent à me plaire;<br /> +Tous vivent d'espérance, et briguent leur salaire;<span class="dalign">70</span><br /> +L'éloignement d'aucun ne sauroit m'affliger,<br /> +Mille encore présents m'empêchent d'y songer.<br /> +Je n'en crains point la mort, je n'en crains point le change;<br /> +Un monde m'en console aussitôt ou m'en venge<a name="FNanchor_663" id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor">[663]</a>.<br /> +Le moyen que de tant et de si différents<span class="dalign">75</span><br /> +Quelqu'un n'ait assez d'heur pour plaire à mes parents?<br /> +Et si quelque inconnu m'obtient d'eux pour maîtresse<a name="FNanchor_664" id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor">[664]</a>,<br /> +Ne crois pas que j'en tombe en profonde tristesse:<span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">229</a></span><br /> +Il aura quelques traits de tant que je chéris,<br /> +Et je puis avec joie accepter tous maris.<span class="dalign">80</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Voilà fort plaisamment tailler cette matière,<br /> +Et donner à ta langue une libre carrière<a name="FNanchor_665" id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor">[665]</a>.<br /> +Ce grand flux de raisons dont tu viens m'attaquer<br /> +Est bon à faire rire, et non à pratiquer.<br /> +Simple, tu ne sais pas ce que c'est que tu blâmes,<span class="dalign">85</span><br /> +Et ce qu'a de douceurs l'union de deux âmes;<br /> +Tu n'éprouvas jamais de quels contentements<br /> +Se nourrissent les feux des fidèles amants.<br /> +Qui peut en avoir mille en est plus estimée,<br /> +Mais qui les aime tous de pas un n'est aimée;<span class="dalign">90</span><br /> +Elle voit leur amour soudain se dissiper:<br /> +Qui veut tout retenir laisse tout échapper.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Défais-toi, défais-toi de tes fausses maximes<a name="FNanchor_666" id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor">[666]</a>;<br /> +Ou si ces vieux abus te semblent légitimes<a name="FNanchor_667" id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor">[667]</a>,<br /> +Si le seul Alidor te plaît dessous les cieux,<span class="dalign">95</span><br /> +Conserve-lui ton cœur, mais partage tes yeux:<br /> +De mon frère par là soulage un peu les plaies;<br /> +Accorde un faux remède à des douleurs si vraies;<br /> +Feins, déguise avec lui, trompe-le par pitié<a name="FNanchor_668" id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor">[668]</a>,<br /> +Ou du moins par vengeance et par inimitié.<span class="dalign">100</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Le beau prix qu'il auroit de m'avoir tant chérie,<br /> +Si je ne le payois que d'une tromperie!<br /> +Pour salaire des maux qu'il endure en m'aimant,<br /> +Il aura qu'avec lui je vivrai franchement.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">230</a></span> +<span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Franchement, c'est-à-dire avec mille rudesses,<span class="dalign">105</span><br /> +Le mépriser, le fuir, et par quelques adresses<br /> +Qu'il tâche d'adoucir.... Quoi! me quitter ainsi!<br /> +Et sans me dire adieu! le sujet?</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">DORASTE, PHYLIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p><span class="i13">Le voici.</span><br /> +Ma sœur, ne cherche plus une chose trouvée:<br /> +Sa fuite n'est l'effet que de mon arrivée;<span class="dalign">110</span><br /> +Ma présence la chasse, et son muet départ<br /> +A presque devancé son dédaigneux regard.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Juge par là quels fruits produit mon entremise.<br /> +Je m'acquitte des mieux de la charge commise;<br /> +Je te fais plus parfait mille fois que tu n'es:<span class="dalign">115</span><br /> +Ton feu ne peut aller au point où je le mets;<br /> +J'invente des raisons à combattre sa haine;<br /> +Je blâme, flatte, prie, et perds toujours ma peine<a name="FNanchor_669" id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor">[669]</a>,<br /> +En grand péril d'y perdre encor son amitié,<br /> +Et d'être en tes malheurs avec toi de moitié.<span class="dalign">120</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Ah! tu ris de mes maux.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i10">Que veux-tu que je fasse?</span><br /> +Ris des miens, si jamais tu me vois en ta place.<br /> +Que serviroient mes pleurs? Veux-tu qu'à tes tourments<br /> +J'ajoute la pitié de mes ressentiments?<span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">231</a></span><br /> +Après mille mépris qu'a reçus ta folie<a name="FNanchor_670" id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor">[670]</a>,<span class="dalign">125</span><br /> +Tu n'es que trop chargé de ta mélancolie;<br /> +Si j'y joignois la mienne, elle t'accableroit,<br /> +Et de mon déplaisir le tien redoubleroit;<br /> +Contraindre mon humeur me seroit un supplice<br /> +Qui me rendroit moins propre à te faire service.<span class="dalign">130</span><br /> +Vois-tu? par tous moyens je te veux soulager;<br /> +Mais j'ai bien plus d'esprit que de m'en affliger.<br /> +Il n'est point de douleur si forte en un courage<br /> +Qui ne perde sa force auprès de mon visage;<br /> +C'est toujours de tes maux autant de rabattu:<span class="dalign">135</span><br /> +Confesse, ont-ils encor le pouvoir qu'ils ont eu?<br /> +Ne sens-tu point déjà ton âme un peu plus gaie?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Tu me forces à rire en dépit que j'en aie;<br /> +Je souffre tout de toi, mais à condition<br /> +D'employer tous tes soins à mon affection<a name="FNanchor_671" id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor">[671]</a>.<span class="dalign">140</span><br /> +Dis-moi par quelle ruse il faut....</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i13">Rentrons, mon frère:</span><br /> +Un de mes amants vient, qui pourroit nous distraire<a name="FNanchor_672" id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor">[672]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">232</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">CLÉANDRE.</h4> + +<p><span class="i2">Que je dois bien faire pitié</span><br /> +De souffrir les rigueurs d'un sort si tyrannique!<br /> +<span class="i2">J'aime Alidor, j'aime Angélique;</span><span class="dalign">145</span><br /> +<span class="i2">Mais l'amour cède à l'amitié,</span><br /> +Et jamais on n'a vu sous les lois d'une belle<a name="FNanchor_673" id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor">[673]</a><br /> +D'amant si malheureux, ni d'ami si fidèle.</p> + +<p><span class="i2">Ma bouche ignore mes desirs,</span><br /> +Et de peur de se voir trahi par imprudence,<span class="dalign">150</span><br /> +<span class="i2">Mon cœur n'a point de confidence</span><br /> +<span class="i2">Avec mes yeux ni mes soupirs:</span><br /> +Tous mes vœux sont muets, et l'ardeur de ma flamme<a name="FNanchor_674" id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor">[674]</a><br /> +S'enferme toute entière au dedans de mon âme.</p> + +<p><span class="i2">Je feins d'aimer en d'autres lieux,</span><span class="dalign">155</span><br /> +Et pour en quelque sorte alléger mon supplice,<br /> +<span class="i2">Je porte du moins mon service</span><br /> +<span class="i2">A celle qu'elle aime le mieux.</span><br /> +Phylis, à qui j'en conte, a beau faire la fine;<br /> +Son plus charmant appas<a name="FNanchor_675" id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor">[675]</a>, c'est d'être sa voisine.<span class="dalign">160</span></p> + +<p><span class="i2">Esclave d'un œil si puissant,</span><br /> +Jusque-là seulement me laisse aller ma chaîne,<br /> +<span class="i2">Trop récompensé, dans ma peine,</span><br /> +<span class="i2">D'un de ses regards en passant.</span><br /> +Je n'en veux à Phylis que pour voir Angélique,<span class="dalign">165</span><br /> +Et mon feu, qui vient d'elle, auprès d'elle s'explique.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">233</a></span> +<span class="i2">Ami, mieux aimé mille fois,</span><br /> +Faut-il, pour m'accabler de douleurs infinies,<br /> +<span class="i2">Que nos volontés soient unies</span><br /> +<span class="i2">Jusqu'à faire le même choix</span><a name="FNanchor_676" id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor">[676]</a>?<span class="dalign">170</span><br /> +Viens quereller mon cœur d'avoir tant de foiblesse<br /> +Que de se laisser prendre au même œil qui te blesse.</p> + +<p><span class="i2">Mais plutôt vois te préférer</span><br /> +A celle que le tien préfère à tout le monde,<br /> +<span class="i2">Et ton amitié sans seconde</span><span class="dalign">175</span><br /> +<span class="i2">N'aura plus de quoi murmurer.</span><br /> +Ainsi je veux punir ma flamme déloyale;<br /> +Ainsi....</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i4">Te rencontrer dans la place Royale,</span><br /> +Solitaire, et si près de ta douce prison,<br /> +Montre bien que Phylis n'est pas à la maison.<span class="dalign">180</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Mais voir de ce côté ta démarche avancée<br /> +Montre bien qu'Angélique est fort dans ta pensée.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Hélas! c'est mon malheur: son objet trop charmant,<br /> +Quoi que je puisse faire, y règne absolument.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>De ce pouvoir peut-être elle use en inhumaine?<span class="dalign">185</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Rien moins, et c'est par là que redouble ma peine:<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">234</a></span><br /> +Ce n'est qu'en m'aimant trop qu'elle me fait mourir,<br /> +Un moment de froideur, et je pourrois guérir;<br /> +Une mauvaise œillade, un peu de jalousie,<br /> +Et j'en aurois soudain passé ma fantaisie;<span class="dalign">190</span><br /> +Mais las! elle est parfaite, et sa perfection<br /> +N'approche point encor de son affection<a name="FNanchor_677" id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor">[677]</a>;<br /> +Point de refus pour moi, point d'heures inégales;<br /> +Accablé de faveurs à mon repos fatales<a name="FNanchor_678" id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor">[678]</a>,<br /> +Sitôt qu'elle voit jour à d'innocents plaisirs,<span class="dalign">195</span><br /> +Je vois qu'elle devine et prévient mes desirs;<br /> +Et si j'ai des rivaux, sa dédaigneuse vue<br /> +Les désespère autant que son ardeur me tue.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Vit-on jamais amant de la sorte enflammé,<br /> +Qui se tînt malheureux pour être trop aimé?<span class="dalign">200</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Comptes-tu mon esprit entre les ordinaires?<br /> +Penses-tu qu'il s'arrête aux sentiments vulgaires?<br /> +Les règles que je suis ont un air tout divers:<br /> +Je veux la liberté dans le milieu des fers<a name="FNanchor_679" id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor">[679]</a>.<br /> +Il ne faut point servir d'objet qui nous possède;<span class="dalign">205</span><br /> +Il ne faut point nourrir d'amour qui ne nous cède:<br /> +Je le hais, s'il me force; et quand j'aime, je veux<br /> +Que de ma volonté dépendent tous mes vœux,<br /> +Que mon feu m'obéisse au lieu de me contraindre,<br /> +Que je puisse à mon gré l'enflammer et l'éteindre<a name="FNanchor_680" id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor">[680]</a>,<span class="dalign">210</span><br /> +Et toujours en état de disposer de moi,<br /> +Donner quand il me plaît et retirer ma foi.<br /> +Pour vivre de la sorte Angélique est trop belle:<span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">235</a></span><br /> +Mes pensers ne sauroient m'entretenir que d'elle<a name="FNanchor_681" id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor">[681]</a>;<br /> +Je sens de ses regards mes plaisirs se borner;<span class="dalign">215</span><br /> +Mes pas d'autre côté n'oseroient se tourner<a name="FNanchor_682" id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor">[682]</a>;<br /> +Et de tous mes soucis la liberté bannie<br /> +Me soumet en esclave à trop de tyrannie<a name="FNanchor_683" id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor">[683]</a>.<br /> +J'ai honte de souffrir les maux dont je me plains,<br /> +Et d'éprouver ses yeux plus forts que mes desseins.<span class="dalign">220</span><br /> +Je n'ai que trop langui sous de si rudes gênes<a name="FNanchor_684" id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor">[684]</a>:<br /> +A tel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes<a name="FNanchor_685" id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor">[685]</a>,<br /> +De crainte qu'un hymen, m'en ôtant le pouvoir,<br /> +Fît d'un amour par force un amour par devoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Crains-tu de posséder un objet qui te charme<a name="FNanchor_686" id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor">[686]</a>?<span class="dalign">225</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Ne parle point d'un nœud dont le seul nom m'alarme.<br /> +J'idolâtre Angélique: elle est belle aujourd'hui,<br /> +Mais sa beauté peut-elle autant durer que lui?<br /> +Et pour peu qu'elle dure, aucun me peut-il dire<br /> +Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle expire<a name="FNanchor_687" id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor">[687]</a>?<span class="dalign">230</span><br /> +Du temps, qui change tout, les révolutions<br /> +Ne changent-elles pas nos résolutions?<br /> +Est-ce<a name="FNanchor_688" id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor">[688]</a> une humeur égale et ferme que la nôtre?<br /> +N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre<a name="FNanchor_689" id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor">[689]</a>?<br /> +Juge alors le tourment que c'est d'être attaché,<span class="dalign">235</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">236</a></span> +Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché.<br /> +<span class="i1">Cependant Angélique, à force de me plaire,</span><br /> +Me flatte doucement de l'espoir du contraire;<br /> +Et si d'autre façon je ne me sais garder,<br /> +Je sens que ses attraits m'en vont persuader<a name="FNanchor_690" id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor">[690]</a>.<span class="dalign">240</span><br /> +Mais puisque son amour me donne tant de peine,<br /> +Je la veux offenser pour acquérir sa haine,<br /> +Et mériter enfin un doux commandement<a name="FNanchor_691" id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor">[691]</a><br /> +Qui prononce l'arrêt de mon bannissement.<br /> +Ce remède est cruel, mais pourtant nécessaire:<span class="dalign">245</span><br /> +Puisqu'elle me plaît trop, il me faut lui déplaire<a name="FNanchor_692" id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor">[692]</a>.<br /> +Tant que j'aurai chez elle encor le moindre accès,<br /> +Mes desseins de guérir n'auront point de succès.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Étrange humeur d'amant!</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i10">Étrange, mais utile.</span><br /> +Je me procure un mal pour en éviter mille.<span class="dalign">250</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Tu ne prévois donc pas ce qui t'attend de maux,<br /> +Quand un rival aura le fruit de tes travaux?<br /> +Pour se venger de toi, cette belle offensée<br /> +Sous les lois d'un mari sera bientôt passée<a name="FNanchor_693" id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor">[693]</a>;<br /> +Et lors, que de soupirs et de pleurs répandus<span class="dalign">255</span><br /> +Ne te rendront aucun de tant de biens perdus!</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Dis mieux, que pour rentrer dans mon indifférence<a name="FNanchor_694" id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor">[694]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">237</a></span><br /> +Je perdrai mon amour avec mon espérance,<br /> +Et qu'y trouvant alors sujet d'aversion,<br /> +Ma liberté naîtra de ma punition.<span class="dalign">260</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Après cette assurance, ami, je me déclare.<br /> +<span class="i1">Amoureux dès longtemps d'une beauté si rare,</span><br /> +Toi seul de la servir me pouvois empêcher;<br /> +Et je n'aimois Phylis que pour m'en approcher.<br /> +Souffre donc maintenant que pour mon allégeance<span class="dalign">265</span><br /> +Je prenne, si je puis, le temps de sa vengeance;<br /> +Que des ressentiments qu'elle aura contre toi<br /> +Je tire un avantage en lui portant ma foi,<br /> +Et que cette colère en son âme conçue<a name="FNanchor_695" id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor">[695]</a><br /> +Puisse de mes desirs faciliter l'issue<a name="FNanchor_696" id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor">[696]</a>.<span class="dalign">270</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Si ce joug inhumain, ce passage trompeur,<br /> +Ce supplice éternel, ne te fait point de peur,<br /> +A moi ne tiendra pas que la beauté que j'aime<br /> +Ne me quitte bientôt pour un autre moi-même.<br /> +Tu portes en bon lieu tes desirs amoureux;<span class="dalign">275</span><br /> +Mais songe que l'hymen, fait bien des malheureux.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>J'en veux bien faire essai; mais d'ailleurs, quand j'y pense<a name="FNanchor_697" id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor">[697]</a>,<br /> +Peut-être seulement le nom d'époux t'offense.<br /> +Et tu voudrois<a name="FNanchor_698" id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor">[698]</a> qu'un autre....</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i12">Ami, que me dis-tu</span><a name="FNanchor_699" id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor">[699]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">238</a></span><br /> +Connois mieux Angélique et sa haute vertu;<span class="dalign">280</span><br /> +Et sache qu'une fille a beau toucher mon âme,<br /> +Je ne la connois plus dès l'heure qu'elle est femme.<br /> +<span class="i1">De mille qu'autrefois tu m'as vu caresser,</span><br /> +En pas une un mari pouvoit-il s'offenser?<br /> +J'évite l'apparence autant comme le crime;<span class="dalign">285</span><br /> +Je fuis un compliment qui semble illégitime;<br /> +Et le jeu m'en déplaît, quand on fait à tous coups<br /> +Causer un médisant et rêver un jaloux.<br /> +Encor que dans mon feu mon cœur ne s'intéresse,<br /> +Je veux pouvoir prétendre où ma bouche l'adresse,<span class="dalign">290</span><br /> +Et garder, si je puis, parmi ces fictions,<br /> +Un renom aussi pur que mes intentions.<br /> +Ami, soupçon à part, et sans plus de réplique<a name="FNanchor_700" id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor">[700]</a>,<br /> +Si tu veux en ma place être aimé d'Angélique,<br /> +Allons tout de ce pas ensemble imaginer<span class="dalign">295</span><br /> +Les moyens de la perdre et de te la donner,<br /> +Et quelle invention sera la plus aisée.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Allons. Ce que j'ai dit n'étoit que par risée.</p> + +<p class="p2 center i1"><small><b>FIN DU PREMIER ACTE.</b></small></p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">239</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h2>ACTE II.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, POLYMAS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE</span>, <span class="font90">tenant une lettre ouverte<a name="FNanchor_701" id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor">[701]</a>.</span></p> + +<p>De cette trahison ton maître est donc l'auteur?</p> + +<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p> + +<p>Assez imprudemment il m'en fait le porteur<a name="FNanchor_702" id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor">[702]</a>.<span class="dalign">300</span><br /> +Comme il se rend par là digne qu'on le prévienne,<br /> +Je veux bien en faire une en haine de la sienne;<br /> +Et mon devoir, mal propre à de si lâches coups,<br /> +Manque aussitôt vers lui que son amour vers vous<a name="FNanchor_703" id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor">[703]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Contre ce que je vois le mien encor s'obstine<a name="FNanchor_704" id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor">[704]</a>.<span class="dalign">305</span><br /> +Qu'Alidor ait écrit cette lettre à Clarine,<br /> +Et qu'ainsi d'Angélique il se voulût jouer!</p> + +<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p> + +<p>Il n'aura pas le front de le désavouer.<br /> +Opposez-lui ces traits, battez-le de ses armes<a name="FNanchor_705" id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor">[705]</a>:<span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">240</a></span><br /> +Pour s'en pouvoir défendre il lui faudroit des charmes.<span class="dalign">310</span><br /> +Mais surtout cachez-lui ce que je fais pour vous<a name="FNanchor_706" id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor">[706]</a>,<br /> +Et ne m'exposez point aux traits de son courroux;<br /> +Que je vous puisse encor trahir son artifice,<br /> +Et pour mieux vous servir, rester à son service.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Rien ne m'échappera qui te puisse toucher<a name="FNanchor_707" id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor">[707]</a>:<span class="dalign">315</span><br /> +Je sais ce qu'il faut dire, et ce qu'il faut cacher.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p> + +<p>Feignez d'avoir reçu ce billet de Clarine,<br /> +Et que....</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i4">Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine</span><a name="FNanchor_708" id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor">[708]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p> + +<p>Mais....</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i3">Ne réplique plus, et va-t'en.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p> + +<p><span class="i14">J'obéis.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE</span>, <span class="font90">seule.</span></p> + +<p>Mes feux, il est donc vrai que l'on vous a trahis?<span class="dalign">320</span><br /> +Et ceux dont Alidor montroit son âme atteinte<a name="FNanchor_709" id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor">[709]</a><br /> +Ne sont plus que fumée, ou n'étoient qu'une feinte?<br /> +Que la foi des amants est un gage pipeur!<br /> +Que leurs serments sont vains, et notre espoir trompeur!<span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">241</a></span><br /> +Qu'on est peu dans leur cœur pour être dans leur bouche!<br /> +Et que malaisément on sait ce qui les touche!<br /> +Mais voici l'infidèle. Ah! qu'il se contraint bien!</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR, ANGÉLIQUE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Puis-je avoir un moment de ton cher entretien?<br /> +Mais j'appelle un moment, de même qu'une année<br /> +Passe entre deux amants pour moins qu'une journée.<span class="dalign">330</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Avec de tels discours oses-tu m'aborder<a name="FNanchor_710" id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor">[710]</a>,<br /> +Perfide, et sans rougir peux-tu me regarder?<br /> +As-tu cru que le ciel consentît à ma perte,<br /> +Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte?<br /> +Apprends, perfide, apprends que je suis hors d'erreur:<span class="dalign">335</span><br /> +Tes yeux ne me sont plus que des objets d'horreur;<br /> +Je ne suis plus charmée, et mon âme plus saine<br /> +N'eut jamais tant d'amour qu'elle a pour toi de haine.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Voilà me recevoir avec des compliments<a name="FNanchor_711" id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor">[711]</a><br /> +Qui seroient pour tout autre un peu moins que charmants.<br /> +Quel en est le sujet?</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i8">Le sujet? lis, parjure;</span><br /> +Et puis accuse-moi de te faire une injure!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">242</a></span> +<span class="smcap i6">ALIDOR</span> <span class="font90">lit la lettre entre les mains d'Angélique.</span></p> + +<p><span class="smcap">LETTRE SUPPOSÉE D'ALIDOR A CLARINE.</span></p> + +<p><span class="i2"><i>Clarine, je suis tout à vous;</i></span><br /> +<span class="i2"><i>Ma liberté vous rend les armes:</i></span><br /> +<span class="i2"><i>Angélique n'a point de charmes</i></span><span class="dalign">345</span><br /> +<span class="i2"><i>Pour me défendre de vos coups;</i></span><br /> +<span class="i2"><i>Ce n'est qu'une idole mouvante;</i></span><br /> +<i>Ses yeux sont sans vigueur, sa bouche sans appas:</i><br /> +<i>Alors que je l'aimai, je ne la connus pas</i><a name="FNanchor_712" id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor">[712]</a>;<br /> +<i>Et de quelques attraits que ce monde vous vante</i><a name="FNanchor_713" id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor">[713]</a>,<span class="dalign">350</span><br /> +<span class="i2"><i>Vous devez mes affections</i></span><br /> +<i>Autant à ses défauts qu'à vos perfections.</i></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Eh bien! ta perfidie est-elle en évidence<a name="FNanchor_714" id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor">[714]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR</span></p> + +<p>Est-ce là tant de quoi?</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i9">Tant de quoi! l'impudence!</span><br /> +Après mille serments il me manque de foi,<span class="dalign">355</span><br /> +Et me demande encor si c'est là tant de quoi!<br /> +Change si tu le veux: je n'y perds qu'un volage;<br /> +Mais en m'abandonnant laisse en paix mon visage;<br /> +Oublie avec ta foi ce que j'ai de défauts;<br /> +N'établis point tes feux sur le peu que je vaux;<span class="dalign">360</span><br /> +Fais que, sans m'y mêler, ton compliment s'explique,<br /> +Et ne le grossis point du mépris d'Angélique.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Deux mots de vérité vous mettent bien aux champs!</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Ciel, tu ne punis point des hommes si méchants!<span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">243</a></span><br /> +Ce traître vit encore, il me voit, il respire,<span class="dalign">365</span><br /> +Il m'affronte, il l'avoue, il rit quand je soupire.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Vraiment le ciel a tort de ne vous pas donner<br /> +Lorsque vous tempêtez, sa foudre à gouverner<a name="FNanchor_715" id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor">[715]</a>;<br /> +Il devroit avec vous être d'intelligence.</p> + +<p class="font90 i2">(Angélique déchire la lettre et en jette les morceaux, +et Alidor continue<a name="FNanchor_716" id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor">[716]</a>.)</p> + +<p>Le digne et grand objet d'une haute vengeance!<span class="dalign">370</span><br /> +Vous traitez du papier avec trop de rigueur.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Que n'en puis-je autant faire à ton perfide cœur<a name="FNanchor_717" id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor">[717]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Qui ne vous flatte point puissamment vous irrite.<br /> +Pour dire franchement votre peu de mérite,<br /> +Commet-on des forfaits si grands et si nouveaux<a name="FNanchor_718" id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor">[718]</a><span class="dalign">375</span><br /> +Qu'on doive tout à l'heure être mis en morceaux?<br /> +Si ce crime autrement ne sauroit se remettre,</p> + +<p class="font90">(Il lui présente aux yeux un miroir qu'elle porte à sa ceinture<a name="FNanchor_719" id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor">[719]</a>.)</p> + +<p>Cassez: ceci vous dit encor pis que ma lettre.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>S'il me dit mes défauts autant ou plus que toi,<br /> +Déloyal, pour le moins il n'en dit rien qu'à moi:<span class="dalign">380</span><br /> +C'est dedans son cristal que je les étudie;<span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">244</a></span><br /> +Mais après il s'en tait, et moi j'y remédie;<br /> +Il m'en donne un avis sans me les reprocher,<br /> +Et me les découvrant, il m'aide à les cacher.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Vous êtes en colère, et vous dites des pointes.<span class="dalign">385</span><br /> +Ne présumiez-vous point que j'irois, à mains jointes,<br /> +Les yeux enflés de pleurs, et le cœur de soupirs,<br /> +Vous faire offre à genoux de mille repentirs?<br /> +Que vous êtes à plaindre étant si fort déçue!</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Insolent! ôte-toi pour jamais de ma vue.<span class="dalign">390</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Me défendre vos yeux après mon changement,<br /> +Appelez-vous cela du nom de châtiment?<br /> +Ce n'est que me bannir du lieu de mon supplice;<br /> +Et ce commandement est si plein de justice,<br /> +Que bien que je renonce à vivre sous vos lois<a name="FNanchor_720" id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor">[720]</a>,<span class="dalign">395</span><br /> +Je vais vous obéir pour la dernière fois.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE.</h4> + +<p>Commandement honteux, où ton obéissance<br /> +N'est qu'un signe trop clair de mon peu de puissance,<br /> +Où ton banissement a pour toi des appas,<br /> +Et me devient cruel de ne te l'être pas!<span class="dalign">400</span><br /> +A quoi se résoudra désormais ma colère,<br /> +Si ta punition te tient lieu de salaire?<br /> +Que mon pouvoir me nuit! et qu'il m'est cher vendu!<br /> +Voilà ce que me vaut d'avoir trop attendu<a name="FNanchor_721" id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor">[721]</a>:<span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">245</a></span><br /> +Je devois prévenir ton outrageux caprice;<span class="dalign">405</span><br /> +Mon bonheur dépendoit de te faire injustice.<br /> +Je chasse un fugitif avec trop de raison,<br /> +Et lui donne les champs quand il rompt sa prison.<br /> +<span class="i1">Ah! que n'ai-je eu des bras à suivre mon courage!</span><br /> +Qu'il m'eût bien autrement réparé cet outrage!<span class="dalign">410</span><br /> +Que j'eusse retranché de ses propos railleurs!<br /> +Le traître n'eût jamais porté son cœur ailleurs:<br /> +Puisqu'il m'étoit donné, je m'en fusse saisie;<br /> +Et sans prendre conseil que de ma jalousie,<br /> +Puisqu'un autre portrait en efface le mien,<span class="dalign">415</span><br /> +Cent coups auroient chassé ce voleur de mon bien.<br /> +Vains projets, vains discours, vaine et fausse allégeance!<br /> +Et mes bras et son cœur manquent à ma vengeance!<br /> +<span class="i1">Ciel, qui m'en vois donner de si justes sujets,</span><br /> +Donne-m'en des moyens, donne-m'en des objets.<span class="dalign">420</span><br /> +Où me dois-je adresser? Qui doit porter sa peine?<br /> +Qui doit à son défaut m'éprouver inhumaine?<br /> +De mille désespoirs mon cœur est assailli;<br /> +Je suis seule punie, et je n'ai point failli.<br /> +Mais j'ose faire au ciel une injuste querelle<a name="FNanchor_722" id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor">[722]</a>;<span class="dalign">425</span><br /> +Je n'ai que trop failli d'aimer un infidèle,<br /> +De recevoir un traître, un ingrat, sous ma loi,<br /> +Et trouver du mérite en qui manquoit de foi.<br /> +Ciel, encore une fois, écoute mon envie:<br /> +Ote-m'en la mémoire ou le prive de vie;<span class="dalign">430</span><br /> +Fais que de mon esprit je puisse le bannir<a name="FNanchor_723" id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor">[723]</a>,<br /> +Ou ne l'avoir que mort dedans mon souvenir.<br /> +Que je m'anime en vain contre un objet aimable!<br /> +Tout criminel qu'il est, il me semble adorable;<span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">246</a></span><br /> +Et mes souhaits, qu'étouffe un soudain repentir,<span class="dalign">435</span><br /> +En demandant sa mort n'y sauroient consentir.<br /> +Restes impertinents d'une flamme insensée,<br /> +Ennemis de mon heur, sortez de ma pensée,<br /> +Ou si vous m'en peignez encore quelques traits,<br /> +Laissez là ses vertus, peignez-moi ses forfaits.<span class="dalign">440</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, PHYLIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Le croirois-tu, Phylis? Alidor m'abandonne.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Pourquoi non? je n'y vois rien du tout qui m'étonne,<br /> +Rien qui ne soit possible, et de plus fort commun.<br /> +La constance est un bien qu'on ne voit en pas un:<br /> +Tout change sous les cieux, mais partout bon remède<a name="FNanchor_724" id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor">[724]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Le ciel n'en a point fait au mal qui me possède.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Choisis de mes amants, sans t'affliger si fort,<br /> +Et n'appréhende pas de me faire grand tort:<br /> +J'en pourrois, au besoin, fournir toute la ville,<br /> +Qu'il m'en demeureroit encor plus de deux mille<a name="FNanchor_725" id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor">[725]</a>.<span class="dalign">450</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Tu me ferois mourir avec de tels propos;<br /> +Ah! laisse-moi plutôt soupirer en repos,<br /> +Ma sœur.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i5">Plût au bon Dieu que tu voulusses l'être!</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">247</a></span> +<span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Eh quoi, tu ris encor! c'est bien faire paroître....</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Que je ne saurois voir d'un visage affligé<span class="dalign">455</span><br /> +Ta cruauté punie, et mon frère vengé.<br /> +Après tout, je connois quelle est ta maladie:<br /> +Tu vois comme Alidor est plein de perfidie;<br /> +Mais je mets dans deux jours ma tête à l'abandon,<br /> +Au cas qu'un repentir n'obtienne son pardon.<span class="dalign">460</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Après que cet ingrat me quitte pour Clarine?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>De le garder longtemps elle n'a pas la mine,<br /> +Et j'estime si peu ces nouvelles amours,<br /> +Que je te plége<a name="FNanchor_726" id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor">[726]</a> encor son retour dans deux jours;<br /> +Et lors ne pense pas, quoi que tu te proposes,<span class="dalign">465</span><br /> +Que de tes volontés devant lui tu disposes.<br /> +Prépare tes dédains, arme-toi de rigueur,<br /> +Une larme, un soupir te percera le cœur<a name="FNanchor_727" id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor">[727]</a>;<br /> +Et je serai ravie alors de voir vos flammes<br /> +Brûler mieux que devant, et rejoindre vos âmes.<span class="dalign">470</span><br /> +Mais j'en crains un succès à ta confusion<a name="FNanchor_728" id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor">[728]</a>:<br /> +Qui change une fois change à toute occasion;<br /> +Et nous verrons toujours, si Dieu le laisse vivre,<br /> +Un change, un repentir, un pardon, s'entre-suivre.<br /> +Ce dernier est souvent l'amorce d'un forfait,<span class="dalign">475</span><br /> +Et l'on cesse de craindre un courroux sans effet.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Sa faute a trop d'excès pour être rémissible,<br /> +Ma sœur; je ne suis pas de la sorte insensible;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">248</a></span> +Et si je présumois que mon trop de bonté<br /> +Pût jamais se résoudre à cette lâcheté,<span class="dalign">480</span><br /> +Qu'un si honteux pardon pût suivre cette offense,<br /> +J'en préviendrois le coup, m'en ôtant la puissance.<br /> +Adieu: dans la colère où je suis aujourd'hui,<br /> +J'accepterois plutôt un barbare que lui.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">PHYLIS, DORASTE.</h4> + +<span class="smcap i6">PHYLIS</span><a name="FNanchor_729" id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor">[729]</a>. + +<p>Il faut donc se hâter qu'elle ne refroidisse.<span class="dalign">485</span></p> + +<p class="font90">(Elle frappe du pied à la porte de son logis, et fait sortir son frère.)</p> + +<p>Frère, quelque inconnu t'a fait un bon office<a name="FNanchor_730" id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor">[730]</a>:<br /> +Il ne tiendra qu'à toi d'être un second Médor<a name="FNanchor_731" id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor">[731]</a>;<br /> +On a fait qu'Angélique....</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Eh bien?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<span class="i14">Hait Alidor.</span> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Elle hait Alidor! Angélique!</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<span class="i12">Angélique.</span> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>D'où lui vient cette humeur? qui les a mis en pique?<span class="dalign">490</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">249</a></span> +<span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Si tu prends bien ton temps, il y fait bon pour toi.<br /> +Va, ne t'amuse point à savoir le pourquoi;<br /> +Parle au père d'abord: tu sais qu'il te souhaite;<br /> +Et s'il ne s'en dédit, tiens l'affaire pour faite.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Bien qu'un si bon avis ne soit à mépriser,<span class="dalign">495</span><br /> +Je crains....</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i6">Lysis m'aborde, et tu me veux causer!</span><br /> +Entre chez Angélique, et pousse ta fortune:<br /> +Quand je vois un amant, un frère m'importune.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">LYSIS, PHYLIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>Comme vous le chassez!</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i10">Qu'eût-il fait avec nous?</span><br /> +Mon entretien sans lui te semblera plus doux:<span class="dalign">500</span><br /> +Tu pourras t'expliquer avec moins de contrainte,<br /> +Me conter de quels feux tu te sens l'âme atteinte,<br /> +Et ce que tu croiras propre à te soulager.<br /> +Regarde maintenant si je sais t'obliger.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>Cette obligation seroit bien plus extrême,<span class="dalign">505</span><br /> +Si vous vouliez traiter tous mes rivaux de même;<br /> +Et vous feriez bien plus pour mon contentement,<br /> +De souffrir avec vous vingt frères qu'un amant.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Nous sommes donc, Lysis, d'une humeur bien contraire:<span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">250</a></span><br /> +J'y souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère<a name="FNanchor_732" id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor">[732]</a>;<span class="dalign">510</span><br /> +Et puisque nos esprits ont si peu de rapport,<br /> +Je m'étonne comment nous nous aimons si fort.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>Vous êtes ma maîtresse, et mes flammes discrètes<a name="FNanchor_733" id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor">[733]</a><br /> +Doivent un tel respect aux lois que vous me faites,<br /> +Que pour leur obéir mes sentiments domptés<span class="dalign">515</span><br /> +N'osent plus se régler que sur vos volontés.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>J'aime des serviteurs qui pour une maîtresse<br /> +Souffrent ce qui leur nuit, aiment ce qui les blesse.<br /> +Si tu vois quelque jour tes feux récompensés,<br /> +Souviens-toi.... Qu'est-ce-ci? Cléandre, vous passez?<span class="dalign">520</span></p> + +<p class="font90">(Cléandre va pour entrer chez Angélique, et Phylis l'arrête<a name="FNanchor_734" id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor">[734]</a>.)</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII</h3> + +<h4 class="p2">CLÉANDRE, PHYLIS, LYSIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Il me faut bien passer, puisque la place est prise.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Venez: cette raison est de mauvaise mise.<br /> +D'un million d'amants je puis flatter les vœux<a name="FNanchor_735" id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor">[735]</a>,<br /> +Et n'aurois pas l'esprit d'en entretenir deux?<span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">251</a></span><br /> +Sortez de cette erreur, et souffrant ce partage,<span class="dalign">525</span><br /> +Ne faites pas ici l'entendu davantage.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Le moyen que je sois insensible à ce point?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Quoi! pour l'entretenir, ne vous aimé-je point?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Encor que votre ardeur à la mienne réponde,<br /> +Je ne veux plus d'un bien commun à tout le monde.<span class="dalign">530</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous,<br /> +Je n'aime, pour le moins, personne plus que vous:<br /> +Cela vous doit suffire.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p><span class="i9">Oui bien, à des volages</span><br /> +Qui peuvent en un jour adorer cent visages;<br /> +Mais ceux dont un objet possède tous les soins,<span class="dalign">535</span><br /> +Se donnant tous entiers, n'en méritent pas moins.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>De vrai, si vous valiez beaucoup plus que les autres,<br /> +Je devrois dédaigner leurs vœux auprès des vôtres<a name="FNanchor_736" id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor">[736]</a>;<br /> +Mais mille aussi bien faits ne sont pas mieux traités,<br /> +Et ne murmurent point contre mes volontés.<span class="dalign">540</span><br /> +Est-ce à moi, s'il vous plaît, de vivre à votre mode?<br /> +Votre amour, en ce cas, seroit fort incommode;<br /> +Loin de la recevoir, vous me feriez la loi:<br /> +Qui m'aime de la sorte, il s'aime, et non pas moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS</span>, <span class="font90">à Cléandre.</span></p> + +<p>Persiste en ton humeur, je te prie, et conseille<span class="dalign">545</span><br /> +A tous nos concurrents d'en prendre une pareille.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Tu seras bientôt seul, s'ils veulent m'imiter.</p> + +<span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">252</a></span> +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Quoi donc! c'est tout de bon que tu me veux quitter?<br /> +Tu ne dis mot, rêveur, et pour toute réplique<br /> +Tu tournes tes regards du côté d'Angélique:<span class="dalign">550</span><br /> +Est-elle donc l'objet de tes légèretés<a name="FNanchor_737" id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor">[737]</a>?<br /> +Veux-tu faire d'un coup deux infidélités,<br /> +Et que dans mon offense Alidor s'intéresse?<br /> +Cléandre, c'est assez de trahir ta maîtresse;<br /> +Dans ta nouvelle flamme épargne tes amis,<span class="dalign">555</span><br /> +Et ne l'adresse point en lieu qui soit promis.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>De la part d'Alidor je vais voir cette belle:<br /> +Laisse-m'en avec lui démêler la querelle,<br /> +Et ne t'informe point de mes intentions.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Puisqu'il me faut résoudre en mes afflictions,<span class="dalign">560</span><br /> +Et que pour te garder j'ai trop peu de mérite,<br /> +Du moins, avant l'adieu, demeurons quitte à quitte;<br /> +Que ce que j'ai du tien je te le rende ici:<br /> +Tu m'as offert des vœux, que je t'en offre aussi<a name="FNanchor_738" id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor">[738]</a>;<br /> +Et faisons entre nous toutes choses égales.<span class="dalign">565</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>Et moi, durant, ce temps, je garderai les balles<a name="FNanchor_739" id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor">[739]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Je te donne congé d'une heure, si tu veux.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>Je l'accepte, au hasard de le prendre pour deux.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Pour deux, pour quatre, soit: ne crains pas qu'il m'ennuie.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">253</a></span></p> + +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">CLÉANDRE, PHYLIS.</h4> + +<p class="center"><span class="smcap">PHYLIS</span> <span class="font90">arrête Cléandre qui tâche de s'échapper pour entrer +chez Angélique</span><a name="FNanchor_740" id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor">[740]</a>.</p> + +<p>Mais je ne consens pas cependant qu'on me fuie;<span class="dalign">570</span><br /> +Tu perds temps d'y tâcher, si tu n'as mon congé<a name="FNanchor_741" id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor">[741]</a>.<br /> +Inhumain! est-ce ainsi que je t'ai négligé?<br /> +Quand tu m'offrois des vœux prenois-je ainsi la fuite,<br /> +Et rends-tu la pareille à ma juste poursuite?<br /> +Avec tant de douceur tu te vis écouter,<span class="dalign">575</span><br /> +Et tu tournes le dos quand je t'en veux conter!</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Va te jouer d'un autre avec tes railleries;<br /> +J'ai l'oreille mal faite à ces galanteries<a name="FNanchor_742" id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor">[742]</a>:<br /> +Ou cesse de m'aimer, ou n'aime plus que moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Je ne t'impose pas une si dure loi:<span class="dalign">580</span><br /> +Avec moi, si tu veux, aime toute la terre,<br /> +Sans craindre que jamais je t'en fasse la guerre.<br /> +Je reconnois assez mes imperfections;<br /> +Et quelque part que j'aye en tes affections,<br /> +C'est encor trop pour moi; seulement ne rejette<span class="dalign">585</span><br /> +La parfaite amitié d'une fille imparfaite.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Qui te rend obstinée à me persécuter?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">254</a></span> +<span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Qui te rend si cruel que de me rebuter<a name="FNanchor_743" id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor">[743]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Il faut que de tes mains un adieu me délivre.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Si tu sais t'en aller, je saurai bien te suivre;<span class="dalign">590</span><br /> +Et quelque occasion qui t'amène en ces lieux,<br /> +Tu ne lui diras pas grand secret à mes yeux.<br /> +Je suis plus incommode encor qu'il ne te semble.<br /> +Parlons plutôt d'accord, et composons ensemble.<br /> +<span class="i1">Hier un peintre excellent m'apporta mon portrait:</span><span class="dalign">595</span><br /> +Tandis qu'il t'en demeure encore quelque trait,<br /> +Qu'encor tu me connois, et que de ta pensée<br /> +Mon image n'est pas tout à fait effacée,<br /> +Ne m'en refuse point ton petit jugement.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Je le tiens pour bien fait.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i10">Plains-tu tant un moment?</span><br /> +Et m'attachant à toi, si je te désespère,<br /> +A ce prix trouves-tu ta liberté trop chère?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Allons, puisque autrement je ne te puis quitter,<br /> +A tel prix que ce soit il me faut racheter<a name="FNanchor_744" id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor">[744]</a>.</p> + +<p class="center p2"><small><b>FIN DU SECOND ACTE.</b></small></p> + +<hr class="c15" /> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">255</a></span></p> + +<h2>ACTE III.</h2> +<hr class="c5" /> +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">PHYLIS, CLÉANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>En ce point il ressemble à ton humeur volage,<span class="dalign">605</span><br /> +Qu'il reçoit tout le monde avec même visage<a name="FNanchor_745" id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor">[745]</a>;<br /> +Mais d'ailleurs ce portrait ne te ressemble pas,<br /> +En ce qu'il ne dit mot et ne suit point mes pas<a name="FNanchor_746" id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor">[746]</a>.</p> +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>En quoi que désormais ma présence te nuise,<br /> +La civilité veut que je te reconduise.<span class="dalign">610</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Mets enfin quelque borne à ta civilité<a name="FNanchor_747" id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor">[747]</a>,<br /> +Et suivant notre accord me laisse en liberté.</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">DORASTE, PHYLIS, CLÉANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i4">DORASTE</span> <span class="font90">sort de chez Angélique</span><a name="FNanchor_748" id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor">[748]</a>.</p> + +<p>Tout est gagné, ma sœur: la belle m'est acquise;<span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">256</a></span><br /> +Jamais occasion ne se trouva mieux prise;<br /> +Je possède Angélique.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<span class="i9">Angélique?</span> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p><span class="i13">Oui, tu peux</span><span class="dalign">615</span><br /> +Avertir Alidor du succès de mes vœux,<br /> +Et qu'au sortir du bal, que je donne chez elle,<br /> +Demain un sacré nœud m'unit à cette belle<a name="FNanchor_749" id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor">[749]</a>;<br /> +Dis-lui qu'il s'en console. Adieu: je vais pourvoir<br /> +A tout ce qu'il me faut préparer pour ce soir.<span class="dalign">620</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS</span><a name="FNanchor_750" id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor">[750]</a>.</p> + +<p>Ce soir j'ai bien la mine, en dépit de ta glace,<br /> +D'en trouver là cinquante à qui donner ta place<a name="FNanchor_751" id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor">[751]</a>.<br /> +Va-t'en, si bon te semble, ou demeure en ces lieux:<br /> +Je ne t'arrêtois pas ici pour tes beaux yeux;<br /> +Mais jusqu'à maintenant j'ai voulu te distraire,<span class="dalign">625</span><br /> +De peur que ton abord interrompît mon frère.<br /> +Quelque fin que tu sois, tiens-toi pour affiné<a name="FNanchor_752" id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor">[752]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">CLÉANDRE.</h4> + +<p>Ciel! à tant de malheurs m'aviez-vous destiné?<br /> +Faut-il que d'un dessein si juste que le nôtre<br /> +La peine soit pour nous, et les fruits pour un autre,<span class="dalign">630</span><span class="pagenum"><a name="Page_257" id="Page_257">257</a></span><br /> +Et que notre artifice ait si mal succédé,<br /> +Qu'il me dérobe un bien qu'Alidor m'a cédé?<br /> +Officieux ami d'un amant déplorable,<br /> +Que tu m'offres en vain cet objet adorable!<br /> +Qu'en vain de m'en saisir ton adresse entreprend!<span class="dalign">635</span><br /> +Ce que tu m'as donné, Doraste le surprend.<br /> +Tandis qu'il me supplante, une sœur me cajole;<br /> +Elle me tient les mains cependant qu'il me vole.<br /> +On me joue, on me brave, on me tue, on s'en rit:<br /> +L'un me vante son heur, l'autre son trait d'esprit;<span class="dalign">640</span><br /> +L'un et l'autre à la fois me perd, me désespère,<br /> +Et je puis épargner ou la sœur ou le frère!<br /> +Être sans Angélique, et sans ressentiment!<br /> +Avec si peu de cœur aimer si puissamment<a name="FNanchor_753" id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor">[753]</a>!<br /> +Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?<br /> +Craignois-tu d'avouer une telle maîtresse?<br /> +Et cachois-tu l'excès de ton affection<br /> +Par honte, par dépit, ou par discrétion<a name="FNanchor_754" id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor">[754]</a>?<br /> +Pouvois-tu desirer occasion plus belle<a name="FNanchor_755" id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor">[755]</a><br /> +Que le nom d'Alidor à venger ta querelle?<span class="dalign">650</span><br /> +Si pour tes feux cachés tu n'oses t'émouvoir,<br /> +Laisse leurs intérêts, suis ceux de ton devoir.<br /> +On supplante Alidor, du moins en apparence,<br /> +Et sans ressentiment tu souffres cette offense!<span class="pagenum"><a name="Page_258" id="Page_258">258</a></span><br /> +Ton courage est muet, et ton bras endormi!<span class="dalign">655</span><br /> +Pour être amant discret, tu parois lâche ami!<br /> +C'est trop abandonner ta renommée au blâme:<br /> +Il faut sauver d'un coup ton honneur et ta flamme,<br /> +Et l'un et l'autre ici marchent d'un pas égal;<br /> +Soutenant un ami, tu t'ôtes un rival.<span class="dalign">660</span><br /> +Ne diffère donc plus ce que l'honneur commande<a name="FNanchor_756" id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor">[756]</a>,<br /> +Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende<a name="FNanchor_757" id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor">[757]</a>.<br /> +Il faut...</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i5">Eh bien! Cléandre, ai-je su t'obliger?</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_259" id="Page_259">259</a></span> +<span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Pour m'avoir obligé, que je vais t'affliger!<br /> +Doraste a pris le temps des dépits d'Angélique.<span class="dalign">665</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Après?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p><span class="i3">Après cela tu veux que je m'explique<a name="FNanchor_758" id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor">[758]</a>?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Qu'en a-t-il obtenu?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p><span class="i8">Par delà son espoir:</span><br /> +Il l'épouse demain, lui donne bal ce soir<a name="FNanchor_759" id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor">[759]</a>;<br /> +Juge, juge par là si mon mal est extrême.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>En es-tu bien certain?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<span class="i9">J'ai tout su de lui-même.</span><span class="dalign">670</span> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Que je serois heureux si je ne t'aimois point!<br /> +Ton malheur auroit mis mon bonheur à son point<a name="FNanchor_760" id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor">[760]</a>;<br /> +La prison d'Angélique auroit rompu la mienne.<br /> +Quelque empire sur moi que son visage obtienne,<br /> +Ma passion fût morte avec sa liberté;<span class="dalign">675</span><br /> +Et trop vain pour souffrir qu'en sa captivité<br /> +Les restes d'un rival m'eussent enchaîné l'âme<a name="FNanchor_761" id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor">[761]</a>,<br /> +Les feux de son hymen auroient éteint ma flamme.<span class="pagenum"><a name="Page_260" id="Page_260">260</a></span><br /> +<span class="i1">Pour forcer sa colère à de si doux effets,</span><br /> +Quels efforts, cher ami, ne me suis-je point faits!<span class="dalign">680</span><br /> +Malgré tout mon amour, prendre un orgueil farouche<a name="FNanchor_762" id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor">[762]</a>,<br /> +L'adorer dans le cœur, et l'outrager de bouche;<br /> +J'ai souffert ce supplice, et me suis feint léger,<br /> +De honte et de dépit de ne pouvoir changer.<br /> +Et je vois, près du but où je voulois prétendre,<span class="dalign">685</span><br /> +Les fruits de mon travail n'être pas pour Cléandre!<br /> +A ces conditions mon bonheur me déplaît:<br /> +Je ne puis être heureux, si Cléandre ne l'est.<br /> +Ce que je t'ai promis ne peut être à personne:<br /> +Il faut que je périsse ou que je te le donne.<span class="dalign">690</span><br /> +J'aurai trop de moyens de te garder ma foi<a name="FNanchor_763" id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor">[763]</a>;<br /> +Et malgré les destins Angélique est à toi.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Ne trouble point pour moi le repos de ton âme<a name="FNanchor_764" id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor">[764]</a>:<br /> +Il t'en coûteroit trop pour avancer ma flamme.<br /> +Sans que ton amitié fasse un second effort,<span class="dalign">695</span><br /> +Voici de qui j'aurai ma maîtresse ou la mort:<br /> +Si Doraste a du cœur, il faut qu'il la défende,<br /> +Et que l'épée au poing il la gagne ou la rende.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Simple, par le chemin que tu penses tenir,<br /> +Tu la lui peux ôter, mais non pas l'obtenir.<span class="dalign">700</span><br /> +La suite des duels ne fut jamais plaisante:<br /> +C'étoit ces jours passés ce que disoit Théante<a name="FNanchor_765" id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor">[765]</a>.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_261" id="Page_261">261</a></span> +Je veux prendre un moyen et plus court et plus seur<a name="FNanchor_766" id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor">[766]</a>,<br /> +Et sans aucun péril t'en rendre possesseur.<br /> +Va-t'en donc, et me laisse auprès de ta maîtresse<a name="FNanchor_767" id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor">[767]</a><span class="dalign">705</span><br /> +De mon reste d'amour faire jouer l'adresse.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Cher ami....</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i6">Va-t'en, dis-je, et par tes compliments</span><br /> +Cesse de t'opposer à tes contentements:<br /> +Désormais en ces lieux tu ne fais que me nuire.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Je vais donc te laisser ma fortune à conduire<a name="FNanchor_768" id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor">[768]</a>.<span class="dalign">710</span><br /> +Adieu: puissé-je avoir les moyens à mon tour<br /> +De faire autant pour toi que toi pour mon amour!</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR</span>, <span class="font90">seul.</span></p> + +<p>Que pour ton amitié je vais souffrir de peine!<br /> +Déjà presque échappé, je rentre dans ma chaîne.<br /> +Il faut encore un coup, m'exposant à ses yeux,<span class="dalign">715</span><br /> +Reprendre de l'amour, afin d'en donner mieux.<br /> +Mais reprendre un amour dont je veux me défaire<a name="FNanchor_769" id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor">[769]</a>,<br /> +Qu'est-ce qu'à mes desseins un chemin tout contraire?<br /> +Allons-y toutefois, puisque je l'ai promis,<br /> +Et que la peine est douce à qui sert ses amis<a name="FNanchor_770" id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor">[770]</a>.<span class="dalign">720</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_262" id="Page_262">262</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<p class="p2 center"><b>ANGÉLIQUE</b> <span class="font90">dans son cabinet.</span></p> + +<p><span class="i2">Quel malheur partout m'accompagne!</span><br /> +Qu'un indiscret hymen me venge à mes dépens!<br /> +<span class="i2">Que de pleurs en vain je répands,</span><br /> +Moins pour ce que je perds que pour ce que je gagne!<br /> +L'un m'est plus doux que l'autre, et j'ai moins de tourment<br /> +Du crime d'Alidor que de son châtiment<a name="FNanchor_771" id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor">[771]</a>.</p> + +<p><span class="i2">Ce traître alluma donc ma flamme!</span><br /> +Je puis donc consentir à ces tristes accords!<br /> +<span class="i2">Hélas! par quelques vains efforts</span><a name="FNanchor_772" id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor">[772]</a><br /> +Que je me fasse jour jusqu'au fond de mon âme,<span class="dalign">730</span><br /> +J'y trouve seulement, afin de me punir,<br /> +Le dépit du passé, l'horreur de l'avenir.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, ALIDOR.</h4> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE<a name="FNanchor_773" id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor">[773]</a>.</h4> + +<p>Où viens-tu, déloyal? avec quelle impudence<br /> +Oses-tu redoubler mes maux par ta présence!<br /> +Qui te donne le front de surprendre mes pleurs<a name="FNanchor_774" id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor">[774]</a>?<span class="dalign">735</span><span class="pagenum"><a name="Page_263" id="Page_263">263</a></span><br /> +Cherches-tu de la joie à même mes douleurs?<br /> +Et peux-tu conserver une âme assez hardie<br /> +Pour voir ce qu'à mon cœur coûte ta perfidie?<br /> +Après que tu m'as fait un insolent aveu<br /> +De n'avoir plus pour moi ni de foi ni de feu,<span class="dalign">740</span><br /> +Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable,<br /> +Que ton feint repentir m'en donne un véritable?<br /> +Va, va, n'espère rien de tes submissions<a name="FNanchor_775" id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor">[775]</a>;<br /> +Porte-les à l'objet de tes affections;<br /> +Ne me présente plus les traits qui m'ont déçue;<span class="dalign">745</span><br /> +N'attaque point mon cœur en me blessant la vue.<br /> +Penses-tu que je sois, après ton changement,<br /> +Ou sans ressouvenir, ou sans ressentiment?<br /> +S'il te souvient encor de ton brutal caprice,<br /> +Dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice?<span class="dalign">750</span><br /> +Garde un exil si cher à tes légèretés:<br /> +Je ne veux plus savoir de toi mes vérités.<br /> +<span class="i1">Quoi? tu ne me dis mot! Crois-tu que ton silence</span><br /> +Puisse de tes discours réparer l'insolence?<br /> +Des pleurs effacent-ils un mépris si cuisant?<span class="dalign">755</span><br /> +Et ne t'en dédis-tu, traître, qu'en te taisant?<br /> +Pour triompher de moi veux-tu, pour toutes armes,<br /> +Employer des soupirs et de muettes larmes?<br /> +Sur notre amour passé c'est trop te confier<a name="FNanchor_776" id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor">[776]</a>;<br /> +Du moins dis quelque chose à te justifier;<span class="dalign">760</span><br /> +Demande le pardon que tes regards m'arrachent;<br /> +Explique leurs discours, dis-moi ce qu'ils me cachent.<br /> +Que mon courroux est foible! et que leurs traits puissants<span class="pagenum"><a name="Page_264" id="Page_264">264</a></span><br /> +Rendent des criminels aisément innocents!<br /> +Je n'y puis résister, quelque effort que je fasse;<span class="dalign">765</span><br /> +Et de peur de me rendre, il faut quitter la place<a name="FNanchor_777" id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor">[777]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i4">ALIDOR</span> <span class="font90">la retient comme elle veut s'en aller<a name="FNanchor_778" id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor">[778]</a>.</span></p> + +<p>Quoi! votre amour renaît, et vous m'abandonnez<a name="FNanchor_779" id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor">[779]</a>!<br /> +C'est bien là me punir quand vous me pardonnez.<br /> +<span class="i1">Je sais ce que j'ai fait, et qu'après tant d'audace</span><br /> +Je ne mérite pas de jouir de ma grâce;<span class="dalign">770</span><br /> +Mais demeurez du moins, tant que vous ayez su<br /> +Que par un feint mépris votre amour fut déçu,<br /> +Que je vous fus fidèle en dépit de ma lettre;<br /> +Qu'en vos mains seulement on la devoit remettre;<br /> +Que mon dessein n'alloit qu'à voir vos mouvements,<span class="dalign">775</span><br /> +Et juger de vos feux par vos ressentiments.<br /> +Dites, quand je la vis entre vos mains remise,<br /> +Changeai-je de couleur? eus-je quelque surprise?<br /> +Ma parole plus ferme et mon port assuré<br /> +Ne vous montroient-ils pas un esprit préparé<a name="FNanchor_780" id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor">[780]</a>?<span class="dalign">780</span><br /> +Que Clarine vous die, à la première vue,<br /> +Si jamais de mon change elle s'est aperçue.<br /> +Ce mauvais compliment flattoit mal ses appas<a name="FNanchor_781" id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor">[781]</a>:<br /> +Il vous faisoit outrage, et ne l'obligeoit pas;<br /> +Et ses termes piquants, mal conçus pour lui plaire,<span class="dalign">785</span><br /> +Au lieu de son amour, cherchoient votre colère.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Cesse de m'éclaircir sur ce triste secret<a name="FNanchor_782" id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor">[782]</a>;<br /> +En te montrant fidèle, il accroît mon regret:<span class="pagenum"><a name="Page_265" id="Page_265">265</a></span><br /> +Je perds moins, si je crois ne perdre qu'un volage,<br /> +Et je ne puis sortir d'erreur qu'à mon dommage.<span class="dalign">790</span><br /> +Que me sert de savoir que tes vœux sont constants<a name="FNanchor_783" id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor">[783]</a>?<br /> +Que te sert d'être aimé, quand il n'en est plus temps?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Aussi je ne viens pas pour regagner votre âme<a name="FNanchor_784" id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor">[784]</a>:<br /> +Préférez-moi Doraste, et devenez sa femme.<br /> +Je vous viens, par ma mort, en donner le pouvoir:<span class="dalign">795</span><br /> +Moi vivant, votre foi ne le peut recevoir;<br /> +Elle m'est engagée, et quoi que l'on vous die,<br /> +Sans crime elle ne peut durer moins que ma vie.<br /> +Mais voici qui vous rend l'une et l'autre à la fois<a name="FNanchor_785" id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor">[785]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Ah! ce cruel discours me réduit aux abois.<span class="dalign">800</span><br /> +Ma colère a rendu ma perte inévitable<a name="FNanchor_786" id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor">[786]</a>,<br /> +Et je déteste en vain ma faute irréparable.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Si vous avez du cœur, on la peut réparer.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>On nous doit dès demain pour jamais séparer<a name="FNanchor_787" id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor">[787]</a>:<br /> +Que puis-je à de tels maux appliquer pour remède?<span class="dalign">805</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Ce qu'ordonne l'amour aux âmes qu'il possède.<br /> +Si vous m'aimez encor, vous saurez dès ce soir<br /> +Rompre les noirs effets d'un juste désespoir.<br /> +Quittez avec le bal vos malheurs pour me suivre,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_266" id="Page_266">266</a></span> +Ou soudain à vos yeux je vais cesser de vivre.<span class="dalign">810</span><br /> +Mettrez-vous en ma mort votre contentement?</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Non, mais que dira-t-on d'un tel emportement<a name="FNanchor_788" id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor">[788]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Est-ce là donc le prix de vous avoir servie?<br /> +Il y va de votre heur, il y va de ma vie,<br /> +Et vous vous arrêtez à ce qu'on en dira!<span class="dalign">815</span><br /> +Mais faites désormais tout ce qu'il vous plaira:<br /> +Puisque vous consentez plutôt à vos supplices<br /> +Qu'à l'unique moyen de payer mes services,<br /> +Ma mort va me venger de votre peu d'amour;<br /> +Si vous n'êtes à moi, je ne veux plus du jour.<span class="dalign">820</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Retiens ce coup fatal; me voilà résolue:<br /> +Use sur tout mon cœur de puissance absolue<a name="FNanchor_789" id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor">[789]</a>:<br /> +Puisqu'il est tout à toi, tu peux tout commander;<br /> +Et contre nos malheurs j'ose tout hasarder<a name="FNanchor_790" id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor">[790]</a>.<br /> +Cet éclat du dehors n'a rien qui m'embarrasse;<span class="dalign">825</span><br /> +Mon honneur seulement te demande une grâce:<br /> +Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main<br /> +Puissent justifier ma fuite et ton dessein;<br /> +Que mes parents surpris trouvent ici ce gage,<br /> +Qui les rende assurés d'un heureux mariage,<span class="dalign">830</span><span class="pagenum"><a name="Page_267" id="Page_267">267</a></span><br /> +Et que je sauve ainsi ma réputation<br /> +Par la sincérité de ton intention.<br /> +Ma faute en sera moindre, et mon trop de constance<a name="FNanchor_791" id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor">[791]</a><br /> +Paroîtra seulement fuir une violence.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Enfin par ce dessein vous me ressuscitez<a name="FNanchor_792" id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor">[792]</a>:<span class="dalign">835</span><br /> +Agissez pleinement dessus mes volontés.<br /> +J'avois pour votre honneur la même inquiétude,<br /> +Et ne pourrois d'ailleurs qu'avec ingratitude,<br /> +Voyant ce que pour moi votre flamme résout,<br /> +Dénier quelque chose à qui m'accorde tout.<span class="dalign">840</span><br /> +Donnez-moi: sur-le-champ je vous veux satisfaire.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Il vaut mieux que l'effet à tantôt se diffère.<br /> +Je manque ici de tout, et j'ai le cœur transi<a name="FNanchor_793" id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor">[793]</a><br /> +De crainte que quelqu'un ne te découvre ici.<br /> +Mon dessein généreux fait naître cette crainte;<span class="dalign">845</span><br /> +Depuis qu'il est formé, j'en ai senti l'atteinte.<br /> +Quitte-moi, je te prie, et coule-toi sans bruit<a name="FNanchor_794" id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor">[794]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Puisque vous le voulez, adieu, jusqu'à minuit.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p class="font90">(Alidor s'en va et Angélique continue<a name="FNanchor_795" id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor">[795]</a>.)</p> + +<p><span class="i3">Que promets-tu, pauvre aveuglée?</span><br /> +A quoi t'engage ici ta folle passion?<span class="dalign">850</span><br /> +<span class="i3">Et de quelle indiscrétion</span><br /> +Ne s'accompagne point ton ardeur déréglée?<span class="pagenum"><a name="Page_268" id="Page_268">268</a></span><br /> +Tu cours à ta ruine, et vas tout hasarder<br /> +Sur la foi d'un amant qui n'en sauroit garder<a name="FNanchor_796" id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor">[796]</a>.</p> + +<p><span class="i3">Je me trompe, il n'est point volage;</span><span class="dalign">855</span><br /> +J'ai vu sa fermeté, j'en ai cru ses soupirs;<br /> +<span class="i3">Et si je flatte mes desirs,</span><br /> +Une si douce erreur n'est qu'à mon avantage.<br /> +Me manquât-il de foi, je la lui dois garder,<br /> +Et pour perdre Doraste il faut tout hasarder.<span class="dalign">860</span></p> + +<p><span class="smcap i4">ALIDOR</span>, <span class="font90">sortant de la porte d'Angélique, et repassant<br /> +sur le théâtre.</span></p> + +<p>Cléandre, elle est à toi; j'ai fléchi son courage.<br /> +Que ne peut l'artifice, et le fard du langage?<br /> +Et si pour un ami ces effets je produis,<br /> +Lorsque j'agis pour moi, qu'est-ce que je ne puis?</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">PHYLIS.</h4> + +<p>Alidor à mes yeux sort de chez Angélique<a name="FNanchor_797" id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor">[797]</a>,<span class="dalign">865</span><br /> +Comme s'il y gardoit encor quelque pratique;<br /> +Et même, à son visage, il semble assez content.<br /> +Auroit-il regagné cet esprit inconstant?<br /> +Oh! qu'il feroit bon voir que cette humeur volage<br /> +Deux fois en moins d'une heure eût changé de courage!<br /> +Que mon frère en tiendroit, s'ils s'étoient mis d'accord<a name="FNanchor_798" id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor">[798]</a>!<br /> +Il faut qu'à le savoir je fasse mon effort.<br /> +Ce soir, je sonderai les secrets de son âme;<br /> +Et si son entretien ne me trahit sa flamme,<span class="pagenum"><a name="Page_269" id="Page_269">269</a></span><br /> +J'aurai l'œil de si près dessus ses actions,<span class="dalign">875</span><br /> +Que je m'éclaircirai de ses intentions.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">PHYLIS, LYSIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Quoi? Lysis, ta retraite est de peu de durée!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>L'heure de mon congé n'est qu'à peine expirée;<br /> +Mais vous voyant ici sans frère et sans amant....</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>N'en présume pas mieux pour ton contentement.<span class="dalign">880</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>Et d'où vient à Phylis une humeur si nouvelle?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Vois-tu, je ne sais quoi me brouille la cervelle.<br /> +Va, ne me conte rien de ton affection:<br /> +Elle en auroit fort peu de satisfaction.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>Cependant sans parler il faut que je soupire<a name="FNanchor_799" id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor">[799]</a>?<span class="dalign">885</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Réserve pour le bal ce que tu me veux dire.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p>Le bal, où le tient-on?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<span class="i9">Là dedans.</span> + +<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p> + +<p><span class="i14">Il suffit;</span><br /> +De votre bon avis je ferai mon profit.</p> + +<p class="center p2"><b><small>FIN DU TROISIÈME ACTE.</small></b></p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_270" id="Page_270">270</a></span></p> + +<h2>ACTE IV.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE, <span class="smcap">TROUPE D'ARMÉS</span><a name="FNanchor_800" id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor">[800]</a>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p class="font90">(L'acte est dans la nuit, et Alidor dit ce premier vers<a name="FNanchor_801" id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor">[801]</a> à Cléandre; +et l'ayant fait retirer avec sa troupe, il continue seul.)</p> + +<p>Attends, sans faire bruit, que je t'en avertisse<a name="FNanchor_802" id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor">[802]</a>.<br /> +Enfin la nuit s'avance, et son voile propice<span class="dalign">890</span><br /> +Me va faciliter le succès que j'attends<br /> +Pour rendre heureux Cléandre, et mes desirs contents.<br /> +Mon cœur, las de porter un joug si tyrannique,<br /> +Ne sera plus qu'une heure esclave d'Angélique.<br /> +Je vais faire un ami possesseur de mon bien:<span class="dalign">895</span><br /> +Aussi dans son bonheur je rencontre le mien.<br /> +C'est moins pour l'obliger que pour me satisfaire,<br /> +Moins pour le lui donner qu'afin de m'en défaire.<br /> +Ce trait paroîtra lâche et plein de trahison<a name="FNanchor_803" id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor">[803]</a>;<br /> +Mais cette lâcheté m'ouvrira ma prison.<span class="dalign">900</span><br /> +Je veux bien à ce prix avoir l'âme traîtresse,<br /> +Et que ma liberté me coûte une maîtresse.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_271" id="Page_271">271</a></span> +Que lui fais-je, après tout, qu'elle n'ait mérité,<br /> +Pour avoir malgré moi fait ma captivité?<br /> +Qu'on ne m'accuse point d'aucune ingratitude:<span class="dalign">905</span><br /> +Ce n'est que me venger d'un an de servitude,<br /> +Que rompre son dessein, comme elle a fait le mien,<br /> +Qu'user de mon pouvoir, comme elle a fait du sien,<br /> +Et ne lui pas laisser un si grand avantage<br /> +De suivre son humeur, et forcer mon courage.<span class="dalign">910</span><br /> +Le forcer! mais, hélas! que mon consentement<br /> +Par un si doux effort fut surpris aisément!<br /> +Quel excès de plaisirs goûta mon imprudence<br /> +Avant que réfléchir sur cette violence<a name="FNanchor_804" id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor">[804]</a>!<br /> +Examinant mon feu, qu'est-ce que je ne perds?<span class="dalign">915</span><br /> +Et qu'il m'est cher vendu de connoître mes fers!<br /> +Je soupçonne déjà mon dessein d'injustice,<br /> +Et je doute s'il est ou raison ou caprice.<br /> +Je crains un pire mal après ma guérison,<br /> +Et d'aller au supplice en rompant ma prison.<span class="dalign">920</span><br /> +Alidor, tu consens qu'un autre la possède!<br /> +Tu t'exposes sans crainte à des maux sans remède<a name="FNanchor_805" id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor">[805]</a>!<br /> +Ne romps point les effets de son intention,<br /> +Et laisse un libre cours à ton affection:<br /> +Fais ce beau coup pour toi; suis l'ardeur qui te presse.<span class="dalign">925</span><br /> +Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse<a name="FNanchor_806" id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor">[806]</a>!<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_272" id="Page_272">272</a></span> +Je n'en veux obliger pas un à me haïr.<br /> +Et ne sais qui des deux, ou servir, ou trahir.<br /> +<span class="i1">Quoi! je balance encor, je m'arrête, je doute<a name="FNanchor_807" id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor">[807]</a>!</span><br /> +Mes résolutions, qui vous met en déroute?<span class="dalign">930</span><br /> +Revenez, mes desseins, et ne permettez pas<br /> +Qu'on triomphe de vous avec un peu d'appas.<br /> +En vain pour Angélique ils prennent la querelle<a name="FNanchor_808" id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor">[808]</a>;<br /> +Cléandre, elle est à toi, nous sommes deux contre elle.<br /> +Ma liberté conspire avecque tes ardeurs;<span class="dalign">935</span><br /> +Les miennes désormais vont tourner en froideurs;<br /> +Et lassé de souffrir un si rude servage,<br /> +J'ai l'esprit assez fort pour combattre un visage.<br /> +Ce coup n'est qu'un effet de générosité,<br /> +Et je ne suis honteux que d'en avoir douté.<span class="dalign">940</span><br /> +<span class="i1">Amour, que ton pouvoir tâche en vain de paroître!</span><br /> +Fuis, petit insolent, je veux être le maître:<br /> +Il ne sera pas dit qu'un homme tel que moi,<br /> +En dépit qu'il en ait, obéisse à ta loi.<br /> +Je ne me résoudrai jamais à l'hyménée<span class="dalign">945</span><br /> +Que d'une volonté franche et déterminée,<br /> +Et celle à qui ses nœuds m'uniront pour jamais<a name="FNanchor_809" id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor">[809]</a><br /> +M'en sera redevable, et non à ses attraits;<br /> +Et ma flamme....</p> + +<hr class="c15" /> +<span class="pagenum"><a name="Page_273" id="Page_273">273</a></span> + +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p><span class="i7">Alidor!</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<span class="i10">Qui m'appelle?</span> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<span class="i16">Cléandre.</span> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +Tu t'avances trop tôt<a name="FNanchor_810" id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor">[810]</a>. + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<span class="i9">Je me lasse d'attendre.</span><span class="dalign">950</span> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Laisse-moi, cher ami, le soin de t'avertir<br /> +En quel temps de ce coin il te faudra sortir.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Minuit vient de sonner, et par expérience<br /> +Tu sais comme l'amour est plein d'impatience.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Va donc tenir tout prêt à faire un si beau coup:<span class="dalign">955</span><br /> +Ce que nous attendons ne peut tarder beaucoup.<br /> +Je livre entre tes mains cette belle maîtresse,<br /> +Sitôt que j'aurai pu lui rendre ta promesse:<br /> +Sans lumière, et d'ailleurs s'assurant en ma foi,<br /> +Rien ne l'empêchera de la croire de moi.<span class="dalign">960</span><br /> +Après, achève seul; je ne puis sans supplice<br /> +Forcer ici mon bras à te faire service<a name="FNanchor_811" id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor">[811]</a>;<br /> +Et mon reste d'amour, en cet enlèvement,<br /> +Ne peut contribuer que mon consentement.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_274" id="Page_274">274</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Ami, ce m'est assez.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i8">Va donc là-bas attendre</span><span class="dalign">965</span><br /> +Que je te donne avis du temps qu'il faudra prendre.<br /> +<span class="i1">Cléandre, encore un mot: pour de pareils exploits<a name="FNanchor_812" id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor">[812]</a></span><br /> +Nous nous ressemblons mal et de taille et de voix;<br /> +Angélique soudain pourra te reconnoître;<br /> +Regarde après ses cris si tu serois le maître.<span class="dalign">970</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Ma main dessus sa bouche y saura trop pourvoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Ami, séparons-nous, je pense l'entrevoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Adieu. Fais promptement.</p> + +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR, ANGÉLIQUE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i10">Que la nuit est obscure<a name="FNanchor_813" id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor">[813]</a>!</span><br /> +Alidor n'est pas loin, j'entends quelque murmure.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>De peur d'être connu, je défends à mes gens<span class="dalign">975</span><br /> +De paroître en ces lieux avant qu'il en soit temps.<br /> +Tenez.</p> + +<p class="font90 i4">(Il lui donne la promesse de Cléandre.)</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_275" id="Page_275">275</a></span> +<span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i3">Je prends sans lire; et ta foi m'est si claire,</span><br /> +Que je la prends bien moins pour moi que pour mon père;<br /> +Je la porte à ma chambre: épargnons les discours;<br /> +Fais avancer tes gens, et dépêche.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i13">J'y cours.</span><span class="dalign">980</span><br /> +<span class="i1">Lorsque de son honneur je lui rends l'assurance,</span><br /> +C'est quand je trompe mieux sa crédule espérance;<br /> +Mais puisqu'au lieu de moi je lui donne un ami,<br /> +A tout prendre, ce n'est la tromper qu'à demi.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">PHYLIS.</h4> + +<p>Angélique! C'est fait, mon frère en a dans l'aile.<span class="dalign">985</span><br /> +La voyant échapper, je courois après elle;<br /> +Mais un maudit galant m'est venu brusquement<br /> +Servir à la traverse un mauvais compliment,<br /> +Et par ses vains discours m'embarrasser de sorte<br /> +Qu'Angélique à son aise a su gagner la porte.<span class="dalign">990</span><br /> +Sa perte est assurée, et le traître Alidor<a name="FNanchor_814" id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor">[814]</a><br /> +La posséda jadis, et la possède encor.<br /> +Mais jusques à ce point seroit-elle imprudente?<br /> +Il n'en faut point douter, sa perte est évidente<a name="FNanchor_815" id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor">[815]</a>;<br /> +Le cœur me le disoit, le voyant en sortir,<span class="dalign">995</span><br /> +Et mon frère dès lors se devoit avertir.<br /> +Je te trahis, mon frère, et par ma négligence,<br /> +Étant sans y penser de leur intelligence....</p> + +<p class="font90">(Alidor paroît avec Cléandre accompagné d'une troupe, et après lui +avoir montré Phylis, qu'il croit être Angélique, il se retire en un +coin du théâtre, et Cléandre enlève Phylis, et lui met d'abord la +main sur la bouche.)</p> + +<span class="pagenum"><a name="Page_276" id="Page_276">276</a></span> +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR.</h4> + +<p>On l'enlève, et mon cœur, surpris d'un vain regret,<br /> +Fait à ma perfidie un reproche secret;<span class="dalign">1000</span><br /> +Il tient pour Angélique, il la suit, le rebelle!<br /> +Parmi mes trahisons il veut être fidèle;<br /> +Je le sens, malgré moi de nouveaux feux épris<a name="FNanchor_816" id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor">[816]</a>,<br /> +Refuser de ma main sa franchise à ce prix,<br /> +Désavouer mon crime, et pour mieux s'en défendre,<span class="dalign">1005</span><br /> +Me demander son bien, que je cède à Cléandre.<br /> +Hélas! qui me prescrit cette brutale loi<br /> +De payer tant d'amour avec si peu de foi?<br /> +Qu'envers cette beauté ma flamme est inhumaine!<br /> +Si mon feu la trahit, que lui feroit ma haine?<span class="dalign">1010</span><br /> +Juge, juge, Alidor, en quelle extrémité<br /> +La va précipiter ton infidélité<a name="FNanchor_817" id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor">[817]</a>.<br /> +Écoute ses soupirs, considère ses larmes,<br /> +Laisse-toi vaincre enfin à de si fortes armes<a name="FNanchor_818" id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor">[818]</a>,<br /> +Et va voir si Cléandre, à qui tu sers d'appui<a name="FNanchor_819" id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor">[819]</a>,<span class="dalign">1015</span><br /> +Pourra faire pour toi ce que tu fais pour lui.<br /> +Mais mon esprit s'égare, et quoi qu'il se figure,<br /> +Faut-il que je me rende à des pleurs en peinture,<br /> +Et qu'Alidor, de nuit plus foible que de jour,<br /> +Redonne à la pitié ce qu'il ôte à l'amour?<span class="dalign">1020</span><br /> +Ainsi donc mes desseins se tournent en fumée!<br /> +J'ai d'autres repentirs que de l'avoir aimée!<span class="pagenum"><a name="Page_277" id="Page_277">277</a></span><br /> +Suis-je encore Alidor après ces sentiments?<br /> +Et ne pourrai-je enfin régler mes mouvements?<br /> +<span class="i1">Vaine compassion des douleurs d'Angélique,</span><span class="dalign">1025</span><br /> +Qui penses triompher d'un cœur mélancolique<a name="FNanchor_820" id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor">[820]</a>,<br /> +Téméraire avorton d'un impuissant remords,<br /> +Va, va porter ailleurs tes débiles efforts.<br /> +Après de tels appas, qui ne m'ont pu séduire,<br /> +Qui te fait espérer ce qu'ils n'ont su produire?<span class="dalign">1030</span><br /> +Pour un méchant soupir que tu m'as dérobé,<br /> +Ne me présume pas tout à fait succombé<a name="FNanchor_821" id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor">[821]</a>:<br /> +Je sais trop maintenir ce que je me propose,<br /> +Et souverain sur moi, rien que moi n'en dispose.<br /> +En vain un peu d'amour me déguise en forfait<span class="dalign">1035</span><br /> +Du bien que je me veux le généreux effet:<br /> +De nouveau j'y consens, et prêt à l'entreprendre....</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, ALIDOR.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Je demande pardon, de t'avoir fait attendre,<br /> +D'autant qu'en l'escalier on faisoit quelque bruit,<br /> +Et qu'un peu de lumière en effaçoit la nuit:<span class="dalign">1040</span><br /> +Je n'osois avancer, de peur d'être aperçue<a name="FNanchor_822" id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor">[822]</a>.<br /> +Allons, tout est-il prêt? Personne ne m'a vue:<br /> +De grâce, dépêchons, c'est trop perdre de temps,<br /> +Et les moments ici nous sont trop importants;<br /> +Fuyons vite, et craignons les yeux d'un domestique.<span class="dalign">1045</span><br /> +Quoi! tu ne réponds point à la voix d'Angélique?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_278" id="Page_278">278</a></span> +<span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Angélique! mes gens vous viennent d'enlever;<br /> +Qui vous a fait sitôt de leurs mains vous sauver?<br /> +Quel soudain repentir, quelle crainte de blâme,<br /> +Et quelle ruse enfin vous dérobe à ma flamme?<span class="dalign">1050</span><br /> +Ne vous suffit-il point de me manquer de foi,<br /> +Sans prendre encor plaisir à vous jouer de moi?</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Que tes gens cette nuit m'ayent vue ou saisie!<br /> +N'ouvre point ton esprit à cette fantaisie.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Autant que l'ont permis les ombres de la nuit<a name="FNanchor_823" id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor">[823]</a>,<span class="dalign">1055</span><br /> +Je l'ai vu de mes yeux.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i9">Tes yeux t'ont donc séduit;</span><br /> +Et quelque autre sans doute, après moi descendue,<br /> +Se trouve entre les mains dont j'étois attendue.<br /> +Mais, ingrat, pour toi seul j'abandonne ces lieux,<br /> +Et tu n'accompagnois ma fuite que des yeux!<span class="dalign">1060</span><br /> +Pour marque d'un amour que je croyois extrême<a name="FNanchor_824" id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor">[824]</a>,<br /> +Tu remets ma conduite à d'autres qu'à toi-même!<br /> +Je suis donc un larcin indigne de tes mains<a name="FNanchor_825" id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor">[825]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Quand vous aurez appris le fond de mes desseins,<br /> +Vous n'attribuerez plus, voyant mon innocence,<span class="dalign">1065</span><br /> +A peu d'affection l'effet de ma prudence.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Pour ôter tout soupçon et tromper ton rival,<br /> +Tu diras qu'il falloit te montrer dans le bal.<br /> +Foible ruse!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_279" id="Page_279">279</a></span> +<span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i5">Ajoutez et vaine, et sans adresse,</span><br /> +Puisque je ne pouvois démentir ma promesse.<span class="dalign">1070</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Quel étoit donc ton but?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p><span class="i10">D'attendre ici le bruit</span><a name="FNanchor_826" id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor">[826]</a><br /> +Que les premiers soupçons auront bientôt produit,<br /> +Et d'un autre côté me jetant à la fuite,<br /> +Divertir de vos pas leur plus chaude poursuite.</p> + +<p><span class="smcap">ANGÉLIQUE</span>, <span class="font90">en pleurant</span><a name="FNanchor_827" id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor">[827]</a>.></p> + +<p>Mais enfin, Alidor, tes gens se sont mépris?<span class="dalign">1075</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Dans ce coup de malheur, et confus, et surpris,<br /> +Je vois tous mes desseins succéder à ma honte;<br /> +Mais il me faut donner quelque ordre à ce méconte<a name="FNanchor_828" id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor">[828]</a>;<br /> +Permettez....</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i5">Cependant, à qui me laisses-tu?</span><br /> +Tu frustres donc mes vœux de l'espoir qu'ils ont eu,<span class="dalign">1080</span><br /> +Et ton manque d'amour, de mes malheurs complice,<br /> +M'abandonnant ici, me livre à mon supplice!<br /> +L'hymen (ah! ce mot seul me réduit aux abois<a name="FNanchor_829" id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor">[829]</a>!)<br /> +D'un amant odieux me va soumettre aux lois;<br /> +Et tu peux m'exposer à cette tyrannie!<span class="dalign">1085</span><br /> +De l'erreur de tes gens je me verrai punie!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_280" id="Page_280">280</a></span> +<span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Nous préserve le ciel d'un pareil désespoir<a name="FNanchor_830" id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor">[830]</a>!<br /> +Mais votre éloignement n'est plus en mon pouvoir.<br /> +J'en ai manqué le coup; et, ce que je regrette,<br /> +Mon carrosse est parti, mes gens ont fait retraite.<span class="dalign">1090</span><br /> +A Paris, et de nuit, une telle beauté,<br /> +Suivant un homme seul, est mal en sûreté:<br /> +Doraste, ou par malheur quelque rencontre pire<a name="FNanchor_831" id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor">[831]</a>,<br /> +Me pourroit arracher le trésor où j'aspire:<br /> +Évitons ces périls en différant d'un jour.<span class="dalign">1095</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Tu manques de courage aussi bien que d'amour,<br /> +Et tu me fais trop voir par ta bizarrerie<a name="FNanchor_832" id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor">[832]</a><br /> +Le chimérique effet de ta poltronnerie.<br /> +Alidor (quel amant!) n'ose me posséder.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Un bien si précieux se doit-il hasarder?<span class="dalign">1100</span><br /> +Et ne pouvez-vous point d'une seule journée<br /> +Retarder le malheur de ce triste hyménée<a name="FNanchor_833" id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor">[833]</a>?<br /> +Peut-être le désordre et la confusion<br /> +Qui naîtront dans le bal de cette occasion<br /> +Le remettront pour vous; et l'autre nuit, je jure....<span class="dalign">1105</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Que tu seras encore ou timide ou parjure.<br /> +Quand tu m'as résolue à tes intentions,<br /> +Lâche, t'ai-je opposé tant de précautions<a name="FNanchor_834" id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor">[834]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_281" id="Page_281">281</a></span><br /> +Tu m'adores, dis-tu? tu le fais bien paroître,<br /> +Rejetant mon bonheur ainsi sur un peut-être.<span class="dalign">1110</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Quoi qu'ose mon amour appréhender pour vous,<br /> +Puisque vous le voulez, fuyons, je m'y résous;<br /> +Et malgré ces périls.... Mais on ouvre la porte:<br /> +C'est Doraste qui sort, et nous suit à main-forte.</p> + +<p class="font90 center">(Alidor s'échappe, et Angélique le veut suivre, mais Doraste l'arrête.)</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, DORASTE, LYCANTE, +<span class="smcap">TROUPE D'AMIS</span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Quoi! ne m'attendre pas? c'est trop me dédaigner;<span class="dalign">1115</span><br /> +Je ne viens qu'à dessein de vous accompagner;<br /> +Car vous n'entreprenez si matin ce voyage<br /> +Que pour vous préparer à notre mariage.<br /> +Encor que vous partiez beaucoup devant le jour,<br /> +Vous ne serez jamais assez tôt de retour;<span class="dalign">1120</span><br /> +Vous vous éloignez trop, vu que l'heure nous presse.<br /> +Infidèle! est-ce là me tenir ta promesse?</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Eh bien! c'est te trahir. Penses-tu que mon feu<br /> +D'un généreux dessein te fasse un désaveu?<br /> +Je t'acquis par dépit et perdrois avec joie.<span class="dalign">1125</span><br /> +Mon désespoir à tous m'abandonnoit en proie,<br /> +Et lorsque d'Alidor je me vis outrager,<br /> +Je fis armes de tout afin de me venger.<span class="pagenum"><a name="Page_282" id="Page_282">282</a></span><br /> +Tu t'offris par hasard, je t'acceptai de rage;<br /> +Je te donnai son bien, et non pas mon courage.<span class="dalign">1130</span><br /> +Ce change à mon courroux jetoit un faux appas<a name="FNanchor_835" id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor">[835]</a>;<br /> +Je le nommois sa peine, et c'étoit mon trépas:<br /> +Je prenois pour vengeance une telle injustice,<br /> +Et dessous ses couleurs j'adorois mon supplice.<br /> +Aveugle que j'étois! mon peu de jugement<span class="dalign">1135</span><br /> +Ne se laissoit guider qu'à mon ressentiment.<br /> +Mais depuis, Alidor m'a fait voir que son âme,<br /> +En feignant un mépris, n'avoit pas moins de flamme.<br /> +Il a repris mon cœur en me rendant les yeux;<br /> +Et soudain mon amour m'a fait haïr ces lieux.<span class="dalign">1140</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Tu suivois Alidor!</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i7">Ta funeste arrivée,</span><br /> +En arrêtant mes pas, de ce bien m'a privée;<br /> +Mais si....</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<span class="i5">Tu le suivois!</span> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i11">Oui: fais tous tes efforts;</span><br /> +Lui seul aura mon cœur, tu n'auras que le corps.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Impudente, effrontée autant comme traîtresse,<span class="dalign">1145</span><br /> +De ce cher Alidor tiens-tu cette promesse?<br /> +Est-elle de sa main, parjure? De bon cœur<br /> +J'aurois cédé ma place à ce premier vainqueur;<br /> +Mais suivre un inconnu! me quitter pour Cléandre!</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Pour Cléandre!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_283" id="Page_283">283</a></span> +<span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p><span class="i6">J'ai tort: je tâche à te surprendre.</span><span class="dalign">1150</span><br /> +Vois ce qu'en te cherchant m'a donné le hasard;<br /> +C'est ce que dans ta chambre a laissé ton départ:<br /> +C'est là qu'au lieu de toi j'ai trouvé sur ta table<br /> +De ta fidélité la preuve indubitable.<br /> +Lis, mais ne rougis point, et me soutiens encor<span class="dalign">1155</span><br /> +Que tu ne fuis ces lieux que pour suivre Alidor.</p> + +<span class="smcap">BILLET DE CLÉANDRE A ANGÉLIQUE<a name="FNanchor_836" id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor">[836]</a>.</span> + +<p><span class="i3"><i>Angélique, reçois ce gage</i></span><br /> +<span class="i3"><i>De la foi que je te promets,</i></span><br /> +<span class="i3"><i>Qu'un prompt et sacré mariage</i></span><br /> +<span class="i3"><i>Unira nos jours désormais.</i></span><span class="dalign">1160</span><br /> +<span class="i3"><i>Quittons ces lieux, chère maîtresse;</i></span><br /> +<i>Rien ne peut que ta fuite assurer mon bonheur;</i><br /> +<span class="i3"><i>Mais laisse aux tiens cette promesse</i></span><br /> +<span class="i3"><i>Pour sûreté de ton honneur,</i></span><br /> +<span class="i3"><i>Afin qu'ils en puissent apprendre</i></span><span class="dalign">1165</span><br /> +<i>Que tu suis ton mari lorsque tu suis Cléandre.</i><br /> +<span class="smcap i16">Cléandre.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Que je suis mon mari lorsque je suis Cléandre?<br /> +Alidor est perfide, ou Doraste imposteur.<br /> +Je vois la trahison, et doute de l'auteur.<br /> +Mais, pour m'en éclaircir, ce billet doit suffire<a name="FNanchor_837" id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor">[837]</a>;<span class="dalign">1170</span><br /> +Je le pris d'Alidor, et le pris sans le lire;<br /> +Et puisqu'à m'enlever son bras se refusoit,<br /> +Il ne prétendoit rien au larcin qu'il faisoit.<br /> +Le traître! J'étois donc destinée à Cléandre!<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_284" id="Page_284">284</a></span> +Hélas! mais qu'à propos le ciel l'a fait méprendre,<span class="dalign">1175</span><br /> +Et ne consentant point à ses lâches desseins,<br /> +Met au lieu d'Angélique une autre entre ses mains<a name="FNanchor_838" id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor">[838]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Que parles-tu d'une autre en ta place ravie?</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>J'en ignore le nom, mais elle m'a suivie<a name="FNanchor_839" id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor">[839]</a>,<br /> +Et ceux qui m'attendoient dans l'ombre de la nuit....<span class="dalign">1180</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>C'en est assez, mes yeux du reste m'ont instruit:<br /> +Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée;<br /> +Après toi de la salle elle s'est dérobée.<br /> +J'arrête une maîtresse, et je perds une sœur;<br /> +Mais allons promptement après le ravisseur.<span class="dalign">1185</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">ANGÉLIQUE.</h4> + +<p>Dure condition de mon malheur extrême!<br /> +Si j'aime, on me trahit; je trahis, si l'on m'aime.<br /> +Qu'accuserai-je ici d'Alidor ou de moi?<br /> +Nous manquons l'un et l'autre également de foi.<br /> +Si j'ose l'appeler lâche, traître, parjure,<span class="dalign">1190</span><br /> +Ma rougeur aussitôt prendra part à l'injure;<br /> +Et les mêmes couleurs qui peindront ses forfaits<br /> +Des miens en même temps exprimeront les traits.<br /> +Mais quel aveuglement nos deux crimes égale,<span class="pagenum"><a name="Page_285" id="Page_285">285</a></span><br /> +Puisque c'est pour lui seul que je suis déloyale?<span class="dalign">1195</span><br /> +L'amour m'a fait trahir (qui n'en trahiroit pas?),<br /> +Et la trahison seule a pour lui des appas.<br /> +Son crime est sans excuse, et le mien pardonnable:<br /> +Il est deux fois, que dis-je? il est le seul coupable<a name="FNanchor_840" id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor">[840]</a>;<br /> +Il m'a prescrit la loi, je n'ai fait qu'obéir;<span class="dalign">1200</span><br /> +Il me trahit lui-même, et me force à trahir.<br /> +<span class="i1">Déplorable Angélique, en malheurs sans seconde,</span><br /> +Que veux-tu désormais, que peux-tu faire au monde<a name="FNanchor_841" id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor">[841]</a>,<br /> +Si ton ardeur sincère et ton peu de beauté<br /> +N'ont pu te garantir d'une déloyauté?<span class="dalign">1205</span><br /> +Doraste tient ta foi; mais si ta perfidie<br /> +A jusqu'à te quitter son âme refroidie,<br /> +Suis, suis dorénavant de plus saines raisons,<br /> +Et sans plus t'exposer à tant de trahisons<a name="FNanchor_842" id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor">[842]</a>,<br /> +Puisque de ton amour on fait si peu de conte,<span class="dalign">1210</span><br /> +Va cacher dans un cloître et tes pleurs et ta honte<a name="FNanchor_843" id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor">[843]</a>.</p> + +<p class="p2 center"><b><small>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</small></b></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_286" id="Page_286">286</a></span></p> + +<h2>ACTE V.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">CLÉANDRE, PHYLIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Accordez-moi ma grâce avant qu'entrer chez vous.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Vous voulez donc enfin d'un bien commun à tous?<br /> +Craignez-vous qu'à vos feux ma flamme ne réponde?<br /> +Et puis-je vous haïr, si j'aime tout le monde<a name="FNanchor_844" id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor">[844]</a>?<span class="dalign">1215</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Votre bel esprit raille, et pour moi seul cruel,<br /> +Du rang de vos amants sépare un criminel:<br /> +Toutefois mon amour n'est pas moins légitime,<br /> +Et mon erreur du moins me rend vers vous sans crime.<br /> +Soyez, quoi qu'il en soit, d'un naturel plus doux:<span class="dalign">1220</span><br /> +L'amour a pris le soin de me punir pour vous;<br /> +Les traits que cette nuit il trempoit de vos larmes<a name="FNanchor_845" id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor">[845]</a><br /> +Ont triomphé d'un cœur invincible à vos charmes.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Puisque vous ne m'aimez que par punition,<br /> +Vous m'obligez fort peu de cette affection.<span class="dalign">1225</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Après votre beauté sans raison négligée,<br /> +Il me punit bien moins qu'il ne vous a vengée.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_287" id="Page_287">287</a></span> +Avez-vous jamais vu dessein plus renversé?<br /> +Quand j'ai la force en main, je me trouve forcé;<br /> +Je crois prendre une fille, et suis pris par une autre<a name="FNanchor_846" id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor">[846]</a>;<br /> +J'ai tout pouvoir sur vous, et me remets au vôtre;<br /> +Angélique me perd, quand je crois l'acquérir;<br /> +Je gagne un nouveau mal, quand je pense guérir.<br /> +Dans un enlèvement je hais la violence;<br /> +Je suis respectueux après cette insolence;<span class="dalign">1235</span><br /> +Je commets un forfait, et n'en saurois user;<br /> +Je ne suis criminel que pour m'en accuser.<br /> +Je m'expose à ma peine, et négligeant ma fuite<a name="FNanchor_847" id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor">[847]</a>,<br /> +Aux vôtres offensés j'épargne la poursuite<a name="FNanchor_848" id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor">[848]</a>.<br /> +Ce que j'ai pu ravir, je viens le demander;<span class="dalign">1240</span><br /> +Et pour vous devoir tout, je veux tout hasarder.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Vous ne me devrez rien, du moins si j'en suis crue<a name="FNanchor_849" id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor">[849]</a>;<br /> +Et si mes propres yeux vous donnent dans la vue,<br /> +Si votre propre cœur soupire après ma main,<br /> +Vous courez grand hasard de soupirer en vain.<span class="dalign">1245</span><span class="pagenum"><a name="Page_288" id="Page_288">288</a></span><br /> +<span class="i1">Toutefois après tout, mon humeur est si bonne</span><br /> +Que je ne puis jamais désespérer personne.<br /> +Sachez que mes desirs, toujours indifférents,<br /> +Iront sans résistance au gré de mes parents;<br /> +Leur choix sera le mien: c'est vous parler sans feinte.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Je vois de leur côté mêmes sujets de crainte:<br /> +Si vous me refusez, m'écouteront-ils mieux<a name="FNanchor_850" id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor">[850]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Le monde vous croit riche, et mes parents sont vieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Puis-je sur cet espoir....</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<span class="i10">C'est assez vous en dire<a name="FNanchor_851" id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor">[851]</a>.</span> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE, PHYLIS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Cléandre a-t-il enfin ce que son cœur desire?<span class="dalign">1255</span><br /> +Et ses amours, changés par un heureux hasard,<br /> +De celui de Phylis ont-ils pris quelque part?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Cette nuit tu l'as vue en un mépris extrême,<br /> +Et maintenant, ami, c'est encore elle-même:<br /> +Son orgueil se redouble étant en liberté,<span class="dalign">1260</span><br /> +Et devient plus hardi d'agir en sûreté.<br /> +J'espère toutefois, à quelque point qu'il monte,<br /> +Qu'à la fin....</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i6">Cependant que vous lui rendrez conte,</span><span class="pagenum"><a name="Page_289" id="Page_289">289</a></span><br /> +Je vais voir mes parents, que ce coup de malheur<br /> +A mon occasion accable de douleur.<span class="dalign">1265</span><br /> +Je n'ai tardé que trop à les tirer de peine.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR</span>, <span class="font90">retenant Cléandre qui la veut suivre<a name="FNanchor_852" id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor">[852]</a>.</span></p> + +<p>Est-ce donc tout de bon qu'elle t'est inhumaine?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Il la faut suivre. Adieu. Je te puis assurer<br /> +Que je n'ai pas sujet de me désespérer.<br /> +Va voir ton Angélique, et la compte pour tienne,<span class="dalign">1270</span><br /> +Si tu la vois d'humeur qui ressemble à la sienne<a name="FNanchor_853" id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor">[853]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Tu me la rends enfin?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p><span class="i9">Doraste tient sa foi;</span><br /> +Tu possèdes son cœur: qu'auroit-elle pour moi?<br /> +Quelques<a name="FNanchor_854" id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor">[854]</a> charmants appas qui soient sur son visage,<br /> +Je n'y saurois avoir qu'un fort mauvais partage:<span class="dalign">1275</span><br /> +Peut-être elle croiroit qu'il lui seroit permis<br /> +De ne me rien garder, ne m'ayant rien promis;<br /> +Il vaut mieux que ma flamme à son tour te la cède<a name="FNanchor_855" id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor">[855]</a>.<br /> +Mais derechef, adieu.</p> + +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR</h4> + +<p><span class="i9">Ainsi tout me succède<a name="FNanchor_856" id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor">[856]</a>;</span><br /> +Ses plus ardents desirs se règlent sur mes vœux:<span class="dalign">1280</span><br /> +Il accepte Angélique, et la rend quand je veux.<span class="pagenum"><a name="Page_290" id="Page_290">290</a></span><br /> +Quand je tâche à la perdre, il meurt de m'en défaire;<br /> +Quand je l'aime, elle cesse aussitôt de lui plaire.<br /> +Mon cœur prêt à guérir, le sien se trouve atteint;<br /> +Et mon feu rallumé, le sien se trouve éteint:<span class="dalign">1285</span><br /> +Il aime quand je quitte, il quitte alors que j'aime;<br /> +Et sans être rivaux, nous aimons en lieu même.<br /> +C'en est fait, Angélique, et je ne saurois plus<br /> +Rendre contre tes yeux des combats superflus.<br /> +De ton affection cette preuve dernière<span class="dalign">1290</span><br /> +Reprend sur tous mes sens une puissance entière.<br /> +Les ombres de la nuit m'ont redonné le jour<a name="FNanchor_857" id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor">[857]</a>:<br /> +Que j'eus de perfidie, et que je vis d'amour!<br /> +Quand je sus que Cléandre avoit manqué sa proie,<br /> +Que j'en eus de regret, et que j'en ai de joie!<span class="dalign">1295</span><br /> +Plus je t'étois ingrat, plus tu me chérissois;<br /> +Et ton ardeur croissoit plus je te trahissois.<br /> +Aussi j'en fus honteux, et confus dans mon âme,<br /> +La honte et le remords rallumèrent ma flamme.<br /> +Que l'amour pour nous vaincre a de chemins divers!<br /> +Et que malaisément on rompt de si beaux fers!<br /> +C'est en vain qu'on résiste aux traits d'un beau visage;<br /> +En vain, à son pouvoir refusant son courage,<br /> +On veut éteindre un feu par ses yeux allumé,<br /> +Et ne le point aimer quand on s'en voit aimé:<span class="dalign">1305</span><br /> +Sous ce dernier appas l'amour a trop de force;<br /> +Il jette dans nos cœurs une trop douce amorce,<br /> +Et ce tyran secret de nos affections<br /> +Saisit trop puissamment nos inclinations.<br /> +Aussi ma liberté n'a plus rien qui me flatte;<span class="dalign">1310</span><br /> +Le grand soin que j'en eus partoit d'une âme ingrate;<br /> +Et mes desseins, d'accord avecque mes desirs,<br /> +A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs<a name="FNanchor_858" id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor">[858]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_291" id="Page_291">291</a></span><br /> +Mais, hélas! ma raison est-elle assez hardie<br /> +Pour croire qu'on me souffre après ma perfidie?<span class="dalign">1315</span><br /> +Quelque secret instinct, à mon bonheur fatal,<br /> +Ne la porte-t-il point à me vouloir du mal<a name="FNanchor_859" id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor">[859]</a>?<br /> +Que de mes trahisons elle seroit vengée,<br /> +Si, comme mon humeur, la sienne étoit changée!<br /> +Mais qui la changeroit, puisqu'elle ignore encor<span class="dalign">1320</span><br /> +Tous les lâches complots du rebelle Alidor?<br /> +Que dis-je, malheureux? ah! c'est trop me méprendre<a name="FNanchor_860" id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor">[860]</a>,<br /> +Elle en a trop appris du billet de Cléandre:<br /> +Son nom au lieu du mien en ce papier souscrit<br /> +Ne lui montre que trop le fond de mon esprit.<span class="dalign">1325</span><br /> +Sur ma foi toutefois elle le prit sans lire;<br /> +Et si le ciel vengeur contre moi ne conspire<a name="FNanchor_861" id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor">[861]</a>,<br /> +Elle s'y fie assez pour n'en avoir rien lu.<br /> +Entrons, quoi qu'il en soit, d'un esprit résolu<a name="FNanchor_862" id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor">[862]</a>;<br /> +Dérobons à ses yeux le témoin de mon crime;<span class="dalign">1330</span><br /> +Et si pour l'avoir lu sa colère s'anime<a name="FNanchor_863" id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor">[863]</a>,<br /> +Et qu'elle veuille user d'une juste rigueur,<br /> +Nous savons les moyens de regagner son cœur<a name="FNanchor_864" id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor">[864]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_292" id="Page_292">292</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">DORASTE, LYCANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Ne sollicite plus mon âme refroidie:<br /> +Je méprise Angélique après sa perfidie;<span class="dalign">1335</span><br /> +Mon cœur s'est révolté contre ses lâches traits,<br /> +Et qui n'a point de foi n'a point pour moi d'attraits.<br /> +Veux-tu qu'on me trahisse, et que mon amour dure?<br /> +J'ai souffert sa rigueur, mais je hais son parjure,<br /> +Et tiens sa trahison indigne à l'avenir<span class="dalign">1340</span><br /> +D'occuper aucun lieu dedans mon souvenir.<br /> +Qu'Alidor la possède; il est traître comme elle:<br /> +Jamais pour ce sujet nous n'aurons de querelle.<br /> +Pourrois-je avec raison lui vouloir quelque mal<a name="FNanchor_865" id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor">[865]</a><br /> +De m'avoir délivré d'un esprit déloyal?<span class="dalign">1345</span><br /> +Ma colère l'épargne, et n'en veut qu'à Cléandre:<br /> +Il verra que son pire étoit de se méprendre;<br /> +Et si je puis jamais trouver ce ravisseur,<br /> +Il me rendra soudain et la vie et ma sœur<a name="FNanchor_866" id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor">[866]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_293" id="Page_293">293</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYCANTE.</span></p> + +<p>Faites mieux: puisqu'à peine elle pourroit prétendre<br /> +Une fortune égale à celle de Cléandre,<br /> +En faveur de ses biens calmez votre courroux,<br /> +Et de son ravisseur faites-en son époux.<br /> +Bien qu'il eût fait dessein sur une autre personne,<br /> +Faites-lui retenir ce qu'un hasard lui donne:<span class="dalign">1355</span><br /> +Je crois que cet hymen pour satisfaction<br /> +Plaira mieux à Phylis que sa punition.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Nous consultons en vain, ma poursuite étant vaine.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYCANTE.</span></p> + +<p>Nous le rencontrerons, n'en soyez point en peine:<br /> +Où que soit sa retraite, il n'est pas toujours nuit;<span class="dalign">1360</span><br /> +Et ce qu'un jour nous cache, un autre le produit.<br /> +Mais, Dieux! voilà Phylis qu'il a déjà rendue.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">DORASTE, PHYLIS, LYCANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Ma sœur, je te retrouve après t'avoir perdue<a name="FNanchor_867" id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor">[867]</a>!<br /> +Et de grâce, quel lieu me cache le voleur<a name="FNanchor_868" id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor">[868]</a><br /> +Qui, pour s'être mépris, a causé ton malheur?<span class="dalign">1365</span><br /> +Que son trépas....</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i7">Tout beau; peut-être ta colère,</span><br /> +Au lieu de ton rival, en veut à ton beau-frère<a name="FNanchor_869" id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor">[869]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_294" id="Page_294">294</a></span><br /> +En un mot, tu sauras qu'en cet enlèvement<br /> +Mes larmes m'ont acquis Cléandre pour amant:<br /> +Son cœur m'est demeuré pour peine de son crime,<span class="dalign">1370</span><br /> +Et veut changer un rapt en amour légitime<a name="FNanchor_870" id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor">[870]</a>.<br /> +Il fait tous ses efforts pour gagner mes parents,<br /> +Et s'il les peut fléchir, quant à moi, je me rends:<br /> +Non, à dire le vrai, que son objet me tente<a name="FNanchor_871" id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor">[871]</a>,<br /> +Mais mon père content, je dois être contente.<span class="dalign">1375</span><br /> +Tandis, par la fenêtre ayant vu ton retour,<br /> +Je t'ai voulu sur l'heure apprendre cet amour,<br /> +Pour te tirer de peine et rompre ta colère.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Crois-tu que cet hymen puisse me satisfaire?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Si tu n'es ennemi de mes contentements,<span class="dalign">1380</span><br /> +Ne prends mes intérêts que dans mes sentiments<a name="FNanchor_872" id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor">[872]</a>;<br /> +Ne fais point le mauvais, si je ne suis mauvaise,<br /> +Et ne condamne rien à moins qu'il me déplaise<a name="FNanchor_873" id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor">[873]</a>.<br /> +En cette occasion, si tu me veux du bien,<br /> +C'est à toi de régler ton esprit sur le mien<a name="FNanchor_874" id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor">[874]</a>.<span class="dalign">1385</span><br /> +Je respecte mon père, et le tiens assez sage<br /> +Pour ne résoudre rien à mon désavantage.<br /> +Si Cléandre le gagne, et m'en peut obtenir,<br /> +Je crois de mon devoir....</p> + +<p><span class="smcap i6">LYCANTE.</span></p> + +<p><span class="i10">Je l'aperçois venir.</span><br /> +Résolvez-vous, Monsieur, à ce qu'elle desire.<span class="dalign">1390</span></p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_295" id="Page_295">295</a></span></p> + +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">DORASTE, CLÉANDRE, PHYLIS, LYCANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p> + +<p>Si vous n'êtes d'humeur, Madame, à vous dédire<a name="FNanchor_875" id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor">[875]</a>,<br /> +Tout me rit désormais, j'ai leur consentement.<br /> +Mais excusez, Monsieur, le transport d'un amant;<br /> +Et souffrez qu'un rival, confus de son offense,<br /> +Pour en perdre le nom entre en votre alliance.<span class="dalign">1395</span><br /> +Ne me refusez point un oubli du passé;<br /> +Et son ressouvenir à jamais effacé,<br /> +Bannissant toute aigreur<a name="FNanchor_876" id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor">[876]</a>, recevez un beau-frère<br /> +Que votre sœur accepte après l'aveu d'un père.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Quand j'aurois sur ce point des avis différents,<span class="dalign">1400</span><br /> +Je ne puis contredire au choix de mes parents;<br /> +Mais outre leur pouvoir, votre âme généreuse,<br /> +Et ce franc procédé qui rend ma sœur heureuse,<br /> +Vous acquièrent les biens qu'ils vous ont accordés,<br /> +Et me font souhaiter ce que vous demandez.<span class="dalign">1405</span><br /> +Vous m'avez obligé de m'ôter Angélique;<br /> +Rien de ce qui la touche à présent ne me pique:<br /> +Je n'y prends plus de part, après sa trahison.<br /> +Je l'aimai par malheur, et la hais par raison.<br /> +Mais la voici qui vient, de son amant suivie.<span class="dalign">1410</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_296" id="Page_296">296</a></span></p> + +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4>ALIDOR, ANGÉLIQUE, DORASTE, CLÉANDRE, +PHYLIS, LYCANTE<a name="FNanchor_877" id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor">[877]</a>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Finissez vos mépris, ou m'arrachez la vie.</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Ne m'importune plus, infidèle. Ah! ma sœur!<br /> +Comme as-tu pu sitôt tromper ton ravisseur?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS</span>, <span class="font90">à Angélique.</span></p> + +<p>Il n'en a plus le nom, et son feu légitime,<br /> +Autorisé des miens, en efface le crime;<span class="dalign">1415</span><br /> +Le hasard me le donne, et changeant ses desseins,<br /> +Il m'a mise en son cœur aussi bien qu'en ses mains.<br /> +Son erreur fut soudain de son amour suivie;<br /> +Et je ne l'ai ravi qu'après qu'il m'a ravie.<br /> +Jusque-là tes beautés ont possédé ses vœux;<span class="dalign">1420</span><br /> +Mais l'amour d'Alidor faisoit taire ses feux.<br /> +De peur de l'offenser te cachant son martyre,<br /> +Il me venoit conter ce qu'il ne t'osoit dire;<br /> +Mais nous changeons de sort par cet enlèvement<a name="FNanchor_878" id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor">[878]</a>:<br /> +Tu perds un serviteur, et j'y gagne un amant<a name="FNanchor_879" id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor">[879]</a>.<span class="dalign">1425</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE</span>, <span class="font90">à Phylis.</span></p> + +<p>Dis-lui qu'elle en perd deux; mais qu'elle s'en console,<br /> +Puisque avec Alidor je lui rends sa parole<a name="FNanchor_880" id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor">[880]</a>.</p> + +<p class="font90 center">(A Angélique.)</p> + +<p><span class="i1">Satisfaites sans crainte à vos intentions:</span><br /> +Je ne mets plus d'obstacle à vos affections.<br /> +Si vous faussez déjà la parole donnée,<span class="dalign">1430</span><span class="pagenum"><a name="Page_297" id="Page_297">297</a></span><br /> +Que ne feriez-vous<a name="FNanchor_881" id="FNanchor_881" href="#Footnote_881" class="fnanchor">[881]</a> point après notre hyménée?<br /> +Pour moi, malaisément on me trompe deux fois:<br /> +Vous l'aimez, j'y consens, et lui cède mes droits<a name="FNanchor_882" id="FNanchor_882" href="#Footnote_882" class="fnanchor">[882]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Puisque vous me pouvez accepter sans parjure,<br /> +Pouvez-vous consentir que votre rigueur dure<a name="FNanchor_883" id="FNanchor_883" href="#Footnote_883" class="fnanchor">[883]</a>?<span class="dalign">1435</span><br /> +Vos yeux sont-ils changés, vos feux sont-ils éteints?<br /> +Et quand mon amour<a name="FNanchor_884" id="FNanchor_884" href="#Footnote_884" class="fnanchor">[884]</a> croît, produit-il vos dédains?<br /> +Voulez-vous....</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i7">Déloyal, cesse de me poursuivre:</span><br /> +Si je t'aime jamais, je veux cesser de vivre.<br /> +Quel espoir mal conçu te rapproche de moi?<span class="dalign">1440</span><br /> +Aurois-je de l'amour pour qui n'a point de foi?</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p> + +<p>Quoi! le bannissez-vous parce qu'il vous ressemble?<br /> +Cette union d'humeurs vous doit unir ensemble.<br /> +Pour ce manque de foi c'est trop le rejeter:<br /> +Il ne l'a pratiqué que pour vous imiter.<span class="dalign">1445</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Cessez de reprocher à mon âme troublée<br /> +La faute où la porta son ardeur aveuglée.<br /> +Vous seul avez ma foi, vous seul à l'avenir<br /> +Pouvez à votre gré me la faire tenir:<br /> +Si toutefois, après ce que j'ai pu commettre,<span class="dalign">1450</span><br /> +Vous me pouvez haïr jusqu'à me la remettre,<br /> +Un cloître désormais bornera mes desseins;<br /> +C'est là que je prendrai des mouvements plus sains<a name="FNanchor_885" id="FNanchor_885" href="#Footnote_885" class="fnanchor">[885]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_298" id="Page_298">298</a></span><br /> +C'est là que, loin du monde et de sa vaine pompe,<br /> +Je n'aurai qui tromper, non plus que qui me trompe.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p> + +<p>Mon souci!</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p><span class="i5">Tes soucis doivent tourner ailleurs.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS</span>, <span class="font90">à Angélique.</span></p> + +<p>De grâce, prends pour lui des sentiments meilleurs.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE</span>, <span class="font90">à Phylis.</span></p> + +<p>Nous leur nuisons, ma sœur; hors de notre présence<br /> +Elle se porteroit à plus de complaisance:<br /> +L'amour seul, assez fort pour la persuader,<span class="dalign">1460</span><br /> +Ne veut point d'autre tiers à les raccommoder<a name="FNanchor_886" id="FNanchor_886" href="#Footnote_886" class="fnanchor">[886]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE</span>, <span class="font90">à Doraste.</span></p> + +<p>Mon amour, ennuyé des yeux de tant de monde,<br /> +Adore la raison où votre avis se fonde.<br /> +Adieu, belle Angélique, adieu: c'est justement<br /> +Que votre ravisseur vous cède à votre amant.<span class="dalign">1465</span></p> + +<p><span class="smcap i6">DORASTE</span>, <span class="font90">à Angélique.</span></p> + +<p>Je vous eus par dépit, lui seul il vous mérite:<br /> +Ne lui refusez point ma part que je lui quitte.</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p>Si tu t'aimes, ma sœur, fais-en autant que moi<a name="FNanchor_887" id="FNanchor_887" href="#Footnote_887" class="fnanchor">[887]</a>,<br /> +Et laisse à tes parents à disposer de toi.<br /> +Ce sont des jugements imparfaits que les nôtres:<span class="dalign">1470</span><br /> +Le cloître a ses douceurs, mais le monde en a d'autres,<br /> +Qui pour avoir un peu moins de solidité,<br /> +N'accommodent que mieux notre instabilité<a name="FNanchor_888" id="FNanchor_888" href="#Footnote_888" class="fnanchor">[888]</a>.<br /> +Je crois qu'un bon dessein dans le cloître te porte;<br /> +Mais un dépit d'amour n'en est pas bien la porte,<span class="dalign">1475</span><span class="pagenum"><a name="Page_299" id="Page_299">299</a></span><br /> +Et l'on court grand hasard d'un cuisant repentir<br /> +De se voir en prison sans espoir d'en sortir.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE</span>, <span class="font90">à Phylis.</span></p> + +<p>N'achèverez-vous point?</p> + +<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p> + +<p><span class="i10">J'ai fait, et vous vais suivre.</span><br /> +Adieu: par mon exemple apprends comme il faut vivre,<br /> +Et prends pour Alidor un naturel plus doux.<span class="dalign">1480</span></p> + +<p class="font90">(Cléandre, Doraste, Phylis et Lycante rentrent.)</p> + +<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p> + +<p>Rien ne rompra le coup à quoi je me résous:<br /> +Je me veux exempter de ce honteux commerce<br /> +Où la déloyauté si pleinement s'exerce;<br /> +Un cloître est désormais l'objet de mes desirs:<br /> +L'âme ne goûte point ailleurs de vrais plaisirs.<span class="dalign">1485</span><br /> +Ma foi qu'avoit Doraste engageoit ma franchise;<br /> +Et je ne vois plus rien, puisqu'il me l'a remise,<br /> +Qui me retienne au monde, ou m'arrête en ce lieu:<br /> +Cherche une autre à trahir; et pour jamais, adieu<a name="FNanchor_889" id="FNanchor_889" href="#Footnote_889" class="fnanchor">[889]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">ALIDOR<a name="FNanchor_890" id="FNanchor_890" href="#Footnote_890" class="fnanchor">[890]</a>.</h4> + +<p>Que par cette retraite elle me favorise!<span class="dalign">1490</span><br /> +Alors que mes desseins cèdent à mes amours,<br /> +Et qu'ils ne sauroient plus défendre ma franchise,<br /> +Sa haine et ses refus viennent à leur secours.</p> + +<p>J'avois beau la trahir, une secrète amorce<br /> +Rallumoit dans mon cœur l'amour par la pitié:<span class="dalign">1495</span><span class="pagenum"><a name="Page_300" id="Page_300">300</a></span><br /> +Mes feux en recevoient une nouvelle force,<br /> +Et toujours leur ardeur en croissoit de moitié.</p> + +<p>Ce que cherchoit par là mon âme peu rusée,<br /> +De contraires moyens me l'ont fait obtenir:<br /> +Je suis libre à présent qu'elle est désabusée,<span class="dalign">1500</span><br /> +Et je ne l'abusois que pour le devenir.</p> + +<p>Impuissant ennemi de mon indifférence,<br /> +Je brave, vain Amour, ton débile pouvoir:<br /> +Ta force ne venoit que de mon espérance,<br /> +Et c'est ce qu'aujourd'hui m'ôte son désespoir.<span class="dalign">1505</span></p> + +<p>Je cesse d'espérer et commence de vivre;<br /> +Je vis dorénavant, puisque je vis à moi;<br /> +Et quelques doux assauts qu'un autre objet me livre,<br /> +C'est de moi seulement que je prendrai la loi.</p> + +<p>Beautés, ne pensez point à rallumer ma flamme<a name="FNanchor_891" id="FNanchor_891" href="#Footnote_891" class="fnanchor">[891]</a>:<span class="dalign">1510</span><br /> +Vos regards ne sauroient asservir ma raison;<br /> +Et ce sera beaucoup emporté sur mon âme,<br /> +S'ils me font curieux d'apprendre votre nom.</p> + +<p>Nous feindrons toutefois, pour nous donner carrière,<br /> +Et pour mieux déguiser nous en prendrons un peu,<span class="dalign">1515</span><br /> +Mais nous saurons toujours rebrousser en arrière,<br /> +Et quand il nous plaira nous retirer du jeu.</p> + +<p>Cependant Angélique enfermant dans un cloître<br /> +Ses yeux dont nous craignions la fatale clarté,<br /> +Les murs qui garderont ces tyrans de paroître<span class="dalign">1520</span><br /> +Serviront de remparts à notre liberté.</p> + +<p>Je suis hors de péril qu'après son mariage<a name="FNanchor_892" id="FNanchor_892" href="#Footnote_892" class="fnanchor">[892]</a><br /> +Le bonheur d'un jaloux augmente mon ennui;<span class="pagenum"><a name="Page_301" id="Page_301">301</a></span><br /> +Et ne serai jamais sujet à cette rage<br /> +Qui naît de voir son bien entre les mains d'autrui.<span class="dalign">1525</span></p> + +<p>Ravi qu'aucun n'en ait ce que j'ai pu prétendre,<br /> +Puisqu'elle dit au monde un éternel adieu,<br /> +Comme je la donnois sans regret à Cléandre,<br /> +Je verrai sans regret qu'elle se donne à Dieu.</p> + +<p class="p2 center"><b><small>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</small></b></p> +<hr class="c30" /> +</div> +<a name="Page_302" id="Page_302"></a> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_303" id="Page_303">303</a></span></p> + +<p class="center p4"><b>LA</b></p> +<h2>COMÉDIE DES TUILERIES</h2> + +<h3>PAR LES CINQ AUTEURS</h3> + +<h4>III<sup>e</sup> ACTE</h4> + +<p class="center"><small><b>1635</b></small></p> +<a name="Page_304" id="Page_304"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_305" id="Page_305">305</a></span></p> + +<h3>NOTICE.</h3> + +<p class="p2">Tout le monde connaît le goût de Richelieu pour le théâtre. Ce +fut lui qui fournit les sujets de <i>la Comédie des Tuileries</i>, de <i>l'Aveugle +de Smyrne et de la Grande Pastorale</i>. Les deux premiers de ces ouvrages +furent seuls imprimés. Les observations que Chapelain présenta +au Cardinal au sujet du troisième, l'empêchèrent de le faire +publier.</p> + +<p>«Il faisoit, dit Pellisson<a name="FNanchor_893" id="FNanchor_893" href="#Footnote_893" class="fnanchor">[893]</a>, composer les vers de ces pièces, qu'on +nommoit alors <i>les Pièces des cinq Auteurs</i>, par cinq personnes différentes, +distribuant à chacun un acte, et achevant par ce moyen une +comédie en un mois. Ces cinq personnes étoient MM. de Boisrobert, +Corneille, Colletet, de l'Estoile et Rotrou, auxquels, outre la +pension ordinaire qu'il leur donnoit, il faisoit quelques libéralités +considérables, quand ils avoient réussi à son gré. Ainsi M. Colletet +m'a assuré que lui ayant porté le <i>Monologue des Tuileries</i><a name="FNanchor_894" id="FNanchor_894" href="#Footnote_894" class="fnanchor">[894]</a>, il s'arrêta +particulièrement sur deux vers de la description du carré d'eau en +cet endriot:</p> + +<p class="left30 font90">La cane s'humecter de la bourbe de l'eau,<br /> +D'une voix enrouée et d'un battement d'aile,<br /> +Animer le canard qui languit auprès d'elle;</p> + +<p>et qu'après avoir écouté tout le reste, il lui donna de sa propre main +cinquante pistoles, avec ces paroles obligeantes, «que c'étoit seulement +pour ces deux vers qu'il avoit trouvés si beaux, et que le Roi +n'étoit pas assez riche pour payer tout le reste.» M. Colletet ajoute +<span class="pagenum"><a name="Page_306" id="Page_306">306</a></span> +encore une chose assez plaisante. Dans ce passage que je viens de +rapporter, au lieu de: <i>La cane s'humecter de la bourbe de l'eau</i>, le +Cardinal voulut lui persuader de mettre: <i>barboter dans la bourbe de +l'eau</i>. Il s'en défendit, comme trouvant ce mot trop bas; et non +content de ce qu'il lui en dit sur l'heure, étant de retour à son logis, +il lui écrivit une lettre sur ce sujet, pour lui en parler peut-être +avec plus de liberté. Le Cardinal achevoit de la lire, lorsqu'il survint +quelques-uns de ses courtisans, qui lui firent compliment sur je +ne sais quel heureux succès des armes du Roi, et lui dirent que rien +ne pouvoit résister à Son Éminence. «Vous vous trompez, leur répondit-il +en riant, et je trouve dans Paris même des personnes qui +me résistent.» Et comme on lui eut demandé quelles étoient donc +ces personnes si audacieuses: «Colletet, dit-il; car après avoir combattu +hier avec moi sur un mot, il ne se rend pas encore, et voilà +une grande lettre qu'il vient de m'en écrire.» Il faisoit au reste représenter +ces comédies des cinq auteurs devant le Roi et devant toute +la cour, avec de très-magnifiques décorations de théâtre. Ces Messieurs +avoient un banc à part, en un des plus commodes endroits; +on les nommoit même quelquefois avec éloge, comme on fit à la représentation +des Tuileries, dans un prologue fait en prose<a name="FNanchor_895" id="FNanchor_895" href="#Footnote_895" class="fnanchor">[895]</a>, où, entre +autres choses, l'invention du sujet fut attribuée à M. Chapelain, qui +pourtant n'avoit fait que le réformer en quelques endroits; mais le +Cardinal le fit prier de lui prêter son nom en cette occasion, ajoutant +qu'en récompense il lui prêteroit sa bourse en quelque autre.»</p> + +<p>A ces renseignements curieux, Voltaire, dans <i>sa Préface historique +sur le Cid</i>, en ajoute quelques autres, qui nous font connaître la part +que notre poëte prit à la composition de cette comédie:</p> + +<p>«Le Cardinal.... avait arrangé lui-même toutes les scènes (<i>de la +Comédie des Tuileries</i>). Corneille, plus docile à son génie que souple +aux volontés d'un premier ministre, crut devoir changer quelque +chose dans le troisième acte qui lui fut confié. Cette liberté estimable +fut envenimée par deux de ses confrères, et déplut beaucoup au +Cardinal, qui lui dit <i>qu'il fallait avoir un esprit de suite</i>. Il entendait +par esprit de suite la soumission qui suit aveuglément les ordres d'un +supérieur. Cette anecdote était fort connue chez les derniers princes +de la maison de Vendôme, petits-fils de César de Vendôme, qui +avait assisté à la représentation de cette pièce du Cardinal.»</p> + +<p>Elle fut jouée devant la Reine, probablement pour la première +fois, le 4 mars 1635. Voici en quels termes la <i>Gazette</i> du 10 mars +mentionne cette représentation:</p> + +<p>«Le 4, le Roi fit à Seulis l'Ordonnance que je vous ai donnée +<span class="pagenum"><a name="Page_307" id="Page_307">307</a></span> +dans mon dernier extraordinaire, pour la résidence actuelle des officiers +de ses troupes, chacun en sa charge, à peine de cassation et +privation d'icelle.... Le soir du même jour, fut représentée devant +la Reine, dans l'Arsenal, une comédie dont je ne sais pas encore le +nom, mais qui a mérité celui d'excellente par la bonté de ses acteurs, +la majesté de ses vers, composés par cinq fameux poëtes, et la +merveille de son théâtre.»</p> + +<p>Le numéro du 21 avril rend compte d'une autre représentation:</p> + +<p>«Le 14, le Cardinal-Duc vint de Ruel ici, où Leurs Majestés se +rendirent de Saint-Germain le 16, auquel jour Monsieur (<i>Gaston, +duc d'Orléans</i>) voulut souper en l'hôtel de Son Éminence, et entendre +la fameuse comédie des cinq auteurs, qui fut dignement représentée.»</p> + +<p>Elle ne fut publiée que trois ans plus tard; l'achevé d'imprimer +est du 19 juin 1638. Voici la reproduction textuelle du titre:</p> + +<p><span class="smcap">La Comedie des Tvilleries.</span> <i>Par les cinq Autheurs. A Paris, chez +Augustin Courbé, imprimeur et libraire de Monseigneur Frère du Roy....</i> +M.DC.XXXVIII. <i>Auec Priuilege du Roy</i>, in-4<sup>o</sup>.</p> + +<p>On lit dans l'avis <i>Au lecteur</i>: «Cette pièce, Lecteur, a été trop +bien concertée pour n'être pas dans la justesse requise, et pour ne +point contenter vos yeux après avoir charmé vos oreilles. Vous savez +avec quelle magnificence elle a été représentée à la cour, et que ceux +qui l'ont vue en ont tous admiré la conduite et les décorations de +théâtre.... Vous saurez au reste qu'elle a été faite par cinq différents +auteurs qui pour n'être pas nommés ne laissent pas toutefois d'avoir +beaucoup de nom; et les ouvrages desquels sont assez connus d'ailleurs +pour vous faire avouer le mérite de celui-ci.»</p> + +<p>Cet avis <i>Au lecteur</i> est précédé d'une épître dédicatoire, adressée +à monseigneur le chevalier d'Igby, et signée de l'académicien Jean +Baudoin, qui a écrit également l'épître placée en tête de <i>l'Aveugle de +Smyrne</i>.</p> + +<p>Bien que le titre de cette seconde pièce, dont l'achevé d'imprimer +est du 17 juin 1638, porte, comme celui de <i>la Comédie des Tuileries</i>: +«par les cinq autheurs,» on lit dans l'avis qui la précède: +«Vous.... pourrez juger de ce que vaut cet ouvrage, soit par l'excellence +de sa matière, soit par la forme que lui ont donnée <i>quatre</i> célèbres +esprits.» Ici les frères Parfait ont imprimé <i>cinq</i>, mais l'édition +originale porte bien <i>quatre</i>, comme M. Livet l'a fait remarquer le +premier<a name="FNanchor_896" id="FNanchor_896" href="#Footnote_896" class="fnanchor">[896]</a>. Quel est l'absent? L'avis ne nous le dit pas, mais Voltaire +nous l'apprend dans sa <i>Préface sur Médée</i>: «Corneille se retira bientôt +<span class="pagenum"><a name="Page_308" id="Page_308">308</a></span> +de cette société, sous le prétexte des arrangements de sa petite fortune +qui exigeait sa présence à Rouen.»</p> + +<p>Nous avons cru devoir citer tout au long ces divers témoignages +qui s'éclaircissent et se contrôlent mutuellement. Les conclusions +qu'on en doit tirer nous paraissent très-claires et très-simples. Corneille +a versifié le troisième acte de <i>la Comédie des Tuileries</i>; c'est +après la représentation de cette pièce qu'il s'est retiré, et il est au +moins bien vraisemblable qu'il n'a pas eu, comme le dit Voltaire +dans sa <i>Préface sur le Cid</i>, que nous avons déjà citée, «le malheureux +avantage de travailler deux ans après à <i>l'Aveugle de Smyrne</i>.» +Toutefois la société des <i>cinq auteurs</i> réduite à quatre a conservé son +nom, que l'usage avait consacré.</p> + +<p>Si nous n'avions pour admettre la collaboration de Corneille et +lui attribuer le troisième acte de <i>la Comédie des Tuileries</i> qu'une assertion +de Voltaire, dont nous ne connaîtrions pas le fondement, +nous pourrions hésiter, mais ici Voltaire nous apprend sur quoi sa +parole s'appuie: il ne fait que rapporter une tradition qui remonte +à un contemporain de Corneille, à César de Vendôme, qui avait assisté +aux représentations de l'ouvrage.</p> + +<p>Nous pouvons d'ailleurs appeler à notre aide un genre de preuves +qui a peu d'autorité lorsqu'il est isolé, mais qui en acquiert davantage +lorsqu'il vient en corroborer d'autres d'une nature différente.</p> + +<p>Si l'on examine le troisième acte des <i>Tuileries</i>, on voit immédiatement +combien il est supérieur à ceux qui le précèdent et à ceux qui +le suivent, et l'on est frappé du nombre de mots, de tours, familiers +à Corneille, qu'on y rencontre à chaque instant. De plus, on y +voit l'esquisse informe, indécise, j'en conviens, mais bien marquée +pourtant, si je ne me trompe, de certaines pensées, de certaines situations +qui se trouvent dans les ouvrages postérieurs du poëte, où, +mieux placées, plus heureusement développées, elles commandent +notre admiration ou font couler nos larmes.</p> + +<p>On connaît ces vers de <i>Rodogune</i> (acte I, scène <span class="smcap">V</span>):</p> + +<p class="left30 font90">Il est des nœuds secrets, il est des sympathies<br /> +Dont par le doux rapport les âmes assorties<br /> +S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer<br /> +Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.</p> + +<p>N'avons-nous pas ici la rédaction définitive d'une pensée que nous +trouvons d'abord dans le troisième acte de <i>la Comédie des Tuileries</i> +(scène <span class="smcap">II</span>, vers 102, p. 314):</p> + +<p class="left30 font90">Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable:<br /> +Un regard y suffit, et rien ne fait aimer<br /> +Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_309" id="Page_309">309</a></span> +Cette pensée, nous la rencontrons plus d'une fois dans les pièces +représentées pendant le long espace de temps qui sépare ces deux +ouvrages:</p> + +<p class="left30 font90">Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer<br /> +Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer.<br /> +<span class="i12">(<i>Médée</i>, acte II, scène </span><span class="smcap">V</span>.)</p> + +<p class="left30 font90">Il attache ici-bas avec des sympathies<br /> +Les âmes que son ordre a là-haut assorties<br /> +<span class="i12">(<i>L'Illusion</i>, acte III, scène</span> <span class="smcap">I</span>.)</p> + +<p>La même idée revient encore dans <i>la Suite du Menteur</i> (acte IV, +scène <span class="smcap">I</span>), mais l'expression est un peu différente:</p> + +<p class="left30 font90">Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre,<br /> +Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre.</p> + +<p>Qui ne serait porté à croire, après avoir lu ces divers passages, +que celui de <i>la Comédie des Tuileries</i> doit être du même auteur que +les autres?</p> + +<p>Malgré la faiblesse du canevas auquel, <i>par esprit de suite</i>, Corneille +s'est vu contraint de se conformer, il a su semer son acte de scènes +intéressantes, au moins par la forme. Celle d'Aglante et de Cléonice +(scène <span class="smcap">VII</span>, p. 333) laisse par endroits pressentir, de bien loin il est +vrai, l'entrevue de Rodrigue et de Chimène.</p> + +<p>On pourrait multiplier les rapprochements de ce genre. Ce sont +des preuves, nous le savons et l'avons dit, qui à elles seules ne suffisent +pas; mais ici, nous le répétons également, elles en viennent +confirmer d'autres, et, pour notre compte, quand nous les pesons +toutes, nous ne doutons guère que Corneille ne soit l'auteur de ce +troisième acte de <i>la Comédie des Tuileries</i>. Notre conviction fût-elle +moindre et nous restât-il quelque incertitude, nous croirions cependant +devoir lui donner place dans ce volume, aimant mieux nous +exposer à faire figurer parmi les ouvrages de notre poëte un morceau +douteux, qu'à en omettre un qui fût vraiment son œuvre.</p> + +<h3 class="p2">ARGUMENT<a name="FNanchor_897" id="FNanchor_897" href="#Footnote_897" class="fnanchor">[897]</a>.</h3> + +<p><span class="smcap">Aglante</span>, promis à Cléonice, se rend à Paris pour son mariage. +A son arrivée, il entre dans une église ou, pour parler son langage, +<span class="pagenum"><a name="Page_310" id="Page_310">310</a></span> +dans un temple où il invoque les Dieux. Là il rencontre sa future, +dont il devient tout à coup amoureux sans la connaître. Il fait +prendre quelques renseignements à son sujet, et on lui rapporte faussement +qu'elle se nomme Mégate. La jeune fille veut à son tour savoir +le nom de celui qui s'est si subitement épris d'elle; mais Aglante, +déguisant aussi le sien, fait dire qu'il s'appelle Philène. Trompés par +ces faux noms, ils veulent tous deux éviter l'hymen auquel on +les destine. Cléonice fuit la maison paternelle sous le costume d'une +jardinière, et va se précipiter dans le carré d'eau, d'où elle est aussitôt +retirée; Aglante, désespéré, se jette dans la fosse des lions des +Tuileries qui, par bonheur, ne lui font aucun mal. A la fin tout s'explique, +et les amants se reconnaissent et s'épousent.</p> +<hr class="c30" /> +<h4 class="p4">ACTEURS (<span class="smcap">du iii</span><sup>e</sup> <span class="smcap">acte</span>).</h4> + +<p class="left30 p2"> +AGLANTE, gentilhomme françois.<br /> +ARBAZE, oncle d'Aglante.<br /> +ASPHALTE, confident d'Aglante.<br /> +CLÉONICE, suivante.<br /> +ORPHISE, voisine<a name="FNanchor_898" id="FNanchor_898" href="#Footnote_898" class="fnanchor">[898]</a> de Cléonice.<br /> +FLORINE, voisine d'Arbaze.</p> + +<div class="verse"> +<p class="font90 center p4">(La scène est aux Tuileries.)</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_311" id="Page_311">311</a></span></p> + +<p class="p4 center"><small><b>LA</b></small></p> +<h3>COMÉDIE DES TUILERIES.</h3> + +<hr class="c5" /> +<h2 class="p4">ACTE III.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">ARBAZE.</h4> + +<p>C'est doncques dans ces lieux qu'Aglante se promène:<br /> +Asphalte me l'a dit, je n'en suis plus en peine,<br /> +Mais j'ai mal pénétré le sens de ses discours,<br /> +Ou ce jeune insolent a fait d'autres amours.<br /> +Aglante, pris ailleurs, rejette Cléonice;<span class="dalign">5</span><br /> +Le choix que j'en ai fait lui tient lieu de supplice.<br /> +Un autre objet le charme, il me craint, il me fuit,<br /> +Et se laisse emporter au feu qui le séduit;<br /> +Mais j'en sais le remède: une jeune voisine,<br /> +Admirable en adresse et belle autant que fine<a name="FNanchor_899" id="FNanchor_899" href="#Footnote_899" class="fnanchor">[899]</a>,<span class="dalign">10</span><br /> +Que son père, en mourant, laissa dessous ma loi,<br /> +Dans ces beaux promenoirs se doit rendre après moi.<br /> +Ses yeux vont faire essai de leur plus douce force<br /> +A lui jeter du change une insensible amorce,<br /> +Solliciter ses vœux, et partager son cœur<span class="dalign">15</span><br /> +Avecque les attraits de ce premier vainqueur.<br /> +Entre deux passions son âme balancée<br /> +Ne suivra plus ainsi son ardeur insensée;<br /> +Et la raison alors, reprenant son pouvoir,<span class="pagenum"><a name="Page_312" id="Page_312">312</a></span><br /> +Le rangera peut-être aux termes du devoir.<span class="dalign">20</span><br /> +Rends inutile, Aglante, un si long artifice,<br /> +Ne me résiste point, viens voir ta Cléonice.<br /> +Tout est prêt chez sa mère, et l'on n'attend que toi,<br /> +Pour lui donner ta main et recevoir sa foi.<br /> +Songe avec quel amour, avec quelle tendresse,<span class="dalign">25</span><br /> +De tes plus jeunes ans j'élevai la foiblesse.<br /> +Verrai-je tant de soins payés par un mépris,<br /> +Et ta rébellion en devenir le prix?<br /> +Souffre que la raison soit enfin la plus forte;<br /> +Tâche de mériter l'amour que je te porte.<span class="dalign">30</span><br /> +Mais le voici qui vient: son visage étonné<br /> +M'est un signe bien clair d'un esprit mutiné,<br /> +Et je n'apprends que trop d'une telle surprise<br /> +Qu'une ardeur aveuglée engage sa franchise.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">ARBAZE, AGLANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p> + +<p>Aglante, quel dessein vous fait ainsi cacher?<span class="dalign">35</span><br /> +Prenez-vous du plaisir à vous faire chercher?<br /> +D'où venez-vous enfin?</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p><span class="i9">De ce proche ermitage.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p> + +<p>Et qui vous y menoit?</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p><span class="i9">Ce fatal mariage.</span><br /> +Prêt d'en subir le joug sur la foi de vos yeux,<br /> +J'ai voulu consulter ces truchements des Dieux.<span class="dalign">40</span><br /> +J'ai voulu m'informer de l'apprêt nécessaire<br /> +A finir dignement une si grande affaire;<br /> +Me résoudre avec eux de la difficulté<br /> +Qui me tient, malgré moi, l'esprit inquiété,<br /> +Et soulevant mes sens contre votre puissance,<span class="dalign">45</span><br /> +Mêle un peu d'amertume à mon obéissance;<span class="pagenum"><a name="Page_313" id="Page_313">313</a></span><br /> +Promettre à Cléonice un amour éternel<br /> +Sous la sainte rigueur d'un serment solennel,<br /> +Avant que de la voir, avant que de connoître<br /> +Si ses attraits auront de quoi le<a name="FNanchor_900" id="FNanchor_900" href="#Footnote_900" class="fnanchor">[900]</a> faire naître:<span class="dalign">50</span><br /> +Certes, quoi qu'il m'en vienne et de biens et d'honneur,<br /> +C'est bien mettre au hasard mon repos et mon heur.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p> + +<p>Quel avis sur ce point vous donnent vos ermites?</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Un d'eux tout chargé d'ans et comblé de mérites<br /> +(Plût aux Dieux qu'avec moi vous l'eussiez entendu!<span class="dalign">55</span><br /> +Sans doute à ses raisons vous vous seriez rendu):<br /> +«Mon enfant, m'a-t-il dit, en l'état où vous êtes,<br /> +Ne précipitez rien, voyez ce que vous faites:<br /> +L'hymen n'est pas un nœud qui se rompe en un jour,<br /> +C'est un lien sacré, mais un lien d'amour;<span class="dalign">60</span><br /> +Et qu'est-ce que l'amour, qu'une secrète flamme<br /> +Qui pénètre les sens pour entrer dans une âme?<br /> +Nos sens ouvrent la porte à ce maître des Dieux,<br /> +Et cet aveugle enfant a besoin de nos yeux.<br /> +D'ailleurs, où prenez-vous l'indiscrète assurance<span class="dalign">65</span><br /> +D'approcher ses autels avec irrévérence?<br /> +Sans qu'aucune étincelle ait pu vous enflammer,<br /> +Sans savoir seulement si vous pourrez aimer?<br /> +Faire de votre foi les Dieux dépositaires,<br /> +Est-ce avoir du respect pour leurs sacrés mystères?<span class="dalign">70</span><br /> +Et n'est-ce pas assez pour attirer sur vous<br /> +L'implacable rigueur de leur juste courrous<a name="FNanchor_901" id="FNanchor_901" href="#Footnote_901" class="fnanchor">[901]</a>?»</p> + +<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p> + +<p>Enfin vous en croyez ce vénérable père.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Je respecte les Dieux et je crains leur colère.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p> + +<p>O l'excellent prétexte, et qu'il est merveilleux!<span class="dalign">75</span><span class="pagenum"><a name="Page_314" id="Page_314">314</a></span><br /> +Au retour d'Italie être encor scrupuleux!<br /> +Les Dieux, s'ils n'étoient bons, puniroient cette feinte:<br /> +C'est ne les craindre pas qu'abuser de leur crainte.<br /> +Offrez-leur seulement, avec un peu d'encens,<br /> +Une âme pure et nette et des vœux innocents,<span class="dalign">80</span><br /> +Et ne présumez pas qu'aucun d'eux s'intéresse<br /> +Par quels yeux un amant choisisse une maîtresse.<br /> +Ceux d'un autre vous-même employés à ce choix<br /> +De votre vieil rêveur ne faussent point les lois;<br /> +Les vôtres et les miens ne sont que même chose;<span class="dalign">85</span><br /> +Que sur mon amitié votre esprit se repose.<br /> +Vous savez que mon cœur est à vous tout entier,<br /> +Que je vous tiens pour fils et pour seul héritier,<br /> +Que pour vous assurer d'un amour plus sincère<br /> +Je quitte le nom d'oncle et prends celui de père,<span class="dalign">90</span><br /> +Qu'en vos prospérités j'arrête mes desirs,<br /> +Qu'à vos contentements j'attache mes plaisirs,<br /> +Et que mon sort du vôtre étant inséparable,<br /> +Je ne puis être heureux et vous voir misérable.<br /> +Puisque de vos malheurs je sentirois les cous<a name="FNanchor_902" id="FNanchor_902" href="#Footnote_902" class="fnanchor">[902]</a>,<span class="dalign">95</span><br /> +Craignez-vous que je fasse un mauvais choix pour vous?<br /> +Celle à qui ma prudence aujourd'hui vous engage<br /> +Rangeroit sous ses lois l'homme le plus sauvage:<br /> +Sa beauté ravissante et son esprit charmant<br /> +Malgré vous, dès l'abord, vous feront son amant;<span class="dalign">100</span><br /> +Elle est sage, elle est riche.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p><span class="i11">Elle est inestimable;</span><br /> +Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable:<br /> +Un regard y suffit, et rien ne fait aimer<br /> +Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer<a name="FNanchor_903" id="FNanchor_903" href="#Footnote_903" class="fnanchor">[903]</a>,<br /> +Un prompt saisissement, une atteinte impourvue<a name="FNanchor_904" id="FNanchor_904" href="#Footnote_904" class="fnanchor">[904]</a><span class="dalign">105</span><br /> +Qui nous blesse le cœur en nous frappant la vue.<span class="pagenum"><a name="Page_315" id="Page_315">315</a></span><br /> +Le coup en vient du ciel, qui verse en nos esprits<br /> +Les principes secrets de prendre et d'être pris.<br /> +Tel objet perce un cœur qui ne touche pas l'autre,<br /> +Et mon œil voit peut-être autrement que le vôtre.<span class="dalign">110</span><br /> +Encor si mon malheur vous pouvoit rendre heureux,<br /> +Je courrois au-devant de mon sort rigoureux;<br /> +Mais puisque mon destin, du vôtre inséparable,<br /> +Vous feroit malheureux si j'étois misérable,<br /> +Pour vous rendre content, souffrez que je le sois,<span class="dalign">115</span><br /> +Et que mes yeux au moins examinent le choix.</p> + +<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p> + +<p>Pensez à l'accepter sans me faire paroître<br /> +Que quand je suis content vous avez peine à l'être<a name="FNanchor_905" id="FNanchor_905" href="#Footnote_905" class="fnanchor">[905]</a>;<br /> +Tandis entretenez cette jeune beauté:<br /> +C'est un soin que lui doit votre civilité;<span class="dalign">120</span><br /> +Nous sommes ses voisins.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">ARBAZE, FLORINE, AGLANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p><span class="i11">Quoi, Monsieur, ma présence</span><br /> +De l'oncle et du neveu trouble la conférence?</p> + +<p><span class="smcap i6">ARBAZE</span>, <span class="font90">en s'en allant.</span></p> + +<p>Avant que de vous voir j'étois sur le départ,<br /> +Et vous n'aimez pas tant l'entretien d'un vieillard;<br /> +Je crois que mon adieu vous plaira davantage,<span class="dalign">125</span><br /> +Puisqu'il vous abandonne un galant de votre âge.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Il a toujours le mot, et sous ses cheveux gris<br /> +Sa belle humeur fait honte aux plus jeunes esprits.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Son bonheur, à mon gré, passe bien l'ordinaire,<br /> +Puisque, tout vieux qu'il est, il a de quoi vous plaire.<span class="dalign">130</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_316" id="Page_316">316</a></span> +<span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>A qui ne plairoit pas un vieillard si discret?<br /> +Je ne puis le celer, je n'en vois qu'à regret:<br /> +J'aime bien leur adieu, mais non pas leur présence.<br /> +Lui qui s'en doute assez, me fuit par complaisance;<br /> +Et m'avoir en partant laissé votre entretien,<span class="dalign">135</span><br /> +C'est un nouveau sujet de lui vouloir du bien.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Son adieu va produire un effet tout contraire.<br /> +J'ai l'esprit tout confus, pour ne vous pas déplaire,<br /> +Et le pesant chagrin qui m'accable aujourd'hui<br /> +Vous donnera sujet de vous plaindre de lui.<span class="dalign">140</span><br /> +Dans le secret désordre où mon âme est réduite,<br /> +Mon humeur est sans grâce et mes propos sans suite;<br /> +Je ne suis bon enfin qu'à vous importuner.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Bien moins que votre esprit ne veut s'imaginer.<br /> +Mon naturel est vain, je me flatte moi-même:<span class="dalign">145</span><br /> +Quand on m'entretient mal, je présume qu'on m'aime.<br /> +Je crois voir aussitôt un effet de mes yeux,<br /> +Et l'on me plairoit moins de m'entretenir mieux.<br /> +Un discours ajusté ne sent point l'âme atteinte:<br /> +Plus il a de conduite et plus il a de feinte,<span class="dalign">150</span><br /> +Le désordre sied bien à celui d'un amant:<br /> +Quelque confus qu'il soit, il parle clairement.<br /> +Or moi qui ne suis pas de ces capricieuses<br /> +Qui donnent à l'amour des lois injurieuses,</p> + +<p class="font90">(Orphise et Cléonice sortent et écoutent leurs discours.)</p> + +<p>En mettent le haut point à se taire et souffrir,<span class="dalign">155</span><br /> +Et s'offensent des vœux qu'on ose leur offrir,<br /> +Je vous estimerois envieux de ma gloire<br /> +Si vaincu par mes yeux, vous cachiez ma victoire.<br /> +Parlez donc hardiment du feu que vous sentez,<br /> +Ne soyez point honteux des fers que vous portez.<span class="dalign">160</span><br /> +Sitôt qu'on est blessé, j'aime à voir qu'on se rende,<br /> +Et mon cœur pour le moins vaut bien qu'on le demande.<br /> +Je ne suis pas d'humeur à vous laisser périr;<span class="pagenum"><a name="Page_317" id="Page_317">317</a></span><br /> +Mais sans savoir vos maux, les pourrai-je guérir?<br /> +Le silence en amour est un lâche remède.<span class="dalign">165</span><br /> +Tâchant à vous aider, méritez qu'on vous aide:<br /> +Laissez à votre bouche expliquer les discours<br /> +Que vos yeux languissants me font de vos amours.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">AGLANTE, CLÉONICE, ORPHISE, FLORINE.</h4> + +<p class="font90">(Orphise et Cléonice sont encore cachées<a name="FNanchor_906" id="FNanchor_906" href="#Footnote_906" class="fnanchor">[906]</a>, en sorte qu'on les voit.)</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Orphise, entendez-vous cette jeune éventée?</p> + +<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p> + +<p>Ne craignez rien, ma sœur: elle s'est mécontée<a name="FNanchor_907" id="FNanchor_907" href="#Footnote_907" class="fnanchor">[907]</a>.<span class="dalign">170</span><br /> +Attaque qui voudra le cœur de votre amant:<br /> +Ce n'est pas un butin qu'on enlève aisément.<br /> +Oyez-le repartir à cette effronterie.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Quoi, Monsieur, vous voilà dedans la rêverie?<br /> +Vous consultez encore, et votre bouche a peur<span class="dalign">175</span><br /> +De confirmer un don que me fait votre cœur!</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Il seroit trop heureux d'un si digne servage<br /> +S'il pouvoit être à vous sans devenir volage:<br /> +Un autre objet possède et mes vœux et ma foi;<br /> +Ne me demandez point ce qui n'est plus à moi.<span class="dalign">180</span><br /> +Quand même je pourrois disposer de mon âme,<br /> +Pourriez-vous accepter une si prompte flamme?<br /> +Pourriez-vous faire état d'un cœur sitôt en feu?<br /> +Prise-t-on un captif, quand il coûte si peu?<br /> +L'ennemi qui combat signale sa défaite,<span class="dalign">185</span><br /> +Et couronne bien mieux le guerrier qui l'a faite;<br /> +Mais celui qui se rend perd beaucoup de son prix,<span class="pagenum"><a name="Page_318" id="Page_318">318</a></span><br /> +Et fait si peu d'honneur qu'il reçoit du mépris.<br /> +Vous triompheriez mieux si j'osois me défendre:<br /> +La gloire est à forcer et non pas à surprendre.<span class="dalign">190</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ORPHISE</span>, <span class="font90">à Cléonice.</span></p> + +<p>Après cette réponse elle doit bien rougir.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Je sais comme mes yeux ont coutume d'agir;<br /> +Si vous êtes honteux d'une flamme si prompte,<br /> +Il faut que mon exemple emporte cette honte.<br /> +Il est vrai, je vous aime autant que vous m'aimez;<span class="dalign">195</span><br /> +Un moment a nos cœurs l'un à l'autre enflammés;<br /> +Soyez vain comme moi de ma flamme naissante:<br /> +Plus un effet est prompt, plus sa cause est puissante.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE</span>, <span class="font90">apercevant Cléonice et allant à elle.</span></p> + +<p class="font90">(Il ne faut pas que Cléonice paroisse sur le théâtre, en sorte qu'elle puisse être +connue de Florine: elle doit être cachée à demi derrière un arbre, couvrant +sa face de son mouchoir.)</p> + +<p>Voici mon cher amour, adorable beauté.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE</span>, <span class="font90">l'interrompant.</span></p> + +<p>Cherchez-vous un asile à votre liberté?<span class="dalign">200</span><br /> +Vraiment vous choisissez un fort mauvais refuge:<br /> +Vous courez vers Orphise, et je la prends pour juge.<br /> +Faites-moi la raison d'un voleur de mon bien:<br /> +Qu'il me rende mon cœur, ou me donne le sien.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Contez-lui vos raisons, je vous laisse avec elle.<span class="dalign">205</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Quoi, vous continuez à faire le rebelle?</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Dérobons-nous, mon âme, à l'importunité<br /> +Dont nous menace encor son babil affété.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Mon amour est ravi d'une telle retraite.</p> +<hr class="c15" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_319" id="Page_319">319</a></span></p> + +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">ORPHISE, FLORINE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p> + +<p>Comment vous trouvez-vous d'avoir fait la coquette?<span class="dalign">210</span><br /> +Vous avez tant de grâce à souffrir un refus,<br /> +Que personne après vous ne s'en mêlera plus.<br /> +Les filles donc ainsi perdent la retenue!<br /> +Et depuis quand la mode en est-elle venue?<br /> +Vous vous offrez vous-même; ah! j'en rougis pour vous.<span class="dalign">215</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Mille s'offrent à moi, que je dédaigne tous.<br /> +Si je fuis tant d'amants dont je suis recherchée,<br /> +J'en puis rechercher un, quand mon âme est touchée:<br /> +Un peu d'amour sied bien après tant de mépris.</p> + +<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p> + +<p>Un cœur se défend mal quand il est sitôt pris,<span class="dalign">220</span><br /> +Et pour dire en un mot tout ce que je soupçonne,<br /> +Qui peut en prier un n'en refuse personne.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Orphise, quelle humeur est la vôtre aujourd'hui,<br /> +Que par vos sentiments vous jugez ceux d'autrui?</p> + +<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p> + +<p>On vous connoît assez, et vous êtes de celles<span class="dalign">225</span><br /> +Que mille fois le plâtre a fait passer pour belles;<br /> +Dont la vertu consiste en de vains ornements;<br /> +Qui changent tous les jours de rabats<a name="FNanchor_908" id="FNanchor_908" href="#Footnote_908" class="fnanchor">[908]</a> et d'amants:<br /> +Leurs inclinations ne tendent qu'à la bourse;<br /> +C'est là de leur desirs et le but et la source.<span class="dalign">230</span><br /> +Voyez-les dans un temple importuner les Dieux,<br /> +Les prières en main, la modestie aux yeux;<br /> +Il n'est trait de pudeur qu'elles ne contrefassent,<br /> +Et Dieu sait comme alors les dupes s'embarrassent.<br /> +Elles savent souvent jeter mille hameçons<span class="dalign">235</span><span class="pagenum"><a name="Page_320" id="Page_320">320</a></span><br /> +Et se rendre au besoin en diverses façons.<br /> +Après tout, je vous plains; ce courage farouche<br /> +Ne vous est échappé qu'à faute d'une mouche:<br /> +Encore un assassin<a name="FNanchor_909" id="FNanchor_909" href="#Footnote_909" class="fnanchor">[909]</a>, vous lui perciez le cœur;<br /> +Le fard déplaît sans doute à ce fâcheux vainqueur,<span class="dalign">240</span><br /> +Et rend votre beauté tellement éclatante<br /> +Que son esprit bizarre en a pris l'épouvante.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Je ne connus jamais ce que vous m'imputez,<br /> +Et ne veux point répondre à tant de faussetés.<br /> +Ma vie est innocente, et ma beauté naïve<span class="dalign">245</span><br /> +Ne doit qu'à ses attraits les cœurs qu'elle captive.<br /> +Si j'ai quelques défauts, ils ne sont point cachés<br /> +Sous le fard éclatant que vous me reprochez;<br /> +Et quand bien le reproche en seroit légitime,<br /> +Orphise, d'un nom d'art feriez-vous un grand crime?<span class="dalign">250</span><br /> +Jamais une beauté ne se doit négliger:<br /> +Quand la nature manque, il la faut corriger.<br /> +Est-ce honte d'aller par ces métamorphoses<br /> +A la perfection où tendent toutes choses?<br /> +La raison, la nature et l'art en font leur but;<span class="dalign">255</span><br /> +L'amour, roi de nos cœurs, veut ces soins pour tribut,<br /> +Et tient pour bon sujet un esprit qui n'aspire<br /> +Qu'à trouver les moyens d'agrandir son empire.<br /> +C'est gloire de mourir pour ce maître des Dieux<br /> +Qui s'est privé pour vous de l'usage des yeux.<span class="dalign">260</span><br /> +Si pour lui se défaire est un vrai sacrifice,<br /> +Se refaire pour lui, le nommez-vous un vice?<br /> +Ce qu'on fait pour lui plaire, osez-vous le blâmer?<br /> +Orphise, quand on aime, il se faut faire aimer.<br /> +L'amour seul de l'amour est le prix véritable,<span class="dalign">265</span><br /> +Et pour se faire aimer, il faut se faire aimable.<span class="pagenum"><a name="Page_321" id="Page_321">321</a></span><br /> +Cette belle en effet de qui l'on parle tant<br /> +Tient du secours de l'art ce qu'elle a d'éclatant;<br /> +Cependant sa beauté, pour être déguisée,<br /> +A-t-elle moins d'amants? est-elle moins prisée?<span class="dalign">270</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p> + +<p>Celle qu'en ces<a name="FNanchor_910" id="FNanchor_910" href="#Footnote_910" class="fnanchor">[910]</a> discours vous venez d'attaquer,<br /> +Quand elle l'aura su, pourra vous répliquer:<br /> +Pour moi, sans intérêts dedans cette mêlée,<br /> +Je vais chercher Mégate au bout de cette allée.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE</span>, <span class="font90">seule.</span></p> + +<p>Arbaze, c'est pour toi que j'en ai tant souffert;<span class="dalign">275</span><br /> +Pour toi j'ai feint d'aimer et mon cœur s'est offert:<br /> +Pour t'avoir obéi l'on m'a persécutée;<br /> +Aglante ne me prend que pour une affétée,<br /> +Et consommé d'un feu contraire à son devoir,<br /> +Néglige également ma feinte et ton pouvoir.<span class="dalign">280</span><br /> +Orphise cependant, sans pénétrer mon âme,<br /> +Juge par mes discours de l'objet de ma flamme:<br /> +Simple, qui ne sait pas que mon esprit discret<br /> +Rarement à ma bouche expose un tel secret;<br /> +Que jamais mon ardeur n'est aisément connue,<span class="dalign">285</span><br /> +Et que plus j'ai d'amour, plus j'ai de retenue!<br /> +Aux filles c'est vertu de bien dissimuler:<br /> +Plus nos cœurs sont blessés, moins il en faut parler.<br /> +Si j'ose toutefois me le dire à moi-même,<br /> +A travers ces rameaux j'aperçois ce que j'aime:<span class="dalign">290</span><br /> +C'est mon Asphalte, ô Dieux! il vient, dissimulons,<br /> +Et ne découvrons rien du feu dont nous brûlons.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">ASPHALTE, FLORINE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ASPHALTE.</span></p> + +<p>Trouver Florine seule et dans les Tuileries<br /> +Sans avoir d'entretien que de ses rêveries?<span class="pagenum"><a name="Page_322" id="Page_322">322</a></span><br /> +Quoi, tant de solitude auprès de tant d'appas?<span class="dalign">295</span><br /> +Certes c'est un bonheur que je n'attendois pas.<br /> +Je n'osois espérer d'occasion si belle<br /> +A lui conter l'ardeur qui me brûle pour elle.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Que votre esprit est rare et sait adrettement<br /> +Faire une raillerie avec un compliment!<span class="dalign">300</span><br /> +Afin qu'à votre amour je sois plus obligée,<br /> +Vous me traitez d'abord en fille négligée,<br /> +Qui tient si peu de cœurs asservis sous sa loi,<br /> +Que mêmes en ces lieux elle manque d'emploi.<br /> +Est-ce ainsi qu'un amant cajole ce qu'il aime?<span class="dalign">305</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ASPHALTE.</span></p> + +<p>Ah! ne m'imputez pas cet indigne blasphème:<br /> +Je sais trop que vos yeux règnent en toutes parts<br /> +Et que chacun se rend à leurs moindres regards.</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Exceptez-en Aglante, il m'a bien fait paroître<br /> +Que Florine n'est pas ce qu'elle pensoit être<a name="FNanchor_911" id="FNanchor_911" href="#Footnote_911" class="fnanchor">[911]</a>.<span class="dalign">310</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ASPHALTE.</span></p> + +<p>Il est vrai qu'il adore un autre objet que vous,<br /> +Et votre esprit peut-être en est un peu jalous<a name="FNanchor_912" id="FNanchor_912" href="#Footnote_912" class="fnanchor">[912]</a>;<br /> +Mais si vous aviez vu l'excès de sa tristesse,<br /> +Et combien de soupirs lui coûte sa maîtresse,<br /> +Vous seriez la première à plaindre ses malheurs.<span class="dalign">315</span></p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p>Quelque orgueilleux mépris fait naître ses douleurs.</p> + +<p><span class="smcap i6">ASPHALTE.</span></p> + +<p>La beauté dont Aglante idolâtre les charmes<br /> +D'un déluge de pleurs accompagne ses larmes;<br /> +Arbaze, unique auteur de tous leurs déplaisirs,<br /> +Oppose sa puissance à leurs chastes desirs;<span class="dalign">320</span><br /> +Son esprit irrité court à la violence:<br /> +La prière l'aigrit et la raison l'offense.<span class="pagenum"><a name="Page_323" id="Page_323">323</a></span><br /> +Il vient, la force en main; et l'ayant vu partir,<br /> +J'ai cru de mon devoir de les en avertir.<br /> +Les voilà tout en pleurs.</p> + +<p class="font90 center">(Il faut toujours remarquer que Cléonice ne doit paroître<a name="FNanchor_913" id="FNanchor_913" href="#Footnote_913" class="fnanchor">[913]</a> le visage +découvert devant Florine.)</p> + +<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p> + +<p><span class="i10">Évitons leur présence;</span><span class="dalign">325</span><br /> +Mes larmes ne sauroient couler par complaisance:<br /> +Mon humeur est trop gaie, et, pour ne rien celer,<br /> +J'aime mieux rire ailleurs que de les consoler.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">CLÉONICE, AGLANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Mon Philène<a name="FNanchor_914" id="FNanchor_914" href="#Footnote_914" class="fnanchor">[914]</a>, as-tu donc un père si barbare<br /> +Qu'il veuille séparer une amitié si rare?<span class="dalign">330</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Vous l'avez entendu: ce vieillard inhumain,<br /> +Pour en rompre les nœuds, vient la force à la main,<br /> +Et dès le soir me livre à cette autre maîtresse,<br /> +Résolu que ma foi dégage sa promesse.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Ah, dure tyrannie! ah, rigoureux destin!<span class="dalign">335</span><br /> +Donc un si triste soir suit un si beau matin?<br /> +Le même jour propice et contraire à nos flammes<br /> +Va désunir deux corps dont il unit les âmes,<br /> +Fait nos biens et nos maux, et du matin au soir,<br /> +Voit naître nos desirs et mourir notre espoir.<span class="dalign">340</span></p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>L'amour, ce doux vainqueur, ce père des délices,<br /> +Ainsi n'a pour nous deux que de cruels supplices,<br /> +Et ce tyran fait naître, aux dépens de nos pleurs,<br /> +D'un moment de plaisirs un siècle de douleurs.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_324" id="Page_324">324</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Hélas! que de tourments accompagnent ses charmes!<span class="dalign">345</span><br /> +Et qu'un peu de douceur nous va coûter de larmes!<br /> +Il me faut donc te perdre, et, dans le même lieu<br /> +Où j'ai reçu ton cœur, recevoir ton adieu!<br /> +Sanglots, qui de la voix me fermiez le passage,<br /> +Jusques à cet adieu permettez-m'en l'usage,<span class="dalign">350</span><br /> +Et lorsque, le soleil ayant fini son tour,<br /> +Les flambeaux d'Hyménée éteindront ceux d'Amour,<br /> +Étouffez, j'y consens, cet objet déplorable<br /> +Des plus âpres rigueurs d'un sort impitoyable.<br /> +Philène, ainsi ma mort dégagera ta foi:<span class="dalign">355</span><br /> +Ton cœur pourra brûler pour un autre que moi;<br /> +Tu pourras obéir sans me faire d'injure:<br /> +J'aime sans inconstance et change sans parjure.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Un père veut forcer un cœur à vous trahir,<br /> +Et vous croyez ce cœur capable d'obéir!<span class="dalign">360</span><br /> +Ah! que vous jugez mal d'une amitié si forte!<br /> +Si notre espoir est mort, ma flamme n'est pas morte:<br /> +La naissance n'a point d'assez puissantes lois<br /> +Pour me faire manquer à ce que je vous dois;<br /> +Recevez de nouveau la foi que je vous donne,<span class="dalign">365</span><br /> +D'être à jamais à vous, ou de n'être à personne.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Hélas! en quel état le malheur nous réduit!<br /> +Faut-il d'un tel amour n'espérer point de fruit!</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Aimons-nous et souffrons: aimé de ce qu'on aime,<br /> +On trouve des plaisirs dans la souffrance même.<span class="dalign">370</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Aimons-nous et souffrons: deux cœurs si bien d'accord<br /> +Trouveroient des plaisirs dans les coups de la mort.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Résolus à mourir, qu'avons-nous plus à craindre?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Mourant avec plaisir, qu'avons-nous plus à plaindre?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_325" id="Page_325">325</a></span> +<span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Plaignons-nous, mais du ciel, qui fait que le trépas<span class="dalign">375</span><br /> +Au plus beau de notre âge a pour nous tant d'appas.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>N'accuse point le ciel de ce que fait ton<a name="FNanchor_915" id="FNanchor_915" href="#Footnote_915" class="fnanchor">[915]</a> père.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Mon âme, c'est de là que part notre misère;<br /> +C'est lui qui nous traverse, et les Dieux sont jalous<br /> +Qu'en leur temple mes vœux ne s'adressoient qu'à vous.<span class="dalign">380</span><br /> +Au pied de leurs autels j'adorois leur image:<br /> +Étoit-ce donc vous rendre un trop léger hommage?<br /> +O Dieux! d'un feu si pur faites-vous un forfait?<br /> +Vous pouvois-je adorer en un plus beau portrait?<br /> +Que votre jalousie ou votre haine éclate,<span class="dalign">385</span><br /> +Jusque dans le tombeau j'adorerai Mégate<a name="FNanchor_916" id="FNanchor_916" href="#Footnote_916" class="fnanchor">[916]</a>.<br /> +Inventez des tourments à me priver du jour:<br /> +Ma vie est en vos mains, mais non pas mon amour.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>N'irrite point les Dieux et retiens ces blasphèmes;<br /> +Je te jure, mon cœur, les puissances suprêmes,<span class="dalign">390</span><br /> +Dont la seule bonté nous pourra secourir,<br /> +Que si tu n'es à moi, je saurai bien mourir.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Parmi tant de malheurs quel bonheur est le nôtre,<br /> +Puisqu'en dépit du sort nous vivons l'un en l'autre!<br /> +Et s'il nous faut mourir, nous finirons ainsi.<span class="dalign">395</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p> + +<p>Adieu, ma chère vie, éloigne-toi d'ici;<br /> +Fuis ce fatal hymen qu'un père te prépare.</p> + +<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p> + +<p>Oui, je vais vous quitter, de peur qu'il nous sépare;<br /> +Mais avec un serment, que malgré son effort,<br /> +Nous aurons pour nous joindre, ou l'hymen ou la mort.<span class="dalign">400</span></p> + +<p class="p2 center ni3"><small><b>FIN.</b></small></p></div> +<hr class="c15" /> +<a name="Page_326" id="Page_326"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_327" id="Page_327">327</a></span></p> + +<h2>MÉDÉE</h2> + +<p class="center"><b>TRAGÉDIE</b></p> + +<p class="center"><small><b>1635</b></small></p> +<a name="Page_328" id="Page_328"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_329" id="Page_329">329</a></span></p> + +<h3>NOTICE.</h3> + +<p>Médée<a name="FNanchor_917" id="FNanchor_917" href="#Footnote_917" class="fnanchor">[917]</a> a fourni deux pièces à Corneille. L'une, <i>la Toison +d'or</i> (1661), nous montre cette princesse trahissant son père +par amour pour Jason; l'autre, qui occupe le second rang dans +l'ordre historique, mais qui est de beaucoup la plus ancienne +dans la série chronologique des œuvres de notre poëte, nous +la présente abandonnée de celui à qui elle a tout sacrifié et +immolant à sa vengeance non-seulement sa rivale, mais ses +propres enfants.</p> + +<p>Ce dernier sujet, profondément tragique, a inspiré tour à +tour un grand nombre de poëtes de tous les temps et de tous +les pays, et fournirait la matière d'une étude comparative intéressante, +mais qui ne peut trouver place dans cette notice<a name="FNanchor_918" id="FNanchor_918" href="#Footnote_918" class="fnanchor">[918]</a>.</p> + +<p>Nous nous contenterons de rappeler ici que Thomas Corneille +a puisé dans la pièce de son frère la matière d'un opéra portant +le même titre; et nous signalerons en note au bas des +pages les endroits imités d'Euripide et de Sénèque.</p> + +<p>Dans <i>le Parnasse ou la critique des poëtes</i>, par la Pinelière +(p. 60-62), on trouve parmi de curieux détails sur les habitudes +de certains poëtes dramatiques de ce temps, une indication +assez précise de l'époque de la composition de Médée: «Ils +tâchent par toutes sortes de moyens de voir tous ceux qui écrivent. +Ils auront la tête levée une heure entière à l'hôtel de Bourgogne +<span class="pagenum"><a name="Page_330" id="Page_330">330</a></span> +pour attendre que quelque poëte de réputation qu'ils +voient dans une loge regarde de leur côté, afin d'avoir l'occasion +de leur faire la révérence. Ils le montrent à ceux de leur +compagnie, et leur disent: «Voilà M. de Rotrou, ou M. du Ryer, +il a bien parlé de ma pièce, qu'un de mes amis lui a depuis +peu montrée.» Tantôt ils s'éloigneront un peu d'eux, et +reviendront incontinent leur dire: «Messieurs, je vous demande +pardon de mon incivilité: je viens de saluer M. Corneille, +qui n'arriva qu'hier de Rouen. Il m'a promis que +demain nous irons voir ensemble M. Mairet, et qu'il me fera +voir des vers d'une excellente pièce de théâtre qu'il a commencée.» +Enfin, se jetant peu à peu sur le discours des +auteurs du temps et de leurs ouvrages, ils révéleront tous les +desseins des poëtes, pour montrer qu'ils ont de grandes intrigues +avec eux. Ils parleront du plan de <i>Cléopatre</i> et de cinq +ou six autres sujets que son auteur<a name="FNanchor_919" id="FNanchor_919" href="#Footnote_919" class="fnanchor">[919]</a> a tirés de l'Histoire romaine, +dont il veut faire des sœurs à son incomparable <i>Sophonisbe</i>. +Ils diront qu'ils ont vu des vers de l'<i>Ulysse dupé</i><a name="FNanchor_920" id="FNanchor_920" href="#Footnote_920" class="fnanchor">[920]</a>; que +Scudéry est au troisième acte de <i>la Mort de César</i>; que la +<i>Médée</i> est presque achevée; que <i>l'Innocente infidélité</i> est la +plus belle pièce de Rotrou, quoiqu'on ne s'imaginât pas qu'il +pût s'élever au-dessus de celles qu'il avoit déjà faites; que +l'auteur d'<i>Ifis et Iante</i><a name="FNanchor_921" id="FNanchor_921" href="#Footnote_921" class="fnanchor">[921]</a> fait une autre <i>Cléopatre</i> pour la troupe +Royale; et que Chapelain n'a guère encore travaillé à son +poëme de <i>la Pucelle d'Orléans</i>, ni Corneille à celui qu'il compose +sur un ancien duc de son pays.»</p> + +<p>Ce morceau a été écrit en 1635<a name="FNanchor_922" id="FNanchor_922" href="#Footnote_922" class="fnanchor">[922]</a>, et le 3 avril de cette +même année Balzac adressait à Boisrobert l'éloge suivant de +Mondory: «Nous devons cela à Jason, à Massinisse et à Brutus, +qui vivent aujourd'hui en la personne de l'homme dont vous +<span class="pagenum"><a name="Page_331" id="Page_331">331</a></span> +me parlez si avantageusement, et que j'ai admiré autant de +fois que je l'ai ouï. Il est vrai que dans la représentation de +ces trois héros, il suffit qu'il soit le digne organe de trois +excellents esprits qui leur ont rendu la vie; mais il est vrai +aussi que la grâce dont il prononce, donne un degré de bonté +aux vers qu'ils ne peuvent recevoir des poëtes vulgaires. Ils +ont donc quelquefois plus d'obligation à celui qui les récite +qu'à celui qui les a faits, et ce second père, pour le dire ainsi, +les purge par son adoption de tous les vices de leur naissance. +Le son de sa voix, accompagné de la dignité de ses gestes, anoblit +les plus communes et les plus viles conceptions. Il n'est +point d'âme si bien fortifiée contre les objets des sens, à qui il +ne fasse violence, ni de jugement si fin, qui se puisse garantir +de l'imposture de sa parole. De sorte que s'il y a en ce monde +quelque félicité pour les vers, il faut avouer qu'elle est dans +sa bouche et dans son récit; et que comme les mauvaises choses +y prennent l'apparence du bien, les bonnes y trouvent leur +perfection.» Ce passage, dont on n'a point profité jusqu'ici, +nous offre des renseignements assez curieux. Il nous apprend +que Mondory a joué d'original Massinisse dans la <i>Sophonisbe</i> de +Mairet, représentée pour la première fois en 1629, Jason dans +la <i>Médée</i> de Corneille et Brute dans <i>la Mort de César</i> de Scudéry; +il nous prouve en outre que le 3 avril 1635 ces deux +dernières pièces avaient déjà été représentées. Or les frères +Parfait, et à leur suite tous les historiens de notre théâtre, placent +la seconde en 1636.</p> + +<p>Malgré ses défauts, <i>Médée</i> semblait plus digne d'accompagner +<i>le Cid</i> que <i>la Galerie du Palais</i>, <i>la Place Royale</i> ou +<i>la Suivante</i>. Elle ne fut pourtant imprimée que deux ans plus +tard, en 1639.</p> + +<p>L'édition originale in-4<sup>o</sup> forme un volume de 4 feuillets liminaires +et de 95 pages, dont voici le titre: «<span class="smcap">Medée, Tragedie.</span> +<i>A Paris, chez François Targa....</i> M.DC.XXXIX. <i>Auec priuilege +du Roy.</i>» L'achevé d'imprimer est du 16 mars.</p> + +<p>La <i>Médée</i> de Longepierre, représentée en 1694, s'est +maintenue au répertoire pendant tout le cours du siècle dernier, +et a fait complétement oublier celle de Corneille.</p> + +<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a name="Page_332" id="Page_332">332</a></span> +<big>A MONSIEUR P. T. N. G.<a name="FNanchor_923" id="FNanchor_923" href="#Footnote_923" class="fnanchor">[923]</a>.</big></p> + +<p><span class="smcap left5">Monsieur</span>,</p> + +<p>Je vous donne <i>Médée</i>, toute méchante qu'elle est, et +ne vous dirai rien pour sa justification. Je vous la donne +pour telle que vous la voudrez prendre, sans tâcher à +prévenir ou violenter vos sentiments par un étalage des +préceptes de l'art, qui doivent être fort mal entendus et +fort mal pratiqués quand ils ne nous font pas arriver au +but que l'art se propose. Celui de la poésie dramatique +est de plaire, et les règles qu'elle nous prescrit ne sont +que des adresses pour en faciliter les moyens au poëte, +et non pas des raisons qui puissent persuader aux spectateurs +qu'une chose soit agréable quand elle leur déplaît. +Ici vous trouverez le crime en son char de triomphe, +et peu de personnages sur la scène dont les mœurs +ne soient plus mauvaises que bonnes; mais la peinture +et la poésie ont cela de commun, entre beaucoup d'autres +choses, que l'une fait souvent de beaux portraits +d'une femme laide, et l'autre de belles imitations d'une +action qu'il ne faut pas imiter. Dans la portraiture, il +n'est pas question si un visage est beau, mais s'il ressemble; +et dans la poésie, il ne faut pas considérer si les +mœurs sont vertueuses, mais si elles sont pareilles à +celles de la personne qu'elle introduit. Aussi nous décrit-elle +indifféremment les bonnes et les mauvaises actions, +<span class="pagenum"><a name="Page_333" id="Page_333">333</a></span> +sans nous proposer les dernières pour exemple; et si elle +nous en veut faire quelque horreur, ce n'est point par +leur punition, qu'elle n'affecte pas de nous faire voir, +mais par leur laideur, qu'elle s'efforce de nous représenter +au naturel. Il n'est pas besoin d'avertir ici le public +que celles de cette tragédie ne sont pas à imiter: elles +paroissent assez à découvert pour n'en faire envie à personne. +Je n'examine point si elles sont vraisemblables +ou non: cette difficulté, qui est la plus délicate de la +poésie, et peut-être la moins entendue, demanderoit un +discours trop long pour une épître: il me suffit qu'elles +sont autorisées ou par la vérité de l'histoire, ou par +l'opinion commune des anciens. Elles vous ont agréé autrefois +sur le théâtre; j'espère qu'elles vous satisferont +encore aucunement sur le papier, et demeure,</p> + +<p class="left10">MONSIEUR,<br /> +<span class="i4">Votre très-humble serviteur,</span><br /> +<span class="smcap i12">Corneille</span>.</p> + +<h3>EXAMEN.</h3> + +<p class="p2">Cette tragédie a été traitée en grec par Euripide, et +en latin par Sénèque; et c'est sur leur exemple que je +me suis autorisé à en mettre le lieu dans une place publique, +quelque peu de vraisemblance qu'il y aye à y +faire parler des rois, et à y voir Médée prendre les desseins +de sa vengeance. Elle en fait confidence, chez Euripide, +à tout le chœur, composé de Corinthiennes sujettes +de Créon, et qui devoient être du moins au nombre +de quinze, à qui elle dit hautement qu'elle fera périr +leur roi, leur princesse et son mari, sans qu'aucune +<span class="pagenum"><a name="Page_334" id="Page_334">334</a></span> +d'elles ait la moindre pensée d'en donner avis à ce +prince.</p> + +<p>Pour Sénèque, il y a quelque apparence qu'il ne lui +fait pas prendre ces résolutions violentes en présence du +chœur, qui n'est pas toujours sur le théâtre<a name="FNanchor_924" id="FNanchor_924" href="#Footnote_924" class="fnanchor">[924]</a>, et n'y parle +jamais aux autres acteurs; mais je ne puis comprendre +comme, dans son quatrième acte, il lui fait achever ces +enchantements<a name="FNanchor_925" id="FNanchor_925" href="#Footnote_925" class="fnanchor">[925]</a> en place publique; et j'ai mieux aimé +rompre l'unité exacte du lieu, pour faire voir Médée +dans le même cabinet où elle a fait ses charmes, que de +l'imiter en ce point.</p> + +<p>Tous les deux m'ont semblé donner trop peu de défiance +à Créon des présents de cette magicienne, offensée +au dernier point, qu'il témoigne craindre chez l'un +et chez l'autre, et dont il a d'autant plus de lieu de se +défier, qu'elle lui demande instamment un jour de délai +pour se préparer à partir, et qu'il croit qu'elle ne le demande +que pour machiner quelque chose contre lui, et +troubler les noces de sa fille.</p> + +<p>J'ai cru mettre la chose dans un peu plus de justesse, +par quelques précautions que j'y ai apportées: la première, +en ce que Créuse souhaite avec passion cette robe +que Médée empoisonne, et qu'elle oblige Jason à la tirer +d'elle par adresse; ainsi, bien que les présents des ennemis +doivent être suspects, celui-ci ne le doit pas être, +parce que ce n'est pas tant un don qu'elle fait qu'un +payement qu'on lui arrache de la grâce que ses enfants +reçoivent; la seconde, en ce que ce n'est pas Médée<a name="FNanchor_926" id="FNanchor_926" href="#Footnote_926" class="fnanchor">[926]</a> qui +demande ce jour de délai qu'elle emploie à sa vengeance, +mais Créon qui le lui donne de son mouvement, comme +<span class="pagenum"><a name="Page_335" id="Page_335">335</a></span> +pour diminuer quelque chose de l'injuste violence qu'il +lui fait, dont il semble avoir honte en lui-même; et la +troisième enfin, en ce qu'après les défiances que Pollux +lui en fait prendre presque par force, il en fait faire +l'épreuve sur une autre, avant que de permettre à sa fille +de s'en parer.</p> + +<p>L'épisode d'Ægée n'est pas tout à fait de mon invention: +Euripide l'introduit en son troisième acte, mais +seulement comme un passant à qui Médée fait ses plaintes, +et qui l'assure d'une retraite chez lui à Athènes, en +considération d'un service qu'elle promet de lui rendre<a name="FNanchor_927" id="FNanchor_927" href="#Footnote_927" class="fnanchor">[927]</a>. +En quoi je trouve deux choses à dire: l'une, qu'Ægée, +étant dans la cour de Créon, ne parle point du tout de le +voir; l'autre, que bien qu'il promette à Médée de la recevoir +et protéger à Athènes après qu'elle se sera vengée, +ce qu'elle fait dès ce jour-là même, il lui témoigne toutefois +qu'au sortir de Corinthe il va trouver Pitthéus à +Trœzène, pour consulter avec lui sur le sens de l'oracle +qu'on venoit de lui rendre à Delphes, et qu'ainsi Médée +seroit demeurée<a name="FNanchor_928" id="FNanchor_928" href="#Footnote_928" class="fnanchor">[928]</a> en assez mauvaise posture dans Athènes +en l'attendant, puisqu'il tarda manifestement quelque +temps chez Pitthéus, où il fit l'amour à sa fille Æthra, +qu'il laissa grosse de Thésée, et n'en partit point que +sa grossesse ne fût constante. Pour donner un peu plus +d'intérêt à ce monarque dans l'action de cette tragédie, +je le fais amoureux de Créuse, qui lui préfère Jason, et je +<span class="pagenum"><a name="Page_336" id="Page_336">336</a></span> +porte ses ressentiments à l'enlever, afin qu'en cette entreprise, +demeurant prisonnier de ceux qui la sauvent de +ses mains, il aye obligation à Médée de sa délivrance, et +que la reconnoissance qu'il lui en doit l'engage plus fortement +à sa protection, et même à l'épouser, comme +l'histoire le marque.</p> + +<p>Pollux est de ces personnages protatiques qui ne sont +introduits que pour écouter la narration du sujet. Je +pense l'avoir déjà dit<a name="FNanchor_929" id="FNanchor_929" href="#Footnote_929" class="fnanchor">[929]</a>, et j'ajoute que ces personnages +sont d'ordinaire assez difficiles à imaginer dans la tragédie, +parce que les événements publics et éclatants dont +elle est composée sont connus de tout le monde, et que +s'il est aisé de trouver des gens qui les sachent pour les +raconter, il n'est pas aisé d'en trouver qui les ignorent +pour les entendre: c'est ce qui m'a fait avoir recours à +cette fiction, que Pollux, depuis son retour de Colchos, +avoit toujours été en Asie, où il n'avoit rien appris de ce +qui s'étoit passé dans la Grèce, que la mer en sépare. Le +contraire arrive en la comédie: comme elle n'est que +d'intriques particuliers, il n'est rien si facile que de +trouver des gens qui les ignorent; mais souvent il n'y a +qu'une seule personne qui les puisse expliquer: ainsi +l'on n'y manque jamais de confidents quand il y a matière +de confidence.</p> + +<p>Dans la narration que fait Nérine au quatrième acte, +on peut considérer que quand ceux qui écoutent ont +quelque chose d'important dans l'esprit, ils n'ont pas +assez de patience pour écouter le détail de ce qu'on leur +vient raconter, et que c'est assez<a name="FNanchor_930" id="FNanchor_930" href="#Footnote_930" class="fnanchor">[930]</a> pour eux d'en apprendre +l'événement en un mot: c'est ce que fait voir ici +<span class="pagenum"><a name="Page_337" id="Page_337">337</a></span> +Médée, qui ayant su que Jason a arraché Créuse à ses +ravisseurs, et pris Ægée prisonnier, ne veut point qu'on +lui explique comment cela s'est fait. Lorsqu'on a affaire +à un esprit tranquille, comme Achorée à Cléopatre dans +<i>la Mort de Pompée</i>, pour qui elle ne s'intéresse que par +un sentiment d'honneur, on prend le loisir d'exprimer +toutes les particularités; mais avant que d'y descendre, +j'estime qu'il est bon, même alors, d'en dire tout l'effet +en deux mots dès l'abord.</p> + +<p>Surtout, dans les narrations ornées et pathétiques, il +faut très-soigneusement prendre garde en quelle assiette +est l'âme de celui qui parle et de celui qui écoute, et se +passer de cet ornement, qui ne va guère sans quelque +étalage ambitieux, s'il y a la moindre apparence que l'un +des deux soit trop en péril, ou dans une passion trop +violente, pour avoir toute la patience nécessaire au récit +qu'on se propose.</p> + +<p>J'oubliois à remarquer que la prison où je mets Ægée +est un spectacle désagréable, que je conseillerois d'éviter: +ces grilles qui éloignent l'acteur du spectateur, et +lui cachent toujours plus de la moitié de sa personne, ne +manquent jamais à rendre son action fort languissante. Il +arrive quelquefois des occasions indispensables de faire +arrêter prisonniers sur nos théâtres quelques-uns de nos +principaux acteurs; mais alors il vaut mieux se contenter +de leur donner des gardes qui les suivent, et n'affoiblissent +ni le spectacle ni l'action, comme dans <i>Polyeucte</i> +et dans <i>Héraclius</i>. J'ai voulu rendre visible ici l'obligation +qu'Ægée avoit à Médée; mais cela se fût mieux fait +par un récit.</p> + +<p>Je serai bien aise encore qu'on remarque la civilité de +Jason envers Pollux à son départ: il l'accompagne jusque +hors de la ville; et c'est une adresse de théâtre assez +heureusement pratiquée pour l'éloigner de Créon et +<span class="pagenum"><a name="Page_338" id="Page_338">338</a></span> +Créuse mourants, et n'en avoir que deux à la fois à faire +parler. Un auteur est bien embarrassé quand il en a +trois, et qu'ils ont tous trois<a name="FNanchor_931" id="FNanchor_931" href="#Footnote_931" class="fnanchor">[931]</a> une assez forte passion dans +l'âme pour leur donner une juste impatience de la pousser +au dehors: c'est ce qui m'a obligé à faire mourir ce +roi malheureux avant l'arrivée de Jason, afin qu'il n'eût +à parler qu'à Créuse, et à faire mourir cette princesse +avant que Médée se montre sur le balcon, afin que cet +amant en colère n'aye plus à qui s'adresser qu'à elle; +mais on auroit eu lieu de trouver à dire qu'il ne fût pas +auprès de sa maîtresse dans un si grand malheur, si je +n'eusse rendu raison de son éloignement.</p> + +<p>J'ai feint que les feux que produit la robe de Médée, +et qui font périr Créon et Créuse, étoient invisibles, +parce que j'ai mis leurs personnes sur la scène dans la +catastrophe. Ce spectacle de mourants m'étoit nécessaire +pour remplir mon cinquième acte, qui sans cela n'eût +pu atteindre à la longueur ordinaire des nôtres; mais à +dire le vrai, il n'a pas l'effet que demande la tragédie, et +ces deux mourants importunent plus par leurs cris et par +leurs gémissements, qu'ils ne font pitié par leur malheur. +La raison en est qu'ils semblent l'avoir mérité par +l'injustice qu'ils ont faite à Médée, qui attire si bien de +son côté toute la faveur de l'auditoire, qu'on excuse sa +vengeance après l'indigne traitement qu'elle a reçu de +Créon et de son mari, et qu'on a plus de compassion du +désespoir où ils l'ont réduite, que de tout ce qu'elle leur +fait souffrir.</p> + +<p>Quant au style, il est fort inégal en ce poëme; et ce +que j'y ai mêlé du mien approche si peu de ce que j'ai +traduit de Sénèque, qu'il n'est point besoin d'en mettre +le texte en marge pour faire discerner au lecteur ce qui +<span class="pagenum"><a name="Page_339" id="Page_339">339</a></span> +est de lui ou de moi. Le temps m'a donné le moyen +d'amasser assez de forces pour ne laisser pas cette différence +si visible dans le <i>Pompée</i>, où j'ai beaucoup pris de +Lucain, et ne crois pas être demeuré fort au-dessous de +lui quand il a fallu me passer de son secours.</p> + +<hr class="c30" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_340" id="Page_340">340</a></span></p> + +<h4>ACTEURS.</h4> + +<p class="left30 p2"> +CRÉON, roi de Corinthe.<br /> +ÆGÉE, roi d'Athènes.<br /> +JASON, mari de Médée.<br /> +POLLUX, argonaute, ami de Jason.<br /> +CRÉUSE, fille de Créon.<br /> +MÉDÉE, femme de Jason.<br /> +CLÉONE, gouvernante de Créuse.<br /> +NÉRINE, suivante de Médée.<br /> +THEUDAS, domestique de Créon.<br /> +<span class="smcap">Troupe des gardes de Créon.</span></p> + +<div class="verse"> +<p class="font90 center p4">La scène est à Corinthe.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_341" id="Page_341">341</a></span></p> + +<h3>MÉDÉE.</h3> + +<p class="center"><small><b>TRAGÉDIE.</b></small></p> +<hr class="c5" /> + +<h2 class="p4">ACTE I.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">POLLUX, JASON.</h4> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Que je sens à la fois de surprise et de joie!<br /> +Se peut-il qu'en ces lieux enfin je vous revoie<a name="FNanchor_932" id="FNanchor_932" href="#Footnote_932" class="fnanchor">[932]</a>,<br /> +Que Pollux dans Corinthe ait rencontré Jason?</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Vous n'y pouviez venir en meilleure saison;<br /> +Et pour vous rendre encor l'âme plus étonnée,<span class="dalign">5</span><br /> +Préparez-vous à voir mon second hyménée<a name="FNanchor_933" id="FNanchor_933" href="#Footnote_933" class="fnanchor">[933]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Quoi! Médée est donc morte, ami?</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p><span class="i14">Non, elle vit;</span><br /> +Mais un objet plus beau la chasse de mon lit<a name="FNanchor_934" id="FNanchor_934" href="#Footnote_934" class="fnanchor">[934]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_342" id="Page_342">342</a></span> +<span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Dieux! et que fera-t-elle?</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p><span class="i10">Et que fit Hypsipyle<a name="FNanchor_935" id="FNanchor_935" href="#Footnote_935" class="fnanchor">[935]</a>,</span><br /> +Que pousser les éclats d'un courroux inutile<a name="FNanchor_936" id="FNanchor_936" href="#Footnote_936" class="fnanchor">[936]</a>?<span class="dalign">10</span><br /> +Elle jeta des cris, elle versa des pleurs,<br /> +Elle me souhaita mille et mille malheurs,<br /> +Dit que j'étois sans foi, sans cœur, sans conscience<a name="FNanchor_937" id="FNanchor_937" href="#Footnote_937" class="fnanchor">[937]</a>,<br /> +Et lasse de le dire, elle prit patience.<br /> +Médée en son malheur en pourra faire autant:<span class="dalign">15</span><br /> +Qu'elle soupire, pleure, et me nomme inconstant;<br /> +Je la quitte à regret, mais je n'ai point d'excuse<br /> +Contre un pouvoir plus fort qui me donne à Créuse.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Créuse est donc l'objet qui vous vient d'enflammer<a name="FNanchor_938" id="FNanchor_938" href="#Footnote_938" class="fnanchor">[938]</a>?<br /> +Je l'aurois deviné sans l'entendre nommer<a name="FNanchor_939" id="FNanchor_939" href="#Footnote_939" class="fnanchor">[939]</a>.<span class="dalign">20</span><br /> +Jason ne fit jamais de communes maîtresses;<br /> +Il est né seulement pour charmer les princesses,<br /> +Et haïroit l'amour, s'il avoit sous sa loi<a name="FNanchor_940" id="FNanchor_940" href="#Footnote_940" class="fnanchor">[940]</a><br /> +Rangé de moindres cœurs que des filles de roi.<br /> +Hypsipyle à Lemnos, sur le Phase Médée,<span class="dalign">25</span><br /> +Et Créuse à Corinthe, autant vaut, possédée,<br /> +Font bien voir qu'en tous lieux, sans le secours de Mars<a name="FNanchor_941" id="FNanchor_941" href="#Footnote_941" class="fnanchor">[941]</a>,<br /> +Les sceptres sont acquis à ses moindres regards.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_343" id="Page_343">343</a></span> +<span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Aussi je ne suis pas de ces amants vulgaires:<br /> +J'accommode ma flamme au bien de mes affaires;<span class="dalign">30</span><br /> +Et sous quelque climat que me jette le sort<a name="FNanchor_942" id="FNanchor_942" href="#Footnote_942" class="fnanchor">[942]</a>,<br /> +Par maxime d'État je me fais cet effort.<br /> +<span class="i1">Nous voulant à Lemnos rafraîchir dans la ville,</span><br /> +Qu'eussions-nous fait, Pollux, sans l'amour d'Hypsipyle?<br /> +Et depuis à Colchos, que fit votre Jason,<span class="dalign">35</span><br /> +Que cajoler Médée, et gagner la toison?<br /> +Alors, sans mon amour, qu'eût fait votre vaillance<a name="FNanchor_943" id="FNanchor_943" href="#Footnote_943" class="fnanchor">[943]</a>?<br /> +Eût-elle du dragon trompé la vigilance?<br /> +Ce peuple que la terre enfantoit tout armé,<br /> +Qui de vous l'eût défait, si Jason n'eût aimé?<span class="dalign">40</span><br /> +Maintenant qu'un exil m'interdit ma patrie,<br /> +Créuse est le sujet de mon idolâtrie;<br /> +Et j'ai trouvé l'adresse, en lui faisant la cour<a name="FNanchor_944" id="FNanchor_944" href="#Footnote_944" class="fnanchor">[944]</a>,<br /> +De relever mon sort sur les ailes d'Amour.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Que parlez-vous d'exil? La haine de Pélie....<span class="dalign">45</span></p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Me fait, tout mort qu'il est, fuir de sa Thessalie.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Il est mort!</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p><span class="i5">Écoutez, et vous saurez comment</span><br /> +Son trépas seul m'oblige à cet éloignement<a name="FNanchor_945" id="FNanchor_945" href="#Footnote_945" class="fnanchor">[945]</a>.<br /> +<span class="i1">Après six ans passés, depuis notre voyage,</span><br /> +Dans les plus grands plaisirs qu'on goûte au mariage,<span class="dalign">50</span><span class="pagenum"><a name="Page_344" id="Page_344">344</a></span><br /> +Mon père, tout caduc, émouvant ma pitié,<br /> +Je conjurai Médée, au nom de l'amitié....</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>J'ai su comme son art, forçant les destinées,<br /> +Lui rendit la vigueur de ses jeunes années:<br /> +Ce fut, s'il m'en souvient, ici que je l'appris,<span class="dalign">55</span><br /> +D'où soudain un voyage en Asie entrepris<br /> +Fait que, nos deux séjours divisés par Neptune,<br /> +Je n'ai point su depuis quelle est votre fortune;<br /> +Je n'en fais qu'arriver.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p><span class="i9">Apprenez donc de moi</span><br /> +Le sujet qui m'oblige à lui manquer de foi.<span class="dalign">60</span><br /> +<span class="i1">Malgré l'aversion d'entre nos deux familles,</span><br /> +De mon tyran Pélie elle gagne les filles<a name="FNanchor_946" id="FNanchor_946" href="#Footnote_946" class="fnanchor">[946]</a>,<br /> +Et leur feint de ma part tant d'outrages reçus,<br /> +Que ces foibles esprits sont aisément déçus.<br /> +Elle fait amitié, leur promet des merveilles,<span class="dalign">65</span><br /> +Du pouvoir de son art leur remplit les oreilles;<br /> +Et pour mieux leur montrer comme il est infini,<br /> +Leur étale surtout mon père rajeuni.<br /> +Pour épreuve elle égorge un bélier à leurs vues,<br /> +Le plonge en un bain d'eaux et d'herbes inconnues,<span class="dalign">70</span><br /> +Lui forme un nouveau sang avec cette liqueur,<br /> +Et lui rend d'un agneau la taille et la vigueur.<br /> +Les sœurs crient miracle, et chacune ravie<br /> +Conçoit pour son vieux père une pareille envie,<br /> +Veut un effet pareil, le demande, et l'obtient;<span class="dalign">75</span><br /> +Mais chacune a son but. Cependant la nuit vient:<br /> +Médée, après le coup d'une si belle amorce<a name="FNanchor_947" id="FNanchor_947" href="#Footnote_947" class="fnanchor">[947]</a>,<br /> +Prépare de l'eau pure et des herbes sans force,<span class="pagenum"><a name="Page_345" id="Page_345">345</a></span><br /> +Redouble le sommeil des gardes et du Roi:<br /> +La suite au seul récit me fait trembler d'effroi.<span class="dalign">80</span><br /> +A force de pitié ces filles inhumaines<a name="FNanchor_948" id="FNanchor_948" href="#Footnote_948" class="fnanchor">[948]</a><br /> +De leur père endormi vont épuiser les veines:<br /> +Leur tendresse crédule, à grands coups de couteau<a name="FNanchor_949" id="FNanchor_949" href="#Footnote_949" class="fnanchor">[949]</a>,<br /> +Prodigue ce vieux sang, et fait place au nouveau;<br /> +Le coup le plus mortel s'impute à grand service;<span class="dalign">85</span><br /> +On nomme piété ce cruel sacrifice,<br /> +Et l'amour paternel qui fait agir leurs bras<br /> +Croiroit commettre un crime à n'en commettre pas.<br /> +Médée est éloquente à leur donner courage:<br /> +Chacune toutefois tourne ailleurs son visage;<span class="dalign">90</span><br /> +Une secrète horreur condamne leur dessein<a name="FNanchor_950" id="FNanchor_950" href="#Footnote_950" class="fnanchor">[950]</a>,<br /> +Et refuse leurs yeux à conduire leur main<a name="FNanchor_951" id="FNanchor_951" href="#Footnote_951" class="fnanchor">[951]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>A me représenter ce tragique spectacle,<br /> +Qui fait un parricide et promet un miracle,<br /> +J'ai de l'horreur moi-même, et ne puis concevoir<span class="dalign">95</span><br /> +Qu'un esprit jusque-là se laisse décevoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Ainsi mon père Æson recouvra sa jeunesse.<br /> +Mais oyez le surplus. Ce grand courage cesse;<span class="pagenum"><a name="Page_346" id="Page_346">346</a></span><br /> +L'épouvante les prend; Médée en raille, et fuit<a name="FNanchor_952" id="FNanchor_952" href="#Footnote_952" class="fnanchor">[952]</a>.<br /> +Le jour découvre à tous les crimes de la nuit;<span class="dalign">100</span><br /> +Et pour vous épargner un discours inutile,<br /> +Acaste, nouveau roi, fait mutiner la ville,<br /> +Nomme Jason l'auteur de cette trahison,<br /> +Et pour venger son père, assiége ma maison.<br /> +Mais j'étois déjà loin, aussi bien que Médée;<span class="dalign">105</span><br /> +Et ma famille enfin à Corinthe abordée,<br /> +Nous saluons Créon, dont la bénignité<br /> +Nous promet contre Acaste un lieu de sûreté.<br /> +Que vous dirai-je plus? mon bonheur ordinaire<br /> +M'acquiert les volontés de la fille et du père;<span class="dalign">110</span><br /> +Si bien que de tous deux également chéri,<br /> +L'un me veut pour son gendre, et l'autre pour mari.<br /> +D'un rival couronné les grandeurs souveraines,<br /> +La majesté d'Ægée, et le sceptre d'Athènes,<br /> +N'ont rien, à leur avis, de comparable à moi,<span class="dalign">115</span><br /> +Et banni que je suis, je leur suis plus qu'un roi.<br /> +Je vois trop ce bonheur, mais je le dissimule<a name="FNanchor_953" id="FNanchor_953" href="#Footnote_953" class="fnanchor">[953]</a>;<br /> +Et bien que pour Créuse un pareil feu me brûle,<br /> +Du devoir conjugal je combats mon amour,<br /> +Et je ne l'entretiens que pour faire ma cour.<span class="dalign">120</span><br /> +<span class="i1">Acaste cependant menace d'une guerre</span><br /> +Qui doit perdre Créon et dépeupler sa terre;<br /> +Puis, changeant tout à coup ses résolutions,<br /> +Il propose la paix sous des conditions.<br /> +Il demande d'abord et Jason et Médée:<span class="dalign">125</span><br /> +On lui refuse l'un, et l'autre est accordée;<br /> +Je l'empêche, on débat, et je fais tellement,<br /> +Qu'enfin il se réduit à son bannissement.<br /> +De nouveau je l'empêche, et Créon me refuse;<span class="pagenum"><a name="Page_347" id="Page_347">347</a></span><br /> +Et pour m'en consoler, il m'offre sa Créuse.<span class="dalign">130</span><br /> +Qu'eussé-je fait, Pollux, en cette extrémité<br /> +Qui commettoit ma vie avec ma loyauté?<br /> +Car sans doute, à quitter l'utile pour l'honnête,<br /> +La paix alloit se faire aux dépens de ma tête<a name="FNanchor_954" id="FNanchor_954" href="#Footnote_954" class="fnanchor">[954]</a>;<br /> +Le mépris insolent des offres d'un grand roi<a name="FNanchor_955" id="FNanchor_955" href="#Footnote_955" class="fnanchor">[955]</a><span class="dalign">135</span><br /> +Aux mains d'un ennemi livroit Médée et moi<a name="FNanchor_956" id="FNanchor_956" href="#Footnote_956" class="fnanchor">[956]</a>.<br /> +Je l'eusse fait pourtant, si je n'eusse été père:<br /> +L'amour de mes enfants m'a fait l'âme légère;<br /> +Ma perte étoit la leur; et cet hymen nouveau<br /> +Avec Médée et moi les tire du tombeau:<span class="dalign">140</span><br /> +Eux seuls m'ont fait résoudre, et la paix s'est conclue.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Bien que de tous côtés l'affaire résolue<br /> +Ne laisse aucune place aux conseils d'un ami,<br /> +Je ne puis toutefois l'approuver qu'à demi.<br /> +Sur quoi que vous fondiez un traitement si rude,<span class="dalign">145</span><br /> +C'est montrer pour Médée un peu d'ingratitude<a name="FNanchor_957" id="FNanchor_957" href="#Footnote_957" class="fnanchor">[957]</a>:<br /> +Ce qu'elle a fait pour vous est mal récompensé.<br /> +Il faut craindre après tout son courage offensé;<br /> +Vous savez mieux que moi ce que peuvent ses charmes.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Ce sont à sa fureur d'épouvantables armes;<span class="dalign">150</span><br /> +Mais son bannissement nous en va garantir.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Gardez d'avoir sujet de vous en repentir.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Quoi qu'il puisse arriver, ami, c'est chose faite.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>La termine le ciel comme je le souhaite!<span class="pagenum"><a name="Page_348" id="Page_348">348</a></span><br /> +Permettez cependant qu'afin de m'acquitter<span class="dalign">155</span><br /> +J'aille trouver le Roi pour l'en féliciter.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Je vous y conduirois, mais j'attends ma princesse,<br /> +Qui va sortir du temple.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p><span class="i9">Adieu: l'amour vous presse,</span><br /> +Et je serois marri qu'un soin officieux<br /> +Vous fît perdre pour moi des temps si précieux.<span class="dalign">160</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">JASON<a name="FNanchor_958" id="FNanchor_958" href="#Footnote_958" class="fnanchor">[958]</a>.</h4> + +<p>Depuis que mon esprit est capable de flamme,<br /> +Jamais un trouble égal n'a confondu mon âme<a name="FNanchor_959" id="FNanchor_959" href="#Footnote_959" class="fnanchor">[959]</a>:<br /> +Mon cœur, qui se partage en deux affections,<br /> +Se laisse déchirer à mille passions.<br /> +Je dois tout à Médée, et je ne puis sans honte<span class="dalign">165</span><br /> +Et d'elle et de ma foi tenir si peu de conte<a name="FNanchor_960" id="FNanchor_960" href="#Footnote_960" class="fnanchor">[960]</a>:<br /> +Je dois tout à Créon, et d'un si puissant roi<br /> +Je fais un ennemi, si je garde ma foi<a name="FNanchor_961" id="FNanchor_961" href="#Footnote_961" class="fnanchor">[961]</a>:<br /> +Je regrette Médée, et j'adore Créuse;<br /> +Je vois mon crime en l'une, en l'autre mon excuse<a name="FNanchor_962" id="FNanchor_962" href="#Footnote_962" class="fnanchor">[962]</a>;<br /> +Et dessus mon regret mes desirs triomphants<br /> +Ont encor le secours du soin de mes enfants.<br /> +<span class="i1">Mais la princesse vient: l'éclat d'un tel visage<a name="FNanchor_963" id="FNanchor_963" href="#Footnote_963" class="fnanchor">[963]</a></span><br /> +Du plus constant du monde attireroit l'hommage,<span class="pagenum"><a name="Page_349" id="Page_349">349</a></span><br /> +Et semble reprocher à ma fidélité<span class="dalign">175</span><br /> +D'avoir osé tenir contre tant de beauté.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">JASON, CRÉUSE, CLÉONE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Que votre zèle est long, et que d'impatience<a name="FNanchor_964" id="FNanchor_964" href="#Footnote_964" class="fnanchor">[964]</a><br /> +Il donne à votre amant, qui meurt en votre absence!</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Je n'ai pas fait pourtant au ciel beaucoup de vœux<a name="FNanchor_965" id="FNanchor_965" href="#Footnote_965" class="fnanchor">[965]</a>:<br /> +Ayant Jason à moi, j'ai tout ce que je veux.<span class="dalign">180</span></p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Et moi, puis-je espérer l'effet d'une prière<br /> +Que ma flamme tiendroit à faveur singulière?<br /> +Au nom de notre amour, sauvez deux jeunes fruits<br /> +Que d'un premier hymen la couche m'a produits;<br /> +Employez-vous pour eux, faites auprès d'un père<a name="FNanchor_966" id="FNanchor_966" href="#Footnote_966" class="fnanchor">[966]</a><span class="dalign">185</span><br /> +Qu'ils ne soient point compris en l'exil de leur mère:<br /> +C'est lui seul qui bannit ces petits malheureux,<br /> +Puisque dans les traités il n'est point parlé d'eux.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>J'avois déjà parlé de leur tendre innocence<a name="FNanchor_967" id="FNanchor_967" href="#Footnote_967" class="fnanchor">[967]</a>,<br /> +Et vous y servirai de toute ma puissance,<span class="dalign">190</span><br /> +Pourvu qu'à votre tour vous m'accordiez un point<br /> +Que jusques à tantôt je ne vous dirai point.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_350" id="Page_350">350</a></span> +<span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Dites, et quel qu'il soit, que ma reine en dispose.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Si je puis sur mon père obtenir quelque chose,<br /> +Vous le saurez après: je ne veux rien pour rien.<span class="dalign">195</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p> + +<p>Vous pourrez au palais suivre cet entretien.<br /> +On ouvre chez Médée, ôtez-vous de sa vue:<br /> +Vos présences rendroient sa douleur plus émue;<br /> +Et vous seriez marris que cet esprit jaloux<br /> +Mêlât son amertume à des plaisirs si doux.<span class="dalign">200</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE.</h4> + +<p>Souverains protecteurs des lois de l'hyménée,<br /> +Dieux garants de la foi que Jason m'a donnée,<br /> +Vous qu'il prit à témoins d'une immortelle ardeur<br /> +Quand par un faux serment il vainquit ma pudeur,<br /> +Voyez de quel mépris vous traite son parjure,<span class="dalign">205</span><br /> +Et m'aidez à venger cette commune injure<a name="FNanchor_968" id="FNanchor_968" href="#Footnote_968" class="fnanchor">[968]</a>:<br /> +S'il me peut aujourd'hui chasser impunément,<br /> +Vous êtes sans pouvoir ou sans ressentiment.<br /> +<span class="i1">Et vous, troupe savante en noires barbaries<a name="FNanchor_969" id="FNanchor_969" href="#Footnote_969" class="fnanchor">[969]</a>,</span><br /> +Filles de l'Achéron, pestes, larves, furies,<span class="dalign">210</span><br /> +Fières sœurs, si jamais notre commerce étroit<a name="FNanchor_970" id="FNanchor_970" href="#Footnote_970" class="fnanchor">[970]</a><span class="pagenum"><a name="Page_351" id="Page_351">351</a></span><br /> +Sur vous et vos serpents me donna quelque droit<a name="FNanchor_971" id="FNanchor_971" href="#Footnote_971" class="fnanchor">[971]</a>,<br /> +Sortez de vos cachots avec les mêmes flammes<br /> +Et les mêmes tourments dont vous gênez les âmes;<br /> +Laissez-les quelque temps reposer dans leurs fers:<span class="dalign">215</span><br /> +Pour mieux agir pour moi faites trêve aux enfers;<br /> +Apportez-moi du fond des antres de Mégère<a name="FNanchor_972" id="FNanchor_972" href="#Footnote_972" class="fnanchor">[972]</a><br /> +La mort de ma rivale, et celle de son père;<br /> +Et si vous ne voulez mal servir mon courroux,<br /> +Quelque chose de pis pour mon perfide époux:<span class="dalign">220</span><br /> +Qu'il coure vagabond de province en province,<br /> +Qu'il fasse lâchement la cour à chaque prince;<br /> +Banni de tous côtés, sans bien et sans appui<a name="FNanchor_973" id="FNanchor_973" href="#Footnote_973" class="fnanchor">[973]</a>,<br /> +Accablé de frayeur, de misère, d'ennui,<br /> +Qu'à ses plus grands malheurs aucun ne compatisse;<span class="dalign">225</span><br /> +Qu'il ait regret à moi pour son dernier supplice;<br /> +Et que mon souvenir jusque dans le tombeau<br /> +Attache à son esprit un éternel bourreau<a name="FNanchor_974" id="FNanchor_974" href="#Footnote_974" class="fnanchor">[974]</a>.<br /> +Jason me répudie! et qui l'auroit pu croire?<br /> +S'il a manqué d'amour, manque-t-il de mémoire?<span class="dalign">230</span><span class="pagenum"><a name="Page_352" id="Page_352">352</a></span><br /> +Me peut-il bien quitter après tant de bienfaits?<br /> +M'ose-t-il bien quitter après tant de forfaits?<br /> +Sachant ce que je puis, ayant vu ce que j'ose,<br /> +Croit-il que m'offenser ce soit si peu de chose?<br /> +Quoi! mon père trahi, les éléments forcés,<span class="dalign">235</span><br /> +D'un frère dans la mer les membres dispersés,<br /> +Lui font-ils présumer mon audace épuisée?<br /> +Lui font-ils présumer qu'à mon tour méprisée<a name="FNanchor_975" id="FNanchor_975" href="#Footnote_975" class="fnanchor">[975]</a>,<br /> +Ma rage contre lui n'ait par où s'assouvir,<br /> +Et que tout mon pouvoir se borne à le servir?<span class="dalign">240</span><br /> +Tu t'abuses, Jason, je suis encor moi-même.<br /> +Tout ce qu'en ta faveur fit mon amour extrême,<br /> +Je le ferai par haine; et je veux pour le moins<br /> +Qu'un forfait nous sépare, ainsi qu'il nous a joints;<br /> +Que mon sanglant divorce, en meurtres, en carnage,<span class="dalign">245</span><br /> +S'égale aux premiers jours de notre mariage,<br /> +Et que notre union, que rompt ton changement,<br /> +Trouve une fin pareille à son commencement.<br /> +Déchirer par morceaux l'enfant aux yeux du père<br /> +N'est que le moindre effet qui suivra ma colère;<span class="dalign">250</span><br /> +Des crimes si légers furent mes coups d'essai:<br /> +Il faut bien autrement montrer ce que je sai;<br /> +Il faut faire un chef-d'œuvre, et qu'un dernier ouvrage<br /> +Surpasse de bien loin ce foible apprentissage<a name="FNanchor_976" id="FNanchor_976" href="#Footnote_976" class="fnanchor">[976]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_353" id="Page_353">353</a></span><br /> +<span class="i1">Mais pour exécuter tout ce que j'entreprends,</span><span class="dalign">255</span><br /> +Quels Dieux me fourniront des secours assez grands?<br /> +Ce n'est plus vous, enfers, qu'ici je sollicite:<br /> +Vos feux sont impuissants pour ce que je médite.<br /> +Auteur de ma naissance, aussi bien que du jour,<br /> +Qu'à regret tu dépars à ce fatal séjour,<span class="dalign">260</span><br /> +Soleil, qui vois l'affront qu'on va faire à ta race<a name="FNanchor_977" id="FNanchor_977" href="#Footnote_977" class="fnanchor">[977]</a>,<br /> +Donne-moi tes chevaux à conduire en ta place;<br /> +Accorde cette grâce à mon desir bouillant;<br /> +Je veux choir sur Corinthe avec ton char brûlant;<br /> +Mais ne crains pas de chute à l'univers funeste:<span class="dalign">265</span><br /> +Corinthe consumé garantira le reste<a name="FNanchor_978" id="FNanchor_978" href="#Footnote_978" class="fnanchor">[978]</a>;<br /> +De mon juste courroux les implacables vœux<a name="FNanchor_979" id="FNanchor_979" href="#Footnote_979" class="fnanchor">[979]</a><br /> +Dans ses odieux murs arrêteront tes feux;<br /> +Créon en est le prince, et prend Jason pour gendre:<br /> +C'est assez mériter d'être réduit en cendre<a name="FNanchor_980" id="FNanchor_980" href="#Footnote_980" class="fnanchor">[980]</a>,<span class="dalign">270</span><br /> +D'y voir réduit tout l'isthme, afin de l'en punir,<br /> +Et qu'il n'empêche plus les deux mers de s'unir<a name="FNanchor_981" id="FNanchor_981" href="#Footnote_981" class="fnanchor">[981]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_354" id="Page_354">354</a></span></p> + +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE, NÉRINE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Eh bien? Nérine, à quand, à quand cet hyménée?<br /> +En ont-ils choisi l'heure? en sais-tu la journée?<br /> +N'en as-tu rien appris? n'as-tu point vu Jason?<span class="dalign">275</span><br /> +N'appréhende-t-il rien après sa trahison?<br /> +Croit-il qu'en cet affront je m'amuse à me plaindre?<br /> +S'il cesse de m'aimer, qu'il commence à me craindre;<br /> +Il verra, le perfide, à quel comble d'horreur<br /> +De mes ressentiments peut monter la fureur.<span class="dalign">280</span></p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Modérez les bouillons de cette violence,<br /> +Et laissez déguiser vos douleurs au silence.<br /> +Quoi! Madame, est-ce ainsi qu'il faut dissimuler?<br /> +Et faut-il perdre ainsi des menaces en l'air?<br /> +Les plus ardents transports d'une haine connue<a name="FNanchor_982" id="FNanchor_982" href="#Footnote_982" class="fnanchor">[982]</a><span class="dalign">285</span><br /> +Ne sont qu'autant d'éclairs avortés dans la nue,<br /> +Qu'autant d'avis à ceux que vous voulez punir,<br /> +Pour repousser vos coups, ou pour les prévenir.<br /> +Qui peut, sans s'émouvoir, supporter une offense,<br /> +Peut mieux prendre à son point le temps de sa vengeance<a name="FNanchor_983" id="FNanchor_983" href="#Footnote_983" class="fnanchor">[983]</a>;<br /> +Et sa feinte douceur, sous un appas<a name="FNanchor_984" id="FNanchor_984" href="#Footnote_984" class="fnanchor">[984]</a> mortel,<br /> +Mène insensiblement sa victime à l'autel.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Tu veux que je me taise et que je dissimule!<br /> +Nérine, porte ailleurs ce conseil ridicule:<span class="pagenum"><a name="Page_355" id="Page_355">355</a></span><br /> +L'âme en est incapable en de<a name="FNanchor_985" id="FNanchor_985" href="#Footnote_985" class="fnanchor">[985]</a> moindres malheurs,<span class="dalign">295</span><br /> +Et n'a point où cacher de pareilles douleurs<a name="FNanchor_986" id="FNanchor_986" href="#Footnote_986" class="fnanchor">[986]</a>.<br /> +Jason m'a fait trahir mon pays et mon père,<br /> +Et me laisse au milieu d'une terre étrangère,<br /> +Sans support, sans amis, sans retraite, sans bien,<br /> +La fable de son peuple, et la haine du mien:<span class="dalign">300</span><br /> +Nérine, après cela tu veux que je me taise!<br /> +Ne dois-je point encore en témoigner de l'aise,<br /> +De ce royal hymen souhaiter l'heureux jour,<br /> +Et forcer tous mes soins à servir son amour<a name="FNanchor_987" id="FNanchor_987" href="#Footnote_987" class="fnanchor">[987]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Madame, pensez mieux à l'éclat que vous faites:<span class="dalign">305</span><br /> +Quelque juste qu'il soit, regardez où vous êtes;<br /> +Considérez qu'à peine un esprit plus remis<a name="FNanchor_988" id="FNanchor_988" href="#Footnote_988" class="fnanchor">[988]</a><br /> +Vous tient en sûreté parmi vos ennemis.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>L'âme doit se roidir plus elle est menacée,<br /> +Et contre la fortune aller tête baissée,<span class="dalign">310</span><br /> +La choquer hardiment, et sans craindre la mort,<br /> +Se présenter de front à son plus rude effort.<br /> +Cette lâche ennemie a peur des grands courages,<br /> +Et sur ceux qu'elle abat redouble ses outrages.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Que sert ce grand courage où l'on est sans pouvoir?<span class="dalign">315</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +Il trouve toujours lieu de se faire valoir<a name="FNanchor_989" id="FNanchor_989" href="#Footnote_989" class="fnanchor">[989]</a>. + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_356" id="Page_356">356</a></span> +<span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Forcez l'aveuglement dont vous êtes séduite,<br /> +Pour voir en quel état le sort vous a réduite.<br /> +Votre pays vous hait, votre époux est sans foi<a name="FNanchor_990" id="FNanchor_990" href="#Footnote_990" class="fnanchor">[990]</a>:<br /> +Dans un si grand revers que vous reste-t-il?</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p><span class="i18">Moi:</span><span class="dalign">320</span><br /> +Moi, dis-je, et c'est assez.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p><span class="i11">Quoi! vous seule, Madame?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Oui, tu vois en moi seule et le fer et la flamme,<br /> +Et la terre, et la mer, et l'enfer, et les cieux,<br /> +Et le sceptre des rois, et la foudre des Dieux<a name="FNanchor_991" id="FNanchor_991" href="#Footnote_991" class="fnanchor">[991]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>L'impétueuse ardeur d'un courage sensible<span class="dalign">325</span><br /> +A vos ressentiments figure tout possible:<br /> +Mais il faut craindre un roi fort de tant de sujets.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Mon père, qui l'étoit, rompit-il mes projets?</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Non; mais il fut surpris, et Créon se défie:<br /> +Fuyez, qu'à ses soupçons il ne vous sacrifie.<span class="dalign">330</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_357" id="Page_357">357</a></span> +<span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Las! je n'ai que trop fui; cette infidélité<br /> +D'un juste châtiment punit ma lâcheté.<br /> +Si je n'eusse point fui pour la mort de Pélie,<br /> +Si j'eusse tenu bon dedans la Thessalie,<br /> +Il n'eût point vu Créuse, et cet objet nouveau<span class="dalign">335</span><br /> +N'eût point de notre hymen étouffé le flambeau<a name="FNanchor_992" id="FNanchor_992" href="#Footnote_992" class="fnanchor">[992]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Fuyez encor, de grâce.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p><span class="i9">Oui, je fuirai, Nérine,</span><br /> +Mais avant de Créon on verra la ruine.<br /> +Je brave la fortune; et toute sa rigueur,<br /> +En m'ôtant un mari, ne m'ôte pas le cœur<a name="FNanchor_993" id="FNanchor_993" href="#Footnote_993" class="fnanchor">[993]</a>;<span class="dalign">340</span><br /> +Sois seulement fidèle, et, sans te mettre en peine,<br /> +Laisse agir pleinement mon savoir et ma haine.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE</span>, <span class="font90">seule<a name="FNanchor_994" id="FNanchor_994" href="#Footnote_994" class="fnanchor">[994]</a>.</span></p> + +<p>Madame.... Elle me quitte au lieu de m'écouter<a name="FNanchor_995" id="FNanchor_995" href="#Footnote_995" class="fnanchor">[995]</a>.<br /> +Ces violents transports la vont précipiter:<br /> +D'une trop juste ardeur l'inexorable envie<a name="FNanchor_996" id="FNanchor_996" href="#Footnote_996" class="fnanchor">[996]</a><span class="dalign">345</span><br /> +Lui fait abandonner le souci de sa vie.<br /> +Tâchons, encore un coup, d'en divertir le cours.<br /> +Apaiser sa fureur, c'est conserver ses jours.</p> + +<p class="p2 center"><small><b>FIN DU PREMIER ACTE.</b></small></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_358" id="Page_358">358</a></span></p> + +<h2>ACTE II.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE, NÉRINE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Bien qu'un péril certain suive votre entreprise,<br /> +Assurez-vous sur moi, je vous suis toute acquise:<span class="dalign">350</span><br /> +Employez mon service aux flammes, au poison,<br /> +Je ne refuse rien; mais épargnez Jason.<br /> +Votre aveugle vengeance une fois assouvie,<br /> +Le regret de sa mort vous coûteroit la vie;<br /> +Et les coups violents d'un rigoureux ennui....<span class="dalign">355</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Cesse de m'en parler, et ne crains rien pour lui:<br /> +Ma fureur jusque-là n'oseroit me séduire;<br /> +Jason m'a trop coûté pour le vouloir détruire;<br /> +Mon courroux lui fait grâce, et ma première ardeur<a name="FNanchor_997" id="FNanchor_997" href="#Footnote_997" class="fnanchor">[997]</a><br /> +Soutient son intérêt au milieu de mon cœur.<span class="dalign">360</span><br /> +Je crois qu'il m'aime encore, et qu'il nourrit en l'âme<br /> +Quelques restes secrets d'une si belle flamme;<br /> +Qu'il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi<a name="FNanchor_998" id="FNanchor_998" href="#Footnote_998" class="fnanchor">[998]</a>,<br /> +Qui l'arrache<a name="FNanchor_999" id="FNanchor_999" href="#Footnote_999" class="fnanchor">[999]</a> à Médée en dépit de sa foi.<br /> +Qu'il vive, et s'il se peut, que l'ingrat me demeure;<span class="dalign">365</span><span class="pagenum"><a name="Page_359" id="Page_359">359</a></span><br /> +Sinon, ce m'est assez que sa Créuse meure:<br /> +Qu'il vive cependant, et jouisse du jour<br /> +Que lui conserve encor mon immuable amour.<br /> +Créon seul et sa fille ont fait la perfidie<a name="FNanchor_1000" id="FNanchor_1000" href="#Footnote_1000" class="fnanchor">[1000]</a>;<br /> +Eux seuls termineront toute la tragédie:<span class="dalign">370</span><br /> +Leur perte achèvera cette fatale paix.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Contenez-vous, Madame; il sort de son palais<a name="FNanchor_1001" id="FNanchor_1001" href="#Footnote_1001" class="fnanchor">[1001]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">CRÉON, MÉDÉE, NÉRINE, <span class="smcap">Soldats.</span></h4> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Quoi? je te vois encore! Avec quelle impudence<br /> +Peux-tu, sans t'effrayer, soutenir ma présence?<br /> +Ignores-tu l'arrêt de ton bannissement?<span class="dalign">375</span><br /> +Fais-tu si peu de cas de mon commandement?<br /> +Voyez comme elle s'enfle et d'orgueil et d'audace!<br /> +Ses yeux ne sont que feu; ses regards, que menace.<br /> +Gardes, empêchez-la de s'approcher de moi<a name="FNanchor_1002" id="FNanchor_1002" href="#Footnote_1002" class="fnanchor">[1002]</a>.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_360" id="Page_360">360</a></span> +<span class="i1">Va, purge mes États d'un monstre tel que toi:</span><span class="dalign">380</span><br /> +Délivre mes sujets et moi-même de crainte<a name="FNanchor_1003" id="FNanchor_1003" href="#Footnote_1003" class="fnanchor">[1003]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>De quoi m'accuse-t-on? quel crime, quelle plainte<br /> +Pour mon bannissement vous donne tant d'ardeur<a name="FNanchor_1004" id="FNanchor_1004" href="#Footnote_1004" class="fnanchor">[1004]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Ah! l'innocence même, et la même candeur<a name="FNanchor_1005" id="FNanchor_1005" href="#Footnote_1005" class="fnanchor">[1005]</a>!<br /> +Médée est un miroir de vertu signalée:<span class="dalign">385</span><br /> +Quelle inhumanité de l'avoir exilée!<br /> +Barbare, as-tu sitôt oublié tant d'horreurs?<br /> +Repasse tes forfaits, repasse tes erreurs<a name="FNanchor_1006" id="FNanchor_1006" href="#Footnote_1006" class="fnanchor">[1006]</a>,<br /> +Et de tant de pays nomme quelque contrée<br /> +Dont tes méchancetés te permettent l'entrée<a name="FNanchor_1007" id="FNanchor_1007" href="#Footnote_1007" class="fnanchor">[1007]</a>.<span class="dalign">390</span><br /> +Toute la Thessalie en armes te poursuit;<br /> +Ton père te déteste, et l'univers te fuit:<br /> +Me dois-je en ta faveur charger de tant de haines,<br /> +Et sur mon peuple et moi faire tomber tes peines?<br /> +Va pratiquer ailleurs tes noires actions;<span class="dalign">395</span><br /> +J'ai racheté la paix à ces conditions.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Lâche paix, qu'entre vous, sans m'avoir écoutée,<br /> +Pour m'arracher mon bien vous avez complotée!<br /> +Paix dont le déshonneur vous<a name="FNanchor_1008" id="FNanchor_1008" href="#Footnote_1008" class="fnanchor">[1008]</a> demeure éternel!<span class="pagenum"><a name="Page_361" id="Page_361">361</a></span><br /> +Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel,<span class="dalign">400</span><br /> +Son crime eût-il cent fois mérité le supplice<a name="FNanchor_1009" id="FNanchor_1009" href="#Footnote_1009" class="fnanchor">[1009]</a>,<br /> +D'un juste châtiment il fait une injustice.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Au regard de Pélie, il fut bien mieux traité:<br /> +Avant que l'égorger tu l'avois écouté<a name="FNanchor_1010" id="FNanchor_1010" href="#Footnote_1010" class="fnanchor">[1010]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Écouta-t-il Jason, quand sa haine couverte<span class="dalign">405</span><br /> +L'envoya sur nos bords se livrer à sa perte?<br /> +Car comment voulez-vous que je nomme un dessein<br /> +Au-dessus de sa force et du pouvoir humain?<br /> +Apprenez quelle étoit cette illustre conquête,<br /> +Et de combien de morts j'ai garanti sa tête.<span class="dalign">410</span><br /> +<span class="i1">Il falloit mettre au joug deux taureaux furieux<a name="FNanchor_1011" id="FNanchor_1011" href="#Footnote_1011" class="fnanchor">[1011]</a>:</span><br /> +Des tourbillons de feux s'élançoient de leurs yeux,<br /> +Et leur maître Vulcain poussoit par leur haleine<br /> +Un long embrasement dessus toute la plaine.<br /> +Eux domptés, on entroit en de nouveaux hasards:<span class="dalign">415</span><br /> +Il falloit labourer les tristes champs de Mars,<br /> +Et des dents d'un serpent ensemencer leur terre,<br /> +Dont la stérilité, fertile pour la guerre,<br /> +Produisoit à l'instant des escadrons armés<br /> +Contre la même main qui les avoit semés<a name="FNanchor_1012" id="FNanchor_1012" href="#Footnote_1012" class="fnanchor">[1012]</a>.<span class="dalign">420</span><br /> +Mais quoi qu'eût fait contre eux une valeur parfaite,<br /> +La toison n'étoit pas au bout de leur défaite:<br /> +Un dragon, enivré des plus mortels poisons<br /> +Qu'enfantent les péchés de toutes les saisons,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_362" id="Page_362">362</a></span> +Vomissant mille traits de sa gorge enflammée<a name="FNanchor_1013" id="FNanchor_1013" href="#Footnote_1013" class="fnanchor">[1013]</a>,<span class="dalign">425</span><br /> +La gardoit beaucoup mieux que toute cette armée;<br /> +Jamais étoile, lune, aurore, ni soleil,<br /> +Ne virent abaisser sa paupière au sommeil:<br /> +Je l'ai seule assoupi; seule, j'ai par mes charmes<br /> +Mis au joug les taureaux et défait les gensdarmes.<span class="dalign">430</span><br /> +Si lors à mon devoir mon desir limité<a name="FNanchor_1014" id="FNanchor_1014" href="#Footnote_1014" class="fnanchor">[1014]</a><br /> +Eût conservé ma gloire et ma fidélité<a name="FNanchor_1015" id="FNanchor_1015" href="#Footnote_1015" class="fnanchor">[1015]</a>,<br /> +Si j'eusse eu de l'horreur de tant d'énormes fautes,<br /> +Que devenoit Jason, et tous vos Argonautes?<br /> +Sans moi, ce vaillant chef, que vous m'avez ravi,<span class="dalign">435</span><br /> +Fût péri le premier, et tous l'auroient suivi.<br /> +Je ne me repens point d'avoir par mon adresse<br /> +Sauvé le sang des Dieux et la fleur de la Grèce:<br /> +Zéthès, et Calaïs, et Pollux, et Castor,<br /> +Et le charmant Orphée, et le sage Nestor,<span class="dalign">440</span><br /> +Tous vos héros enfin tiennent de moi la vie;<br /> +Je vous les verrai tous posséder sans envie:<br /> +Je vous les ai sauvés, je vous les cède tous;<br /> +Je n'en veux qu'un pour moi<a name="FNanchor_1016" id="FNanchor_1016" href="#Footnote_1016" class="fnanchor">[1016]</a>, n'en soyez point jaloux.<br /> +Pour de si bons effets laissez-moi l'infidèle:<span class="dalign">445</span><br /> +Il est mon crime seul, si je suis criminelle;<br /> +Aimer cet inconstant, c'est tout ce que j'ai fait:<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_363" id="Page_363">363</a></span> +Si vous me punissez, rendez-moi mon forfait<a name="FNanchor_1017" id="FNanchor_1017" href="#Footnote_1017" class="fnanchor">[1017]</a>.<br /> +Est-ce user comme il faut d'un pouvoir légitime,<br /> +Que me faire coupable et jouir de mon crime<a name="FNanchor_1018" id="FNanchor_1018" href="#Footnote_1018" class="fnanchor">[1018]</a>?<span class="dalign">450</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Va te plaindre à Colchos.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p><span class="i10">Le retour m'y plaira.</span><br /> +Que Jason m'y remette ainsi qu'il m'en tira<a name="FNanchor_1019" id="FNanchor_1019" href="#Footnote_1019" class="fnanchor">[1019]</a>:<br /> +Je suis prête à partir sous la même conduite<br /> +Qui de ces lieux aimés précipita ma fuite.<br /> +O d'un injuste affront les coups les plus cruels!<span class="dalign">455</span><br /> +Vous faites différence entre deux criminels<a name="FNanchor_1020" id="FNanchor_1020" href="#Footnote_1020" class="fnanchor">[1020]</a>!<br /> +Vous voulez qu'on l'honore, et que de deux complices<br /> +L'un ait votre couronne, et l'autre des supplices!</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Cesse de plus mêler ton intérêt au sien.<br /> +Ton Jason, pris à part, est trop homme de bien<a name="FNanchor_1021" id="FNanchor_1021" href="#Footnote_1021" class="fnanchor">[1021]</a>:<span class="dalign">460</span><br /> +Le séparant de toi, sa défense est facile<a name="FNanchor_1022" id="FNanchor_1022" href="#Footnote_1022" class="fnanchor">[1022]</a>;<br /> +Jamais il n'a trahi son père ni sa ville;<br /> +Jamais sang innocent n'a fait rougir ses mains;<br /> +Jamais il n'a prêté son bras à tes desseins<a name="FNanchor_1023" id="FNanchor_1023" href="#Footnote_1023" class="fnanchor">[1023]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_364" id="Page_364">364</a></span><br /> +Son crime, s'il en a, c'est de t'avoir pour femme.<span class="dalign">465</span><br /> +Laisse-le s'affranchir d'une honteuse flamme,<br /> +Rends-lui son innocence en l'éloignant de nous<a name="FNanchor_1024" id="FNanchor_1024" href="#Footnote_1024" class="fnanchor">[1024]</a>;<br /> +Porte en d'autres climats ton insolent courroux,<br /> +Tes herbes, tes poisons<a name="FNanchor_1025" id="FNanchor_1025" href="#Footnote_1025" class="fnanchor">[1025]</a>, ton cœur impitoyable,<br /> +Et tout ce qui jamais a fait Jason coupable<a name="FNanchor_1026" id="FNanchor_1026" href="#Footnote_1026" class="fnanchor">[1026]</a>.<span class="dalign">470</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Peignez mes actions plus noires que la nuit;<br /> +Je n'en ai que la honte, il en a tout le fruit:<br /> +Ce fut en sa faveur que ma savante audace<a name="FNanchor_1027" id="FNanchor_1027" href="#Footnote_1027" class="fnanchor">[1027]</a><br /> +Immola son tyran par les mains de sa race;<br /> +Joignez-y mon pays et mon frère: il suffit<span class="dalign">475</span><br /> +Qu'aucun de tant de maux ne va qu'à son profit<a name="FNanchor_1028" id="FNanchor_1028" href="#Footnote_1028" class="fnanchor">[1028]</a>.<br /> +Mais vous les<a name="FNanchor_1029" id="FNanchor_1029" href="#Footnote_1029" class="fnanchor">[1029]</a> saviez tous quand vous m'avez reçue;<br /> +Votre simplicité n'a point été déçue:<br /> +En ignoriez-vous un, quand vous m'avez promis<br /> +Un rempart assuré contre mes ennemis<a name="FNanchor_1030" id="FNanchor_1030" href="#Footnote_1030" class="fnanchor">[1030]</a>?<span class="dalign">480</span><br /> +Ma main, saignante encor du meurtre de Pélie<a name="FNanchor_1031" id="FNanchor_1031" href="#Footnote_1031" class="fnanchor">[1031]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_365" id="Page_365">365</a></span><br /> +Soulevoit contre moi toute la Thessalie,<br /> +Quand votre cœur, sensible à la compassion,<br /> +Malgré tous mes forfaits, prit ma protection.<br /> +Si l'on me peut depuis imputer quelque crime,<span class="dalign">485</span><br /> +C'est trop peu que l'exil, ma mort est légitime:<br /> +Sinon, à quel propos me traitez-vous ainsi?<br /> +Je suis coupable ailleurs, mais innocente ici<a name="FNanchor_1032" id="FNanchor_1032" href="#Footnote_1032" class="fnanchor">[1032]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Je ne veux plus ici d'une telle innocence,<br /> +Ni souffrir en ma cour ta fatale présence.<span class="dalign">490</span><br /> +Va....</p> + +<p><span class="smcap i4">MÉDÉE.</span></p> + +<p><span class="i3">Dieux justes, vengeurs....</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p><span class="i12">Va, dis-je, en d'autres lieux</span><br /> +Par tes cris importuns solliciter les Dieux.<br /> +<span class="i1">Laisse-nous tes enfants: je serois trop sévère,</span><br /> +Si je les punissois des crimes de leur mère<a name="FNanchor_1033" id="FNanchor_1033" href="#Footnote_1033" class="fnanchor">[1033]</a>;<br /> +Et bien que je le pusse avec juste raison,<span class="dalign">495</span><br /> +Ma fille les demande en faveur de Jason.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Barbare humanité, qui m'arrache à moi-même,<br /> +Et feint de la douceur pour m'ôter ce que j'aime!<br /> +Si Jason et Créuse ainsi l'ont ordonné<a name="FNanchor_1034" id="FNanchor_1034" href="#Footnote_1034" class="fnanchor">[1034]</a>,<br /> +Qu'ils me rendent le sang que je leur ai donné.<span class="dalign">500</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Ne me réplique plus, suis la loi qui t'est faite;<br /> +Prépare ton départ, et pense à ta retraite.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_366" id="Page_366">366</a></span> +Pour en délibérer, et choisir le quartier,<br /> +De grâce ma bonté te donne un jour entier<a name="FNanchor_1035" id="FNanchor_1035" href="#Footnote_1035" class="fnanchor">[1035]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Quelle grâce<a name="FNanchor_1036" id="FNanchor_1036" href="#Footnote_1036" class="fnanchor">[1036]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p><span class="i7">Soldats, remettez-la chez elle;</span><span class="dalign">505</span><br /> +Sa contestation deviendroit éternelle<a name="FNanchor_1037" id="FNanchor_1037" href="#Footnote_1037" class="fnanchor">[1037]</a>.</p> + +<p class="font90 center">(Médée rentre et Créon continue<a name="FNanchor_1038" id="FNanchor_1038" href="#Footnote_1038" class="fnanchor">[1038]</a>.)</p> + +<p>Quel indomptable esprit! quel arrogant maintien<br /> +Accompagnoit l'orgueil d'un si long entretien!<br /> +A-t-elle rien fléchi de son humeur altière?<br /> +A-t-elle pu descendre à la moindre prière?<span class="dalign">510</span><br /> +Et le sacré respect de ma condition<br /> +En a-t-il arraché quelque soumission<a name="FNanchor_1039" id="FNanchor_1039" href="#Footnote_1039" class="fnanchor">[1039]</a>?</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">CRÉON, JASON, CRÉUSE, CLÉONE, <span class="smcap">Soldats</span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerres<a name="FNanchor_1040" id="FNanchor_1040" href="#Footnote_1040" class="fnanchor">[1040]</a>,<br /> +Ma fille: c'est demain qu'elle sort de nos terres.<br /> +Nous n'avons désormais que craindre de sa part:<span class="dalign">515</span><br /> +Acaste est satisfait d'un si proche départ;<br /> +Et si tu peux calmer le courage d'Ægée,<br /> +Qui voit par notre choix son ardeur négligée,<span class="pagenum"><a name="Page_367" id="Page_367">367</a></span><br /> +Fais état que demain nous assure à jamais<br /> +Et dedans et dehors une profonde paix.<span class="dalign">520</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Je ne crois pas, Seigneur, que ce vieux roi d'Athènes<a name="FNanchor_1041" id="FNanchor_1041" href="#Footnote_1041" class="fnanchor">[1041]</a>,<br /> +Voyant aux mains d'autrui le fruit de tant de peines,<br /> +Mêle tant de foiblesse à son ressentiment,<br /> +Que son premier courroux se dissipe aisément<a name="FNanchor_1042" id="FNanchor_1042" href="#Footnote_1042" class="fnanchor">[1042]</a>.<br /> +J'espère toutefois qu'avec un peu d'adresse<span class="dalign">525</span><br /> +Je pourrai le résoudre à perdre une maîtresse<br /> +Dont l'âge peu sortable<a name="FNanchor_1043" id="FNanchor_1043" href="#Footnote_1043" class="fnanchor">[1043]</a> et l'inclination<br /> +Répondoient assez mal à son affection.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Il doit vous témoigner par son obéissance<br /> +Combien sur son esprit vous avez de puissance;<span class="dalign">530</span><br /> +Et s'il s'obstine à suivre un injuste courroux<a name="FNanchor_1044" id="FNanchor_1044" href="#Footnote_1044" class="fnanchor">[1044]</a>,<br /> +Nous saurons, ma princesse, en rabattre les coups;<br /> +Et nos préparatifs contre la Thessalie<br /> +Ont trop de quoi punir sa flamme et sa folie<a name="FNanchor_1045" id="FNanchor_1045" href="#Footnote_1045" class="fnanchor">[1045]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Nous n'en viendrons pas là: regarde seulement<span class="dalign">535</span><br /> +A le payer d'estime et de remercîment.<br /> +Je voudrois pour tout autre un peu de raillerie:<br /> +Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie;<br /> +Mais le trône soutient la majesté des rois<a name="FNanchor_1046" id="FNanchor_1046" href="#Footnote_1046" class="fnanchor">[1046]</a><span class="pagenum"><a name="Page_368" id="Page_368">368</a></span><br /> +Au-dessus du mépris, comme au-dessus des lois.<span class="dalign">540</span><br /> +On doit toujours respect au sceptre, à la couronne.<br /> +Remets tout, si tu veux, aux ordres que je donne;<br /> +Je saurai l'apaiser avec facilité,<br /> +Si tu ne te défends qu'avec civilité.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">JASON, CRÉUSE, CLÉONE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Que ne vous dois-je point pour cette préférence,<span class="dalign">545</span><br /> +Où mes desirs n'osoient porter mon espérance!<br /> +C'est bien me témoigner un amour infini,<br /> +De mépriser un roi pour un pauvre banni!<br /> +A toutes ses grandeurs préférer ma misère,<br /> +Tourner en ma faveur les volontés d'un père,<span class="dalign">550</span><br /> +Garantir mes enfants d'un exil rigoureux!</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Qu'a pu faire de moindre un courage amoureux?<br /> +La fortune a montré dedans votre naissance<br /> +Un trait de son envie, ou de son impuissance;<br /> +Elle devoit un sceptre au sang dont vous naissez?<span class="dalign">555</span><br /> +Et sans lui vos vertus le méritoient assez.<br /> +L'amour, qui n'a pu voir une telle injustice,<br /> +Supplée à son défaut, ou punit sa malice,<br /> +Et vous dorme, au plus fort de vos adversités,<br /> +Le sceptre que j'attends, et que vous méritez.<span class="dalign">560</span><br /> +La gloire m'en demeure; et les races futures<br /> +Comptant notre hyménée entre vos aventures,<br /> +Vanteront à jamais mon amour généreux,<span class="pagenum"><a name="Page_369" id="Page_369">369</a></span><br /> +Qui d'un si grand héros rompt le sort malheureux.<br /> +<span class="i1">Après tout, cependant, riez de ma foiblesse:</span><span class="dalign">565</span><br /> +Prête de posséder le phénix de la Grèce,<br /> +La fleur de nos guerriers, le sang de tant de Dieux,<br /> +La robe de Médée a donné dans mes yeux.<br /> +Mon caprice, à son lustre attachant mon envie,<br /> +Sans elle trouve à dire au bonheur de ma vie:<span class="dalign">570</span><br /> +C'est ce qu'ont prétendu mes desseins relevés,<br /> +Pour le prix des enfants que je vous ai sauvés.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Que ce prix est léger pour un si bon office!<br /> +Il y faut toutefois employer l'artifice:<br /> +Ma jalouse en fureur n'est pas femme à souffrir<span class="dalign">575</span><br /> +Que ma main l'en dépouille afin de vous l'offrir<a name="FNanchor_1047" id="FNanchor_1047" href="#Footnote_1047" class="fnanchor">[1047]</a>;<br /> +Des trésors dont son père épuise la Scythie,<br /> +C'est tout ce qu'elle a pris quand elle en est sortie.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Qu'elle a fait un beau choix! jamais éclat pareil<br /> +Ne sema dans la nuit les clartés du soleil;<span class="dalign">580</span><br /> +Les perles avec l'or confusément mêlées,<br /> +Mille pierres de prix sur ses bords étalées,<br /> +D'un mélange divin éblouissent les yeux;<br /> +Jamais rien d'approchant ne se fit en ces<a name="FNanchor_1048" id="FNanchor_1048" href="#Footnote_1048" class="fnanchor">[1048]</a> lieux.<br /> +Pour moi, tout aussitôt que je l'en vis parée,<span class="dalign">585</span><br /> +Je ne fis plus d'état de la toison dorée;<br /> +Et dussiez-vous vous-même en être un peu jaloux,<br /> +J'en eus presques envie aussitôt que de vous.<br /> +Pour apaiser Médée et réparer sa perte,<br /> +L'épargne de mon père entièrement ouverte<span class="dalign">590</span><br /> +Lui met à l'abandon tous les trésors du Roi,<br /> +Pourvu que cette robe et Jason soient à moi.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_370" id="Page_370">370</a></span> +<span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>N'en doutez point, ma reine, elle vous est acquise.<br /> +Je vais chercher Nérine, et par son entremise<br /> +Obtenir de Médée avec dextérité<span class="dalign">595</span><br /> +Ce que refuseroit son courage irrité.<br /> +Pour elle, vous savez que j'en fuis les approches<a name="FNanchor_1049" id="FNanchor_1049" href="#Footnote_1049" class="fnanchor">[1049]</a>;<br /> +J'aurois peine à souffrir l'orgueil de ses reproches;<br /> +Et je me connois mal, ou dans notre entretien<br /> +Son courroux s'allumant allumeroit le mien.<span class="dalign">600</span><br /> +Je n'ai point un esprit complaisant à sa rage,<br /> +Jusques à supporter sans réplique un outrage;<br /> +Et ce seroient pour moi d'éternels déplaisirs<a name="FNanchor_1050" id="FNanchor_1050" href="#Footnote_1050" class="fnanchor">[1050]</a><br /> +De reculer par là l'effet de vos desirs.<br /> +<span class="i1">Mais, sans plus de discours, d'une maison voisine</span><span class="dalign">605</span><br /> +Je vais prendre le temps que sortira Nérine.<br /> +Souffrez, pour avancer votre contentement,<br /> +Que malgré mon amour je vous quitte un moment<a name="FNanchor_1051" id="FNanchor_1051" href="#Footnote_1051" class="fnanchor">[1051]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p> + +<p>Madame, j'aperçois venir le roi d'Athènes.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Allez donc, votre vue augmenteroit<a name="FNanchor_1052" id="FNanchor_1052" href="#Footnote_1052" class="fnanchor">[1052]</a> ses peines.<span class="dalign">610</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p> + +Souvenez-vous de l'air dont il le faut traiter. + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Ma bouche accortement saura s'en acquitter.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_371" id="Page_371">371</a></span></p> + +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">ÆGÉE<a name="FNanchor_1053" id="FNanchor_1053" href="#Footnote_1053" class="fnanchor">[1053]</a>, CRÉUSE, CLÉONE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p> + +<p>Sur un bruit qui m'étonne et que je ne puis croire,<br /> +Madame, mon amour, jaloux de votre gloire,<br /> +Vient savoir s'il est vrai que vous soyez d'accord,<span class="dalign">615</span><br /> +Par un honteux hymen, de l'arrêt de ma mort<a name="FNanchor_1054" id="FNanchor_1054" href="#Footnote_1054" class="fnanchor">[1054]</a>.<br /> +Votre peuple en frémit, votre cour en murmure;<br /> +Et tout Corinthe enfin s'impute à grande injure<br /> +Qu'un fugitif, un traître, un meurtrier de rois,<br /> +Lui donne à l'avenir des princes et des lois;<span class="dalign">620</span><br /> +Il ne peut endurer que l'horreur de la Grèce<br /> +Pour prix de ses forfaits épouse sa princesse,<br /> +Et qu'il faille ajouter<a name="FNanchor_1055" id="FNanchor_1055" href="#Footnote_1055" class="fnanchor">[1055]</a> à vos titres d'honneur:<br /> +«Femme d'un assassin et d'un empoisonneur.»</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Laissez agir, grand roi, la raison sur votre âme,<span class="dalign">625</span><br /> +Et ne le chargez point des crimes de sa femme.<br /> +J'épouse un malheureux, et mon père y consent,<br /> +Mais prince, mais vaillant, et surtout innocent:<br /> +Non pas que je ne faille en cette préférence;<br /> +De votre rang au sien je sais la différence.<span class="dalign">630</span><br /> +Mais si vous connoissez l'amour et ses ardeurs,<br /> +Jamais pour son objet il ne prend les grandeurs:<br /> +Avouez que son feu n'en veut qu'à la personne,<br /> +Et qu'en moi vous n'aimiez rien moins que ma couronne.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_372" id="Page_372">372</a></span> +<span class="i1">Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer</span><span class="dalign">635</span><br /> +Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer<a name="FNanchor_1056" id="FNanchor_1056" href="#Footnote_1056" class="fnanchor">[1056]</a>;<br /> +Et souvent, sans raison, les objets de nos flammes<br /> +Frappent nos yeux ensemble et saisissent nos âmes.<br /> +Ainsi nous avons vu le souverain des Dieux,<br /> +Au mépris de Junon, aimer en ces bas lieux;<span class="dalign">640</span><br /> +Vénus quitter son Mars et négliger sa prise,<br /> +Tantôt pour Adonis, et tantôt pour Anchise;<br /> +Et c'est peut-être encore avec moins de raison<br /> +Que bien que vous m'aimiez, je me donne à Jason<a name="FNanchor_1057" id="FNanchor_1057" href="#Footnote_1057" class="fnanchor">[1057]</a>.<br /> +D'abord dans mon esprit vous eûtes ce partage:<span class="dalign">645</span><br /> +Je vous estimai plus, et l'aimai davantage.</p> + +<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p> + +<p>Gardez ces compliments pour de moins enflammés,<br /> +Et ne m'estimez point qu'autant que vous m'aimez.<br /> +Que me sert cet aveu d'une erreur volontaire?<br /> +Si vous croyez faillir, qui vous force à le faire?<span class="dalign">650</span><br /> +N'accusez point l'amour ni son aveuglement:<br /> +Quand on connoît sa faute, on manque doublement<a name="FNanchor_1058" id="FNanchor_1058" href="#Footnote_1058" class="fnanchor">[1058]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Puis donc que vous trouvez la mienne inexcusable<a name="FNanchor_1059" id="FNanchor_1059" href="#Footnote_1059" class="fnanchor">[1059]</a>,<br /> +Je ne veux plus, Seigneur, me confesser coupable<a name="FNanchor_1060" id="FNanchor_1060" href="#Footnote_1060" class="fnanchor">[1060]</a>.<br /> +<span class="i1">L'amour de mon pays et le bien de l'État</span><span class="dalign">655</span><br /> +Me défendoient l'hymen d'un si grand potentat.<br /> +Il m'eût fallu soudain vous suivre en vos provinces,<br /> +Et priver mes sujets de l'aspect de leurs princes.<br /> +Votre sceptre pour moi n'est qu'un pompeux exil:<br /> +Que me sert son éclat? et que me donne-t-il?<span class="dalign">660</span><br /> +M'élève-t-il d'un rang plus haut que souveraine?<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_373" id="Page_373">373</a></span> +Et sans le posséder ne me vois-je pas reine<a name="FNanchor_1061" id="FNanchor_1061" href="#Footnote_1061" class="fnanchor">[1061]</a>?<br /> +Grâces aux immortels, dans ma condition<br /> +J'ai de quoi m'assouvir de cette ambition:<br /> +Je ne veux point changer mon sceptre contre un autre;<br /> +Je perdrois ma couronne en acceptant la vôtre.<br /> +Corinthe est bon sujet, mais il veut voir son roi,<br /> +Et d'un prince éloigné rejetteroit la loi.<br /> +Joignez à ces raisons qu'un père un peu sur l'âge,<br /> +Dont ma seule présence adoucit le veuvage,<span class="dalign">670</span><br /> +Ne sauroit se résoudre à séparer de lui<br /> +De ses débiles ans l'espérance et l'appui,<br /> +Et vous reconnoîtrez que je ne vous préfère<br /> +Que le bien de l'État, mon pays et mon père<a name="FNanchor_1062" id="FNanchor_1062" href="#Footnote_1062" class="fnanchor">[1062]</a>.<br /> +<span class="i1">Voilà ce qui m'oblige au choix d'un autre époux;</span><span class="dalign">675</span><br /> +Mais comme ces raisons font peu d'effet sur vous,<br /> +Afin de redonner le repos à votre âme,<br /> +Souffrez que je vous quitte.</p> + +<p><span class="smcap i6">ÆGÉE,</span> <span class="font90">seul.</span></p> + +<p><span class="i11">Allez, allez, Madame,</span><br /> +Étaler vos appas et vanter vos mépris<br /> +A l'infâme sorcier qui charme vos esprits.<span class="dalign">680</span><span class="pagenum"><a name="Page_374" id="Page_374">374</a></span><br /> +De cette indignité faites un mauvais conte;<br /> +Riez de mon ardeur, riez de votre honte;<br /> +Favorisez celui de tous vos courtisans<br /> +Qui raillera le mieux le déclin de mes ans:<br /> +Vous jouirez fort peu d'une telle insolence;<span class="dalign">685</span><br /> +Mon amour outragé court à la violence;<br /> +Mes vaisseaux à la rade, assez proches du port,<br /> +N'ont que trop de soldats à faire un coup d'effort.<br /> +La jeunesse me manque, et non pas le courage:<br /> +Les rois ne perdent point les forces avec l'âge;<span class="dalign">690</span><br /> +Et l'on verra, peut-être avant ce jour fini,<br /> +Ma passion vengée, et votre orgueil puni.</p> + +<p class="p2 center"><small><b>FIN DU SECOND ACTE.</b></small></p> + +<hr class="c15" /> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_375" id="Page_375">375</a></span></p> + +<h2>ACTE III.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">NÉRINE.</h4> + +<p>Malheureux instrument du malheur qui nous presse,<br /> +Que j'ai pitié de toi, déplorable princesse!<br /> +Avant que le soleil ait fait encore un tour,<span class="dalign">695</span><br /> +Ta perte inévitable achève ton amour<a name="FNanchor_1063" id="FNanchor_1063" href="#Footnote_1063" class="fnanchor">[1063]</a>.<br /> +Ton destin te trahit, et ta beauté fatale<br /> +Sous l'appas d'un hymen t'expose à ta rivale;<br /> +Ton sceptre est impuissant à vaincre son effort,<br /> +Et le jour de sa fuite est celui de ta mort<a name="FNanchor_1064" id="FNanchor_1064" href="#Footnote_1064" class="fnanchor">[1064]</a>.<span class="dalign">700</span><br /> +Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre:<br /> +Un mot du haut des cieux fait descendre le foudre;<br /> +Les mers, pour noyer tout, n'attendent que sa loi;<br /> +La terre offre à s'ouvrir sous le palais du Roi;<br /> +L'air tient les vents tous prêts à suivre sa colère,<span class="dalign">705</span><br /> +Tant la nature esclave a peur de lui déplaire;<br /> +Et si ce n'est assez de tous les éléments,<br /> +Les enfers vont sortir à ses commandements.<br /> +<span class="i1">Moi, bien que mon devoir m'attache à son service,</span><br /> +Je lui prête à regret un silence complice:<span class="dalign">710</span><span class="pagenum"><a name="Page_376" id="Page_376">376</a></span><br /> +D'un louable desir mon cœur sollicité<br /> +Lui feroit avec joie une infidélité;<br /> +Mais loin de s'arrêter, sa rage découverte<br /> +A celle de Créuse ajouteroit ma perte;<br /> +Et mon funeste avis ne serviroit de rien<span class="dalign">715</span><br /> +Qu'à confondre mon sang dans les bouillons du sien.<br /> +D'un mouvement contraire à celui de mon âme,<br /> +La crainte de la mort m'ôte celle du blâme;<br /> +Et ma timidité s'efforce d'avancer<a name="FNanchor_1065" id="FNanchor_1065" href="#Footnote_1065" class="fnanchor">[1065]</a><br /> +Ce que hors du péril je voudrois traverser.<span class="dalign">720</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">JASON, NÉRINE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Nérine, eh bien! que dit, que fait notre exilée<a name="FNanchor_1066" id="FNanchor_1066" href="#Footnote_1066" class="fnanchor">[1066]</a>?<br /> +Dans ton cher entretien s'est-elle consolée<a name="FNanchor_1067" id="FNanchor_1067" href="#Footnote_1067" class="fnanchor">[1067]</a>?<br /> +Veut-elle bien céder à la nécessité?</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Je trouve en son chagrin moins d'animosité;<br /> +De moment en moment son âme plus humaine<span class="dalign">725</span><br /> +Abaisse sa colère, et rabat de sa haine:<br /> +Déjà son déplaisir ne vous<a name="FNanchor_1068" id="FNanchor_1068" href="#Footnote_1068" class="fnanchor">[1068]</a> veut plus de mal.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Fais-lui prendre pour tous un sentiment égal.<br /> +Toi, qui de mon amour connoissois la tendresse,<span class="pagenum"><a name="Page_377" id="Page_377">377</a></span><br /> +Tu peux connoître aussi quelle douleur me presse.<span class="dalign">730</span><br /> +Je me sens déchirer le cœur à son départ:<br /> +Créuse en ses malheurs prend même quelque part,<br /> +Ses pleurs en ont coulé; Créon même en<a name="FNanchor_1069" id="FNanchor_1069" href="#Footnote_1069" class="fnanchor">[1069]</a> soupire,<br /> +Lui préfère à regret le bien de son empire;<br /> +Et si dans son adieu son cœur moins irrité<span class="dalign">735</span><br /> +En voulait mériter la libéralité<a name="FNanchor_1070" id="FNanchor_1070" href="#Footnote_1070" class="fnanchor">[1070]</a>,<br /> +Si jusque-là Médée apaisoit ses menaces,<br /> +Qu'elle eût soin de partir avec ses bonnes grâces<a name="FNanchor_1071" id="FNanchor_1071" href="#Footnote_1071" class="fnanchor">[1071]</a>,<br /> +Je sais (comme il est bon) que ses trésors ouverts<br /> +Lui seroient, sans réserve, entièrement offerts,<span class="dalign">740</span><br /> +Et malgré les malheurs où le sort l'a réduite,<br /> +Soulageroient sa peine et soutiendroient sa fuite.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +Puisqu'il faut se résoudre à ce bannissement,<br /> +Il faut en adoucir le mécontentement.<br /> +Cette offre y peut servir, et par elle j'espère<a name="FNanchor_1072" id="FNanchor_1072" href="#Footnote_1072" class="fnanchor">[1072]</a>,<span class="dalign">745</span><br /> +Avec un peu d'adresse, apaiser sa colère;<br /> +Mais d'ailleurs toutefois n'attendez rien de moi,<br /> +S'il faut prendre congé de Créuse et du Roi:<br /> +L'objet de votre amour et de sa jalousie<br /> +De toutes ses fureurs l'auroit tôt<a name="FNanchor_1073" id="FNanchor_1073" href="#Footnote_1073" class="fnanchor">[1073]</a> ressaisie.<span class="dalign">750</span> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Pour montrer sans les voir son courage apaisé,<br /> +Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé<a name="FNanchor_1074" id="FNanchor_1074" href="#Footnote_1074" class="fnanchor">[1074]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_378" id="Page_378">378</a></span><br /> +Et de si longue main je connois ta prudence,<br /> +Que je t'en fais sans peine entière confidence.<br /> +<span class="i1">Créon bannit Médée, et ses ordres précis</span><span class="dalign">755</span><br /> +Dans son bannissement enveloppoient ses fils:<br /> +La pitié de Créuse a tant fait vers son père,<br /> +Qu'ils n'auront point de part au malheur de leur mère<a name="FNanchor_1075" id="FNanchor_1075" href="#Footnote_1075" class="fnanchor">[1075]</a>.<br /> +Elle lui doit par eux quelque remercîment;<br /> +Qu'un présent de sa part suive leur compliment:<span class="dalign">760</span><br /> +Sa robe, dont l'éclat sied mal à sa fortune,<br /> +Et n'est à son exil qu'une charge importune,<br /> +Lui gagneroit le cœur d'un prince libéral,<br /> +Et de tous ses trésors l'abandon général.<br /> +D'une vaine parure, inutile à sa peine<a name="FNanchor_1076" id="FNanchor_1076" href="#Footnote_1076" class="fnanchor">[1076]</a>,<span class="dalign">765</span><br /> +Elle peut acquérir de quoi faire la Reine:<br /> +Créuse, ou je me trompe, en a quelque desir,<br /> +Et je ne pense pas qu'elle pût mieux choisir.<br /> +Mais la voici qui sort; souffre que je l'évite:<br /> +Ma rencontre la trouble, et mon aspect l'irrite<a name="FNanchor_1077" id="FNanchor_1077" href="#Footnote_1077" class="fnanchor">[1077]</a>.<span class="dalign">770</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE, JASON, NÉRINE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Ne fuyez pas, Jason, de ces funestes lieux.<br /> +C'est à moi d'en partir: recevez mes adieux.<br /> +Accoutumée à fuir, l'exil m'est peu de chose;<br /> +Sa rigueur n'a pour moi de nouveau que sa cause.<br /> +C'est pour vous que j'ai fui, c'est vous qui me chassez.<span class="pagenum"><a name="Page_379" id="Page_379">379</a></span><br /> +<span class="i1">Où me renvoyez-vous, si vous me bannissez?</span><br /> +Irai-je sur le Phase, où j'ai trahi mon père,<br /> +Apaiser de mon sang les mânes de mon frère?<br /> +Irai-je en Thessalie, où le meurtre d'un roi<br /> +Pour victime aujourd'hui ne demande que moi?<span class="dalign">780</span><br /> +Il n'est point de climat dont mon amour fatale<br /> +N'ait acquis à mon nom la haine générale;<br /> +Et ce qu'ont fait pour vous mon savoir et ma main<br /> +M'a fait un ennemi de tout le genre humain<a name="FNanchor_1078" id="FNanchor_1078" href="#Footnote_1078" class="fnanchor">[1078]</a>.<br /> +Ressouviens-t'en, ingrat; remets-toi dans la plaine<span class="dalign">785</span><br /> +Que ces taureaux affreux brûloient de leur haleine;<br /> +Revois ce champ guerrier dont les sacrés sillons<br /> +Élevoient contre toi de soudains bataillons;<br /> +Ce dragon qui jamais n'eut les paupières closes<a name="FNanchor_1079" id="FNanchor_1079" href="#Footnote_1079" class="fnanchor">[1079]</a>;<br /> +Et lors préfère-moi Créuse, si tu l'oses.<span class="dalign">790</span><br /> +Qu'ai-je épargné depuis qui fût en mon pouvoir<a name="FNanchor_1080" id="FNanchor_1080" href="#Footnote_1080" class="fnanchor">[1080]</a>?<br /> +Ai-je auprès de l'amour écouté mon devoir?<br /> +Pour jeter un obstacle à l'ardente poursuite<br /> +Dont mon père en fureur touchoit déjà ta fuite,<span class="pagenum"><a name="Page_380" id="Page_380">380</a></span><br /> +Semai-je avec regret mon frère par morceaux?<a name="FNanchor_1081" id="FNanchor_1081" href="#Footnote_1081" class="fnanchor">[1081]</a>?<span class="dalign">795</span><br /> +A ce funeste objet épandu sur les eaux<a name="FNanchor_1082" id="FNanchor_1082" href="#Footnote_1082" class="fnanchor">[1082]</a>,<br /> +Mon père, trop sensible aux droits de la nature,<br /> +Quitta tous autres soins que de sa sépulture;<br /> +Et par ce nouveau crime émouvant sa pitié,<br /> +J'arrêtai les effets de son inimitié.<span class="dalign">800</span><br /> +Prodigue de mon sang, honte de ma famille<a name="FNanchor_1083" id="FNanchor_1083" href="#Footnote_1083" class="fnanchor">[1083]</a>,<br /> +Aussi cruelle sœur que déloyale fille,<br /> +Ces titres glorieux plaisoient à mes amours;<br /> +Je les pris sans horreur pour conserver tes jours.<br /> +Alors, certes, alors mon mérite étoit rare;<span class="dalign">805</span><br /> +Tu n'étois point honteux d'une femme barbare.<br /> +Quand à ton père usé je rendis la vigueur,<br /> +J'avois encor tes vœux, j'étois encor ton cœur;<br /> +Mais cette affection, mourant avec Pélie,<br /> +Dans le même tombeau se vit ensevelie<a name="FNanchor_1084" id="FNanchor_1084" href="#Footnote_1084" class="fnanchor">[1084]</a>:<span class="dalign">810</span><br /> +L'ingratitude en l'âme, et l'impudence au front,<br /> +Une Scythe en ton lit te fut lors un affront;<br /> +Et moi, que tes desirs avoient tant souhaitée,<br /> +Le dragon assoupi, la toison emportée,<br /> +Ton tyran massacré, ton père rajeuni,<span class="dalign">815</span><br /> +Je devins un objet digne d'être banni.<br /> +Tes desseins achevés, j'ai mérité ta haine:<br /> +Il t'a fallu sortir d'une honteuse chaîne,<br /> +Et prendre une moitié qui n'a rien plus que moi,<br /> +Que le bandeau royal, que j'ai quitté pour toi.<span class="dalign">820</span></p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Ah! que n'as-tu des yeux à lire dans mon âme,<span class="pagenum"><a name="Page_381" id="Page_381">381</a></span><br /> +Et voir les purs motifs de ma nouvelle flamme!<br /> +Les tendres sentiments d'un amour paternel<br /> +Pour sauver mes enfants me rendent criminel<a name="FNanchor_1085" id="FNanchor_1085" href="#Footnote_1085" class="fnanchor">[1085]</a>,<br /> +Si l'on peut nommer crime un malheureux divorce<span class="dalign">825</span><br /> +Où le soin que j'ai d'eux me réduit et me force<a name="FNanchor_1086" id="FNanchor_1086" href="#Footnote_1086" class="fnanchor">[1086]</a>.<br /> +Toi-même, furieuse, ai-je peu fait pour toi<br /> +D'arracher ton trépas aux vengeances d'un roi?<br /> +Sans moi ton insolence alloit être punie;<br /> +A ma seule prière on ne t'a que bannie<a name="FNanchor_1087" id="FNanchor_1087" href="#Footnote_1087" class="fnanchor">[1087]</a>.<span class="dalign">830</span><br /> +C'est rendre la pareille à tes grands coups d'effort:<br /> +Tu m'as sauvé la vie, et j'empêche ta mort.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>On ne m'a que bannie! ô bonté souveraine!<br /> +C'est donc une faveur, et non pas une peine<a name="FNanchor_1088" id="FNanchor_1088" href="#Footnote_1088" class="fnanchor">[1088]</a>!<br /> +Je reçois une grâce au lieu d'un châtiment,<span class="dalign">835</span><br /> +Et mon exil encor doit un remercîment!<br /> +<span class="i1">Ainsi l'avare soif du brigand assouvie,</span><br /> +Il s'impute à pitié de nous laisser la vie:<br /> +Quand il n'égorge point, il croit nous pardonner,<br /> +Et ce qu'il n'ôte pas, il pense le donner.<span class="dalign">840</span></p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Tes discours, dont Créon de plus en plus s'offense,<br /> +Le forceroient enfin à quelque violence.<br /> +Éloigne-toi d'ici tandis qu'il t'est permis:<br /> +Les rois ne sont jamais de foibles ennemis.</p> +<span class="pagenum"><a name="Page_382" id="Page_382">382</a></span> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>A travers tes conseils je vois assez ta ruse:<span class="dalign">845</span><br /> +Ce n'est là m'en donner qu'en faveur de Créuse.<br /> +Ton amour, déguisé d'un soin officieux,<br /> +D'un objet importun veut délivrer ses yeux.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>N'appelle point amour un change inévitable,<br /> +Où Créuse fait moins que le sort qui m'accable.<span class="dalign">850</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Peux-tu bien, sans rougir, désavouer tes feux?</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Eh bien, soit; ses attraits captivent tous mes vœux:<br /> +Toi qu'un amour furtif souilla de tant de crimes,<br /> +M'oses-tu reprocher des ardeurs légitimes?</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Oui, je te les reproche, et de plus....</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p><span class="i14">Quels forfaits?</span><span class="dalign">855</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>La trahison, le meurtre, et tous ceux que j'ai faits.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Il manque encor ce point à mon sort déplorable,<br /> +Que de tes cruautés on me fasse coupable.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Tu présumes en vain de t'en mettre à couvert:<br /> +Celui-là fait le crime à qui le crime sert.<span class="dalign">860</span><br /> +Que chacun, indigné contre ceux de ta femme,<br /> +La traite en ses discours de méchante et d'infâme:<br /> +Toi seul, dont ses forfaits ont fait tout le bonheur,<br /> +Tiens-la pour innocente, et défends son honneur.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>J'ai honte de ma vie, et je hais son usage,<span class="dalign">865</span><br /> +Depuis que je la dois aux effets de ta rage.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_383" id="Page_383">383</a></span> +<span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>La honte généreuse, et la haute vertu!<br /> +Puisque tu la hais tant, pourquoi la gardes-tu<a name="FNanchor_1089" id="FNanchor_1089" href="#Footnote_1089" class="fnanchor">[1089]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Au bien de nos enfants, dont l'âge foible et tendre<br /> +Contre tant de malheurs ne sauroit se défendre:<span class="dalign">870</span><br /> +Deviens en leur faveur d'un naturel plus doux.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Mon âme à leur sujet redouble son courroux.<br /> +Faut-il ce déshonneur pour comble à mes misères,<br /> +Qu'à mes enfants Créuse enfin donne des frères!<br /> +Tu vas mêler, impie, et mettre en rang pareil<span class="dalign">875</span><br /> +Des neveux de Sisyphe avec ceux du Soleil<a name="FNanchor_1090" id="FNanchor_1090" href="#Footnote_1090" class="fnanchor">[1090]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Leur grandeur soutiendra la fortune des autres;<br /> +Créuse et ses enfants conserveront les nôtres<a name="FNanchor_1091" id="FNanchor_1091" href="#Footnote_1091" class="fnanchor">[1091]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_384" id="Page_384">384</a></span> +<span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Je l'empêcherai bien, ce mélange odieux,<br /> +Qui déshonore ensemble et ma race et les Dieux.<span class="dalign">880</span></p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Lassés de tant de maux, cédons à la fortune.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Ce corps n'enferme pas une âme si commune;<br /> +Je n'ai jamais souffert qu'elle me fît la loi,<br /> +Et toujours ma fortune a dépendu de moi<a name="FNanchor_1092" id="FNanchor_1092" href="#Footnote_1092" class="fnanchor">[1092]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>La peur que j'ai d'un sceptre....</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p><span class="i12">Ah! cœur rempli de feinte,</span><br /> +Tu masques tes desirs d'un faux titre de crainte<a name="FNanchor_1093" id="FNanchor_1093" href="#Footnote_1093" class="fnanchor">[1093]</a>:<br /> +Un sceptre est l'objet seul qui fait ton nouveau choix<a name="FNanchor_1094" id="FNanchor_1094" href="#Footnote_1094" class="fnanchor">[1094]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Veux-tu que je m'expose aux haines de deux rois,<br /> +Et que mon imprudence attire sur nos têtes,<br /> +D'un et d'autre côté, de nouvelles tempêtes?<span class="dalign">890</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_385" id="Page_385">385</a></span> +<span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Fuis-les, fuis-les tous deux; suis Médée à ton tour,<br /> +Et garde au moins ta foi, si tu n'as plus d'amour.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Il est aisé de fuir; mais il n'est pas facile<br /> +Contre deux rois aigris de trouver un asile.<br /> +Qui leur résistera, s'ils viennent à s'unir?<span class="dalign">895</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Qui me résistera, si je te veux punir<a name="FNanchor_1095" id="FNanchor_1095" href="#Footnote_1095" class="fnanchor">[1095]</a>,<br /> +Déloyal? Auprès d'eux crains-tu si peu Médée?<br /> +Que toute leur puissance, en armes débordée,<br /> +Dispute contre moi ton cœur qu'ils m'ont surpris,<br /> +Et ne sois du combat que le juge et le prix!<span class="dalign">900</span><br /> +Joins-leur, si tu le veux, mon père et la Scythie:<br /> +En moi seule ils n'auront que trop forte partie<a name="FNanchor_1096" id="FNanchor_1096" href="#Footnote_1096" class="fnanchor">[1096]</a>.<br /> +Bornes-tu mon pouvoir à celui des humains?<br /> +Contre eux, quand il me plaît, j'arme leurs propres mains;<br /> +Tu le sais, tu l'as vu, quand ces fils de la Terre<span class="dalign">905</span><br /> +Par leurs coups mutuels terminèrent leur guerre.<br /> +<span class="i1"> Misérable! je puis adoucir des taureaux;</span><br /> +La flamme m'obéit, et je commande aux eaux<a name="FNanchor_1097" id="FNanchor_1097" href="#Footnote_1097" class="fnanchor">[1097]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_386" id="Page_386">386</a></span><br /> +L'enfer tremble, et les cieux, sitôt que je les nomme:<br /> +Et je ne puis toucher les volontés d'un homme!<span class="dalign">910</span><br /> +Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté<a name="FNanchor_1098" id="FNanchor_1098" href="#Footnote_1098" class="fnanchor">[1098]</a>;<br /> +Je ne m'offense plus de ta légèreté:<br /> +Je sens à tes regards décroître ma colère;<br /> +De moment en moment ma fureur se modère;<br /> +Et je cours sans regret à mon bannissement,<span class="dalign">915</span><br /> +Puisque j'en vois sortir ton établissement.<br /> +Je n'ai plus qu'une grâce à demander ensuite:<br /> +Souffre que mes enfants accompagnent ma fuite<a name="FNanchor_1099" id="FNanchor_1099" href="#Footnote_1099" class="fnanchor">[1099]</a>;<br /> +Que je t'admire encore en chacun de leurs traits,<br /> +Que je t'aime et te baise en ces petits portraits;<span class="dalign">920</span><br /> +Et que leur cher objet, entretenant ma flamme,<br /> +Te présente à mes yeux aussi bien qu'à mon âme.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Ah! reprends ta colère, elle a moins de rigueur.<br /> +M'enlever mes enfants, c'est m'arracher le cœur;<br /> +Et Jupiter tout prêt à m'écraser du foudre,<span class="dalign">925</span><br /> +Mon trépas à la main, ne pourroit m'y résoudre<a name="FNanchor_1100" id="FNanchor_1100" href="#Footnote_1100" class="fnanchor">[1100]</a>.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_387" id="Page_387">387</a></span><br /> +C'est pour eux que je change; et la Parque, sans eux,<br /> +Seule de notre hymen pourroit rompre les nœuds<a name="FNanchor_1101" id="FNanchor_1101" href="#Footnote_1101" class="fnanchor">[1101]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Cet amour paternel, qui te fournit d'excuses,<br /> +Me fait souffrir aussi que tu me les refuses:<span class="dalign">930</span><br /> +Je ne t'en presse plus, et, prête à me bannir,<br /> +Je ne veux plus de toi qu'un léger souvenir!</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Ton amour vertueux fait ma plus grande gloire:<br /> +Ce seroit me trahir qu'en perdre la mémoire;<br /> +Et le mien envers toi, qui demeure éternel,<span class="dalign">935</span><br /> +T'en laisse en cet adieu le serment solennel.<br /> +<span class="i1">Puissent briser mon chef les traits les plus sévères</span><br /> +Que lancent des grands Dieux les plus âpres colères<a name="FNanchor_1102" id="FNanchor_1102" href="#Footnote_1102" class="fnanchor">[1102]</a>;<br /> +Qu'ils s'unissent ensemble afin de me punir.<br /> +Si je ne perds la vie avant ton souvenir!<span class="dalign">940</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE, NÉRINE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>J'y donnerai bon ordre: il est en ta puissance<br /> +D'oublier mon amour, mais non pas ma vengeance;<br /> +Je la saurai graver en tes esprits glacés<br /> +Par des coups trop profonds pour en être effacés.<br /> +<span class="i1">Il aime ses enfants, ce courage inflexible:</span><span class="dalign">945</span><br /> +Son foible est découvert; par eux il est sensible;<br /> +Par eux mon bras, armé d'une juste rigueur,<br /> +Va trouver des chemins à lui percer le cœur<a name="FNanchor_1103" id="FNanchor_1103" href="#Footnote_1103" class="fnanchor">[1103]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_388" id="Page_388">388</a></span> +<span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Madame, épargnez-les, épargnez vos entrailles;<br /> +N'avancez point par là vos propres funérailles<a name="FNanchor_1104" id="FNanchor_1104" href="#Footnote_1104" class="fnanchor">[1104]</a>:<span class="dalign">950</span><br /> +Contre un sang innocent pourquoi vous irriter,<br /> +Si Créuse en vos lacs se vient précipiter?<br /> +Elle-même s'y jette, et Jason vous la livre.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Tu flattes mes desirs.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p><span class="i9">Que je cesse de vivre,</span><br /> +Si ce que je vous dis n'est pure vérité<a name="FNanchor_1105" id="FNanchor_1105" href="#Footnote_1105" class="fnanchor">[1105]</a>!<span class="dalign">955</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Ah! ne me tiens donc plus l'âme en perplexité!</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Madame, il faut garder que quelqu'un ne nous voie,<br /> +Et du palais du Roi découvre notre joie:<br /> +Un dessein éventé succède rarement.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Rentrons donc, et mettons nos secrets sûrement.<span class="dalign">960</span></p> + +<p class="center p2"><small><b>FIN DU TROISIÈME ACTE.</b></small></p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_389" id="Page_389">389</a></span></p> + +<h2>ACTE IV.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE, NÉRINE.</h4> + +<span class="smcap i2">MÉDÉE</span>, seule dans sa grotte magique<a name="FNanchor_1106" id="FNanchor_1106" href="#Footnote_1106" class="fnanchor">[1106]</a>. + +<p>C'est trop peu de Jason, que ton œelig;il me dérobe,<br /> +C'est trop peu de mon lit: tu veux encor ma robe,<br /> +Rivale insatiable, et c'est encor trop peu,<br /> +Si, la force à la main, tu l'as sans mon aveu:<br /> +Il faut que par moi-même elle te soit offerte,<span class="dalign">965</span><br /> +Que perdant mes enfants, j'achète encor leur perte;<br /> +Il en faut un hommage à tes divins attraits,<br /> +Et des remercîments au vol que tu me fais.<br /> +Tu l'auras: mon refus seroit un nouveau crime:<br /> +Mais je t'en veux parer pour être ma victime,<span class="dalign">970</span><br /> +Et sous un faux semblant de libéralité,<br /> +Soûler et ma vengeance et ton avidité.<br /> +<span class="i1">Le charme est achevé, tu peux entrer, Nérine.</span></p> + +<p class="font90 i2">(Nérine sort, et Médée continue<a name="FNanchor_1107" id="FNanchor_1107" href="#Footnote_1107" class="fnanchor">[1107]</a>.)</p> + +<p>Mes maux dans ces poisons trouvent leur médecine:<br /> +Vois combien de serpents à mon commandement<span class="dalign">975</span><br /> +D'Afrique jusqu'ici n'ont tardé qu'un moment,<br /> +Et contraints d'obéir à mes charmes<a name="FNanchor_1108" id="FNanchor_1108" href="#Footnote_1108" class="fnanchor">[1108]</a> funestes,<span class="pagenum"><a name="Page_390" id="Page_390">390</a></span><br /> +Ont sur ce don fatal vomi toutes leurs pestes<a name="FNanchor_1109" id="FNanchor_1109" href="#Footnote_1109" class="fnanchor">[1109]</a>.<br /> +L'amour à tous mes sens ne fut jamais si doux<br /> +Que ce triste appareil à mon esprit jaloux.<span class="dalign">980</span><br /> +Ces herbes ne sont pas d'une vertu commune:<br /> +Moi-même en les cueillant je fis pâlir la lune,<br /> +Quand, les cheveux flottants, le bras et le pied nu,<br /> +J'en dépouillai jadis un climat inconnu.<br /> +Vois mille autres<a name="FNanchor_1110" id="FNanchor_1110" href="#Footnote_1110" class="fnanchor">[1110]</a> venins: cette liqueur épaisse<span class="dalign">985</span><br /> +Mêle du sang de l'hydre avec celui de Nesse<a name="FNanchor_1111" id="FNanchor_1111" href="#Footnote_1111" class="fnanchor">[1111]</a>;<br /> +Python eut cette langue; et ce plumage noir<br /> +Est celui qu'une harpie<a name="FNanchor_1112" id="FNanchor_1112" href="#Footnote_1112" class="fnanchor">[1112]</a> en fuyant laissa choir<a name="FNanchor_1113" id="FNanchor_1113" href="#Footnote_1113" class="fnanchor">[1113]</a>;<br /> +Par ce tison Althée assouvit sa colère,<br /> +Trop pitoyable sœur et trop cruelle mère<a name="FNanchor_1114" id="FNanchor_1114" href="#Footnote_1114" class="fnanchor">[1114]</a>;<span class="dalign">990</span><br /> +Ce feu tomba du ciel avecque Phaéthon,<br /> +Cet autre vient des flots du pierreux Phlégéthon;<br /> +Et celui-ci jadis remplit en nos contrées<br /> +Des taureaux de Vulcain les gorges ensoufrées<a name="FNanchor_1115" id="FNanchor_1115" href="#Footnote_1115" class="fnanchor">[1115]</a>.<br /> +Enfin, tu ne vois là poudres, racines, eaux,<span class="dalign">995</span><br /> +Dont le pouvoir mortel n'ouvrît mille tombeaux:<span class="pagenum"><a name="Page_391" id="Page_391">391</a></span><br /> +Ce présent déceptif<a name="FNanchor_1116" id="FNanchor_1116" href="#Footnote_1116" class="fnanchor">[1116]</a> a bu toute leur force,<br /> +Et bien mieux que mon bras vengera mon divorce.<br /> +Mes tyrans par leur perte apprendront que jamais<a name="FNanchor_1117" id="FNanchor_1117" href="#Footnote_1117" class="fnanchor">[1117]</a>....<br /> +Mais d'où vient ce grand bruit que j'entends au palais?</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Du bonheur de Jason, et du malheur d'Ægée:<br /> +Madame, peu s'en faut qu'il ne vous ait vengée.<br /> +<span class="i1">Ce généreux vieillard, ne pouvant supporter<a name="FNanchor_1118" id="FNanchor_1118" href="#Footnote_1118" class="fnanchor">[1118]</a></span><br /> +Qu'on lui vole à ses yeux ce qu'il croit mériter,<br /> +Et que sur sa couronne et sa persévérance<span class="dalign">1005</span><br /> +L'exil de votre époux ait eu la préférence,<br /> +A tâché par la force à repousser l'affront<br /> +Que ce nouvel hymen lui porte sur le front.<br /> +Comme cette beauté, pour lui toute de glace,<br /> +Sur les bords de la mer contemploit la bonace,<span class="dalign">1010</span><br /> +Il la voit mal suivie, et prend un si beau temps<br /> +A rendre ses desirs et les vôtres contents.<br /> +De ses meilleurs soldats une troupe choisie<br /> +Enferme la princesse, et sert sa jalousie<a name="FNanchor_1119" id="FNanchor_1119" href="#Footnote_1119" class="fnanchor">[1119]</a>;<br /> +L'effroi qui la surprend la jette en pâmoison;<span class="dalign">1015</span><br /> +Et tout ce qu'elle peut, c'est de nommer Jason.<br /> +Ses gardes à l'abord font quelque résistance,<br /> +Et le peuple leur prête une foible assistance;<br /> +Mais l'obstacle léger de ces débiles cœurs<br /> +Laissoit honteusement Créuse à leurs vainqueurs:<span class="dalign">1020</span><br /> +Déjà presque en leur bord elle étoit enlevée....</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Je devine la fin, mon traître l'a sauvée<a name="FNanchor_1120" id="FNanchor_1120" href="#Footnote_1120" class="fnanchor">[1120]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_392" id="Page_392">392</a></span> +<span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Oui, Madame, et de plus Ægée est prisonnier:<br /> +Votre époux à son myrte ajoute ce laurier;<br /> +Mais apprenez comment.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p><span class="i10">N'en dis pas davantage:</span><span class="dalign">1025</span><br /> +Je ne veux point savoir ce qu'a fait son courage;<br /> +Il suffit que son bras a travaillé pour nous,<br /> +Et rend une victime à mon juste courroux.<br /> +Nérine, mes douleurs auroient peu d'allégeance,<br /> +Si cet enlèvement l'ôtoit à ma vengeance;<span class="dalign">1030</span><br /> +Pour quitter son pays en est-on malheureux?<br /> +Ce n'est pas son exil, c'est sa mort que je veux.<br /> +Elle auroit trop d'honneur de n'avoir que ma peine,<br /> +Et de verser des pleurs pour être deux fois reine.<br /> +Tant d'invisibles feux enfermés dans ce don,<span class="dalign">1035</span><br /> +Que d'un titre plus vrai j'appelle ma rançon,<br /> +Produiront des effets bien plus doux à ma haine.</p> + +<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Par là vous vous vengez, et sa perte est certaine:<br /> +Mais contre la fureur de son père irrité<br /> +Où pensez-vous trouver un lieu de sûreté?<span class="dalign">1040</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Si la prison d'Ægée a suivi sa défaite,<br /> +Tu peux voir qu'en l'ouvrant je m'ouvre une retraite<a name="FNanchor_1121" id="FNanchor_1121" href="#Footnote_1121" class="fnanchor">[1121]</a>,<br /> +Et que ses fers brisés, malgré leurs attentats<a name="FNanchor_1122" id="FNanchor_1122" href="#Footnote_1122" class="fnanchor">[1122]</a>,<br /> +A ma protection engagent ses États.<br /> +Dépêche seulement, et cours vers ma rivale<span class="dalign">1045</span><br /> +Lui porter de ma part cette robe fatale:<br /> +Mène-lui mes enfants, et fais-les, si tu peux,<br /> +Présenter par leur père à l'objet de ses vœux.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_393" id="Page_393">393</a></span> +<span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p> + +<p>Mais, Madame, porter cette robe empestée,<br /> +Que de tant de poisons vous avez infectée,<span class="dalign">1050</span><br /> +C'est pour votre Nérine un trop funeste emploi:<br /> +Avant que sur Créuse ils agiroient sur moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Ne crains pas leur vertu, mon charme la modère,<br /> +Et lui défend d'agir que sur elle et son père.<br /> +Pour un si grand effet prends un cœur plus hardi,<span class="dalign">1055</span><br /> +Et sans me répliquer, fais ce que je te di.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">CRÉON, POLLUX, <span class="smcap">Soldats</span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Nous devons bien chérir cette valeur parfaite<br /> +Qui de nos ravisseurs nous donne la défaite.<br /> +Invincible héros, c'est à votre secours<br /> +Que je dois désormais le bonheur de mes jours;<span class="dalign">1060</span><br /> +C'est vous seul aujourd'hui dont la main vengeresse<a name="FNanchor_1123" id="FNanchor_1123" href="#Footnote_1123" class="fnanchor">[1123]</a><br /> +Rend à Créon sa fille, à Jason sa maîtresse,<br /> +Met Ægée en prison et son orgueil à bas,<br /> +Et fait mordre la terre à ses meilleurs soldats.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Grand Roi, l'heureux succès de cette délivrance<span class="dalign">1065</span><br /> +Vous est beaucoup mieux dû qu'à mon peu de vaillance.<br /> +C'est vous seul et Jason, dont les bras indomptés<br /> +Portoient avec effroi la mort de tous côtés;<br /> +Pareils à deux lions dont l'ardente furie<br /> +Dépeuple en un moment toute une bergerie.<span class="dalign">1070</span><br /> +L'exemple glorieux de vos faits plus qu'humains<span class="pagenum"><a name="Page_394" id="Page_394">394</a></span><br /> +Échauffoit mon courage et conduisoit mes mains:<br /> +J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles<a name="FNanchor_1124" id="FNanchor_1124" href="#Footnote_1124" class="fnanchor">[1124]</a>,<br /> +Qui laissoient à mon bras tant d'illustres modèles.<br /> +Pourroit-on reculer en combattant sous vous,<span class="dalign">1075</span><br /> +Et n'avoir point de cœur à seconder vos coups?</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Votre valeur, qui souffre en cette repartie,<br /> +Ote toute croyance à votre modestie:<br /> +Mais puisque le refus d'un honneur mérité<br /> +N'est pas un petit trait de générosité,<span class="dalign">1080</span><br /> +Je vous laisse en jouir. Auteur de la victoire,<br /> +Ainsi qu'il vous plaira, départez-en la gloire:<br /> +Comme elle est votre bien, vous pouvez la donner.<br /> +Que prudemment les Dieux savent tout ordonner!<br /> +Voyez, brave guerrier, comme votre arrivée<span class="dalign">1085</span><br /> +Au jour de nos malheurs se trouve réservée,<br /> +Et qu'au point que le sort osoit nous menacer,<br /> +Ils nous ont envoyé de quoi le terrasser.<br /> +<span class="i1">Digne sang de leur roi, demi-dieu magnanime,</span><br /> +Dont la vertu ne peut recevoir trop d'estime,<span class="dalign">1090</span><br /> +Qu'avons-nous plus à craindre? et quel destin jaloux,<br /> +Tant que nous vous aurons, s'osera prendre à nous?</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Appréhendez pourtant, grand prince.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<span class="i14">Et quoi?</span> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p><span class="i18">Médée,</span><br /> +Qui par vous de son lit se voit dépossédée.<br /> +Je crains qu'il ne vous soit malaisé d'empêcher<span class="dalign">1095</span><span class="pagenum"><a name="Page_395" id="Page_395">395</a></span><br /> +Qu'un gendre valeureux ne vous coûte bien cher.<br /> +Après l'assassinat d'un monarque et d'un frère,<br /> +Peut-il être de sang qu'elle épargne ou révère?<br /> +Accoutumée au meurtre, et savante en poison,<br /> +Voyez ce qu'elle a fait pour acquérir Jason;<span class="dalign">1100</span><br /> +Et ne présumez pas, quoi que Jason vous die,<br /> +Que pour le conserver elle soit moins hardie.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>C'est de quoi mon esprit n'est plus inquiété;<br /> +Par son bannissement j'ai fait ma sûreté;<br /> +Elle n'a que fureur et que vengeance en l'âme:<span class="dalign">1105</span><br /> +Mais en si peu de temps que peut faire une femme?<br /> +Je n'ai prescrit qu'un jour de terme à son départ.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>C'est peu pour une femme, et beaucoup pour son art:<br /> +Sur le pouvoir humain ne réglez pas les charmes<a name="FNanchor_1125" id="FNanchor_1125" href="#Footnote_1125" class="fnanchor">[1125]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Quelques<a name="FNanchor_1126" id="FNanchor_1126" href="#Footnote_1126" class="fnanchor">[1126]</a> puissants qu'ils soient, je n'en ai point d'alarmes;<br /> +Et quand bien ce délai devroit tout hasarder,<br /> +Ma parole est donnée, et je la veux garder.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">CRÉON, POLLUX, CLÉONE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Que font nos deux amants, Cléone?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p> + +<p><span class="i14">La princesse<a name="FNanchor_1127" id="FNanchor_1127" href="#Footnote_1127" class="fnanchor">[1127]</a>,</span><span class="pagenum"><a name="Page_396" id="Page_396">396</a></span><br /> +Seigneur, près de Jason reprend son allégresse;<br /> +Et ce qui sert beaucoup à son contentement,<span class="dalign">1115</span><br /> +C'est de voir que Médée est sans ressentiment.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Et quel Dieu si propice a calmé son courage?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p> + +<p>Jason, et ses enfants, qu'elle vous laisse en gage.<br /> +La grâce que pour eux Madame obtient de vous<br /> +A calmé les transports de son esprit jaloux.<span class="dalign">1120</span><br /> +Le plus riche présent qui fût en sa puissance<br /> +A ses<a name="FNanchor_1128" id="FNanchor_1128" href="#Footnote_1128" class="fnanchor">[1128]</a> remercîments joint sa reconnoissance.<br /> +Sa robe sans pareille, et sur qui nous voyons<br /> +Du Soleil son aïeul briller mille rayons,<br /> +Que la princesse même avoit tant souhaitée,<span class="dalign">1125</span><br /> +Par ces petits héros lui vient d'être apportée<a name="FNanchor_1129" id="FNanchor_1129" href="#Footnote_1129" class="fnanchor">[1129]</a>,<br /> +Et fait voir clairement les merveilleux effets<br /> +Qu'en un cœur irrité produisent les bienfaits.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Eh bien, qu'en dites-vous? Qu'avons-nous plus à craindre?</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Si vous ne craignez rien, que je vous trouve à plaindre!</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Un si rare présent montre un esprit remis.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis<a name="FNanchor_1130" id="FNanchor_1130" href="#Footnote_1130" class="fnanchor">[1130]</a>:<br /> +Ils font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes.<br /> +Je connois de Médée et l'esprit et les charmes,<br /> +Et veux bien m'exposer aux plus cruels trépas,<span class="dalign">1135</span><br /> +Si ce rare présent n'est un mortel appas.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_397" id="Page_397">397</a></span> +<span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Ses enfants si chéris, qui nous servent d'otages,<br /> +Nous peuvent-ils laisser quelque sorte d'ombrages<a name="FNanchor_1131" id="FNanchor_1131" href="#Footnote_1131" class="fnanchor">[1131]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Peut-être que contre eux s'étend sa trahison,<br /> +Qu'elle ne les prend plus que pour ceux de Jason,<span class="dalign">1140</span><br /> +Et qu'elle s'imagine, en haine de leur père,<br /> +Que n'étant plus sa femme, elle n'est plus leur mère.<br /> +Renvoyez-lui, Seigneur, ce don pernicieux<a name="FNanchor_1132" id="FNanchor_1132" href="#Footnote_1132" class="fnanchor">[1132]</a>,<br /> +Et ne vous chargez point d'un poison précieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p> + +<p>Madame cependant en est toute ravie,<span class="dalign">1145</span><br /> +Et de s'en voir parée elle brûle d'envie.</p> + +<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p> + +<p>Où le péril égale et passe le plaisir,<br /> +Il faut se faire force, et vaincre son desir.<br /> +Jason, dans son amour, a trop de complaisance<br /> +De souffrir qu'un tel don s'accepte en sa présence.<span class="dalign">1150</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Sans rien mettre au hasard, je saurai dextrement<br /> +Accorder vos soupçons et son contentement.<br /> +Nous verrons, dès ce soir, sur une criminelle,<br /> +Si ce présent nous cache une embûche mortelle.<br /> +Nise, pour ses forfaits destinée à mourir,<span class="dalign">1155</span><br /> +Ne peut par cette épreuve injustement périr:<br /> +Heureuse, si sa mort nous rendoit ce service,<br /> +De nous en découvrir le funeste artifice!<br /> +Allons-y de ce pas, et ne consumons plus<br /> +De temps ni de discours en débats superflus.<span class="dalign">1160</span></p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_398" id="Page_398">398</a></span></p> + +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">ÆGÉE, en prison<a name="FNanchor_1133" id="FNanchor_1133" href="#Footnote_1133" class="fnanchor">[1133]</a>.</h4> + +<p><span class="i2">Demeure affreuse des coupables,</span><br /> +<span class="i2">Lieux maudits, funeste séjour,</span><br /> +<span class="i2">Dont jamais avant mon amour<a name="FNanchor_1134" id="FNanchor_1134" href="#Footnote_1134" class="fnanchor">[1134]</a></span><br /> +<span class="i2">Les sceptres n'ont été capables,</span><br /> +Redoublez puissamment votre mortel effroi,<span class="dalign">1165</span><br /> +Et joignez à mes maux une si vive atteinte,<br /> +Que mon âme chassée, ou s'enfuyant de crainte,<br /> +Dérobe à mes vainqueurs le supplice d'un roi.</p> + +<p><span class="i2">Le triste bonheur où j'aspire!</span><br /> +<span class="i2">Je ne veux que hâter ma mort,</span><span class="dalign">1170</span><br /> +<span class="i2">Et n'accuse mon mauvais sort</span><br /> +<span class="i2">Que de souffrir que je respire.</span><br /> +Puisqu'il me faut mourir, que je meure à mon choix;<br /> +Le coup m'en sera doux, s'il est sans infamie:<br /> +Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie,<span class="dalign">1175</span><br /> +C'est mourir, pour un roi, beaucoup plus d'une fois<a name="FNanchor_1135" id="FNanchor_1135" href="#Footnote_1135" class="fnanchor">[1135]</a>.</p> + +<p><span class="i2">Malheureux prince, on te méprise<a name="FNanchor_1136" id="FNanchor_1136" href="#Footnote_1136" class="fnanchor">[1136]</a></span><br /> +<span class="i2">Quand tu t'arrêtes à servir:</span><br /> +<span class="i2">Si tu t'efforces de ravir,</span><br /> +<span class="i2">Ta prison suit ton entreprise.</span><span class="dalign">1180</span><br /> +Ton amour qu'on dédaigne et ton vain attentat<br /> +D'un éternel affront vont souiller ta mémoire:<span class="pagenum"><a name="Page_399" id="Page_399">399</a></span><br /> +L'un t'a déjà coûté ton repos et ta gloire;<br /> +L'autre va te coûter ta vie et ton État<a name="FNanchor_1137" id="FNanchor_1137" href="#Footnote_1137" class="fnanchor">[1137]</a>.</p> + +<p><span class="i2">Destin, qui punis mon audace,</span><span class="dalign">1185</span><br /> +<span class="i2">Tu n'as que de justes rigueurs;</span><br /> +<span class="i2">Et s'il est d'assez tendres cœurs</span><br /> +<span class="i2">Pour compatir à ma disgrâce,</span><br /> +Mon feu de leur tendresse étouffe la moitié,<br /> +Puisqu'à bien comparer mes fers avec ma flamme<a name="FNanchor_1138" id="FNanchor_1138" href="#Footnote_1138" class="fnanchor">[1138]</a>,<span class="dalign">1190</span><br /> +Un vieillard amoureux mérite plus de blâme<br /> +Qu'un monarque en prison n'est digne de pitié.</p> + +<span class="i2">Cruel auteur de ma misère,</span><br /> +<span class="i2">Peste des cœurs, tyran des rois,</span><br /> +<span class="i2">Dont les impérieuses lois</span><span class="dalign">1195</span><br /> +<span class="i2">N'épargnent pas même ta mère,</span><br /> +Amour, contre Jason tourne ton trait fatal;<br /> +Au pouvoir de tes dards je remets ma vengeance:<br /> +Atterre son orgueil, et montre ta puissance<br /> +A perdre également l'un et l'autre rival.<span class="dalign">1200</span> + +<p><span class="i2">Qu'une implacable jalousie</span><br /> +<span class="i2">Suive son nuptial flambeau;</span><br /> +<span class="i2">Que sans cesse un objet nouveau</span><br /> +<span class="i2">S'empare de sa fantaisie;</span><br /> +Que Corinthe à sa vue accepte un autre roi;<span class="dalign">1205</span><br /> +Qu'il puisse voir sa race à ses yeux égorgée;<br /> +Et pour dernier malheur, qu'il ait le sort d'Ægée,<br /> +Et devienne à mon âge amoureux comme moi!</p> + +<hr class="c15" /> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_400" id="Page_400">400</a></span></p> + +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">ÆGÉE, MÉDÉE<a name="FNanchor_1139" id="FNanchor_1139" href="#Footnote_1139" class="fnanchor">[1139]</a>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p> + +<p>Mais d'où vient ce bruit sourd? quelle pâle lumière<br /> +Dissipe ces horreurs et frappe ma paupière?<span class="dalign">1210</span><br /> +Mortel, qui que tu sois, détourne ici tes pas,<br /> +Et de grâce m'apprends l'arrêt de mon trépas,<br /> +L'heure, le lieu, le genre; et si ton cœur sensible<br /> +A la compassion peut se rendre accessible,<br /> +Donne-moi les moyens d'un généreux effort<span class="dalign">1215</span><br /> +Qui des mains des bourreaux affranchisse ma mort.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Je viens l'en affranchir: ne craignez plus, grand prince;<br /> +Ne pensez qu'à revoir votre chère province.</p> + +<p class="font90">(Elle donne un coup de baguette sur la porte de la prison, qui s'ouvre +aussitôt, et en ayant tiré Ægée, elle en donne encore un sur ses fers, +qui tombent<a name="FNanchor_1140" id="FNanchor_1140" href="#Footnote_1140" class="fnanchor">[1140]</a>.)</p> + +<p>Ni grilles ni verrous ne tiennent contre moi<a name="FNanchor_1141" id="FNanchor_1141" href="#Footnote_1141" class="fnanchor">[1141]</a>.<br /> +<span class="i1">Cessez, indignes fers, de captiver un roi:</span><span class="dalign">1220</span><br /> +Est-ce à vous à presser les bras d'un tel monarque?<br /> +Et vous, reconnoissez Médée à cette marque,<br /> +Et fuyez un tyran dont le forcènement<br /> +Joindroit votre supplice à mon bannissement:<br /> +Avec la liberté reprenez le courage.<span class="dalign">1225</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p> + +<p>Je les reprends tous deux pour vous en faire hommage.<br /> +Princesse, de qui l'art propice aux malheureux<br /> +Oppose un tel miracle à mon sort rigoureux,<br /> +Disposez de ma vie, et du sceptre d'Athènes:<span class="pagenum"><a name="Page_401" id="Page_401">401</a></span><br /> +Je dois et l'une et l'autre à qui brise mes chaînes<a name="FNanchor_1142" id="FNanchor_1142" href="#Footnote_1142" class="fnanchor">[1142]</a>.<span class="dalign">1230</span><br /> +Si votre heureux secours me tire de danger<a name="FNanchor_1143" id="FNanchor_1143" href="#Footnote_1143" class="fnanchor">[1143]</a>,<br /> +Je ne veux en sortir qu'afin de vous venger;<br /> +Et si je puis jamais avec votre assistance<br /> +Arriver jusqu'aux lieux de mon obéissance,<br /> +Vous me verrez, suivi de mille bataillons,<span class="dalign">1235</span><br /> +Sur ces murs renversés planter mes pavillons<a name="FNanchor_1144" id="FNanchor_1144" href="#Footnote_1144" class="fnanchor">[1144]</a>,<br /> +Punir leur traître roi de vous avoir bannie,<br /> +Dedans le sang des siens noyer sa tyrannie,<br /> +Et remettre en vos mains et Créuse et Jason,<br /> +Pour venger votre exil plutôt que ma prison.<span class="dalign">1240</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Je veux une vengeance et plus haute et plus prompte;<br /> +Ne l'entreprenez pas, votre offre me fait honte:<br /> +Emprunter le secours d'aucun pouvoir humain,<br /> +D'un reproche éternel diffameroit ma main.<br /> +En est-il, après tout, aucun qui ne me cède?<span class="dalign">1245</span><br /> +Qui force la nature, a-t-il besoin qu'on l'aide?<br /> +Laissez-moi le souci de venger mes ennuis,<br /> +Et par ce que j'ai fait jugez ce que je puis;<br /> +L'ordre en est tout donné, n'en soyez point en peine:<br /> +C'est demain, que mon art fait triompher ma haine;<span class="dalign">1250</span><br /> +Demain je suis Médée, et je tire raison<br /> +De mon bannissement et de votre prison.</p> + +<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p> + +<p>Quoi! Madame, faut-il que mon peu de puissance<br /> +Empêche les devoirs de ma reconnoissance<a name="FNanchor_1145" id="FNanchor_1145" href="#Footnote_1145" class="fnanchor">[1145]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_402" id="Page_402">402</a></span><br /> +Mon sceptre ne peut-il être employé pour vous?<span class="dalign">1255</span><br /> +Et vous serai-je ingrat autant que votre époux?</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Si je vous ai servi, tout ce que j'en souhaite,<br /> +C'est de trouver chez vous une sûre retraite<a name="FNanchor_1146" id="FNanchor_1146" href="#Footnote_1146" class="fnanchor">[1146]</a>,<br /> +Où de mes ennemis menaces ni présents<br /> +Ne puissent plus troubler le repos de mes ans;<span class="dalign">1260</span><br /> +Non pas que je les craigne: eux et toute la terre<br /> +A leur confusion me livreroient la guerre;<br /> +Mais je hais ce désordre, et n'aime pas à voir<br /> +Qu'il me faille pour vivre user de mon savoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p> + +<p>L'honneur de recevoir une si grande hôtesse<span class="dalign">1265</span><br /> +De mes malheurs passés efface la tristesse.<br /> +Disposez d'un pays qui vivra sous vos lois,<br /> +Si vous l'aimez assez pour lui donner des rois:<br /> +Si mes ans ne vous font mépriser ma personne,<br /> +Vous y partagerez mon lit et ma couronne;<span class="dalign">1270</span><br /> +Sinon, sur mes sujets faites état d'avoir,<br /> +Ainsi que sur moi-même, un absolu pouvoir.<br /> +Allons, Madame, allons; et par votre conduite<br /> +Faites la sûreté que demande ma fuite.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Ma vengeance n'auroit qu'un succès imparfait:<span class="dalign">1275</span><br /> +Je ne me venge pas, si je n'en vois l'effet;<br /> +Je dois à mon courroux l'heur d'un si doux spectacle.<br /> +Allez, prince, et sans moi ne craignez point d'obstacle;<br /> +Je vous suivrai demain par un chemin nouveau<a name="FNanchor_1147" id="FNanchor_1147" href="#Footnote_1147" class="fnanchor">[1147]</a>.<br /> +Pour votre sûreté conservez cet anneau<a name="FNanchor_1148" id="FNanchor_1148" href="#Footnote_1148" class="fnanchor">[1148]</a>:<span class="dalign">1280</span><br /> +Sa secrète vertu, qui vous fait invisible,<br /> +Rendra votre départ de tous côtés paisible.<span class="pagenum"><a name="Page_403" id="Page_403">403</a></span><br /> +<span class="i1">Ici, pour empêcher l'alarme que le bruit</span><br /> +De votre délivrance auroit bientôt produit,<br /> +Un fantôme pareil et de taille et de face,<span class="dalign">1285</span><br /> +Tandis que vous fuirez, remplira votre place.<br /> +Partez sans plus tarder, prince chéri des Dieux,<br /> +Et quittez pour jamais ces détestables lieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p> + +<p>J'obéis sans réplique, et je pars sans remise.<br /> +Puisse d'un prompt succès votre grande entreprise<span class="dalign">1290</span><br /> +Combler nos ennemis d'un mortel désespoir,<br /> +Et me donner bientôt le bien de vous revoir<a name="FNanchor_1149" id="FNanchor_1149" href="#Footnote_1149" class="fnanchor">[1149]</a>.</p> + +<p class="center p2"><small><b>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</b></small></p> +<hr class="c15" /> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_404" id="Page_404">404</a></span></p> + +<h2>ACTE V.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE, THEUDAS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p> + +<p>Ah! déplorable prince! ah! fortune cruelle!<br /> +Que je porte à Jason une triste nouvelle!</p> + +<p><span class="smcap i2">MÉDÉE</span>, <span class="font90">lui donnant un coup de baguette qui le fait demeurer</span> +immobile<a name="FNanchor_1150" id="FNanchor_1150" href="#Footnote_1150" class="fnanchor">[1150]</a>.</p> + +<p>Arrête, misérable, et m'apprends quel effet<span class="dalign">1295</span><br /> +A produit chez le Roi le présent que j'ai fait.</p> + +<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p> + +<p>Dieux! je suis dans les fers d'une invisible chaîne!</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Dépêche, ou ces longueurs attireront<a name="FNanchor_1151" id="FNanchor_1151" href="#Footnote_1151" class="fnanchor">[1151]</a> ma haine<a name="FNanchor_1152" id="FNanchor_1152" href="#Footnote_1152" class="fnanchor">[1152]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p> + +<p>Apprenez donc l'effet le plus prodigieux<br /> +Que jamais la vengeance ait offert à nos yeux.<span class="dalign">1300</span><br /> +<span class="i1">Votre robe a fait peur, et sur Nise éprouvée,</span><br /> +En dépit des soupçons, sans péril s'est trouvée;<span class="pagenum"><a name="Page_405" id="Page_405">405</a></span><br /> +Et cette épreuve a su si bien les assurer,<br /> +Qu'incontinent Créuse a voulu s'en parer;<br /> +Mais cette infortunée à peine l'a vêtue<a name="FNanchor_1153" id="FNanchor_1153" href="#Footnote_1153" class="fnanchor">[1153]</a>,<span class="dalign">1305</span><br /> +Qu'elle sent aussitôt une ardeur qui la tue:<br /> +Un feu subtil s'allume, et ses brandons épars<br /> +Sur votre don fatal courent de toutes parts;<br /> +Et Cléone et le Roi s'y jettent<a name="FNanchor_1154" id="FNanchor_1154" href="#Footnote_1154" class="fnanchor">[1154]</a> pour l'éteindre;<br /> +Mais (ô nouveau sujet de pleurer et de plaindre!)<span class="dalign">1310</span><br /> +Ce feu saisit le Roi: ce prince en un moment<br /> +Se trouve enveloppé du même embrasement.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Courage! enfin il faut que l'un et l'autre meure.</p> + +<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p> + +<p>La flamme disparoît, mais l'ardeur leur demeure,<br /> +Et leurs habits charmés, malgré nos vains efforts,<span class="dalign">1315</span><br /> +Sont des brasiers secrets attachés à leurs corps:<br /> +Qui veut les dépouiller, lui-même les déchire<a name="FNanchor_1155" id="FNanchor_1155" href="#Footnote_1155" class="fnanchor">[1155]</a>,<br /> +Et ce nouveau secours est un nouveau martyre<a name="FNanchor_1156" id="FNanchor_1156" href="#Footnote_1156" class="fnanchor">[1156]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Que dit mon déloyal? que fait-il là dedans?</p> + +<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p> + +<p>Jason, sans rien savoir de tous ces accidents,<span class="dalign">1320</span><br /> +S'acquitte des devoirs d'une amitié civile<br /> +A conduire Pollux hors des murs de la ville<a name="FNanchor_1157" id="FNanchor_1157" href="#Footnote_1157" class="fnanchor">[1157]</a>,<br /> +Qui va se rendre en hâte aux noces de sa sœur,<br /> +Dont bientôt Ménélas doit être possesseur;<br /> +Et j'allois lui porter ce funeste message.<span class="dalign">1325</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_406" id="Page_406">406</a></span> +<span class="smcap i2">MÉDÉE</span> <span class="font90">lui donne<a name="FNanchor_1158" id="FNanchor_1158" href="#Footnote_1158" class="fnanchor">[1158]</a> un autre coup de baguette.</span></p> + +<p>Va, tu peux maintenant achever ton voyage.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II<a name="FNanchor_1159" id="FNanchor_1159" href="#Footnote_1159" class="fnanchor">[1159]</a>.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE.</h4> + +<p>Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez de deux morts?<br /> +Consulte avec loisir tes plus ardents transports.<br /> +Des bras de mon perfide arracher une femme,<br /> +Est-ce pour assouvir les fureurs de mon âme?<span class="dalign">1330</span><br /> +Que n'a-t-elle déjà des enfants de Jason<a name="FNanchor_1160" id="FNanchor_1160" href="#Footnote_1160" class="fnanchor">[1160]</a>,<br /> +Sur qui plus pleinement venger sa trahison!<br /> +Suppléons-y des miens; immolons avec joie<br /> +Ceux qu'à me dire adieu Créuse me renvoie.<br /> +Nature, je le puis sans violer ta loi:<span class="dalign">1335</span><br /> +Ils viennent de sa part, et ne sont plus à moi.<br /> +Mais ils sont innocents; aussi l'étoit mon frère<a name="FNanchor_1161" id="FNanchor_1161" href="#Footnote_1161" class="fnanchor">[1161]</a>:<br /> +Ils sont trop criminels d'avoir Jason pour père<a name="FNanchor_1162" id="FNanchor_1162" href="#Footnote_1162" class="fnanchor">[1162]</a>;<br /> +Il faut que leur trépas redouble son tourment;<br /> +Il faut qu'il souffre en père aussi bien qu'en amant.<span class="dalign">1340</span><br /> +Mais quoi! j'ai beau contre eux animer mon audace,<br /> +La pitié la combat, et se met en sa place;<br /> +Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur,<span class="pagenum"><a name="Page_407" id="Page_407">407</a></span><br /> +J'adore les projets qui me faisoient horreur:<br /> +De l'amour aussitôt je passe à la colère<a name="FNanchor_1163" id="FNanchor_1163" href="#Footnote_1163" class="fnanchor">[1163]</a>,<span class="dalign">1345</span><br /> +Des sentiments de femme aux tendresses de mère<a name="FNanchor_1164" id="FNanchor_1164" href="#Footnote_1164" class="fnanchor">[1164]</a>.<br /> +<span class="i1">Cessez dorénavant, pensers irrésolus,</span><br /> +D'épargner des enfants que je ne verrai plus.<br /> +Chers fruits de mon amour, si je vous ai fait naître,<br /> +Ce n'est pas seulement pour caresser un traître:<span class="dalign">1350</span><br /> +Il me prive de vous, et je l'en vais<a name="FNanchor_1165" id="FNanchor_1165" href="#Footnote_1165" class="fnanchor">[1165]</a> priver<a name="FNanchor_1166" id="FNanchor_1166" href="#Footnote_1166" class="fnanchor">[1166]</a>.<br /> +Mais ma pitié renaît, et revient me braver<a name="FNanchor_1167" id="FNanchor_1167" href="#Footnote_1167" class="fnanchor">[1167]</a>;<br /> +Je n'exécute rien, et mon âme éperdue<br /> +Entre deux passions demeure suspendue<a name="FNanchor_1168" id="FNanchor_1168" href="#Footnote_1168" class="fnanchor">[1168]</a>.<br /> +N'en délibérons plus, mon bras en résoudra.<span class="dalign">1355</span><br /> +Je vous perds, mes enfants; mais Jason vous perdra;<br /> +Il ne vous verra plus.... Créon sort tout en rage:<br /> +Allons à son trépas joindre ce triste ouvrage<a name="FNanchor_1169" id="FNanchor_1169" href="#Footnote_1169" class="fnanchor">[1169]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_408" id="Page_408">408</a></span></p> + +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">CRÉON, <span class="smcap">Domestiques</span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Loin de me soulager, vous croissez mes tourments<a name="FNanchor_1170" id="FNanchor_1170" href="#Footnote_1170" class="fnanchor">[1170]</a>:<br /> +Le poison à mon corps unit mes vêtements,<span class="dalign">1360</span><br /> +Et ma peau, qu'avec eux votre secours m'arrache<a name="FNanchor_1171" id="FNanchor_1171" href="#Footnote_1171" class="fnanchor">[1171]</a>,<br /> +Pour suivre votre main de mes os se détache:<br /> +Voyez comme mon sang en coule à gros ruisseaux<a name="FNanchor_1172" id="FNanchor_1172" href="#Footnote_1172" class="fnanchor">[1172]</a>.<br /> +Ne me déchirez plus, officieux bourreaux:<br /> +Votre pitié pour moi s'est assez hasardée;<span class="dalign">1365</span><br /> +Fuyez, ou ma fureur vous prendra pour Médée.<br /> +C'est avancer ma mort que de me secourir;<br /> +Je ne veux que moi-même à m'aider à mourir.<br /> +Quoi! vous continuez, canailles infidèles!<br /> +Plus je vous le défends, plus vous m'êtes rebelles!<span class="dalign">1370</span><br /> +Traîtres, vous sentirez encor ce que je puis:<br /> +Je serai votre roi, tout mourant que je suis;<br /> +Si mes commandements ont trop peu d'efficace,<br /> +Ma rage pour le moins me fera faire place:<br /> +Il faut ainsi payer votre cruel secours.<span class="dalign">1375</span></p> + +<p class="font90">(Il se défait d'eux et les chasse à coups d'épée<a name="FNanchor_1173" id="FNanchor_1173" href="#Footnote_1173" class="fnanchor">[1173]</a>.)</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_409" id="Page_409">409</a></span></p> +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">CRÉON, CRÉUSE, CLÉONE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Où fuyez-vous de moi, cher auteur de mes jours?<br /> +Fuyez-vous l'innocente et malheureuse source<br /> +D'où prennent tant de maux leur effroyable course?<br /> +Ce feu qui me consume et dehors et dedans<a name="FNanchor_1174" id="FNanchor_1174" href="#Footnote_1174" class="fnanchor">[1174]</a><br /> +Vous venge-t-il trop peu de mes vœux imprudents<a name="FNanchor_1175" id="FNanchor_1175" href="#Footnote_1175" class="fnanchor">[1175]</a>?<br /> +<span class="i1">Je ne puis excuser mon indiscrète envie,</span><br /> +Qui donne le trépas à qui je dois la vie;<br /> +Mais soyez satisfait des rigueurs de mon sort,<br /> +Et cessez d'ajouter votre haine à ma mort.<br /> +L'ardeur qui me dévore, et que j'ai méritée,<span class="dalign">1385</span><br /> +Surpasse en cruauté l'aigle de Prométhée,<br /> +Et je crois qu'Ixion, au choix des châtiments<a name="FNanchor_1176" id="FNanchor_1176" href="#Footnote_1176" class="fnanchor">[1176]</a>,<br /> +Préféreroit sa roue à mes embrasements.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Si ton jeune desir eut beaucoup d'imprudence,<br /> +Ma fille, j'y devois<a name="FNanchor_1177" id="FNanchor_1177" href="#Footnote_1177" class="fnanchor">[1177]</a> opposer ma défense.<span class="dalign">1390</span><br /> +Je n'impute qu'à moi l'excès de mes malheurs,<br /> +Et j'ai part en ta faute ainsi qu'en tes douleurs.<br /> +Si j'ai quelque regret, ce n'est pas à ma vie,<br /> +Que le déclin des ans m'auroit bientôt ravie:<br /> +La jeunesse des tiens, si beaux, si florissants,<span class="dalign">1395</span><br /> +Me porte au fond du cœur des coups bien plus pressants<a name="FNanchor_1178" id="FNanchor_1178" href="#Footnote_1178" class="fnanchor">[1178]</a>.<br /> +<span class="i1">Ma fille, c'est donc là ce royal hyménée</span><br /> +Dont nous pensions toucher la pompeuse journée!<span class="pagenum"><a name="Page_410" id="Page_410">410</a></span><br /> +La Parque impitoyable en éteint le flambeau<a name="FNanchor_1179" id="FNanchor_1179" href="#Footnote_1179" class="fnanchor">[1179]</a>,<br /> +Et pour lit nuptial il te faut un tombeau!<span class="dalign">1400</span><br /> +Ah! rage, désespoir, destins, feux, poisons, charmes,<br /> +Tournez tous contre moi vos plus cruelles armes:<br /> +S'il faut vous assouvir par la mort de deux rois,<br /> +Faites en ma faveur que je meure deux fois,<br /> +Pourvu que mes deux morts emportent cette grâce<span class="dalign">1405</span><br /> +De laisser ma couronne à mon unique race,<br /> +Et cet espoir si doux, qui m'a toujours flatté,<br /> +De revivre à jamais en sa postérité.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Cléone, soutenez, je chancelle, je tombe<a name="FNanchor_1180" id="FNanchor_1180" href="#Footnote_1180" class="fnanchor">[1180]</a>;<br /> +Mon reste de vigueur sous mes douleurs succombe:<span class="dalign">1410</span><br /> +Je sens que je n'ai plus à souffrir qu'un moment.<br /> +Ne me refusez pas ce triste allégement,<br /> +Seigneur, et si pour moi quelque amour vous demeure,<br /> +Entre vos bras mourants permettez que je meure.<br /> +Mes pleurs arrouseront<a name="FNanchor_1181" id="FNanchor_1181" href="#Footnote_1181" class="fnanchor">[1181]</a> vos mortels déplaisirs;<span class="dalign">1415</span><br /> +Je mêlerai leurs eaux à vos brûlants soupirs.<br /> +<span class="i1">Ah! je brûle, je meurs, je ne suis plus que flamme;</span><br /> +De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme<a name="FNanchor_1182" id="FNanchor_1182" href="#Footnote_1182" class="fnanchor">[1182]</a>.<br /> +Quoi! vous vous éloignez<a name="FNanchor_1183" id="FNanchor_1183" href="#Footnote_1183" class="fnanchor">[1183]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p><span class="i10">Oui, je ne verrai pas,</span><span class="pagenum"><a name="Page_411" id="Page_411">411</a></span><br /> +Comme un lâche témoin, ton indigne trépas:<span class="dalign">1420</span><br /> +Il faut, ma fille, il faut que ma main me délivre<br /> +De l'infâme regret de t'avoir pu survivre.<br /> +Invisible ennemi, sors avecque mon sang.</p> + +<p class="font90 center">(Il se tue d'un poignard<a name="FNanchor_1184" id="FNanchor_1184" href="#Footnote_1184" class="fnanchor">[1184]</a>.)</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Courez à lui, Cléone: il se perce le flanc.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p> + +<p>Retourne: c'en est fait. Ma fille, adieu: j'expire,<span class="dalign">1425</span><br /> +Et ce dernier soupir met fin à mon martyre:<br /> +Je laisse à ton Jason le soin de nous venger.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Vain et triste confort! soulagement léger!<br /> +Mon père....</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p> + +<p><span class="i5">Il ne vit plus, sa grande âme est partie<a name="FNanchor_1185" id="FNanchor_1185" href="#Footnote_1185" class="fnanchor">[1185]</a>.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Donnez donc à la mienne une même sortie:<span class="dalign">1430</span><br /> +Apportez-moi ce fer qui, de ses maux vainqueur,<br /> +Est déjà si savant à traverser le cœur.<br /> +<span class="i1">Ah! je sens fers, et feux, et poison, tout ensemble:</span><br /> +Ce que souffroit mon père à mes peines s'assemble.<br /> +Hélas! que de douceur<a name="FNanchor_1186" id="FNanchor_1186" href="#Footnote_1186" class="fnanchor">[1186]</a> auroit un prompt trépas!<span class="dalign">1435</span><br /> +Dépêchez-vous, Cléone: aidez mon foible bras.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p> + +<p>Ne désespérez point: les Dieux, plus pitoyables,<br /> +A nos justes clameurs se rendront exorables,<br /> +Et vous conserveront, en dépit du poison,<br /> +Et pour reine à Corinthe, et pour femme à Jason.<span class="dalign">1440</span><br /> +Il arrive, et surpris il change de visage:<span class="pagenum"><a name="Page_412" id="Page_412">412</a></span><br /> +Je lis dans sa pâleur une secrète rage,<br /> +Et son étonnement va passer en fureur.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">JASON, CRÉUSE, CLÉONE, THEUDAS.</h4> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Que vois-je ici, grands Dieux! quel spectacle d'horreur<a name="FNanchor_1187" id="FNanchor_1187" href="#Footnote_1187" class="fnanchor">[1187]</a>!<br /> +Où que puissent mes yeux porter ma vue errante,<span class="dalign">1445</span><br /> +Je vois ou Créon mort, ou Créuse mourante.<br /> +Ne t'en va pas, belle âme: attends encore un peu,<br /> +Et le sang de Médée éteindra tout ce feu;<br /> +Prends le triste plaisir de voir punir son crime,<br /> +De te voir immoler cette infâme victime;<span class="dalign">1450</span><br /> +Et que ce scorpion, sur la plaie écrasé<a name="FNanchor_1188" id="FNanchor_1188" href="#Footnote_1188" class="fnanchor">[1188]</a>,<br /> +Fournisse le remède au mal qu'il a causé.</p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Il n'en faut point chercher au poison qui me tue:<br /> +Laisse-moi le bonheur d'expirer à ta vue,<br /> +Souffre que j'en jouisse en ce dernier moment:<span class="dalign">1455</span><br /> +Mon trépas fera place à ton ressentiment;<br /> +Le mien cède à l'ardeur dont je suis possédée;<br /> +J'aime mieux voir Jason que la mort de Médée.<br /> +Approche, cher amant, et retiens ces transports:<br /> +Mais garde de toucher ce misérable corps;<span class="dalign">1460</span><br /> +Ce brasier, que le charme ou répand ou modère,<br /> +A négligé Cléone, et dévoré mon père:<br /> +Au gré de ma rivale il est contagieux.<br /> +Jason, ce m'est assez de mourir à tes yeux:<br /> +Empêche les plaisirs qu'elle attend de ta peine;<span class="dalign">1465</span><span class="pagenum"><a name="Page_413" id="Page_413">413</a></span><br /> +N'attire point ces feux esclaves de sa haine.<br /> +<span class="i1"> Ah! quel âpre tourment! quels douloureux abois!</span><br /> +Et que je sens de morts sans mourir une fois!</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Quoi! vous m'estimez donc si lâche que de vivre?<br /> +Et de si beaux chemins sont ouverts pour vous suivre!<br /> +Ma reine, si l'hymen n'a pu joindre nos corps,<br /> +Nous joindrons nos esprits, nous joindrons nos deux morts;<br /> +Et l'on verra Charon passer chez Rhadamante,<br /> +Dans une même barque, et l'amant et l'amante.<br /> +Hélas! vous recevez, par ce présent charmé,<span class="dalign">1475</span><br /> +Le déplorable prix de m'avoir trop aimé;<br /> +Et puisque cette robe a causé votre perte,<br /> +Je dois être puni de vous l'avoir offerte<a name="FNanchor_1189" id="FNanchor_1189" href="#Footnote_1189" class="fnanchor">[1189]</a>.<br /> +Quoi! ce poison m'épargne, et ces feux impuissants<br /> +Refusent de finir les douleurs que je sens!<span class="dalign">1480</span><br /> +Il faut donc que je vive, et vous m'êtes ravie!<br /> +Justes Dieux! quel forfait me condamne à la vie?<br /> +Est-il quelque tourment plus grand pour mon amour<br /> +Que de la voir mourir, et de souffrir le jour?<br /> +Non, non; si par ces feux mon attente est trompée,<span class="dalign">1485</span><br /> +J'ai de quoi m'affranchir au bout de mon épée;<br /> +Et l'exemple du Roi, de sa main transpercé,<br /> +Qui nage dans les flots du sang qu'il a versé,<br /> +Instruit suffisamment un généreux courage<br /> +Des moyens de braver le destin qui l'outrage.<span class="dalign">1490</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p> + +<p>Si Créuse eut jamais sur toi quelque pouvoir,<br /> +Ne t'abandonne point aux coups du désespoir:<span class="pagenum"><a name="Page_414" id="Page_414">414</a></span><br /> +Vis pour sauver ton nom de cette ignominie,<br /> +Que Créuse soit morte, et Médée impunie;<br /> +Vis pour garder le mien en ton cœur affligé,<span class="dalign">1495</span><br /> +Et du moins ne meurs point que tu ne sois vengé.<br /> +<span class="i1">Adieu: donne la main; que malgré ta jalouse,</span><br /> +J'emporte chez Pluton le nom de ton épouse.<br /> +Ah! douleurs! C'en est fait, je meurs à cette fois,<br /> +Et perds en ce moment la vie avec la voix.<span class="dalign">1500</span><br /> +Si tu m'aimes....</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p><span class="i7">Ce mot lui coupe la parole;</span><br /> +Et je ne suivrai pas son âme qui s'envole?<br /> +Mon esprit, retenu par ses commandements,<br /> +Réserve encor ma vie à de pires tourments<a name="FNanchor_1190" id="FNanchor_1190" href="#Footnote_1190" class="fnanchor">[1190]</a>!<br /> +Pardonne, chère épouse, à mon obéissance;<span class="dalign">1505</span><br /> +Mon déplaisir mortel défère à ta puissance,<br /> +Et de mes jours maudits tout prêt de triompher,<br /> +De peur de te déplaire, il n'ose m'étouffer.<br /> +<span class="i1">Ne perdons point de temps, courons chez la sorcière,</span><br /> +Délivrer par sa mort mon âme prisonnière.<span class="dalign">1510</span><br /> +Vous autres, cependant, enlevez ces deux corps:<br /> +Contre tous ses démons mes bras sont assez forts,<br /> +Et la part que votre aide auroit en ma vengeance<br /> +Ne m'en permettoit pas une entière allégeance.<br /> +Préparez seulement des gênes, des bourreaux;<span class="dalign">1515</span><br /> +Devenez inventifs en supplices nouveaux,<br /> +Qui la fassent mourir tant de fois sur leur tombe,<br /> +Que son coupable sang leur vaille une hécatombe;<br /> +Et si cette victime, en mourant mille fois,<span class="pagenum"><a name="Page_415" id="Page_415">415</a></span><br /> +N'apaise point encor les mânes de deux rois,<span class="dalign">1520</span><br /> +Je serai la seconde; et mon esprit fidèle<br /> +Ira gêner là-bas son âme criminelle,<br /> +Ira faire assembler pour sa punition<br /> +Les peines de Titye à celles d'Ixion.</p> + +<p class="font90">(Cléone et le reste emportent les corps<a name="FNanchor_1191" id="FNanchor_1191" href="#Footnote_1191" class="fnanchor">[1191]</a> de Créon et de Créuse, +et Jason continue seul.)</p> + +<p>Mais leur puis-je imputer ma mort en sacrifice?<span class="dalign">1525</span><br /> +Elle m'est un plaisir, et non pas un supplice.<br /> +Mourir, c'est seulement auprès d'eux me ranger;<br /> +C'est rejoindre Créuse, et non pas la venger.<br /> +Instruments des fureurs d'une mère insensée,<br /> +Indignes rejetons de mon amour passée,<span class="dalign">1530</span><br /> +Quel malheureux destin vous avoit réservés<br /> +A porter le trépas à qui vous a sauvés?<br /> +C'est vous, petits ingrats, que malgré la nature<br /> +Il me faut immoler dessus leur sépulture.<br /> +Que la sorcière en vous commence de souffrir:<span class="dalign">1535</span><br /> +Que son premier tourment soit de vous voir mourir.<br /> +Toutefois qu'ont-ils fait, qu'obéir à leur mère?</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">MÉDÉE, JASON.</h4> + +<p><span class="smcap i2">MÉDÉE</span>, <span class="font90">en haut sur un balcon<a name="FNanchor_1192" id="FNanchor_1192" href="#Footnote_1192" class="fnanchor">[1192]</a>.</span></p> + +<p>Lâche, ton désespoir encore en délibère?<br /> +Lève les yeux, perfide, et reconnois ce bras<br /> +Qui t'a déjà vengé de ces petits ingrats:<span class="dalign">1540</span><span class="pagenum"><a name="Page_416" id="Page_416">416</a></span><br /> +Ce poignard que tu vois vient de chasser leurs âmes,<br /> +Et noyer dans leur sang les restes de nos flammes.<br /> +<span class="i1">Heureux père et mari, ma fuite et leur tombeau</span><br /> +Laissent la place vide à ton hymen nouveau<a name="FNanchor_1193" id="FNanchor_1193" href="#Footnote_1193" class="fnanchor">[1193]</a>.<br /> +Réjouis-t'en, Jason, va posséder Créuse:<span class="dalign">1545</span><br /> +Tu n'auras plus ici personne qui t'accuse;<br /> +Ces gages de nos feux ne feront plus pour moi<br /> +De reproches secrets à ton manque de foi.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Horreur de la nature, exécrable tigresse<a name="FNanchor_1194" id="FNanchor_1194" href="#Footnote_1194" class="fnanchor">[1194]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +<p>Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse<a name="FNanchor_1195" id="FNanchor_1195" href="#Footnote_1195" class="fnanchor">[1195]</a>:<span class="dalign">1550</span><br /> +A cet objet si cher tu dois tous tes discours;<br /> +Parler encore à moi, c'est trahir tes amours.<br /> +Va lui, va lui conter tes rares aventures,<br /> +Et contre mes effets ne combats point d'injures.</p> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Quoi! tu m'oses braver, et ta brutalité<span class="dalign">1555</span><br /> +Pense encore échapper à mon bras irrité?<br /> +Tu redoubles ta peine avec cette insolence.</p> + +<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p> + +Et que peut contre moi ta débile vaillance?<br /> +Mon art faisoit ta force, et tes exploits<a name="FNanchor_1196" id="FNanchor_1196" href="#Footnote_1196" class="fnanchor">[1196]</a> guerriers<br /> +Tiennent de mon secours ce qu'ils ont de lauriers.<span class="dalign">1560</span> + +<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p> + +<p>Ah! c'est trop en souffrir: il faut qu'un prompt supplice<span class="pagenum"><a name="Page_417" id="Page_417">417</a></span><br /> +De tant de cruautés à la fin te punisse.<br /> +Sus, sus, brisons la porte, enfonçons la maison<a name="FNanchor_1197" id="FNanchor_1197" href="#Footnote_1197" class="fnanchor">[1197]</a>;<br /> +Que des bourreaux soudain m'en fassent la raison:<br /> +Ta tête répondra de tant de barbaries.<span class="dalign">1565</span></p> + +<span class="smcap i6">MÉDÉE</span>, en l'air dans un char tiré par deux dragons<a name="FNanchor_1198" id="FNanchor_1198" href="#Footnote_1198" class="fnanchor">[1198]</a>. + +<p>Que sert de t'emporter à ces vaines furies?<br /> +Épargne, cher époux, des efforts que tu perds;<br /> +Vois les chemins de l'air qui me sont tous ouverts:<br /> +C'est par là que je fuis<a name="FNanchor_1199" id="FNanchor_1199" href="#Footnote_1199" class="fnanchor">[1199]</a>, et que je t'abandonne<br /> +Pour courir à l'exil que ton change m'ordonne.<span class="dalign">1570</span><br /> +Suis-moi, Jason, et trouve en ces lieux désolés<br /> +Des postillons pareils à mes dragons ailés.<br /> +<span class="i1">Enfin je n'ai pas mal employé la journée</span><br /> +Que la bonté du Roi, de grâce, m'a donnée<a name="FNanchor_1200" id="FNanchor_1200" href="#Footnote_1200" class="fnanchor">[1200]</a>;<br /> +Mes desirs sont contents. Mon père et mon pays,<span class="dalign">1575</span><br /> +Je ne me repens plus de vous avoir trahis;<br /> +Avec cette douceur j'en accepte le blâme.<br /> +Adieu, parjure: apprends à connoître ta femme<a name="FNanchor_1201" id="FNanchor_1201" href="#Footnote_1201" class="fnanchor">[1201]</a>;<br /> +Souviens-toi de sa fuite, et songe une autre fois<br /> +Lequel est plus à craindre ou d'elle ou de deux rois.<span class="dalign">1580</span></p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_418" id="Page_418">418</a></span></p> + +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">JASON.</h4> + +<p>O Dieux! ce char volant, disparu dans la nue,<br /> +La dérobe à sa peine, aussi bien qu'à ma vue;<br /> +Et son impunité triomphe arrogamment<br /> +Des projets avortés de mon ressentiment.<br /> +Créuse, enfants, Médée, amour, haine, vengeance,<span class="dalign">1585</span><br /> +Où dois-je désormais chercher quelque allégeance?<br /> +Où suivre l'inhumaine, et dessous quels climats<br /> +Porter les châtiments de tant d'assassinats?<br /> +Va, furie exécrable, en quelque coin de terre<br /> +Que t'emporte ton char, j'y porterai la guerre:<span class="dalign">1590</span><br /> +J'apprendrai ton séjour de tes sanglants effets,<br /> +Et te suivrai partout au bruit de tes forfaits.<br /> +Mais que me servira cette vaine poursuite,<br /> +Si l'air est un chemin toujours libre à ta fuite,<br /> +Si toujours tes dragons sont prêts à t'enlever,<span class="dalign">1595</span><br /> +Si toujours tes forfaits ont de quoi me braver?<br /> +Malheureux, ne perds point contre une telle audace<br /> +De ta juste fureur l'impuissante menace;<br /> +Ne cours point à ta honte, et fuis l'occasion<br /> +D'accroître sa victoire<a name="FNanchor_1202" id="FNanchor_1202" href="#Footnote_1202" class="fnanchor">[1202]</a> et ta confusion.<span class="dalign">1600</span><br /> +Misérable! perfide! ainsi donc ta foiblesse<br /> +Épargne la sorcière, et trahit ta princesse!<br /> +Est-ce là le pouvoir qu'ont sur toi ses desirs,<br /> +Et ton obéissance à ses derniers soupirs?<br /> +Venge-toi, pauvre amant, Créuse le commande:<span class="dalign">1605</span><br /> +Ne lui refuse point un sang qu'elle demande;<br /> +Écoute les accents de sa mourante voix,<br /> +Et vole sans rien craindre à ce que tu lui dois.<span class="pagenum"><a name="Page_419" id="Page_419">419</a></span><br /> +A qui sait bien aimer il n'est rien d'impossible.<br /> +Eusses-tu pour retraite un roc inaccessible,<span class="dalign">1610</span><br /> +Tigresse, tu mourras, et malgré ton savoir,<br /> +Mon amour te verra soumise à son pouvoir;<br /> +Mes yeux se repaîtront des horreurs de ta peine:<br /> +Ainsi le veut Créuse, ainsi le veut ma haine.<br /> +Mais quoi! je vous écoute, impuissantes chaleurs!<span class="dalign">1615</span><br /> +Allez, n'ajoutez plus de comble à mes malheurs.<br /> +Entreprendre une mort que le ciel s'est gardée,<br /> +C'est préparer encore un triomphe à Médée.<br /> +Tourne avec plus d'effet sur toi-même ton bras,<br /> +Et punis-toi, Jason, de ne la punir pas.<span class="dalign">1620</span><br /> +Vains transports, où sans fruit mon désespoir s'amuse,<br /> +Cessez de m'empêcher de rejoindre Créuse.<br /> +Ma reine, ta belle âme, en partant de ces lieux,<br /> +M'a laissé la vengeance; et je la laisse aux Dieux:<br /> +Eux seuls, dont le pouvoir égale la justice,<span class="dalign">1625</span><br /> +Peuvent de la sorcière achever le supplice.<br /> +Trouve-le bon, chère ombre, et pardonne à mes feux<br /> +Si je vais te revoir plus tôt que tu ne veux<a name="FNanchor_1203" id="FNanchor_1203" href="#Footnote_1203" class="fnanchor">[1203]</a>.</p> + +<p class="font90 i6">(Il se tue<a name="FNanchor_1204" id="FNanchor_1204" href="#Footnote_1204" class="fnanchor">[1204]</a>.)</p> + +<p class="center p2 ni3"><small><b>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</b></small></p> +<hr class="c30" /> +</div> +<a name="Page_420" id="Page_420"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_421" id="Page_421">421</a></span></p> + +<h2>L'ILLUSION</h2> + +<p class="center"><b>COMÉDIE</b></p> + +<p class="center"><small><b>1636</b></small></p> +<a name="Page_422" id="Page_422"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_423" id="Page_423">423</a></span></p> + +<h3>NOTICE.</h3> + +<p class="p2">Cette pièce est fort importante pour l'histoire de notre +théâtre et de notre littérature. Représentée en 1636, elle ne +se trouve séparée que par quelques mois de ce merveilleux +<i>Cid</i> dont on la croirait à tous égards si éloignée; et pour peu +qu'on la lise avec attention, l'on s'aperçoit, non sans surprise, +qu'elle n'a pas été complétement inutile à Corneille +pour la composition de son chef-d'œuvre, et qu'en écrivant +<i>l'Illusion</i> il s'y préparait déjà.</p> + +<p>Ce n'est pas du premier coup qu'il s'avise de produire sur +notre théâtre cet héroïsme espagnol qui éclate si noblement +dans <i>le Cid</i>: il commence par y représenter les rodomontades +de Matamore; mais on dirait qu'il lui est impossible de ne pas +prendre par instants au sérieux la grandeur du Capitan, et +en plus d'un endroit il s'élève comme involontairement au +plus noble langage.</p> + +<p>Matamore dit de lui-même, acte II, scène <span class="smcap">II</span> (vers 233-236):</p> + +<p class="font90 left30">Le seul bruit de mon nom renverse les murailles,<br /> +Défait les escadrons et gagne les batailles.<br /> +Mon courage invaincu contre les empereurs<br /> +N'arme que la moitié de ses moindres fureurs.</p> + +<p>Boileau n'a eu que quelques mots à changer aux deux premiers +de ces vers pour les transformer en un magnifique +éloge d'un des plus grands héros de son temps:</p> + +<p class="font90 left30">Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles,<br /> +Force les escadrons et gagne les batailles.<br /> +<span class="i9">(<i>Épître IV, au Roi</i>, vers 133 et 134.)</span></p> + +<p>Le troisième renferme le mot <i>invaincu</i>, qui passa inaperçu +<span class="pagenum"><a name="Page_424" id="Page_424">424</a></span> +alors et n'attira l'attention que dans <i>le Cid</i>. Là, heureusement +placé, il parut noble, énergique, sublime, et Corneille en fut, +bien mal à propos<a name="FNanchor_1205" id="FNanchor_1205" href="#Footnote_1205" class="fnanchor">[1205]</a>, déclaré l'inventeur par plusieurs de ses +contemporains.</p> + +<p>Le passage qui va suivre trouverait certes aussi sa place +très-naturellement dans <i>le Cid</i>, et ne déparerait en rien ce +chef-d'œelig;uvre:</p> + +<p class="left30 font90">Respect de ma maîtresse, incommode vertu,<br /> +Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu?<br /> +Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père,<br /> +Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère?<br /> +<span class="i9">(Acte III, scène <span class="smcap">IV</span>, vers 735-738.)</span></p> + +<p>Ces rapprochements suffisent pour faire voir que la parole +du Matamore de Corneille n'est pas toujours ridicule en elle-même, +et que dans le langage outré qu'il lui prête il y a de +ces fières hyperboles qu'il a su plus tard ennoblir en les plaçant +dans la bouche de vrais héros.</p> + +<p>Ce personnage du Matamore, introduit par notre poëte dans +<i>l'Illusion</i>, était depuis longtemps déjà un des principaux acteurs +de la farce; mais c'était la seconde fois seulement qu'on +le faisait parler en vers: c'est du moins ce que nous apprend +le sieur Mareschal. Voici comme il s'exprime dans l'avertissement +d'une comédie intitulée: <i>le Railleur ou la Satyre du +temps</i>, représentée en 1636: «Je dirai pourtant en sa faveur +que c'est le premier capitan en vers qui a paru dans la scène +française, qu'il n'a point eu d'exemple et de modèle devant +lui, et qu'il a précédé, au moins du temps, deux autres qui +l'ont surpassé en tout le reste, et qui sont sortis de deux +plumes si fameuses et comiques dans <i>l'Illusion</i> et <i>les Visionnaires</i><a name="FNanchor_1206" id="FNanchor_1206" href="#Footnote_1206" class="fnanchor">[1206]</a>.»</p> + +<p>En 1637 ou 1638, le même Mareschal fit représenter sur le +théâtre du Marais <i>le Véritable Capitan Matamore ou le Fanfaron</i>, +tiré du <i>Miles gloriosus</i> de Plaute; mais son imitation ne +se tient pas fort près du texte: «Je n'ai point, dit-il, introduit +sur le théâtre un Pyrgopolinice plus badin que fanfaron, +mais j'ai tâché de peindre au naturel ce vivant matamore du +<span class="pagenum"><a name="Page_425" id="Page_425">425</a></span> +théâtre du Marais, cet original sans copie, ce personnage admirable +qui ravit également les grands et le peuple, les doctes +et les ignorants.»</p> + +<p>Il nous reste beaucoup d'autres pièces destinées à cet acteur +alors célèbre, ainsi vanté par Mareschal: la plus connue +est <i>le Capitan Matamore</i>, comédie de Scarron, en vers de huit +syllabes sur la seule rime <i>ment</i>; cet ouvrage est précédé de plusieurs +prologues intitulés: <i>les Boutades du Capitan Matamore</i>.</p> + +<p>Selon les frères Parfait, ce personnage fut rempli à l'hôtel +de Bourgogne et sur le théâtre du Marais par un comédien +«dont on ignore le nom.» M. Aimé Martin prétend, mais +sans en donner aucune preuve, que ce comédien n'était autre +que Bellerose; M. Taschereau établit fort bien, au contraire, +qu'il s'agit de Bellemore. Il cite à l'appui de son assertion +ce passage de l'historiette de Tallemant des Réaux relative à +Mondory: «Ce fut lui (Mondory) qui fit venir Bellemore, dit +<i>le Capitan Matamore</i>, bon acteur. Il quitta le théâtre parce +que Desmarets lui donna, à la chaude, un coup de canne +derrière le théâtre de l'Hôtel Richelieu. Il se fit ensuite commissaire +de l'artillerie et y fut tué. Il n'osa se venger de Desmarets, +à cause du Cardinal qui ne le lui eût pas pardonné.»</p> + +<p>Le peu d'exactitude du renseignement donné par M. Aimé +Martin ne permet guère d'ajouter foi à la note, d'une apparence +fort romanesque, qu'il a placée, sans indiquer ses sources +ni ses preuves, au commencement de <i>l'Illusion</i>. «Dans cette +pièce, dit-il, le célèbre comédien Mondory est représenté sous +le nom de Clindor dont il jouait le rôle, et une partie de ses +aventures sont racontées à la fin du premier acte. Avant d'être +un grand artiste, et bien jeune encore, il avait composé des +<i>parades</i> et des <i>ponts-neufs</i>, puis après diverses fortunes il +s'était fait clerc de procureur. Corneille s'est représenté lui-même +sous le masque du magicien Alcandre, et le duc d'Épernon +paraît avoir été le modèle du Capitan gascon. Pendant +son séjour à Bordeaux, Mondory avait fait partie de la maison +de ce grand seigneur, et c'est lui probablement qui signala à +Corneille les principaux traits de ce caractère. <i>L'Illusion comique</i> +n'est donc qu'un cadre plus ou moins bizarre, où le poëte +se met en scène avec son acteur chéri. Il lui avait autrefois +confié le sort de <i>Mélite</i>, et Mondory s'était montré digne de +<span class="pagenum"><a name="Page_426" id="Page_426">426</a></span> +cette confiance en coopérant de tous ses talents au succès de +cette première pièce. Ici Corneille trace l'apologie du grand +artiste; il raconte au public ses bonnes et ses mauvaises fortunes, +et veut qu'on applaudisse sa constance et son courage +comme on applaudit son génie. C'était lui témoigner dignement +sa reconnaissance, car la pièce n'avait pas d'autre but +que de relever Mondory aux yeux de son père, qui s'effarouchait +d'avoir un fils comédien.»</p> + +<p>Que Mondory ait joué Clindor, cela est probable sans être +prouvé, mais tout le reste ne repose pas même sur des hypothèses +vraisemblables.</p> + +On sait très-peu de chose sur la première partie de la vie +de cet acteur; toutefois, si l'on en croit Tallemant, qui à coup +sûr se serait plu au récit d'une jeunesse si aventureuse, il +entra au théâtre le plus simplement du monde. Les frères +Parfait ont prétendu qu'il était d'Orléans<a name="FNanchor_1207" id="FNanchor_1207" href="#Footnote_1207" class="fnanchor">[1207]</a>, mais un des adversaires +de Corneille dans la querelle du <i>Cid</i>, Mairet, l'appelle +«notre Roscius auvergnat<a name="FNanchor_1208" id="FNanchor_1208" href="#Footnote_1208" class="fnanchor">[1208]</a>.» Marguerite Perrier, nièce +de Pascal, dit en effet, dans ses <i>Mémoires de famille</i>, qu'il était +de Clermont, «et avoit pris le nom de Mondory parce que +son parrain, qui étoit un homme de condition de cette ville, +s'appeloit M. de Mondory<a name="FNanchor_1209" id="FNanchor_1209" href="#Footnote_1209" class="fnanchor">[1209]</a>.» Tallemant le fait naître dans une +autre localité, mais dans la même province: «Il étoit fils d'un +juge ou d'un procureur fiscal de Tiers en Auvergne, où l'on +faisoit autrefois toutes les cartes à jouer. Pour lui, il se disoit +fils de juge. Son père l'envoya à Paris chez un procureur. On +dit que ce procureur, qui aimoit assez la comédie, lui conseilla +d'y aller les fêtes et les dimanches, et qu'il y dépenseroit +et s'y débaucheroit moins que partout ailleurs. Il y prit tant +de plaisir qu'il se fit comédien lui-même; et quoiqu'il n'eût +que seize ans, on lui donnoit des principaux personnages, et +insensiblement il fut le chef d'une troupe composée de le Noir +et de sa femme, qui avoient été au prince d'Orange.» + +<p>Que le duc d'Épernon ait eu certains rapports de caractère +avec Matamore, cela peut bien être; mais il n'était pas le seul +<span class="pagenum"><a name="Page_427" id="Page_427">427</a></span> +alors: quant aux ressemblances entre Corneille et le magicien +Alcandre, nous avouons qu'elles nous échappent tout à fait.</p> + +<p>Vers la fin du cinquième acte, Corneille nous introduit au +milieu de la troupe, qui partage la recette: «Tous les comédiens, +dit-il, paroissent avec leur portier, qui comptent de l'argent +sur une table, et en prennent chacun leur part.» Ce n'est +point là un tableau de fantaisie, c'est la peinture fidèle de ce +qui se passait à cette époque. Samuel Chapuzeau nous fait ainsi +connaître le détail de cette opération: «La comédie achevée et +le monde retiré, les comédiens font tous les soirs le compte de +la recette du jour, où chacun peut assister, mais où d'office doivent +se trouver le trésorier, le secrétaire et le contrôleur, l'argent +leur étant apporté par le receveur du bureau.... L'argent +compté, on lève d'abord les frais journaliers, et, quelquefois en +de certains cas, ou pour acquitter une dette peu à peu, ou pour +faire quelque avance nécessaire, on lève ensuite la somme qu'on +a réglée. Ces articles mis à part, ce qui reste de liquide est partagé +sur-le-champ, et chacun emporte ce qui lui convient<a name="FNanchor_1210" id="FNanchor_1210" href="#Footnote_1210" class="fnanchor">[1210]</a>.»</p> + +<p>C'est après cette scène que vient ce bel éloge du théâtre et +de l'art du comédien, qui dut contribuer puissamment à donner +une noble idée de cette profession, si discréditée jusqu'alors.</p> + +<p>La vie honorable de Floridor<a name="FNanchor_1211" id="FNanchor_1211" href="#Footnote_1211" class="fnanchor">[1211]</a>, et surtout l'arrêt qui déclare +qu'on ne déroge pas en jouant la comédie<a name="FNanchor_1212" id="FNanchor_1212" href="#Footnote_1212" class="fnanchor">[1212]</a>, accomplirent la +révolution que notre poëte avait si heureusement préparée; le +<span class="pagenum"><a name="Page_428" id="Page_428">428</a></span> +genre dramatique s'empara dans notre littérature de la place +la plus importante, et ses interprètes obtinrent dès lors, quand +ils surent s'en rendre dignes, un rang des plus distingués dans +la société française.</p> + +<p>Nous ne saurions fixer sûrement la durée du succès de cette +pièce. Corneille nous apprend qu'elle se jouait encore plus de +trente ans après l'époque de la première représentation<a name="FNanchor_1213" id="FNanchor_1213" href="#Footnote_1213" class="fnanchor">[1213]</a>; mais +tout porte à croire qu'elle ne survécut pas à son auteur. Le dix-huitième +siècle en voulait fort à cet ouvrage étrange. Il n'a +trouvé grâce que devant le directeur actuel du Théâtre-Français, +M. Édouard Thierry, qui l'a fait représenter l'année dernière +(1861) pour le deux cent cinquante-cinquième anniversaire +de la naissance de Corneille. Le spirituel critique a pensé +que cette hardiesse avait besoin, même de notre temps, d'être +excusée et préparée par toutes sortes de précautions. Il a cru +utile de rétablir dans cette circonstance l'usage du petit discours +que le chef de troupe venait prononcer jadis pour annoncer +une représentation importante; seulement c'est dans +le feuilleton du <i>Moniteur</i> qu'il s'est adressé au public.</p> + +<p>«N'y eût-il dans <i>l'Illusion</i>, dit M. Édouard Thierry, que +ce cri d'orgueil, ou plutôt ce cri de bonheur jeté par Corneille +à l'heure où son génie se réveille et prend possession de lui-même<a name="FNanchor_1214" id="FNanchor_1214" href="#Footnote_1214" class="fnanchor">[1214]</a>, +il me semble que la pièce valait la peine d'être reprise +au moins une fois et pour l'anniversaire de la naissance du +grand ancêtre. Je l'ai cru, je le crois encore, puisque la représentation +aura lieu jeudi prochain<a name="FNanchor_1215" id="FNanchor_1215" href="#Footnote_1215" class="fnanchor">[1215]</a>. Seulement, il faut bien le +<span class="pagenum"><a name="Page_429" id="Page_429">429</a></span> +dire, la représentation ne sera pas complète. Si le cadre de <i>l'Illusion</i> +est original et curieux, la suite des tableaux qui s'y adaptent +n'est pas toujours intéressante. Le petit roman qui devait plaire +au dix-septième siècle a vieilli longtemps avant d'arriver au dix-neuvième; +je me suis permis de l'abréger en plus d'un endroit où +Corneille, encore disciple de Théophile, abusait singulièrement +du monologue. L'acte de la prison<a name="FNanchor_1216" id="FNanchor_1216" href="#Footnote_1216" class="fnanchor">[1216]</a> a été retranché. Ce n'est pas +tout. La tragédie que jouent Isabelle et Clindor dans la pièce de +Corneille est certainement bien arrangée pour entretenir l'illusion +du père et faire passer le spectateur, sans qu'il y prenne +garde, des aventures réelles de Clindor au poëme dramatique +qu'il représente sur le théâtre; mais la scène n'est ni tragique ni +touchante, et elle est dangereuse<a name="FNanchor_1217" id="FNanchor_1217" href="#Footnote_1217" class="fnanchor">[1217]</a>.... Voilà comment Clindor en +est venu, ou plutôt en viendra jeudi prochain à jouer un fragment +du premier acte de <i>Don Sanche d'Aragon</i>. Vous me direz +que <i>l'Illusion</i> a devancé <i>Don Sanche</i> de quatorze ans: que voulez-vous? +Les deux pièces se seront rapprochées depuis. Vous me +direz que don Sanche n'est pas assassiné: d'accord; mais les +trois rivaux qu'il provoque en combat singulier mettent à la fois +l'épée à la main contre lui, et c'est peut-être assez pour que +son père le croie déjà mort. En tout cas, si je ne m'étais pas +plus permis que je ne devais, je n'écrirais pas aujourd'hui cette +longue lettre où je réclame l'indulgence de tout le monde.»</p> + +<p>Pour notre part, nous aurions préféré que la pièce fût jouée +sans aucun changement; mais quel reproche faire à qui s'accuse +de si bonne grâce? M. Édouard Thierry est un amateur +délicat, consommé; mais en directeur habile il a cru devoir +suivre plutôt le goût d'autrui que le sien propre, et a sacrifié +une partie du texte de Corneille pour faire accepter plus facilement +au public la pièce oubliée qu'il lui présentait.</p> + +<p>Le succès a d'ailleurs pleinement justifié cette tentative, que +moins de prudence aurait pu faire échouer. Ce n'est qu'avec +le temps qu'on produira enfin sur le théâtre les œuvres de +nos auteurs classiques dans l'intégrité de leur texte, et avec +cette minutieuse exactitude qui n'est permise que depuis bien +peu d'années, même à leurs éditeurs.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_430" id="Page_430">430</a></span> +Le 6 juin 1862, le deux cent cinquante-sixième anniversaire +de la naissance de Corneille a encore fourni l'occasion d'une +nouvelle reprise de <i>l'Illusion</i>, qui n'a pas été moins bien accueillie +que l'année précédente.</p> + +<p>La première publication de cette comédie forme un volume +in-4<sup>o</sup>, composé de 4 feuillets liminaires et de 124 pages. +Voici son titre exact:</p> + +<p><span class="smcap">L'Illvsion comiqve, comedie</span>; <i>à Paris, chez François +Targa.... M.DC.XXXIX. Auec priuilege du Roy</i>.</p> + +<p>Ce privilége est du 11 février 1639, et l'achevé d'imprimer +porte la date du 16 mars. Corneille, rappelé à Rouen entre +ces deux époques, comme il nous l'apprend dans sa dédicace, +ne put corriger les épreuves de cet ouvrage. Il y remédia de +son mieux par une liste des: «Fautes Notables survenues à +l'Impression;» mais ce soin de l'illustre poëte n'a guère profité +à ses éditeurs, et M. Lefèvre en a tenu si peu de compte +qu'il a imprimé comme variantes la plupart des fautes que +Corneille avait signalées.</p> + +<p>A partir de 1660, le titre se modifie et devient simplement +<i>l'Illusion</i>.</p> + +<p class="p2 center"><big>A MADEMOISELLE M. F. D. R.</big><a name="FNanchor_1218" id="FNanchor_1218" href="#Footnote_1218" class="fnanchor">[1218]</a>.</p> + +<p class="left5"><span class="smcap">Mademoiselle</span>,</p> + +<p>Voici un étrange monstre que je vous dédie. Le premier +acte n'est qu'un prologue, les trois suivants font +une comédie imparfaite, le dernier est une tragédie: et +tout cela, cousu ensemble, fait une comédie. Qu'on en +nomme l'invention bizarre et extravagante tant qu'on +voudra, elle est nouvelle; et souvent la grâce de la nouveauté, +<span class="pagenum"><a name="Page_431" id="Page_431">431</a></span> +parmi nos François, n'est pas un petit degré de +bonté. Son succès ne m'a point fait de honte sur le +théâtre, et j'ose dire que la représentation de cette pièce +capricieuse ne vous a point déplu, puisque vous m'avez +commandé de vous en adresser l'épître quand elle iroit +sous la presse. Je suis au désespoir de vous la présenter +en si mauvais état, qu'elle en est méconnoissable: +la quantité de fautes que l'imprimeur a ajoutées aux +miennes la déguise, ou pour mieux dire, la change entièrement. +C'est l'effet de mon absence de Paris, d'où +mes affaires m'ont rappelé sur le point qu'il l'imprimoit, +et m'ont obligé d'en abandonner les épreuves à sa discrétion. +Je vous conjure de ne la lire point que vous n'ayez +pris la peine de corriger ce que vous trouverez marqué +en suite de cette épître. Ce n'est pas que j'y aye employé +toutes les fautes qui s'y sont coulées; le nombre en est +si grand qu'il eût épouvanté le lecteur: j'ai seulement +choisi celles qui peuvent apporter quelque corruption +notable au sens, et qu'on ne peut pas deviner aisément. +Pour les autres, qui ne sont que contre la rime, ou l'orthographe, +ou la ponctuation, j'ai cru que le lecteur +judicieux y suppléeroit sans beaucoup de difficulté, et +qu'ainsi il n'étoit pas besoin d'en charger cette première +feuille<a name="FNanchor_1219" id="FNanchor_1219" href="#Footnote_1219" class="fnanchor">[1219]</a>. Cela m'apprendra à ne hasarder plus de pièces +à l'impression durant mon absence. Ayez assez de bonté +pour ne dédaigner pas celle-ci, toute déchirée qu'elle est; +et vous m'obligerez d'autant plus à demeurer toute ma +vie,</p> + +<p class="left10">MADEMOISELLE,<br /> +<span class="i2">Le plus fidèle et le plus passionné de vos serviteurs,</span><br /> +<span class="smcap i18">Corneille.</span></p> + +<p class="p2"><span class="pagenum"><a name="Page_432" id="Page_432">432</a></span></p> +<h3>EXAMEN.</h3> + +<p>Je dirai peu de chose de cette pièce: c'est une galanterie +extravagante qui a tant d'irrégularités, qu'elle ne +vaut pas la peine de la considérer, bien que la nouveauté +de ce caprice en aye rendu le succès assez favorable pour +ne me repentir pas d'y avoir perdu quelque temps. Le +premier acte ne semble qu'un prologue; les trois suivants +forment une pièce, que je ne sais comment nommer: le +succès en est tragique; Adraste y est tué, et Clindor en +péril de mort; mais le style et les personnages sont entièrement +de la comédie. Il y en a même un qui n'a d'être +que dans l'imagination, inventé exprès pour faire rire, et +dont il ne se trouve point d'original parmi les hommes: +c'est un capitan qui soutient assez son caractère de fanfaron, +pour me permettre de croire qu'on en trouvera peu, +dans quelque langue que ce soit, qui s'en acquittent +mieux. L'action n'y est pas complète, puisqu'on ne sait, +à la fin du quatrième acte qui la termine, ce que deviennent +les principaux acteurs, et qu'ils se dérobent +plutôt au péril qu'ils n'en triomphent. Le lieu y est assez +régulier, mais l'unité de jour n'y est pas observée. Le +cinquième est une tragédie assez courte pour n'avoir pas +la juste grandeur que demande Aristote et que j'ai tâché +d'expliquer. Clindor et Isabelle, étant devenus comédiens +sans qu'on le sache, y représentent une histoire +qui a du rapport avec la leur, et semble en être la suite. +Quelques-uns ont attribué cette conformité à un manque +d'invention, mais c'est un trait d'art pour mieux abuser +par une fausse mort le père de Clindor qui les regarde, +et rendre son retour de la douleur à la joie plus surprenant +et plus agréable.</p> + +<p>Tout cela cousu ensemble fait une comédie dont l'action +<span class="pagenum"><a name="Page_433" id="Page_433">433</a></span> +n'a pour durée que celle de sa représentation, mais +sur quoi il ne feroit pas sûr<a name="FNanchor_1220" id="FNanchor_1220" href="#Footnote_1220" class="fnanchor">[1220]</a> de prendre exemple. Les +caprices de cette nature ne se hasardent qu'une fois; +et quand l'original auroit passé pour merveilleux, la +copie n'en peut jamais rien valoir. Le style semble assez +proportionné aux matières, si ce n'est que Lyse, en la +sixième scène du troisième acte, semble s'élever un peu +trop au-dessus du caractère de servante. Ces deux vers +d'Horace lui serviront d'excuse, aussi bien qu'au père du +Menteur, quand il se met en colère contre son fils au +cinquième:</p> + +<p class="font90 left30"><i>Interdum tamen et vocem comœdia tollit,<br /> +Iratusque Chremes tumido delitigat ore<a name="FNanchor_1221" id="FNanchor_1221" href="#Footnote_1221" class="fnanchor">[1221]</a>.</i></p> + +<p>Je ne m'étendrai pas davantage sur ce poëme: tout +irrégulier qu'il est, il faut qu'il aye quelque mérite, puisqu'il +a surmonté l'injure des temps, et qu'il paroît encore +sur nos théâtres, bien qu'il y aye plus de trente années<a name="FNanchor_1222" id="FNanchor_1222" href="#Footnote_1222" class="fnanchor">[1222]</a> +qu'il est au monde, et qu'une si longue révolution en aye +enseveli beaucoup sous la poussière, qui sembloient avoir +plus de droit que lui de prétendre à une si heureuse +durée.</p> +<hr class="c30" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_434" id="Page_434">434</a></span></p> + +<h4>ACTEURS.</h4> + +<p class="left30 p2"> +ALCANDRE, magicien.<br /> +PRIDAMANT, père de Clindor.<br /> +DORANTE, ami de Pridamant.<br /> +MATAMORE, Capitan gascon, amoureux d'Isabelle.<br /> +CLINDOR, suivant du Capitan et amant d'Isabelle.<br /> +ADRASTE, gentilhomme, amoureux d'Isabelle.<br /> +GÉRONTE, père d'Isabelle.<br /> +ISABELLE, fille de Géronte.<br /> +LYSE, servante d'Isabelle.<br /> +<span class="smcap">Geôlier</span> de Bordeaux.<br /> +<span class="smcap">Page</span> du Capitan.<br /> +CLINDOR<a name="FNanchor_1223" id="FNanchor_1223" href="#Footnote_1223" class="fnanchor">[1223]</a>, représentant <span class="smcap">Théagène</span>, seigneur anglois.<br /> +ISABELLE, représentant <span class="smcap">Hippolyte</span>, femme de Théagène.<br /> +LYSE, représentant <span class="smcap">Clarine</span>, suivante d'Hippolyte<a name="FNanchor_1224" id="FNanchor_1224" href="#Footnote_1224" class="fnanchor">[1224]</a>.<br /> +ÉRASTE, écuyer de Florilame.<br /> +<span class="smcap">Troupe de domestiques d'Adraste.</span><br /> +<span class="smcap">Troupe de domestiques de Florilame.</span></p> + +<div class="verse"> +<p class="font90 center p4">La scène est en Touraine, en une campagne proche +de la grotte du Magicien<a name="FNanchor_1225" id="FNanchor_1225" href="#Footnote_1225" class="fnanchor">[1225]</a></p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_435" id="Page_435">435</a></span></p> + +<h3>L'ILLUSION.</h3> + +<p class="center"><small><b>COMÉDIE.</b></small></p> +<hr class="c5" /> + +<h2 class="p4">ACTE I.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">PRIDAMANT, DORANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p> + +<p>Ce mage, qui d'un mot renverse la nature<a name="FNanchor_1226" id="FNanchor_1226" href="#Footnote_1226" class="fnanchor">[1226]</a>,<br /> +N'a choisi pour palais que cette grotte obscure.<br /> +La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour,<br /> +N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour,<br /> +De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres<span class="dalign">5</span><br /> +Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres.<br /> +N'avancez pas: son art au pied de ce rocher<br /> +A mis de quoi punir qui s'en ose approcher;<br /> +Et cette large bouche est un mur invisible,<br /> +Où l'air en sa faveur devient inaccessible,<span class="dalign">10</span><br /> +Et lui fait un rempart, dont les funestes bords<br /> +Sur un peu de poussière étalent mille morts.<br /> +Jaloux de son repos plus que de sa défense,<br /> +Il perd qui l'importune, ainsi que qui l'offense;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_436" id="Page_436">436</a></span> +Malgré l'empressement d'un curieux désir<a name="FNanchor_1227" id="FNanchor_1227" href="#Footnote_1227" class="fnanchor">[1227]</a>,<span class="dalign">15</span><br /> +Il faut, pour lui parler, attendre son loisir:<br /> +Chaque jour il se montre, et nous touchons à l'heure<br /> +Où pour se divertir il sort de sa demeure<a name="FNanchor_1228" id="FNanchor_1228" href="#Footnote_1228" class="fnanchor">[1228]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>J'en attends peu de chose, et brûle de le voir.<br /> +J'ai de l'impatience, et je manque d'espoir.<span class="dalign">20</span><br /> +Ce fils, ce cher objet de mes inquiétudes,<br /> +Qu'ont éloigné de moi des traitements trop rudes,<br /> +Et que depuis dix ans je cherche en tant de lieux,<br /> +A caché pour jamais sa présence à mes yeux.<br /> +<span class="i1">Sous ombre qu'il prenoit un peu trop de licence,</span><span class="dalign">25</span><br /> +Contre ses libertés je roidis ma puissance;<br /> +Je croyois le dompter à force de punir<a name="FNanchor_1229" id="FNanchor_1229" href="#Footnote_1229" class="fnanchor">[1229]</a>,<br /> +Et ma sévérité ne fit que le bannir.<br /> +Mon âme vit l'erreur dont elle étoit séduite:<br /> +Je l'outrageois présent, et je pleurai sa fuite;<span class="dalign">30</span><br /> +Et l'amour paternel me fit bientôt sentir<br /> +D'une injuste rigueur un juste repentir.<br /> +Il l'a fallu chercher: j'ai vu dans mon voyage<br /> +Le Pô, le Rhin, la Meuse, et la Seine, et le Tage:<br /> +Toujours le même soin travaille mes esprits;<span class="dalign">35</span><br /> +Et ces longues erreurs<a name="FNanchor_1230" id="FNanchor_1230" href="#Footnote_1230" class="fnanchor">[1230]</a> ne m'en ont rien appris.<br /> +Enfin, au désespoir de perdre tant de peine,<br /> +Et n'attendant plus rien de la prudence humaine,<br /> +Pour trouver quelque borne à tant de maux soufferts<a name="FNanchor_1231" id="FNanchor_1231" href="#Footnote_1231" class="fnanchor">[1231]</a>,<br /> +J'ai déjà sur ce point consulté les enfers.<span class="dalign">40</span><br /> +J'ai vu les plus fameux en la haute science<a name="FNanchor_1232" id="FNanchor_1232" href="#Footnote_1232" class="fnanchor">[1232]</a><span class="pagenum"><a name="Page_437" id="Page_437">437</a></span><br /> +Dont vous dites qu'Alcandre a tant d'expérience:<br /> +On m'en faisoit l'état que vous faites de lui<a name="FNanchor_1233" id="FNanchor_1233" href="#Footnote_1233" class="fnanchor">[1233]</a>,<br /> +Et pas un d'eux n'a pu soulager mon ennui.<br /> +L'enfer devient muet quand il me faut répondre,<span class="dalign">45</span><br /> +Ou ne me répond rien qu'afin de me confondre.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p> + +<p>Ne traitez pas Alcandre en homme du commun;<br /> +Ce qu'il sait en son art n'est connu de pas un.<br /> +<span class="i1">Je ne vous dirai point qu'il commande au tonnerre,</span><br /> +Qu'il fait enfler les mers, qu'il fait trembler la terre;<span class="dalign">50</span><br /> +Que de l'air, qu'il mutine en mille tourbillons,<br /> +Contre ses ennemis il fait des bataillons;<br /> +Que de ses mots savants les forces inconnues<br /> +Transportent les rochers, font descendre les nues,<br /> +Et briller dans la nuit l'éclat de deux soleils;<span class="dalign">55</span><br /> +Vous n'avez pas besoin de miracles pareils:<br /> +Il suffira pour vous qu'il lit dans les pensées,<br /> +Qu'il connoît l'avenir et les choses passées<a name="FNanchor_1234" id="FNanchor_1234" href="#Footnote_1234" class="fnanchor">[1234]</a>;<br /> +Rien n'est secret pour lui dans tout cet univers,<br /> +Et pour lui nos destins sont des livres ouverts.<span class="dalign">60</span><br /> +Moi-même, ainsi que vous, je ne pouvois le croire:<br /> +Mais sitôt qu'il me vit, il me dit mon histoire;<br /> +Et je fus étonné d'entendre le discours<a name="FNanchor_1235" id="FNanchor_1235" href="#Footnote_1235" class="fnanchor">[1235]</a><br /> +Des traits les plus cachés de toutes mes amours<a name="FNanchor_1236" id="FNanchor_1236" href="#Footnote_1236" class="fnanchor">[1236]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Vous m'en dites beaucoup.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p> + +<span class="i11">J'en ai vu davantage.</span><span class="dalign">65</span> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Vous essayez en vain de me donner courage;<span class="pagenum"><a name="Page_438" id="Page_438">438</a></span><br /> +Mes soins et mes travaux verront, sans aucun fruit,<br /> +Clore mes tristes jours d'une éternelle nuit.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p> + +<p>Depuis que j'ai quitté le séjour de Bretagne<br /> +Pour venir faire ici le noble de campagne,<span class="dalign">70</span><br /> +Et que deux ans d'amour, par une heureuse fin,<br /> +M'ont acquis Sylvérie et ce château voisin,<br /> +De pas un, que je sache, il n'a déçu l'attente:<br /> +Quiconque le consulte en sort l'âme contente.<br /> +Croyez-moi, son secours n'est pas à négliger:<span class="dalign">75</span><br /> +D'ailleurs il est ravi quand il peut m'obliger,<br /> +Et j'ose me vanter qu'un peu de mes prières<br /> +Vous obtiendra de lui des faveurs singulières.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Le sort m'est trop cruel pour devenir si doux.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p> + +<p>Espérez mieux: il sort, et s'avance vers nous<a name="FNanchor_1237" id="FNanchor_1237" href="#Footnote_1237" class="fnanchor">[1237]</a>.<span class="dalign">80</span><br /> +Regardez-le marcher; ce visage si grave,<br /> +Dont le rare savoir tient la nature esclave,<br /> +N'a sauvé toutefois des ravages du temps<br /> +Qu'un peu d'os et de nerfs qu'ont décharnés cent ans;<br /> +Son corps, malgré son âge, a les forces robustes,<span class="dalign">85</span><br /> +Le mouvement facile, et les démarches justes:<br /> +Des ressorts inconnus agitent le vieillard,<br /> +Et font de tous ses pas<a name="FNanchor_1238" id="FNanchor_1238" href="#Footnote_1238" class="fnanchor">[1238]</a> des miracles de l'art.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT, DORANTE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p> + +<p>Grand démon du savoir, de qui les doctes veilles<span class="pagenum"><a name="Page_439" id="Page_439">439</a></span><br /> +Produisent chaque jour de nouvelles merveilles,<span class="dalign">90</span><br /> +A qui rien n'est secret dans nos intentions,<br /> +Et qui vois, sans nous voir, toutes nos actions:<br /> +Si de ton art divin le pouvoir admirable<br /> +Jamais en ma faveur se rendit secourable,<br /> +De ce père affligé soulage les douleurs;<span class="dalign">95</span><br /> +Une vieille amitié prend part en ses malheurs.<br /> +Rennes ainsi qu'à moi lui donna la naissance<a name="FNanchor_1239" id="FNanchor_1239" href="#Footnote_1239" class="fnanchor">[1239]</a>,<br /> +Et presque entre ses bras j'ai passé mon enfance;<br /> +Là son fils, pareil d'âge et de condition<a name="FNanchor_1240" id="FNanchor_1240" href="#Footnote_1240" class="fnanchor">[1240]</a>,<br /> +S'unissant avec moi d'étroite affection....<span class="dalign">100</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Dorante, c'est assez, je sais ce qui l'amène:<br /> +Ce fils est aujourd'hui le sujet de sa peine.<br /> +<span class="i1">Vieillard, n'est-il pas vrai que son éloignement</span><br /> +Par un juste remords te gêne incessamment?<br /> +Qu'une obstination à te montrer sévère<span class="dalign">105</span><br /> +L'a banni de ta vue, et cause ta misère?<br /> +Qu'en vain, au repentir de ta sévérité,<br /> +Tu cherches en tous lieux ce fils si maltraité?</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +Oracle de nos jours, qui connois toutes choses<a name="FNanchor_1241" id="FNanchor_1241" href="#Footnote_1241" class="fnanchor">[1241]</a>,<br /> +En vain de ma douleur je cacherois les causes;<span class="dalign">110</span><br /> +Tu sais trop quelle fut mon injuste rigueur,<br /> +Et vois trop clairement les secrets de mon cœur.<br /> +Il est vrai, j'ai failli; mais pour mes injustices<br /> +Tant de travaux en vain sont d'assez grands supplices:<br /> +Donne enfin quelque borne à mes regrets cuisants,<span class="dalign">115</span><br /> +Rends-moi l'unique appui de mes débiles ans.<br /> +Je le tiendrai rendu si j'en ai des nouvelles<a name="FNanchor_1242" id="FNanchor_1242" href="#Footnote_1242" class="fnanchor">[1242]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_440" id="Page_440">440</a></span><br /> +L'amour pour le trouver me fournira des ailes.<br /> +Où fait-il sa retraite? en quels lieux dois-je aller?<br /> +Fût-il au bout du monde, on m'y verra voler.<span class="dalign">120</span> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Commencez d'espérer: vous saurez par mes charmes<br /> +Ce que le ciel vengeur refusoit à vos larmes.<br /> +Vous reverrez ce fils plein de vie et d'honneur:<br /> +De son bannissement il tire son bonheur.<br /> +C'est peu de vous le dire: en faveur de Dorante<span class="dalign">125</span><br /> +Je vous veux faire voir sa fortune éclatante<a name="FNanchor_1243" id="FNanchor_1243" href="#Footnote_1243" class="fnanchor">[1243]</a>.<br /> +Les novices de l'art, avec tous leurs encens<a name="FNanchor_1244" id="FNanchor_1244" href="#Footnote_1244" class="fnanchor">[1244]</a>,<br /> +Et leurs mots inconnus, qu'ils feignent tout-puissants,<br /> +Leurs herbes, leurs parfums et leurs cérémonies<a name="FNanchor_1245" id="FNanchor_1245" href="#Footnote_1245" class="fnanchor">[1245]</a>,<br /> +Apportent au métier des longueurs infinies,<span class="dalign">130</span><br /> +Qui ne sont, après tout, qu'un mystère pipeur<br /> +Pour se faire valoir et pour vous faire peur<a name="FNanchor_1246" id="FNanchor_1246" href="#Footnote_1246" class="fnanchor">[1246]</a>:<br /> +Ma baguette à la main, j'en ferai davantage.</p> + +<p class="font90 center">(Il donne un coup de baguette, et on tire un rideau derrière lequel +sont en parade les plus beaux habits des comédiens.)</p> + +<p>Jugez de votre fils par un tel équipage:<br /> +<span class="i1">Eh bien! celui d'un prince a-t-il plus de splendeur?</span><br /> +Et pouvez-vous encor douter de sa grandeur<a name="FNanchor_1247" id="FNanchor_1247" href="#Footnote_1247" class="fnanchor">[1247]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_441" id="Page_441">441</a></span></p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>D'un amour paternel vous flattez les tendresses;<br /> +Mon fils n'est point de rang à porter ces richesses<a name="FNanchor_1248" id="FNanchor_1248" href="#Footnote_1248" class="fnanchor">[1248]</a>,<br /> +Et sa condition ne sauroit consentir<a name="FNanchor_1249" id="FNanchor_1249" href="#Footnote_1249" class="fnanchor">[1249]</a><br /> +Que d'une telle pompe il s'ose revêtir.<span class="dalign">140</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Sous un meilleur destin sa fortune rangée,<br /> +Et sa condition avec le temps changée,<br /> +Personne maintenant n'a de quoi murmurer<br /> +Qu'en public de la sorte il aime à se parer<a name="FNanchor_1250" id="FNanchor_1250" href="#Footnote_1250" class="fnanchor">[1250]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>A cet espoir si doux j'abandonne mon âme;<span class="dalign">145</span><br /> +Mais parmi ces habits je vois ceux d'une femme:<br /> +Seroit-il marié?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p><span class="i6">Je vais de ses amours</span><br /> +Et de tous ses hasards vous faire le discours.<br /> +<span class="i1">Toutefois, si votre âme étoit assez hardie,</span><br /> +Sous une illusion vous pourriez voir sa vie,<span class="dalign">150</span><br /> +Et tous ses accidents<a name="FNanchor_1251" id="FNanchor_1251" href="#Footnote_1251" class="fnanchor">[1251]</a> devant vous exprimés<br /> +Par des spectres pareils à des corps animés:<br /> +Il ne leur manquera ni geste ni parole.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Ne me soupçonnez point d'une crainte frivole:<br /> +Le portrait de celui que je cherche en tous lieux<span class="dalign">155</span><br /> +Pourroit-il par sa vue épouvanter mes yeux?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_442" id="Page_442">442</a></span> +<span class="smcap i6">ALCANDRE</span><a name="FNanchor_1252" id="FNanchor_1252" href="#Footnote_1252" class="fnanchor">[1252]</a>.</p> + +<p>Mon cavalier, de grâce, il faut faire retraite,<br /> +Et souffrir qu'entre nous l'histoire en soit secrète.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Pour un si bon ami je n'ai point de secrets.</p> + +<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p> + +<p>Il nous faut sans réplique accepter ses arrêts<a name="FNanchor_1253" id="FNanchor_1253" href="#Footnote_1253" class="fnanchor">[1253]</a>;<span class="dalign">160</span><br /> +Je vous attends chez moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p><span class="i10">Ce soir, si bon lui semble,</span><br /> +Il vous apprendra tout quand vous serez ensemble.</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p class="ni1">Votre fils tout d'un coup ne fut pas grand seigneur;<br /> +Toutes ses actions ne vous font pas honneur,<br /> +Et je serois marri d'exposer sa misère<span class="dalign">165</span><br /> +En spectacle à des yeux autres que ceux d'un père.<br /> +<span class="i1">Il vous prit quelque argent, mais ce petit butin</span><br /> +A peine lui dura du soir jusqu'au matin;<br /> +Et pour gagner Paris, il vendit par la plaine<br /> +Des brevets à chasser la fièvre et la migraine,<span class="dalign">170</span><br /> +Dit la bonne aventure, et s'y rendit ainsi.<br /> +Là, comme on vit d'esprit, il en vécut aussi.<br /> +Dedans Saint-Innocent il se fit secrétaire<a name="FNanchor_1254" id="FNanchor_1254" href="#Footnote_1254" class="fnanchor">[1254]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_443" id="Page_443">443</a></span><br /> +Après, montant d'état, il fut clerc d'un notaire.<br /> +Ennuyé de la plume, il la quitta soudain<a name="FNanchor_1255" id="FNanchor_1255" href="#Footnote_1255" class="fnanchor">[1255]</a>,<span class="dalign">175</span><br /> +Et fit danser un singe au faubourg<a name="FNanchor_1256" id="FNanchor_1256" href="#Footnote_1256" class="fnanchor">[1256]</a> Saint-Germain<a name="FNanchor_1257" id="FNanchor_1257" href="#Footnote_1257" class="fnanchor">[1257]</a><br /> +Il se mit sur la rime, et l'essai de sa veine<br /> +Enrichit les chanteurs de la Samaritaine<a name="FNanchor_1258" id="FNanchor_1258" href="#Footnote_1258" class="fnanchor">[1258]</a>.<br /> +Son style prit après de plus beaux ornements;<br /> +Il se hasarda même à faire des romans,<span class="dalign">180</span><br /> +Des chansons pour Gautier<a name="FNanchor_1259" id="FNanchor_1259" href="#Footnote_1259" class="fnanchor">[1259]</a>, des pointes pour Guillaume<a name="FNanchor_1260" id="FNanchor_1260" href="#Footnote_1260" class="fnanchor">[1260]</a>.<br /> +Depuis, il trafiqua de chapelets de baume<a name="FNanchor_1261" id="FNanchor_1261" href="#Footnote_1261" class="fnanchor">[1261]</a>,<br /> +Vendit du mithridate en maître opérateur,<span class="pagenum"><a name="Page_444" id="Page_444">444</a></span><br /> +Revint dans le Palais, et fut solliciteur.<br /> +Enfin, jamais Buscon, Lazarille de Tormes,<span class="dalign">185</span><br /> +Sayavèdre, et Gusman<a name="FNanchor_1262" id="FNanchor_1262" href="#Footnote_1262" class="fnanchor">[1262]</a>, ne prirent tant de formes:<br /> +C'étoit là pour Dorante un honnête entretien!</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Que je vous suis tenu de ce qu'il n'en sait rien!</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Sans vous faire rien voir, je vous en fais un conte,<br /> +Dont le peu de longueur épargne votre honte.<span class="dalign">190</span><br /> +<span class="i1">Las de tant de métiers sans honneur et sans fruit,</span><br /> +Quelque meilleur destin à Bordeaux l'a conduit;<br /> +Et là, comme il pensoit au choix d'un exercice,<br /> +Un brave du pays l'a pris à son service.<br /> +Ce guerrier amoureux en a fait son agent:<span class="dalign">195</span><br /> +Cette commission l'a remeublé d'argent;<br /> +Il sait avec adresse, en portant les paroles,<br /> +De la vaillante dupe attraper les pistoles;<br /> +Même de son agent il s'est fait son rival,<br /> +Et la beauté qu'il sert ne lui veut point de mal.<span class="dalign">200</span><br /> +Lorsque de ses amours vous aurez vu l'histoire,<br /> +Je vous le veux montrer plein d'éclat et de gloire,<br /> +Et la même action qu'il pratique aujourd'hui.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Que déjà cet espoir soulage mon ennui!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_445" id="Page_445">445</a></span> +<span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Il a caché son nom en battant la campagne,<span class="dalign">205</span><br /> +Et s'est fait de Clindor le sieur de la Montagne:<br /> +C'est ainsi que tantôt vous l'entendrez nommer.<br /> +Voyez tout sans rien dire et sans vous alarmer.<br /> +<span class="i1">Je tarde un peu beaucoup pour votre impatience;</span><br /> +N'en concevez pourtant aucune défiance:<span class="dalign">210</span><br /> +C'est qu'un charme ordinaire a trop peu de pouvoir<br /> +Sur les spectres parlants qu'il faut vous faire voir.<br /> +Entrons dedans ma grotte, afin que j'y prépare<br /> +Quelques charmes nouveaux pour un effet si rare.</p> + +<p class="center p2"><small><b>FIN DU PREMIER ACTE.</b></small></p> + +<hr class="c15" /> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_446" id="Page_446">446</a></span></p> + +<h2>ACTE II.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Quoi qui s'offre<a name="FNanchor_1263" id="FNanchor_1263" href="#Footnote_1263" class="fnanchor">[1263]</a> à nos yeux, n'en ayez point d'effroi<a name="FNanchor_1264" id="FNanchor_1264" href="#Footnote_1264" class="fnanchor">[1264]</a>;<br /> +De ma grotte surtout ne sortez qu'après moi:<br /> +Sinon, vous êtes mort. Voyez déjà paroître<br /> +Sous deux fantômes vains votre fils et son maître.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>O Dieux! je sens mon âme après lui s'envoler.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Faites-lui du silence, et l'écoutez parler.<span class="dalign">220</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">MATAMORE, CLINDOR.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Quoi! Monsieur, vous rêvez! et cette âme hautaine,<br /> +Après tant de beaux faits, semble être encore en peine!<br /> +N'êtes-vous point lassé d'abattre des guerriers,<br /> +Et vous faut-il encor quelques nouveaux lauriers<a name="FNanchor_1265" id="FNanchor_1265" href="#Footnote_1265" class="fnanchor">[1265]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Il est vrai que je rêve, et ne saurois résoudre<span class="dalign">225</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_447" id="Page_447">447</a></span> +Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre,<br /> +Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Eh! de grâce, Monsieur, laissez-les vivre encor:<br /> +Qu'ajouteroit leur perte à votre renommée?<br /> +D'ailleurs quand auriez-vous rassemblé votre armée<a name="FNanchor_1266" id="FNanchor_1266" href="#Footnote_1266" class="fnanchor">[1266]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Mon armée? Ah, poltron! ah, traître! pour leur mort<br /> +Tu crois donc que ce bras ne soit pas assez fort?<br /> +Le seul bruit de mon nom renverse les murailles<a name="FNanchor_1267" id="FNanchor_1267" href="#Footnote_1267" class="fnanchor">[1267]</a>,<br /> +Défait les escadrons, et gagne les batailles.<br /> +Mon courage invaincu contre les empereurs<span class="dalign">235</span><br /> +N'arme que la moitié de ses moindres fureurs;<br /> +D'un seul commandement que je fais aux trois Parques,<br /> +Je dépeuple l'État des plus heureux monarques;<br /> +Le foudre est mon canon, les Destins mes soldats:<br /> +Je couche d'un revers mille ennemis à bas.<span class="dalign">240</span><br /> +D'un souffle je réduis leurs projets en fumée;<br /> +Et tu m'oses parler cependant d'une armée!<br /> +Tu n'auras plus l'honneur de voir un second Mars:<br /> +Je vais t'assassiner d'un seul de mes regards,<br /> +Veillaque<a name="FNanchor_1268" id="FNanchor_1268" href="#Footnote_1268" class="fnanchor">[1268]</a>. Toutefois je songe à ma maîtresse:<span class="dalign">245</span><br /> +Ce penser m'adoucit: va, ma colère cesse<a name="FNanchor_1269" id="FNanchor_1269" href="#Footnote_1269" class="fnanchor">[1269]</a>,<br /> +Et ce petit archer qui dompte tous les Dieux<br /> +Vient de chasser la mort qui logeoit dans mes yeux.<br /> +Regarde, j'ai quitté cette effroyable mine<br /> +Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine;<span class="dalign">250</span><br /> +Et, pensant au bel œil qui tient ma liberté,<br /> +Je ne suis plus qu'amour, que grâce, que beauté.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_448" id="Page_448">448</a></span> +<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>O Dieux! en un moment que tout vous est possible!<br /> +Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible<a name="FNanchor_1270" id="FNanchor_1270" href="#Footnote_1270" class="fnanchor">[1270]</a>,<br /> +Et ne crois point d'objet si ferme en sa rigueur,<span class="dalign">255</span><br /> +Qu'il puisse constamment vous refuser son cœur<a name="FNanchor_1271" id="FNanchor_1271" href="#Footnote_1271" class="fnanchor">[1271]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Je te le dis encor, ne sois plus en alarme:<br /> +Quand je veux, j'épouvante; et quand je veux, je charme;<br /> +Et, selon qu'il me plaît, je remplis tour à tour<br /> +Les hommes de terreur, et les femmes d'amour.<span class="dalign">260</span><br /> +<span class="i1">Du temps que ma beauté m'étoit inséparable,</span><br /> +Leurs persécutions me rendoient misérable:<br /> +Je ne pouvois sortir sans les faire pâmer.<br /> +Mille mouroient par jour à force de m'aimer:<br /> +J'avois des rendez-vous de toutes les princesses;<span class="dalign">265</span><br /> +Les reines à l'envi mendioient mes caresses;<br /> +Celle d'Éthïopie, et celle du Japon,<br /> +Dans leurs soupirs d'amour ne mêloient que mon nom.<br /> +De passion pour moi deux sultanes troublèrent<a name="FNanchor_1272" id="FNanchor_1272" href="#Footnote_1272" class="fnanchor">[1272]</a>;<br /> +Deux autres, pour me voir, du sérail s'échappèrent:<span class="dalign">270</span><br /> +J'en fus mal quelque temps avec le Grand Seigneur.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Son mécontentement n'alloit qu'à votre honneur.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ces pratiques nuisoient à mes desseins de guerre,<br /> +Et pouvoient m'empêcher de conquérir la terre.<br /> +D'ailleurs, j'en devins las; et pour les arrêter,<span class="dalign">275</span><br /> +J'envoyai le Destin dire à son Jupiter<br /> +Qu'il trouvât un moyen qui<a name="FNanchor_1273" id="FNanchor_1273" href="#Footnote_1273" class="fnanchor">[1273]</a> fît cesser les flammes<br /> +Et l'importunité dont m'accabloient les dames:<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_449" id="Page_449">449</a></span> +Qu'autrement ma colère iroit dedans les cieux<br /> +Le dégrader soudain de l'empire des Dieux,<span class="dalign">280</span><br /> +Et donneroit à Mars à gouverner sa foudre<a name="FNanchor_1274" id="FNanchor_1274" href="#Footnote_1274" class="fnanchor">[1274]</a>.<br /> +La frayeur qu'il en eut le fit bientôt résoudre:<br /> +Ce que je demandois fut prêt en un moment;<br /> +Et depuis, je suis beau quand je veux seulement.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Que j'aurois, sans cela, de poulets à vous rendre!<span class="dalign">285</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>De quelle que ce soit, garde-toi bien d'en prendre,<br /> +Sinon de.... Tu m'entends? Que dit-elle de moi?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Que vous êtes des cœurs et le charme et l'effroi;<br /> +Et que si quelque effet peut suivre vos promesses,<br /> +Son sort est plus heureux que celui des Déesses.<span class="dalign">290</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Écoute. En ce temps-là, dont tantôt je parlois,<br /> +Les Déesses aussi se rangeoient sous mes lois;<br /> +Et je te veux conter une étrange aventure<br /> +Qui jeta du désordre en toute la nature,<br /> +Mais désordre aussi grand qu'on en voie arriver.<span class="dalign">295</span><br /> +<span class="i1">Le Soleil fut un jour sans se pouvoir lever,</span><br /> +Et ce visible Dieu, que tant de monde adore,<br /> +Pour marcher devant lui ne trouvoit point d'Aurore:<br /> +On la cherchoit partout, au lit du vieux Tithon,<br /> +Dans les bois de Céphale, au palais de Memnon;<span class="dalign">300</span><br /> +Et faute de trouver cette belle fourrière<a name="FNanchor_1275" id="FNanchor_1275" href="#Footnote_1275" class="fnanchor">[1275]</a>,<br /> +Le jour jusqu'à midi se passa sans lumière<a name="FNanchor_1276" id="FNanchor_1276" href="#Footnote_1276" class="fnanchor">[1276]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Où pouvoit être alors la reine des clartés<a name="FNanchor_1277" id="FNanchor_1277" href="#Footnote_1277" class="fnanchor">[1277]</a>?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_450" id="Page_450">450</a></span> +<span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Au milieu de ma chambre, à m'offrir ses beautés.<br /> +Elle y perdit son temps, elle y perdit ses larmes;<span class="dalign">305</span><br /> +Mon cœur fut insensible à ses plus puissants charmes;<br /> +Et tout ce qu'elle obtint pour son frivole amour<a name="FNanchor_1278" id="FNanchor_1278" href="#Footnote_1278" class="fnanchor">[1278]</a><br /> +Fut un ordre précis d'aller rendre le jour.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Cet étrange accident me revient en mémoire;<br /> +J'étois lors en Mexique, où j'en appris l'histoire,<span class="dalign">310</span><br /> +Et j'entendis conter que la Perse en courroux<br /> +De l'affront de son Dieu murmuroit contre vous.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>J'en ouïs quelque chose, et je l'eusse punie;<br /> +Mais j'étois engagé dans la Transylvanie,<br /> +Où ses ambassadeurs, qui vinrent l'excuser,<span class="dalign">315</span><br /> +A force de présents me surent apaiser.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Que la clémence est belle en un si grand courage!</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Contemple, mon ami, contemple ce visage:<br /> +Tu vois un abrégé de toutes les vertus.<br /> +D'un monde d'ennemis sous mes pieds abattus,<span class="dalign">320</span><br /> +Dont la race est périe, et la terre déserte,<br /> +Pas un qu'à son orgueil n'a jamais dû sa perte.<br /> +Tous ceux qui font hommage à mes perfections<br /> +Conservent leurs États par leurs submissions.<br /> +<span class="i1">En Europe, où les rois sont d'une humeur civile,</span><span class="dalign">325</span><br /> +Je ne leur rase point de château ni de ville:<br /> +Je les souffre régner, mais chez les Africains,<span class="pagenum"><a name="Page_451" id="Page_451">451</a></span><br /> +Partout où j'ai trouvé des rois un peu trop vains,<br /> +J'ai détruit les pays<a name="FNanchor_1279" id="FNanchor_1279" href="#Footnote_1279" class="fnanchor">[1279]</a> pour punir leurs monarques<a name="FNanchor_1280" id="FNanchor_1280" href="#Footnote_1280" class="fnanchor">[1280]</a>,<br /> +Et leurs vastes déserts en sont de bonnes marques:<span class="dalign">330</span><br /> +Ces grands sables qu'à peine on passe sans horreur<br /> +Sont d'assez beaux effets de ma juste fureur.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Revenons à l'amour: voici votre maîtresse.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ce diable de rival l'accompagne sans cesse.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Où vous retirez-vous?</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i9">Ce fat n'est pas vaillant;</span><span class="dalign">335</span><br /> +Mais il a quelque humeur qui le rend insolent.<br /> +Peut-être qu'orgueilleux d'être avec cette belle,<br /> +Il seroit assez vain pour me faire querelle.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Ce seroit bien courir lui-même à son malheur.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point de valeur<a name="FNanchor_1281" id="FNanchor_1281" href="#Footnote_1281" class="fnanchor">[1281]</a>.<span class="dalign">340</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Cessez d'être charmant, et faites-vous terrible.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Mais tu n'en prévois pas l'accident infaillible;<br /> +Je ne saurois me faire effroyable à demi:<br /> +Je tuerois ma maîtresse avec mon ennemi.<br /> +Attendons en ce coin l'heure qui les sépare.<span class="dalign">345</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Comme votre valeur, votre prudence est rare.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_452" id="Page_452">452</a></span></p> + +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">ADRASTE, ISABELLE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Hélas! s'il est ainsi, quel malheur est le mien!<br /> +Je soupire, j'endure, et je n'avance rien;<br /> +Et malgré les transports de mon amour extrême,<br /> +Vous ne voulez pas croire encor que je vous aime.<span class="dalign">350</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je ne sais pas, Monsieur, de quoi vous me blâmez.<br /> +Je me connois aimable, et crois que vous m'aimez:<br /> +Dans vos soupirs ardents j'en vois trop d'apparence;<br /> +Et quand bien de leur part j'aurois moins d'assurance,<br /> +Pour peu qu'un honnête homme ait vers moi<a name="FNanchor_1282" id="FNanchor_1282" href="#Footnote_1282" class="fnanchor">[1282]</a> de crédit,<br /> +Je lui fais la faveur de croire ce qu'il dit.<br /> +Rendez-moi la pareille; et puisqu'à votre flamme<br /> +Je ne déguise rien de ce que j'ai dans l'âme,<br /> +Faites-moi la faveur de croire sur ce point<br /> +Que bien que vous m'aimiez, je ne vous aime point.<span class="dalign">360</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Cruelle, est-ce là donc<a name="FNanchor_1283" id="FNanchor_1283" href="#Footnote_1283" class="fnanchor">[1283]</a> ce que vos injustices<br /> +Ont réservé de prix à de si longs services?<br /> +Et mon fidèle amour est-il si criminel<br /> +Qu'il doive être puni d'un mépris éternel?</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses:<br /> +Des épines pour moi, vous les nommez des roses;<br /> +Ce que vous appelez service, affection,<br /> +Je l'appelle supplice et persécution.<br /> +Chacun dans sa croyance également s'obstine.<span class="pagenum"><a name="Page_453" id="Page_453">453</a></span><br /> +Vous pensez m'obliger d'un feu qui m'assassine;<span class="dalign">370</span><br /> +Et ce que vous jugez digne du plus haut prix<a name="FNanchor_1284" id="FNanchor_1284" href="#Footnote_1284" class="fnanchor">[1284]</a><br /> +Ne mérite, à mon gré, que haine et que mépris.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>N'avoir que du mépris pour des flammes si saintes<br /> +Dont j'ai reçu du ciel les premières atteintes!<br /> +Oui, le ciel, au moment qu'il me fit respirer,<span class="dalign">375</span><br /> +Ne me donna de cœur que pour vous adorer<a name="FNanchor_1285" id="FNanchor_1285" href="#Footnote_1285" class="fnanchor">[1285]</a>.<br /> +Mon âme vint au jour pleine de votre idée<a name="FNanchor_1286" id="FNanchor_1286" href="#Footnote_1286" class="fnanchor">[1286]</a>;<br /> +Avant que de vous voir vous l'avez possédée;<br /> +Et quand je me rendis à des regards si doux<a name="FNanchor_1287" id="FNanchor_1287" href="#Footnote_1287" class="fnanchor">[1287]</a>,<br /> +Je ne vous donnai rien qui ne fût tout à vous,<span class="dalign">380</span><br /> +Rien que l'ordre du ciel n'eût déjà fait tout vôtre.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir une autre<a name="FNanchor_1288" id="FNanchor_1288" href="#Footnote_1288" class="fnanchor">[1288]</a>;<br /> +Il vous fit pour m'aimer, et moi pour vous haïr:<br /> +Gardons-nous bien tous deux de lui désobéir.<br /> +Vous avez, après tout, bonne part à sa haine<a name="FNanchor_1289" id="FNanchor_1289" href="#Footnote_1289" class="fnanchor">[1289]</a>,<span class="dalign">385</span><br /> +Ou d'un crime secret il vous livre à la peine;<br /> +Car je ne pense pas qu'il soit tourment égal<br /> +Au supplice d'aimer qui vous traite si mal.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_454" id="Page_454">454</a></span> +<span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>La grandeur de mes maux vous étant si connue,<br /> +Me refuserez-vous la pitié qui m'est due?<span class="dalign">390</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Certes j'en ai beaucoup, et vous plains d'autant plus<br /> +Que je vois ces tourments tout à fait superflus<a name="FNanchor_1290" id="FNanchor_1290" href="#Footnote_1290" class="fnanchor">[1290]</a>,<br /> +Et n'avoir pour tout fruit d'une longue souffrance<br /> +Que l'incommode honneur d'une triste constance.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Un père l'autorise, et mon feu maltraité<span class="dalign">395</span><br /> +Enfin aura recours à son autorité.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ce n'est pas le moyen de trouver votre conte<a name="FNanchor_1291" id="FNanchor_1291" href="#Footnote_1291" class="fnanchor">[1291]</a>;<br /> +Et d'un si beau dessein vous n'aurez que la honte.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>J'espère voir pourtant, avant la fin du jour,<br /> +Ce que peut son vouloir au défaut de l'amour.<span class="dalign">400</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Et moi, j'espère voir, avant que le jour passe,<br /> +Un amant accablé de nouvelle disgrâce.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +Eh quoi! cette rigueur ne cessera jamais? + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Allez trouver mon père, et me laissez en paix.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Votre âme, au repentir de sa froideur passée,<span class="dalign">405</span><br /> +Ne la veut point quitter sans être un peu forcée:<br /> +J'y vais tout de ce pas, mais avec des serments<br /> +Que c'est pour obéir à vos commandements.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Allez continuer une vaine poursuite.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_455" id="Page_455">455</a></span></p> + +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">MATAMORE, ISABELLE, CLINDOR.</h4> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Eh bien! dès qu'il m'a vu, comme a-t-il pris la fuite?<span class="dalign">410</span><br /> +M'a-t-il bien su quitter la place au même instant?</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ce n'est pas honte à lui, les rois en font autant,<br /> +Du moins si ce grand bruit qui court de vos merveilles<a name="FNanchor_1292" id="FNanchor_1292" href="#Footnote_1292" class="fnanchor">[1292]</a><br /> +N'a trompé mon esprit en frappant mes oreilles.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Vous le pouvez bien croire, et pour le témoigner,<span class="dalign">415</span><br /> +Choisissez en quels lieux il vous plaît de régner:<br /> +Ce bras tout aussitôt vous conquête un empire;<br /> +J'en jure par lui-même, et cela c'est tout dire.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ne prodiguez pas tant ce bras toujours vainqueur;<br /> +Je ne veux point régner que dessus votre cœur:<span class="dalign">420</span><br /> +Toute l'ambition que me donne ma flamme,<br /> +C'est d'avoir pour sujets les desirs de votre âme.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ils vous sont tous acquis, et pour vous faire voir<br /> +Que vous avez<a name="FNanchor_1293" id="FNanchor_1293" href="#Footnote_1293" class="fnanchor">[1293]</a> sur eux un absolu pouvoir,<br /> +Je n'écouterai plus cette humeur de conquête;<span class="dalign">425</span><br /> +Et laissant tous les rois leurs couronnes en tête,<br /> +J'en prendrai seulement deux ou trois pour valets,<br /> +Qui viendront à genoux vous rendre mes poulets.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>L'éclat de tels suivants attireroit l'envie<span class="pagenum"><a name="Page_456" id="Page_456">456</a></span><br /> +Sur le rare bonheur où je coule ma vie;<span class="dalign">430</span><br /> +Le commerce discret de nos affections<br /> +N'a besoin que de lui pour ces commissions<a name="FNanchor_1294" id="FNanchor_1294" href="#Footnote_1294" class="fnanchor">[1294]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Vous avez, Dieu me sauve! un esprit à ma mode;<br /> +Vous trouvez, comme moi, la grandeur incommode.<br /> +Les sceptres les plus beaux n'ont rien pour moi d'exquis:<br /> +Je les rends aussitôt que je les ai conquis,<br /> +Et me suis vu charmer quantité de princesses,<br /> +Sans que jamais mon cœur les voulût pour maîtresses<a name="FNanchor_1295" id="FNanchor_1295" href="#Footnote_1295" class="fnanchor">[1295]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Certes en ce point seul je manque un peu de foi.<br /> +Que vous ayez quitté des princesses pour moi!<span class="dalign">440</span><br /> +Que vous leur refusiez un cœur dont je dispose<a name="FNanchor_1296" id="FNanchor_1296" href="#Footnote_1296" class="fnanchor">[1296]</a>!</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE<a name="FNanchor_1297" id="FNanchor_1297" href="#Footnote_1297" class="fnanchor">[1297]</a>.</span></p> + +<p>Je crois que la Montagne en saura quelque chose.<br /> +Viens çà. Lorsqu'en la Chine, en ce fameux tournoi,<br /> +Je donnai dans la vue aux deux filles du Roi,<br /> +Que te dit-on en cour de cette jalousie<a name="FNanchor_1298" id="FNanchor_1298" href="#Footnote_1298" class="fnanchor">[1298]</a><span class="dalign">445</span><br /> +Dont pour moi toutes deux eurent l'âme saisie<a name="FNanchor_1299" id="FNanchor_1299" href="#Footnote_1299" class="fnanchor">[1299]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Par vos mépris enfin l'une et l'autre<a name="FNanchor_1300" id="FNanchor_1300" href="#Footnote_1300" class="fnanchor">[1300]</a> mourut.<br /> +J'étois lors en Égypte, où le bruit en courut;<br /> +Et ce fut en ce temps que la peur de vos armes<br /> +Fit nager le grand Caire en un fleuve de larmes.<span class="dalign">450</span><br /> +Vous veniez d'assommer dix géants en un jour;<br /> +Vous aviez désolé les pays d'alentour,<span class="pagenum"><a name="Page_457" id="Page_457">457</a></span><br /> +Rasé quinze châteaux, aplani deux montagnes,<br /> +Fait passer par le feu villes, bourgs et campagnes,<br /> +Et défait, vers Damas, cent mille combattants.<span class="dalign">455</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Que tu remarques bien et les lieux et les temps!<br /> +Je l'avois oublié.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i7">Des faits si pleins de gloire</span><br /> +Vous peuvent-ils ainsi sortir de la mémoire?</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Trop pleine de lauriers remportés sur les rois<a name="FNanchor_1301" id="FNanchor_1301" href="#Footnote_1301" class="fnanchor">[1301]</a>,<br /> +Je ne la charge point de ces menus exploits.<span class="dalign">460</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V<a name="FNanchor_1302" id="FNanchor_1302" href="#Footnote_1302" class="fnanchor">[1302]</a>.</h3> + +<h4 class="p2">MATAMORE, ISABELLE, CLINDOR, <span class="smcap">Page</span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">PAGE.</span></p> + +<p>Monsieur.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i4">Que veux-tu, page?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PAGE.</span></p> + +<p><span class="i12">Un courrier vous demande.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>D'où vient-il?</p> + +<p><span class="smcap i6">PAGE.</span></p> + +<p><span class="i6">De la part de la reine d'Islande.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ciel! qui sais comme quoi j'en suis persécuté,<br /> +Un peu plus de repos avec moins de beauté!<br /> +Fais qu'un si long mépris enfin la désabuse.<span class="dalign">465</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Voyez ce que pour vous ce grand guerrier refuse.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_458" id="Page_458">458</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je n'en puis plus douter.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i10">Il vous le disoit bien.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Elle m'a beau prier: non, je n'en ferai rien.<br /> +Et quoi qu'un fol espoir ose encor lui promettre,<br /> +Je lui vais envoyer sa mort dans une lettre.<span class="dalign">470</span><br /> +<span class="i1">Trouvez-le bon, ma reine, et souffrez cependant</span><br /> +Une heure d'entretien de ce cher confident,<br /> +Qui, comme de ma vie il sait toute l'histoire,<br /> +Vous fera voir sur qui vous avez la victoire.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Tardez encore moins, et par ce prompt retour<span class="dalign">475</span><br /> +Je jugerai quelle est envers moi votre amour.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">CLINDOR, ISABELLE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Jugez plutôt par là l'humeur du personnage:<br /> +Ce page n'est chez lui que pour ce badinage,<br /> +Et venir d'heure en heure avertir Sa Grandeur<br /> +D'un courrier, d'un agent, ou d'un ambassadeur.<span class="dalign">480</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ce message me plaît bien plus qu'il ne lui semble:<br /> +Il me défait d'un fou pour nous laisser ensemble.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Ce discours favorable enhardira mes feux<br /> +A bien user d'un temps<a name="FNanchor_1303" id="FNanchor_1303" href="#Footnote_1303" class="fnanchor">[1303]</a> si propice à mes vœux.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_459" id="Page_459">459</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Que m'allez-vous conter?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i10">Que j'adore Isabelle,</span><span class="dalign">485</span><br /> +Que je n'ai plus de cœur ni d'âme que pour elle,<br /> +Que ma vie....</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i6">Épargnez ces propos superflus;</span><br /> +Je les sais, je les crois, que voulez-vous de plus?<br /> +Je néglige à vos yeux l'offre d'un diadème;<br /> +Je dédaigne un rival: en un mot, je vous aime.<span class="dalign">490</span><br /> +C'est aux commencements des foibles passions<br /> +A s'amuser encore aux protestations:<br /> +Il suffit de nous voir au point où sont les nôtres;<br /> +Un coup d'œil vaut pour vous tous les discours des autres<a name="FNanchor_1304" id="FNanchor_1304" href="#Footnote_1304" class="fnanchor">[1304]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Dieux! qui l'eût jamais cru, que mon sort rigoureux<span class="dalign">495</span><br /> +Se rendît si facile à mon cœur amoureux!<br /> +Banni de mon pays par la rigueur d'un père,<br /> +Sans support, sans amis, accablé de misère,<br /> +Et réduit à flatter le caprice arrogant<br /> +Et les vaines humeurs d'un maître extravagant:<span class="dalign">500</span><br /> +Ce pitoyable état de ma triste fortune<a name="FNanchor_1305" id="FNanchor_1305" href="#Footnote_1305" class="fnanchor">[1305]</a><br /> +N'a rien qui vous déplaise ou qui vous importune;<br /> +Et d'un rival puissant les biens et la grandeur<br /> +Obtiennent moins sur vous que ma sincère ardeur.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>C'est comme il faut choisir. Un amour véritable<a name="FNanchor_1306" id="FNanchor_1306" href="#Footnote_1306" class="fnanchor">[1306]</a><span class="dalign">505</span><span class="pagenum"><a name="Page_460" id="Page_460">460</a></span><br /> +S'attache seulement à ce qu'il voit aimable<a name="FNanchor_1307" id="FNanchor_1307" href="#Footnote_1307" class="fnanchor">[1307]</a>.<br /> +Qui regarde les biens ou la condition<br /> +N'a qu'un amour avare, ou plein d'ambition,<br /> +Et souille lâchement par ce mélange infâme<br /> +Les plus nobles desirs qu'enfante une belle âme.<span class="dalign">510</span><br /> +Je sais bien que mon père a d'autres sentiments,<br /> +Et mettra de l'obstacle à nos contentements;<br /> +Mais l'amour sur mon cœur a pris trop de puissance<br /> +Pour écouter encor les lois de la naissance.<br /> +Mon père peut beaucoup, mais bien moins que ma foi:<br /> +Il a choisi pour lui, je veux choisir pour moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Confus de voir donner à mon peu de mérite....</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Voici mon importun, souffrez que je l'évite.</p> +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">ADRASTE, CLINDOR.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Que vous êtes heureux, et quel malheur me suit!<br /> +Ma maîtresse vous souffre, et l'ingrate me fuit.<span class="dalign">520</span><br /> +Quelque goût qu'elle prenne en votre compagnie,<br /> +Sitôt que j'ai paru, mon abord l'a bannie.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Sans avoir vu vos pas s'adresser en ce lieu<a name="FNanchor_1308" id="FNanchor_1308" href="#Footnote_1308" class="fnanchor">[1308]</a>,<br /> +Lasse de mes discours, elle m'a dit adieu.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Lasse de vos discours! votre humeur est trop bonne,<span class="dalign">525</span><br /> +Et votre esprit trop beau pour ennuyer personne.<br /> +Mais que lui contiez-vous qui pût l'importuner?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_461" id="Page_461">461</a></span> +<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Des choses qu'aisément vous pouvez deviner:<br /> +Les amours de mon maître, ou plutôt ses sottises,<br /> +Ses conquêtes en l'air, ses hautes entreprises.<span class="dalign">530</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Voulez-vous m'obliger? votre maître, ni vous,<br /> +N'êtes pas gens tous deux à me rendre jaloux;<br /> +Mais si vous ne pouvez arrêter ses saillies,<br /> +Divertissez<a name="FNanchor_1309" id="FNanchor_1309" href="#Footnote_1309" class="fnanchor">[1309]</a> ailleurs le cours de ses folies.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Que craignez-vous de lui, dont tous les compliments<span class="dalign">535</span><br /> +Ne parlent que de morts et de saccagements,<br /> +Qu'il bat, terrasse, brise, étrangle, brûle, assomme?</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Pour être son valet, je vous trouve honnête homme:<br /> +Vous n'êtes point de taille à servir sans dessein<a name="FNanchor_1310" id="FNanchor_1310" href="#Footnote_1310" class="fnanchor">[1310]</a><br /> +Un fanfaron plus fou que son discours n'est vain.<span class="dalign">540</span><br /> +Quoi qu'il en soit, depuis que je vous vois chez elle,<br /> +Toujours de plus en plus je l'éprouve cruelle:<br /> +Ou vous servez quelque autre, ou votre qualité<br /> +Laisse dans vos projets trop de témérité.<br /> +Je vous tiens fort suspect de quelque haute adresse.<span class="dalign">545</span><br /> +Que votre maître enfin fasse une autre maîtresse;<br /> +Ou s'il ne peut quitter un entretien si doux,<br /> +Qu'il se serve du moins d'un autre que de vous.<br /> +Ce n'est pas qu'après tout les volontés d'un père,<br /> +Qui sait ce que je suis, ne terminent l'affaire;<span class="dalign">550</span><br /> +Mais purgez-moi l'esprit de ce petit souci,<br /> +Et si vous vous aimez, bannissez-vous d'ici;<br /> +Car si je vous vois plus regarder cette porte,<br /> +Je sais comme traiter les gens de votre sorte.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_462" id="Page_462">462</a></span> +<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Me prenez-vous pour homme à nuire à votre feu<a name="FNanchor_1311" id="FNanchor_1311" href="#Footnote_1311" class="fnanchor">[1311]</a>?<span class="dalign">555</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Sans réplique, de grâce, ou nous verrons beau jeu.<br /> +Allez: c'est assez dit.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i8">Pour un léger ombrage,</span><br /> +C'est trop indignement traiter un bon courage.<br /> +Si le ciel en naissant ne m'a fait grand seigneur,<br /> +Il m'a fait le cœur ferme et sensible à l'honneur;<span class="dalign">560</span><br /> +Et je pourrois bien rendre un jour ce qu'on me prête<a name="FNanchor_1312" id="FNanchor_1312" href="#Footnote_1312" class="fnanchor">[1312]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Quoi! vous me menacez!</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i10">Non, non, je fais retraite.</span><br /> +D'un si cruel affront vous aurez peu de fruit;<br /> +Mais ce n'est pas ici qu'il faut faire du bruit.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">ADRASTE, LYSE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Ce bélître insolent me fait encor bravade.<span class="dalign">565</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>A ce compte, Monsieur, votre esprit est malade?</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Malade, mon esprit!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i8">Oui, puisqu'il est jaloux</span><br /> +Du malheureux agent de ce prince des foux<a name="FNanchor_1313" id="FNanchor_1313" href="#Footnote_1313" class="fnanchor">[1313]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_463" id="Page_463">463</a></span> +<span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Je sais ce que je suis et ce qu'est Isabelle<a name="FNanchor_1314" id="FNanchor_1314" href="#Footnote_1314" class="fnanchor">[1314]</a>,<br /> +Et crains peu qu'un valet me supplante auprès d'elle<a name="FNanchor_1315" id="FNanchor_1315" href="#Footnote_1315" class="fnanchor">[1315]</a>.<br /> +Je ne puis toutefois souffrir sans quelque ennui<br /> +Le plaisir qu'elle prend à causer avec lui<a name="FNanchor_1316" id="FNanchor_1316" href="#Footnote_1316" class="fnanchor">[1316]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>C'est dénier ensemble et confesser la dette.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Nomme, si tu le veux, ma boutade indiscrète,<br /> +Et trouve mes soupçons bien ou mal à propos;<span class="dalign">575</span><br /> +Je l'ai chassé d'ici pour me mettre en repos.<br /> +En effet, qu'en est-il?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">Si j'ose vous le dire,</span><br /> +Ce n'est plus que pour lui qu'Isabelle soupire.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Lyse, que me dis-tu<a name="FNanchor_1317" id="FNanchor_1317" href="#Footnote_1317" class="fnanchor">[1317]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">Qu'il possède son cœur,</span><br /> +Que jamais feux naissants n'eurent tant de vigueur,<span class="dalign">580</span><br /> +Qu'ils meurent l'un pour l'autre, et n'ont qu'une pensée.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Trop ingrate beauté, déloyale, insensée,<br /> +Tu m'oses donc ainsi préférer un maraud?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Ce rival orgueilleux le porte bien plus haut,<br /> +Et je vous en veux faire entière confidence:<span class="dalign">585</span><br /> +Il se dit gentilhomme, et riche.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_464" id="Page_464">464</a></span> +<span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p><span class="i12">Ah! l'impudence</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>D'un père rigoureux fuyant l'autorité,<br /> +Il a couru longtemps d'un et d'autre côté;<br /> +Enfin, manque d'argent peut-être, ou par caprice,<br /> +De notre Fiérabras il s'est mis au service<a name="FNanchor_1318" id="FNanchor_1318" href="#Footnote_1318" class="fnanchor">[1318]</a>,<span class="dalign">590</span><br /> +Et sous ombre d'agir pour ses folles amours<a name="FNanchor_1319" id="FNanchor_1319" href="#Footnote_1319" class="fnanchor">[1319]</a>,<br /> +Il a su pratiquer de si rusés détours,<br /> +Et charmer tellement cette pauvre abusée,<br /> +Que vous en avez vu votre ardeur méprisée;<br /> +Mais parlez à son père, et bientôt son pouvoir<span class="dalign">595</span><br /> +Remettra son esprit aux termes du devoir.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Je viens tout maintenant d'en tirer assurance<br /> +De recevoir les fruits de ma persévérance,<br /> +Et devant qu'il soit peu nous en verrons l'effet;<br /> +Mais, écoute, il me faut obliger tout à fait.<span class="dalign">600</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Où je vous puis servir j'ose tout entreprendre.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Peux-tu dans leurs amours me les faire surprendre?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Il n'est rien plus aisé: peut-être dès ce soir.</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Adieu donc. Souviens-toi de me les faire voir<a name="FNanchor_1320" id="FNanchor_1320" href="#Footnote_1320" class="fnanchor">[1320]</a>.<br /> +Cependant prends ceci seulement par avance.<span class="dalign">605</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_465" id="Page_465">465</a></span> +<span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Que le galant alors soit frotté d'importance!</p> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Crois-moi qu'il se verra, pour te mieux contenter,<br /> +Chargé d'autant de bois qu'il en pourra porter.</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">LYSE.</h4> + +<p>L'arrogant croit déjà tenir ville gagnée<a name="FNanchor_1321" id="FNanchor_1321" href="#Footnote_1321" class="fnanchor">[1321]</a>;<br /> +Mais il sera puni de m'avoir dédaignée.<span class="dalign">610</span><br /> +Parce qu'il est aimable, il fait le petit dieu,<br /> +Et ne veut s'adresser qu'aux filles de bon lieu.<br /> +Je ne mérite pas l'honneur de ses caresses:<br /> +Vraiment c'est pour son nez, il lui faut des maîtresses;<br /> +Je ne suis que servante: et qu'est-il que valet?<span class="dalign">615</span><br /> +Si son visage est beau, le mien n'est pas trop laid:<br /> +Il se dit riche et noble, et cela me fait rire;<br /> +Si loin de son pays, qui n'en peut autant dire?<br /> +Qu'il le soit: nous verrons ce soir, si je le tiens,<br /> +Danser sous le cotret sa noblesse et ses biens.<span class="dalign">620</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE X.</h3> + +<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +Le cœur vous bat un peu. + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p><span class="i10">Je crains cette menace.</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_466" id="Page_466">466</a></span> +<span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Lyse aime trop Clindor pour causer sa disgrâce.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Elle en est méprisée, et cherche à se venger.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Ne craignez point: l'amour la<a name="FNanchor_1322" id="FNanchor_1322" href="#Footnote_1322" class="fnanchor">[1322]</a> fera bien changer.</p> + +<p class="center p2"><small><b>FIN DU SECOND ACTE.</b></small></p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_467" id="Page_467">467</a></span></p> + +<h2>ACTE III.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRONTE, ISABELLE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Apaisez vos soupir et tarissez vos larmes;<span class="dalign">625</span><br /> +Contre ma volonté ce sont de foibles armes:<br /> +Mon cœur, quoique sensible à toutes vos douleurs,<br /> +Écoute la raison, et néglige vos pleurs.<br /> +Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous-même<a name="FNanchor_1323" id="FNanchor_1323" href="#Footnote_1323" class="fnanchor">[1323]</a>.<br /> +Vous dédaignez Adraste à cause que je l'aime;<span class="dalign">630</span><br /> +Et parce qu'il me plaît d'en faire votre époux,<br /> +Votre orgueil n'y voit rien qui soit digne de vous.<br /> +Quoi! manque-t-il de bien, de cœur ou de noblesse?<br /> +En est-ce le visage ou l'esprit qui vous blesse?<br /> +Il vous fait trop d'honneur.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i11">Je sais qu'il est parfait,</span><span class="dalign">635</span><br /> +Et que je réponds mal à l'honneur qu'il me fait<a name="FNanchor_1324" id="FNanchor_1324" href="#Footnote_1324" class="fnanchor">[1324]</a>;<br /> +Mais si votre bonté me permet en ma cause,<br /> +Pour me justifier, de dire quelque chose,<br /> +Par un secret instinct, que je ne puis nommer,<span class="pagenum"><a name="Page_468" id="Page_468">468</a></span><br /> +J'en fais beaucoup d'état, et ne le puis aimer.<span class="dalign">640</span><br /> +Souvent je ne sais quoi que le ciel nous inspire<a name="FNanchor_1325" id="FNanchor_1325" href="#Footnote_1325" class="fnanchor">[1325]</a><br /> +Soulève tout le cœur contre ce qu'on desire,<br /> +Et ne nous laisse pas en état d'obéir,<br /> +Quand on choisit pour nous ce qu'il nous fait haïr.<br /> +Il attache ici-bas avec des sympathies<span class="dalign">645</span><br /> +Les âmes que son ordre a là-haut assorties<a name="FNanchor_1326" id="FNanchor_1326" href="#Footnote_1326" class="fnanchor">[1326]</a>:<br /> +On n'en sauroit unir sans ses avis secrets;<br /> +Et cette chaîne manque où manquent ses décrets.<br /> +Aller contre les lois de cette providence,<br /> +C'est le prendre à partie, et blâmer sa prudence,<span class="dalign">650</span><br /> +L'attaquer en rebelle, et s'exposer aux coups<br /> +Des plus âpres malheurs qui suivent son courroux.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Insolente, est-ce ainsi que l'on se justifie<a name="FNanchor_1327" id="FNanchor_1327" href="#Footnote_1327" class="fnanchor">[1327]</a>?<br /> +Quel maître vous apprend cette philosophie?<br /> +Vous en savez beaucoup; mais tout votre savoir<span class="dalign">655</span><br /> +Ne m'empêchera pas d'user de mon pouvoir.<br /> +Si le ciel pour mon choix vous donne tant de haine,<br /> +Vous a-t-il mise en feu pour ce grand capitaine?<br /> +Ce guerrier valeureux vous tient-il dans ses fers<a name="FNanchor_1328" id="FNanchor_1328" href="#Footnote_1328" class="fnanchor">[1328]</a>?<br /> +Et vous a-t-il domptée avec tout l'univers?<span class="dalign">660</span><br /> +Ce fanfaron doit-il relever ma famille?</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Eh! de grâce, Monsieur, traitez mieux votre fille!</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Quel sujet donc vous porte à me désobéir?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_469" id="Page_469">469</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Mon heur et mon repos, que je ne puis trahir.<br /> +Ce que vous appelez un heureux hyménée<span class="dalign">665</span><br /> +N'est pour moi qu'un enfer si j'y suis condamnée.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Ah! qu'il en est encor de mieux faites que vous<br /> +Qui se voudroient bien voir dans un enfer si doux!<br /> +Après tout, je le veux; cédez à ma puissance.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Faites un autre essai de mon obéissance.<span class="dalign">670</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Ne me répliquez plus quand j'ai dit: «Je le veux.»<br /> +Rentrez: c'est désormais trop contesté<a name="FNanchor_1329" id="FNanchor_1329" href="#Footnote_1329" class="fnanchor">[1329]</a> nous deux.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRONTE.</h4> + +<p>Qu'à présent la jeunesse a d'étranges manies!<br /> +Les règles du devoir lui sont des tyrannies,<br /> +Et les droits les plus saints deviennent impuissants<span class="dalign">675</span><br /> +Contre cette fierté qui l'attache à son sens<a name="FNanchor_1330" id="FNanchor_1330" href="#Footnote_1330" class="fnanchor">[1330]</a><br /> +Telle est l'humeur du sexe: il aime à contredire,<br /> +Rejette obstinément le joug de notre empire,<br /> +Ne suit que son caprice en ses affections,<br /> +Et n'est jamais d'accord de nos élections.<span class="dalign">680</span><br /> +N'espère pas pourtant, aveugle et sans cervelle,<br /> +Que ma prudence cède à ton esprit rebelle.<br /> +Mais ce fou viendra-t-il toujours m'embarrasser?<br /> +Par force ou par adresse il me le faut chasser.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_470" id="Page_470">470</a></span></p> + +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRONTE, MATAMORE, CLINDOR.</h4> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE</span>, <span class="font90">à Clindor.</span></p> + +<p>Ne doit-on pas avoir pitié de ma fortune<a name="FNanchor_1331" id="FNanchor_1331" href="#Footnote_1331" class="fnanchor">[1331]</a>?<span class="dalign">685</span><br /> +Le grand vizir encor de nouveau m'importune;<br /> +Le Tartare, d'ailleurs, m'appelle à son secours;<br /> +Narsingue et Calicut<a name="FNanchor_1332" id="FNanchor_1332" href="#Footnote_1332" class="fnanchor">[1332]</a> m'en pressent tous les jours:<br /> +Si je ne les refuse, il me faut mettre en quatre.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Pour moi, je suis d'avis que vous les laissiez battre:<span class="dalign">690</span><br /> +Vous emploieriez trop mal vos invincibles coups,<br /> +Si pour en servir un vous faisiez trois jaloux.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Tu dis bien: c'est assez de telles courtoisies;<br /> +Je ne veux qu'en amour donner des jalousies.<br /> +<span class="i1">Ah! Monsieur, excusez, si, faute de vous voir,</span><span class="dalign">695</span><br /> +Bien que si près de vous, je manquois au devoir.<br /> +Mais quelle émotion paroît sur ce visage?<br /> +Où sont vos ennemis, que j'en fasse carnage<a name="FNanchor_1333" id="FNanchor_1333" href="#Footnote_1333" class="fnanchor">[1333]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Monsieur, grâces aux Dieux, je n'ai point d'ennemis.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Mais grâces à ce bras qui vous les a soumis.<span class="dalign">700</span></p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>C'est une grâce encor que j'avois ignorée.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Depuis que ma faveur<a name="FNanchor_1334" id="FNanchor_1334" href="#Footnote_1334" class="fnanchor">[1334]</a> pour vous s'est déclarée,<br /> +Ils sont tous morts de peur, ou n'ont osé branler.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_471" id="Page_471">471</a></span> +<span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>C'est ailleurs maintenant qu'il vous faut signaler:<br /> +Il fait beau voir ce bras, plus craint que le tonnerre,<span class="dalign">705</span><br /> +Demeurer si paisible en un temps plein de guerre;<br /> +Et c'est pour acquérir un nom bien relevé,<br /> +D'être dans une ville à battre le pavé.<br /> +Chacun croit votre gloire à faux titre usurpée,<br /> +Et vous ne passez plus que pour traîneur d'épée.<span class="dalign">710</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ah, ventre! il est tout vrai que vous avez raison.<br /> +Mais le moyen d'aller, si je suis en prison?<br /> +Isabelle m'arrête, et ses yeux pleins de charmes<br /> +Ont captivé mon cœur et suspendu mes armes.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Si rien que son sujet ne vous tient arrêté,<span class="dalign">715</span><br /> +Faites votre équipage en toute liberté:<br /> +Elle n'est pas pour vous; n'en soyez point en peine.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ventre! que dites-vous? Je la veux faire reine.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois<br /> +Du crotesque<a name="FNanchor_1335" id="FNanchor_1335" href="#Footnote_1335" class="fnanchor">[1335]</a> récit de vos rares exploits.<span class="dalign">720</span><br /> +La sottise ne plaît qu'alors qu'elle est nouvelle:<br /> +En un mot, faites reine une autre qu'Isabelle.<br /> +Si pour l'entretenir vous venez plus ici....</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Il a perdu le sens, de me parler ainsi.<br /> +Pauvre homme, sais-tu bien que mon nom effroyable<span class="dalign">725</span><br /> +Met le Grand Turc en fuite, et fait trembler le diable;<br /> +Que pour t'anéantir je ne veux qu'un moment?</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>J'ai chez moi des valets à mon commandement,<span class="pagenum"><a name="Page_472" id="Page_472">472</a></span><br /> +Qui n'ayant pas l'esprit de faire des bravades<a name="FNanchor_1336" id="FNanchor_1336" href="#Footnote_1336" class="fnanchor">[1336]</a>,<br /> +Répondroient de la main à vos rodomontades.<span class="dalign">730</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE</span>, <span class="font90">à Clindor.</span></p> + +<p>Dis-lui ce que j'ai fait en mille et mille lieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>Adieu: modérez-vous; il vous en prendra mieux;<br /> +Bien que je ne sois pas de ceux qui vous haïssent,<br /> +J'ai le sang un peu chaud, et mes gens m'obéissent.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">MATAMORE, CLINDOR.</h4> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Respect de ma maîtresse, incommode vertu,<span class="dalign">735</span><br /> +Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu?<br /> +Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père<a name="FNanchor_1337" id="FNanchor_1337" href="#Footnote_1337" class="fnanchor">[1337]</a>,<br /> +Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère!<br /> +Ah! visible démon, vieux spectre décharné,<br /> +Vrai suppôt de Satan, médaille de damné<a name="FNanchor_1338" id="FNanchor_1338" href="#Footnote_1338" class="fnanchor">[1338]</a>,<span class="dalign">740</span><br /> +Tu m'oses donc bannir, et même avec menaces,<br /> +Moi de qui tous les rois briguent les bonnes grâces</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Tandis qu'il est dehors, allez, dès aujourd'hui,<br /> +Causer de vos amours, et vous moquer de lui.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Cadédiou! ses valets feroient quelque insolence.<span class="dalign">745</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Ce fer a trop de quoi dompter leur violence.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Oui, mais les feux qu'il jette en sortant de prison<span class="pagenum"><a name="Page_473" id="Page_473">473</a></span><br /> +Auroient en un moment embrasé la maison,<br /> +Dévoré tout à l'heure ardoises et gouttières,<br /> +Faîtes, lattes, chevrons, montants, courbes, filières,<span class="dalign">750</span><br /> +Entretoises, sommiers, colonnes, soliveaux,<br /> +Parnes, soles, appuis, jambages, traveteaux<a name="FNanchor_1339" id="FNanchor_1339" href="#Footnote_1339" class="fnanchor">[1339]</a>,<br /> +Portes, grilles, verrous, serrures, tuiles, pierre,<br /> +Plomb, fer, plâtre, ciment, peinture<a name="FNanchor_1340" id="FNanchor_1340" href="#Footnote_1340" class="fnanchor">[1340]</a>, marbre, verre,<br /> +Caves, puits, cours, perrons, salles, chambres, greniers,<br /> +Offices, cabinets, terrasses, escaliers.<br /> +Juge un peu quel désordre aux yeux de ma charmeuse;<br /> +Ces feux étoufferoient son ardeur amoureuse.<br /> +Va lui parler pour moi, toi qui n'es pas vaillant:<br /> +Tu puniras à moins un valet insolent.<span class="dalign">760</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>C'est m'exposer....</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i8">Adieu: je vois ouvrir la porte,</span><br /> +Et crains que sans respect cette canaille sorte.</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">CLINDOR, LYSE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR</span>, <span class="font90">seul<a name="FNanchor_1341" id="FNanchor_1341" href="#Footnote_1341" class="fnanchor">[1341]</a>.</span></p> + +<p>Le souverain poltron, à qui pour faire peur<br /> +Il ne faut qu'une feuille, une ombre, une vapeur!<br /> +Un vieillard le maltraite, il fuit pour une fille,<span class="dalign">765</span><br /> +Et tremble à tous moments de crainte qu'on l'étrille.<br /> +<span class="i1"> Lyse, que ton abord doit être dangereux!</span><span class="pagenum"><a name="Page_474" id="Page_474">474</a></span><br /> +Il donne l'épouvante à ce cœur généreux,<br /> +Cet unique vaillant, la fleur des capitaines,<br /> +Qui dompte autant de rois qu'il captive de reines!<span class="dalign">770</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Mon visage est ainsi malheureux en attraits:<br /> +D'autres charment de loin, le mien fait peur de près.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>S'il fait peur à des fous, il charme les plus sages:<br /> +Il n'est pas quantité de semblables visages.<br /> +Si l'on brûle pour toi, ce n'est pas sans sujet;<span class="dalign">775</span><br /> +Je ne connus jamais un si gentil objet;<br /> +L'esprit beau, prompt, accort, l'humeur un peu railleuse,<br /> +L'embonpoint ravissant, la taille avantageuse,<br /> +Les yeux doux, le teint vif, et les traits délicats:<br /> +Qui seroit le brutal qui ne t'aimeroit pas?<span class="dalign">780</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>De grâce, et depuis quand me trouvez-vous si belle?<br /> +Voyez bien, je suis Lyse, et non pas Isabelle.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Vous partagez vous deux mes inclinations:<br /> +J'adore sa fortune, et tes perfections.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Vous en embrassez trop, c'est assez pour vous d'une,<span class="dalign">785</span><br /> +Et mes perfections cèdent à sa fortune.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Quelque effort que je fasse à lui donner ma foi<a name="FNanchor_1342" id="FNanchor_1342" href="#Footnote_1342" class="fnanchor">[1342]</a>,<br /> +Penses-tu qu'en effet je l'aime plus que toi?<br /> +L'amour et l'hyménée ont diverse méthode:<br /> +L'un court au plus aimable, et l'autre au plus commode.<br /> +Je suis dans la misère, et tu n'as point de bien:<br /> +Un rien s'ajuste mal avec un autre rien<a name="FNanchor_1343" id="FNanchor_1343" href="#Footnote_1343" class="fnanchor">[1343]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_475" id="Page_475">475</a></span><br /> +Et malgré les douceurs que l'amour y déploie<a name="FNanchor_1344" id="FNanchor_1344" href="#Footnote_1344" class="fnanchor">[1344]</a>,<br /> +Deux malheureux ensemble ont toujours courte joie.<br /> +Ainsi j'aspire ailleurs, pour vaincre mon malheur;<span class="dalign">795</span><br /> +Mais je ne puis te voir sans un peu de douleur,<br /> +Sans qu'un soupir échappe à ce cœur, qui murmure<br /> +De ce qu'à mes desirs ma raison fait d'injure<a name="FNanchor_1345" id="FNanchor_1345" href="#Footnote_1345" class="fnanchor">[1345]</a>.<br /> +A tes moindres coups d'œil je me laisse charmer.<br /> +Ah! que je t'aimerois, s'il ne falloit qu'aimer,<span class="dalign">800</span><br /> +Et que tu me plairois, s'il ne falloit que plaire!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Que vous auriez d'esprit si vous saviez vous taire,<br /> +Ou remettre du moins en quelque autre saison<br /> +A montrer tant d'amour avec tant de raison!<br /> +Le grand trésor pour moi qu'un amoureux si sage,<span class="dalign">805</span><br /> +Qui par compassion n'ose me rendre hommage,<br /> +Et porte ses desirs à des partis meilleurs,<br /> +De peur de m'accabler sous nos communs malheurs!<span class="pagenum"><a name="Page_476" id="Page_476">476</a></span><br /> +Je n'oublierai jamais de si rares mérites:<br /> +Allez continuer cependant vos visites.<span class="dalign">810</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Que j'aurois avec toi l'esprit bien plus content!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Ma maîtresse là-haut est seule, et vous attend.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Tu me chasses ainsi!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i8">Non, mais je vous envoie</span><br /> +Aux lieux où vous aurez une plus longue joie<a name="FNanchor_1346" id="FNanchor_1346" href="#Footnote_1346" class="fnanchor">[1346]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Que même tes dédains me semblent gracieux!<span class="dalign">815</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Ah! que vous prodiguez un temps si précieux!<br /> +Allez.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<span class="i3">Souviens-toi donc que si j'en aime une<a name="FNanchor_1347" id="FNanchor_1347" href="#Footnote_1347" class="fnanchor">[1347]</a> autre<a name="FNanchor_1348" id="FNanchor_1348" href="#Footnote_1348" class="fnanchor">[1348]</a>....</span><br /> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>C'est de peur d'ajouter ma misère à la vôtre:<br /> +Je vous l'ai déjà dit, je ne l'oublierai pas.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Adieu: ta raillerie a pour moi tant d'appas,<span class="dalign">820</span><br /> +Que mon cœur à tes yeux de plus en plus s'engage,<br /> +Et je t'aimerois trop à tarder davantage.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">LYSE.</h4> + +<p>L'ingrat! il trouve enfin mon visage charmant,<span class="pagenum"><a name="Page_477" id="Page_477">477</a></span><br /> +Et pour se divertir il contrefait l'amant<a name="FNanchor_1349" id="FNanchor_1349" href="#Footnote_1349" class="fnanchor">[1349]</a>!<br /> +Qui néglige mes feux m'aime par raillerie,<span class="dalign">825</span><br /> +Me prend pour le jouet de sa galanterie,<br /> +Et par un libre aveu de me voler sa foi,<br /> +Me jure qu'il m'adore, et ne veut point de moi.<br /> +Aime en tous lieux, perfide, et partage ton âme;<br /> +Choisis qui tu voudras pour maîtresse ou pour femme;<br /> +Donne à tes intérêts à ménager tes vœux;<br /> +Mais ne crois plus tromper aucune de nous deux.<br /> +Isabelle vaut mieux qu'un amour politique,<br /> +Et je vaux mieux qu'un cœur où cet amour s'applique.<br /> +J'ai raillé comme toi, mais c'étoit seulement<span class="dalign">835</span><br /> +Pour ne t'avertir pas de mon ressentiment.<br /> +Qu'eût produit son éclat, que de la défiance?<br /> +Qui cache sa colère assure sa vengeance;<br /> +Et ma feinte douceur prépare beaucoup mieux<a name="FNanchor_1350" id="FNanchor_1350" href="#Footnote_1350" class="fnanchor">[1350]</a><br /> +Ce piége où tu vas choir, et bientôt, à mes yeux.<span class="dalign">840</span><br /> +<span class="i1">Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable?</span><br /> +Pour chercher sa fortune est-on si punissable?<span class="pagenum"><a name="Page_478" id="Page_478">478</a></span><br /> +Tu m'aimes, mais le bien te fait être inconstant:<br /> +Au siècle où nous vivons, qui n'en feroit autant?<br /> +Oublions des mépris où par force il s'excite<a name="FNanchor_1351" id="FNanchor_1351" href="#Footnote_1351" class="fnanchor">[1351]</a>,<span class="dalign">845</span><br /> +Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.<br /> +S'il m'aime, il se punit en m'osant dédaigner,<br /> +Et si je l'aime encor, je le dois épargner.<br /> +Dieux! à quoi me réduit ma folle inquiétude,<br /> +De vouloir faire grâce à tant d'ingratitude?<span class="dalign">850</span><br /> +Digne soif de vengeance, à quoi m'exposez-vous,<br /> +De laisser affoiblir un si juste courroux?<br /> +Il m'aime, et de mes yeux je m'en vois méprisée!<br /> +Je l'aime, et ne lui sers que d'objet de risée!<br /> +Silence, amour, silence: il est temps de punir;<span class="dalign">855</span><br /> +J'en ai donné ma foi: laisse-moi la tenir.<br /> +Puisque ton faux espoir ne fait qu'aigrir ma peine<a name="FNanchor_1352" id="FNanchor_1352" href="#Footnote_1352" class="fnanchor">[1352]</a>,<br /> +Fais céder tes douceurs à celles de la haine:<br /> +Il est temps qu'en mon cœur elle règne à son tour,<br /> +Et l'amour outragé ne doit plus être amour.<span class="dalign">860</span></p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_479" id="Page_479">479</a></span></p> + +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">MATAMORE.</h4> + +<p>Les voilà, sauvons-nous. Non, je ne vois personne.<br /> +Avançons hardiment. Tout le corps me frissonne.<br /> +Je les entends, fuyons. Le vent faisoit ce bruit.<br /> +Marchons sous la faveur des ombres de la nuit<a name="FNanchor_1353" id="FNanchor_1353" href="#Footnote_1353" class="fnanchor">[1353]</a>.<br /> +Vieux rêveur, malgré toi j'attends ici ma reine.<span class="dalign">865</span><br /> +<span class="i1">Ces diables de valets me mettent bien en peine.</span><br /> +De deux mille ans et plus, je ne tremblai si fort.<br /> +C'est trop me hasarder: s'ils sortent, je suis mort;<br /> +Car j'aime mieux mourir que leur donner bataille,<br /> +Et profaner mon bras contre cette canaille.<span class="dalign">870</span><br /> +Que le courage expose à d'étranges dangers!<br /> +Toutefois, en tout cas, je suis des plus légers;<br /> +S'il ne faut que courir, leur attente est dupée:<br /> +J'ai le pied pour le moins aussi bon que l'épée.<br /> +Tout de bon, je les vois: c'est fait, il faut mourir;<span class="dalign">875</span><br /> +J'ai le corps si glacé, que je ne puis courir<a name="FNanchor_1354" id="FNanchor_1354" href="#Footnote_1354" class="fnanchor">[1354]</a>.<br /> +Destin, qu'à ma valeur tu te montres contraire!...<br /> +C'est ma reine elle-même, avec mon secrétaire!<br /> +Tout mon corps se déglace: écoutons leurs discours,<br /> +Et voyons son adresse à traiter mes amours.<span class="dalign">880</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">CLINDOR, ISABELLE, MATAMORE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p class="font90 i2">(Matamore écoute caché<a name="FNanchor_1355" id="FNanchor_1355" href="#Footnote_1355" class="fnanchor">[1355]</a>.)</p> + +<p>Tout se prépare mal du côté de mon père;<span class="pagenum"><a name="Page_480" id="Page_480">480</a></span><br /> +Je ne le vis jamais d'une humeur si sévère:<br /> +Il ne souffrira plus votre maître ni vous.<br /> +Votre rival d'ailleurs est devenu jaloux<a name="FNanchor_1356" id="FNanchor_1356" href="#Footnote_1356" class="fnanchor">[1356]</a>:<br /> +C'est par cette raison que je vous fais descendre;<span class="dalign">885</span><br /> +Dedans mon cabinet ils pourroient nous surprendre;<br /> +Ici nous parlerons en plus de sûreté:<br /> +Vous pourrez vous couler d'un et d'autre côté;<br /> +Et si quelqu'un survient, ma retraite est ouverte.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>C'est trop prendre de soin pour empêcher ma perte.<span class="dalign">890</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je n'en puis prendre trop pour assurer un bien<a name="FNanchor_1357" id="FNanchor_1357" href="#Footnote_1357" class="fnanchor">[1357]</a><br /> +Sans qui tous autres biens à mes yeux ne sont rien:<br /> +Un bien qui vaut pour moi la terre toute entière,<br /> +Et pour qui seul enfin j'aime à voir la lumière.<br /> +Un rival par mon père attaque en vain ma foi;<span class="dalign">895</span><br /> +Votre amour seul a droit de triompher de moi:<br /> +Des discours de tous deux je suis persécutée;<br /> +Mais pour vous je me plais à me voir maltraitée<a name="FNanchor_1358" id="FNanchor_1358" href="#Footnote_1358" class="fnanchor">[1358]</a>,<br /> +Et des plus grands malheurs je bénirois les coups<a name="FNanchor_1359" id="FNanchor_1359" href="#Footnote_1359" class="fnanchor">[1359]</a>,<br /> +Si ma fidélité les enduroit pour vous.<span class="dalign">900</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Vous me rendez confus, et mon âme ravie<span class="pagenum"><a name="Page_481" id="Page_481">481</a></span><br /> +Ne vous peut, en revanche, offrir rien que ma vie:<br /> +Mon sang est le seul bien qui me reste en ces lieux,<br /> +Trop heureux de le perdre en servant vos beaux yeux!<br /> +Mais si mon astre un jour, changeant son influence,<span class="dalign">905</span><br /> +Me donne un accès libre aux lieux de ma naissance,<br /> +Vous verrez que ce choix n'est pas fort inéga<a name="FNanchor_1360" id="FNanchor_1360" href="#Footnote_1360" class="fnanchor">[1360]</a>,<br /> +Et que, tout balancé, je vaux bien mon riva<a name="FNanchor_1361" id="FNanchor_1361" href="#Footnote_1361" class="fnanchor">[1361]</a>.<br /> +Mais, avec ces douceurs, permettez-moi de craindre<a name="FNanchor_1362" id="FNanchor_1362" href="#Footnote_1362" class="fnanchor">[1362]</a><br /> +Qu'un père et ce rival ne veuillent vous contraindre.<span class="dalign">910</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>N'en ayez point d'alarme, et croyez qu'en ce cas<a name="FNanchor_1363" id="FNanchor_1363" href="#Footnote_1363" class="fnanchor">[1363]</a><br /> +L'un aura moins d'effet que l'autre n'a d'appas.<br /> +Je ne vous dirai point où je suis résolue:<br /> +Il suffit que sur moi je me rends absolue<a name="FNanchor_1364" id="FNanchor_1364" href="#Footnote_1364" class="fnanchor">[1364]</a>.<br /> +Ainsi tous les projets sont des projets en l'air<a name="FNanchor_1365" id="FNanchor_1365" href="#Footnote_1365" class="fnanchor">[1365]</a>.<span class="dalign">915</span><br /> +Ainsi....</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i4">Je n'en puis plus: il est temps de parler.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Dieux! on nous écoutoit.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i10">C'est notre capitaine:</span><br /> +Je vais bien l'apaiser; n'en soyez pas en peine<a name="FNanchor_1366" id="FNanchor_1366" href="#Footnote_1366" class="fnanchor">[1366]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_482" id="Page_482">482</a></span></p> + +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">MATAMORE, CLINDOR.</h4> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ah! traître!</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i5">Parlez bas; ces valets....</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i16"> Eh bien! quoi?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Ils fondront tout à l'heure et sur vous et sur moi.<span class="dalign">920</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE</span> le tire à un coin du théâtre<a name="FNanchor_1367" id="FNanchor_1367" href="#Footnote_1367" class="fnanchor">[1367]</a>.</p> + +<p>Viens çà. Tu sais ton crime, et qu'à l'objet que j'aime,<br /> +Loin de parler pour moi, tu parlois pour toi-même?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Oui, pour me rendre heureux j'ai fait quelques efforts<a name="FNanchor_1368" id="FNanchor_1368" href="#Footnote_1368" class="fnanchor">[1368]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Je te donne le choix de trois ou quatre morts:<br /> +Je vais, d'un coup de poing, te briser comme verre,<span class="dalign">925</span><br /> +Ou t'enfoncer tout vif au centre de la terre,<br /> +Ou te fendre en dix parts d'un seul coup de revers,<br /> +Ou te jeter si haut au-dessus des éclairs,<br /> +Que tu sois dévoré des feux élémentaires.<br /> +Choisis donc promptement, et pense à tes affaires<a name="FNanchor_1369" id="FNanchor_1369" href="#Footnote_1369" class="fnanchor">[1369]</a>.<span class="dalign">930</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Vous-même choisissez.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i9">Quel choix proposes-tu?</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_483" id="Page_483">483</a></span> +<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>De fuir en diligence, ou d'être bien battu.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Me menacer encore! ah, ventre! quelle audace!<br /> +Au lieu d'être à genoux, et d'implorer ma grâce!...<br /> +Il a donné le mot, ces valets<a name="FNanchor_1370" id="FNanchor_1370" href="#Footnote_1370" class="fnanchor">[1370]</a> vont sortir....<span class="dalign">935</span><br /> +Je m'en vais commander aux mers de t'engloutir.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Sans vous chercher si loin un si grand cimetière,<br /> +Je vous vais, de ce pas, jeter dans la rivière.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ils sont d'intelligence. Ah, tête!</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i12">Point de bruit:</span><br /> +J'ai déjà massacré dix hommes cette nuit<a name="FNanchor_1371" id="FNanchor_1371" href="#Footnote_1371" class="fnanchor">[1371]</a>;<span class="dalign">940</span><br /> +Et si vous me fâchez, vous en croîtrez le nombre.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Cadédiou! ce coquin a marché dans mon ombre;<br /> +Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas:<br /> +S'il avoit du respect, j'en voudrois faire cas.<br /> +<span class="i1">Écoute: je suis bon, et ce seroit dommage</span><span class="dalign">945</span><br /> +De priver l'univers d'un homme de courage.<br /> +Demande-moi pardon, et cesse par tes feux<a name="FNanchor_1372" id="FNanchor_1372" href="#Footnote_1372" class="fnanchor">[1372]</a><br /> +De profaner l'objet digne seul de mes vœux;<br /> +Tu connois ma valeur, éprouve ma clémence.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Plutôt, si votre amour a tant de véhémence,<span class="dalign">950</span><br /> +Faisons deux coups d'épée au nom de sa beauté.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_484" id="Page_484">484</a></span> +<span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Parbieu, tu me ravis de générosité.<br /> +Va, pour la conquérir n'use plus d'artifices;<br /> +Je te la veux donner pour prix de tes services:<br /> +Plains-toi dorénavant d'avoir un maître ingrat!<span class="dalign">955</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>A ce rare présent, d'aise le cœur me bat.<br /> +<span class="i1">Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime,</span><br /> +Puisse tout l'univers bruire de votre estime!</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE X.</h3> + +<h4 class="p2">ISABELLE, MATAMORE, CLINDOR.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je rends grâces au ciel de ce qu'il a permis<br /> +Qu'à la fin, sans combat, je vous vois bons amis.<span class="dalign">960</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Ne pensez plus, ma reine, à l'honneur que ma flamme<br /> +Vous devoit faire un jour de vous prendre pour femme;<br /> +Pour quelque occasion j'ai changé de dessein:<br /> +Mais je vous veux donner un homme de ma main;<br /> +Faites-en de l'état; il est vaillant lui-même;<span class="dalign">965</span><br /> +Il commandoit sous moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i10">Pour vous plaire, je l'aime.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Mais il faut du silence à notre affection.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Je vous promets silence, et ma protection.<br /> +Avouez-vous de moi par tous les coins du monde:<br /> +Je suis craint à l'égal sur la terre et sur l'onde.<span class="dalign">970</span><br /> +Allez, vivez contents sous une même loi.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_485" id="Page_485">485</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Pour vous mieux obéir, je lui donne ma foi.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Commandez que sa foi de quelque effet suivie<a name="FNanchor_1373" id="FNanchor_1373" href="#Footnote_1373" class="fnanchor">[1373]</a>....</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE XI.</h3> + +<h4 class="p2">GÉRONTE, ADRASTE, MATAMORE, CLINDOR, +ISABELLE, LYSE, <span class="smcap">troupe de Domestiques</span><a name="FNanchor_1374" id="FNanchor_1374" href="#Footnote_1374" class="fnanchor">[1374]</a>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p> + +<p>Cet insolent discours te coûtera la vie,<br /> +Suborneur.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i5">Ils ont pris mon courage en défaut:</span><span class="dalign">975</span><br /> +Cette porte est ouverte; allons gagner le haut.</p> + +<p class="ni2 font90">(Il entre chez Isabelle, après qu'elle et Lyse y sont entrées<a name="FNanchor_1375" id="FNanchor_1375" href="#Footnote_1375" class="fnanchor">[1375]</a>.)</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Traître! qui te fais fort d'une troupe brigande,<br /> +Je te choisirai bien au milieu de la bande.</p> + +<p><span class="smcap i6">GÉRONTE<a name="FNanchor_1376" id="FNanchor_1376" href="#Footnote_1376" class="fnanchor">[1376]</a>.</span></p> + +<p>Dieux! Adraste est blessé, courez au médecin.<br /> +Vous autres, cependant, arrêtez l'assassin.<span class="dalign">980</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Ah, ciel! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle<a name="FNanchor_1377" id="FNanchor_1377" href="#Footnote_1377" class="fnanchor">[1377]</a>:<br /> +Je tombe au précipice où mon destin m'appelle.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_486" id="Page_486">486</a></span> +<span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p> + +<p>C'en est fait, emportez ce corps à la maison;<br /> +Et vous, conduisez tôt ce traître à la prison.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE XII.</h3> + +<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Hélas! mon fils est mort.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<span class="i10">Que vous avez d'alarmes!</span><span class="dalign">985</span> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Ne lui refusez point le secours de vos charmes.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Un peu de patience, et sans un tel secours<br /> +Vous le verrez bientôt heureux en ses amours.</p> + +<p class="p2 center"><small><b>FIN DU TROISIÈME ACTE.</b></small></p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_487" id="Page_487">487</a></span></p> + +<h2>ACTE IV.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">ISABELLE.</h4> + +<p>Enfin le terme approche: un jugement inique<br /> +Doit abuser demain d'un pouvoir tyrannique<a name="FNanchor_1378" id="FNanchor_1378" href="#Footnote_1378" class="fnanchor">[1378]</a>,<span class="dalign">990</span><br /> +A son propre assassin immoler mon amant,<br /> +Et faire une vengeance au lieu d'un châtiment.<br /> +Par un décret injuste autant comme sévère,<br /> +Demain doit triompher la haine de mon père,<br /> +La faveur du pays, la qualité du mort<a name="FNanchor_1379" id="FNanchor_1379" href="#Footnote_1379" class="fnanchor">[1379]</a>,<span class="dalign">995</span><br /> +Le malheur d'Isabelle, et la rigueur du sort.<br /> +Hélas! que d'ennemis, et de quelle puissance,<br /> +Contre le foible appui que donne l'innocence,<br /> +Contre un pauvre inconnu, de qui tout le forfait<br /> +Est de m'avoir aimée, et d'être trop parfait<a name="FNanchor_1380" id="FNanchor_1380" href="#Footnote_1380" class="fnanchor">[1380]</a>!<span class="dalign">1000</span><br /> +Oui, Clindor, tes vertus et ton feu légitime,<br /> +T'ayant acquis mon cœur, ont fait aussi ton crime<a name="FNanchor_1381" id="FNanchor_1381" href="#Footnote_1381" class="fnanchor">[1381]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_488" id="Page_488">488</a></span><br /> +Mais en vain après toi l'on me laisse le jour;<br /> +Je veux perdre la vie en perdant mon amour:<br /> +Prononçant ton arrêt, c'est de moi qu'on dispose;<span class="dalign">1005</span><br /> +Je veux suivre ta mort, puisque j'en suis la cause,<br /> +Et le même moment verra par deux trépas<br /> +Nos esprits amoureux se rejoindre là-bas.<br /> +<span class="i1">Ainsi, père inhumain, ta cruauté déçue</span><br /> +De nos saintes ardeurs verra l'heureuse issue;<span class="dalign">1010</span><br /> +Et si ma perte alors fait naître tes douleurs,<br /> +Auprès de mon amant je rirai de tes pleurs.<br /> +Ce qu'un remords cuisant te coûtera de larmes<br /> +D'un si doux entretien augmentera les charmes;<br /> +Ou s'il n'a pas assez de quoi te tourmenter,<span class="dalign">1015</span><br /> +Mon ombre chaque jour viendra t'épouvanter,<br /> +S'attacher à tes pas dans l'horreur des ténèbres,<br /> +Présenter à tes yeux mille images funèbres,<br /> +Jeter dans ton esprit un éternel effroi,<br /> +Te reprocher ma mort, t'appeler après moi,<span class="dalign">1020</span><br /> +Accabler de malheurs ta languissante vie,<br /> +Et te réduire au point de me porter envie.<br /> +Enfin....</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_489" id="Page_489">489</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">ISABELLE, LYSE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i5">Quoi! chacun dort, et vous êtes ici?</span><br /> +Je vous jure, Monsieur en est en grand souci.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Quand on n'a plus d'espoir, Lyse, on n'a plus de crainte.<br /> +Je trouve des douceurs à faire ici ma plainte:<br /> +Ici je vis Clindor pour la dernière fois;<br /> +Ce lieu me redit mieux les accents de sa voix,<br /> +Et remet plus avant en mon âme éperdue<a name="FNanchor_1382" id="FNanchor_1382" href="#Footnote_1382" class="fnanchor">[1382]</a><br /> +L'aimable souvenir d'une si chère vue.<span class="dalign">1030</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Que vous prenez de peine à grossir vos ennuis!</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Que veux-tu que je fasse en l'état où je suis?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>De deux amants parfaits dont vous étiez servie,<br /> +L'un doit mourir demain, l'autre est déjà sans vie<a name="FNanchor_1383" id="FNanchor_1383" href="#Footnote_1383" class="fnanchor">[1383]</a>:<br /> +Sans perdre plus de temps à soupirer pour eux,<span class="dalign">1035</span><br /> +Il en faut trouver un qui les vaille tous deux.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>De quel front oses-tu me tenir ces paroles<a name="FNanchor_1384" id="FNanchor_1384" href="#Footnote_1384" class="fnanchor">[1384]</a>?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Quel fruit espérez-vous de vos douleurs frivoles?<br /> +Pensez-vous, pour pleurer et ternir vos appas,<br /> +Rappeler votre amant des portes du trépas?<span class="dalign">1040</span><br /> +Songez plutôt à faire une illustre conquête;<span class="pagenum"><a name="Page_490" id="Page_490">490</a></span><br /> +Je sais pour vos liens une âme toute prête,<br /> +Un homme incomparable.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<span class="i10">Ote-toi de mes yeux.</span> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Le meilleur jugement ne choisiroit pas mieux.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Pour croître mes douleurs faut-il que je te voie?<span class="dalign">1045</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Et faut-il qu'à vos yeux je déguise ma joie?</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>D'où te vient cette joie ainsi hors de saison?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Quand je vous l'aurai dit, jugez si j'ai raison.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ah! ne me conte rien.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">Mais l'affaire vous touche.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Parle-moi de Clindor, ou n'ouvre point la bouche.<span class="dalign">1050</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Ma belle humeur, qui rit au milieu des malheurs,<br /> +Fait plus en un moment qu'un siècle de vos pleurs:<br /> +Elle a sauvé Clindor</p>. + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i8">Sauvé Clindor?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i14">Lui-même:</span><br /> +Jugez après cela comme quoi je vous aime<a name="FNanchor_1385" id="FNanchor_1385" href="#Footnote_1385" class="fnanchor">[1385]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Eh! de grâce, où faut-il que je l'aille trouver?<span class="dalign">1055</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Je n'ai que commencé: c'est à vous d'achever.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_491" id="Page_491">491</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ah! Lyse!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i4">Tout de bon, seriez-vous pour le suivre?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Si je suivrois celui sans qui je ne puis vivre?<br /> +Lyse, si ton esprit ne le tire des fers,<br /> +Je l'accompagnerai jusque dans les enfers.<span class="dalign">1060</span><br /> +Va, ne demande plus si je suivrois sa fuite<a name="FNanchor_1386" id="FNanchor_1386" href="#Footnote_1386" class="fnanchor">[1386]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Puisqu'à ce beau dessein l'amour vous a réduite,<br /> +Écoutez où j'en suis, et secondez mes coups:<br /> +Si votre amant n'échappe, il ne tiendra qu'à vous.<br /> +<span class="i1">La prison est tout proche<a name="FNanchor_1387" id="FNanchor_1387" href="#Footnote_1387" class="fnanchor">[1387]</a>.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<span class="i11">Eh bien?</span> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i14">Ce voisinage</span><br /> +Au frère du concierge a fait voir mon visage;<br /> +Et comme c'est tout un que me voir et m'aimer,<br /> +Le pauvre malheureux s'en est laissé charmer.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je n'en avois rien su!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">J'en avois tant de honte</span><br /> +Que je mourois<a name="FNanchor_1388" id="FNanchor_1388" href="#Footnote_1388" class="fnanchor">[1388]</a> de peur qu'on vous en fît le conte;<span class="dalign">1070</span><br /> +Mais depuis quatre jours votre amant arrêté<br /> +A fait que l'allant voir je l'ai mieux écouté.<br /> +Des yeux et du discours flattant son espérance,<span class="pagenum"><a name="Page_492" id="Page_492">492</a></span><br /> +D'un mutuel amour j'ai formé l'apparence.<br /> +Quand on aime une fois, et qu'on se croit aimé,<span class="dalign">1075</span><br /> +On fait tout pour l'objet dont on est enflammé.<br /> +Par là j'ai sur mon âme assuré mon empire,<br /> +Et l'ai mis en état de ne m'oser dédire.<br /> +Quand il n'a plus douté de mon affection,<br /> +J'ai fondé mes refus sur sa condition;<span class="dalign">1080</span><br /> +Et lui, pour m'obliger, juroit de s'y déplaire,<br /> +Mais que malaisément il s'en pouvoit défaire;<br /> +Que les clefs des prisons qu'il gardoit aujourd'hui<br /> +Étoient le plus grand bien de son frère et de lui.<br /> +Moi de dire soudain que sa bonne fortune<a name="FNanchor_1389" id="FNanchor_1389" href="#Footnote_1389" class="fnanchor">[1389]</a><span class="dalign">1085</span><br /> +Ne lui pouvoit offrir d'heure plus opportune;<br /> +Que, pour se faire riche et pour me posséder,<br /> +Il n'avoit seulement qu'à s'en accommoder;<br /> +Qu'il tenoit dans les fers un seigneur de Bretagne<br /> +Déguisé sous le nom du sieur de la Montagne;<span class="dalign">1090</span><br /> +Qu'il falloit le sauver et le suivre chez lui;<br /> +Qu'il nous feroit du bien et seroit notre appui.<br /> +Il demeure étonné; je le presse, il s'excuse;<br /> +Il me parle d'amour, et moi je le refuse;<br /> +Je le quitte en colère, il me suit tout confus,<span class="dalign">1095</span><br /> +Me fait nouvelle excuse, et moi nouveau refus.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Mais enfin?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i4">J'y retourne, et le trouve fort triste;</span><br /> +Je le juge ébranlé; je l'attaque: il résiste.<br /> +Ce matin: «En un mot, le péril est pressant,<br /> +Ai-je dit; tu peux tout, et ton frère est absent<a name="FNanchor_1390" id="FNanchor_1390" href="#Footnote_1390" class="fnanchor">[1390]</a>.<span class="dalign">1100</span><br /> +—Mais il faut de l'argent pour un si long voyage,<span class="pagenum"><a name="Page_493" id="Page_493">493</a></span><br /> +M'a-t-il dit; il en faut pour faire l'équipage:<br /> +Ce cavalier en manque.»</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i8">Ah! Lyse, tu devois</span><br /> +Lui faire offre aussitôt de tout ce que j'avois<a name="FNanchor_1391" id="FNanchor_1391" href="#Footnote_1391" class="fnanchor">[1391]</a>:<br /> +Perles, bagues, habits.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i10">J'ai bien fait davantage<a name="FNanchor_1392" id="FNanchor_1392" href="#Footnote_1392" class="fnanchor">[1392]</a>:</span><span class="dalign">1105</span><br /> +J'ai dit qu'à vos beautés ce captif rend hommage,<br /> +Que vous l'aimez de même et fuirez avec nous.<br /> +Ce mot me l'a rendu si traitable et si doux,<br /> +Que j'ai bien reconnu qu'un peu de jalousie<br /> +Touchant votre Clindor brouilloit sa fantaisie<a name="FNanchor_1393" id="FNanchor_1393" href="#Footnote_1393" class="fnanchor">[1393]</a>,<span class="dalign">1110</span><br /> +Et que tous ces détours provenoient seulement<a name="FNanchor_1394" id="FNanchor_1394" href="#Footnote_1394" class="fnanchor">[1394]</a><br /> +D'une vaine frayeur qu'il ne fût mon amant.<br /> +Il est parti soudain après votre amour sue,<br /> +A trouvé tout aisé, m'en a promis l'issue,<br /> +Et vous mande pour moi<a name="FNanchor_1395" id="FNanchor_1395" href="#Footnote_1395" class="fnanchor">[1395]</a> qu'environ à minuit<a name="FNanchor_1396" id="FNanchor_1396" href="#Footnote_1396" class="fnanchor">[1396]</a><span class="dalign">1115</span><br /> +Vous soyez toute prête à déloger sans bruit.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Que tu me rends heureuse!</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i10">Ajoutez-y, de grâce,</span><br /> +Qu'accepter un mari pour qui je suis de glace,<br /> +C'est me sacrifier à vos contentements.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_494" id="Page_494">494</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +Aussi.... + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i4">Je ne veux point de vos remercîments.</span><span class="dalign">1120</span><br /> +Allez ployer bagage, et pour grossir la somme<a name="FNanchor_1397" id="FNanchor_1397" href="#Footnote_1397" class="fnanchor">[1397]</a>,<br /> +Joignez à vos bijoux les écus du bonhomme.<br /> +Je vous vends ses trésors, mais à fort bon marché;<br /> +J'ai dérobé ses clefs depuis qu'il est couché:<br /> +Je vous les livre.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i7">Allons y travailler ensemble<a name="FNanchor_1398" id="FNanchor_1398" href="#Footnote_1398" class="fnanchor">[1398]</a>.</span><span class="dalign">1125</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Passez-vous de mon aide.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i11">Eh quoi! le cœur te tremble?</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Non, mais c'est un secret tout propre à l'éveiller;<br /> +Nous ne nous garderions jamais de babiller.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Folle, tu ris toujours.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">De peur d'une surprise,</span><br /> +Je dois attendre ici le chef de l'entreprise;<span class="dalign">1130</span><br /> +S'il tardoit à la rue, il seroit reconnu;<br /> +Nous vous irons trouver dès qu'il sera venu.<br /> +C'est là sans raillerie.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i9">Adieu donc; je te laisse,</span><br /> +Et consens que tu sois aujourd'hui la maîtresse.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>C'est du moins.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_495" id="Page_495">495</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i7">Fais bon guet.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i13">Vous, faites bon butin.</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">LYSE.</h4> + +<p>Ainsi, Clindor, je fais moi seule ton destin;<br /> +Des fers où je t'ai mis c'est moi qui te délivre,<br /> +Et te puis, à mon choix, faire mourir ou vivre.<br /> +On me vengeoit de toi par delà mes desirs:<br /> +Je n'avois de dessein que contre tes plaisirs.<span class="dalign">1140</span><br /> +Ton sort trop rigoureux m'a fait changer d'envie;<br /> +Je te veux assurer tes plaisirs et ta vie;<br /> +Et mon amour éteint, te voyant en danger,<br /> +Renaît pour m'avertir que c'est trop me venger.<br /> +J'espère aussi, Clindor, que pour reconnoissance<a name="FNanchor_1399" id="FNanchor_1399" href="#Footnote_1399" class="fnanchor">[1399]</a>,<span class="dalign">1145</span><br /> +De ton ingrat amour étouffant la licence....</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">MATAMORE, ISABELLE, LYSE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Quoi! chez nous, et de nuit!</p> + +<span class="pagenum"><a name="Page_496" id="Page_496">496</a></span> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i10">L'autre jour....</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i16">Qu'est-ce-ci:</span><br /> +«L'autre jour?» est-il temps que je vous trouve ici?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>C'est ce grand capitaine. Où s'est-il laissé prendre?</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>En montant l'escalier je l'en ai vu descendre.<span class="dalign">1150</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>L'autre jour, au défaut de mon affection,<br /> +J'assurai vos appas de ma protection.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Après?</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i4">On vint ici faire une brouillerie;</span><br /> +Vous rentrâtes voyant cette forfanterie;<br /> +Et pour vous protéger, je vous suivis soudain.<span class="dalign">1155</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Votre valeur prit lors un généreux dessein.<br /> +Depuis?</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i4">Pour conserver une dame si belle,</span><br /> +Au plus haut du logis j'ai fait la sentinelle.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Sans sortir?</p> + +<p><span class="smcap i4">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i5">Sans sortir.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i10">C'est-à-dire, en deux mots,</span><br /> +Que la peur l'enfermoit dans la chambre aux fagots<a name="FNanchor_1400" id="FNanchor_1400" href="#Footnote_1400" class="fnanchor">[1400]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_497" id="Page_497">497</a></span> +<span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>La peur?</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i4">Oui, vous tremblez: la vôtre est sans égale.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Parce qu'elle a bon pas, j'en fais mon Bucéphale;<br /> +Lorsque je la domptai, je lui fis cette loi;<br /> +Et depuis, quand je marche, elle tremble sous moi.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Votre caprice est rare à choisir des montures.<span class="dalign">1165</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>C'est pour aller plus vite aux grandes aventures.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Vous en exploitez bien. Mais changeons de discours:<br /> +Vous avez demeuré là dedans quatre jours?</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Quatre jours.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<span class="i6">Et vécu?</span> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p><span class="i10">De nectar, d'ambrosie<a name="FNanchor_1401" id="FNanchor_1401" href="#Footnote_1401" class="fnanchor">[1401]</a>.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Je crois que cette viande aisément rassasie?<span class="dalign">1170</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Aucunement.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i6">Enfin vous étiez descendu....</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Pour faire qu'un amant en vos bras fût rendu,<br /> +Pour rompre sa prison, en fracasser les portes,<br /> +Et briser en morceaux ses chaînes les plus fortes.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_498" id="Page_498">498</a></span> +<span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Avouez franchement que, pressé de la faim,<span class="dalign">1175</span><br /> +Vous veniez bien plutôt faire la guerre au pain.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>L'un et l'autre, parbieu! Cette ambrosie est fade:<br /> +J'en eus au bout d'un jour l'estomac tout malade.<br /> +C'est un mets délicat, et de peu de soutien:<br /> +A moins que d'être un Dieu l'on n'en vivroit pas bien;<br /> +Il cause mille maux, et dès l'heure qu'il entre,<br /> +Il allonge les dents, et rétrécit le ventre.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Enfin c'est un ragoût qui ne vous plaisoit pas?</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Quitte pour chaque nuit faire deux tours en bas,<br /> +Et là, m'accommodant des reliefs de cuisine,<span class="dalign">1185</span><br /> +Mêler la viande humaine avecque la divine.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Vous aviez, après tout, dessein de nous voler.</p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Vous-mêmes, après tout, m'osez-vous quereller?<br /> +Si je laisse une fois échapper ma colère....</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Lyse, fais-moi sortir les valets de mon père.<span class="dalign">1190</span></p> + +<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p> + +<p>Un sot les attendroit.</p> + +<hr class="c15" /> + +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">ISABELLE, LYSE.</h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">Vous ne le tenez pas.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Il nous avoit bien dit que la peur a bon pas.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_499" id="Page_499">499</a></span> +<span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Vous n'avez cependant rien fait, ou peu de chose.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Rien du tout. Que veux-tu? sa rencontre en est cause.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Mais vous n'aviez alors qu'à le laisser aller.<span class="dalign">1195</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Mais il m'a reconnue, et m'est venu parler.<br /> +Moi qui, seule et de nuit, craignois son insolence,<br /> +Et beaucoup plus encor de troubler le silence,<br /> +J'ai cru, pour m'en défaire et m'ôter de souci,<br /> +Que le meilleur étoit de l'amener ici.<span class="dalign">1200</span><br /> +Vois, quand j'ai ton secours, que je me tiens vaillante,<br /> +Puisque j'ose affronter cette humeur violente.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>J'en ai ri comme vous, mais non sans murmurer:<br /> +C'est bien du temps perdu.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i11">Je vais le réparer<a name="FNanchor_1402" id="FNanchor_1402" href="#Footnote_1402" class="fnanchor">[1402]</a>.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +Voici le conducteur de notre intelligence;<span class="dalign">1205</span><br /> +Sachez auparavant toute sa diligence. + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VI.</h3> + +<h4 class="p2">ISABELLE, LYSE, <span class="smcap">le Geôlier</span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Eh bien! mon grand ami, braverons-nous le sort?<br /> +Et viens-tu m'apporter ou la vie ou la mort?<br /> +Ce n'est plus qu'en toi seul que mon espoir se fonde.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_500" id="Page_500">500</a></span> +<span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p>Bannissez vos frayeurs: tout va le mieux du monde<a name="FNanchor_1403" id="FNanchor_1403" href="#Footnote_1403" class="fnanchor">[1403]</a>;<br /> +Il ne faut que partir, j'ai des chevaux tous prêts,<br /> +Et vous pourrez bientôt vous moquer des arrêts.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je te dois regarder comme un dieu tutélaire<a name="FNanchor_1404" id="FNanchor_1404" href="#Footnote_1404" class="fnanchor">[1404]</a>,<br /> +Et ne sais point pour toi d'assez digne salaire.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER</span><a name="FNanchor_1405" id="FNanchor_1405" href="#Footnote_1405" class="fnanchor">[1405]</a>.</p> + +<p>Voici le prix unique où tout mon cœur prétend.<span class="dalign">1215</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Lyse, il faut te résoudre à le rendre content.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Oui, mais tout son apprêt nous est fort inutile:<br /> +Comment ouvrirons-nous les portes de la ville?</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p>On nous tient des chevaux en main sûre aux faubourgs;<br /> +Et je sais un vieux mur qui tombe tous les jours:<span class="dalign">1220</span><br /> +Nous pourrons aisément sortir par ses ruines<a name="FNanchor_1406" id="FNanchor_1406" href="#Footnote_1406" class="fnanchor">[1406]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ah! que je me trouvois sur d'étranges épines!</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p>Mais il faut se hâter.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i8">Nous partirons soudain.</span><br /> +Viens nous aider là-haut à faire notre main.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_501" id="Page_501">501</a></span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VII.</h3> + +<h4 class="p2">CLINDOR, en prison<a name="FNanchor_1407" id="FNanchor_1407" href="#Footnote_1407" class="fnanchor">[1407]</a>.</h4> + +<p>Aimables souvenirs de mes chères délices,<span class="dalign">1225</span><br /> +Qu'on va bientôt changer en d'infâmes supplices,<br /> +Que malgré les horreurs de ce mortel effroi,<br /> +Vos charmants entretiens ont de douceurs pour moi<a name="FNanchor_1408" id="FNanchor_1408" href="#Footnote_1408" class="fnanchor">[1408]</a>!<br /> +Ne m'abandonnez point, soyez-moi plus fidèles<br /> +Que les rigueurs du sort ne se montrent cruelles;<span class="dalign">1230</span><br /> +Et lorsque du trépas les plus noires couleurs<br /> +Viendront à mon esprit figurer mes malheurs<a name="FNanchor_1409" id="FNanchor_1409" href="#Footnote_1409" class="fnanchor">[1409]</a>,<br /> +Figurez aussitôt à mon âme interdite<br /> +Combien je fus heureux par delà mon mérite.<br /> +Lorsque je me plaindrai de leur sévérité,<span class="dalign">1235</span><br /> +Redites-moi l'excès de ma témérité:<br /> +Que d'un si haut dessein ma fortune incapable<br /> +Rendoit ma flamme injuste, et mon espoir coupable;<br /> +Que je fus criminel quand je devins amant,<br /> +Et que ma mort en est le juste châtiment.<span class="dalign">1240</span><br /> +<span class="i1">Quel bonheur m'accompagne à la fin de ma vie!</span><br /> +Isabelle, je meurs pour vous avoir servie;<br /> +Et de quelque tranchant que je souffre les coups,<br /> +Je meurs trop glorieux, puisque je meurs pour vous.<br /> +Hélas! que je me flatte, et que j'ai d'artifice<span class="dalign">1245</span><br /> +A me dissimuler la honte d'un supplice<a name="FNanchor_1410" id="FNanchor_1410" href="#Footnote_1410" class="fnanchor">[1410]</a>!<br /> +En est-il de plus grand que de quitter ces yeux<br /> +Dont le fatal amour me rend si glorieux?<br /> +L'ombre d'un meurtrier creuse ici ma ruine<a name="FNanchor_1411" id="FNanchor_1411" href="#Footnote_1411" class="fnanchor">[1411]</a>:<span class="pagenum"><a name="Page_502" id="Page_502">502</a></span><br /> +Il succomba vivant, et mort il m'assassine;<span class="dalign">1250</span><br /> +Son nom fait contre moi ce que n'a pu son bras;<br /> +Mille assassins nouveaux naissent de son trépas;<br /> +Et je vois de son sang, fécond en perfidies,<br /> +S'élever contre moi des âmes plus hardies,<br /> +De qui les passions, s'armant d'autorité<a name="FNanchor_1412" id="FNanchor_1412" href="#Footnote_1412" class="fnanchor">[1412]</a>,<span class="dalign">1255</span><br /> +Font un meurtre public avec impunité.<br /> +Demain de mon courage on doit faire un grand crime<a name="FNanchor_1413" id="FNanchor_1413" href="#Footnote_1413" class="fnanchor">[1413]</a>,<br /> +Donner au déloyal ma tête pour victime;<br /> +Et tous pour le pays prennent tant d'intérêt,<br /> +Qu'il ne m'est pas permis de douter de l'arrêt.<span class="dalign">1260</span><br /> +Ainsi de tous côtés ma perte étoit certaine:<br /> +J'ai repoussé la mort, je la reçois pour peine.<br /> +D'un péril évité je tombe en un nouveau,<br /> +Et des mains d'un rival en celles d'un bourreau.<br /> +Je frémis à penser à ma triste aventure<a name="FNanchor_1414" id="FNanchor_1414" href="#Footnote_1414" class="fnanchor">[1414]</a>;<span class="dalign">1265</span><br /> +Dans le sein du repos je suis à la torture:<br /> +Au milieu de la nuit, et du temps du sommeil,<br /> +Je vois de mon trépas le honteux appareil;<br /> +J'en ai devant les yeux les funestes ministres;<br /> +On me lit du sénat les mandements sinistres;<span class="dalign">1270</span><br /> +Je sors les fers aux pieds; j'entends déjà le bruit<br /> +De l'amas insolent d'un peuple qui me suit<a name="FNanchor_1415" id="FNanchor_1415" href="#Footnote_1415" class="fnanchor">[1415]</a>;<br /> +Je vois le lieu fatal où ma mort se prépare:<br /> +Là mon esprit se trouble, et ma raison s'égare;<span class="pagenum"><a name="Page_503" id="Page_503">503</a></span><br /> +Je ne découvre rien qui m'ose secourir<a name="FNanchor_1416" id="FNanchor_1416" href="#Footnote_1416" class="fnanchor">[1416]</a>,<span class="dalign">1275</span><br /> +Et la peur de la mort me fait déjà mourir.<br /> +<span class="i1"> Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme,</span><br /> +Dissipes ces terreurs et rassures mon âme;<br /> +Et sitôt que je pense à tes divins attraits<a name="FNanchor_1417" id="FNanchor_1417" href="#Footnote_1417" class="fnanchor">[1417]</a>,<br /> +Je vois évanouir ces infâmes portraits.<span class="dalign">1280</span><br /> +Quelques<a name="FNanchor_1418" id="FNanchor_1418" href="#Footnote_1418" class="fnanchor">[1418]</a> rudes assauts que le malheur me livre,<br /> +Garde mon souvenir, et je croirai revivre.<br /> +Mais d'où vient que de nuit on ouvre ma prison?<br /> +Ami, que viens-tu faire ici hors de saison?</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE VIII.</h3> + +<h4 class="p2">CLINDOR, <span class="smcap">le Geôlier</span>.</h4> + +<p><span class="smcap center">LE GEÔLIER</span>, <span class="font90">cependant qu'Isabelle et Lyse paroissent à quartier<a name="FNanchor_1419" id="FNanchor_1419" href="#Footnote_1419" class="fnanchor">[1419]</a>.</span></p> + +<p>Les juges assemblés pour punir votre audace,<span class="dalign">1285</span><br /> +Mus de compassion, enfin vous ont fait grâce.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>M'ont fait grâce, bons Dieux!</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p><span class="i10">Oui, vous mourrez de nuit.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>De leur compassion est-ce là tout le fruit?</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p>Que de cette faveur vous tenez peu de conte!<br /> +D'un supplice public c'est vous sauver la honte.<span class="dalign">1290</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_504" id="Page_504">504</a></span> +<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Quels encens puis-je offrir aux maîtres de mon sort,<br /> +Dont l'arrêt me fait grâce, et m'envoie à la mort?</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p>Il la faut recevoir avec meilleur visage.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Fais ton office, ami, sans causer davantage.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p>Une troupe d'archers là dehors vous attend;<span class="dalign">1295</span><br /> +Peut-être en les voyant serez-vous plus content.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IX.</h3> + +<h4 class="p2">CLINDOR, ISABELLE, LYSE, <span class="smcap">le Geôlier</span>.</h4> + +<p class="font90 i4"><span class="smcap">ISABELLE</span> dit ces mots à Lyse, cependant que le Geôlier ouvre +la prison à Clindor<a name="FNanchor_1420" id="FNanchor_1420" href="#Footnote_1420" class="fnanchor">[1420]</a>.</p> + +<p>Lyse, nous l'allons voir.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">Que vous êtes ravie!</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ne le serois-je point de recevoir la vie?<br /> +Son destin et le mien prennent un même cours,<br /> +Et je mourrois du coup qui trancheroit ses jours.<span class="dalign">1300</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p>Monsieur, connoissez-vous beaucoup d'archers semblables?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Ah! Madame, est-ce vous? surprises adorables<a name="FNanchor_1421" id="FNanchor_1421" href="#Footnote_1421" class="fnanchor">[1421]</a>!<br /> +Trompeur trop obligeant, tu disois bien vraiment<br /> +Que je mourrois de nuit, mais de contentement.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_505" id="Page_505">505</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Clindor!</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p><span class="i4">Ne perdons point le temps à ces caresses<a name="FNanchor_1422" id="FNanchor_1422" href="#Footnote_1422" class="fnanchor">[1422]</a>:</span><span class="dalign">1305</span><br /> +Nous aurons tout loisir de flatter nos maîtresses<a name="FNanchor_1423" id="FNanchor_1423" href="#Footnote_1423" class="fnanchor">[1423]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Quoi! Lyse est donc la sienne?</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i12">Écoutez le discours</span><br /> +De votre liberté qu'ont produit leurs amours.</p> + +<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p> + +<p>En lieu de sûreté le babil est de mise;<br /> +Mais ici ne songeons qu'à nous ôter de prise.<span class="dalign">1310</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Sauvons-nous: mais avant, promettez-nous tous deux<br /> +Jusqu'au jour d'un hymen de modérer vos feux:<br /> +Autrement, nous rentrons.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i10">Que cela ne vous tienne:</span><br /> +Je vous donne ma foi.</p> + +<span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span> + +<p><span class="i9">Lyse, reçois la mienne.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Sur un gage si beau j'ose tout hasarder<a name="FNanchor_1424" id="FNanchor_1424" href="#Footnote_1424" class="fnanchor">[1424]</a>.<span class="dalign">1315</span></p> + +<span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span> + +<p>Nous nous amusons trop, il est temps d'évader.</p> + +<hr class="c15" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_506" id="Page_506">506</a></span></p> + +<h3>SCÈNE X.</h3> + +<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Ne craignez plus pour eux ni périls ni disgrâces.<br /> +Beaucoup les poursuivront, mais sans trouver leurs traces.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>A la fin je respire.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p><span class="i7">Après un tel bonheur,</span><br /> +Deux ans les ont montés en haut degré d'honneur.<span class="dalign">1320</span><br /> +Je ne vous dirai point le cours de leurs voyages,<br /> +S'ils ont trouvé le calme, ou vaincu les orages,<br /> +Ni par quel art non plus ils se sont élevés:<br /> +Ils suffit d'avoir vu comme ils se sont sauvés,<br /> +Et que, sans vous en faire une histoire importune,<span class="dalign">1325</span><br /> +Je vous les vais montrer en leur haute fortune.<br /> +<span class="i1">Mais puisqu'il faut passer à des effets plus beaux,</span><br /> +Rentrons pour évoquer des fantômes nouveaux.<br /> +Ceux que vous avez vus représenter de suite<br /> +A vos yeux étonnés leur amour et leur fuite<a name="FNanchor_1425" id="FNanchor_1425" href="#Footnote_1425" class="fnanchor">[1425]</a>,<span class="dalign">1330</span><br /> +N'étant pas destinés aux hautes fonctions,<br /> +N'ont point assez d'éclat pour leurs conditions.</p> + +<p class="p2 center"><small><b>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</b></small></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_507" id="Page_507">507</a></span></p> + +<h2>ACTE V.</h2> +<hr class="c5" /> + +<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3> + +<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Qu'Isabelle est changée et qu'elle est éclatante!</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Lyse marche après elle, et lui sert de suivante;<br /> +Mais derechef surtout n'ayez aucun effroi,<span class="dalign">1335</span><br /> +Et de ce lieu fatal ne sortez qu'après moi:<br /> +Je vous le dis encore, il y va de la vie.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Cette condition m'en ôte assez l'envie<a name="FNanchor_1426" id="FNanchor_1426" href="#Footnote_1426" class="fnanchor">[1426]</a>.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE II.</h3> + +<h4 class="p2">ISABELLE, représentant Hippolyte; +LYSE, représentant Clarine<a name="FNanchor_1427" id="FNanchor_1427" href="#Footnote_1427" class="fnanchor">[1427]</a>.</h4> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Ce divertissement n'aura-t-il point de fin?<br /> +Et voulez-vous passer la nuit dans ce jardin?<span class="dalign">1340</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je ne puis plus cacher le sujet qui m'amène:<br /> +C'est grossir mes douleurs que de taire ma peine.<br /> +<span class="i1">Le prince Florilame....</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_508" id="Page_508">508</a></span> +<span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">Eh bien! il est absent.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>C'est la source des maux que mon âme ressent<a name="FNanchor_1428" id="FNanchor_1428" href="#Footnote_1428" class="fnanchor">[1428]</a>;<br /> +Nous sommes ses voisins, et l'amour qu'il nous porte<span class="dalign">1345</span><br /> +Dedans son grand jardin nous permet cette porte.<br /> +La princesse Rosine, et mon perfide époux,<br /> +Durant qu'il est absent en font leur rendez-vous:<br /> +Je l'attends au passage, et lui ferai connoître<br /> +Que je ne suis pas femme à rien souffrir d'un traître.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Madame, croyez-moi, loin de le quereller,<br /> +Vous ferez beaucoup mieux de tout dissimuler<a name="FNanchor_1429" id="FNanchor_1429" href="#Footnote_1429" class="fnanchor">[1429]</a>:<br /> +Il nous vient peu de fruit de telles jalousies<a name="FNanchor_1430" id="FNanchor_1430" href="#Footnote_1430" class="fnanchor">[1430]</a>;<br /> +Un homme en court plus tôt après ses fantaisies<a name="FNanchor_1431" id="FNanchor_1431" href="#Footnote_1431" class="fnanchor">[1431]</a>;<br /> +Il est toujours le maître, et tout notre discours<a name="FNanchor_1432" id="FNanchor_1432" href="#Footnote_1432" class="fnanchor">[1432]</a>,<span class="dalign">1355</span><br /> +Par un contraire effet, l'obstine en ses amours.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je dissimulerai son adultère flamme!<br /> +Une autre aura son cœur, et moi le nom de femme<a name="FNanchor_1433" id="FNanchor_1433" href="#Footnote_1433" class="fnanchor">[1433]</a>!<br /> +Sans crime, d'un hymen peut-il rompre la loi?<br /> +Et ne rougit-il point d'avoir si peu de foi?<span class="dalign">1360</span></p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Cela fut bon jadis; mais au temps où nous sommes,<br /> +Ni l'hymen ni la foi n'obligent plus les hommes:<br /> +Leur gloire a son brillant et ses règles à part<a name="FNanchor_1434" id="FNanchor_1434" href="#Footnote_1434" class="fnanchor">[1434]</a>;<br /> +Où la nôtre se perd, la leur est sans hasard;<br /> +Elle croît aux dépens de nos lâches foiblesses;<span class="dalign">1365</span><span class="pagenum"><a name="Page_509" id="Page_509">509</a></span><br /> +L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Ote-moi cet honneur et cette vanité,<br /> +De se mettre en crédit par l'infidélité.<br /> +Si pour haïr le change et vivre sans amie<br /> +Un homme tel que lui tombe dans l'infamie<a name="FNanchor_1435" id="FNanchor_1435" href="#Footnote_1435" class="fnanchor">[1435]</a>,<span class="dalign">1370</span><br /> +Je le tiens glorieux d'être infâme à ce prix;<br /> +S'il en est méprisé, j'estime ce mépris.<br /> +Le blâme qu'on reçoit d'aimer trop une femme<br /> +Aux maris vertueux est un illustre blâme.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Madame, il vient d'entrer; la porte a fait du bruit.<span class="dalign">1375</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Retirons-nous, qu'il passe.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<span class="i10">Il vous voit et vous suit.</span> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE III.</h3> + +<h4 class="p2">CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant +Hippolyte; LYSE, représentant Clarine.</h4> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Vous fuyez, ma princesse, et cherchez des remises:<br /> +Sont-ce là les douceurs que vous m'aviez promises<a name="FNanchor_1436" id="FNanchor_1436" href="#Footnote_1436" class="fnanchor">[1436]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_510" id="Page_510">510</a></span><br /> +Est-ce ainsi que l'amour ménage un entretien?<br /> +Ne fuyez plus, Madame, et n'appréhendez rien:<span class="dalign">1380</span><br /> +Florilame est absent, ma jalouse<a name="FNanchor_1437" id="FNanchor_1437" href="#Footnote_1437" class="fnanchor">[1437]</a> endormie.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>En êtes-vous bien sûr?</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p><span class="i9">Ah! fortune ennemie!</span></p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je veille, déloyal: ne crois plus m'aveugler;<br /> +Au milieu de la nuit je ne vois que trop clair:<br /> +Je vois tous mes soupçons passer en certitudes,<span class="dalign">1385</span><br /> +Et ne puis plus douter de tes ingratitudes:<br /> +Toi-même, par ta bouche, as trahi ton secret.<br /> +O l'esprit avisé pour un amant discret!<br /> +Et que c'est en amour une haute prudence<br /> +D'en faire avec sa femme entière confidence!<span class="dalign">1390</span><br /> +Où sont tant de serments de n'aimer rien que moi?<br /> +Qu'as-tu fait de ton cœur? qu'as-tu fait de ta foi?<br /> +Lorsque je la reçus, ingrat, qu'il te souvienne<br /> +De combien différoient ta fortune et la mienne,<br /> +De combien de rivaux je dédaignai les vœux;<span class="dalign">1395</span><br /> +Ce qu'un simple soldat pouvoit être auprès d'eux:<br /> +Quelle tendre amitié je recevois d'un père!<br /> +Je le quittai pourtant pour suivre ta misère<a name="FNanchor_1438" id="FNanchor_1438" href="#Footnote_1438" class="fnanchor">[1438]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_511" id="Page_511">511</a></span><br /> +Et je tendis les bras à mon enlèvement,<br /> +Pour soustraire ma main à son commandement<a name="FNanchor_1439" id="FNanchor_1439" href="#Footnote_1439" class="fnanchor">[1439]</a>.<span class="dalign">1400</span><br /> +En quelle extrémité depuis ne m'ont réduite<br /> +Les hasards dont le sort a traversé ta fuite!<br /> +Et que n'ai-je souffert avant que le bonheur<br /> +Élevât ta bassesse à ce haut rang d'honneur!<br /> +Si pour te voir heureux ta foi s'est relâchée,<span class="dalign">1405</span><br /> +Remets-moi dans le sein dont tu m'as arrachée<a name="FNanchor_1440" id="FNanchor_1440" href="#Footnote_1440" class="fnanchor">[1440]</a>.<br /> +L'amour que j'ai pour toi m'a fait tout hasarder,<br /> +Non pas pour des grandeurs, mais pour te posséder<a name="FNanchor_1441" id="FNanchor_1441" href="#Footnote_1441" class="fnanchor">[1441]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Ne me reproche plus ta fuite ni ta flamme:<br /> +Que ne fait point l'amour quand il possède une âme?<span class="dalign">1410</span><br /> +Son pouvoir à ma vue attachoit tes plaisirs,<br /> +Et tu me suivois moins que tes propres desirs.<br /> +J'étois lors peu de chose: oui, mais qu'il te souvienne<br /> +Que ta fuite égala ta fortune à la mienne,<br /> +Et que pour t'enlever c'étoit un foible appas<a name="FNanchor_1442" id="FNanchor_1442" href="#Footnote_1442" class="fnanchor">[1442]</a><span class="dalign">1415</span><br /> +Que l'éclat de tes biens qui ne te suivoient pas.<br /> +Je n'eus, de mon côté, que l'épée en partage,<br /> +Et ta flamme, du tien, fut mon seul avantage:<br /> +Celle-là m'a fait grand en ces bords étrangers;<br /> +L'autre exposa ma tête à cent et cent dangers<a name="FNanchor_1443" id="FNanchor_1443" href="#Footnote_1443" class="fnanchor">[1443]</a>.<span class="dalign">1420</span><br /> +<span class="i1">Regrette maintenant ton père et ses richesses;</span><br /> +Fâche-toi de marcher à côté des princesses;<br /> +Retourne en ton pays chercher avec tes biens<a name="FNanchor_1444" id="FNanchor_1444" href="#Footnote_1444" class="fnanchor">[1444]</a><br /> +L'honneur d'un rang pareil à celui que tu tiens.<br /> +De quel manque, après tout, as-tu lieu de te plaindre?<span class="pagenum"><a name="Page_512" id="Page_512">512</a></span><br /> +En quelle occasion m'as-tu vu te contraindre?<br /> +As-tu reçu de moi ni froideurs, ni mépris?<br /> +Les femmes, à vrai dire, ont d'étranges esprits!<br /> +Qu'un mari les adore, et qu'un amour extrême<a name="FNanchor_1445" id="FNanchor_1445" href="#Footnote_1445" class="fnanchor">[1445]</a><br /> +A leur bizarre humeur le soumette lui-même<a name="FNanchor_1446" id="FNanchor_1446" href="#Footnote_1446" class="fnanchor">[1446]</a>,<span class="dalign">1430</span><br /> +Qu'il les comble d'honneurs et de bons traitements,<br /> +Qu'il ne refuse rien à leurs contentements:<br /> +S'il fait la moindre brèche à la foi conjugale<a name="FNanchor_1447" id="FNanchor_1447" href="#Footnote_1447" class="fnanchor">[1447]</a>,<br /> +Il n'est point à leur gré de crime qui l'égale;<br /> +C'est vol, c'est perfidie, assassinat, poison,<span class="dalign">1435</span><br /> +C'est massacrer son père et brûler sa maison:<br /> +Et jadis des Titans l'effroyable supplice<br /> +Tomba sur Encelade avec moins de justice.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Je te l'ai déjà dit, que toute ta grandeur<br /> +Ne fut jamais l'objet de ma sincère ardeur.<span class="dalign">1440</span><br /> +Je ne suivois que toi, quand je quittai mon père;<br /> +Mais puisque ces grandeurs t'ont fait l'âme légère,<br /> +Laisse mon intérêt: songe à qui tu les dois<a name="FNanchor_1448" id="FNanchor_1448" href="#Footnote_1448" class="fnanchor">[1448]</a>.<br /> +<span class="i1">Florilame lui seul t'a mis où tu te vois:</span><br /> +A peine il te connut qu'il te tira de peine;<span class="dalign">1445</span><br /> +De soldat vagabond il te fit capitaine;<span class="pagenum"><a name="Page_513" id="Page_513">513</a></span><br /> +Et le rare bonheur qui suivit cet emploi<br /> +Joignit à ses faveurs les faveurs de son roi.<br /> +Quelle forte amitié n'a-t-il point fait paroître<br /> +A cultiver depuis ce qu'il avoit fait naître?<span class="dalign">1450</span><br /> +Par ses soins redoublés n'es-tu pas aujourd'hui<a name="FNanchor_1449" id="FNanchor_1449" href="#Footnote_1449" class="fnanchor">[1449]</a><br /> +Un peu moindre de rang, mais plus puissant que lui?<br /> +Il eût gagné par là l'esprit le plus farouche,<br /> +Et pour remercîment tu veux souiller sa couche<a name="FNanchor_1450" id="FNanchor_1450" href="#Footnote_1450" class="fnanchor">[1450]</a>!<br /> +Dans ta brutalité trouve quelques raisons,<span class="dalign">1455</span><br /> +Et contre ses faveurs défends tes trahisons.<br /> +Il t'a comblé de biens, tu lui voles son âme!<br /> +Il t'a fait grand seigneur, et tu le rends infâme!<br /> +Ingrat, c'est donc ainsi que tu rends les bienfaits<a name="FNanchor_1451" id="FNanchor_1451" href="#Footnote_1451" class="fnanchor">[1451]</a>?<br /> +Et ta reconnoissance a produit ces effets?<span class="dalign">1460</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Mon âme (car encor ce beau nom te demeure,<br /> +Et te demeurera jusqu'à tant que je meure),<br /> +Crois-tu qu'aucun respect ou crainte du trépas<br /> +Puisse obtenir sur moi ce que tu n'obtiens pas?<br /> +Dis que je suis ingrat, appelle-moi parjure;<span class="dalign">1465</span><br /> +Mais à nos feux sacrés ne fais plus tant d'injure:<br /> +Ils conservent encor leur première vigueur;<br /> +Et si le fol amour qui m'a surpris le cœur<a name="FNanchor_1452" id="FNanchor_1452" href="#Footnote_1452" class="fnanchor">[1452]</a><br /> +Avoit pu s'étouffer au point de sa naissance,<br /> +Celui que je te porte eût eu cette puissance;<span class="dalign">1470</span><br /> +Mais en vain mon devoir tâche à lui résister<a name="FNanchor_1453" id="FNanchor_1453" href="#Footnote_1453" class="fnanchor">[1453]</a>:<br /> +Toi-même as éprouvé qu'on ne le peut dompter.<br /> +Ce dieu qui te força d'abandonner ton père,<span class="pagenum"><a name="Page_514" id="Page_514">514</a></span><br /> +Ton pays et tes biens, pour suivre ma misère,<br /> +Ce dieu même aujourd'hui force tous mes desirs<a name="FNanchor_1454" id="FNanchor_1454" href="#Footnote_1454" class="fnanchor">[1454]</a><span class="dalign">1475</span><br /> +A te faire un larcin de deux ou trois soupirs.<br /> +A mon égarement souffre cette échappée,<br /> +Sans craindre que ta place en demeure usurpée.<br /> +L'amour dont la vertu n'est point le fondement<br /> +Se détruit de soi-même, et passe en un moment;<span class="dalign">1480</span><br /> +Mais celui qui nous joint est un amour solide<a name="FNanchor_1455" id="FNanchor_1455" href="#Footnote_1455" class="fnanchor">[1455]</a>,<br /> +Où l'honneur a son lustre, où la vertu préside:<br /> +Sa durée a toujours quelques nouveaux appas<a name="FNanchor_1456" id="FNanchor_1456" href="#Footnote_1456" class="fnanchor">[1456]</a>,<br /> +Et ses fermes liens durent jusqu'au trépas.<br /> +Mon âme, derechef pardonne à la surprise<span class="dalign">1485</span><br /> +Que ce tyran des cœurs a faite<a name="FNanchor_1457" id="FNanchor_1457" href="#Footnote_1457" class="fnanchor">[1457]</a> à ma franchise;<br /> +Souffre une folle ardeur qui ne vivra qu'un jour,<br /> +Et qui n'affoiblit point le conjugal amour<a name="FNanchor_1458" id="FNanchor_1458" href="#Footnote_1458" class="fnanchor">[1458]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Hélas! que j'aide bien à m'abuser moi-même!<br /> +Je vois qu'on me trahit, et veux croire qu'on m'aime<a name="FNanchor_1459" id="FNanchor_1459" href="#Footnote_1459" class="fnanchor">[1459]</a>;<br /> +Je me laisse charmer à ce discours flatteur,<br /> +Et j'excuse un forfait dont j'adore l'auteur.<br /> +<span class="i1">Pardonne, cher époux, au peu de retenue</span><br /> +Où d'un premier transport la chaleur est venue:<br /> +C'est en ces incidents manquer d'affection<span class="dalign">1495</span><span class="pagenum"><a name="Page_515" id="Page_515">515</a></span><br /> +Que de les voir sans trouble et sans émotion.<br /> +Puisque mon teint se fane et ma beauté se passe,<br /> +Il est bien juste aussi que ton amour se lasse;<br /> +Et même je croirai que ce feu passager<br /> +En l'amour conjugal ne pourra rien changer:<span class="dalign">1500</span><br /> +Songe un peu toutefois à qui ce feu s'adresse,<br /> +En quel péril te jette une telle maîtresse.<br /> +<span class="i1">Dissimule, déguise, et sois amant discret.</span><br /> +Les grands en leur amour n'ont jamais de secret;<br /> +Ce grand train qu'à leurs pas leur grandeur propre attache<br /> +N'est qu'un grand corps tout d'yeux à qui rien ne se cache,<br /> +Et dont il n'est pas un qui ne fît son effort<br /> +A se mettre en faveur par un mauvais rapport.<br /> +Tôt ou tard Florilame apprendra tes pratiques,<br /> +Ou de sa défiance, ou de ses domestiques;<span class="dalign">1510</span><br /> +Et lors (à ce penser je frissonne d'horreur)<br /> +A quelle extrémité n'ira point sa fureur!<br /> +Puisqu'à ces passe-temps ton humeur te convie,<br /> +Cours après tes plaisirs, mais assure ta vie.<br /> +Sans aucun sentiment je te verrai changer,<span class="dalign">1515</span><br /> +Lorsque tu changeras sans te mettre en danger<a name="FNanchor_1460" id="FNanchor_1460" href="#Footnote_1460" class="fnanchor">[1460]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Encore une fois donc tu veux que je te die<br /> +Qu'auprès de mon amour je méprise ma vie?<br /> +Mon âme est trop atteinte, et mon cœur trop blessé,<br /> +Pour craindre les périls dont je suis menacé.<span class="dalign">1520</span><br /> +Ma passion m'aveugle, et pour cette conquête<br /> +Croit hasarder trop peu de hasarder ma tête:<br /> +C'est un feu que le temps pourra seul modérer;<br /> +C'est un torrent qui passe et ne sauroit durer.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Eh bien! cours au trépas, puisqu'il a tant de charmes,<span class="pagenum"><a name="Page_516" id="Page_516">516</a></span><br /> +Et néglige ta vie aussi bien que mes larmes.<br /> +Penses-tu que ce prince, après un tel forfait,<br /> +Par ta punition se tienne satisfait?<br /> +Qui sera mon appui lorsque ta mort infâme<br /> +A sa juste vengeance exposera ta femme,<span class="dalign">1530</span><br /> +Et que sur la moitié d'un perfide étranger<br /> +Une seconde fois il croira se venger?<br /> +Non, je n'attendrai pas que ta perte certaine<br /> +Puisse attirer sur moi les restes de ta peine<a name="FNanchor_1461" id="FNanchor_1461" href="#Footnote_1461" class="fnanchor">[1461]</a>,<br /> +Et que de mon honneur, gardé si chèrement,<span class="dalign">1535</span><br /> +Il fasse un sacrifice à son ressentiment.<br /> +Je préviendrai la honte où ton malheur me livre,<br /> +Et saurai bien mourir, si tu ne veux pas vivre.<br /> +Ce corps, dont mon amour t'a fait le possesseur,<br /> +Ne craindra plus bientôt l'effort d'un ravisseur.<span class="dalign">1540</span><br /> +J'ai vécu pour t'aimer, mais non pour l'infamie<br /> +De servir au mari de ton illustre amie.<br /> +Adieu: je vais du moins, en mourant avant toi<a name="FNanchor_1462" id="FNanchor_1462" href="#Footnote_1462" class="fnanchor">[1462]</a>,<br /> +Diminuer ton crime, et dégager ta foi.</p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Ne meurs pas, chère épouse, et dans un second change<br /> +Vois l'effet merveilleux où ta vertu me range.<br /> +<span class="i1">M'aimer malgré mon crime, et vouloir par ta mort</span><br /> +Éviter le hasard de quelque indigne effort!<br /> +Je ne sais qui je dois admirer davantage,<br /> +Ou de ce grand amour, ou de ce grand courage;<span class="dalign">1550</span><br /> +Tous les deux m'ont vaincu: je reviens sous tes lois,<br /> +Et ma brutale ardeur va rendre les abois;<br /> +C'en est fait, elle expire, et mon âme plus saine<br /> +Vient de rompre les nœuds de sa honteuse chaîne.<br /> +Mon cœur, quand il fut pris, s'étoit mal défendu:<span class="dalign">1555</span><br /> +Perds-en le souvenir.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_517" id="Page_517">517</a></span> +<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i8">Je l'ai déjà perdu.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p> + +<p>Que les plus beaux objets qui soient dessus la terre<br /> +Conspirent désormais à me faire la guerre<a name="FNanchor_1463" id="FNanchor_1463" href="#Footnote_1463" class="fnanchor">[1463]</a>;<br /> +Ce cœur, inexpugnable aux assauts de leurs yeux,<br /> +N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour Dieux<a name="FNanchor_1464" id="FNanchor_1464" href="#Footnote_1464" class="fnanchor">[1464]</a>.</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p>Madame, quelqu'un vient.</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE IV.</h3> + +<h4 class="p2">CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant +Hippolyte; LYSE, représentant Clarine; ÉRASTE, <span class="smcap">troupe +de domestiques de Florilame</span>.</h4> + +<p><span class="smcap i6 font90">ÉRASTE</span>, poignardant Clindor.</p> + +<p><span class="i9">Reçois, traître, avec joie</span><br /> +Les faveurs que par nous ta maîtresse t'envoie.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT</span>, <span class="font90">à Alcandre.</span></p> + +<p>On l'assassine, ô Dieux! daignez le secourir.</p> + +<p><span class="smcap i6">ÉRASTE.</span></p> + +<p>Puissent les suborneurs ainsi toujours périr!</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p>Qu'avez-vous fait, bourreaux?</p> + +<p><span class="smcap i6">ÉRASTE.</span></p> + +<p><span class="i11">Un juste et grand exemple,</span><br /> +Qu'il faut qu'avec effroi tout l'avenir contemple,<br /> +Pour apprendre aux ingrats, aux dépens de son sang,<br /> +A n'attaquer jamais l'honneur d'un si haut rang.<br /> +Notre main a vengé le prince Florilame,<br /> +La princesse outragée, et vous-même, Madame,<span class="dalign">1570</span><br /> +Immolant à tous trois un déloyal époux,<span class="pagenum"><a name="Page_518" id="Page_518">518</a></span><br /> +Qui ne méritoit pas la gloire d'être à vous.<br /> +D'un si lâche attentat souffrez le prompt supplice,<br /> +Et ne vous plaignez point quand on vous rend justice.<br /> +Adieu.</p> + +<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p> + +<p><span class="i3">Vous ne l'avez massacré qu'à demi:</span><span class="dalign">1575</span><br /> +Il vit encore en moi; soûlez son ennemi;<br /> +Achevez, assassins, de m'arracher la vie.<br /> +<span class="i1">Cher époux, en mes bras on te l'a donc ravie!</span><br /> +Et de mon cœur jaloux les secrets mouvements<br /> +N'ont pu rompre ce coup par leurs pressentiments!<span class="dalign">1580</span><br /> +O clarté trop fidèle, hélas! et trop tardive,<br /> +Qui ne fait voir le mal qu'au moment qu'il arrive!<br /> +Falloit-il.... Mais j'étouffe, et, dans un tel malheur,<br /> +Mes forces et ma voix cèdent à ma douleur;<br /> +Son vif excès me tue ensemble et me console,<span class="dalign">1585</span><br /> +Et puisqu'il nous rejoint....</p> + +<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p> + +<p><span class="i9">Elle perd la parole.</span><br /> +Madame.... Elle se meurt; épargnons les discours,<br /> +Et courons au logis appeler du secours.</p> + +<p class="font90 i2">(Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et les corps de Clindor +et d'Isabelle, et le Magicien et le père sortent de la grotte.)</p> + +<hr class="c15" /> +<h3>SCÈNE V.</h3> + +<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Ainsi de notre espoir la fortune se joue:<br /> +Tout s'élève ou s'abaisse au branle de sa roue;<span class="dalign">1590</span><br /> +Et son ordre inégal, qui régit l'univers,<br /> +Au milieu du bonheur a ses plus grands revers.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Cette réflexion, mal propre pour un père,<span class="pagenum"><a name="Page_519" id="Page_519">519</a></span><br /> +Consoleroit peut-être une douleur légère;<br /> +Mais après avoir vu mon fils assassiné,<span class="dalign">1595</span><br /> +Mes plaisirs foudroyés, mon espoir ruiné,<br /> +J'aurois d'un si grand coup l'âme bien peu blessée,<br /> +Si de pareils discours m'entroient dans la pensée.<br /> +Hélas! dans sa misère il ne pouvoit périr;<br /> +Et son bonheur fatal lui seul l'a fait mourir.<span class="dalign">1600</span><br /> +<span class="i1"> N'attendez pas de moi des plaintes davantage:</span><br /> +La douleur qui se plaint cherche qu'on la soulage;<br /> +La mienne court après son déplorable sort.<br /> +Adieu; je vais mourir, puisque mon fils est mort.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +D'un juste désespoir l'effort est légitime,<span class="dalign">1605</span><br /> +Et de le détourner je croirois faire un crime.<br /> +Oui, suivez ce cher fils sans attendre à demain;<br /> +Mais épargnez du moins ce coup à votre main;<br /> +Laissez faire aux douleurs qui rongent vos entrailles,<br /> +Et pour les redoubler voyez ses funérailles.<span class="dalign">1610</span> + +<p class="font90 i2">(Ici on relève la toile, et tous les comédiens paroissent avec leur portier<a name="FNanchor_1465" id="FNanchor_1465" href="#Footnote_1465" class="fnanchor">[1465]</a>, +qui comptent de l'argent sur une table, et en prennent chacun +leur part<a name="FNanchor_1466" id="FNanchor_1466" href="#Footnote_1466" class="fnanchor">[1466]</a>.)</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_520" id="Page_520">520</a></span> +<span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Que vois-je? chez les morts compte-t-on de l'argent?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Voyez si pas un d'eux s'y montre négligent.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Je vois Clindor! ah Dieux! quelle étrange surprise<a name="FNanchor_1467" id="FNanchor_1467" href="#Footnote_1467" class="fnanchor">[1467]</a>!<br /> +Je vois ses assassins, je vois sa femme et Lyse!<br /> +Quel charme en un moment étouffe leurs discords,<span class="dalign">1615</span><br /> +Pour assembler ainsi les vivants et les morts?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Ainsi tous les acteurs d'une troupe comique,<br /> +Leur poëme récité, partagent leur pratique:<br /> +L'un tue, et l'autre meurt, l'autre vous fait pitié;<br /> +Mais la scène préside à leur inimitié.<span class="dalign">1620</span><br /> +Leurs vers font leurs combats, leur mort suit leurs paroles<a name="FNanchor_1468" id="FNanchor_1468" href="#Footnote_1468" class="fnanchor">[1468]</a>,<br /> +Et, sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles,<br /> +Le traître et le trahi, le mort et le vivant,<br /> +Se trouvent à la fin amis comme devant.<br /> +<span class="i1">Votre fils et son train ont bien su, par leur fuite,</span><span class="dalign">1625</span><br /> +D'un père et d'un prévôt éviter la poursuite;<br /> +Mais tombant dans les mains de la nécessité,<br /> +Ils ont pris le théâtre en cette extrémité.</p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Mon fils comédien!</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p><span class="i8">D'un art si difficile</span><br /> +Tous les quatre, au besoin, ont fait un doux asile<a name="FNanchor_1469" id="FNanchor_1469" href="#Footnote_1469" class="fnanchor">[1469]</a>;<span class="dalign">1630</span><span class="pagenum"><a name="Page_521" id="Page_521">521</a></span><br /> +Et depuis sa prison, ce que vous avez vu,<br /> +Son adultère amour, son trépas imprévu<a name="FNanchor_1470" id="FNanchor_1470" href="#Footnote_1470" class="fnanchor">[1470]</a>,<br /> +N'est que la triste fin d'une pièce tragique<br /> +Qu'il expose aujourd'hui sur la scène publique,<br /> +Par où ses compagnons en ce noble métier<a name="FNanchor_1471" id="FNanchor_1471" href="#Footnote_1471" class="fnanchor">[1471]</a><span class="dalign">1635</span><br /> +Ravissent à Paris un peuple tout entier<a name="FNanchor_1472" id="FNanchor_1472" href="#Footnote_1472" class="fnanchor">[1472]</a>.<br /> +Le gain leur en demeure, et ce grand équipage,<br /> +Dont je vous ai fait voir le superbe étalage,<br /> +Est bien à votre fils, mais non pour s'en parer<br /> +Qu'alors que sur la scène il se fait admirer.<span class="dalign">1640</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>J'ai pris sa mort pour vraie, et ce n'étoit que feinte:<br /> +Mais je trouve partout mêmes sujets de plainte.<br /> +Est-ce là cette gloire, et ce haut rang d'honneur<br /> +Où le devoit monter l'excès de son bonheur?</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Cessez de vous en plaindre. A présent le théâtre<span class="dalign">1645</span><br /> +Est en un point si haut que chacun l'idolâtre<a name="FNanchor_1473" id="FNanchor_1473" href="#Footnote_1473" class="fnanchor">[1473]</a>,<br /> +Et ce que votre temps voyoit avec mépris<br /> +Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits,<br /> +L'entretien de Paris, le souhait des provinces,<br /> +Le divertissement le plus doux de nos princes,<span class="dalign">1650</span><br /> +Les délices du peuple, et le plaisir des grands:<br /> +Il tient le premier rang parmi leurs passe-temps<a name="FNanchor_1474" id="FNanchor_1474" href="#Footnote_1474" class="fnanchor">[1474]</a>;<br /> +Et ceux dont nous voyons la sagesse profonde<br /> +Par ses illustres soins conserver tout le monde,<br /> +Trouvent dans les douceurs d'un spectacle si beau<span class="dalign">1655</span><br /> +De quoi se délasser d'un si pesant fardeau.<span class="pagenum"><a name="Page_522" id="Page_522">522</a></span><br /> +Même notre grand Roi, ce foudre de la guerre,<br /> +Dont le nom se fait craindre aux deux bouts de la terre,<br /> +Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois<br /> +Prêter l'œil et l'oreille au Théâtre françois:<span class="dalign">1660</span><br /> +C'est là que le Parnasse étale ses merveilles;<br /> +Les plus rares esprits lui consacrent leurs veilles;<br /> +Et tous ceux qu'Apollon voit d'un meilleur regard<br /> +De leurs doctes travaux lui donnent quelque part.<br /> +<span class="i1">D'ailleurs, si par les biens on prise les personnes<a name="FNanchor_1475" id="FNanchor_1475" href="#Footnote_1475" class="fnanchor">[1475]</a>,</span><span class="dalign">1665</span><br /> +Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes;<br /> +Et votre fils rencontre en un métier si doux<br /> +Plus d'accommodement qu'il n'eût trouvé chez vous<a name="FNanchor_1476" id="FNanchor_1476" href="#Footnote_1476" class="fnanchor">[1476]</a>.<br /> +Défaites-vous enfin de cette erreur commune,<br /> +Et ne vous plaignez plus de sa bonne fortune.<span class="dalign">1670</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Je n'ose plus m'en plaindre, et vois trop de combien<br /> +Le métier qu'il a pris est meilleur que le mien.<br /> +Il est vrai que d'abord mon âme s'est émue:<br /> +J'ai cru la comédie au point où je l'ai vue;<br /> +J'en ignorois l'éclat, l'utilité, l'appas,<span class="dalign">1675</span><br /> +Et la blâmois ainsi, ne la connaissant pas,<br /> +Mais depuis vos discours mon cœur plein d'allégresse<br /> +A banni cette erreur avecque sa tristesse<a name="FNanchor_1477" id="FNanchor_1477" href="#Footnote_1477" class="fnanchor">[1477]</a>.<br /> +Clindor a trop bien fait.</p> + +<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p><span class="i9">N'en croyez que vos yeux.</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Demain, pour ce sujet, j'abandonne ces lieux;<span class="dalign">1680</span><br /> +Je vole vers Paris. Cependant, grand Alcandre,<br /> +Quelles grâces ici ne vous dois-je point rendre<a name="FNanchor_1478" id="FNanchor_1478" href="#Footnote_1478" class="fnanchor">[1478]</a>?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_523" id="Page_523">523</a></span> +<span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p> + +<p>Servir les gens d'honneur est mon plus grand desir:<br /> +J'ai pris ma récompense en vous faisant plaisir.<br /> +Adieu: je suis content, puisque je vous vois l'être.<span class="dalign">1685</span></p> + +<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p> + +<p>Un si rare bienfait ne se peut reconnoître:<br /> +Mais, grand Mage, du moins croyez qu'à l'avenir<br /> +Mon âme en gardera l'éternel souvenir.</p> + +<p class="p2 center ni3"><small><b>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</b></small></p> +<hr class="c30" /> +</div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_524" id="Page_524">524</a></span></p> + +<h3>COMPLÉMENT</h3> +<h2>DES VARIANTES.</h2> + +<div class="font90 verse"> +<p><span class="ni4">1560 <i>Var.</i> [N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour Dieux:]</span><br /> +Que leurs attraits unis....<span class="smcap">LYSE.</span> La princesse s'avance,<br /> +Madame. <span class="smcap">CLIND.</span> Cachez-vous, et nous faites silence.<br /> +Écoute-nous, mon âme, et par notre entretien<br /> +Juge si son objet m'est plus cher que le tien.</p> + +<h4>SCÈNE IV.</h4> + +<h5>CLINDOR<a name="FNanchor_1479" id="FNanchor_1479" href="#Footnote_1479" class="fnanchor">[1479]</a>, ROSINE.</h5> + +<p><span class="smcap">ROS.</span> Débarrassée enfin d'une importune suite,<br /> +Je remets à l'amour le soin de ma conduite,<br /> +Et pour trouver l'auteur de ma félicité,<br /> +Je prends un guide aveugle en cette obscurité.<br /> +Mais que son épaisseur me dérobe la vue!<br /> +Le moyen de le voir ou d'en être aperçue!<br /> +Voici la grande allée, il devroit être ici,<br /> +Et j'entrevois quelqu'un. Est-ce toi, mon souci?<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Madame, ôtez ce mot dont la feinte se joue,<br /> +Et que votre vertu dans l'âme désavoue:<br /> +C'est assez déguisé, ne dissimulez plus<br /> +L'horreur que vous avez de mes feux dissolus.<br /> +Vous avez voulu voir jusqu'à quelle insolence<br /> +D'une amour déréglée iroit la violence,<br /> +Vous l'avez vu, Madame, et c'est pour la punir<br /> +Que vos ressentiments vous font ici venir.<br /> +Faites sortir vos gens destinés à ma perte,<br /> +N'épargnez point ma tête; elle vous est offerte:<br /> +Je veux bien par ma mort apaiser vos beaux yeux,<br /> +Et ce n'est pas l'espoir qui m'amène en ces lieux.<br /> +<span class="smcap">ROS.</span> Donc au lieu d'un amour rempli d'impatience,<br /> +Je ne rencontre en toi que de la défiance?<br /> +As-tu l'esprit troublé de quelque illusion?<br /> +Est-ce ainsi qu'un guerrier tremble à l'occasion?<br /> +Je suis seule, et toi seul, d'où te vient cet ombrage?<span class="pagenum"><a name="Page_525" id="Page_525">525</a></span><br /> +Te faut-il de ma flamme un plus grand témoignage?<br /> +Crois que je suis sans feinte à toi jusqu'à la mort.<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Je me garderai bien de vous faire ce tort:<br /> +Une grande princesse a la vertu plus chère.<br /> +<span class="smcap">ROS.</span> Si tu m'aimes, mon cœur, quitte cette chimère.<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Ce n'en est point, Madame, et je crois voir en vous<br /> +Plus de fidélité pour un si digne époux.<br /> +<span class="smcap">ROS.</span> Je la quitte pour toi; mais, Dieux! que je m'abuse,<br /> +De ne voir pas encor qu'un ingrat me refuse!<br /> +Son cœur n'est plus que glace, et mon aveugle ardeur<br /> +Impute à défiance un excès de froideur.<br /> +Va, traître, va, parjure, après m'avoir séduite,<br /> +Ce sont là des discours d'une mauvaise suite:<br /> +Alors que je me rends, de quoi me parles-tu?<br /> +Et qui t'amène ici me prêcher la vertu?<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Mon respect, mon devoir et ma reconnoissance<br /> +Dessus mes passions ont eu cette puissance.<br /> +Je vous aime, Madame, et mon fidèle amour<br /> +Depuis qu'on l'a vu naître a crû de jour en jour;<br /> +Mais que ne dois-je point au prince Florilame?<br /> +C'est lui dont le respect triomphe de ma flamme:<br /> +Après que sa faveur m'a fait ce que je suis....<br /> +<span class="smcap">ROS.</span> Tu t'en veux souvenir pour me combler d'ennuis.<br /> +Quoi! son respect peut plus que l'ardeur qui te brûle?<br /> +L'incomparable ami, mais l'amant ridicule,<br /> +D'adorer une femme et s'en voir si chéri,<br /> +Et craindre au rendez-vous d'offenser un mari!<br /> +Traître, il n'en est plus temps: quand tu me fis paroître<br /> +Cette excessive amour qui commençoit à naître,<br /> +Et que le doux appas d'un discours suborneur<br /> +Avec un faux mérite attaqua mon honneur,<br /> +C'est lors qu'il te falloit à ta flamme infidèle<br /> +Opposer le respect d'une amitié si belle,<br /> +Et tu ne devois pas attendre à l'écouter<br /> +Quand mon esprit charmé ne le pourroit goûter.<br /> +Tes raisons vers tous deux sont de foibles défenses:<br /> +Tu l'offensas alors, aujourd'hui tu m'offenses<a name="FNanchor_1480" id="FNanchor_1480" href="#Footnote_1480" class="fnanchor">[1480]</a>;<br /> +Tu m'aimois plus que lui, tu l'aimes plus que moi.<br /> +Crois-tu donc à mon cœur donner ainsi la loi<a name="FNanchor_1481" id="FNanchor_1481" href="#Footnote_1481" class="fnanchor">[1481]</a>,<br /> +Que ma flamme à ton gré s'éteigne ou s'entretienne,<br /> +Et que ma passion suive toujours la tienne?<br /> +Non, non, usant si mal de ce qui t'est permis,<br /> +Loin d'en éviter un, tu fais deux ennemis.<br /> +Je sais trop les moyens d'une vengeance aisée:<br /> +Phèdre contre Hippolyte aveugla bien Thésée,<br /> +Et ma plainte armera plus de sévérité<span class="pagenum"><a name="Page_526" id="Page_526">526</a></span><br /> +Avec moins d'injustice et plus de vérité.<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Je sais bien que j'ai tort, et qu'après mon audace<br /> +Je vous fais un discours de fort mauvaise grâce;<br /> +Qu'il sied mal à ma bouche, et que ce grand respect<br /> +Agit un peu bien tard pour n'être point suspect;<br /> +Mais pour souffrir plus tôt la raison dans mon âme,<br /> +Vous aviez trop d'appas, et mon cœur trop de flamme:<br /> +Elle n'a triomphé qu'après un long combat.<br /> +<span class="smcap">ROS.</span> Tu crois donc triompher lorsque ton cœur s'abat?<br /> +Si tu nommes victoire un manque de courage,<br /> +Appelle encor service un si cruel outrage,<br /> +Et puisque me trahir, c'est suivre la raison,<br /> +Dis-moi que tu me sers par cette trahison.<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Madame, est-ce vous rendre un si mauvais service,<br /> +De sauver votre honneur d'un mortel précipice?<br /> +Cet honneur qu'une dame a plus cher que les yeux....<br /> +<span class="smcap">ROS.</span> Cesse de m'étourdir de ces noms odieux.<br /> +N'as-tu jamais appris que ces vaines chimères<br /> +Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères,<br /> +Ces vieux contes d'honneur n'ont point d'impressions<br /> +Qui puissent arrêter les fortes passions?<br /> +Perfide, est-ce de moi que tu le dois apprendre?<br /> +Dieux! jusques où l'amour ne me fait point descendre?<br /> +Je lui tiens des discours qu'il me devroit tenir,<br /> +Et toute mon ardeur ne peut rien obtenir.<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Par l'effort que je fais à mon amour extrême,<br /> +Madame, il faut apprendre à vous vaincre vous-même,<br /> +A faire violence à vos plus chers desirs,<br /> +Et préférer l'honneur à d'injustes plaisirs,<br /> +Dont au moindre soupçon, au moindre vent contraire<br /> +La honte et les malheurs sont la suite ordinaire.<br /> +<span class="smcap">ROS.</span> De tous ces accidents rien ne peut m'alarmer:<br /> +Je consens de périr à force de t'aimer.<br /> +Bien que notre commerce aux yeux de tous se cache,<br /> +Qu'il vienne en évidence, et qu'un mari le sache,<br /> +Que je demeure en butte à ses ressentiments,<br /> +Que sa fureur me livre à de nouveaux tourments:<br /> +J'en souffrirai plutôt l'infamie éternelle<br /> +Que de me repentir d'une flamme si belle.</p> + +<h4>SCÈNE V.</h4> + +<h5 class="p2">CLINDOR<a name="FNanchor_1482" id="FNanchor_1482" href="#Footnote_1482" class="fnanchor">[1482]</a>, ROSINE, ISABELLE<a name="FNanchor_1483" id="FNanchor_1483" href="#Footnote_1483" class="fnanchor">[1483]</a>, LYSE<a name="FNanchor_1484" id="FNanchor_1484" href="#Footnote_1484" class="fnanchor">[1484]</a>, ÉRASTE, +<span class="smcap">troupe de Domestiques</span><a name="FNanchor_1485" id="FNanchor_1485" href="#Footnote_1485" class="fnanchor">[1485]</a>.</h5> + +<p><span class="smcap">ÉR.</span> Donnons, ils sont ensemble. <span class="smcap">ISAB.</span>Oh Dieux! qu'ai-je entendu?<span class="pagenum"><a name="Page_527" id="Page_527">527</a></span><br /> +<span class="smcap">LYSE.</span> Madame, sauvons-nous. <span class="smcap">PRID.</span>Hélas! il est perdu.<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Madame, je suis mort, et votre amour fatale<br /> +Par un indigne coup aux enfers me dévale.<br /> +<span class="smcap">ROS.</span> Je meurs, mais je me trouve heureuse en mon trépas,<br /> +Que du moins en mourant je vais suivre tes pas.<br /> +<span>ÉR.</span> Florilame est absent; mais durant son absence,<br /> +C'est là comme les siens punissent qui l'offense:<br /> +C'est lui qui par nos mains vous envoie à tous deux<br /> +Le juste châtiment de vos lubriques feux<a name="FNanchor_1486" id="FNanchor_1486" href="#Footnote_1486" class="fnanchor">[1486]</a>.<br /> +<span class="smcap">ISAB.</span> Réponds-moi, cher époux, au moins une parole:<br /> +C'en est fait, il expire, et son âme s'envole.<br /> +Bourreaux, vous ne l'avez massacré qu'à demi:<br /> +[Il vit encore en moi; soûlez son ennemi;<br /> +Achevez, assassins, de m'arracher la vie;]<br /> +Sa haine sans ma mort n'est pas bien assouvie.<br /> +<span>ÉR.</span> Madame, c'est donc vous! <span class="smcap">ISAB.</span>Oui, qui cours au trépas.<br /> +<span>ÉR.</span> Votre heureuse rencontre épargne bien nos pas:<br /> +Après avoir défait le prince Florilame<br /> +D'un ami déloyal et d'une ingrate femme,<br /> +Nous avions ordre exprès de vous aller chercher.<br /> +<span class="smcap">ISAB.</span> Que voulez-vous de moi, traîtres? <span class="smcap">ÉR.</span>Il faut marcher:<br /> +Le prince, dès longtemps amoureux de vos charmes,<br /> +Dans un de ses châteaux veut essuyer vos larmes.<br /> +<span class="smcap">ISAB.</span> Sacrifiez plutôt ma vie à son courroux.<br /> +<span class="smcap">ÉR.</span> C'est perdre temps, Madame, il veut parler à vous.</p> + +<p>(<i>Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et le reste des acteurs, +et le Magicien et le père sortent de la grotte</i><a name="FNanchor_1487" id="FNanchor_1487" href="#Footnote_1487" class="fnanchor">[1487]</a>.)</p> + +<h4>SCÈNE VI.</h4> + +<h5 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h5> + +<p>[<span class="smcap">ALC.</span> Ainsi de notre espoir la fortune se joue.] (1639-57)</p> + +<p class="center p2 ni3"><small><b>FIN DU COMPLÉMENT DES VARIANTES.</b></small></p> +<hr class="c30" /> +</div> +<a name="Page_528" id="Page_528"></a> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_529" id="Page_529">529</a></span></p> + +<div class="footnotes"> +<h3>NOTES</h3> +<div class="footnote"> + +<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Voyez plus bas, p. <a href="#Page_10">10</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Voyez plus bas, p. <a href="#Page_14">14</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> <i>Épître en forme de préface</i>, p. 4.</p> + +<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Page 197.</p> + +<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Ce sont les noms de trois libraires du Palais.</p> + +<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Nous ne connaissons sous ce titre que <i>la Galatée divinement délivrée</i>, +pastourelle en cinq actes, de Jacques de Fonteny, qui se trouve +dans un volume intitulé <i>les Ressentiments de Jacques de Fonteny pour +sa Céleste</i>, 1587; mais il est peu probable que Berthod ait en vue un +ouvrage aussi ancien.</p> + +<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Tragédie, par Frénicle, 1632.</p> + +<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Tragi-comédie, par Pierre de Troterel, s<sup>r</sup> d'Aves, 1624.</p> + +<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Tragédie par Scudéry, 1636.</p> + +<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Jodelet, astrologue</i>, comédie, par Antoine le Métel, sieur d'Ouville, +1646.</p> + +<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Jodelet ou le maître valet</i>, comédie, par Scarron, 1645.</p> + +<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Les inscriptions qui, dans la planche de Bosse, surmontent la +boutique du libraire, portent entre autres titres ceux de quelques ouvrages +fort libres, qui pouvaient bien se vendre au Palais, mais à coup +sûr ne s'y affichaient pas.</p> + +<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Nœuds de rubans.</p> + +<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> On lit dans le <i>Dictionnaire universel</i> de Furetière de 1690: +«<i>Point coupé</i> étoit autrefois une dentelle à jour qu'on faisoit en collant +du filet sur du quintin, et puis en perçant et emportant la toile +qui étoit entre deux.» Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que le +même lexicographe définit ainsi le <i>quintin</i>: «Toile fort fine et fort +claire, dont on fait des collets et des manchettes.»</p> + +<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> «Sorte de dentelle dont on portoit il y a neuf ou dix ans.» +(<i>Dictionnaire de Richelet</i>, 1680.)</p> + +<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Crépon, laine légère.</p> + +<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Toile de Hollande.</p> + +<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> <i>L'Impromptu de l'Hôtel de Condé</i> est une réponse d'Antoine-Jacob +Montfleury à <i>l'Impromptu de Versailles</i>, où son père et les principaux +comédiens de l'Hôtel de Bourgogne avaient été parodiés par Molière.</p> + +<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> <i>Le Portrait du peintre ou la critique de l'École des Femmes.</i></p> + +<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Voyez la scène <span class="smcap">XII</span> du IV<sup>e</sup> acte, (page <a href="#Page_92">92</a>) de <i>la Galerie du Palais</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Acte III, scène <span class="smcap">IV</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Voyez, dans le tome I, la note de la p. 134. Cette épître dédicatoire +se trouve dans les éditions de 1637-1657.</p> + +<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> <i>Mélite, la Veuve, la Galerie du Palais, la Suivante, la Place +Royale</i> et <i>l'Illusion comique</i>. En 1637, au moment où Corneille écrivait +cette dédicace, il avait en outre fait <i>Clitandre</i> et <i>le Cid</i>, mais +c'étaient des <i>tragi-comédies</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Il faut se rappeler qu'on lit en tête des examens du premier +volume de l'édition de 1682: <i>Examen des poëmes contenus en cette +première partie</i>, et en tête de chacun le titre de la pièce seulement; +ici par exemple: <i>La Galerie du Palais</i>. Voyez tome I, p. 137, note 448.</p> + +<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Ce titre, choisi par Sophocle, fait seulement connaître que la +scène est à Trachine, au pied du mont Oeta, mais il n'indique en +aucune manière que la pièce a pour sujet la mort d'Hercule.</p> + +<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Ces Phéniciennes sont des jeunes filles venues de Tyr à Thèbes. +Au moment où elles vont pour se rendre de cette dernière +ville à Delphes afin d'y être consacrées au culte d'Apollon, elles +sont retenues par l'arrivée de l'armée que Polynice fait avancer +contre Étéocle, et assistent ainsi malgré elles à la lutte des deux +frères.</p> + +<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): Ajax (<i>au lieu de</i> l'Ajax).</p> + +<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Nous savons par l'argument grec de cette tragédie que d'abord +elle était simplement intitulée <i>Ajax</i> et que Dicéarque l'appelait <i>la +Mort d'Ajax</i>. L'époque où l'on a jugé à propos d'ajouter au nom +d'Ajax l'épithète de <i>porte-fouet</i>, sans doute pour distinguer cette +pièce d'un autre <i>Ajax</i>, dit <i>le Locrien</i>, du même poëte, est tout à fait +incertaine; cette désignation est tirée de la scène où Ajax, transporté +de fureur, frappe de vils animaux en croyant se venger d'Ulysse.</p> + +<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): et n'est que renoué avec celui du premier +par des valets.</p> + +<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): La rencontre que j'y fais d'Aronte.</p> + +<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660-1668): ou du troisième.</p> + +<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660-1668): de lieu.</p> + +<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et 1663): ou dans une salle. Ce n'est....</p> + +<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): <i>ces</i>, qui est très-vraisemblablement une +faute d'impression.</p> + +<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Dans les Examens de <i>Clitandre</i> et de <i>la Veuve</i>, tome I, p. 270 +et 397.</p> + +<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1648): fille de Pleirante et maîtresse de Lysandre.</p> + +<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1648): fille de Chrysante, aimée de Dorimant +et amoureuse de Lysandre.</p> + +<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Var.</i> Mais puisque je ne peux, que veux-tu que j'y fasse? (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> <i>Var.</i> Je n'avance non plus qu'en ne lui disant rien. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>Var.</i> Hippolyte, en ce cas, le saura reconnoître. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>Var.</i> Tout ce que j'en prétends n'est qu'un entier secret. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> +<i>Var.</i> Aronte, éloigne-toi, nous jouerons mieux nos jeux,<br /> +S'ils ne se doutent point que nous parlions nous deux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> <i>Var.</i> Mais cela n'est aussi qu'un peu de complaisance. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> <i>Var.</i> Elles et vous dehors, il n'est rien dans Paris. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Var.</i> Je veux des gens mieux faits que toi pour me flatter. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> <i>Var.</i> Mêle-toi de porter mon message à ton maître. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>Var.</i> Son amour aussi bien ne vous rend que trop vaine. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LE LIBRAIRE DU PALAIS</span>. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Ces deux lignes manquent dans les éditions de 1637-57; dans l'édition +de 1663 il y a <i>leur boutique</i>, pour <i>sa boutique</i>; celle de 1664 a la variante +que voici: <i>la Lingère tire un rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le +Mercier, chacun dans leur boutique.</i></p> + +<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> +<i>Var.</i><span class="i6">On le trouve assez beau,</span><br /> +Et c'est pour mon profit le meilleur qui se voie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> «<i>Toile de soie</i> est une toile très-claire, faite de soie, dont elles (<i>les +dames</i>) se font des mouchoirs de cou qui n'empêchent point qu'on ne voie leur +gorge à travers.» (<i>Dictionnaire de Furetière</i>, 1690.)</p> + +<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> <i>Var.</i> Et moins blanche, elle donne un plus grand lustre au teint. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <i>Var.</i> Et voir ma marchandise en plus bel étalage. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> Jean-Baptiste Marino, né à Naples le 18 octobre 1569 et mort dans la +même ville le 21 mai 1625, est aussi célèbre par l'ingénieuse élégance que par +la mollesse et la fadeur de son style, désigné par ses compatriotes mêmes sous le +nom de <i>marinesco</i>. Appelé en France par Marie de Médicis, il dédia, en 1623, +à Louis XIII, alors âgé de vingt-deux ans, son poëme d'<i>Adonis</i>.—Il est fort +difficile de savoir lequel de ses contemporains Corneille a en vue ici. On serait +tenté de croire qu'il s'agit de Scudéry, car on lit dans la <i>Lettre du désintéressé +au sieur Mairet</i> (p. 4): «Je ne blâme pas Monsieur de Scudéry de savoir si +bien son cavalier Marin;» mais à l'époque où Corneille écrivait <i>la Galerie du +Palais</i>, il était en très-bonne intelligence avec Scudéry.</p> + +<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>à la Lingère</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <i>D'ouvrage</i>, c'est-à-dire <i>ouvrés</i>, <i>travaillés</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">DORIMANT</span>, <i>au Libraire, regardant Hippolyte</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>Var.</i> Ceci vaut mieux le voir que toutes vos chansons. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LA LINGÈRE</span>, <i>ouvrant une boîte</i>. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>L'Encyclopédie</i> définit le <i>point d'esprit</i> en termes techniques de la manière +suivante: «<i>Le point d'esprit</i> se monte sur cinq fils de long et cinq de +travers, en laissant à chaque fois deux fils qui font une croix. Les cinq fils +en tout sens sont embrassés d'un point noué.»</p> + +<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> +<i>Var.</i> [Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris,]<br /> +Je veux perdre la boîte. <span class="smcap">FLOR.</span> On est fort souvent pris<br /> +A ces sortes de points, si l'on n'a quelque fille<br /> +Qui sache à tous moments y repasser l'aiguille;<br /> +En moins de trois savons, rien n'y tient presque plus.<br /> +<span class="smcap">HIPP.</span> Cestui-ci, qu'en dis-tu? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>à Florice</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>Var.</i> Celui-là, qu'en dis-tu? (1660-64)</p> + +<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> <i>Var.</i> Voilà bien votre fait, n'étoit que la dentelle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> +<i>Var.</i> Si vous pouvez avoir trois jours de patience. (1637 et 52-57)<br /> +<i>Var.</i> Si vous pouviez avoir trois jours de patience. (1644 et 48)</p> + +<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Ce jeu de scène n'est pas indiqué ici dans les éditions de 1637-60. Voyez +la variante qui suit.</p> + +<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LE LIBRAIRE</span>, <i>à qui Dorimant avoit parlé à l'oreille, tandis qu'Hippolyte +voyoit des ouvrages.</i> (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> <i>Var.</i> <i>Ici Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre</i>, etc. (1637, en marge.)—Dans +les éditions de 1644-60, ce jeu de scène n'est pas indiqué à cette place. +Voyez la variante qui suit.</p> + +<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">CLÉANTE</span>, <i>à qui Dorimant a parlé à l'oreille au milieu du théâtre.</i> +(1644-60)</p> + +<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">DORIMANT</span>, <i>à Cléante.</i> (1644-60)</p> + +<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> La salle des Pas perdus, qu'on appelait alors d'ordinaire <i>la Grand'Salle</i>:</p> + +<p class="left5">Entre ces vieux appuis dont l'affreuse Grand'Salle<br /> +Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale,<br /> +Est un pilier fameux, des plaideurs respecté,<br /> +Et toujours de Normands à midi fréquenté.</p> + +<p class="left35">(Boileau, <i>le Lutrin</i>, chant V, v. 33.)</p> + +<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il s'en retourne sur la boutique du Libraire et prend un livre.</i> (1637, +en marge.)—Les éditions de 1644-60 portent: <i>Au Libraire, prenant un livre +sur sa boutique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> <i>Var.</i> Beaucoup font bien des vers, mais peu la comédie. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_4">4</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> C'est-à-dire peu méritent qu'on les voie, qu'on les regarde. Il faut remarquer +que toutes les éditions antérieures à 1682 portent: «peu méritent le +voir.»</p> + +<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> +<i>Var.</i> Beaucoup, dont l'entreprise excède le pouvoir,<br /> +Veulent parler d'amour sans aucune pratique. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Ce mot est ainsi au singulier dans toutes les éditions données par Corneille +(1637-82). L'édition de 1692 le met au pluriel.</p> + +<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> C'est-à-dire «à condition qu'elle nous rendra la pareille, à charge de +revanche.» Voyez le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> <i>Var.</i> Vous plaît-il point de voir des pièces d'éloquence? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il regarde le titre du livre que</i>, etc. (1663, en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> L'édition de 1682 donne <i>le</i>, par erreur; il y a <i>les</i> dans toutes les autres.</p> + +<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LYSANDRE</span>, <i>se retirant avec Dorimant d'auprès les boutiques</i>. (1637)—<i>Ils +se retirent d'auprès les boutiques.</i> (1663, en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> <i>Var.</i> Tantôt, comme j'étois dans le livre occupé. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_7">7</a>, note 14.</p> + +<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> <i>Var.</i> C'est la question; mais s'il faut s'en remettre. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> <i>Var.</i> A ce qu'à mes regards son masque a pu permettre. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> +<i>Var.</i> Et ne reviendra point qu'il ne soit bien instruit<br /> +Quelle est sa qualité, son nom et sa demeure. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> <i>Var.</i> A la première vue un sujet qui nous plaît. (1637 et 44)</p> + +<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> <i>Var.</i> Ne forme qu'un desir de savoir quel il est. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> <i>Var.</i> Le sachant, on en veut apprendre davantage. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> +<i>Var.</i> [On sent je ne sais quoi qui trouble le repos;]<br /> +On souffre doucement l'illusion des songes;<br /> +Notre esprit qui s'en flatte, adore leurs mensonges,<br /> +Sans y trouver encor que des biens imparfaits<br /> +Qui le font aspirer aux solides effets:<br /> +Là consiste à son gré le bonheur de la vie;<br /> +Et le moindre larcin permis à son envie<br /> +[Arrête le larron et le met dans les fers.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il faut apprivoiser comme insensiblement. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> <i>Ne m'informez de rien</i>, c'est-à-dire ne me demandez rien. Voyez tome I, +p. 472, note 1532.</p> + +<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> <i>Var.</i> Trois poltrons rencontrés vers le milieu du pont. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> <i>Var.</i> Quels impudents vers moi s'osent ainsi méprendre? (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> <i>Var.</i> De cent coups de bâton qu'il reçut l'autre jour. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> L'hôtel d'Artois ou de Bourgogne s'étendait de la rue Pavée à la rue +Mauconseil; en 1523 il fut vendu en treize lots. Jean Rouvet, marchand, les +acheta presque tous, et le 30 août 1548 il en revendit un, contenant dix-sept +toises de long sur seize de large, aux confrères de la Passion, pour y établir un +théâtre qui fut longtemps le plus fréquenté de Paris. «Ce bâtiment subsiste encore +rue Françoise, dit de Leris, en 1754 (<i>Dictionnaire portatif des théâtres</i>, +p. <span class="smcap">XIII</span>), et l'on y voit toujours sur la porte les instruments de la Passion.»</p> + +<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> <i>Var.</i> Et que sous l'étrivière il puisse enfin connoître. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> <i>Var.</i> Car moins on le connoît, et plus on en présume. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> <i>Var.</i> Ce n'est pas encor tout, je te veux secourir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> <i>Var.</i> D'oublier un sujet que tu ne connois point. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> <i>Var.</i> Il cherche à lui jeter quelque amorce du change. (1663 et 64)</p> + +<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> <i>Var.</i> Faute d'être possible assez bien entendues! (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> <i>Var.</i> Eh! de grâce, dis vite. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> <i>Var.</i> Pour me galantiser, il ne faut qu'un miroir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> <i>Var.</i> Mais bien la moindre part de vos rares mérites. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> <i>Var.</i> Et présumer d'ailleurs qu'il vous plût sans raison! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> +<i>Var.</i> Je suis un peu timide, et qui me veut louer,<br /> +Je ne l'ose jamais en rien désavouer.<br /> +<span class="smcap">DOR.</span> Aussi certes, aussi n'avez-vous pas à craindre. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> <i>Var.</i> On voit un tel éclat en vos divins appas. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> Vu que, si vous m'aimez, ce ne sont pas merveilles. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a><i>Var.</i> Connoître ainsi d'abord combien je suis aimable. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> <i>Var.</i> <i>Lysandre entre sur le théâtre, sortant de chez Célidée, et passe sans +s'arrêter, en donnant seulement un coup de chapeau à Dorimant et Hippolyte.</i> +(1637, en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> <i>Var.</i> De peur qu'il n'en reçût quelque importunité. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_114" id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> <i>Var.</i> Voilà parer mon coup d'un gentil artifice. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> <i>Var.</i> <i>Florice sort, et parle à l'oreille d'Hippolyte.</i> (1637, en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> <i>Var.</i> Demeureroit éprise ou puissamment émue. (1654 et 60-64)</p> + +<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> <i>Var.</i> Du moins ces deux sujets balancent ton courage? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> <i>Var.</i> C'est parler franchement pour être sans franchise. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> <i>Var.</i> Puisque tu les connois, ce n'est que demi-mal. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> <i>Var.</i> Non pas, mais tu n'as plus l'esprit à la torture. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> +<i>Var.</i> Et vous voyant tous deux si gais à mon abord,<br /> +Je vous croyois du moins prêts à tomber d'accord. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> La forme de ce mot est <i>gaigner</i> dans l'édition de 1637.</p> + +<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> <i>Var.</i> Et consens, peu s'en faut, à me voir dédaigner. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> <i>Var.</i> Je pourrois de tout<a name="FNanchor_124-a" id="FNanchor_124-a" href="#Footnote_124-a" class="fnanchor">[124-a]</a> autre être le possesseur. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_124-a" id="Footnote_124-a" href="#FNanchor_124-a"><span class="label">[124-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p> + +<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> +<i>Var.</i> Rejetant ma louange, avouer son mérite,<br /> +Négliger mon ardeur ensemble et l'approuver. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> <i>Var.</i> Encore trop heureux que sa froideur extrême. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> +<i>Var.</i> Veut bien que je la serve, et souffre que je l'aime. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Consent que je la serve, et souffre que je l'aime. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a> <i>Var.</i> Je te réponds déjà de l'esprit de la mère. (1644-60)</p> + +<p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> +<i>Var.</i> Un qui peut tout sur elle et fera tout pour moi,<br /> +L'aura bientôt gagnée en faveur de ta foi:<br /> +C'est son proche voisin, père de ma maîtresse.<br /> +Tu n'as plus que la fille à vaincre par adresse;<br /> +Encor ne crois-je pas qu'il en faille beaucoup. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> <i>Var.</i> Je ne présume pas qu'il en faille beaucoup. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> +<i>Var.</i> Son humeur se maintient dedans l'indifférence. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Son humeur se maintient dans cette indifférence. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> +<i>Var.</i> Tant qu'une mère donne une entière assurance;<br /> +Et cachant par respect son propre mouvement,<br /> +Elle ne veut aimer que par commandement. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> +<i>Var.</i><span class="i6">Doncques sur ta parole</span><br /> +Mon esprit se résout à vivre plus content.<br /> +<span class="smcap">LYS.</span> Qu'il s'assure, autant vaut, du bonheur qu'il prétend. 1637</p> + +<p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> <i>Var.</i> Et je viens de sortir d'avecque ma maîtresse. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Dans l'édition de 1637 il n'y a pas ici de distinction de scène.</p> + +<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> <i>Var.</i> Conçoive de l'espoir qu'avecque de la crainte! (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> <i>Var.</i> Par des commandements supposés d'une mère? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> <i>Var.</i> A peine ai-je attiré mon Lysandre au discours. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> <i>Var.</i> +Je m'en vais de ce pas y disposer Aronte.<br /> +<span class="smcap">HIPP.</span> Et que m'en promets-tu? <span class="smcap">FLOR.</span> Qu'enfin au bout du conte<br /> +Cette heure d'entretien dérobée à vos feux<br /> +Vous mettra pour jamais au comble de vos vœux;<br /> +Mais de votre côté conduisez bien la ruse. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> Voyez tome I, p. 150, note 497.</p> + +<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> +<i>Var.</i> [Du mal que tu m'as fait perdre le souvenir.]<br /> +Célidée, il est vrai, je te suis déloyale;<br /> +Tu me crois ton amie, et je suis ta rivale:<br /> +Si je te puis résoudre à suivre mon conseil,<br /> +Je t'enlève et me donne un bonheur sans pareil<a name="FNanchor_141-a" id="FNanchor_141-a" href="#Footnote_141-a" class="fnanchor">[141-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_141-a" id="Footnote_141-a" href="#FNanchor_141-a"><span class="label">[141-a]</span></a> Ce vers termine la scène dans les éditions indiquées.</p> + +<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1637.</p> + +<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> <i>Var.</i> Et déjà dans l'esprit je sentois de l'ennui. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> <i>Var.</i> Plût à Dieu que son change autorisât le mien! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> +<i>Var.</i> Tant qu'il verra d'amour sur un si beau visage? (1637)<br /> +<i>Var.</i> Lui qui voit tant d'amour sur un si beau visage? (1644-60)</p> + +<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> +<i>Var.</i> A ce compte, tu crois que cette ardeur extrême<br /> +Ne le brûle pour moi qu'à cause que je l'aime? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> <i>Var.</i> Il ne vit rien à craindre, et n'eut rien à souffrir. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> <i>Var.</i> Me quitta cependant dès le moindre mépris. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> +<i>Var.</i> Qu'on en voit se lâcher pour un peu de longueur,<br /> +Et qu'on en voit mourir pour un peu de rigueur! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> <i>Var.</i> Ainsi de tous côtés j'aurai ce que je veux. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">CÉLIDÉE</span>, <i>seule</i>. Pas de distinction de scène. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> +<i>Var.</i> [Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter.]<br /> +De quelque doux espoir que le change me flatte,<br /> +Je redoute les noms de perfide et d'ingrate;<br /> +En adorant l'effet j'en hais les qualités,<br /> +Tant mon esprit confus a d'inégalités.<br /> +[Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> <i>Var.</i> Vient s'offrir à la foule à mes affections. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> +<i>Var.</i> Quelque forte que soit l'ardeur qui nous consomme,<br /> +On s'ennuie aisément de voir toujours un homme. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> <i>Var.</i> D'un entretien fâcheux qui ne me pouvoit plaire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> <i>Var.</i> C'est depuis que mon cœur n'est plus dans vos liens. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> <i>Var.</i> Quel sujet avez-vous de m'être ainsi de glace? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> <i>Var.</i> Ai-je trop peu cherché votre chère présence? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_159" id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> +<i>Var.</i> Si l'un fut excessif, je rendrai l'autre extrême.<br /> +<span class="smcap">LYS.</span> Par ces extrémités vous avancez ma mort. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_160" id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> +<i>Var.</i> Ma chère âme, mon tout, avec quelle injustice<br /> +Pouvez-vous rejeter mon fidèle service?<br /> +Votre serment jadis me reçut pour époux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> <i>Var.</i> Un reproche éternel suit ce trait inconstant. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> +<i>Var.</i> Mon souci, d'un seul point obligez mon envie:<br /> +Finissez vos mépris, ou m'arrachez la vie.<br /> +<span class="smcap">CÉL.</span> Eh bien! soit: d'un adieu je m'en vais les finir;<br /> +Je suis lasse aussi bien de vous entretenir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> <i>Var.</i> Et mes derniers soupirs ne parler que de toi. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> <i>Var.</i> Pour dire ta louange étouffera ma plainte. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> +<i>Var.</i> [N'y rejette un rayon de ta première flamme.]<br /> +Le courage te manque, et ton aversion<br /> +Redoute les assauts de la compassion.<br /> +Rien ne t'en défend plus qu'une soudaine absence;<br /> +Mon aspect te dit trop quelle est mon innocence<br /> +Et contre ton dessein te donne un souvenir<br /> +Contre qui ta froideur ne sauroit plus tenir.<br /> +Dans la confusion qui déjà te surmonte,<br /> +Augmentant mon amour, je redouble ta honte;<br /> +Un mouvement forcé t'arrache un repentir<br /> +Où ton cruel orgueil ne sauroit consentir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> +<i>Var.</i> Reviens, mon cher souci, puisqu'après ta défense<br /> +Mes feux sont criminels et tiennent lieu d'offense. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> +<i>Var.</i> Et je mettrai la mienne à dire sans cesser<br /> +Que sans me refroidir tu m'auras pu chasser. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> <i>Var.</i> Depuis qu'on leur fait prendre un peu de jalousie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> +<i>Var.</i> Car encore, après tout, ces rudes traitements<br /> +Ne sont pas à dessein de perdre leurs amants. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a> <i>Var.</i> Ce n'étoit rien qu'appas, que douceurs, que plaisirs. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> <i>Var.</i> Connoissez son humeur: elle fait vanité. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> <i>Var.</i> Votre extrême souffrance à ces rigueurs l'invite. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_173" id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> +<i>Var.</i> Que vous seriez enfin homme à l'abandonner.<br /> +La crainte de vous perdre et de se voir changée<br /> +A vivre comme il faut l'aura bientôt rangée:<br /> +Elle en craindra la honte, et ne souffrira pas. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> +<i>Var.</i> Combien à vous ravoir elle fera d'efforts.<br /> +<span class="smcap">LYS.</span> Mais me jugerois-tu capable d'une feinte?<br /> +<span class="smcap">AR.</span> Mais reculeriez-vous pour un peu de contrainte? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> +<i>Var.</i> Pourrois-tu me juger capable d'une feinte?<br /> +<span class="smcap">AR.</span> Pourriez-vous trouver rude un moment de contrainte? (1660 et 63)</p> + +<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> <i>Var.</i> Il le faut, ou souffrir une peine éternelle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> <i>Var.</i> Je m'y rends, mais avant que l'effet en éclate. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> <i>Var.</i> Sans que votre maîtresse en apprît jamais rien. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> +<i>Var.</i> Afin que votre feinte, aussitôt aperçue,<br /> +Produise un prompt effet dans son esprit jaloux;<br /> +Et pour en adresser plus sûrement les coups,<br /> +Quand vous verrez quelque autre en discours avec elle,<br /> +Feignez en sa présence une flamme nouvelle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> <i>Var.</i> Va trouver ma maîtresse, et puis nous résoudrons. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> Dans l'édition de 1637, la division de scène, au lieu d'être ici, se trouve +l'entrée de Florice, au vers 766.</p> + +<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> <i>Var.</i> S'y résout-il enfin? [<span class="smcap">AR.</span> N'en sois plus en souci.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> <i>Var.</i> Prêt à la caresser? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> <i>Var.</i> Il faut vous préparer à des contentements. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> <i>Var.</i> Parlez à Célidée, et ne m'informez plus. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> +<i>Var.</i> Tu peux bien avec nous<a name="FNanchor_186-a" id="FNanchor_186-a" href="#Footnote_186-a" class="fnanchor">[186-a]</a>, je t'en jure ma foi. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Tu peux bien avec nous, je t'en donne ma foi. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_186-a" id="Footnote_186-a" href="#FNanchor_186-a"><span class="label">[186-a]</span></a> Pour: «Tu peux bien rester avec nous.» Voyez le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> +<i>Var.</i> Nos entretiens étoient de Lysandre et de toi.<br /> +<span class="smcap">CÉL.</span> Et pour cette raison, adieu, je me retire,<br /> +Afin qu'en liberté vous en puissiez tout dire.<br /> +<span class="smcap">HIPP.</span> Tu fais bien la discrète en ces occasions. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> +<i>Var.</i> Toi-même bien plutôt tu meurs de me l'apprendre.<br /> +Suivant donc tes desirs, résolue à l'entendre,<br /> +J'éveille en ta faveur ma curiosité. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> +<i>Var.</i> Nous parlions du conseil que je t'avois donné;<br /> +Lysandre, je m'assure, en fut bien étonné?<br /> +<span class="smcap">CÉL.</span> Et je venois aussi pour t'en conter l'issue. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> +<i>Var.</i> Masquer ses mouvements de cet excès d'amour,<br /> +Qu'après, pour mépriser celle qui le méprise. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> +<i>Var.</i> Cette bigearre humeur n'est jamais sans soupçons. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> +<i>Var.</i> Mais ce qu'elle t'en dit ne vaut pas l'écouter. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> +<i>Var.</i> Que ta Florice même avouera qu'elle a tort. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> +<i>Var.</i> S'il m'échappe un baiser, ne t'en offense pas. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> +<i>Var.</i> Et ne m'accablez plus de votre impertinence. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> <i>Var.</i> Pour me plaire, il faut bien des entretiens meilleurs. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> <i>Var.</i> A votre orgueil nouveau mes nouveaux mouvements. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a> +<i>Var.</i> Puisque, le conservant, je songerois à vous. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> Puisque, le conservant, je penserois à vous. (1660)<br /> +<i>Var.</i> Parce qu'en le gardant je penserois à vous. (1663-68)</p> + +<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> <i>Var.</i> Je pense mieux valoir que le refus d'un autre<a name="FNanchor_199-a" id="FNanchor_199-a" href="#Footnote_199-a" class="fnanchor">[199-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_199-a" id="Footnote_199-a" href="#FNanchor_199-a"><span class="label">[199-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p> + +<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> <i>Var.</i> Si, comme je vous fais, vous ne m'offrez des vœux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> <i>Var.</i> Je craindrois, en ce cas, d'être trop bien reçue. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> +<i>Var.</i> Vous rencontrant d'humeur facile à m'écouter,<br /> +Je n'eusse que la honte après de me dédire.<br /> +<span class="smcap">LYS.</span> Vous devez donc souffrir que dessous votre empire<br /> +Mon feu soit sans exemple, et que mes passions. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> <i>Var.</i> J'ai des nippes en haut que je te veux montrer. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> <span class="smcap">HIPPOLYTE, LYSANDRE, ARONTE.</span> (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> <i>Var.</i> Quoi qu'un peu de dépit devant elle publie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> <i>Var.</i> C'est choquer la raison, qui veut que je vous aime. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> <i>Var.</i> Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissent pas. (1648-57)</p> + +<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> Regnier l'a dit avant Corneille:</p> + +<p class="left5">L'amour est une affection<br /> +Qui par les yeux dans le cœur entre.<br /> +<span class="i9">(<i>Épigrammes.</i>)</span></p> + +<p>Et la Fontaine l'a répété après tous les deux (<i>Contes</i>, IV, <span class="smcap">IX</span>, <i>le Diable en enfer</i>):</p> + +<p class="left5">Une vertu sort de vous, ne sais quelle,<br /> +Qui dans le cœur s'introduit par les yeux.</p> + +<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> +<i>Var.</i> Il fait naître une ardeur ou puissante ou petite.<br /> +Moi, si mon feu vers vous se relâche un moment. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> +<i>Var.</i> Car, puisqu'auprès de vous il n'est rien d'admirable,<br /> +Ma flamme comme vous doit être incomparable. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> <i>Var.</i> Un esprit inconstant, quelque part qu'il s'adresse.... (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">CHRYSANTE</span>, <i>à Pleirante</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">PLEIRANTE</span>, <i>à Chrysante</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> <i>Var.</i> La voilà qui s'en doute et s'en met à sourire<a name="FNanchor_214-a" id="FNanchor_214-a" href="#Footnote_214-a" class="fnanchor">[214-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_214-a" id="Footnote_214-a" href="#FNanchor_214-a"><span class="label">[214-a]</span></a> Entre les vers 933 et 934: <i>à Lysandre</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_215" id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> En marge, dans l'édition de 1637: <i>Il emmène Lysandre avec lui</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_216" id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> <i>Var.</i> (Au moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> +<i>Var.</i> Mais si cela se fait, dans sa comparaison,<br /> +Prévoyant cet hymen, il avoit bien raison. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_218" id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> <i>Var.</i> Il fût comme forcé de retourner vers elle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_219" id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> +<i>Var.</i> Simple, ce qu'il en fait n'est rien qu'à sa prière;<br /> +[Et Lysandre tient même à faveur singulière]<br /> +Cette peine qu'il prend pour un de ses amis.<br /> +<span class="smcap">HIPP.</span> Mais voyez cependant que le ciel a permis. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> <i>Var.</i> Ici quelque importun nous pourroit aborder. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_221" id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>seule</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> Entre les vers 972 et 973: <i>à Florice, qui sort de chez Célidée.</i> (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> <i>Var.</i> Voyez sa contenance, et jugez du surplus. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>regardant Célidée.</i> (1660)—Cette indication manque +dans les éditions de 1637-57.</p> + +<p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> <i>Var.</i> Soyez-le de ma honte, et vous fondant en larmes. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> <i>Var.</i> +Sur votre faux rapport osant trop me flatter,<br /> +Je vantois sa constance, et l'ingrat qui me trompe<br /> +Ne se feignit constant qu'afin de m'affronter. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_227" id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> +<i>Var.</i> Quand je le veux chasser, il est parfait amant;<br /> +Quand j'en veux être aimée, il n'en fait plus de conte. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a> <i>Var.</i> +Ce traître voyoit bien qu'alors me négliger,<br /> +C'étoit à Dorimant abandonner mon âme,<br /> +Et voulut par sa feinte, avant que me changer,<br /> +<span class="i6">Amortir cette flamme. (1637-57)</span></p> + +<p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a> <i>Var.</i> +Ou bientôt vos douleurs le mettront au cercueil.<br /> +<span class="smcap">CÉL.</span> Lysandre est en effet la cause de mon deuil. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_230" id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a> <i>Var.</i> +Excusez-moi, Monsieur, si ma confusion<br /> +M'étouffe la parole en cette occasion. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_231" id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a> En marge, dans l'édition de 1637: <i>Cléante frappe à la porte d'Hippolyte.—Cléante +frappe chez Hippolyte.</i> (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a> <i>Var.</i> Ce sont des compliments dont elle a bien affaire! (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_233" id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a> <i>Var.</i> Vu l'excessif amour qu'il me faisoit paroître. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_234" id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a> <i>Var.</i> O Dieux! qu'il est adroit quand il veut déguiser! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_235" id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a> <i>Var.</i> Enfin tu vas tâcher d'amollir son courage? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a> +<i>Var.</i> Et ne permet qu'à moi de gouverner son âme.<br /> +Si donc il ne les faut qu'empêcher de se voir,<br /> +Je te laisse à juger si j'y saurai pourvoir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a> <i>Var.</i> Jusque-là qu'entre eux deux leur âme étoit égale. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a> +«La <i>Croix-du-Tiroir</i>, dit Piganiol de la Force (<i>Description de Paris</i>, +1742, tome II, p. 174), est le nom d'une <i>croix</i> (<i>placée sur une fontaine</i>) et d'un +<i>carrefour</i> de la rue de l'Arbre-Sec, à l'endroit où elle aboutit à la rue Saint-Honoré. +Elle est nommée dans les anciens titres la <i>Croix de.... Traihoir....</i>.... du +<i>Triouer</i>, etc.» On peut voir dans l'ouvrage cité les diverses étymologies qu'on +a données de ce nom.</p> + +<p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a> <i>Var.</i> C'en est fort le chemin de passer par ici! (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a> <i>Var.</i> Son objet, tout aimable et tout parfait qu'il est. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il veut moins l'acquérir que vous la dérober. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a> +<i>Var.</i> Voulez-vous, offensé, pour en avoir raison,<br /> +Qu'un perfide avec vous entre en comparaison? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a> +<i>Var.</i> Me conseilleriez-vous que, pris à l'avantage,<br /> +J'immolasse le traître à mon peu de courage? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a> +<i>Var.</i> [Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur.]<br /> +<span class="smcap">CÉL.</span> Je ne veux pas de vous une action si lâche;<br /> +Non; mais à quelque point que la sienne vous fâche,<br /> +Écoutez un peu moins votre juste courroux:<br /> +Vous pouvez vous venger par des moyens plus doux.<br /> +Hélas! si vous étiez de mon intelligence,<br /> +Que vous auriez bientôt achevé la vengeance!<br /> +Que vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant.... (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a> <i>Var.</i> Vous auriez bientôt pris une digne vengeance. (1660-68)</p> + +<p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a> <i>Var.</i> Mais vous suivre au chemin que vous voulez tenir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_247" id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a> <i>Lysandre et Aronte sortent, et les voient ensemble.</i> (1637, en marge.)—<i>Lysandre +et Aronte sortent, et Aronte fait voir à son maître Dorimant et Célidée +ensemble.</i> (1644-57)—<i>Lysandre sort avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant +et Célidée ensemble.</i> (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a> <i>Var.</i> Mon meilleur en ce cas est de tout ignorer. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_249" id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a> +<i>Var.</i> Et parmi ses douleurs n'oublioit point sa foi. (1637-48)<br /> +<i>Var.</i> Et parmi les douleurs n'oublioit point sa foi. (1652-57)</p> + +<p><a name="Footnote_250" id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a> +<i>Var.</i> Qui t'a dit qu'Hippolyte en cette amour nouvelle,<br /> +Quand bien je lui plairois, me seroit plus fidèle? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a> Voyez tome I, p. 169, note 560.</p> + +<p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a> Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de 1637; on y lit +seulement en marge en regard du vers précédent: <i>Aronte rentre</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_253" id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a> <i>Var.</i> Je veux qu'un même coup me venge de deux crimes. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_254" id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a> +<i>Var.</i> [Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir.]<br /> +Mais la mort d'un amant seroit-elle bastante<a name="FNanchor_254-a" id="FNanchor_254-a" href="#Footnote_254-a" class="fnanchor">[254-a]</a><br /> +De toucher tant soit peu l'esprit de l'inconstante<a name="FNanchor_254-b" id="FNanchor_254-b" href="#Footnote_254-b" class="fnanchor">[254-b]</a>?<br /> +Peut-être que, déjà résolue à changer,<br /> +La défaire de lui ce seroit l'obliger;<br /> +Et dans l'aise qu'alors elle en feroit paroître,<br /> +Serois-je assez vengé par la perte d'un traître?<br /> +Qu'ici le jugement me manquoit au besoin!<br /> +Il faut que ma fureur s'épande bien plus loin;<br /> +Il faut que, sans égard, ma rage impitoyable<br /> +Confonde l'innocent avecque le coupable;<br /> +Que, dans mon désespoir, je traite également<br /> +Célidée, Hippolyte, Aronte, Dorimant,<br /> +Le sujet de ma flamme et tous ceux qui l'ont sue:<br /> +L'affront qu'elle a reçu de sa honteuse issue<br /> +Fait un éclat trop grand pour s'effacer à moins;<br /> +Je ne puis l'étouffer qu'en perdant les témoins.<br /> +[Frénétiques transports, avec quelle insolence.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_254-a" id="Footnote_254-a" href="#FNanchor_254-a"><span class="label">[254-a]</span></a> <i>Bastante de</i>, suffisante pour.</p> + +<p><a name="Footnote_254-b" id="Footnote_254-b" href="#FNanchor_254-b"><span class="label">[254]-b</span></a> +Mais la mort d'un amant seroit-elle capable<br /> +De toucher à ce point une âme si coupable? (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_255" id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a> <i>Var.</i> Mais vous pourrois-je aimer, vous voyant me trahir? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_256" id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a> +<i>Var.</i> Ma jalousie augmente, et renforçant ma rage,<br /> +Quelques sanglants desseins qu'elle jette en mon cœur. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_257" id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a> Voyez tome I, p. 205, note 687.</p> + +<p><a name="Footnote_258" id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a> +<i>Var.</i> [Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant.]<br /> +Au simple souvenir du bel œil qui me blesse,<br /> +Tous mes ressentiments n'ont que de la foiblesse,<br /> +Et je sens malgré moi mon courroux languissant<br /> +Céder aux moindres traits d'un objet si puissant.<br /> +[Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_259" id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a> +<i>Var.</i> Me sont de votre peine une marque assez claire.<br /> +Encor qui la sauroit, on pourroit aviser<br /> +A prendre des moyens propres à l'apaiser.<br /> +<span class="smcap">LYS.</span> Ne vous informez point de mon cruel martyre,<br /> +Vous le redoubleriez, m'obligeant à le dire.<br /> +<span class="smcap">HIPP.</span> Vous faites le secret, mais je le veux savoir,<br /> +Et par là sur votre âme essayer mon pouvoir.<br /> +Hier vous m'en donniez tant que j'estime impossible<br /> +Que pour me contenter rien vous soit trop sensible.<br /> +[<span class="smcap">LYS.</span> Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.]<br /> +<span class="smcap">HIPP.</span> Je veux l'avoir partout, ou bien n'en avoir point. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> En font voir au dehors une marque assez claire. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_260" id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a> +<i>Var.</i> Être de belle humeur, ou bien rompre avec moi. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Être de belle humeur, ou rompre avecque moi. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_261" id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a> <i>Var.</i> Ne vous obstinez point à vaincre mon silence. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_262" id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a> +<i>Var.</i> Souffrez que je vous laisse, et que seul aujourd'hui<br /> +Je puisse en liberté soupirer mon ennui. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_263" id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>seule</i>. Pas de distinction de scène. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_264" id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a> +<i>Var.</i> Est-ce là donc l'état que tu fais d'Hippolyte?<br /> +Après des vœux offerts, est-ce ainsi qu'on me quitte? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_265" id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a> <i>Var.</i> N'ai-je pas tantôt vu Lysandre avecque vous? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_266" id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a> <i>Var.</i> Hélas! qu'y feroit-il? Ma sœur, ton Hippolyte. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_267" id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a> <i>Var.</i> Traite cet inconstant de même qu'il mérite. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_268" id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a> +<i>Var.</i> L'infidèle à présent est fort sur ta louange? (1637)<br /> +<i>Var.</i> Le perfide à présent est fort sur ta louange? (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_269" id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a> <i>Var.</i> Et quand il vient après à parler de ses feux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_270" id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a> <i>Var.</i> Mon Dieu! qu'il est chargeant<a name="FNanchor_270-a" id="FNanchor_270-a" href="#Footnote_270-a" class="fnanchor">[270-a]</a> avec ses flatteries! (1637 et 1644)</p> + +<p><a name="Footnote_270-a" id="Footnote_270-a" href="#FNanchor_270-a"><span class="label">[270-a]</span></a> Dans les éditions de 1648-57, il y a <i>changeant</i>, au lieu de <i>chargeant</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_271" id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a> <i>Var.</i> Je pense avant deux jours que je mourrois d'ennui. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_272" id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a> L'édition de 1660 porte: <i>Craigniez-vous qu'un ami sache....</i> ce qui ne +peut être qu'une faute d'impression.</p> + +<p><a name="Footnote_273" id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a> Cols, collerettes. Voyez le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_274" id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a> <i>Var.</i> Vous venez m'attaquer toujours par quelque fable. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_275" id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a> <i>Var.</i> Vous revoilà déjà! (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_276" id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a> +<i>Var.</i> J'en fis hier ouverture à votre bonne femme,<br /> +Qui se rapporte à vous de recevoir sa flamme. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Votre mère de moi sut hier comme il vous aime. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_277" id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a> Voyez plus haut (page <a href="#Page_40">40</a>) le vers 290.</p> + +<p><a name="Footnote_278" id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a> <i>Var.</i> Peut-être innocemment, faute de rien comprendre. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_279" id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a> <i>Var.</i> Il le faut épouser, vite, qu'on s'y dispose. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_280" id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a> <i>Var.</i> Quelle bigearre humeur! quelle inégalité. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_281" id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a> <i>Var.</i> Que la rigueur d'un père augmente mon supplice. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_282" id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a> <i>Var.</i> <i>Ils s'entre-poussent quelque temps une boîte qui est entre leurs deux +boutiques.</i> (1637 et 63, en marge; dans l'édition de 1663, les mots: <i>quelque +temps</i> et <i>deux</i> sont omis.)</p> + +<p><a name="Footnote_283" id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a> Regardez. Voyez le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_284" id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a> Sorte d'exclamation dont l'origine est difficile à découvrir et sur laquelle +nous n'avons que des conjectures. Voyez le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_285" id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a> «<i>Battant</i> est le volet d'un comptoir de marchand ou de banquier, qui se +lève et se baisse.» (<i>Dictionnaire de Furetière.</i>)</p> + +<p><a name="Footnote_286" id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a> Voyez ci-dessus la note 13 de la p. <a href="#Page_7">7</a>, et le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_287" id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a> +<i>Var.</i> Pour conserver la paix, quoique cela me touche,<br /> +J'ai toujours tout souffert sans en ouvrir la bouche;<br /> +Et vous, vous m'attaquez et sans cause et sans fin. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_288" id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LA LINGÈRE</span>, à Florice. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_289" id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a> Ce mot se disait des rubans, plumes et garnitures qui ornaient l'habit, le +chapeau et l'épée. Voyez le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_290" id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a> <i>Var. Il fait un paquet de ses livres.</i> (1637 et 63, en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_291" id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a> On lit ici en plus, mais par erreur, dans l'édition de 1637: <i>à Florice</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_292" id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a> +<i>Var.</i> Que ce point est ensemble et délicat et fort!<br /> +Si ma maîtresse veut s'en croire à mon rapport,<br /> +Vous aurez son argent: mon Dieu! le bel ouvrage! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_293" id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a> Cette scène en forme deux dans l'édition de 1637. La première a pour +personnages <span class="smcap">FLORICE</span>, <span class="smcap">ARONTE</span>; la seconde, qui commence après le vers 1448, +<span class="smcap">LE MERCIER</span>, <span class="smcap">ARONTE</span>, <span class="smcap">FLORICE</span>, <span class="smcap">LA LINGÈRE</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_294" id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a> <i>Var.</i> Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne me veut plus voir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_295" id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il regarde une boîte de rubans.</i> (1637 et 63, en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_296" id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LA LINGÈRE</span>, <i>au Mercier.</i> (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_297" id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a> <i>Var.</i> Ainsi, faute d'avoir de belle marchandise. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_298" id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a> Les quatre derniers vers de cet acte ne se trouvent pas dans les éditions +de 1637-57.</p> + +<p><a name="Footnote_299" id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a> <i>Var.</i> Que ses desirs, d'accord<a name="FNanchor_299-a" id="FNanchor_299-a" href="#Footnote_299-a" class="fnanchor">[299-a]</a> +avec mon espérance. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_299-a" id="Footnote_299-a" href="#FNanchor_299-a"><span class="label">[299-a]</span></a> Les éditions de 1652 et de 1657 donnent, très-probablement par erreur, +<i>d'abord</i>, pour <i>d'accord</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_300" id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a> +<i>Var.</i> Mon respect s'est accru vers un objet si cher. (1637, 44 et 52-57)<br /> +<i>Var.</i> Mon respect s'est accru vers mon objet si cher. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_301" id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a> +<i>Var.</i> [Eh quoi? pour m'avoir vu, vous changez de dessein!]<br /> +Pensez-vous m'éblouir avec cette visite?<br /> +Ne feignez point pour moi d'entrer chez Hippolyte<a name="FNanchor_301-a" id="FNanchor_301-a" href="#Footnote_301-a" class="fnanchor">[301-a]</a>:<br /> +Vous ne m'apprendrez rien, je sais trop comme quoi<br /> +Un tel ami que vous traite l'amour pour moi. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_301-a" id="Footnote_301-a" href="#FNanchor_301-a"><span class="label">[301-a]</span></a> Ne laissez point pour moi d'entrer chez Hippolyte. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_302" id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a> <i>Var.</i> Nous en aurons bientôt la querelle vidée. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_303" id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a> <i>Var.</i> Ah! perfide, sur moi décharge ton courroux. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_304" id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a> <i>Var.</i> Arrête, mon souci! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_305" id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a> <i>Var.</i> Et que m'étant moqué de son plus rude effort. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_306" id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a> <i>Var.</i> La valeur d'un amant que vous aurez perdu. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_307" id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a> <i>Var.</i> Dedans son entretien recherchez vos plaisirs. (1637-63)</p> + +<p><a name="Footnote_308" id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a> <i>Var.</i> C'est avecque raison que ma feinte passée. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_309" id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a> <i>Var.</i> Choisissez, l'un ou l'autre achèvera mes peines. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_310" id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a> <i>Var.</i> Sans lui, je n'ai plus rien qui me retienne au jour. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_311" id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a> Ce n'est pas seulement à la rime que Corneille écrit ce mot ainsi, il est +dans ses ouvrages orthographié partout de la sorte, et c'est ainsi du reste +qu'on le prononçait de son temps. Voyez tome I, p. 190, note 634, et le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_312" id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a> <i>Var.</i> Pardonnez à ma faute, et j'oublierai la vôtre. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_313" id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a> +<i>Var.</i> [Accepte un repentir accompagné de larmes.]<br /> +Ce baiser cependant punira ma rigueur,<br /> +Et me fermant la bouche, il t'ouvrira mon cœur.<br /> +<span class="smcap">LYS.</span> Ma chère âme, mon heur, mon tout, est-il possible. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_314" id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a> +<i>Var.</i> De les plus exercer au péril de ma vie. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_315" id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a> +<i>Var.</i> [Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande?]<br /> +Bons Dieux! qu'il fut fâché, voyant ces jours passés<br /> +Mon âme refroidie, et tous mes sens glacés<br /> +A son autorité se rendre si rebelles!<br /> +Mais allons lui porter ces heureuses nouvelles,<br /> +Et le tirer d'ennui, puisque ce bon vieillard<br /> +Dans tes contentements prend une telle part.<br /> +[<span class="smcap">LYS.</span> Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte]<br /> +N'ait de moi derechef un hommage hypocrite? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_316" id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a> <i>Var.</i> Pour rendre à vos beautés mon très-humble devoir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_317" id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a> <i>Var.</i> Je pense que ce jour eût encore passé. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_318" id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[318]</span></a> <i>Var.</i> Non pas, mais votre amour me devient ennuyeuse. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_319" id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[319]</span></a> Les éditions de 1648 et de 1664 portent, par erreur, <i>une autre</i>, pour <i>un +autre</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_320" id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[320]</span></a> <i>Var.</i> Et captivoit déjà mes inclinations. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_321" id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[321]</span></a> +<i>Var.</i> Si faut-il pour ce nom que je vous importune;<br /> +Ne me refusez point de me le déclarer. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_322" id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[322]</span></a> <i>Var.</i> Souffrez, mon cavalier, que je vous fasse amis<a name="FNanchor_322-a" id="FNanchor_322-a" href="#Footnote_322-a" class="fnanchor">[322-a]</a>. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_322-a" id="Footnote_322-a" href="#FNanchor_322-a"><span class="label">[322-a]</span></a> Entre les vers 1696 et 1697: <i>A Dorimant</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_323" id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[323]</span></a> <i>Quereller</i>, disputer.</p> + +<p><a name="Footnote_324" id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[324]</span></a> Entre les vers 1698 et 1699: <i>Montrant Hippolyte</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_325" id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[325]</span></a> <i>Var.</i> Et l'unique sujet de nos dissensions. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_326" id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[326]</span></a> +<i>Var.</i> Piqué de ses dédains, j'avois pris fantaisie<a name="FNanchor_326-a" id="FNanchor_326-a" href="#Footnote_326-a" class="fnanchor">[326-a]</a><br /> +De jeter en son âme un peu de jalousie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_326-a" id="Footnote_326-a" href="#FNanchor_326-a"><span class="label">[326-a]</span></a> <i>Il regarde Célidée.</i> (1637, en marge.)—Entre les vers 1704 et 1705: +<i>Montrant Célidée</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_327" id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[327]</span></a> <i>Var.</i> N'y songe plus, ma sœur, et pour l'amour de moi. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_328" id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[328]</span></a> <i>Var.</i> Tu ne le peux haïr sans me vouloir du mal. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_329" id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[329]</span></a> <i>Var.</i> Tu vois; mais après tout, veux-tu que je te die? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_330" id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[330]</span></a> <i>Var.</i> Excuse, chère sœur, un esprit amoureux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_331" id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[331]</span></a> <i>Var.</i> Sans chercher des raisons pour vous persuader. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_332" id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[332]</span></a> +<i>Var.</i> Et moi, par conséquent, bien loin de la tenir.<br /> +<span class="smcap">DOR.</span> Après m'avoir promis, seriez-vous mensongère? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_333" id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[333]</span></a> Le nom d'<span class="smcap">HIPPOLYTE</span> précède celui de <span class="smcap">CÉLIDÉE</span> dans les éditions de +1637-52 et de 1657.</p> + +<p><a name="Footnote_334" id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[334]</span></a> <i>Var.</i> N'a que faire, en ce cas, d'implorer ma puissance. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_335" id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[335]</span></a> +<i>Var.</i> Ma belle, après cela, serez-vous inhumaine? (1637)<br /> +<i>Var.</i> Eh bien! après cela, serez-vous inhumaine? (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_336" id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[336]</span></a> <i>Var.</i> Puisqu'elle s'y résout, du reste ne m'importe. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_337" id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[337]</span></a> +<i>Var.</i> Mon aise s'en redouble, et mon cœur qui se pâme. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> J'en sens croître ma joie, et mon cœur qui se pâme. (1660-64)</p> + +<p><a name="Footnote_338" id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[338]</span></a> <i>Var.</i> Croit qu'encore une fois on accepte sa flamme. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_339" id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[339]</span></a> <i>Var.</i> Eh bien! ferez-vous donc quelque chose pour moi? (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_340" id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[340]</span></a> <i>Var.</i> Lorsque je vous aimois, me firent un service. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_341" id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[341]</span></a> <i>Var.</i> Souffre-le, mon souci, puisqu'elle m'en supplie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_342" id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[342]</span></a> Voyez la <i>Notice</i>, p. <a href="#Page_115">115</a>. L'<i>Épître dédicatoire</i> n'est que dans +les éditions de 1637-1657.</p> + +<p><a name="Footnote_343" id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[343]</span></a> C'est ainsi que le mot est écrit dans toutes les éditions qui ont +paru du vivant de Corneille.</p> + +<p><a name="Footnote_344" id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[344]</span></a> Jules-César Scaliger, né en 1484, mort en 1558, auteur d'une +Poétique (<i>Poetices libri VII</i>, Lyon, 1561), où il passe en revue les +ouvrages des poëtes les plus célèbres et les juge avec une grande +sévérité.</p> + +<p><a name="Footnote_345" id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[345]</span></a> Voyez tome I, p. 3 et 4, l'avis <i>Au lecteur</i> de l'édition de 1648.</p> + +<p><a name="Footnote_346" id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[346]</span></a> Chaque acte est de trois cent quarante vers.</p> + +<p><a name="Footnote_347" id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[347]</span></a> L'édition de 1657 porte par erreur: «de montrer.»</p> + +<p class="left5"><a name="Footnote_348" id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[348]</span></a> +<i>Poeta, quum primum animum ad scribendum appulit,<br /> +Id sibi negoti credidit solum dari,<br /> +Populo ut placerent, quas fecisset fabulas.</i><br /> +<span class="i9">(Térence, <i>Andria</i>, prologue, vers 1-3.)</span></p> + +<p>Corneille revient ailleurs sur cette pensée: voyez les Dédicaces de +<i>Médée</i> et de <i>la Suite du Menteur</i>. C'est aussi la maxime de Molière et +de la Fontaine. «Je voudrois bien savoir si la grande règle de toutes +les règles n'est pas de plaire,» dit le premier dans <i>la Critique de +l'École des Femmes</i>, scène <span class="smcap">VII</span>. «Mon principal but est toujours de +plaire,» dit le second dans la Préface de <i>Psyché</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_349" id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[349]</span></a> Pour se rendre bien compte de ce pronom (<i>celle-ci</i>), il faut +relire la dernière phrase de l'Examen de <i>la Galerie du Palais</i> (p. 15), +et se reporter à la note 1 de la p. 137 du tome I.</p> + +<p><a name="Footnote_350" id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[350]</span></a> Nous trouvons dans la <i>Poétique</i> d'Aristote (chap. <span class="smcap">VI</span>) un passage +relatif à l'abus des sentences, mais rien qui ressemble à ce précepte +dont parle ici Corneille, «de cacher l'artifice de ses parures.»</p> + +<p><a name="Footnote_351" id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[351]</span></a> II<sup>e</sup> Déclamation (<i>Cæcus pro limine</i>), chap. <span class="smcap">XIV</span>. Corneille cite +sans doute de mémoire, car dans le texte le mot <i>flagrantius</i> précède +immédiatement <i>frigidis</i>. Voici comment ce passage a été rendu +par un contemporain de Corneille, le sieur du Teil, avocat en parlement, +dont la traduction, dédiée à Foucquet, a paru en 1659: «Le +mariage est une espèce de servitude aux vieilles gens; leur foiblesse +augmente leur passion, et il semble que leur desir s'échauffe par la +froideur même de leur tempérament.»</p> + +<p><a name="Footnote_352" id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[352]</span></a> Dans la pièce, ce passage (vers 1353 et 1354) commence ainsi:</p> + +<p class="left5">Et s'il pouvoit donner....</p> + +<p><a name="Footnote_353" id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[353]</span></a> Voyez l'Examen de <i>la Galerie du Palais</i>, p. <a href="#Page_13">13</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_354" id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[354]</span></a> Tome I, p. 117, dans le <i>Discours des trois unités</i>, qui se trouve +en tête du troisième volume de l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_355" id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[355]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): celui qui en sort.</p> + +<p><a name="Footnote_356" id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[356]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660-1664): que je ne conseillerois jamais de +s'en servir.—Corneille a complété dans son <i>Discours des trois unités</i> +ce qu'il dit ici des diverses sortes de liaisons. Voyez tome I, p. 103.</p> + +<p><a name="Footnote_357" id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[357]</span></a> Les éditions de 1668 et de 1682 portent <i>de</i>, pour <i>le</i>; mais c'est +sans doute une erreur.</p> + +<p><a name="Footnote_358" id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[358]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_119">119</a>, note 346.</p> + +<p><a name="Footnote_359" id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[359]</span></a> Dans les éditions de 1637-1664: <i>et aimée</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_360" id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[360]</span></a> Dans l'édition de 1637, ce personnage se nomme <span class="smcap">Cléonte</span> et +ne figure pas au tableau des acteurs. Du reste il ne prend la parole +que dans la scène v de l'acte IV, et dans aucune édition son nom ne +paraît, en tête de cette scène, parmi ceux des personnages.</p> + +<p><a name="Footnote_361" id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[361]</span></a> L'indication du lieu de la scène manque dans l'édition de 1637.</p> + +<p><a name="Footnote_362" id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[362]</span></a> <i>Var.</i> Je treuve qu'après tout ce n'est qu'une suivante. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_363" id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[363]</span></a> <i>Var.</i> A la fin j'ai levé mes yeux sur sa maîtresse. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_364" id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[364]</span></a> <i>Var.</i> Maintenant je me doute à peu près d'une ruse. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_365" id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[365]</span></a> <i>Var.</i> Tient pour manque d'esprit de véritables feux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_366" id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[366]</span></a> +<i>Var.</i> Mon feu, qui ne seroit que simple courtoisie,<br /> +[La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.»]<br /> +Moi de jurer que non, et lui de persister,<br /> +Tant que pour cette épreuve il me fit protester<br /> +Que je lui céderois quelque temps ma maîtresse.<br /> +Ainsi donc je l'y mène, et par cette souplesse,<br /> +[Engageant Amarante et Florame au discours.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_367" id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[367]</span></a> <i>Var.</i> Amarante à ce point fut-elle fort docile? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_368" id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[368]</span></a> +<i>Var.</i> Plus que je n'espérois je la trouvai facile. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Plus que je n'espérois je l'y trouvai facile. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_369" id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[369]</span></a> +<i>Var.</i> Soit qu'elle fît dessein d'asservir la franchise<br /> +D'un qui la cajoloit ainsi par entreprise. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Soit qu'elle fît dessein sur cet esprit rebelle<br /> +Qui par galanterie osoit feindre auprès d'elle. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_370" id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[370]</span></a> <i>Var.</i> Qui par simple gageure osoit se jouer d'elle. (1660-64)</p> + +<p><a name="Footnote_371" id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[371]</span></a> <i>Var.</i> Et ne demanda plus tant d'assiduité. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_372" id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[372]</span></a> <i>Var.</i> L'aise de se voir seule à gouverner Florame. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_373" id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[373]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il a dedans l'esprit mêmes desseins que toi. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_374" id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[374]</span></a> <i>Var.</i> Parmi ces hauts projets il manque de prudence. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_375" id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[375]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il ne se doute point de ta supercherie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_376" id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[376]</span></a> +<i>Var.</i> N'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire;<br /> +Je sais trop dextrement l'empêcher d'en rien dire. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_377" id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[377]</span></a> <i>Var.</i> Si je sais dextrement l'empêcher d'en rien dire. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_378" id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[378]</span></a> +<i>Var.</i> Daphnis est fort aimable, et si Florame l'aime,<br /> +Est-ce à dire pourtant qu'il soit aimé de même? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_379" id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[379]</span></a> <i>Var.</i> En dois-je présumer qu'il soit aimé de même? (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_380" id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[380]</span></a> +<i>Var.</i> Lui soient à même honte ou même honneur tous deux:<br /> +Ou tous deux nous faisons un dessein téméraire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_381" id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[381]</span></a> <i>Var.</i> Encore est-ce à regret qu'ici je me viens rendre. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_382" id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[382]</span></a> <i>Var.</i> De retour au logis je me treuvois à moi. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_383" id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[383]</span></a> +<i>Var.</i> Encor n'est-ce pas tout, son image me suit,<br /> +[Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit.]<br /> +Elle entre effrontément jusque dedans ma couche,<br /> +Me redit ses propos, me présente sa bouche.<br /> +[Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_384" id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[384]</span></a> <i>Var.</i> Ses beautés à la fin me rendroient infidèle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_385" id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[385]</span></a> <i>Var.</i> Et toi sans aucun fruit tu porteras la peine. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_386" id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[386]</span></a> <i>Var.</i> Quand tu ne pourras plus te passer de la voir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_387" id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[387]</span></a> <i>Var.</i> J'attends pour te punir à reprendre ma place. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_388" id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[388]</span></a> <i>Var.</i> A présent tu n'en tiens encore qu'à demi. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_389" id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[389]</span></a> +<i>Var.</i> Qu'en ma faveur le ciel ne tourne son courage,<br /> +Et dispose Amarante à seconder mes vœux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_390" id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[390]</span></a> <i>Var.</i> De faire à tes dépens cette preuve incertaine. (1657)</p> + +<p><a name="Footnote_391" id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[391]</span></a> Terme de jeu: <i>je quitte la partie</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_392" id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[392]</span></a> <i>Var.</i> Que veux-tu plus de moi? reprends ce qu'il t'est dû. (1657)</p> + +<p><a name="Footnote_393" id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[393]</span></a> <i>Var.</i> Séparer davantage une amour si parfaite! (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_394" id="Footnote_394" href="#FNanchor_394"><span class="label">[394]</span></a> +<i>Var.</i> J'empêcherai Daphnis de plus vous séparer.<br /> +Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_395" id="Footnote_395" href="#FNanchor_395"><span class="label">[395]</span></a> +<i>Var.</i> Mon cœur, déploie ici tes meilleurs artifices<br /> +(Mais toutefois sans mettre en oubli mes services). (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_396" id="Footnote_396" href="#FNanchor_396"><span class="label">[396]</span></a> <i>Var.</i> Quelque échappé qu'il fût, je saurois l'attraper. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_397" id="Footnote_397" href="#FNanchor_397"><span class="label">[397]</span></a> <i>Var.</i> Allez, laissez-le-moi, j'y ferai bonne garde. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_398" id="Footnote_398" href="#FNanchor_398"><span class="label">[398]</span></a> <i>Var.</i> Augmente mon envie en augmentant la gloire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_399" id="Footnote_399" href="#FNanchor_399"><span class="label">[399]</span></a> +<i>Var.</i> Bien plus que d'aucuns vœux que l'on me peut offrir. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Bien plus que d'aucuns vœux que l'on me pût offrir. (1644-60)</p> + +<p><a name="Footnote_400" id="Footnote_400" href="#FNanchor_400"><span class="label">[400]</span></a> <i>Var.</i> Toute amitié se meurt où naissent de vrais feux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_401" id="Footnote_401" href="#FNanchor_401"><span class="label">[401]</span></a> <i>Var.</i> Encore si j'avois tant soit peu d'espérance. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_402" id="Footnote_402" href="#FNanchor_402"><span class="label">[402]</span></a> <i>Var.</i> Que vous puissiez m'aimer après tant de tourment. (1654)</p> + +<p><a name="Footnote_403" id="Footnote_403" href="#FNanchor_403"><span class="label">[403]</span></a> +<i>Var.</i> Et mon stérile amour n'aura que des supplices!<br /> +Trouvez bon que j'adresse autre part mes services<a name="FNanchor_403-a" id="FNanchor_403-a" href="#Footnote_403-a" class="fnanchor">[403-a]</a>,<br /> +Contraint, manque d'espoir, de vous abandonner.<br /> +<span class="smcap">AMAR.</span> S'il ne tient qu'à cela je vous en veux donner. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_403-a" id="Footnote_403-a" href="#FNanchor_403-a"><span class="label">[403-a]</span></a> [Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services.] (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_404" id="Footnote_404" href="#FNanchor_404"><span class="label">[404]</span></a> +<i>Var.</i> Que je négligerois près d'un qui valût mieux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_405" id="Footnote_405" href="#FNanchor_405"><span class="label">[405]</span></a> +<i>Var.</i> Peut-être, mais enfin il le faut confesser. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_406" id="Footnote_406" href="#FNanchor_406"><span class="label">[406]</span></a> <i>Var.</i> Voyez comme tous deux fuyent notre rencontre! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_407" id="Footnote_407" href="#FNanchor_407"><span class="label">[407]</span></a> <i>Var.</i> Qui ne sont en effet que des galanteries. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_408" id="Footnote_408" href="#FNanchor_408"><span class="label">[408]</span></a> +<i>Var.</i> J'ai sondé son esprit touchant cette matière,<br /> +Où j'ai peu remarqué de son ardeur première. (1637)<br /> +<i>Var.</i> J'ai sondé dextrement jusqu'au fond de son âme. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_409" id="Footnote_409" href="#FNanchor_409"><span class="label">[409]</span></a> +<i>Var.</i> Et si Florame avoit pour elle quelque amour,<br /> +Elle pourroit bientôt vous faire un mauvais tour. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_410" id="Footnote_410" href="#FNanchor_410"><span class="label">[410]</span></a> +<i>Var.</i> Qu'en moins de rien ma ruse en tire les secrets.<br /> +<span class="smcap">THÉANTE.</span> C'est un trop bas emploi pour un si grand mérite;<br /> +Et quand bien Amarante en seroit là réduite,<br /> +Que de se voir pour lui dans quelque émotion,<br /> +J'étouffe en moins de rien cette inclination. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_411" id="Footnote_411" href="#FNanchor_411"><span class="label">[411]</span></a> <i>Var.</i> Cette belle maîtresse a trop de jugement. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_412" id="Footnote_412" href="#FNanchor_412"><span class="label">[412]</span></a> <i>Var.</i> Vous le méprisez trop: je treuve en lui des charmes. (1637-52)</p> + +<p><a name="Footnote_413" id="Footnote_413" href="#FNanchor_413"><span class="label">[413]</span></a> +<i>Var.</i> Clarimond n'a de moi qu'un excès de rigueur;<br /> +Mais s'il lui ressembloit, il toucheroit mon cœur. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_414" id="Footnote_414" href="#FNanchor_414"><span class="label">[414]</span></a> +<i>Var.</i> Mais j'en juge suivant ce que je vois paroître. (1637-60)<br /> +<i>Var.</i> Mais j'en juge suivant ce que j'en vois paroître. (1663 et 64)</p> + +<p><a name="Footnote_415" id="Footnote_415" href="#FNanchor_415"><span class="label">[415]</span></a> <i>Var.</i> Laissons là ce discours: je l'aperçois venir. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_416" id="Footnote_416" href="#FNanchor_416"><span class="label">[416]</span></a> <i>Var.</i> L'heure de dîner presse, et nous incommodons. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_417" id="Footnote_417" href="#FNanchor_417"><span class="label">[417]</span></a> <i>Var.</i> Celle qu'en nos discours ici nous retardons. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_418" id="Footnote_418" href="#FNanchor_418"><span class="label">[418]</span></a> <i>Var.</i> Quelle puissante amour n'en seroit pas fâchée? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_419" id="Footnote_419" href="#FNanchor_419"><span class="label">[419]</span></a> <i>Pour en être inquiet.</i> Voyez tome I, p. 192, note 641.</p> + +<p><a name="Footnote_420" id="Footnote_420" href="#FNanchor_420"><span class="label">[420]</span></a> <i>Var.</i> Et toute sa froideur naît de sa jalousie. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_421" id="Footnote_421" href="#FNanchor_421"><span class="label">[421]</span></a> +<i>Var.</i> C'est chose au demeurant qui ne me touche en rien. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> Si vous l'aimez encor, quittez cet entretien,<br /> +Ce que je vous en dis n'est que pour votre bien. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_422" id="Footnote_422" href="#FNanchor_422"><span class="label">[422]</span></a> <i>Var.</i> M'informer<a name="FNanchor_422-a" id="FNanchor_422-a" href="#Footnote_422-a" class="fnanchor">[422-a]</a> si l'esprit en répond à la mine. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_422-a" id="Footnote_422-a" href="#FNanchor_422-a"><span class="label">[422-a]</span></a> Voyez tome I, p. 472, note 1532.</p> + +<p><a name="Footnote_423" id="Footnote_423" href="#FNanchor_423"><span class="label">[423]</span></a> +<i>Var.</i> [Que m'importe de perdre une amitié si feinte?]<br /> +Dois-je pas m'ennuyer de son discours moqueur,<br /> +Où sa langue jamais n'a l'aveu de son cœur?<br /> +Non, je ne le saurois, et quoi qu'il m'en arrive,<br /> +Je ferai mes efforts afin qu'on ne m'en prive,<br /> +Et j'y veux employer de si rusés détours,<br /> +Qu'ils n'auront de longtemps le fruit de leurs amours<a name="FNanchor_423-a" id="FNanchor_423-a" href="#Footnote_423-a" class="fnanchor">[423-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_423-a" id="Footnote_423-a" href="#FNanchor_423-a"><span class="label">[423-a]</span></a> C'est ici que finit le I<sup>er</sup> acte dans les éditions indiquées.</p> + +<p><a name="Footnote_424" id="Footnote_424" href="#FNanchor_424"><span class="label">[424]</span></a> +<i>Var.</i> Et c'est un grand bonheur s'ils ne sont que jaloux.<br /> +Tout leur nuit, et l'abord d'une mouche les blesse;<br /> +D'ailleurs dans leur devoir leur santé s'intéresse,<br /> +Et quelque long chemin que soit celui des cieux,<br /> +L'hymen l'accourcit bien à des hommes si vieux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_425" id="Footnote_425" href="#FNanchor_425"><span class="label">[425]</span></a> Le <i>fourrier</i> est au régiment ou dans la maison du Roi celui qui est +chargé de préparer les logements; par suite ce mot s'emploie figurément dans +le sens d'<i>avant-courier</i>, ou comme nous disons aujourd'hui, d'<i>avant-coureur</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_426" id="Footnote_426" href="#FNanchor_426"><span class="label">[426]</span></a> <i>Var.</i> Le sort en est jeté: va, ma pauvre Célie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_427" id="Footnote_427" href="#FNanchor_427"><span class="label">[427]</span></a> <i>Faire une planche à quelqu'un</i>, c'est au propre lui faciliter le passage +dans un chemin boueux ou difficile, et au figuré lui faciliter une affaire, une +entreprise.</p> + +<p><a name="Footnote_428" id="Footnote_428" href="#FNanchor_428"><span class="label">[428]</span></a> +<i>Var.</i> Je n'ai que faire ici de votre tablature:<br /> +Sans vos instructions, je sais trop comme il faut<br /> +Couler tout doucement sur ce qui vous défaut.<br /> +<span class="smcap">GÉR.</span> Ma force à t'écouter semble toute passée<a name="FNanchor_428-a" id="FNanchor_428-a" href="#Footnote_428-a" class="fnanchor">[428-a]</a>.<br /> +Je ne suis pas encor d'une âge si cassée,<br /> +Et ne crois pas avoir usé tous mes beaux jours.<br /> +<span class="smcap">CÉL.</span> Ne m'étourdissez point avec ces vains discours;<br /> +Il suffit que votre âme est tellement éprise<br /> +[Que vous allez mourir si vous n'avez Florise:]<br /> +Il y faudra tâcher. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_428-a" id="Footnote_428-a" href="#FNanchor_428-a"><span class="label">[428-a]</span></a> +Mes forces à t'ouïr semblent toutes passées.<br /> +Bannis en ma faveur ces mauvaises pensées:<br /> +Je ne crois pas avoir usé tous mes beaux jours. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_429" id="Footnote_429" href="#FNanchor_429"><span class="label">[429]</span></a> +<i>Var.</i> [Sans vos instructions je sais bien mon métier,]<br /> +Et je vous aime assez pour n'y rien oublier. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_430" id="Footnote_430" href="#FNanchor_430"><span class="label">[430]</span></a> <i>Laisser à quartier</i>, laisser à l'écart, laisser de côté, omettre. Voyez +tome I, p. 93, note 382.</p> + +<p><a name="Footnote_431" id="Footnote_431" href="#FNanchor_431"><span class="label">[431]</span></a> <i>Var.</i> Faut-il aller plus vite? Eh bien! voilà son frère. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_432" id="Footnote_432" href="#FNanchor_432"><span class="label">[432]</span></a> +<i>Var.</i> Je m'en vais devant vous lui proposer l'affaire. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Je vais tout devant vous lui proposer l'affaire. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_433" id="Footnote_433" href="#FNanchor_433"><span class="label">[433]</span></a> +<span class="i4"><i>Var.</i> Dont l'importune tyrannie</span><br /> +<span class="i4">Rompt le cours de ma passion? (1637-57)</span></p> + +<p><a name="Footnote_434" id="Footnote_434" href="#FNanchor_434"><span class="label">[434]</span></a> <i>Var.</i> Relâche un peu tes soins, puisqu'ils sont superflus. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_435" id="Footnote_435" href="#FNanchor_435"><span class="label">[435]</span></a> <i>Var.</i> Si près de mes chastes desirs. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_436" id="Footnote_436" href="#FNanchor_436"><span class="label">[436]</span></a> L'édition de 1682 porte par erreur:</p> + +<p class="left5">Quand on a l'effet de ces vœux.</p> + +<p><a name="Footnote_437" id="Footnote_437" href="#FNanchor_437"><span class="label">[437]</span></a> Cette scène se divise en cinq dans l'édition de 1637. La scène <span class="smcap">V</span>, qui a +pour personnages <span class="smcap">DAPHNIS</span> et <span class="smcap">FLORAME</span>, commence après le vers 411; la scène <span class="smcap">VI</span>, +entre <span class="smcap">DAPHNIS, AMARANTE</span> et <span class="smcap">FLORAME</span>, au milieu du vers 431; la scène <span class="smcap">VII</span>, +entre <span class="smcap">DAPHNIS</span> et <span class="smcap">FLORAME</span>, au milieu du vers 437; la scène <span class="smcap">VIII</span>, entre <span class="smcap">DAPHNIS, +AMARANTE</span> et <span class="smcap">FLORAME</span>, au vers 464, à la reprise d'Amarante: «Vos clefs, etc.»—Nous +n'avons pas besoin de dire après cela que les jeux de scène indiqués +soit dans notre texte soit en variante, à ces divers endroits, manquent dans +l'édition de 1637.</p> + +<p><a name="Footnote_438" id="Footnote_438" href="#FNanchor_438"><span class="label">[438]</span></a> <i>Var.</i> Qu'étouffe et que d'abord éteint votre présence. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_439" id="Footnote_439" href="#FNanchor_439"><span class="label">[439]</span></a> <i>Var.</i> Dont l'importun respect redouble les tourments.(1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_440" id="Footnote_440" href="#FNanchor_440"><span class="label">[440]</span></a> <i>Var.</i> Pensent fort avancer par un honteux silence. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_441" id="Footnote_441" href="#FNanchor_441"><span class="label">[441]</span></a> +<i>Var.</i> Ne peut être blâmé, bien que présomptueux.<br /> +J'avouerai donc mon feu, quelque haut qu'il se monte. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_442" id="Footnote_442" href="#FNanchor_442"><span class="label">[442]</span></a> <i>Var.</i> Ne leur servant de rien, je m'en suis revenue. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_443" id="Footnote_443" href="#FNanchor_443"><span class="label">[443]</span></a> +<i>Var.</i> [Allez au cabinet me querir un mouchoir.]<br /> +<span class="smcap">AMAR.</span> Donnez-m'en donc la clef. <span class="smcap">DAPHN.</span> Je l'aurai laissé choir:<br /> +Tâchez de la trouver. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_444" id="Footnote_444" href="#FNanchor_444"><span class="label">[444]</span></a> <i>Var.</i> Sans affront je la quitte, et lui préfère un autre<a name="FNanchor_444-a" id="FNanchor_444-a" href="#Footnote_444-a" class="fnanchor">[444-a]</a>. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_444-a" id="Footnote_444-a" href="#FNanchor_444-a"><span class="label">[444-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p> + +<p><a name="Footnote_445" id="Footnote_445" href="#FNanchor_445"><span class="label">[445]</span></a> <i>Var.</i> Ne devroient de ma part avoir que des encens. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_446" id="Footnote_446" href="#FNanchor_446"><span class="label">[446]</span></a> <i>Var.</i> N'a que de vous pareille: en un mot c'est.... (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_447" id="Footnote_447" href="#FNanchor_447"><span class="label">[447]</span></a> +<i>Var.</i> Ma curiosité s'est rendue indiscrète<br /> +A vous trop informer d'une flamme secrète. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_448" id="Footnote_448" href="#FNanchor_448"><span class="label">[448]</span></a> +<i>Var.</i> En nommer un au lieu qui ne vous touche pas. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Puisque m'en nommer un qui ne vous touche pas. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_449" id="Footnote_449" href="#FNanchor_449"><span class="label">[449]</span></a> <i>Var.</i> N'est que faire un reproche à son manque d'appas. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_450" id="Footnote_450" href="#FNanchor_450"><span class="label">[450]</span></a> <i>Var.</i> Ou peut-être mon sort me rend si misérable. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_451" id="Footnote_451" href="#FNanchor_451"><span class="label">[451]</span></a> +<i>Var.</i> Je fais vœu....<span class="smcap">AMAR.</span><a name="FNanchor_451-a" id="FNanchor_451-a" href="#Footnote_451-a" class="fnanchor">[451-a]</a> Votre clef ne se sauroit trouver.<br /> +<span class="smcap">DAPHN.</span> Bien donc, à faute d'autre, et comme par bravade,<br /> +Voici qui servira de mouchoir de parade. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_451-a" id="Footnote_451-a" href="#FNanchor_451-a"><span class="label">[451-a]</span></a> <span class="smcap">AMARANTE</span>, <i>revenant encore brusquement</i>. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_452" id="Footnote_452" href="#FNanchor_452"><span class="label">[452]</span></a> Cette indication manque dans les éditions de 1637-60.</p> + +<p><a name="Footnote_453" id="Footnote_453" href="#FNanchor_453"><span class="label">[453]</span></a> +<i>Var.</i> Qu'elle a depuis longtemps à moi du point coupé<a name="FNanchor_453-a" id="FNanchor_453-a" href="#Footnote_453-a" class="fnanchor">[453-a]</a>:<br /> +Allez, et dites-lui qu'elle me le renvoie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_453-a" id="Footnote_453-a" href="#FNanchor_453-a"><span class="label">[453-a]</span></a> Voyez la note 14 de la p. <a href="#Page_7">7</a> de ce volume.</p> + +<p><a name="Footnote_454" id="Footnote_454" href="#FNanchor_454"><span class="label">[454]</span></a> +<i>Var.</i> Dites-lui nettement que je le veux avoir.<br /> +<span class="smcap">AMAR.</span> A vous le rapporter je ferai mon pouvoir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_455" id="Footnote_455" href="#FNanchor_455"><span class="label">[455]</span></a> L'édition de 1682 porte seule <i>prudence</i>, au lieu de <i>puissance</i>; quoique +cette leçon soit à la rigueur explicable, il est bien possible que ce soit une faute +typographique.</p> + +<p><a name="Footnote_456" id="Footnote_456" href="#FNanchor_456"><span class="label">[456]</span></a> <i>Var.</i> Doncques, sans plus le perdre en discours superflus. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_457" id="Footnote_457" href="#FNanchor_457"><span class="label">[457]</span></a> +<i>Var.</i> Et je sentois mes feux tellement s'embraser,<br /> +Qu'il n'étoit pas en moi de les plus maîtriser. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Et je sentois mes feux tellement s'augmenter,<br /> +Qu'il n'étoit plus en moi de les pouvoir dompter. (1644-64)</p> + +<p><a name="Footnote_458" id="Footnote_458" href="#FNanchor_458"><span class="label">[458]</span></a> <i>Var.</i> Je me treuve captive en de si beaux liens<a name="FNanchor_458-a" id="FNanchor_458-a" href="#Footnote_458-a" class="fnanchor">[458-a]</a>. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_458-a" id="Footnote_458-a" href="#FNanchor_458-a"><span class="label">[458-a]</span></a> Racine a dit dans <i>Phèdre</i>, acte II, scène<span> II</span>:</p> + +<p class="left5">Quel étrange captif pour un si beau lien!</p> + +<p><a name="Footnote_459" id="Footnote_459" href="#FNanchor_459"><span class="label">[459]</span></a> +<i>Var.</i> Que je t'aime, Florame, encor que je le taise!<br /> +Et que je songe peu, dans l'excès de ma braise. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_460" id="Footnote_460" href="#FNanchor_460"><span class="label">[460]</span></a> <i>Var.</i> Aussi l'une est par où de bien loin tu me passes. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_461" id="Footnote_461" href="#FNanchor_461"><span class="label">[461]</span></a> <i>Var.</i> Que mon père sera d'un même sentiment. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_462" id="Footnote_462" href="#FNanchor_462"><span class="label">[462]</span></a> <i>Var.</i> Je vous avois bien dit qu'elle n'y seroit pas. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_463" id="Footnote_463" href="#FNanchor_463"><span class="label">[463]</span></a> <i>Var.</i> Je ne sais tantôt plus comme vivre avec vous. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_464" id="Footnote_464" href="#FNanchor_464"><span class="label">[464]</span></a> <i>Var.</i> Ne vous déroberont aucuns de vos amants. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_465" id="Footnote_465" href="#FNanchor_465"><span class="label">[465]</span></a> +<i>Var.</i> Mon cœur, si tu me vois sans Florame aujourd'hui,<br /> +Sache que tout exprès je m'échappe de lui. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_466" id="Footnote_466" href="#FNanchor_466"><span class="label">[466]</span></a> <i>Je pratique</i>, je ménage.</p> + +<p><a name="Footnote_467" id="Footnote_467" href="#FNanchor_467"><span class="label">[467]</span></a> <i>Var.</i> Et vous l'a chassé presque avec ignominie. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_468" id="Footnote_468" href="#FNanchor_468"><span class="label">[468]</span></a> L'édition de 1657 porte par erreur: «fort satisfait.»</p> + +<p><a name="Footnote_469" id="Footnote_469" href="#FNanchor_469"><span class="label">[469]</span></a> <i>Var.</i> Mais enfin auprès d'elle il treuve mal son conte<a name="FNanchor_469-a" id="FNanchor_469-a" href="#Footnote_469-a" class="fnanchor">[469-a]</a>? (1637-54)</p> + +<p><a name="Footnote_469-a" id="Footnote_469-a" href="#FNanchor_469-a"><span class="label">[469-a]</span></a> Voyez tome I, p. 150, note 497.</p> + +<p><a name="Footnote_470" id="Footnote_470" href="#FNanchor_470"><span class="label">[470]</span></a> +<i>Var.</i> Et véritablement, si je ne t'aimois bien,<br /> +[Je l'envoierois bientôt porter ailleurs ses feintes;]<br /> +Mais puisque tu le veux, j'accepte ces contraintes.<br /> +[<span class="smcap">THÉANTE.</span> Et je m'assure aussi tellement en ta foi.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_471" id="Footnote_471" href="#FNanchor_471"><span class="label">[471]</span></a> <i>Var.</i> Dedans ses entretiens incessamment t'engage. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_472" id="Footnote_472" href="#FNanchor_472"><span class="label">[472]</span></a> +<i>Var.</i> Que quand bien ma maîtresse aura su te charmer. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Que quand bien ma maîtresse auroit su te charmer. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_473" id="Footnote_473" href="#FNanchor_473"><span class="label">[473]</span></a> <i>Var.</i> Votre inégalité mettroit hors d'espérance. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_474" id="Footnote_474" href="#FNanchor_474"><span class="label">[474]</span></a> +<i>Var.</i> L'aise de voir la porte à ta fortune ouverte<br /> +Me feroit librement consentir à ma perte. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_475" id="Footnote_475" href="#FNanchor_475"><span class="label">[475]</span></a> <i>Var.</i> Que bien que je sentisse au cœur mille regrets. (1657)</p> + +<p><a name="Footnote_476" id="Footnote_476" href="#FNanchor_476"><span class="label">[476]</span></a> Ce vers, par une erreur d'impression, manque dans l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_477" id="Footnote_477" href="#FNanchor_477"><span class="label">[477]</span></a> <i>Var.</i> Et bien que sur mon cœur elle soit la plus forte. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_478" id="Footnote_478" href="#FNanchor_478"><span class="label">[478]</span></a> <i>Var.</i> Des mépris, des rigueurs nompareilles. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_479" id="Footnote_479" href="#FNanchor_479"><span class="label">[479]</span></a> <i>Var.</i> As-tu bien de la foi pour de telles merveilles? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_480" id="Footnote_480" href="#FNanchor_480"><span class="label">[480]</span></a> +<i>Var.</i> Je le viens de trouver, ravi, transporté d'aise.<br /> +D'avoir eu les moyens de déclarer sa braise. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Je le viens de trouver ravi d'aise dans l'âme. (1644-57)<br /> +<i>Var.</i> Je le viens de trouver, tout ravi dans son âme. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_481" id="Footnote_481" href="#FNanchor_481"><span class="label">[481]</span></a> <i>Var.</i> D'avoir eu les moyens de faire voir sa flamme. (1644-68)</p> + +<p><a name="Footnote_482" id="Footnote_482" href="#FNanchor_482"><span class="label">[482]</span></a> <i>Var.</i> De sa possession l'un et l'autre nous prive. (1654)</p> + +<p><a name="Footnote_483" id="Footnote_483" href="#FNanchor_483"><span class="label">[483]</span></a> Corneille fait allusion à ce passage dans <i>la Place Royale</i>, vers 702.—Théante +tient un semblable discours un peu plus bas, p. 189 et 190.</p> + +<p><a name="Footnote_484" id="Footnote_484" href="#FNanchor_484"><span class="label">[484]</span></a> Ce vers se trouve dans <i>Mélite</i>, acte III, scène <span class="smcap">II</span>, Vers 820.</p> + +<p><a name="Footnote_485" id="Footnote_485" href="#FNanchor_485"><span class="label">[485]</span></a> +<i>Var.</i> Et pour peu qu'on le pousse, il a des violences<br /> +Qui portent son courroux jusqu'aux extrémités.<br /> +[Nous les verrions par là l'un et l'autre écartés.<br /> +<span class="smcap">THÉANTE.</span> Oui, mais s'il t'obligeoit d'en porter la parole.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_486" id="Footnote_486" href="#FNanchor_486"><span class="label">[486]</span></a> <i>Var.</i> Enfin, quelque froideur que t'ait montré Florise. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_487" id="Footnote_487" href="#FNanchor_487"><span class="label">[487]</span></a> <i>Var.</i> A moins que d'accepter Florame pour son gendre. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_488" id="Footnote_488" href="#FNanchor_488"><span class="label">[488]</span></a> <i>Var.</i> Ce qu'il est plus que moi m'oblige à lui céder. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_489" id="Footnote_489" href="#FNanchor_489"><span class="label">[489]</span></a> +<i>Var.</i> Pour avoir trop d'amour, c'est m'obéir trop peu.<br /> +<span class="smcap">CLAR.</span> La puissance qu'Amour sur moi vous a donnée.... (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_490" id="Footnote_490" href="#FNanchor_490"><span class="label">[490]</span></a> <i>Var.</i> D'où naissent tant, bons Dieux! et de telles froideurs? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_491" id="Footnote_491" href="#FNanchor_491"><span class="label">[491]</span></a> Il y a dans l'édition de 1682 une transposition de mots qui fait un hiatus +et qui est assurément une faute:</p> + +<p class="left5">Comme je perds le mien ici à vous entendre.</p> + +<p><a name="Footnote_492" id="Footnote_492" href="#FNanchor_492"><span class="label">[492]</span></a> Voyez dans l'<i>Examen</i>, p. <a href="#Page_121">121</a>, la judicieuse critique que Corneille fait +lui-même de cette scène.</p> + +<p><a name="Footnote_493" id="Footnote_493" href="#FNanchor_493"><span class="label">[493]</span></a> +<i>Var.</i> Ma flamme et ses froideurs, son aise et mon tourment.<br /> +Je tâche à me résoudre en ce malheur extrême. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_494" id="Footnote_494" href="#FNanchor_494"><span class="label">[494]</span></a> <i>Var.</i> Clarimond, écoutez, si vous étiez discret.(1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_495" id="Footnote_495" href="#FNanchor_495"><span class="label">[495]</span></a> <i>Var.</i> Mais auriez-vous aussi de la discrétion? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_496" id="Footnote_496" href="#FNanchor_496"><span class="label">[496]</span></a> C'est là le texte de toutes les éditions publiées du vivant de Corneille. +Dans celle de 1692, on a substitué <i>pour</i> à <i>de</i>, correction qui depuis a été généralement +adoptée.</p> + +<p><a name="Footnote_497" id="Footnote_497" href="#FNanchor_497"><span class="label">[497]</span></a> +<i>Var.</i> Quand vous saurez comment il la faut gouverner.<br /> +En la voulant servir vous la rendez cruelle.(1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_498" id="Footnote_498" href="#FNanchor_498"><span class="label">[498]</span></a> <i>Var.</i> Accostez le bonhomme, et ne lui parlez plus. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_499" id="Footnote_499" href="#FNanchor_499"><span class="label">[499]</span></a> +<i>Var.</i> Quand il aura choisi quelqu'un de ses amants,<br /> +Sa passion naîtra de ses commandements. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_500" id="Footnote_500" href="#FNanchor_500"><span class="label">[500]</span></a> Nous dirions aujourd'hui: <i>pour s'acquérir la réputation de fille bien +élevée</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_501" id="Footnote_501" href="#FNanchor_501"><span class="label">[501]</span></a> <i>Var.</i> Clarimond, n'usez point si mal de mon secours. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_502" id="Footnote_502" href="#FNanchor_502"><span class="label">[502]</span></a> <i>Var.</i> En songeant seulement que je viens d'avec elle. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_503" id="Footnote_503" href="#FNanchor_503"><span class="label">[503]</span></a> <i>Var.</i> Accostez le bonhomme, et ne lui parlez plus. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_504" id="Footnote_504" href="#FNanchor_504"><span class="label">[504]</span></a> +<i>Var.</i> Je suivrai ton conseil et vais chercher le père,<br /> +Puisque c'est de sa part que tu veux que j'espère.<br /> +<span class="smcap">AMAR.</span> Parlez-lui hardiment sans crainte de refus. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_505" id="Footnote_505" href="#FNanchor_505"><span class="label">[505]</span></a> +<i>Var.</i> Un oncle pourra mieux m'en épargner la honte.<br /> +<span class="smcap">AMAR.</span> Votre amour en tout sens y trouvera son conte. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_506" id="Footnote_506" href="#FNanchor_506"><span class="label">[506]</span></a> <i>Var.</i> Tant ce frivole espoir redouble ses ferveurs! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_507" id="Footnote_507" href="#FNanchor_507"><span class="label">[507]</span></a> +<i>Var.</i> Ce n'est qu'un faux appas, et sous cette couleur<br /> +Il ne veut cependant que surprendre une fleur. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_508" id="Footnote_508" href="#FNanchor_508"><span class="label">[508]</span></a> Voyez tome I, p. 148, note 485.</p> + +<p><a name="Footnote_509" id="Footnote_509" href="#FNanchor_509"><span class="label">[509]</span></a> <i>Var.</i> Sinon lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment. (1637-37)</p> + +<p><a name="Footnote_510" id="Footnote_510" href="#FNanchor_510"><span class="label">[510]</span></a> +<i>Var.</i> Quand vous serez d'accord avecque son amant,<br /> +Un prompt amour suivra votre commandement. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_511" id="Footnote_511" href="#FNanchor_511"><span class="label">[511]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">GÉRASTE</span>, <i>seul</i>. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_512" id="Footnote_512" href="#FNanchor_512"><span class="label">[512]</span></a> <i>Var.</i> A ce beau cavalier ne cache plus sa flamme. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_513" id="Footnote_513" href="#FNanchor_513"><span class="label">[513]</span></a> <i>Var.</i> Adieu: si tu le vois, tu lui peux témoigner. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_514" id="Footnote_514" href="#FNanchor_514"><span class="label">[514]</span></a> <i>Var.</i> Je me puis revancher du don de ta franchise. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_515" id="Footnote_515" href="#FNanchor_515"><span class="label">[515]</span></a> L'édition de 1657 porte, par erreur sans doute: «Je trouve en tes vertus.»</p> + +<p><a name="Footnote_516" id="Footnote_516" href="#FNanchor_516"><span class="label">[516]</span></a> <i>Var.</i> Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous bien fidèles? (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_517" id="Footnote_517" href="#FNanchor_517"><span class="label">[517]</span></a> <i>Var.</i> Pour me persuader vos flammes sans pareilles. (1637, 44, 52 et 57)</p> + +<p><a name="Footnote_518" id="Footnote_518" href="#FNanchor_518"><span class="label">[518]</span></a> L'édition de 1692 est la première où il y ait <i>redoublés</i>, au pluriel. Dans toutes +les impressions antérieures on lit <i>redoublé</i>. Voyez l'<i>Introduction du Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_519" id="Footnote_519" href="#FNanchor_519"><span class="label">[519]</span></a> <i>Var.</i> Depuis tantôt je parle un peu plus franchement. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_520" id="Footnote_520" href="#FNanchor_520"><span class="label">[520]</span></a> <i>Var.</i> Avecque nos desirs sa volonté conspire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_521" id="Footnote_521" href="#FNanchor_521"><span class="label">[521]</span></a> Ce n'est que dans l'édition de 1682 que Corneille a mis au singulier +les rimes <i>obstacle</i> et <i>miracle</i>. La correction, pour être complète, aurait dû +s'étendre aux vers suivants. Il eût été facile de dire:</p> + +<p class="left5">Miracle toutefois qu'Amarante a produit;<br /> +De sa jalouse humeur nous tirons ce doux fruit.</p> + +<p><a name="Footnote_522" id="Footnote_522" href="#FNanchor_522"><span class="label">[522]</span></a> <i>Var.</i> Au moins je le présume, et ne puis soupçonner. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_523" id="Footnote_523" href="#FNanchor_523"><span class="label">[523]</span></a> <i>Var.</i> Parlons de ce premier, et recevez la foi. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_524" id="Footnote_524" href="#FNanchor_524"><span class="label">[524]</span></a> +<i>Var.</i> Je crois que nos discours, à son abord fatal,<br /> +Ne se jetteront plus sur le rhume et le bal. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_525" id="Footnote_525" href="#FNanchor_525"><span class="label">[525]</span></a> +<i>Var.</i> [Que son adresse apporte à nos contentements.]<br /> +<span class="smcap">FLOR.</span> Si ma présence y nuit, souffrez que je vous quitte;<br /> +Une affaire aussi bien jusqu'au logis m'invite.<br /> +<span class="smcap">DAPHN.</span> Importante? <span class="smcap">FLOR.</span> Oui, je meure, au succès de nos feux.(1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_526" id="Footnote_526" href="#FNanchor_526"><span class="label">[526]</span></a> +<i>Var.</i> Dans ce jaloux chagrin qui tient vos sens saisis,<br /> +Vos divertissements sont assez bien choisis. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_527" id="Footnote_527" href="#FNanchor_527"><span class="label">[527]</span></a> <i>Var.</i> Je sais trop que le ciel, avecque tant de grâces. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_528" id="Footnote_528" href="#FNanchor_528"><span class="label">[528]</span></a> <i>Var.</i> Quel mystère est-ce-ci? sa belle humeur se joue. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_529" id="Footnote_529" href="#FNanchor_529"><span class="label">[529]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: <i>peut-être</i>, au lieu de +<i>pour être</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_530" id="Footnote_530" href="#FNanchor_530"><span class="label">[530]</span></a> +<i>Var.</i> [Que l'un de ces amants fût pris pour son rival?]<br /> +Parmi de tels détours mon esprit ne voit goutte,<br /> +Et leurs prospérités le mettent en déroute,<br /> +Bien que mon cœur, brouillé de mouvements divers,<br /> +Ose encor se flatter de l'espoir d'un revers. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_531" id="Footnote_531" href="#FNanchor_531"><span class="label">[531]</span></a> On lit «<i>une</i> amour» dans les impressions de 1637-57 et dans celle +de 1682. Cette leçon est explicable dans les premières éditions: elles portent +en effet, au vers suivant: «du penser,» auquel peut se rapporter «le mien» +du vers 1025. Mais dans l'édition de 1682, «le mien» ne peut se rapporter +qu'à <i>amour</i>, qui doit en conséquence être nécessairement au masculin. La leçon +que nous donnons est celle des éditions de 1660-68.</p> + +<p><a name="Footnote_532" id="Footnote_532" href="#FNanchor_532"><span class="label">[532]</span></a> <i>Var.</i> Qui ne voit son objet que des yeux du penser! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_533" id="Footnote_533" href="#FNanchor_533"><span class="label">[533]</span></a> +<i>Var.</i> Pour criminel qu'il fût, ne seroit qu'un baiser.<br /> +<span class="i4">Dieux! je rougis d'une parole</span><br /> +<span class="i4">Dont je meurs de goûter l'effet,</span><br /> +<span class="i4">Et dans cette honte frivole</span><br /> +Je prépare un refus.... (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_534" id="Footnote_534" href="#FNanchor_534"><span class="label">[534]</span></a> Dans la première édition (1637, il y a simplement: <i>Célie rentre</i>; le reste +du jeu de scène est omis.</p> + +<p><a name="Footnote_535" id="Footnote_535" href="#FNanchor_535"><span class="label">[535]</span></a> +<i>Var.</i> Oui, mais pour en tirer une preuve plus claire,<br /> +Qui diroit qu'il faut prendre un mouvement contraire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_536" id="Footnote_536" href="#FNanchor_536"><span class="label">[536]</span></a> <i>Var.</i> Oui, mais j'ai fait depuis un autre choix pour toi. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_537" id="Footnote_537" href="#FNanchor_537"><span class="label">[537]</span></a> <i>Var.</i> Il le faut retirer par mon commandement. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_538" id="Footnote_538" href="#FNanchor_538"><span class="label">[538]</span></a> Ici encore l'édition de 1637 n'a que le commencement du jeu de scène +<i>Daphnis rentre</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_539" id="Footnote_539" href="#FNanchor_539"><span class="label">[539]</span></a> <i>Var.</i> Et de peur de me rendre il l'a fallu bannir. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_540" id="Footnote_540" href="#FNanchor_540"><span class="label">[540]</span></a> <i>Var.</i> C'est lui seul que je veux d'appui pour ma maison. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_541" id="Footnote_541" href="#FNanchor_541"><span class="label">[541]</span></a> C'est-à-dire: <i>à qui Daphnis donne sa confiance</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_542" id="Footnote_542" href="#FNanchor_542"><span class="label">[542]</span></a> <i>Var.</i> Qu'au contraire je crains de l'aigrir davantage. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_543" id="Footnote_543" href="#FNanchor_543"><span class="label">[543]</span></a> <i>Var.</i> Il est tant de moyens à fléchir un courage. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_544" id="Footnote_544" href="#FNanchor_544"><span class="label">[544]</span></a> <i>Var.</i> Ils ont l'esprit troublé dedans cette famille. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_545" id="Footnote_545" href="#FNanchor_545"><span class="label">[545]</span></a> +<i>Var.</i> [D'elle-même j'ai su l'aise qu'elle en ressent;]<br /> +Et qui croira Géraste, il ne l'y peut réduire.<br /> +Peut-elle s'opposer à ce qu'elle desire?<br /> +J'aime sa résistance en cette occasion,<br /> +Mais j'en ai moins d'espoir que de confusion.<br /> +[S'ils sont sages tous deux, il faut que je sois folle.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_546" id="Footnote_546" href="#FNanchor_546"><span class="label">[546]</span></a> <i>Var.</i> Et combien qu'il me mette au bout de mon latin. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_547" id="Footnote_547" href="#FNanchor_547"><span class="label">[547]</span></a> <i>Var.</i> Mais dis que tu voudrois qu'elle empêchât ma plainte. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_548" id="Footnote_548" href="#FNanchor_548"><span class="label">[548]</span></a> «On dit <i>tirer de long</i>, <i>tirer pays</i>, pour dire <i>s'en aller</i>, <i>s'enfuir</i>.» (<i>Dictionnaire +de l'Académie de 1694.</i>)</p> + +<p><a name="Footnote_549" id="Footnote_549" href="#FNanchor_549"><span class="label">[549]</span></a> +<i>Var.</i> Mais s'il nous treuve ensemble, il pourra se douter. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Mais s'il nous trouve ensemble, il pourra se douter. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_550" id="Footnote_550" href="#FNanchor_550"><span class="label">[550]</span></a> <i>Var.</i> Que nous prenons plaisir tous deux à le tâter. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_551" id="Footnote_551" href="#FNanchor_551"><span class="label">[551]</span></a> +<i>Var.</i> De peur que nous voyant il entrât en cervelle,<br /> +J'avois mis tout exprès Cléonte<a name="FNanchor_551-a" id="FNanchor_551-a" href="#Footnote_551-a" class="fnanchor">[551-a]</a> en sentinelle. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_551-a" id="Footnote_551-a" href="#FNanchor_551-a"><span class="label">[551-a]</span></a> Voyez p. <a href="#Page_126">126</a>, note 360.</p> + +<p><a name="Footnote_552" id="Footnote_552" href="#FNanchor_552"><span class="label">[552]</span></a> Bien que Cléon prenne ici part à la scène, il ne figure en tête, parmi +les noms des personnages, dans aucune des éditions publiées avant la mort de +Corneille, ni même dans celle de 1692. C'est peut-être parce qu'il ne paraît ainsi +que tout à la fin; il se pourrait même qu'il dût crier du dehors cette réponse, +sans venir sur le théâtre.</p> + +<p><a name="Footnote_553" id="Footnote_553" href="#FNanchor_553"><span class="label">[553]</span></a> <i>Var.</i> En ce pauvre amoureux sont si mal assorties. (1637-63)</p> + +<p><a name="Footnote_554" id="Footnote_554" href="#FNanchor_554"><span class="label">[554]</span></a> <i>Var.</i> Parle plus franchement: lassé de ta promesse. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_555" id="Footnote_555" href="#FNanchor_555"><span class="label">[555]</span></a> <i>Var.</i> De peur que ton esprit conçût cette croyance. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_556" id="Footnote_556" href="#FNanchor_556"><span class="label">[556]</span></a> <i>Var.</i> Je te rends Amarante avecque ta parole. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_557" id="Footnote_557" href="#FNanchor_557"><span class="label">[557]</span></a> <i>Var.</i> Je ne te puis celer. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_558" id="Footnote_558" href="#FNanchor_558"><span class="label">[558]</span></a> +<i>Var.</i> Le glorieux éclat d'une action si belle,<br /> +Ton sang, ou répandu, ou<a name="FNanchor_558-a" id="FNanchor_558-a" href="#Footnote_558-a" class="fnanchor">[558-a]</a> hasardé pour elle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_558-a" id="Footnote_558-a" href="#FNanchor_558-a"><span class="label">[558-a]</span></a> C'est, si nous ne nous trompons, le seul exemple d'hiatus que nous ayons +rencontré jusqu'ici soit dans le texte, soit dans les variantes de Corneille; car +on ne peut pas compter celui dont il est parlé au tome I, au sujet de la troisième +variante de la p. 173.</p> + +<p><a name="Footnote_559" id="Footnote_559" href="#FNanchor_559"><span class="label">[559]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">FLORAME</span>, <i>le retenant</i>. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_560" id="Footnote_560" href="#FNanchor_560"><span class="label">[560]</span></a> <i>Var.</i> Enflé par tes discours, il ne peut plus attendre. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_561" id="Footnote_561" href="#FNanchor_561"><span class="label">[561]</span></a> A une demi-lieue de Paris, sur la route de Fontainebleau. Il y avait en ce +lieu un château qui au quatorzième siècle appartenait à Jean, évêque de Winchester, +dont le nom corrompu a fait <i>Bissestre</i>, <i>Bicêtre</i>. Sous Charles V, on +construisit au même endroit un hôpital, qui, rétabli sous Louis XIII, servit +d'asile aux soldats infirmes jusqu'à la fondation de l'hôtel des Invalides.</p> + +<p><a name="Footnote_562" id="Footnote_562" href="#FNanchor_562"><span class="label">[562]</span></a> Voyez plus haut la note 483 de la p. 160.</p> + +<p><a name="Footnote_563" id="Footnote_563" href="#FNanchor_563"><span class="label">[563]</span></a> Dans les éditions de 1637 et de 1652, l'orthographe du mot est <i>gaigner</i> +et les deux dernières syllabes de ces deux vers riment aux yeux.</p> + +<p><a name="Footnote_564" id="Footnote_564" href="#FNanchor_564"><span class="label">[564]</span></a> +<i>Var.</i> Avise derechef: ta valeur signalée<br /> +En d'extrêmes périls te jette à la volée. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_565" id="Footnote_565" href="#FNanchor_565"><span class="label">[565]</span></a> <i>Var.</i> Souviens-toi, cher ami, que je retiens ton bras. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_566" id="Footnote_566" href="#FNanchor_566"><span class="label">[566]</span></a> <i>Var.</i> Vous me jetez, mon âme, en d'étranges alarmes. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_567" id="Footnote_567" href="#FNanchor_567"><span class="label">[567]</span></a> <i>Var.</i> A faute de changer, sa haine inévitable. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_568" id="Footnote_568" href="#FNanchor_568"><span class="label">[568]</span></a> <i>Var.</i> Et sur quelque valeur que son amour se fonde. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_569" id="Footnote_569" href="#FNanchor_569"><span class="label">[569]</span></a> +<i>Var.</i> Son nom su, tu pourrois donner ma résistance<br /> +A son peu de mérite, et non à ma constance,<br /> +Croire que ses défauts le feroient rejeter,<br /> +Et qu'un plus accompli se pouvoit accepter.<br /> +<span class="i1">J'atteste ici la main qui lance le tonnerre. (1637-57)</span></p> + +<p><a name="Footnote_570" id="Footnote_570" href="#FNanchor_570"><span class="label">[570]</span></a> +<i>Var.</i> Un seul Florame a droit de captiver mon âme,<br /> +Un seul Florame vaut à ma pudique flamme<br /> +Tout ce que l'on pourroit offrir à mes ardeurs<br /> +[De mérites, d'appas, de biens et de grandeurs.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_571" id="Footnote_571" href="#FNanchor_571"><span class="label">[571]</span></a> +<i>Var.</i> Parmi tant de malheurs vous me comblez d'une aise<br /> +Qui redouble mes maux aussi bien que ma braise. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_572" id="Footnote_572" href="#FNanchor_572"><span class="label">[572]</span></a> <i>Var.</i> Le cœur me serre; adieu: je sens faillir ma voix. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_573" id="Footnote_573" href="#FNanchor_573"><span class="label">[573]</span></a> <i>Var.</i> Et même je la souffre abandonner ce lieu. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_574" id="Footnote_574" href="#FNanchor_574"><span class="label">[574]</span></a> <i>Var.</i> Un nom si glorieux, traître, ne t'est plus dû. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_575" id="Footnote_575" href="#FNanchor_575"><span class="label">[575]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1637. Celle de 1663 donne en +marge: <i>Il lui dit ce mot en soupirant</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_576" id="Footnote_576" href="#FNanchor_576"><span class="label">[576]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">CÉLIE</span>, <i>seule</i>. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_577" id="Footnote_577" href="#FNanchor_577"><span class="label">[577]</span></a> Voyez dans l'<i>Examen</i>, p. <a href="#Page_122">122</a>, sur quoi Corneille fonde ce trait de caractère.</p> + +<p><a name="Footnote_578" id="Footnote_578" href="#FNanchor_578"><span class="label">[578]</span></a> +<i>Var.</i> Surpris auroit-il pu falsifier son teint,<br /> +Ajuster ses regards, son geste, son langage?<br /> +Aussi que ce vieillard me farde son courage,<br /> +Je ne le saurois croire, et veux dès aujourd'hui,<br /> +Sur ce point, si je puis, m'éclaircir avec lui. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_579" id="Footnote_579" href="#FNanchor_579"><span class="label">[579]</span></a> +<i>Var.</i> Si ce change d'humeur un peu plus tôt t'eût pris,<br /> +Nous aurions vu l'effet du dessein entrepris. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_580" id="Footnote_580" href="#FNanchor_580"><span class="label">[580]</span></a> <i>Var.</i> Le rencontrer encor n'est plus en mon possible. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_581" id="Footnote_581" href="#FNanchor_581"><span class="label">[581]</span></a> +<i>Var.</i> Vu que Daphnis, au point où je la vois réduite,<br /> +N'est pas pour l'oublier, quand il seroit en fuite. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_582" id="Footnote_582" href="#FNanchor_582"><span class="label">[582]</span></a> +<i>Var.</i> Le privant de ce bien, ne me le donne pas. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> Le privant d'un tel heur, ne me le donne pas. (1660-64)</p> + +<p><a name="Footnote_583" id="Footnote_583" href="#FNanchor_583"><span class="label">[583]</span></a> <i>Var.</i> Inégal en fortune aux biens de cette belle. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_584" id="Footnote_584" href="#FNanchor_584"><span class="label">[584]</span></a> +<i>Var.</i> Que pourrois-je en ce cas prétendre de ses pleurs?<br /> +Mon espoir se peut-il fonder sur ses douleurs? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_585" id="Footnote_585" href="#FNanchor_585"><span class="label">[585]</span></a> +<i>Var.</i> Et si de l'obtenir je me sens incapable,<br /> +Florame est mon ami, d'où tu peux inférer<br /> +Qu'à tout autre qu'à moi je le dois préférer,<br /> +Et verrois à regret qu'un autre eût pris sa place. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_586" id="Footnote_586" href="#FNanchor_586"><span class="label">[586]</span></a> +<i>Var.</i><span class="i8">Non pas, mais tu peux faire....</span><br /> +<span class="smcap">DAM.</span> Quoi? <span class="smcap">TH.</span> Que Clarimond prenne un mouvement contraire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_587" id="Footnote_587" href="#FNanchor_587"><span class="label">[587]</span></a> <i>Var.</i> Peut-être mon esprit treuvera quelque ruse. (1637-52)</p> + +<p><a name="Footnote_588" id="Footnote_588" href="#FNanchor_588"><span class="label">[588]</span></a> <i>Var.</i> Par où, mon honneur sauf, du cartel je m'excuse. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_589" id="Footnote_589" href="#FNanchor_589"><span class="label">[589]</span></a> +<i>Var.</i> Bien que j'adore encor l'excès de son mérite,<br /> +Florame ayant Daphnis, de honte je la quitte. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_590" id="Footnote_590" href="#FNanchor_590"><span class="label">[590]</span></a> Ce jeu de scène n'est pas dans l'édition de 1637.</p> + +<p><a name="Footnote_591" id="Footnote_591" href="#FNanchor_591"><span class="label">[591]</span></a> <i>Var.</i> Et tout rival qu'il m'est, il rit de ma colère. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_592" id="Footnote_592" href="#FNanchor_592"><span class="label">[592]</span></a> <i>Var.</i> Et qu'ainsi que mes maux mes forfaits soient extrêmes. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_593" id="Footnote_593" href="#FNanchor_593"><span class="label">[593]</span></a> Voyez tome I, p. 208, note 692.</p> + +<p><a name="Footnote_594" id="Footnote_594" href="#FNanchor_594"><span class="label">[594]</span></a> +<i>Var.</i> Montrez, en m'assistant, que vous êtes des dieux,<br /> +Et conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_595" id="Footnote_595" href="#FNanchor_595"><span class="label">[595]</span></a> <i>Var.</i> Qu'au lieu de toi Daphnis occupoit mon penser. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_596" id="Footnote_596" href="#FNanchor_596"><span class="label">[596]</span></a> +<i>Var.</i> Un bien si précieux qu'Amour m'avoit donné.<br /> +<span class="smcap">AMAR.</span> Ce vous dût être assez de m'avoir abusée. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Ce trésor que l'amour m'avoit si bien donné. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_597" id="Footnote_597" href="#FNanchor_597"><span class="label">[597]</span></a> <i>Ce dût</i>, c'est-à-dire <i>ce devroit</i>. Le mot a, dans toutes les éditions, ou +une <i>s</i>, ou un accent circonflexe, ou un accent et une <i>s</i> à la fois: <i>deust</i>, <i>dûst</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_598" id="Footnote_598" href="#FNanchor_598"><span class="label">[598]</span></a> <i>Var.</i> Tu t'abuses: lui seul et sa rigueur cruelle. (1637-1657)</p> + +<p><a name="Footnote_599" id="Footnote_599" href="#FNanchor_599"><span class="label">[599]</span></a> Telle est la leçon des éditions de 1668 et de 1682. Elle peut bien se comprendre; +cependant, comme toutes les autres éditions donnent <i>empêchent</i>, au +lieu d'<i>empêchant</i>, ce participe ne serait-il pas une faute d'impression?</p> + +<p><a name="Footnote_600" id="Footnote_600" href="#FNanchor_600"><span class="label">[600]</span></a> +<i>Var.</i> Tu redoubles ton crime à le désavouer;<br /> +Et sache qu'aujourd'hui, si tu ne fais en sorte. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_601" id="Footnote_601" href="#FNanchor_601"><span class="label">[601]</span></a> <i>Dans</i>, qui est la leçon généralement adoptée, ne se trouve dans aucune +des éditions imprimées du vivant de Corneille, mais seulement dans celle +de 1692.</p> + +<p><a name="Footnote_602" id="Footnote_602" href="#FNanchor_602"><span class="label">[602]</span></a> +<i>Var.</i> Si ce n'est qu'à dessein ils veuillent tout mêler,<br /> +Et soient d'intelligence à me faire affoler. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_603" id="Footnote_603" href="#FNanchor_603"><span class="label">[603]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il ne nous brouille encor de quelque confidence. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_604" id="Footnote_604" href="#FNanchor_604"><span class="label">[604]</span></a> +<i>Var.</i> C'est moi qui suis marri que pour cet hyménée<br /> +Je ne puis révoquer la parole donnée. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_605" id="Footnote_605" href="#FNanchor_605"><span class="label">[605]</span></a> +<i>Var.</i> Me verroit sans cela prêt à ses volontés.<br /> +<span class="smcap">POL.</span> Mais si quelque malheur rompoit cette alliance?<br /> +<span class="smcap">GÉR.</span> Qu'il n'ait lors de ma part aucune défiance. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_606" id="Footnote_606" href="#FNanchor_606"><span class="label">[606]</span></a> +<i>Var.</i> J'ai promis, il est vrai, mais au cas seulement<br /> +Que Florame ou sa sœur courût au changement. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_607" id="Footnote_607" href="#FNanchor_607"><span class="label">[607]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «Impudente nouvelle!»</p> + +<p><a name="Footnote_608" id="Footnote_608" href="#FNanchor_608"><span class="label">[608]</span></a> +<i>Var.</i> Ne se plaint que de vous et de votre rigueur;<br /> +Et sans vous on verroit leur mutuelle flamme<br /> +Unir bientôt deux corps qui n'ont déjà qu'une âme.<br /> +Vous m'allez cependant effrontément conter<br /> +Que Daphnis sur ce point ose vous résister! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_609" id="Footnote_609" href="#FNanchor_609"><span class="label">[609]</span></a> +<i>Var.</i> [Ni que de cette sorte on se laisse affronter.]<br /> +Florame a trop de cœur. GÉR. Et moi trop de courage<br /> +Pour manquer où l'amour, l'honneur, la foi m'engage.<br /> +Va donc, va le chercher: à ses yeux tu verras. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_610" id="Footnote_610" href="#FNanchor_610"><span class="label">[610]</span></a> <i>Var.</i> Enfin ma volonté sera la plus puissante. (1637-64)</p> + +<p><a name="Footnote_611" id="Footnote_611" href="#FNanchor_611"><span class="label">[611]</span></a> <i>Var.</i> <i>Daphnis sort.</i> (1637, en marge, 1644 et 52-60)—<i>Daphnis vient +sur le théâtre.</i> (1663, en marge.)—Ce jeu de scène manque dans l'édition +de 1648, qui porte seule, après le vers 1559: <i>A Daphnis.</i></p> + +<p><a name="Footnote_612" id="Footnote_612" href="#FNanchor_612"><span class="label">[612]</span></a> <i>Var.</i> Vous vous autorisez à m'être réfractaire. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_613" id="Footnote_613" href="#FNanchor_613"><span class="label">[613]</span></a> <i>Var.</i> Il vous falloit, Monsieur, vous-même en mes amours. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_614" id="Footnote_614" href="#FNanchor_614"><span class="label">[614]</span></a> <i>Var.</i> Ma foi doit-elle pas prévaloir sur la vôtre? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_615" id="Footnote_615" href="#FNanchor_615"><span class="label">[615]</span></a> C'est-à-dire: croit qu'il suffit à mes feux que vous ayez voulu.</p> + +<p><a name="Footnote_616" id="Footnote_616" href="#FNanchor_616"><span class="label">[616]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">DAPHNIS</span>, <i>montrant Florame</i>. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_617" id="Footnote_617" href="#FNanchor_617"><span class="label">[617]</span></a> L'édition de 1637 porte: <i>C'est lui que je chéris</i>, ce qui est vraisemblablement +une erreur.</p> + +<p><a name="Footnote_618" id="Footnote_618" href="#FNanchor_618"><span class="label">[618]</span></a> Suivant la Fontaine il n'est pas même nécessaire d'être jaloux, l'amour +suffit:</p> + +<p class="left5">Soyez amant, vous serez inventif.<br /> +<span class="i6">(<i>Contes, le Cuvier</i>, vers 1.)</span></p> + +<p>—On lit dans l'édition de 1682: <i>S'il devient inventif</i>, ce qui doit être une +erreur.</p> + +<p><a name="Footnote_619" id="Footnote_619" href="#FNanchor_619"><span class="label">[619]</span></a> +<i>Var.</i> Pardonnez-lui, Monsieur; et vous, ma chère vie,<br /> +Voyez que votre exemple au pardon vous convie. (1637-64.)</p> + +<p><a name="Footnote_620" id="Footnote_620" href="#FNanchor_620"><span class="label">[620]</span></a> <i>Var.</i> Si je t'aime, mon heur? Ah! ce doute m'offense. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_621" id="Footnote_621" href="#FNanchor_621"><span class="label">[621]</span></a> <i>Var.</i> Allons donc la trouver: que cet échange heureux. (1637-52)</p> + +<p><a name="Footnote_622" id="Footnote_622" href="#FNanchor_622"><span class="label">[622]</span></a> <i>Var.</i> Mon cœur, s'il t'en souvient, je t'avois avertie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_623" id="Footnote_623" href="#FNanchor_623"><span class="label">[623]</span></a> <i>Var.</i> Te rendroit étonnée et nos desirs contents. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_624" id="Footnote_624" href="#FNanchor_624"><span class="label">[624]</span></a> +<i>Var.</i> Par cette invention vous et moi satisfaits.<br /> +Sans faillir au devoir, nous aurons nos souhaits.<br /> +<span class="smcap">GÉR.</span> Mais le mien toutefois veut que je la prévienne. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_625" id="Footnote_625" href="#FNanchor_625"><span class="label">[625]</span></a> +<i>Var.</i> Afin qu'ainsi l'ennui que j'en pourrai sentir<br /> +Dedans votre entretien se puisse divertir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_626" id="Footnote_626" href="#FNanchor_626"><span class="label">[626]</span></a> +<i>Var.</i> Je le perds sans avoir de tout mon artifice<br /> +Qu'autant de mal que lui, bien que diversement,<br /> +Vu que pas un effet n'a suivi ma malice. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_627" id="Footnote_627" href="#FNanchor_627"><span class="label">[627]</span></a> On a imprimé, par erreur sans doute, <i>charmes</i>, au lieu de <i>charmants</i>, dans +l'édition de 1682.—Sur l'orthographe de <i>quelques</i>, voyez tome I, p. 205, note 3.</p> + +<p><a name="Footnote_628" id="Footnote_628" href="#FNanchor_628"><span class="label">[628]</span></a> <i>Var.</i> Sinon quand la fortune en fait les plus beaux traits. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_629" id="Footnote_629" href="#FNanchor_629"><span class="label">[629]</span></a> +<i>Var.</i> Ciel, pour faciliter le succès de sa flamme,<br /> +Falloit-il qu'un vieillard fût épris de sa sœur?</p> + +<p>Oui, ciel, il le falloit: ce n'est pas sans justice<br /> +Que cet esprit usé se renverse à son tour:<br /> +Puisqu'un jeune amant suit les lois de l'avarice,<br /> +Il faut bien qu'un vieillard suive celles d'amour. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_630" id="Footnote_630" href="#FNanchor_630"><span class="label">[630]</span></a> <i>Var.</i> Mon cœur n'a point d'espoir d'où je ne sois séduite<a name="FNanchor_630-a" id="FNanchor_630-a" href="#Footnote_630-a" class="fnanchor">[630-a]</a>. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_630-a" id="Footnote_630-a" href="#FNanchor_630-a"><span class="label">[630-a]</span></a> C'est-à-dire dans lequel je ne sois déçue.</p> + +<p><a name="Footnote_631" id="Footnote_631" href="#FNanchor_631"><span class="label">[631]</span></a> +<i>Var.</i> Si je prends quelque peine, un autre en a les fruits.<br /> +Qu'au misérable état où je me vois réduite,<br /> +J'aurai bien à passer encor de tristes nuits! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_632" id="Footnote_632" href="#FNanchor_632"><span class="label">[632]</span></a> +<i>Var.</i> Puisse enfin ta foiblesse et ton humeur jalouse<br /> +Te frustrer désormais de tout contentement<a name="FNanchor_632-a" id="FNanchor_632-a" href="#Footnote_632-a" class="fnanchor">[632-a]</a>,<br /> +Te remplir de soupçons, et cette jeune épouse<br /> +Joindre à mille mépris le secours d'un amant!(1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_632-a" id="Footnote_632-a" href="#FNanchor_632-a"><span class="label">[632-a]</span></a> Te priver désormais de tout contentement.(1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_633" id="Footnote_633" href="#FNanchor_633"><span class="label">[633]</span></a> Cette date est facile à établir, car Scarron parle dans cette pièce +de la fille de la duchesse de Rohan,</p> + +<p class="left5">A qui depuis deux ans en ça<br /> +On offrit l'illustre Bassa.</p> + +<p>Or <i>Ibrahim ou l'illustre Bassa</i>, de Mlle de Scudéry, a paru en 1641.</p> + +<p><a name="Footnote_634" id="Footnote_634" href="#FNanchor_634"><span class="label">[634]</span></a> <i>Lettre à *** sous le nom d'Ariste</i>, p. 7.</p> + +<p><a name="Footnote_635" id="Footnote_635" href="#FNanchor_635"><span class="label">[635]</span></a> +Ainsi je veux punir ma flamme déloyale.<br /> +Ainsi....</p> + +<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span><br /> +<span class="i2">Te rencontrer dans la Place Royale.</span><br /> +<span class="i9">(Acte I, scènes <span class="smcap">III</span> et <span class="smcap">IV</span>, vers 177 et 178.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_636" id="Footnote_636" href="#FNanchor_636"><span class="label">[636]</span></a> Claveret avait composé pour cette visite du Roi aux eaux de +Forges une pièce que, de l'aveu d'un de ses apologistes, il ne put +faire accepter. Nous lisons dans <i>l'Ami du Cid à Claveret</i> (p. 5): +«Votre <i>Place Royale</i> suit assez bien, et je vous confesse qu'elle fut +trouvée si bonne à Forges, que Mondory et ses compagnons qui +en avoient les eaux dans la saison du monde la plus propre pour +les boire, n'en voulurent jamais goûter: tout le monde n'entendra +pas ceci peut-être, c'est que vous avez fait une pièce intitulée <i>les +Eaux de Forges</i>, que vous leur donnâtes, où il ne manquoit chose du +monde, sinon que le sujet, la conduite et les vers ne valoient rien +du tout. A cela près c'étoit une assez belle chose.» Dans la <i>Réponse +à l'Ami du Cid</i> (p. 45 de l'<i>Épître familière du S<sup>r</sup> Mayret</i>), Claveret +est ainsi défendu: «Pour sa pièce intitulée <i>les Eaux de Forges</i>, vous +avez bien raison de dire pour faire une mauvaise pointe que Mondory +et ses compagnons n'en voulurent jamais goûter dans la saison +du monde la plus propre pour les boire, mais non pas de vouloir +conclure par là qu'elle ne vaut rien, puisqu'il est vrai qu'ils ne +firent difficulté de la prendre que par la discrète crainte qu'ils eurent +de fâcher quelques personnes de condition qui pouvoient reconnoître +leurs aventures dans la représentation de cette pièce.»</p> + +<p><a name="Footnote_637" id="Footnote_637" href="#FNanchor_637"><span class="label">[637]</span></a> <i>Lettre du S<sup>r</sup> Claveret au S<sup>r</sup> Corneille, soy disant Autheur du Cid</i>, +p. 10.</p> + +<p><a name="Footnote_638" id="Footnote_638" href="#FNanchor_638"><span class="label">[638]</span></a> Cette épître ne se trouve que dans les impressions antérieures +à 1660. Nous donnons le texte de l'édition originale (1637).</p> + +<p><a name="Footnote_639" id="Footnote_639" href="#FNanchor_639"><span class="label">[639]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1644-57): intriques.</p> + +<p><a name="Footnote_640" id="Footnote_640" href="#FNanchor_640"><span class="label">[640]</span></a> Les éditions de 1652 et de 1657 ont <i>fantasies</i>, au lieu de <i>fantaisies</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_641" id="Footnote_641" href="#FNanchor_641"><span class="label">[641]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1644-57): de se souvenir que je les mets en la +bouche d'un extravagant, et que par d'autres poëmes....</p> + +<p><a name="Footnote_642" id="Footnote_642" href="#FNanchor_642"><span class="label">[642]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1644-57): Votre très-humble et très-fidèle serviteur.</p> + +<p><a name="Footnote_643" id="Footnote_643" href="#FNanchor_643"><span class="label">[643]</span></a> Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, a remplacé <i>celle-ci</i> +par <i>cette pièce</i>. Voyez, au tome I, la note 448 de la p. 137.</p> + +<p><a name="Footnote_644" id="Footnote_644" href="#FNanchor_644"><span class="label">[644]</span></a> A savoir <i>Médée et l'Illusion comique</i>.—Cette dernière phrase se +trouve dans toutes les éditions qui renferment l'<i>Examen</i> (1660-1682). +Elle est exacte pour les impressions in-8<sup>o</sup>, qui toutes contiennent +huit pièces dans leur premier volume (voyez notre tome I, p. 4 et 5); +mais elle ne l'est pas pour l'édition in-folio de 1663, qui en a douze +au lieu de huit.</p> + +<p><a name="Footnote_645" id="Footnote_645" href="#FNanchor_645"><span class="label">[645]</span></a> Dans l'édition de 1637: <span class="smcap">Les acteurs</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_646" id="Footnote_646" href="#FNanchor_646"><span class="label">[646]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1637-57): La scène est à la place Royale.</p> + +<p><a name="Footnote_647" id="Footnote_647" href="#FNanchor_647"><span class="label">[647]</span></a> +<i>Var.</i> Ton frère eût-il encor cent fois plus de mérite,<br /> +Tu reçois aujourd'hui ma dernière visite,<br /> +Si tu m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi.<br /> +<span class="smcap">PHYL.</span> Vraiment tu me prescris une fâcheuse loi.<br /> +Je ne puis, sans forcer celles de la nature. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_648" id="Footnote_648" href="#FNanchor_648"><span class="label">[648]</span></a> +<i>Var.</i> Tu m'aimes, il se meurt, et tu le peux guérir,<br /> +Et sans t'importuner je le lairrois périr!<br /> +Me défendras-tu point à la fin de le plaindre? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_649" id="Footnote_649" href="#FNanchor_649"><span class="label">[649]</span></a> <i>Var.</i> Le mal est bien léger d'un feu qu'on peut éteindre. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_650" id="Footnote_650" href="#FNanchor_650"><span class="label">[650]</span></a> <i>Var.</i> Il le devroit du moins, mais avec tant d'appas. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_651" id="Footnote_651" href="#FNanchor_651"><span class="label">[651]</span></a> <i>Var.</i> Aussi ne pourroit-on m'y résoudre en sa place. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_652" id="Footnote_652" href="#FNanchor_652"><span class="label">[652]</span></a> <i>Var.</i> S'il vit dans une humeur tellement obstinée. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_653" id="Footnote_653" href="#FNanchor_653"><span class="label">[653]</span></a> <i>Var.</i> Mais ce qui me déplaît et qui me désespère. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_654" id="Footnote_654" href="#FNanchor_654"><span class="label">[654]</span></a> <i>Var.</i> Rompre notre commerce et fuir ton entretien. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_655" id="Footnote_655" href="#FNanchor_655"><span class="label">[655]</span></a> <i>Var.</i> Que s'il me faut quitter cette douce pratique. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_656" id="Footnote_656" href="#FNanchor_656"><span class="label">[656]</span></a> +<i>Var.</i> Sûre que ses effets auront leur premier cours<br /> +Aussitôt que ton frère éteindra ses amours. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_657" id="Footnote_657" href="#FNanchor_657"><span class="label">[657]</span></a> <i>Var.</i> Que toi-même pourtant trouverois équitable. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_658" id="Footnote_658" href="#FNanchor_658"><span class="label">[658]</span></a> <i>Var.</i> Vois-tu, j'aime Alidor, et cela c'est tout dire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_659" id="Footnote_659" href="#FNanchor_659"><span class="label">[659]</span></a> +<i>Var.</i> On a peu de plaisirs quand un seul les fait naître:<br /> +Au lieu d'un serviteur, c'est accepter un maître.<br /> +Dans les soins éternels de ne plaire qu'à lui,<br /> +Cent plus honnêtes gens nous donnent de l'ennui. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_660" id="Footnote_660" href="#FNanchor_660"><span class="label">[660]</span></a> <i>Var.</i> Et de peur que le temps ne lâche ses ferveurs. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_661" id="Footnote_661" href="#FNanchor_661"><span class="label">[661]</span></a> <i>Var.</i> Notre âme, s'il s'éloigne, est de deuil abattue. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_662" id="Footnote_662" href="#FNanchor_662"><span class="label">[662]</span></a> +<i>Var.</i> Mon cœur n'est à pas un en se donnant à tous;<br /> +Pas un d'eux ne me traite avecque tyrannie,<br /> +Et mon humeur égale à mon gré les manie;<br /> +Je ne fais à pas un tenir lieu de mignon,<br /> +Et c'est à qui l'aura dessus son compagnon.<br /> +Ainsi tous à l'envie s'efforcent de me plaire<a name="FNanchor_662-a" id="FNanchor_662-a" href="#Footnote_662-a" class="fnanchor">[662-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_662-a" id="Footnote_662-a" href="#FNanchor_662-a"><span class="label">[662-a]</span></a> Les éditions de 1637-48 donnent: <i>à me plaire</i>, comme l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_663" id="Footnote_663" href="#FNanchor_663"><span class="label">[663]</span></a> Les éditions de 1644, de 1652 et de 1657 portent, par erreur sans doute, +<i>on m'en venge</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_664" id="Footnote_664" href="#FNanchor_664"><span class="label">[664]</span></a> +<i>Var.</i> Et si leur choix fantasque un inconnu m'allie,<br /> +Ne crois pas que pourtant j'entre en mélancolie. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_665" id="Footnote_665" href="#FNanchor_665"><span class="label">[665]</span></a> <i>Var.</i> Et donner à ta langue une longue carrière. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_666" id="Footnote_666" href="#FNanchor_666"><span class="label">[666]</span></a> <i>Var.</i> Défais-toi, défais-toi de ces fausses maximes. (1637-52 et 57)</p> + +<p><a name="Footnote_667" id="Footnote_667" href="#FNanchor_667"><span class="label">[667]</span></a> <i>Var.</i> Ou si pour leur défense, aveugle, tu t'animes. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_668" id="Footnote_668" href="#FNanchor_668"><span class="label">[668]</span></a> +<i>Var.</i> Trompe-le, je t'en prie, et sinon par pitié,<br /> +Pour le moins par vengeance ou par inimitié. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_669" id="Footnote_669" href="#FNanchor_669"><span class="label">[669]</span></a> <i>Var.</i> Je blâme, flatte, prie, et n'y perds que ma peine. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_670" id="Footnote_670" href="#FNanchor_670"><span class="label">[670]</span></a> +<i>Var.</i> Après mille mépris reçus de ta maîtresse,<br /> +Tu n'es que trop chargé de ta seule tristesse. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_671" id="Footnote_671" href="#FNanchor_671"><span class="label">[671]</span></a> +<i>Var.</i> [D'employer tous tes soins à mon affection.]<br /> +<span class="smcap">PHYL.</span> Non pas tous: j'en retiens pour moi quelque partie.<br /> +<span class="smcap">DOR.</span> Il étoit grand besoin de cette repartie;<br /> +Ne ris plus, et regarde après tant de discours<br /> +Par où tu me pourras donner quelque secours;<br /> +[Dis-moi par quelle ruse il faut....] (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_672" id="Footnote_672" href="#FNanchor_672"><span class="label">[672]</span></a> <i>Var.</i> Un de mes amants vient, qui nous pourroit distraire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_673" id="Footnote_673" href="#FNanchor_673"><span class="label">[673]</span></a> <i>Var.</i> Et l'on n'a jamais vu sous les lois d'une belle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_674" id="Footnote_674" href="#FNanchor_674"><span class="label">[674]</span></a> +<i>Var.</i> Mes vœux pour sa beauté sont muets, et ma flamme,<br /> +Non plus que son objet, ne sort point de mon âme. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_675" id="Footnote_675" href="#FNanchor_675"><span class="label">[675]</span></a> Voyez tome I, p. 148, note 485.</p> + +<p><a name="Footnote_676" id="Footnote_676" href="#FNanchor_676"><span class="label">[676]</span></a> +<i>Var.</i> Jusques à faire un même choix?<br /> +Viens quereller mon cœur, puisque en son peu d'espace<br /> +Ta maîtresse après toi peut trouver quelque place. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_677" id="Footnote_677" href="#FNanchor_677"><span class="label">[677]</span></a> <i>Var.</i> N'est pourtant rien auprès de son affection. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_678" id="Footnote_678" href="#FNanchor_678"><span class="label">[678]</span></a> +<i>Var.</i> Accablé de faveurs à mon aise fatales,<br /> +Partout où son honneur peut souffrir mes plaisirs. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_679" id="Footnote_679" href="#FNanchor_679"><span class="label">[679]</span></a> <i>Var.</i> Je veux que l'on soit libre au milieu de ses fers. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_680" id="Footnote_680" href="#FNanchor_680"><span class="label">[680]</span></a> <i>Var.</i> Que je puisse à mon gré l'augmenter et l'éteindre. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_681" id="Footnote_681" href="#FNanchor_681"><span class="label">[681]</span></a> <i>Var.</i> Mes pensers n'oseroient m'entretenir que d'elle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_682" id="Footnote_682" href="#FNanchor_682"><span class="label">[682]</span></a> <i>Var.</i> Mes pas d'autre côté ne s'oseroient tourner. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_683" id="Footnote_683" href="#FNanchor_683"><span class="label">[683]</span></a> <i>Var.</i> Fait trop voir ma foiblesse avec sa tyrannie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_684" id="Footnote_684" href="#FNanchor_684"><span class="label">[684]</span></a> +<i>Var.</i> Mais sans plus consentir à de si rudes gênes,<br /> +A tel prix que ce soit, je veux rompre mes chaînes. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_685" id="Footnote_685" href="#FNanchor_685"><span class="label">[685]</span></a> <i>Var.</i> A quel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_686" id="Footnote_686" href="#FNanchor_686"><span class="label">[686]</span></a> +<i>Var.</i> Crains-tu de posséder ce que ton cœur adore?<br /> +<span class="smcap">ALID.</span> Ah! ne me parle point d'un lien que j'abhorre.<br /> +Angélique me charme: elle est belle aujourd'hui. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_687" id="Footnote_687" href="#FNanchor_687"><span class="label">[687]</span></a><i>Var.</i> Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle empire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_688" id="Footnote_688" href="#FNanchor_688"><span class="label">[688]</span></a> L'édition de 1637 porte, par erreur: <i>être</i>, pour <i>est-ce</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_689" id="Footnote_689" href="#FNanchor_689"><span class="label">[689]</span></a> <i>Var.</i> Un âge hait-il pas souvent ce qu'aimoit l'autre? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_690" id="Footnote_690" href="#FNanchor_690"><span class="label">[690]</span></a> <i>Var.</i> Ses appas sont bientôt pour me persuader. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_691" id="Footnote_691" href="#FNanchor_691"><span class="label">[691]</span></a> +<i>Var.</i> Et pratiquer enfin un doux commandement. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Pour en tirer par force un doux commandement. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_692" id="Footnote_692" href="#FNanchor_692"><span class="label">[692]</span></a> +<i>Var.</i> Puisqu'elle me plaît trop, il me lui faut déplaire.<br /> +Tant que j'aurai chez elle encore quelque accès. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_693" id="Footnote_693" href="#FNanchor_693"><span class="label">[693]</span></a> +<i>Var.</i> Sous le joug d'un mari sera bientôt passée;<br /> +Et lors, que de soupirs et de pleurs épandus. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_694" id="Footnote_694" href="#FNanchor_694"><span class="label">[694]</span></a> <i>Var.</i> Mais dis que pour rentrer dans mon indifférence. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_695" id="Footnote_695" href="#FNanchor_695"><span class="label">[695]</span></a> <i>Var.</i> Et que dans la colère en son âme conçue. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_696" id="Footnote_696" href="#FNanchor_696"><span class="label">[696]</span></a> +<i>Var.</i> Je puisse à mes amours faciliter l'issue. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Je puisse à mon amour faciliter l'issue. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_697" id="Footnote_697" href="#FNanchor_697"><span class="label">[697]</span></a> +<i>Var.</i> Poussons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Faisons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_698" id="Footnote_698" href="#FNanchor_698"><span class="label">[698]</span></a> L'édition de 1682 porte: «Et tu voulois,» ce qui est probablement une +erreur. Toutes les autres impressions ont <i>voudrois</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_699" id="Footnote_699" href="#FNanchor_699"><span class="label">[699]</span></a> +<i>Var.</i> Et tu voudrois qu'un autre eût cette qualité<br /> +Pour après.... <span class="smcap">ALID.</span> Je t'entends: sois sûr de ce côté;<br /> +Outre que ma maîtresse, aussi chaste que belle,<br /> +De la vertu parfaite est l'unique modèle,<br /> +Et que le plus aimable et le plus effronté<br /> +Entreprendroit en vain sur sa pudicité,<br /> +Les beautés d'une fille ont beau toucher mon âme. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_700" id="Footnote_700" href="#FNanchor_700"><span class="label">[700]</span></a> +<i>Var.</i> Ami, soupçon à part, avant que le jour passe,<br /> +D'Angélique pour toi gagnons la bonne grâce,<br /> +Et de ce pas allons ensemble consulter<br /> +Des moyens qui pourront t'y mettre et m'en ôter. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_701" id="Footnote_701" href="#FNanchor_701"><span class="label">[701]</span></a> <i>Var. Tenant une lettre déployée.</i> (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_702" id="Footnote_702" href="#FNanchor_702"><span class="label">[702]</span></a> +<i>Var.</i> Son choix mal à propos m'en a fait le porteur.<br /> +Mon humeur y répugne, et quoi qu'il en advienne<a name="FNanchor_702-a" id="FNanchor_702-a" href="#Footnote_702-a" class="fnanchor">[702-a],</a><br /> +J'en fais une, de peur de servir à la sienne. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_702-a" id="Footnote_702-a" href="#FNanchor_702-a"><span class="label">[702-a]</span></a> L'édition de 1637 donne <i>avienne</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_703" id="Footnote_703" href="#FNanchor_703"><span class="label">[703]</span></a> <i>Var.</i> Manque aussitôt vers lui comme le sien vers vous. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_704" id="Footnote_704" href="#FNanchor_704"><span class="label">[704]</span></a> <i>Var.</i> Contre ce que je vois mon fol amour s'obstine. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_705" id="Footnote_705" href="#FNanchor_705"><span class="label">[705]</span></a> <i>Var.</i> Opposez-lui ses traits, battez-le de ses armes. (1637-63)</p> + +<p><a name="Footnote_706" id="Footnote_706" href="#FNanchor_706"><span class="label">[706]</span></a> +<i>Var.</i> Surtout cachez mon nom, et ne m'exposez pas<br /> +Aux infaillibles coups d'un violent trépas. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_707" id="Footnote_707" href="#FNanchor_707"><span class="label">[707]</span></a> +<i>Var.</i> Ne crains rien de ma part: je sais l'invention<br /> +De répondre aisément à ton intention. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_708" id="Footnote_708" href="#FNanchor_708"><span class="label">[708]</span></a> +<i>Var.</i><span class="i2">[Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine:]</span><br /> +S'il t'avoit ici vu, toute la vérité<br /> +Paroîtroit, en dépit de ma dextérité.<br /> +<span class="smcap">POL.</span> C'est d'elle désormais que je tiendrai la vie.<br /> +<span class="smcap">ANG.</span> As-tu de la garder encore quelque envie?<br /> +Ne me réplique plus, et va-t'en. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_709" id="Footnote_709" href="#FNanchor_709"><span class="label">[709]</span></a> <i>Var.</i> Et ceux dont Alidor paroissoit l'âme atteinte. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_710" id="Footnote_710" href="#FNanchor_710"><span class="label">[710]</span></a> +<i>Var.</i> Traître, ingrat, est-ce à toi de m'aborder ainsi,<br /> +Et peux-tu bien me voir sans me crier merci? (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_711" id="Footnote_711" href="#FNanchor_711"><span class="label">[711]</span></a> +<i>Var.</i> [Voilà me recevoir avec des compliments....]<br /> +<span class="smcap">ANG.</span> Bien au-dessous encor de mes ressentiments.<br /> +<span class="smcap">ALID.</span> La cause? <span class="smcap">ANG.</span> En demander la cause! lis, parjure. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_712" id="Footnote_712" href="#FNanchor_712"><span class="label">[712]</span></a> <i>Var.</i> <i>Quand je la crus d'esprit, je ne la connus pas.</i> (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_713" id="Footnote_713" href="#FNanchor_713"><span class="label">[713]</span></a> <i>Var.</i> <i>Et de quelques attraits que le monde vous vante.</i> (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_714" id="Footnote_714" href="#FNanchor_714"><span class="label">[714]</span></a> <i>Var.</i> Eh bien! ta trahison est-elle en évidence? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_715" id="Footnote_715" href="#FNanchor_715"><span class="label">[715]</span></a> <i>Var.</i> Lorsque vous tempêtez, son foudre à gouverner. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_716" id="Footnote_716" href="#FNanchor_716"><span class="label">[716]</span></a> Les mots: <i>et Alidor continue</i>, manquent dans les éditions de 1637-60.</p> + +<p><a name="Footnote_717" id="Footnote_717" href="#FNanchor_717"><span class="label">[717]</span></a> <i>Var.</i> Je voudrois en pouvoir faire autant de ton cœur. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_718" id="Footnote_718" href="#FNanchor_718"><span class="label">[718]</span></a> +<i>Var.</i> Commet-on envers vous des forfaits si nouveaux<br /> +Qu'incontinent on doive être mis en morceaux? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_719" id="Footnote_719" href="#FNanchor_719"><span class="label">[719]</span></a> <i>Var.</i> <i>Qu'elle porte pendu à sa ceinture.</i> (1637-57)—Ces miroirs à la +ceinture étaient au dix-septième siècle d'un usage général. Dans la fable de la +Fontaine intitulée <i>l'Homme et son image</i> (livre I, fable <span class="smcap">XI</span>), on trouve à ce +sujet une curieuse énumération:</p> + +<p>Afin de le guérir, le sort officieux<br /> +<span class="i3">Présentoit partout à ses yeux</span><br /> +Les conseillers muets dont se servent nos dames<br /> +<span class="i3">Miroirs aux poches des galants,</span><br /> +<span class="i3">Miroirs aux ceintures des femmes.</span></p> + +<p><a name="Footnote_720" id="Footnote_720" href="#FNanchor_720"><span class="label">[720]</span></a> +<i>Var.</i> Qu'encore qu'Alidor ne soit plus sous vos lois,<br /> +Il va vous obéir pour la dernière fois. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_721" id="Footnote_721" href="#FNanchor_721"><span class="label">[721]</span></a> +<i>Var.</i> Voilà, voilà que c'est d'avoir trop attendu:<br /> +Je devois dès longtemps te bannir par caprice;<br /> +Mon bonheur dépendoit d'une telle injustice. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_722" id="Footnote_722" href="#FNanchor_722"><span class="label">[722]</span></a> <i>Var.</i> Mais, aveugle, je prends une injuste querelle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_723" id="Footnote_723" href="#FNanchor_723"><span class="label">[723]</span></a> <i>Var.</i> Fais que de mon esprit je le puisse bannir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_724" id="Footnote_724" href="#FNanchor_724"><span class="label">[724]</span></a> <i>Var.</i> Tout se change ici-bas, mais partout bon remède. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_725" id="Footnote_725" href="#FNanchor_725"><span class="label">[725]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il m'en demeureroit encore plus de mille. (1637-1657)</p> + +<p><a name="Footnote_726" id="Footnote_726" href="#FNanchor_726"><span class="label">[726]</span></a> <i>Pléger</i>, garantir. Voyez tome I, p. 176, note 579.</p> + +<p><a name="Footnote_727" id="Footnote_727" href="#FNanchor_727"><span class="label">[727]</span></a> <i>Var.</i> Une larme, un soupir te perceront le cœur. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_728" id="Footnote_728" href="#FNanchor_728"><span class="label">[728]</span></a> <i>Var.</i> Mais j'en crains un progrès à ta confusion. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_729" id="Footnote_729" href="#FNanchor_729"><span class="label">[729]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">PHYLIS</span>, <i>frappant du pied à la porte de son logis, et faisant sortir +Doraste</i>. (1644-60)—Dans l'édition de 1637, on lit en marge: <i>Elle frappe à +sa porte, et Doraste sort.</i>—Ce jeu de scène remplace, dans les éditions indiquées, +celui qui, dans notre texte, suit le vers 485.</p> + +<p><a name="Footnote_730" id="Footnote_730" href="#FNanchor_730"><span class="label">[730]</span></a> <i>Var.</i> Frère, quelque inconnu t'a fait un bon service. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_731" id="Footnote_731" href="#FNanchor_731"><span class="label">[731]</span></a> Amant préféré d'Angélique, dans le <i>Roland furieux</i> de l'Arioste.</p> + +<p><a name="Footnote_732" id="Footnote_732" href="#FNanchor_732"><span class="label">[732]</span></a> <i>Var.</i> Je souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_733" id="Footnote_733" href="#FNanchor_733"><span class="label">[733]</span></a><br /> +<i>Var.</i> Vous êtes ma maîtresse, et moi, sous votre empire,<br /> +Je dois suivre vos lois, et non y contredire<a name="FNanchor_733-a" id="FNanchor_733-a" href="#Footnote_733-a" class="fnanchor">[733-a]</a>,<br /> +Et pour vous obéir mes sentiments domptés<br /> +Se règlent seulement dessus vos volontés.<br /> +<span class="smcap">PHYL.</span> J'aime des serviteurs avec cette souplesse,<br /> +Et qui peuvent aimer en moi ce qui les blesse. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_733-a" id="Footnote_733-a" href="#FNanchor_733-a"><span class="label">[733-a]</span></a> Je dois suivre vos lois, encor que j'en soupire. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_734" id="Footnote_734" href="#FNanchor_734"><span class="label">[734]</span></a> Les mots: <i>et Phylis l'arrête</i>, manquent dans l'édition de 1637.</p> + +<p><a name="Footnote_735" id="Footnote_735" href="#FNanchor_735"><span class="label">[735]</span></a> <i>Var.</i> D'un million d'amants je puis nourrir les feux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_736" id="Footnote_736" href="#FNanchor_736"><span class="label">[736]</span></a> <i>Var.</i> Je devrois rejeter leurs vœux auprès des vôtres. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_737" id="Footnote_737" href="#FNanchor_737"><span class="label">[737]</span></a> <i>Var.</i> Est-ce là donc l'objet de tes légèretés? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_738" id="Footnote_738" href="#FNanchor_738"><span class="label">[738]</span></a> <i>Var.</i> Tu m'as offert des vœux, que je t'en rende aussi. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_739" id="Footnote_739" href="#FNanchor_739"><span class="label">[739]</span></a> Locution proverbiale tirée du jeu de paume.</p> + +<p><a name="Footnote_740" id="Footnote_740" href="#FNanchor_740"><span class="label">[740]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">PHYLIS</span>, <i>arrêtant Cléandre</i>, etc. (1644-60)—On lit en marge, dans +l'édition de 1637, où il n'y a point ici de distinction de scène: <i>Lysis rentre +et Cléandre tâche de s'échapper et d'entrer chez Angélique.</i></p> + +<p><a name="Footnote_741" id="Footnote_741" href="#FNanchor_741"><span class="label">[741]</span></a> <i>Var.</i> On ne sort d'avec moi qu'avecque mon congé. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_742" id="Footnote_742" href="#FNanchor_742"><span class="label">[742]</span></a> +<i>Var.</i> Je ne puis plus souffrir de ces badineries:<br /> +Ne m'aime point du tout, ou n'aime rien que moi. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_743" id="Footnote_743" href="#FNanchor_743"><span class="label">[743]</span></a> <i>Var.</i> Qui te rend si cruel que de me rejeter? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_744" id="Footnote_744" href="#FNanchor_744"><span class="label">[744]</span></a> <i>Var.</i> A quel prix que ce soit il me faut racheter. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_745" id="Footnote_745" href="#FNanchor_745"><span class="label">[745]</span></a> <i>Var.</i> Qui reçoit tout le monde avec même visage. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_746" id="Footnote_746" href="#FNanchor_746"><span class="label">[746]</span></a> <i>Var.</i> Vu qu'il ne me dit mot et ne suit point mes pas. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_747" id="Footnote_747" href="#FNanchor_747"><span class="label">[747]</span></a> L'édition de 1682 donne seule <i>fidélité</i>, pour <i>civilité</i>: c'est une faute +évidente, que Thomas Corneille s'est gardé de reproduire en 1692.</p> + +<p><a name="Footnote_748" id="Footnote_748" href="#FNanchor_748"><span class="label">[748]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">DORASTE</span>, <i>sortant de chez Angélique</i>. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_749" id="Footnote_749" href="#FNanchor_749"><span class="label">[749]</span></a> +<i>Var.</i> Demain un sacré nœud me joint à cette belle;<br /> +Dis-lui qu'il se console. Adieu: je vais pourvoir<br /> +A tout ce qu'il faudra préparer pour ce soir.<br /> +<span class="smcap">PHYL.</span> Nous voilà donc de bal! Dieu nous fera la grâce. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_750" id="Footnote_750" href="#FNanchor_750"><span class="label">[750]</span></a> On lit ici dans l'édition de 1692: <span class="smcap">PHYLIS</span>, <i>à Cléandre</i>, indication qui +n'est point inutile.</p> + +<p><a name="Footnote_751" id="Footnote_751" href="#FNanchor_751"><span class="label">[751]</span></a> <i>Var.</i> D'en trouver là cinquante à qui donner la place. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_752" id="Footnote_752" href="#FNanchor_752"><span class="label">[752]</span></a> <i>Affiné</i>, trompé, dupé. Voyez tome I, p. 190, note 632.</p> + +<p><a name="Footnote_753" id="Footnote_753" href="#FNanchor_753"><span class="label">[753]</span></a> +<i>Var.</i> [Avec si peu de cœur aimer si puissamment!]<br /> +Que faisiez-vous, mes bras? que faisiez-vous, ma lame?<br /> +N'osiez-vous mettre au jour les secrets de mon âme?<br /> +N'osiez-vous leur montrer ce qu'ils m'ont fait de mal?<br /> +N'osiez-vous découvrir à Doraste un rival?<br /> +[Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?]<br /> +Craignois-tu de rougir d'une telle maîtresse? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_754" id="Footnote_754" href="#FNanchor_754"><span class="label">[754]</span></a> <i>Var.</i> Par honte, par respect, ou par discrétion? (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_755" id="Footnote_755" href="#FNanchor_755"><span class="label">[755]</span></a> +<i>Var.</i> Avec quelque raison ou quelque violence,<br /> +Que l'un de ces motifs t'obligeât au silence,<br /> +Pour faire à ce rival sentir quel est ton bras,<br /> +L'intérêt d'un ami ne suffisoit-il pas?<br /> +Pouvois-tu desirer d'occasion plus belle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_756" id="Footnote_756" href="#FNanchor_756"><span class="label">[756]</span></a> Ce vers se retrouve, à un mot près, dans <i>le Cid</i>, acte III, scène <span class="smcap">III</span>: +Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne.</p> + +<p><a name="Footnote_757" id="Footnote_757" href="#FNanchor_757"><span class="label">[757]</span></a> +<i>Var.</i> [Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende.]<br /> +Veux-tu pour le défendre une plus douce loi?<br /> +Si tu combats pour lui, les fruits en sont pour toi.<br /> +J'y suis tout résolu, Doraste, il la faut rendre;<br /> +Tu sauras ce que c'est de supplanter Cléandre:<br /> +Tout l'univers armé pour te la conserver<br /> +De mes jaloux efforts ne te pourroit sauver.<br /> +Qu'est-ce-ci, ma fureur? est-il temps de paroître?<br /> +Quand tu manques d'objets, tu commences à naître:<br /> +C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit t'exciter,<br /> +C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit m'emporter.<br /> +Puisque, un rival présent, trop foible, tu recules,<br /> +Tes mouvements tardifs deviennent ridicules,<br /> +Et quoi qu'à ces transports promette ma valeur,<br /> +A peine les effets préviendront mon malheur.<br /> +Pour rompre en honnête homme un hymen si funeste,<br /> +Je n'ai plus désormais qu'un peu de jour qui reste;<br /> +Autrement il me faut affronter ce rival,<br /> +Au péril de cent morts, au milieu de son bal:<br /> +Aucune occasion ailleurs ne m'est offerte;<br /> +Il lui faut tout quitter, ou me perdre en sa perte.<br /> +[Il faut....] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_758" id="Footnote_758" href="#FNanchor_758"><span class="label">[758]</span></a> <i>Var.</i> Après cela veux-tu que je m'explique? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_759" id="Footnote_759" href="#FNanchor_759"><span class="label">[759]</span></a> +<i>Var.</i> Si bien qu'après le bal qu'il lui donne ce soir,<br /> +Leur hymen accompli rend mon malheur extrême. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_760" id="Footnote_760" href="#FNanchor_760"><span class="label">[760]</span></a> <i>Var.</i> Cet hymen auroit mis mon bonheur à son point<a name="FNanchor_760-a" id="FNanchor_760-a" href="#Footnote_760-a" class="fnanchor">[760-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_760-a" id="Footnote_760-a" href="#FNanchor_760-a"><span class="label">[760-a]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «à ce point.»</p> + +<p><a name="Footnote_761" id="Footnote_761" href="#FNanchor_761"><span class="label">[761]</span></a> +<i>Var.</i> Les restes d'un rival eussent fait mon servage,<br /> +Elle eût perdu mon cœur avec son pucelage. (1637 et 44)<br /> +<i>Var.</i> Les restes d'un rival captivassent mon âme,<br /> +Elle eût perdu mon cœur en devenant sa femme. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_762" id="Footnote_762" href="#FNanchor_762"><span class="label">[762]</span></a> +<i>Var.</i> Me feindre tout de glace, et n'être que de flamme,<br /> +La mépriser de bouche et l'adorer dans l'âme. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_763" id="Footnote_763" href="#FNanchor_763"><span class="label">[763]</span></a> <i>Var.</i> J'aurai trop de moyens à te garder ma foi. (1637, 44 et 52-57)</p> + +<p><a name="Footnote_764" id="Footnote_764" href="#FNanchor_764"><span class="label">[764]</span></a> +<i>Var.</i> Ne trouble point, ami, ton repos pour mon aise:<br /> +Crois-tu qu'à tes dépens aucun bonheur me plaise? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_765" id="Footnote_765" href="#FNanchor_765"><span class="label">[765]</span></a> Allusion à ces vers de <i>la Suivante</i> (649-652, p. 160):</p> + +<p class="left5">Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive,<br /> +De sa possession l'un et l'autre il nous prive,<br /> +Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit,<br /> +Tandis que de sa peine un troisième a le fruit.</p> + +<p>—Voyez pour d'autres rapprochements du même genre, tome I, p. 446, +note 1443.</p> + +<p><a name="Footnote_766" id="Footnote_766" href="#FNanchor_766"><span class="label">[766]</span></a> +<i>Var.</i> Il faut prendre un chemin et plus court et plus seur<a name="FNanchor_766-a" id="FNanchor_766-a" href="#Footnote_766-a" class="fnanchor">[766-a]</a>:<br /> +Je veux sans coup férir t'en rendre possesseur. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Je veux prendre un chemin et plus court et plus seur. (1644-60)</p> + +<p><a name="Footnote_766-a" id="Footnote_766-a" href="#FNanchor_766-a"><span class="label">[766-a]</span></a> Voyez tome I, p. 190, note 634.</p> + +<p><a name="Footnote_767" id="Footnote_767" href="#FNanchor_767"><span class="label">[767]</span></a> +<i>Var.</i> Va-t'en donc, et me laisse auprès de cette belle<br /> +Employer le pouvoir qui me reste sur elle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_768" id="Footnote_768" href="#FNanchor_768"><span class="label">[768]</span></a> <i>Var.</i> Je te vais donc laisser ma fortune à conduire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_769" id="Footnote_769" href="#FNanchor_769"><span class="label">[769]</span></a> <i>Var.</i> Mais reprendre un amour dont je me veux défaire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_770" id="Footnote_770" href="#FNanchor_770"><span class="label">[770]</span></a> <i>Var.</i> Toute peine est fort douce à qui sert ses amis<a name="FNanchor_770-a" id="FNanchor_770-a" href="#Footnote_770-a" class="fnanchor">[770-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_770-a" id="Footnote_770-a" href="#FNanchor_770-a"><span class="label">[770-a] </span></a> Voyez la fin de l'<i>Examen</i>, p. <a href="#Page_223">223</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_771" id="Footnote_771" href="#FNanchor_771"><span class="label">[771]</span></a> <i>Var.</i> Du forfait d'Alidor que de son châtiment. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_772" id="Footnote_772" href="#FNanchor_772"><span class="label">[772]</span></a> +<i>Var.</i><span class="i6">Et par quelques puissants efforts</span><br /> +Que de tous sens je tourne et retourne mon âme. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i><span class="i6">Hélas! par quelques pleins efforts. (1660-68)</span></p> + +<p><a name="Footnote_773" id="Footnote_773" href="#FNanchor_773"><span class="label">[773]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">ANGÉLIQUE</span>, <i>voyant Alidor entrer en son cabinet</i>. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_774" id="Footnote_774" href="#FNanchor_774"><span class="label">[774]</span></a> +<i>Var.</i> Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs?<br /> +Qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs?<br /> +Est-il dit que tes yeux te mettront hors de doute,<br /> +Et t'apprendront combien ta trahison me coûte?<br /> +Après qu'effrontément ton aveu m'a fait voir<br /> +Qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir,<br /> +[Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_775" id="Footnote_775" href="#FNanchor_775"><span class="label">[775]</span></a> +<i>Var.</i> Va, va, n'espère rien de ces submissions. (1637-48)<br /> +<i>Var.</i> Va, va, n'espère rien de ses submissions. (1652-57)</p> + +<p><a name="Footnote_776" id="Footnote_776" href="#FNanchor_776"><span class="label">[776]</span></a> +<i>Var.</i> Sur notre amour passé c'est à trop te fier. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Sur notre amour passé c'est là trop te fier. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_777" id="Footnote_777" href="#FNanchor_777"><span class="label">[777]</span></a> <i>Var.</i> Comme vaincue il faut que je quitte la place. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_778" id="Footnote_778" href="#FNanchor_778"><span class="label">[778]</span></a> <i>Var.</i> <i>Elle veut sortir du cabinet, mais Alidor la retient.</i> (1637, en +marge.)—<span class="smcap">ALIDOR</span>, <i>la retenant</i>. (1644-60)</p> + +<p><a name="Footnote_779" id="Footnote_779" href="#FNanchor_779"><span class="label">[779]</span></a> <i>Var.</i> Ma chère âme, mon tout, quoi! vous m'abandonnez! (1637—57)</p> + +<p><a name="Footnote_780" id="Footnote_780" href="#FNanchor_780"><span class="label">[780]</span></a> <i>Var.</i> Ne vous montroit-il pas un esprit préparé? (1652-57)</p> + +<p><a name="Footnote_781" id="Footnote_781" href="#FNanchor_781"><span class="label">[781]</span></a> +<i>Var.</i> Aussi mon compliment flattoit mal ses appas:<br /> +Il vous offensoit bien, mais ne l'obligeoit pas. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_782" id="Footnote_782" href="#FNanchor_782"><span class="label">[782]</span></a> <i>Var.</i> Cesse de m'éclaircir dessus un tel secret. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_783" id="Footnote_783" href="#FNanchor_783"><span class="label">[783]</span></a> <i>Var.</i> Que me sert de savoir si tes vœux sont constants? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_784" id="Footnote_784" href="#FNanchor_784"><span class="label">[784]</span></a> <i>Var.</i> Aussi ne viens-je pas pour regagner votre âme. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_785" id="Footnote_785" href="#FNanchor_785"><span class="label">[785]</span></a> <i>Var.</i> Mais voici qui vous rend l'un et l'autre à la fois. (1652-60)</p> + +<p><a name="Footnote_786" id="Footnote_786" href="#FNanchor_786"><span class="label">[786]</span></a> +<i>Var.</i> Dans ma prompte vengeance à jamais misérable,<br /> +Que je déteste en vain ma faute irréparable! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_787" id="Footnote_787" href="#FNanchor_787"><span class="label">[787]</span></a> +<i>Var.</i> C'est demain qu'on nous doit pour jamais séparer:<br /> +En ce piteux état que veux-tu que je fasse?<br /> +<span class="smcap">ALID.</span> Ah! ce discours ne part que d'un cœur tout de glace.<br /> +Son, non, résolvez-vous: il vous faut à ce soir<br /> +Montrer votre courage, ou moi mon désespoir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_788" id="Footnote_788" href="#FNanchor_788"><span class="label">[788]</span></a> <i>Var.</i> Non, mais que dira-t-on d'un tel enlèvement? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_789" id="Footnote_789" href="#FNanchor_789"><span class="label">[789]</span></a> +<i>Var.</i> Dessus mes volontés ta puissance absolue<br /> +Peut disposer de moi, peut tout me commander.<br /> +Mon honneur, en tes mains prêt à se hasarder,<br /> +Par un trait si hardi quelque tort qu'il se fasse,<br /> +Y consent toutefois, et ne veut qu'une grâce:<br /> +[Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main]<br /> +Justifient aux miens ma fuite et ton dessein;<br /> +Qu'ils puissent, me cherchant, trouver ici ce gage,<br /> +Qui les rende assurés de notre mariage;<br /> +Que la sincérité de ton intention<br /> +Conserve, mise au jour, ma réputation. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_790" id="Footnote_790" href="#FNanchor_790"><span class="label">[790]</span></a> <i>Var.</i> Pour vaincre nos malheurs j'ose tout hasarder. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_791" id="Footnote_791" href="#FNanchor_791"><span class="label">[791]</span></a> <i>Var.</i> Ma faute en sera moindre, et hors de l'impudence. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_792" id="Footnote_792" href="#FNanchor_792"><span class="label">[792]</span></a> <i>Var.</i> Ma reine, enfin par là vous me ressuscitez. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_793" id="Footnote_793" href="#FNanchor_793"><span class="label">[793]</span></a> +<i>Var.</i> Je manque ici de tout, et j'ai peur, mon souci,<br /> +Que quelqu'un par malheur ne te surprenne ici. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_794" id="Footnote_794" href="#FNanchor_794"><span class="label">[794]</span></a> +<i>Var.</i> Va, quitte-moi, ma vie, et te coule sans bruit.<br /> +<span class="smcap">ALID.</span> Adieu donc, ma chère âme. ANG. Adieu, jusqu'à minuit. (1637-57) +</p> + +<p><a name="Footnote_795" id="Footnote_795" href="#FNanchor_795"><span class="label">[795]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">ANGÉLIQUE</span>, <i>seule en son cabinet</i>. (1637, en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_796" id="Footnote_796" href="#FNanchor_796"><span class="label">[796]</span></a> <i>Var.</i> Sur la foi de celui qui n'en sauroit garder. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_797" id="Footnote_797" href="#FNanchor_797"><span class="label">[797]</span></a> +<i>Var.</i> D'où provient qu'Alidor sort de chez Angélique?<br /> +Auroit-il avec elle encor quelque pratique?<br /> +Son visage n'a rien que d'un homme content. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_798" id="Footnote_798" href="#FNanchor_798"><span class="label">[798]</span></a> <i>Var.</i> Que mon frère en tiendroit, s'ils étoient mis d'accord! (1657)</p> + +<p><a name="Footnote_799" id="Footnote_799" href="#FNanchor_799"><span class="label">[799]</span></a> <i>Var.</i> Puisque vous le voulez, adieu, je me retire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_800" id="Footnote_800" href="#FNanchor_800"><span class="label">[800]</span></a> Au participe <span class="smcap">ARMÉS</span>, employé substantivement, Thomas Corneille a substitué, +dans l'édition de 1692: <span class="smcap">HOMMES ARMÉS</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_801" id="Footnote_801" href="#FNanchor_801"><span class="label">[801]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il dit ce vers</i>, etc. (1637, en marge.)—Dans cette édition, les +mots: <i>L'acte est dans la nuit</i>, se trouvent placés plus haut, en regard du +titre: <span class="smcap">ACTE IV</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_802" id="Footnote_802" href="#FNanchor_802"><span class="label">[802]</span></a> <i>Var.</i> Attends là de pied coi que je t'en avertisse. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_803" id="Footnote_803" href="#FNanchor_803"><span class="label">[803]</span></a> +<i>Var.</i> Ce trait est un peu lâche, et sent sa trahison. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> Ce trait peut sembler lâche et plein de trahison. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_804" id="Footnote_804" href="#FNanchor_804"><span class="label">[804]</span></a> <i>Var.</i> Avant que s'aviser de cette violence! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_805" id="Footnote_805" href="#FNanchor_805"><span class="label">[805]</span></a> +<i>Var.</i> Peux-tu bien t'exposer à des maux sans remède,<br /> +A de vains repentirs, d'inutiles regrets,<br /> +De stériles remords et des bourreaux secrets,<br /> +Cependant qu'un ami, par tes lâches menées,<br /> +Cueillira les faveurs qu'elle t'a destinées?<br /> +Ne frustre point l'effet de ton intention<a name="FNanchor_805-a" id="FNanchor_805-a" href="#Footnote_805-a" class="fnanchor">[805-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_805-a" id="Footnote_805-a" href="#FNanchor_805-a"><span class="label">[805-a]</span></a> Ce dernier vers ne se trouve que dans l'édition de 1637 Dans les impressions +de 1644-57, on lit, comme dans notre texte:</p> + +<p class="left5">Ne romps point les effets de son intention.<br /> +De tous les deux côtés il y va de ta foi.<br /> +A qui la tiendras-tu? Mon esprit en déroute<br /> +Sur le plus fort des deux ne peut sortir de doute.<br /> +[Je n'en veux obliger pas un à me haïr.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_806" id="Footnote_806" href="#FNanchor_806"><span class="label">[806]</span></a> +<i>Var.</i> [Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse!]<br /> +Jamais fut-il mortel si malheureux que toi?</p> + +<p><a name="Footnote_807" id="Footnote_807" href="#FNanchor_807"><span class="label">[807]</span></a> +<i>Var.</i> Mais que mon jugement s'enveloppe de nues!<br /> +Mes résolutions, qu'êtes-vous devenues? (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> Quoi! je hésite encor, je balance, je doute! (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_808" id="Footnote_808" href="#FNanchor_808"><span class="label">[808]</span></a> +<i>Var.</i> Cléandre, elle est à toi: dedans cette querelle,<br /> +Angélique le perd; nous sommes deux contre elle. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_809" id="Footnote_809" href="#FNanchor_809"><span class="label">[809]</span></a> +<i>Var.</i> Et celle qu'en ce cas je nommerai mon mieux,<br /> +M'en sera redevable, et non pas à ses yeux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_810" id="Footnote_810" href="#FNanchor_810"><span class="label">[810]</span></a> <i>Var.</i> Qui te fait avancer? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_811" id="Footnote_811" href="#FNanchor_811"><span class="label">[811]</span></a> <i>Var.</i> Forcer ici mes bras à te faire service. (1637-63)</p> + +<p><a name="Footnote_812" id="Footnote_812" href="#FNanchor_812"><span class="label">[812]</span></a> +<i>Var.</i> Encore un mot, Cléandre, et qui t'importe fort:<br /> +Ta taille avec la mienne a si peu de rapport,<br /> +Qu'Angélique soudain te pourra reconnoître. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_813" id="Footnote_813" href="#FNanchor_813"><span class="label">[813]</span></a> +<i>Var.</i><span class="i4 smcap">ANG.</span> St. <span class="smcap">ALID.</span> Je l'entends, c'est elle.<br /> +<span class="smcap">ANG.</span> Alidor, es-tu là? <span class="smcap">ALID.</span> Je suis à vous, ma belle.<br /> +[De peur d'être connu, je défends à mes gens.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_814" id="Footnote_814" href="#FNanchor_814"><span class="label">[814]</span></a> <i>Var.</i> Sa perte est assurée, et ce traître Alidor. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_815" id="Footnote_815" href="#FNanchor_815"><span class="label">[815]</span></a> <i>Var.</i> Il n'en faut point parler, sa perte est évidente. (1654)</p> + +<p><a name="Footnote_816" id="Footnote_816" href="#FNanchor_816"><span class="label">[816]</span></a> +<i>Var.</i> Je le sens refuser sa franchise à ce prix;<br /> +[Je le sens, malgré moi de nouveaux feux épris.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_817" id="Footnote_817" href="#FNanchor_817"><span class="label">[817]</span></a> <i>Var.</i> Ne la va point jeter ton infidélité. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_818" id="Footnote_818" href="#FNanchor_818"><span class="label">[818]</span></a> +<i>Var.</i> Et laisse-toi gagner à de si fortes armes. (1637)<br /> +<i>Var.</i> Et te laisse enfin vaincre à de si fortes armes. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_819" id="Footnote_819" href="#FNanchor_819"><span class="label">[819]</span></a> <i>Var.</i> Cours après elle, et vois si Cléandre aujourd'hui. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_820" id="Footnote_820" href="#FNanchor_820"><span class="label">[820]</span></a> <i>Var.</i> Qui pensez triompher d'un cœur mélancolique. (1637, 44 et 52-60)</p> + +<p><a name="Footnote_821" id="Footnote_821" href="#FNanchor_821"><span class="label">[821]</span></a> <i>Var.</i> Ne me présume pas encore succombé. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_822" id="Footnote_822" href="#FNanchor_822"><span class="label">[822]</span></a> <i>Var.</i> Je n'osois m'avancer, de peur d'être aperçue. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_823" id="Footnote_823" href="#FNanchor_823"><span class="label">[823]</span></a> <i>Var.</i> Autant que m'ont permis les ombres de la nuit. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_824" id="Footnote_824" href="#FNanchor_824"><span class="label">[824]</span></a> +<i>Var.</i> La belle preuve, hélas! de ton amour extrême,<br /> +De remettre ce coup à d'autres qu'à toi-même!<br /> +J'étois donc un larcin indigne de tes mains? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_825" id="Footnote_825" href="#FNanchor_825"><span class="label">[825]</span></a> <i>Var.</i> Et je suis un larcin indigne de tes mains? (1660-64)</p> + +<p><a name="Footnote_826" id="Footnote_826" href="#FNanchor_826"><span class="label">[826]</span></a> +<i>Var.</i> Quel étoit donc le but de ton intention?<br /> +<span class="smcap">ALID.</span> D'attendre ici le coup de leur émotion. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_827" id="Footnote_827" href="#FNanchor_827"><span class="label">[827]</span></a> Cette indication manque dans l'édition de 1663.</p> + +<p><a name="Footnote_828" id="Footnote_828" href="#FNanchor_828"><span class="label">[828]</span></a> +<i>Var.</i> Permettez-moi d'aller mettre ordre à ce méconte<a name="FNanchor_828-a" id="FNanchor_828-a" href="#Footnote_828-a" class="fnanchor">[828-a]</a>.<br /> +<span class="smcap">ANG.</span> Cependant, misérable, à qui me laisses-tu? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_828-a" id="Footnote_828-a" href="#FNanchor_828-a"><span class="label">[828-a]</span></a> Voyez tome I, p. 150, note 497.</p> + +<p><a name="Footnote_829" id="Footnote_829" href="#FNanchor_829"><span class="label">[829]</span></a> +<i>Var.</i> L'hymen (ah! ce penser déjà me fait mourir!)<br /> +Me va joindre à Doraste, et tu le peux souffrir!<br /> +Tu me peux exposer à cette tyrannie! (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_830" id="Footnote_830" href="#FNanchor_830"><span class="label">[830]</span></a> +<i>Var.</i> Jugez mieux de ma flamme, et songez, mon espoir,<br /> +Qu'un tel enlèvement n'est plus en mon pouvoir. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_831" id="Footnote_831" href="#FNanchor_831"><span class="label">[831]</span></a> +<i>Var.</i> Doraste, ou par malheur quelque pire surprise<br /> +De ces coureurs de nuit me feroit lâcher prise:<br /> +De grâce, mon souci, passons encore un jour. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_832" id="Footnote_832" href="#FNanchor_832"><span class="label">[832]</span></a> <i>Var.</i> Et tu me fais trop voir par cette rêverie. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_833" id="Footnote_833" href="#FNanchor_833"><span class="label">[833]</span></a> <i>Var.</i> Différer le malheur de ce triste hyménée. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_834" id="Footnote_834" href="#FNanchor_834"><span class="label">[834]</span></a> +<i>Var.</i> Ingrat, t'ai-je opposé tant de précautions?<br /> +Tu m'aimes, ce dis-tu? tu le fais bien paroître,<br /> +Remettant mon bonheur ainsi sur un peut-être.<br /> +<span class="smcap">ALID.</span> Encor que mon amour appréhende pour vous,<br /> +Puisque vous le voulez, eh bien! je m'y résous:<br /> +Fuyons, hasardons tout. Mais on ouvre la porte. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_835" id="Footnote_835" href="#FNanchor_835"><span class="label">[835]</span></a> <i>Var.</i> Ce change à mon dépit jetoit un faux appas<a name="FNanchor_835-a" id="FNanchor_835-a" href="#Footnote_835-a" class="fnanchor">[835-a]</a>. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_835-a" id="Footnote_835-a" href="#FNanchor_835-a"><span class="label">[835-a]</span></a> Voyez tome I, p. 148, note 485.</p> + +<p><a name="Footnote_836" id="Footnote_836" href="#FNanchor_836"><span class="label">[836]</span></a> En marge, dans l'édition de 1637: <i>Angélique lit</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_837" id="Footnote_837" href="#FNanchor_837"><span class="label">[837]</span></a> +<i>Var.</i> Toutefois ce papier suffit pour m'en instruire;<br /> +Je le pris d'Alidor, mais je le pris sans lire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_838" id="Footnote_838" href="#FNanchor_838"><span class="label">[838]</span></a> <i>Var.</i> Met au lieu d'Angélique un autre entre ses mains<a name="FNanchor_838-a" id="FNanchor_838-a" href="#Footnote_838-a" class="fnanchor">[838-a]</a>. (1648-57)</p> + +<p><a name="Footnote_838-a" id="Footnote_838-a" href="#FNanchor_838-a"><span class="label">[838-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p> + +<p><a name="Footnote_839" id="Footnote_839" href="#FNanchor_839"><span class="label">[839]</span></a> +<i>Var.</i> [J'en ignore le nom, mais elle m'a suivie,]<br /> +Et quelle qu'elle soit.... <span class="smcap">DOR.</span> Il suffit, n'en dis plus;<br /> +Après ce que j'ai vu, j'en sais trop là-dessus:<br /> +[Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée.] (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_840" id="Footnote_840" href="#FNanchor_840"><span class="label">[840]</span></a> <i>Var.</i> Il est deux fois, que dis-je? il est seul le coupable. (1657)</p> + +<p><a name="Footnote_841" id="Footnote_841" href="#FNanchor_841"><span class="label">[841]</span></a> +<i>Var.</i> Que peux-tu désormais, que peux-tu faire au monde,<br /> +Si ton amour fidèle et ton peu de beauté. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_842" id="Footnote_842" href="#FNanchor_842"><span class="label">[842]</span></a> +<i>Var.</i> Et ne t'expose plus à tant de trahisons,<br /> +Et tant qu'on ait pu voir la fin de ce méconte. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_843" id="Footnote_843" href="#FNanchor_843"><span class="label">[843]</span></a> <i>Var.</i> Va cacher dans ta chambre et tes pleurs et ta honte. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_844" id="Footnote_844" href="#FNanchor_844"><span class="label">[844]</span></a> <i>Var.</i> Et vous puis-je haïr si j'aime tout le monde? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_845" id="Footnote_845" href="#FNanchor_845"><span class="label">[845]</span></a> <i>Var.</i> Les traits que cette nuit il trempoit dans vos larmes. (1637-68)</p> + +<p><a name="Footnote_846" id="Footnote_846" href="#FNanchor_846"><span class="label">[846]</span></a> <i>Var.</i> Je crois prendre une fille, et suis pris par un autre. (1637-52 et 57)</p> + +<p><a name="Footnote_847" id="Footnote_847" href="#FNanchor_847"><span class="label">[847]</span></a> <i>Var.</i> Je m'expose à ma peine et néglige ma fuite. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_848" id="Footnote_848" href="#FNanchor_848"><span class="label">[848]</span></a> +<i>Var.</i> Je m'offre à des périls que tout le monde évite.<br /> +Ce que j'ai pu ravir, je le viens demander. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_849" id="Footnote_849" href="#FNanchor_849"><span class="label">[849]</span></a> +<i>Var.</i> [Vous ne me devrez rien, du moins si j'en suis crue.]<br /> +<span class="smcap">CLÉAND.</span> Mais après le danger où vous vous êtes vue,<br /> +Malgré tous vos mépris, les soins de votre honneur<br /> +Vous doivent désormais résoudre à mon bonheur.<br /> +La moitié d'une nuit passée en ma puissance<br /> +A d'étranges soupçons porte la médisance.<br /> +Cela su, présumez comme on pourra causer.<br /> +<span class="smcap">PHYL.</span> Pour étouffer ce bruit il vous faut épouser,<br /> +Non pas? Mais au contraire, après ce mariage,<br /> +On présumeroit tout à mon désavantage,<br /> +Et vous voir refusé fera mieux croire à tous<br /> +Qu'il ne s'est rien passé qu'à propos entre nous<a name="FNanchor_849-a" id="FNanchor_849-a" href="#Footnote_849-a" class="fnanchor">[849-a]</a>.<br /> +<span class="i1">[Toutefois après tout, mon humeur est si bonne.] (1637-57)</span></p> + +<p><a name="Footnote_849-a" id="Footnote_849-a" href="#FNanchor_849-a"><span class="label">[849-a]</span></a> Qu'il ne s'est rien passé que de juste entre nous. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_850" id="Footnote_850" href="#FNanchor_850"><span class="label">[850]</span></a> <i>Var.</i> Si vous me refusez, m'écouteroient-ils mieux? (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_851" id="Footnote_851" href="#FNanchor_851"><span class="label">[851]</span></a> <i>Var.</i> Il vous faudroit tout dire. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_852" id="Footnote_852" href="#FNanchor_852"><span class="label">[852]</span></a> <i>Var.</i> <i>Elle rentre, et Cléandre la voulant suivre, Alidor l'arrête.</i> (1637, +en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_853" id="Footnote_853" href="#FNanchor_853"><span class="label">[853]</span></a> <i>Var.</i> Pourvu que son humeur soit pareille à la sienne. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_854" id="Footnote_854" href="#FNanchor_854"><span class="label">[854]</span></a> Voyez <i>Mélite</i>, vers 1047, et note <a href="#FNanchor_688">688</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_855" id="Footnote_855" href="#FNanchor_855"><span class="label">[855]</span></a> <i>Var.</i> Je m'exposerois trop à des maux sans remède. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_856" id="Footnote_856" href="#FNanchor_856"><span class="label">[856]</span></a> +<i>Var.</i><span class="i6">Qu'ainsi tout me succède!</span><br /> +Comme si ses desirs se régloient sur mes vœux. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_857" id="Footnote_857" href="#FNanchor_857"><span class="label">[857]</span></a> <i>Var.</i> Aveugle, cette nuit m'a redonné le jour. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_858" id="Footnote_858" href="#FNanchor_858"><span class="label">[858]</span></a> +<i>Var.</i> [A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs.]<br /> +Je ne m'obstine plus à mériter sa haine:<br /> +Je me sens trop heureux d'une si belle chaîne;<br /> +Ce sont traits d'esprit fort que d'en vouloir sortir.<br /> +Et c'est où ma raison ne peut plus consentir.<br /> +[Mais, hélas! ma raison est-elle assez hardie]<br /> +Pour me dire qu'on m'aime après ma perfidie? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_859" id="Footnote_859" href="#FNanchor_859"><span class="label">[859]</span></a> <i>Var.</i> Porte-t-il point ma belle à me vouloir du mal? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_860" id="Footnote_860" href="#FNanchor_860"><span class="label">[860]</span></a> <i>Var.</i> Que dis-je, misérable? ah! c'est trop me méprendre. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_861" id="Footnote_861" href="#FNanchor_861"><span class="label">[861]</span></a> <i>Var.</i> Et si le ciel vengeur comme moi ne conspire. (1637 et 48-54)</p> + +<p><a name="Footnote_862" id="Footnote_862" href="#FNanchor_862"><span class="label">[862]</span></a> <i>Var.</i> Entrons à tous hasards d'un esprit résolu. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_863" id="Footnote_863" href="#FNanchor_863"><span class="label">[863]</span></a> +<i>Var.</i> Que si pour l'avoir lu sa colère s'anime. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> Ou si pour l'avoir lu sa colère s'anime. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_864" id="Footnote_864" href="#FNanchor_864"><span class="label">[864]</span></a> +<i>Var.</i> Nous savons les chemins de regagner son cœur. (1637-57)<br /> +<i>Var.</i> Cherchons quelques moyens de regagner son cœur. (1660-64)</p> + +<p><a name="Footnote_865" id="Footnote_865" href="#FNanchor_865"><span class="label">[865]</span></a> +<i>Var.</i> J'aurois peu de raison de lui vouloir du mal<br /> +Pour m'avoir délivré d'un esprit déloyal. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_866" id="Footnote_866" href="#FNanchor_866"><span class="label">[866]</span></a> +<i>Var.</i> [Il me rendra soudain et la vie et ma sœur.]<br /> +<span class="smcap">LYC.</span> Écoutez un peu moins votre âme généreuse:<br /> +Que feriez-vous par là qu'une sœur malheureuse?<br /> +Les soins de son honneur que vous devez avoir,<br /> +Pour d'autres intérêts vous doivent émouvoir.<br /> +Après que par hasard Cléandre l'a ravie,<br /> +Elle perdroit l'honneur s'il en perdoit la vie.<br /> +On la croiroit son reste, et pour la posséder<br /> +Peu d'amants, sur ce bruit, se voudroient hasarder.<br /> +Faites mieux: votre sœur à peine peut prétendre<br /> +[Une fortune égale à celle de Cléandre:]<br /> +Que l'excès de ses biens vous le rendent<a name="FNanchor_866-a" id="FNanchor_866-a" href="#Footnote_866-a" class="fnanchor">[866-a]</a> chéri,<br /> +Et de son ravisseur faites-en son mari.<br /> +Encor que son dessein ne fût pour sa personne. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_866-a" id="Footnote_866-a" href="#FNanchor_866-a"><span class="label">[866-a]</span></a> Le verbe est au pluriel dans toutes les éditions indiquées.</p> + +<p><a name="Footnote_867" id="Footnote_867" href="#FNanchor_867"><span class="label">[867]</span></a> <i>Var.</i> Ma sœur, je te retiens après t'avoir perdue! (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_868" id="Footnote_868" href="#FNanchor_868"><span class="label">[868]</span></a> <i>Var.</i> Et de grâce, quel lieu recèle le voleur. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_869" id="Footnote_869" href="#FNanchor_869"><span class="label">[869]</span></a> <i>Var.</i> Au lieu de ton rival, attaque ton beau-frère. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_870" id="Footnote_870" href="#FNanchor_870"><span class="label">[870]</span></a> <i>Var.</i> Et veut faire d'un rapt un amour légitime. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_871" id="Footnote_871" href="#FNanchor_871"><span class="label">[871]</span></a> +<i>Var.</i> Non pas, à dire vrai, que son objet me tente,<br /> +Mais, mon père content, je suis assez contente. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_872" id="Footnote_872" href="#FNanchor_872"><span class="label">[872]</span></a> Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_873" id="Footnote_873" href="#FNanchor_873"><span class="label">[873]</span></a> <i>Var.</i> Eh quoi! ce qui me plaît, faut-il qu'il te déplaise? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_874" id="Footnote_874" href="#FNanchor_874"><span class="label">[874]</span></a> <i>Var.</i> Règle, plus modéré, ton esprit sur le mien. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_875" id="Footnote_875" href="#FNanchor_875"><span class="label">[875]</span></a> <i>Var.</i> Si tu n'es, mon souci, d'humeur à te dédire. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_876" id="Footnote_876" href="#FNanchor_876"><span class="label">[876]</span></a> Il y a <i>tout aigreur</i>, au masculin, dans les éditions de 1648-57. Voyez la +note relative au mot <i>ardeur</i>, tome I, p. 465, note 1503-a.</p> + +<p><a name="Footnote_877" id="Footnote_877" href="#FNanchor_877"><span class="label">[877]</span></a> Dans l'édition de 1637, <span class="smcap">Alidor, Angélique, Doraste</span> sont seuls nommés +en tête de la scène; les autres personnages sont remplacés par un <i>etc.</i></p> + +<p><a name="Footnote_878" id="Footnote_878" href="#FNanchor_878"><span class="label">[878]</span></a> <i>Var.</i> Mais la chance est tournée en cet enlèvement. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_879" id="Footnote_879" href="#FNanchor_879"><span class="label">[879]</span></a> <i>Var.</i> Tu perds un serviteur, et je gagne un amant. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_880" id="Footnote_880" href="#FNanchor_880"><span class="label">[880]</span></a> <i>Var.</i> Puisque avec Alidor je lui rends la parole. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_881" id="Footnote_881" href="#FNanchor_881"><span class="label">[881]</span></a> L'édition de 1682 donne seule, et sans doute par erreur: <i>ferez-vous</i>, pour +<i>feriez-vous</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_882" id="Footnote_882" href="#FNanchor_882"><span class="label">[882]</span></a> <i>Var.</i> Vous l'aimiez, aimez-le: je lui cède mes droits. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_883" id="Footnote_883" href="#FNanchor_883"><span class="label">[883]</span></a> +<i>Var.</i> Mon âme, se peut-il que votre rigueur dure?<br /> +Suis-je plus Alidor? vos feux sont-ils éteints? (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_884" id="Footnote_884" href="#FNanchor_884"><span class="label">[884]</span></a> L'édition de 1682 porte par erreur: «Et quand mon <i>cœur</i> croît, etc.»</p> + +<p><a name="Footnote_885" id="Footnote_885" href="#FNanchor_885"><span class="label">[885]</span></a> <i>Var.</i> C'est là que je prendrai des mouvements plus saints. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_886" id="Footnote_886" href="#FNanchor_886"><span class="label">[886]</span></a> <i>Var.</i> Ne veut point d'autre tiers pour les raccommoder. (1657)</p> + +<p><a name="Footnote_887" id="Footnote_887" href="#FNanchor_887"><span class="label">[887]</span></a> <i>Var.</i> Si tu m'aimes, ma sœur, fais-en autant que moi. (1654)</p> + +<p><a name="Footnote_888" id="Footnote_888" href="#FNanchor_888"><span class="label">[888]</span></a> <i>Var.</i> N'accommodent que mieux notre fragilité. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_889" id="Footnote_889" href="#FNanchor_889"><span class="label">[889]</span></a> <i>Var.</i> Cherche un autre à trahir, et pour jamais adieu. (1637)</p> + +<p><a name="Footnote_890" id="Footnote_890" href="#FNanchor_890"><span class="label">[890]</span></a> Dans l'édition de 1637, on lit au-dessous du nom d'Alidor le titre que +voici: <span class="smcap">STANCES</span> <i>en forme d'épilogue</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_891" id="Footnote_891" href="#FNanchor_891"><span class="label">[891]</span></a> <i>Var.</i> Beautés, ne pensez point à réveiller ma flamme. (1637-57)</p> + +<p><a name="Footnote_892" id="Footnote_892" href="#FNanchor_892"><span class="label">[892]</span></a> <i>Var.</i> Je suis hors du péril qu'après son mariage. (1637-60)</p> + +<p><a name="Footnote_893" id="Footnote_893" href="#FNanchor_893"><span class="label">[893]</span></a> <i>Relation contenant l'histoire de l'Académie françoise</i>, 1653, p. 181.</p> + +<p><a name="Footnote_894" id="Footnote_894" href="#FNanchor_894"><span class="label">[894]</span></a> Ce <i>monologue</i> sert de prologue à la pièce. Ce n'est pas sur le carré d'eau, +comme dit Pellisson, mais sur le bord d'un ruisseau que le poëte voit la cane +et le canard:</p> + +<p class="left5">A même temps j'ai vu sur le bord d'un ruisseau<br /> +La cane s'humecter, etc.</p> + +<p><a name="Footnote_895" id="Footnote_895" href="#FNanchor_895"><span class="label">[895]</span></a> Ce prologue n'a pas été imprimé en tête de la pièce.</p> + +<p><a name="Footnote_896" id="Footnote_896" href="#FNanchor_896"><span class="label">[896]</span></a> <i>Histoire de l'Académie françoise, par Pellisson et d'Olivet</i>, tome I, +fin de la note 1 de la p. 83.</p> + +<p><a name="Footnote_897" id="Footnote_897" href="#FNanchor_897"><span class="label">[897]</span></a> Cet argument ne se trouve pas en tête de la pièce; nous l'avons rédigé +pour que le lecteur pût comprendre sans difficulté l'acte que nous publions.</p> + +<p><a name="Footnote_898" id="Footnote_898" href="#FNanchor_898"><span class="label">[898]</span></a> Il y a <i>voisin</i>, au lieu de <i>voisine</i>, dans l'édition originale.</p> + +<p><a name="Footnote_899" id="Footnote_899" href="#FNanchor_899"><span class="label">[899]</span></a> Voyez plus haut les vers 290 (p. <a href="#Page_33">33</a>) et (p. <a href="#Page_89">89</a>) 1322 de <i>la Galerie du Palais</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_900" id="Footnote_900" href="#FNanchor_900"><span class="label">[900]</span></a> L'édition originale donne <i>la</i>; mais il faut nécessairement <i>le</i>, se rapportant +à <i>amour</i>, qui est au masculin trois vers plus haut.</p> + +<p><a name="Footnote_901" id="Footnote_901" href="#FNanchor_901"><span class="label">[901]</span></a> C'est ainsi que le mot est imprimé pour la rime dans l'édition originale.</p> + +<p><a name="Footnote_902" id="Footnote_902" href="#FNanchor_902"><span class="label">[902]</span></a> <i>Cous</i>, coups. Telle est l'orthographe du mot dans l'édition de 1638. Plus +loin, au vers 372, où le mot n'est point à la rime, il y a <i>coups</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_903" id="Footnote_903" href="#FNanchor_903"><span class="label">[903]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_308">308</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_904" id="Footnote_904" href="#FNanchor_904"><span class="label">[904]</span></a> <i>Impourvue</i>, imprévue. Voyez tome I, p. 183, note 613.</p> + +<p><a name="Footnote_905" id="Footnote_905" href="#FNanchor_905"><span class="label">[905]</span></a> L'orthographe des deux rimes, dans l'édition originale, est <i>parestre</i> et +<i>estre</i>; plus haut, aux vers 49 et 50, on lit <i>cognestre</i> et <i>naistre</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_906" id="Footnote_906" href="#FNanchor_906"><span class="label">[906]</span></a> Il y a <i>cachés</i>, au masculin, dans le texte de 1638.</p> + +<p><a name="Footnote_907" id="Footnote_907" href="#FNanchor_907"><span class="label">[907]</span></a> <i>Mécontée</i>, mécomptée. Voyez tome I, p. 150, note 497.</p> + +<p><a name="Footnote_908" id="Footnote_908" href="#FNanchor_908"><span class="label">[908]</span></a> Voyez ci-dessus la note 273 de la p. <a href="#Page_87">87</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_909" id="Footnote_909" href="#FNanchor_909"><span class="label">[909]</span></a> Il y a dans le texte: <i>en assassin</i>, qui n'a point de sens. La leçon que nous +avons préférée est justifiée par cette explication que donne, en 1690, le <i>Dictionnaire</i> +de Furetière: «En galanteries on appelle <i>assassins</i> certaines mouches +taillées en long que les femmes coquettes mettent sur leur visage pour paroître +plus belles.»</p> + +<p><a name="Footnote_910" id="Footnote_910" href="#FNanchor_910"><span class="label">[910]</span></a> Il y a par erreur <i>ses</i>, pour <i>ces</i>, dans le texte de 1638.</p> + +<p><a name="Footnote_911" id="Footnote_911" href="#FNanchor_911"><span class="label">[911]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_315">315</a>, la note du vers 118.</p> + +<p><a name="Footnote_912" id="Footnote_912" href="#FNanchor_912"><span class="label">[912]</span></a> <i>Jalous</i> est ainsi imprimé pour la rime dans l'édition originale. Voyez +plus bas, (p.<a href="#Page_325"> 325</a>) vers 379, et ci-dessus, p. <a href="#Page_313">313</a>, la note du vers 72.</p> + +<p><a name="Footnote_913" id="Footnote_913" href="#FNanchor_913"><span class="label">[913]</span></a> Tel est le texte de l'édition originale. L'omission de <i>pas</i> est-elle une +faute typographique?</p> + +<p><a name="Footnote_914" id="Footnote_914" href="#FNanchor_914"><span class="label">[914]</span></a> Il faut se rappeler que ce nom est celui qu'Aglante avait pris. Voyez +l'<i>Argument</i>, p. <a href="#Page_310">310</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_915" id="Footnote_915" href="#FNanchor_915"><span class="label">[915]</span></a> On lit <i>son</i> dans le texte, mais le sens n'est pas douteux.</p> + +<p><a name="Footnote_916" id="Footnote_916" href="#FNanchor_916"><span class="label">[916]</span></a> Nom supposé de Cléonice. Voyez l'<i>Argument</i>, p. <a href="#Page_310">310</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_917" id="Footnote_917" href="#FNanchor_917"><span class="label">[917]</span></a> Voyez sur les traditions relatives à ce personnage: <i>Histoire de +Médée</i>, par l'abbé Banier, <i>Mémoires de l'Académie des Inscriptions et +Belles-Lettres</i>, tome XIV, p. 41.</p> + +<p><a name="Footnote_918" id="Footnote_918" href="#FNanchor_918"><span class="label">[918]</span></a> Cet examen a d'ailleurs été fait avec autant d'érudition que de +goût par M. Patin dans ses <i>Études sur les tragiques grecs, Euripide</i>, +tome I, p. 149 et suivantes. On peut encore consulter utilement un +<i>Parallèle des beautés de Corneille avec celles de plusieurs scènes de la +Médée de Sénèque</i>, par M. Guilbert, lu à la Société libre d'émulation +de Rouen dans la séance du 16 juin 1804.</p> + +<p><a name="Footnote_919" id="Footnote_919" href="#FNanchor_919"><span class="label">[919]</span></a> Mairet.</p> + +<p><a name="Footnote_920" id="Footnote_920" href="#FNanchor_920"><span class="label">[920]</span></a> Pièce inconnue et qui n'a sans doute pas été représentée.</p> + +<p><a name="Footnote_921" id="Footnote_921" href="#FNanchor_921"><span class="label">[921]</span></a> Benserade.</p> + +<p><a name="Footnote_922" id="Footnote_922" href="#FNanchor_922"><span class="label">[922]</span></a> Le titre complet de l'ouvrage est: <i>le Parnasse ou la critique des +poëtes</i>, par de la Pinelière, angevin, dédié à Monseigneur le marquis +du Bellay. A Paris, chez Toussaint Quinet.... M.DC.XXXV. In-8. +Avec privilége du Roi.—Ce privilége ne se trouve point, non plus +que l'achevé d'imprimer, dans l'exemplaire qui est à la bibliothèque +de l'Arsenal, le seul que nous ayons pu voir.</p> + +<p><a name="Footnote_923" id="Footnote_923" href="#FNanchor_923"><span class="label">[923]</span></a> On ignore complétement qui ces initiales désignent. Dans l'impression +de 1657, l'ordre est un peu différent: «A Monsieur P. T. +G. N.» Cette épître dédicatoire n'est que dans les éditions antérieures +à 1660.</p> + +<p><a name="Footnote_924" id="Footnote_924" href="#FNanchor_924"><span class="label">[924]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660-1668): sur son théâtre.</p> + +<p><a name="Footnote_925" id="Footnote_925" href="#FNanchor_925"><span class="label">[925]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et de 1663): ses enchantements.</p> + +<p><a name="Footnote_926" id="Footnote_926" href="#FNanchor_926"><span class="label">[926]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et de 1663): ce n'est pas elle.</p> + +<p><a name="Footnote_927" id="Footnote_927" href="#FNanchor_927"><span class="label">[927]</span></a> Voici de quelle nature est le service dont il s'agit. Égée vient +de consulter l'oracle d'Apollon pour savoir si sa femme, longtemps +stérile, lui donnera enfin des enfants. «Tu ne sais pas, lui dit Médée, +quelle heureuse rencontre tu as faite en moi: je ferai cesser ta +privation d'enfants, et grâce à moi, tu deviendras père d'une nombreuse +postérité; je connais des secrets qui ont cette vertu.» (Euripide, +<i>Médée</i>, vers 712-714.)</p> + +<p><a name="Footnote_928" id="Footnote_928" href="#FNanchor_928"><span class="label">[928]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): auroit demeuré.</p> + +<p><a name="Footnote_929" id="Footnote_929" href="#FNanchor_929"><span class="label">[929]</span></a> Dans le <i>Discours de l'utilité et des parties du poëme dramatique</i>, +tome I, p. 46.</p> + +<p><a name="Footnote_930" id="Footnote_930" href="#FNanchor_930"><span class="label">[930]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et de 1663): et c'est assez.</p> + +<p><a name="Footnote_931" id="Footnote_931" href="#FNanchor_931"><span class="label">[931]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et de 1663): qui tous ont.</p> + +<p><a name="Footnote_932" id="Footnote_932" href="#FNanchor_932"><span class="label">[932]</span></a> <i>Var.</i> Se peut-il faire, ami, qu'ici je vous revoie. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_933" id="Footnote_933" href="#FNanchor_933"><span class="label">[933]</span></a> +<i>Var.</i> Préparez-vous à voir dans peu mon hyménée.<br /> +<span class="smcap">POLL.</span> Quoi! Médée est donc morte à ce compte? <span class="smcap">JAS.</span> Elle vit. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_934" id="Footnote_934" href="#FNanchor_934"><span class="label">[934]</span></a> <i>Var.</i> Mais un objet nouveau la chasse de mon lit. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_935" id="Footnote_935" href="#FNanchor_935"><span class="label">[935]</span></a> Hypsipyle, reine de Lemnos, fille de Thoas. Jason avait eu d'elle deux fils.</p> + +<p><a name="Footnote_936" id="Footnote_936" href="#FNanchor_936"><span class="label">[936]</span></a> +<i>Var.</i> Que former dans son cœur un regret inutile,<br /> +Jeter des cris en l'air, me nommer inconstant?<br /> +Si bon semble à Médée, elle en peut faire autant.<br /> +[Je la quitte à regret, mais je n'ai point d'excuse.] (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_937" id="Footnote_937" href="#FNanchor_937"><span class="label">[937]</span></a> +<i>Var.</i> Me nomma mille fois homme sans conscience:<br /> +Il fallut après tout qu'elle prît patience. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_938" id="Footnote_938" href="#FNanchor_938"><span class="label">[938]</span></a> +<i>Var.</i> C'est donc là cet objet qui vous tient enchaîné? (1639)<br /> +<i>Var.</i> Créuse est donc l'objet qui nous vient d'enflammer? (1644, 52 et 54)</p> + +<p><a name="Footnote_939" id="Footnote_939" href="#FNanchor_939"><span class="label">[939]</span></a> +<i>Var.</i> Sans l'entendre nommer je l'avois deviné. (1639)<br /> +<i>Var.</i> Je l'avois deviné sans l'entendre nommer. (1644-64)</p> + +<p><a name="Footnote_940" id="Footnote_940" href="#FNanchor_940"><span class="label">[940]</span></a> +<i>Var.</i> Et je crois qu'il tiendroit pour un indigne emploi<br /> +De blesser d'autres cœurs que de filles de roi. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_941" id="Footnote_941" href="#FNanchor_941"><span class="label">[941]</span></a> <i>Var.</i> Font bien voir qu'en tous lieux, sans lancer d'autres dards. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_942" id="Footnote_942" href="#FNanchor_942"><span class="label">[942]</span></a> +<i>Var.</i> Et sous quelque climat que le sort me jetât,<br /> +Je serois amoureux par maxime d'État. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_943" id="Footnote_943" href="#FNanchor_943"><span class="label">[943]</span></a> <i>Var.</i> Alors, sans mon amour, qu'étoit votre vaillance? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_944" id="Footnote_944" href="#FNanchor_944"><span class="label">[944]</span></a> +<i>Var.</i> Et que pouvois-je mieux que lui faire la cour,<br /> +Et relever mon sort sur les ailes d'Amour? (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_945" id="Footnote_945" href="#FNanchor_945"><span class="label">[945]</span></a> <i>Var.</i> Son trépas seul me force à cet éloignement. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_946" id="Footnote_946" href="#FNanchor_946"><span class="label">[946]</span></a> <i>Var.</i> Du vieux tyran Pélie elle gagne les filles. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_947" id="Footnote_947" href="#FNanchor_947"><span class="label">[947]</span></a> <i>Var.</i> Médée, après ce coup d'une si belle amorce (1652-57)</p> + +<p><a name="Footnote_948" id="Footnote_948" href="#FNanchor_948"><span class="label">[948]</span></a> +<i>Quid referum Peliæ natus, pietate nocentes?</i><br /> +<span class="i9">(Ovide, <i>Héroides</i>, <span class="smcap">XII</span>, vers 129.)</span></p> + +<p>—Voyez la note <a href="#FNanchor_951">951</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_949" id="Footnote_949" href="#FNanchor_949"><span class="label">[949]</span></a> +<i>Var.</i> Et leur amour crédule, à grands coups de couteau,<br /> +Prodigue ce vieux sang, qui fait place au nouveau. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_950" id="Footnote_950" href="#FNanchor_950"><span class="label">[950]</span></a> +<i>Var.</i> Et refusant ses yeux à conduire sa main,<br /> +N'ose voir les effets de son pieux dessein. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_951" id="Footnote_951" href="#FNanchor_951"><span class="label">[951]</span></a> +<i>His, ut quæque pia est, hortatibus impia prima est,<br /> +Et ne sit scelerata, facit scelus: haud tamen ictus<br /> +Ulla suos spectare potest, oculosque reflectunt,<br /> +Cæcaque dant sævis aversæ vulnera dextris.</i><br /> +<span class="i9">(Ovide, <i>Métamorphoses</i>, livre VII, vers 339-342.</span></p> + +<p>—Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 484, 485; et celle de Sénèque, +vers 475, 476.</p> + +<p><a name="Footnote_952" id="Footnote_952" href="#FNanchor_952"><span class="label">[952]</span></a> <i>Var.</i> L'épouvante les prend, et Médée s'enfuit. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_953" id="Footnote_953" href="#FNanchor_953"><span class="label">[953]</span></a> <i>Var.</i> L'un et l'autre pourtant de honte dissimule. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_954" id="Footnote_954" href="#FNanchor_954"><span class="label">[954]</span></a> <i>Var.</i> La paix s'en alloit faire aux dépens de ma tête. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_955" id="Footnote_955" href="#FNanchor_955"><span class="label">[955]</span></a> <i>Var.</i> Ce mépris insolent des offres d'un grand roi. (1639-68)</p> + +<p><a name="Footnote_956" id="Footnote_956" href="#FNanchor_956"><span class="label">[956]</span></a> <i>Var.</i> Livroit aux mains d'Acaste et ma Médée et moi. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_957" id="Footnote_957" href="#FNanchor_957"><span class="label">[957]</span></a> <i>Var.</i> C'est toujours vers Médée un peu d'ingratitude. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_958" id="Footnote_958" href="#FNanchor_958"><span class="label">[958]</span></a> On lit dans l'édition de 1639: <span class="smcap">JASON</span>, <i>seul</i>, et il n'y a point de distinction +de scène.</p> + +<p><a name="Footnote_959" id="Footnote_959" href="#FNanchor_959"><span class="label">[959]</span></a> <i>Var.</i> Jamais un trouble égal ne confondit mon âme. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_960" id="Footnote_960" href="#FNanchor_960"><span class="label">[960]</span></a> <i>Conte</i>, compte. Voyez tome I, p. 150, note 497.</p> + +<p><a name="Footnote_961" id="Footnote_961" href="#FNanchor_961"><span class="label">[961]</span></a> +<i>Var.</i> J'en fais un ennemi, si je garde ma foi:<br /> +J'ai regret à Médée, et j'adore Créuse. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_962" id="Footnote_962" href="#FNanchor_962"><span class="label">[962]</span></a> L'édition de 1682 porte par erreur:</p> + +<p class="left5">Je vois mon crime en l'une, et l'autre mon excuse.</p> + +<p><a name="Footnote_963" id="Footnote_963" href="#FNanchor_963"><span class="label">[963]</span></a> <i>Var.</i> Mais la voici qui vient: l'éclat d'un tel visage. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_964" id="Footnote_964" href="#FNanchor_964"><span class="label">[964]</span></a> +<i>Var.</i> Que vos dévotions d'une longue souffrance<br /> +Gênent un pauvre amant qui meurt en votre absence! (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_965" id="Footnote_965" href="#FNanchor_965"><span class="label">[965]</span></a> +<i>Var.</i> Je n'avois pourtant rien à demander aux Dieux. (1639-57)<br /> +<i>Var.</i> A nos Dieux toutefois je n'ai rien demandé:<br /> +En me donnant Jason, ils m'ont tout accordé. (1660-64)</p> + +<p><a name="Footnote_966" id="Footnote_966" href="#FNanchor_966"><span class="label">[966]</span></a> <i>Var.</i> Employez-vous pour eux, faites envers un père. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_967" id="Footnote_967" href="#FNanchor_967"><span class="label">[967]</span></a> +<i>Var.</i> J'avois déjà pitié de leur tendre innocence. (1639-68)<br /> +—Toutes les éditions, hormis celle de 1682, donnent, comme on le voit, <i>pitié</i>, +au lieu de <i>parlé</i>; mais cette dernière leçon a été conservée par Thomas Corneille +dans l'impression de 1692.</p> + +<p><a name="Footnote_968" id="Footnote_968" href="#FNanchor_968"><span class="label">[968]</span></a> Racine, dit Voltaire, a imité ce vers dans <i>Phèdre</i> (acte III, scène <span class="smcap">II</span>):</p> + +<p class="left5">Déesse, venge-toi; nos causes sont pareilles.</p> + +<p>La conformité des deux passages est-elle vraiment assez grande pour que l'on +puisse parler d'imitation?</p> + +<p><a name="Footnote_969" id="Footnote_969" href="#FNanchor_969"><span class="label">[969]</span></a> <i>Var.</i> Et vous, troupe savante en mille barbaries. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_970" id="Footnote_970" href="#FNanchor_970"><span class="label">[970]</span></a> <i>Var.</i> Noires sœurs, si jamais notre commerce étroit. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_971" id="Footnote_971" href="#FNanchor_971"><span class="label">[971]</span></a> Il y a <i>serments</i>, pour <i>serpents</i>, dans l'édition de 1682; Thomas Corneille +a corrigé en 1692 cette faute d'impression, qui n'existait point dans les éditions +précédentes. Voyez tome I, <i>Avertissement</i>, p. <span class="smcap">VI.</span></p> + +<p><a name="Footnote_972" id="Footnote_972" href="#FNanchor_972"><span class="label">[972]</span></a> <i>Var.</i> Et m'apportez du fond des antres de Mégère. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_973" id="Footnote_973" href="#FNanchor_973"><span class="label">[973]</span></a> <i>Var.</i> Banni de tous côtés, sans biens et sans appui. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_974" id="Footnote_974" href="#FNanchor_974"><span class="label">[974]</span></a> +<i>Dii conjugales....<br /> +. . . . . . . . . . quosque juravit mihi<br /> +Deos Jason, quosque Medeæ magis<br /> +Fas est precari, noctis æternæ chaos,<br /> +Aversa superis regna, manesque impios<br /> +. . . . . . . . voce non fausta precor:<br /> +Nunc, nunc adeste, sceleris ultrices Deæ,<br /> +Crinem solutis squalidæ serpentibus,<br /> +Atram cruentis manibus amplexæ facem,<br /> +Adeste: thalamis horridæ quondam meis<br /> +Quales stetistis. Conjugi letum novæ,<br /> +Letumque socero et regiæ stirpi date;<br /> +Mihi pejus aliquid, quod precer sponso malum:<br /> +Vivat; per urbes erret ignotas egens,<br /> +Exsul, pavens, invisus, incerti laris:<br /> +Me conjugem optet....</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 1-22.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_975" id="Footnote_975" href="#FNanchor_975"><span class="label">[975]</span></a> <i>Var.</i> Lui font-ils présumer que ma puissance usée. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_976" id="Footnote_976" href="#FNanchor_976"><span class="label">[976]</span></a> +<i>Hæc virgo feci: gravior exsurgat dolor;<br /> +Majora jam me scelera post partus decent.<br /> +Accingere ira, teque in exitium para<br /> +Furore toto: paria narrentur tua<br /> +Repudia thalamis. Quo virum linquis modo?<br /> +Hoc quo secuta es: rumpe jam segnes moras;<br /> +Quæ scelere parta est, scelere linquenda est domus.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 49-55.)</span></p> + +<p>—Voyez aussi vers 904 et suivants:</p> + +<p><span class="i6"><i>. . . . Prolusit dolor</i></span><br /> +<i>Per ista noster, etc.</i></p> + +<p><a name="Footnote_977" id="Footnote_977" href="#FNanchor_977"><span class="label">[977]</span></a> +<i>. . . . . . . Spectat hoc nostri sator<br /> +Sol generis! et spectatur, et curru insidens<br /> +Per solita puri spatia decurrit poli?<br /> +Non redit in ortus, et remetitur diem?<br /> +Da, da per auras curribus patriis vehi:<br /> +Committe habenas, genitor, et flagrantibus<br /> +Ignifera loris tribue moderari juga.<br /> +Gemino Corinthos littori opponens moras,<br /> +Cremata flammis maria committet duo.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 28-36.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_978" id="Footnote_978" href="#FNanchor_978"><span class="label">[978]</span></a> +<i>Var.</i> Corinthe consommée affranchira le reste. (1639)<br /> +<i>Var.</i> Corinthe consumée affranchira le reste. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_979" id="Footnote_979" href="#FNanchor_979"><span class="label">[979]</span></a> +<i>Var.</i> Mon erreur volontaire ajustée à mes vœux<br /> +Arrêtera sur elle un déluge de feux. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_980" id="Footnote_980" href="#FNanchor_980"><span class="label">[980]</span></a> +<i>Var.</i> Il faut l'ensevelir dessous sa propre cendre,<br /> +Et brûler son pays, si bien qu'à l'avenir<br /> +L'isthme n'empêche plus les deux mers de s'unir. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_981" id="Footnote_981" href="#FNanchor_981"><span class="label">[981]</span></a> <i>Var.</i> Et de n'empêcher plus les deux mers de s'unir. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_982" id="Footnote_982" href="#FNanchor_982"><span class="label">[982]</span></a> L'édition de 1682 porte, par une erreur évidente: «d'une haine continue.»</p> + +<p><a name="Footnote_983" id="Footnote_983" href="#FNanchor_983"><span class="label">[983]</span></a> <i>Var.</i> Pour mieux prendre à son point le temps de sa vengeance<a name="FNanchor_983-a" id="FNanchor_983-a" href="#Footnote_983-a" class="fnanchor">[983-a]</a>. (1648-63)</p> + +<p><a name="Footnote_983-a" id="Footnote_983-a" href="#FNanchor_983-a"><span class="label">[983-a]</span></a> <i>Pour</i> est corrigé en <i>peut</i> dans l'<i>errata</i> de l'édition de 1663.</p> + +<p><a name="Footnote_984" id="Footnote_984" href="#FNanchor_984"><span class="label">[984]</span></a> <i>Appas</i>, appât. Voyez tome I, p. 148, note 485.</p> + +<p><a name="Footnote_985" id="Footnote_985" href="#FNanchor_985"><span class="label">[985]</span></a> On lit <i>en des moindres malheurs</i> dans l'édition de 1682, mais c'est probablement +une faute d'impression.</p> + +<p><a name="Footnote_986" id="Footnote_986" href="#FNanchor_986"><span class="label">[986]</span></a> <i>Var.</i> Et n'a point où cacher de si grandes douleurs. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_987" id="Footnote_987" href="#FNanchor_987"><span class="label">[987]</span></a> <i>Var.</i> Et m'offrir pour servante à son nouvel amour? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_988" id="Footnote_988" href="#FNanchor_988"><span class="label">[988]</span></a> <i>Var.</i> Et songez qu'à grand'peine un esprit plus remis. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_989" id="Footnote_989" href="#FNanchor_989"><span class="label">[989]</span></a> +<span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Sile, obsecro, questusque secreto abditos<br /> +Manda dolori. Gravia quisquis vulnera<br /> +Patiente et æquo mutus animo pertulit,<br /> +Referre potuit; ira quæ tegitur nocet;<br /> +Professa perdunt odia vindictæ locum.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Levis est dolor qui capere consilium potest<br /> +Et clepere sese: magna non latitant mala.<br /> +Libet ire contra.</i> <span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Siste furialem impetum<br /> +Alumna: vix te tacita defendit quies.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Fortuna fortes metuit, ignavos premit.</i><br /> +<span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Tunc est probanda si locum virtus habet.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Nunquam potest non esse virtuti locus.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 150-161.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_990" id="Footnote_990" href="#FNanchor_990"><span class="label">[990]</span></a> +<span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Abiere Colchi; conjugis nulla est fides,<br /> +Nihilque superest opibus e tantis tibi.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Medea superest: hic mare et terras vides,<br /> +Ferrumque, et ignes, et Deos, et fulmina.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 164-167.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_991" id="Footnote_991" href="#FNanchor_991"><span class="label">[991]</span></a> <i>Var.</i> Et le sceptre des rois, et le foudre des Dieux. (1639-68)</p> + +<p><a name="Footnote_992" id="Footnote_992" href="#FNanchor_992"><span class="label">[992]</span></a> <i>Var.</i> N'eût point de nos amours étouffé le flambeau. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_993" id="Footnote_993" href="#FNanchor_993"><span class="label">[993]</span></a> +<span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Rex est timendus.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Rex meus fuerat pater.</i> +. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . . . . <span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Profuge.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Pœnituit fugæ.<br /> +Medea fugiam?</i> . . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . . . . <i>Fugiam; at ulciscar prius.</i><br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +<i>Fortuna opes auferre, non animum potest.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 168-176.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_994" id="Footnote_994" href="#FNanchor_994"><span class="label">[994]</span></a> Le mot <i>seule</i> manque dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_995" id="Footnote_995" href="#FNanchor_995"><span class="label">[995]</span></a> <i>Var.</i> Madame.... Elle s'enfuit au lieu de m'écouter. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_996" id="Footnote_996" href="#FNanchor_996"><span class="label">[996]</span></a> <i>Var.</i> Elle court à sa perte, et sa brutale envie. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_997" id="Footnote_997" href="#FNanchor_997"><span class="label">[997]</span></a> +<i>Var.</i> Mon courroux lui fait grâce, et tout léger qu'il est,<br /> +Notre première ardeur soutient son intérêt. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_998" id="Footnote_998" href="#FNanchor_998"><span class="label">[998]</span></a> <i>Var.</i> Il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_999" id="Footnote_999" href="#FNanchor_999"><span class="label">[999]</span></a> Il y a <i>qu'il l'arrache</i> dans l'édition de 1682, mais c'est certainement une +faute d'impression. Il y en a une autre au vers 371: <i>la perte</i>, pour <i>leur perte</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1000" id="Footnote_1000" href="#FNanchor_1000"><span class="label">[1000]</span></a> +. . . . <i>Si potest, vivat meus,<br /> +Ut fuit, Jason; sin minus, vivat tamen,<br /> +Memorque nostri muneri parcat meo.<br /> +Culpa est Creontis tota</i>. . . . . . . .<br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . <i>Petatur solus hic; pœnas luat<br /> +Quas debet.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 140-147.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1001" id="Footnote_1001" href="#FNanchor_1001"><span class="label">[1001]</span></a> Les éditions de 1664, 68 et 82 portent <i>contentez-vous</i>, pour <i>contenez-vous</i>. +Nous avons adopté néanmoins le texte des éditions antérieures, qui offre seul un +sens raisonnable.</p> + +<p><a name="Footnote_1002" id="Footnote_1002" href="#FNanchor_1002"><span class="label">[1002]</span></a> +<span class="smcap">CREON.</span> <i>Medea. . . . . . . . . . . . . .<br /> +Nondum meis exportat e regnis pedem?</i><br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . . <i>Fert gradum contra ferox,<br /> +Minaxque nostros propius affatus petit.<br /> +Arcete, famuli, tactu et accessu procul.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 179-188.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1003" id="Footnote_1003" href="#FNanchor_1003"><span class="label">[1003]</span></a> +<i>Egredere, purga regna</i> . . . . . . .<br /> +. . . . . . . . . . <i>libera cives metu.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 269, 270.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1004" id="Footnote_1004" href="#FNanchor_1004"><span class="label">[1004]</span></a> <i>Var.</i> Vous porte à me chasser avecque tant d'ardeur. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1005" id="Footnote_1005" href="#FNanchor_1005"><span class="label">[1005]</span></a> +. . . . . . . . . . <i>Vade veloci via,<br /> +Monstrumque sævum, horribile jamdudum, avehe.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Quod crimen, aut quæ culpa mulctatur fuga<a name="FNanchor_1005-a" id="FNanchor_1005-a" href="#Footnote_1005-a" class="fnanchor">[1005-a]</a>?</i><br /> +<span class="smcap">CREON.</span> <i>Quæ causa pellat, innocens mulier rogat.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 190-193.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1005-a" id="Footnote_1005-a" href="#FNanchor_1005-a"><span class="label">[1005-a]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 284.</p> + +<p><a name="Footnote_1006" id="Footnote_1006" href="#FNanchor_1006"><span class="label">[1006]</span></a> <i>Var.</i> Repasse tes forfaits avecque tes erreurs. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1007" id="Footnote_1007" href="#FNanchor_1007"><span class="label">[1007]</span></a> <i>Var.</i> Dont tes méchancetés te promettent l'entrée. (1639 et 57)</p> + +<p><a name="Footnote_1008" id="Footnote_1008" href="#FNanchor_1008"><span class="label">[1008]</span></a> L'édition de 1639 donne <i>nous</i>, pour <i>vous</i>; c'est évidemment une faute.</p> + +<p><a name="Footnote_1009" id="Footnote_1009" href="#FNanchor_1009"><span class="label">[1009]</span></a> <i>Var.</i> Bien qu'il eût mille fois mérité son supplice. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1010" id="Footnote_1010" href="#FNanchor_1010"><span class="label">[1010]</span></a> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Qui statuit aliquid parte inaudita altera,<br /> +Æquum licet statuerit, haud æquus fuit.</i><br /> +<span class="smcap">CREON.</span> <i>Auditus a te Pelia supplicium tulit?</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 199-201.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1011" id="Footnote_1011" href="#FNanchor_1011"><span class="label">[1011]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 474-480.</p> + +<p><a name="Footnote_1012" id="Footnote_1012" href="#FNanchor_1012"><span class="label">[1012]</span></a> <i>Var.</i> Contre le laboureur qui les avoit semés. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1013" id="Footnote_1013" href="#FNanchor_1013"><span class="label">[1013]</span></a> <i>Var.</i> Vomissant mille traits de sa gueule enflammée. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1014" id="Footnote_1014" href="#FNanchor_1014"><span class="label">[1014]</span></a> <i>Var.</i> Si lors à mes devoirs mon desir limité. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1015" id="Footnote_1015" href="#FNanchor_1015"><span class="label">[1015]</span></a> <i>Var.</i> Eût conservé ma honte et ma fidélité. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1016" id="Footnote_1016" href="#FNanchor_1016"><span class="label">[1016]</span></a> +<i>Decus illud ingens, Græciæ florem inclitum,<br /> +Præsidia achivæ gentis, et prolem Deum<br /> +Servasse memet: munus est Orpheus meum,<br /> +Qui suxa cantu mulcet et silvas trahit;<br /> +Geminumque munus Castor et Pollux meum est;<br /> +Satique Borea</i> . . . . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . . . . . . <i>Nam ducum taceo ducem,<br /> +Pro quo nihil debetur; hunc nulli imputo:<br /> +Vobis revexi ceteros, unum mihi.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 226-235.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1017" id="Footnote_1017" href="#FNanchor_1017"><span class="label">[1017]</span></a> +. . . . . . . . <i>Si placet, damna ream;<br /> +Sed redde crimen.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 245, 246.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1018" id="Footnote_1018" href="#FNanchor_1018"><span class="label">[1018]</span></a> <i>Var.</i> De me faire coupable et jouir de mon crime? (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1019" id="Footnote_1019" href="#FNanchor_1019"><span class="label">[1019]</span></a> +<span class="smcap">CREON.</span> <i>I, querere Colchis.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Redeo: qui advexit ferat.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 197.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1020" id="Footnote_1020" href="#FNanchor_1020"><span class="label">[1020]</span></a> +. . . . . . . <i>Cur sontes duos<br /> +Distinguis?</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 275, 276.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1021" id="Footnote_1021" href="#FNanchor_1021"><span class="label">[1021]</span></a> +<i>Potest Jason, si tuam causam amoves,<br /> +Suam tueri: nullus innocuum cruor<br /> +Contaminavit; abfuit ferro manus,<br /> +Proculque vestro purus a cœtu stetit.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 262-265.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1022" id="Footnote_1022" href="#FNanchor_1022"><span class="label">[1022]</span></a> <i>Var.</i> La séparant de toi, sa défense est facile. (1657)</p> + +<p><a name="Footnote_1023" id="Footnote_1023" href="#FNanchor_1023"><span class="label">[1023]</span></a> <i>Var.</i> Jamais il n'a prêté sa lame à tes desseins. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1024" id="Footnote_1024" href="#FNanchor_1024"><span class="label">[1024]</span></a> +<i>Var.</i> Rends-lui son innocence en t'éloignant d'ici;<br /> +Emporte avecque toi son crime et mon souci. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1025" id="Footnote_1025" href="#FNanchor_1025"><span class="label">[1025]</span></a> +. . . . . . . . . <i>Letales simul<br /> +Tecum aufer herbas.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 269, 270.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1026" id="Footnote_1026" href="#FNanchor_1026"><span class="label">[1026]</span></a> +<i>Var.</i> Tout ce qui me fait craindre et rend Jason coupable. (1639-57)<br /> +<i>Var.</i> Et tout ce que jamais a fait Jason coupable. (1664)</p> + +<p><a name="Footnote_1027" id="Footnote_1027" href="#FNanchor_1027"><span class="label">[1027]</span></a> <i>Var.</i> C'est à son intérêt que ma savante audace. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1028" id="Footnote_1028" href="#FNanchor_1028"><span class="label">[1028]</span></a> +. . . . . . . <i>Illi Pelia, non nobis jacet.<br /> +Fugam rapinasque adjice, desertum patrem<br /> +Lacerumque fratrem</i>. . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +<i>Toties nocens sum facta, sed nunquam mihi.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 276-280.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1029" id="Footnote_1029" href="#FNanchor_1029"><span class="label">[1029]</span></a> L'édition de 1682 donne, par erreur, <i>le</i>, pour <i>les</i>: «Mais vous le saviez tous.</p> + +<p><a name="Footnote_1030" id="Footnote_1030" href="#FNanchor_1030"><span class="label">[1030]</span></a> +<i>Talem sciebas esse, quum genua attigi,<br /> +Fidemque supplex præsidis dextra petii.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 247, 248.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1031" id="Footnote_1031" href="#FNanchor_1031"><span class="label">[1031]</span></a> +<i>Var.</i> Ma main saignoit encor du meurtre de Pélie,<br /> +Quand dessous votre foi vous m'avez recueillie,<br /> +Et votre cœur, sensible à la compassion. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1032" id="Footnote_1032" href="#FNanchor_1032"><span class="label">[1032]</span></a> Voyez plus loin, acte III, scène <span class="smcap">III</span>, p. <a href="#Page_383">383</a>, note 1091.</p> + +<p><a name="Footnote_1033" id="Footnote_1033" href="#FNanchor_1033"><span class="label">[1033]</span></a> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Supplex recedens illud extremum precor,<br /> +Ne culpa natos matris insontes trahat.</i><br /> +<span class="smcap">CREON.</span> <i>Vade, hos paterno, ut genitor, excipiam sinu.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 282-284.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1034" id="Footnote_1034" href="#FNanchor_1034"><span class="label">[1034]</span></a> <i>Var.</i> Si Créuse et Jason ainsi l'ont ordonné. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1035" id="Footnote_1035" href="#FNanchor_1035"><span class="label">[1035]</span></a> +<i>Unus parando dabitur exsilio dies.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 295.)</span></p> + +<p>—Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 359.</p> + +<p><a name="Footnote_1036" id="Footnote_1036" href="#FNanchor_1036"><span class="label">[1036]</span></a> Voyez plus loin la note du vers 834. (n. <a href="#FNanchor_1088">1088</a>)</p> + +<p><a name="Footnote_1037" id="Footnote_1037" href="#FNanchor_1037"><span class="label">[1037]</span></a> <i>Var.</i> Sa contestation se rendroit éternelle. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1038" id="Footnote_1038" href="#FNanchor_1038"><span class="label">[1038]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1039" id="Footnote_1039" href="#FNanchor_1039"><span class="label">[1039]</span></a> Les éditions de 1639-48 portent <i>submission</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1040" id="Footnote_1040" href="#FNanchor_1040"><span class="label">[1040]</span></a> +<i>Var.</i> Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerre,<br /> +Ma fille : c'est demain qu'elle sort de ma terre. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1041" id="Footnote_1041" href="#FNanchor_1041"><span class="label">[1041]</span></a> <i>Var.</i> Je ne crois pas, Monsieur, que ce vieux roi d'Athènes. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1042" id="Footnote_1042" href="#FNanchor_1042"><span class="label">[1042]</span></a> <i>Var.</i> Que ses premiers bouillons s'apaisent aisément. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1043" id="Footnote_1043" href="#FNanchor_1043"><span class="label">[1043]</span></a> Dans l'édition de 1682, on a imprimé par erreur: «dont l'âge un peu +sortable.»—Au vers 532, il y a une autre faute: «Nous savons,» pour «Nous +saurons.»</p> + +<p><a name="Footnote_1044" id="Footnote_1044" href="#FNanchor_1044"><span class="label">[1044]</span></a> +<i>Var.</i> Et si dans sa colère il demeuroit entier,<br /> +Ma princesse, en tout cas, nous sommes du métier. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1045" id="Footnote_1045" href="#FNanchor_1045"><span class="label">[1045]</span></a> <i>Var.</i> Ne sont que trop bastants à ranger sa folie. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1046" id="Footnote_1046" href="#FNanchor_1046"><span class="label">[1046]</span></a> +<i>Var.</i> Mais on ne traite point les rois avec mépris;<br /> +On leur doit du respect, quoi qu'ils aient entrepris:<br /> +Remets, si tu le veux, sur moi toute l'affaire;<br /> +Quelques raisons d'État le pourront satisfaire,<br /> +Et pour m'y préparer plus de facilité,<br /> +Surtout ne le reçois qu'avec civilité. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1047" id="Footnote_1047" href="#FNanchor_1047"><span class="label">[1047]</span></a> <i>Var.</i> Qu'on la prenne en ses mains afin de vous l'offrir. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1048" id="Footnote_1048" href="#FNanchor_1048"><span class="label">[1048]</span></a> Les éditions de 1639-52 et de 1657 portent <i>ses</i>, pour <i>ces</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1049" id="Footnote_1049" href="#FNanchor_1049"><span class="label">[1049]</span></a> +<i>Var.</i> Pour elle, vous savez que je fuis ses approches:<br /> +Je ne m'expose point à ses vaines reproches. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1050" id="Footnote_1050" href="#FNanchor_1050"><span class="label">[1050]</span></a> <i>Var.</i> Or jugez à quel point iroient mes déplaisirs. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1051" id="Footnote_1051" href="#FNanchor_1051"><span class="label">[1051]</span></a> <i>Var.</i> Que malgré notre amour je vous quitte un moment. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1052" id="Footnote_1052" href="#FNanchor_1052"><span class="label">[1052]</span></a> On lit <i>augmentera</i>, pour <i>augmenteroit</i>, dans l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_1053" id="Footnote_1053" href="#FNanchor_1053"><span class="label">[1053]</span></a> Ce personnage est emprunté à Euripide, mais c'est Corneille qui a eu la +fâcheuse idée d'en faire le futur de Créuse et au besoin de Médée. Voyez +plus haut l'<i>Examen</i>, p. <a href="#Page_335">335</a> et <a href="#Page_336">336</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_1054" id="Footnote_1054" href="#FNanchor_1054"><span class="label">[1054]</span></a> <i>Var.</i> Par ce honteux hymen, de l'arrêt de ma mort. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1055" id="Footnote_1055" href="#FNanchor_1055"><span class="label">[1055]</span></a> L'édition de 1682 porte <i>ajuster</i>, pour <i>ajouter</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1056" id="Footnote_1056" href="#FNanchor_1056"><span class="label">[1056]</span></a> Voyez plus haut la Notice sur <i>la Comédie des Tuileries</i>, p. <a href="#Page_308">308</a> et <a href="#Page_309">309</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_1057" id="Footnote_1057" href="#FNanchor_1057"><span class="label">[1057]</span></a> <i>Var.</i> Que bien que vous m'aimez, je me donne à Jason. (1663-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1058" id="Footnote_1058" href="#FNanchor_1058"><span class="label">[1058]</span></a> <i>Var.</i> Quand on connoît sa faute, on pèche doublement. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1059" id="Footnote_1059" href="#FNanchor_1059"><span class="label">[1059]</span></a> +<i>Var.</i> Puis donc que vous trouvez ma faute inexcusable. (1639, 44 et 52-57)<br /> +<i>Var.</i> Puisque vous trouvez donc ma faute inexcusable. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_1060" id="Footnote_1060" href="#FNanchor_1060"><span class="label">[1060]</span></a> <i>Var.</i> Je ne veux plus, Monsieur, me confesser coupable. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1061" id="Footnote_1061" href="#FNanchor_1061"><span class="label">[1061]</span></a> <i>Var.</i> Et sans le posséder suis-je pas déjà reine? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1062" id="Footnote_1062" href="#FNanchor_1062"><span class="label">[1062]</span></a> +<i>Var.</i> [Que le bien de l'État, mon pays et mon père.]<br /> +<span>ÆGÉE.</span> Puisque mon mauvais sort à ce point me réduit,<br /> +Qu'au lieu de me servir, ma couronne me nuit,<br /> +Pour divertir l'effet de ce funeste oracle,<br /> +Je dépose à vos pieds ce précieux obstacle:<br /> +Madame, à mes sujets donnez un autre roi,<br /> +De tout ce que je suis ne retenez que moi.<br /> +Allez, sceptre, grandeurs, majesté, diadème:<br /> +Votre odieux éclat déplaît à ce que j'aime;<br /> +Je hais ce nom de roi qui s'oppose à mes vœux,<br /> +Et le titre d'esclave est le seul que je veux.<br /> +<span class="smcap">CRÉUSE.</span> Sans plus vous emporter à cette complaisance,<br /> +Perdez mon souvenir avecque ma présence,<br /> +Et puisque mes raisons ont si peu de pouvoir,<br /> +Que votre émotion se redouble à me voir,<br /> +[Afin de redonner le repos à votre âme.] (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1063" id="Footnote_1063" href="#FNanchor_1063"><span class="label">[1063]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur: «tout amour,» pour «ton amour.»</p> + +<p><a name="Footnote_1064" id="Footnote_1064" href="#FNanchor_1064"><span class="label">[1064]</span></a> +<i>Var.</i> [Et le jour de sa fuite est celui de ta mort.]<br /> +Celle qui de son fils saoula le roi de Thrace<br /> +Eut bien moins que Médée et de rage et d'audace.<br /> +Seule égale à soi-même en sa vaste fureur,<br /> +Ses projets les plus doux me font trembler d'horreur.<br /> +[Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre.] (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1065" id="Footnote_1065" href="#FNanchor_1065"><span class="label">[1065]</span></a> +<i>Var.</i> Ma peur me fait fidèle et tâche d'avancer<br /> +Les desseins que je veux et n'ose traverser. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1066" id="Footnote_1066" href="#FNanchor_1066"><span class="label">[1066]</span></a> <i>Var.</i> Nérine, eh bien! que fait notre pauvre exilée? (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1067" id="Footnote_1067" href="#FNanchor_1067"><span class="label">[1067]</span></a> +<i>Var.</i> Tes sages entretiens l'ont-ils point consolée?<br /> +Ne peut-elle céder à la nécessité?<br /> +<span class="smcap">NÉR.</span> Elle a bien refroidi son animosité. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1068" id="Footnote_1068" href="#FNanchor_1068"><span class="label">[1068]</span></a> Les éditions de 1663-82, au lieu de <i>vous</i>, portent <i>nous</i>, qui n'offre point +ici un sens satisfaisant. Thomas Corneille a rétabli le <i>vous</i> en 1692.</p> + +<p><a name="Footnote_1069" id="Footnote_1069" href="#FNanchor_1069"><span class="label">[1069]</span></a> <i>En</i> est omis dans l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_1070" id="Footnote_1070" href="#FNanchor_1070"><span class="label">[1070]</span></a> <i>Var.</i> Pouvoit laisser agir sa libéralité. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_1071" id="Footnote_1071" href="#FNanchor_1071"><span class="label">[1071]</span></a> <i>Var.</i> Qu'elle voulût partir avec ses bonnes grâces. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_1072" id="Footnote_1072" href="#FNanchor_1072"><span class="label">[1072]</span></a> On lit <i>cet offre</i>, pour <i>cette offre</i>, dans les éditions de 1663-82; mais la +fin du vers: «et par <i>elle</i> j'espère,» montre que c'est une faute.</p> + +<p><a name="Footnote_1073" id="Footnote_1073" href="#FNanchor_1073"><span class="label">[1073]</span></a> On a imprimé <i>trop</i>, pour <i>tôt</i>, dans l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_1074" id="Footnote_1074" href="#FNanchor_1074"><span class="label">[1074]</span></a> +<i>Var.</i> [Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé;]<br /> +Mais puis-je m'assurer dessus ta confidence?<br /> +Oui, de trop longue main je connois ta prudence.<br /> +On a banni Médée, et Créon tout d'un temps<br /> +Joignoit à son exil celui de ses enfants:<br /> +[La pitié de Créuse a tant fait vers son père.] (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1075" id="Footnote_1075" href="#FNanchor_1075"><span class="label">[1075]</span></a> <i>Var.</i> Qu'ils n'auront point de part aux malheurs de leur mère. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1076" id="Footnote_1076" href="#FNanchor_1076"><span class="label">[1076]</span></a> +<i>Var.</i> Elle peut aisément d'une chose inutile<br /> +Semer pour sa retraite une terre fertile. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1077" id="Footnote_1077" href="#FNanchor_1077"><span class="label">[1077]</span></a> <i>Var.</i> Puisqu'à mon seul aspect je la vois qui s'irrite<a name="FNanchor_1077-a" id="FNanchor_1077-a" href="#Footnote_1077-a" class="fnanchor">[1077-a]</a>. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1077-a" id="Footnote_1077-a" href="#FNanchor_1077-a"><span class="label">[1077-a]</span></a> +<i>Atque ecce, viso memet, exsiluit, furit.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 445.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1078" id="Footnote_1078" href="#FNanchor_1078"><span class="label">[1078]</span></a> + +<i>Fugimus, Iason, fugimus: hoc non est novum,<br /> +Mutare sedes; causa fugiendi nova est.<br /> +Pro te solebam fugere. Discedo, exeo.<br /> +Penatibus profugere quam cogis tuis,<br /> +Ad quos remittis? Phasin et Colchos petam,<br /> +Patriumque regnum, quæque fraternus cruor<br /> +Perfudit arva?</i> . . . . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +<i>Parvamne Iolcon, Thessala an Tempe petam?<br /> +Quascumque aperui tibi vias, clusi mihi.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 447-458.)</span></p> + +<p>—Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 390-392 et vers 361-365.</p> + +<p><a name="Footnote_1079" id="Footnote_1079" href="#FNanchor_1079"><span class="label">[1079]</span></a> +. . . . . . . . . <i>Ingratum caput!<br /> +Revolvat animus igneos tauri halitus</i>,<br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +<i>Hostisque subiti tela, quum jussu meo<br /> +Terrigena miles mutua cæde occidit</i>,<br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +<i>Somnoque jussum lumina ignoto dare<br /> +Insomne monstrum.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 465-473.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1080" id="Footnote_1080" href="#FNanchor_1080"><span class="label">[1080]</span></a> <i>Var.</i> Qu'ai-je épargné depuis qui fût à mon pouvoir? (1652-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1081" id="Footnote_1081" href="#FNanchor_1081"><span class="label">[1081]</span></a> +. . . . . . . . . . . . <i>Comes<br /> +Divisus ense, funus ingestum patri,<br /> +Sparsumque ponto corpus....</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 131-133.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1082" id="Footnote_1082" href="#FNanchor_1082"><span class="label">[1082]</span></a> <i>Var.</i> A cet objet piteux épandu sur les eaux. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1083" id="Footnote_1083" href="#FNanchor_1083"><span class="label">[1083]</span></a> <i>Var.</i> Bourrelle de mon sang, honte de ma famille. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1084" id="Footnote_1084" href="#FNanchor_1084"><span class="label">[1084]</span></a> <i>Var.</i> Sous un même tombeau se vit ensevelie. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1085" id="Footnote_1085" href="#FNanchor_1085"><span class="label">[1085]</span></a> +. . . . . . . <i>Non timor vincit virum,<br /> +Sed trepida pietas; quippe sequeretur necem<br /> +Proles parentum. . . . . . . . . . . . . .<br /> +Nati patrem vicere.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 437-441.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1086" id="Footnote_1086" href="#FNanchor_1086"><span class="label">[1086]</span></a> <i>Var.</i> Où le soin que j'ai d'eux me range à toute force. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1087" id="Footnote_1087" href="#FNanchor_1087"><span class="label">[1087]</span></a> +<i>Perimere quum te vellet infestus Creo,<br /> +Lacrimis meis evictus, exsilium dedit.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 490, 491.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1088" id="Footnote_1088" href="#FNanchor_1088"><span class="label">[1088]</span></a> +<i>Pœnam putabam; munus, ut video, est fuga.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 492.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1089" id="Footnote_1089" href="#FNanchor_1089"><span class="label">[1089]</span></a> <i>Var.</i> Si tu la hais si fort, pourquoi la gardes-tu? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1090" id="Footnote_1090" href="#FNanchor_1090"><span class="label">[1090]</span></a> <i>Var.</i> Les neveux de Sisyphe avec ceux du Soleil. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1091" id="Footnote_1091" href="#FNanchor_1091"><span class="label">[1091]</span></a> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Dum licet abire, profuge, teque hinc eripe:</i><br /> +<i>Gravis ira regum est semper.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Hoc suades mihi,</i><br /> +<i>Præstas Creusæ: pellicem invisam amoves.</i><br /> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Medea amores obicit?</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Et cædem, et dolos.</i><br /> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Objicere crimen quod potes tandem mihi?</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Quodcumque feci.</i> <span class="smcap">JASON.</span> <i>Restat hoc unum insuper</i>,<br /> +<i>Tuis ut etiam sceleribus fiam nocens.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Tua illa, tua sunt illa: cui prodest scelus</i><br /> +<i>Is fecit. Omnes conjugem infamem arguant</i>;<br /> +<i>Solus tuere, solus insontem voca</i>:<br /> +<i>Tibi innocens sit, quisquis est pro te nocens</i><a name="FNanchor_1091-a" id="FNanchor_1091-a" href="#Footnote_1091-a" class="fnanchor">[1091-a]</a>.<br /> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Ingrata vita est cujus acceptæ pudet.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Retinenda non est cujus acceptæ pudet.</i><br /> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Quin potius ira concitum pectus doma</i>:<br /> +<i>Placare natis.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Abdico, ejuro, abnuo.</i><br /> +<i>Meis Creusa liberis fratres dabit?</i><br /> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Regina natis exsulum, afflictis potens.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Non veniat unquam tam malus miseris dies</i><br /> +<i>Qui prole fœda misceat prolem inclitam:</i><br /> +<i>Phœbi nepotes Sisyphi nepotibus.</i><br /> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Quid, misera, meque teque in exitium trahis?</i><br /> +<i>Abscede, quæso.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 493-514.)</span></p> + +<p>—Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 408-410 et 564, 565.</p> + +<p><a name="Footnote_1091-a" id="Footnote_1091-a" href="#FNanchor_1091-a"><span class="label">[1091-a]</span></a> Médée dit de même à Jason dans Ovide:</p> + +<p><i>Ut culpent alii, tibi me laudare necesse est</i>,<br /> +<span class="i1"><i>Pro quo sum toties esse coacta nocens.</i></span><br /> +<span class="i9">(<i>Héroides</i>, <span class="smcap">XII</span>, vers 131, 132.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1092" id="Footnote_1092" href="#FNanchor_1092"><span class="label">[1092]</span></a> +. . . . . <span class="smcap">JASON.</span> <i>Cedo defessus malis;<br /> +Et ipsa casus sæpe jam expertos time.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Fortuna semper omnis infra me stetit.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 518-520.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1093" id="Footnote_1093" href="#FNanchor_1093"><span class="label">[1093]</span></a> +<i>Var.</i> [Tu masques tes desirs d'un faux titre de crainte:]<br /> +Un sceptre pour ton change a seul de vrais appas.<br /> +<span class="smcap">JAS.</span> Vois l'état où je suis: j'ai deux rois sur les bras,<br /> +Acaste à la campagne, et Créon dans la ville:<br /> +Que leur puis-je opposer qu'un courage inutile?<br /> +<span class="smcap">MÉD.</span> Fuis-les tous deux pour moi; suis Médée à ton tour;<br /> +Sauve ton innocence avecque ton amour;<br /> +Fais-les, je n'arme pas ta dextre sanguinaire<br /> +Ni contre ton parent, ni contre ton beau-père.<br /> +<span class="smcap">JAS.</span> [Qui leur résistera, s'ils viennent à s'unir?] (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1094" id="Footnote_1094" href="#FNanchor_1094"><span class="label">[1094]</span></a> + +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Alta extimesco sceptra.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Ne cupias vide.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 529)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1095" id="Footnote_1095" href="#FNanchor_1095"><span class="label">[1095]</span></a> Les éditions de 1639, de 1644 et de 1652-64 ponctuent ainsi ce vers et +le suivant:</p> + +<p class="left5">Qui me résistera si je te veux punir?<br /> +Déloyal, auprès d'eux crains-tu si peu Médée?</p> + +<p><a name="Footnote_1096" id="Footnote_1096" href="#FNanchor_1096"><span class="label">[1096]</span></a> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Acastus instat; propior est hostis Creo.</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Utrumque profuge</i>. . . . . . . . . .<br /> +. . . . . . . . . . . . . . <i>Innocens mecum fuge.</i><br /> +<span class="smcap">JASON.</span> <i>Et quis resistet, gemina si bella ingruant,<br /> +Creo atque Acastus arma si jungant sua?</i><br /> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>His adice Colchos, adjice Æten ducem,<br /> +Scythas Pelasgis junge: demersos dabo.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 521-528.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1097" id="Footnote_1097" href="#FNanchor_1097"><span class="label">[1097]</span></a> +<i>Var.</i> [La flamme m'obéit, et je commande aux eaux:]<br /> +Et je ne puis chasser le feu qui me consomme,<br /> +Ni toucher tant soit peu les volontés d'un homme! (1639)</p> + +<p class="left5"><a name="Footnote_1098" id="Footnote_1098" href="#FNanchor_1098"><span class="label">[1098]</span></a> +Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté,</p> + +<p>n'est point imité de Sénèque; et Racine en cet endroit s'est rencontré avec +Corneille, quand il fait dire à Roxane:</p> + +<p class="left5">Écoutez, Bajazet, je sens que je vous aime, etc.<br /> +<span class="i9">(<i>Bajazet</i>, acte II, scène <span class="smcap">I</span>.)</span></p> + +<p>La situation et la passion amènent souvent des sentiments et des expressions +qui se ressemblent sans qu'elles soient imitées. (Voltaire.)</p> + +<p><a name="Footnote_1099" id="Footnote_1099" href="#FNanchor_1099"><span class="label">[1099]</span></a> +. . . . . . . <i>Liberos tantum fugæ<br /> +Habere comites liceat.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 541, 542.)</span></p> + +<p>—Dans Euripide, au contraire (vers 929, 930), Médée demande pour ses +enfants la faveur de rester à Corinthe.</p> + +<p><a name="Footnote_1100" id="Footnote_1100" href="#FNanchor_1100"><span class="label">[1100]</span></a> +<i>Parere precibus cupere me fateor tuis:<br /> +Pietas vetat; namque istud ut possim pati,<br /> +Non ipse memet cogat et rex et socer.</i><br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . . . . . . <i>Spiritu citius queam<br /> +Carere, membris, luce.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 544-549.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1101" id="Footnote_1101" href="#FNanchor_1101"><span class="label">[1101]</span></a> <i>Var.</i> Seule eût de notre hymen rompu les chastes nœuds. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1102" id="Footnote_1102" href="#FNanchor_1102"><span class="label">[1102]</span></a> <i>Var.</i> Qu'élancent des grands Dieux les plus âpres colères. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1103" id="Footnote_1103" href="#FNanchor_1103"><span class="label">[1103]</span></a> +. . . . . . . . . <i>Sic natos amat?<br /> +Bene est: tenetur. Vulneri patuit locus.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 549, 550.)</span></p> + +<p>—Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 813.</p> + +<p><a name="Footnote_1104" id="Footnote_1104" href="#FNanchor_1104"><span class="label">[1104]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 1036, 1037.</p> + +<p><a name="Footnote_1105" id="Footnote_1105" href="#FNanchor_1105"><span class="label">[1105]</span></a> <i>Var.</i> Si je vous ai rien dit contre la vérité! (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1106" id="Footnote_1106" href="#FNanchor_1106"><span class="label">[1106]</span></a> Les mots: <i>dans sa grotte magique</i>, ne se trouvent pas dans l'édition +de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1107" id="Footnote_1107" href="#FNanchor_1107"><span class="label">[1107]</span></a> Ce jeu de scène manque aussi dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1108" id="Footnote_1108" href="#FNanchor_1108"><span class="label">[1108]</span></a> L'édition de 1682 a seule ici <i>clameurs</i>, au lieu de <i>charmes</i>. C'est sans +doute encore une erreur typographique.</p> + +<p><a name="Footnote_1109" id="Footnote_1109" href="#FNanchor_1109"><span class="label">[1109]</span></a> <i>Var.</i> Sur ce présent fatal ont déchargé leurs pestes. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1110" id="Footnote_1110" href="#FNanchor_1110"><span class="label">[1110]</span></a> Par une erreur générale et difficile à expliquer, toutes les éditions, excepté +celles de 1639-48 et de 1657, portent: «Vois mille <i>autre</i> venins.»</p> + +<p><a name="Footnote_1111" id="Footnote_1111" href="#FNanchor_1111"><span class="label">[1111]</span></a> +<i>Vectoris istic perfidi sanguis inest</i><br /> +<span class="i2"><i>Quem Nessus exspirans dedit.</i></span><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 775, 776.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1112" id="Footnote_1112" href="#FNanchor_1112"><span class="label">[1112]</span></a> Aujourd'hui, la première syllabe de ce mot est aspirée.</p> + +<p><a name="Footnote_1113" id="Footnote_1113" href="#FNanchor_1113"><span class="label">[1113]</span></a> +<i>Reliquit istas invio plumas specu</i><br /> +<span class="i1"><i>Harpyia, dum Zeten fugit.</i></span><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 781, 782.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1114" id="Footnote_1114" href="#FNanchor_1114"><span class="label">[1114]</span></a> +<i>Piæ sororis, impiæ matris facem</i><br /> +<span class="i2"><i>Ultricis Altlææ vides.</i></span><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 779, 780.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1115" id="Footnote_1115" href="#FNanchor_1115"><span class="label">[1115]</span></a> +<i>Dedit et tenui sulfure tectos<br /> +Mulciter ignes; et vivacis<br /> +Fulgura flammæ de cognato<br /> +Phaethonte tuli</i>. . . . . .<br /> +. . . . . . . . . . . . . .<br /> +<i>Habeo flammas usto tauri<br /> +Gutture raptas.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 824-830.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1116" id="Footnote_1116" href="#FNanchor_1116"><span class="label">[1116]</span></a> <i>Déceptif</i>, trompeur.</p> + +<p><a name="Footnote_1117" id="Footnote_1117" href="#FNanchor_1117"><span class="label">[1117]</span></a> +<i>Var.</i> Les traîtres apprendront à se jouer à moi.<br /> +Mais d'où provient ce bruit dans le palais du Roi? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1118" id="Footnote_1118" href="#FNanchor_1118"><span class="label">[1118]</span></a> +<i>Var.</i> Ce généreux vieillard, indigné que ses feux<br /> +Près de votre rivale aient perdu tant de vœux. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1119" id="Footnote_1119" href="#FNanchor_1119"><span class="label">[1119]</span></a> <i>Var.</i> Le suit dans ce dessein; Créuse en est saisie. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1120" id="Footnote_1120" href="#FNanchor_1120"><span class="label">[1120]</span></a> <i>Var.</i> J'en devine la fin, mon traître l'a sauvée. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1121" id="Footnote_1121" href="#FNanchor_1121"><span class="label">[1121]</span></a> <i>Var.</i> Vois-tu pas qu'en l'ouvrant je m'ouvre une retraite. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1122" id="Footnote_1122" href="#FNanchor_1122"><span class="label">[1122]</span></a> +<i>Var.</i> Et que brisant ses fers, cette obligation<br /> +Engage sa couronne à ma protection. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1123" id="Footnote_1123" href="#FNanchor_1123"><span class="label">[1123]</span></a> <i>Var.</i> C'est vous dont le courage, et la force, et l'adresse. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1124" id="Footnote_1124" href="#FNanchor_1124"><span class="label">[1124]</span></a> +<i>Var.</i> Et vous voyant faucher ces têtes criminelles,<br /> +[J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles.]<br /> +Qui pourroit reculer en combattant sous vous,<br /> +Et qui n'auroit du cœur à seconder vos coups? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1125" id="Footnote_1125" href="#FNanchor_1125"><span class="label">[1125]</span></a> +<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Quæ fraus timeri tempore exiguo potest?</i><br /> +<span class="smcap">CREON.</span> <i>Nullum ad nocendum tempus angustum est malis.</i><br /> +<span class="i9">Sénèque, <i>Médée</i>, vers 291, 292.)</span></p> + +<p>—Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 359, 360.</p> + +<p><a name="Footnote_1126" id="Footnote_1126" href="#FNanchor_1126"><span class="label">[1126]</span></a> Voyez tome I, p. 205, note 687.</p> + +<p><a name="Footnote_1127" id="Footnote_1127" href="#FNanchor_1127"><span class="label">[1127]</span></a> +<i>Var.</i> Que font nos amoureux, Cléone? <span class="smcap">CLÉONE.</span> La princesse,<br /> +Sire, auprès de Jason reprend son allégresse. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1128" id="Footnote_1128" href="#FNanchor_1128"><span class="label">[1128]</span></a> Il y a <i>ces</i>, au lieu de <i>ses</i>, dans l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_1129" id="Footnote_1129" href="#FNanchor_1129"><span class="label">[1129]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> de Sénèque, vers 570-572 et 843-847.</p> + +<p><a name="Footnote_1130" id="Footnote_1130" href="#FNanchor_1130"><span class="label">[1130]</span></a> C'est une imitation de ce passage bien connu, de Virgile (<i>Énéide</i>, livre I, +vers 49):</p> + +<p class="left5">.... <i>Timeo Danaos, et dona ferentes.</i></p> + +<p><a name="Footnote_1131" id="Footnote_1131" href="#FNanchor_1131"><span class="label">[1131]</span></a> <i>Var.</i> Nous peuvent-ils laisser quelques sortes d'ombrages? (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_1132" id="Footnote_1132" href="#FNanchor_1132"><span class="label">[1132]</span></a> <i>Var.</i> Sire, renvoyez-lui ce don pernicieux. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1133" id="Footnote_1133" href="#FNanchor_1133"><span class="label">[1133]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il est en prison.</i> (1663, en marge.)—Au-dessous du nom du personnage, +on lit en titre, dans les éditions de 1639-57: <span class="smcap">STANCES</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_1134" id="Footnote_1134" href="#FNanchor_1134"><span class="label">[1134]</span></a> +<i>Var.</i>Dont auparavant mon amour<br /> +Les sceptres étoient incapables. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1135" id="Footnote_1135" href="#FNanchor_1135"><span class="label">[1135]</span></a> <i>Var.</i> C'est mourir, à mon gré, beaucoup plus d'une fois. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1136" id="Footnote_1136" href="#FNanchor_1136"><span class="label">[1136]</span></a> <i>Var.</i> Pauvre prince, l'on te méprise. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1137" id="Footnote_1137" href="#FNanchor_1137"><span class="label">[1137]</span></a> <i>Var.</i> L'autre te va coûter ta vie et ton État. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_1138" id="Footnote_1138" href="#FNanchor_1138"><span class="label">[1138]</span></a> <i>Var.</i> Vu qu'à bien comparer mes fers avec ma flamme. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1139" id="Footnote_1139" href="#FNanchor_1139"><span class="label">[1139]</span></a> <i>Var.</i> <span>ÆGÉE, MÉDÉE, NÉRINE.</span> (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1140" id="Footnote_1140" href="#FNanchor_1140"><span class="label">[1140]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1141" id="Footnote_1141" href="#FNanchor_1141"><span class="label">[1141]</span></a> <i>Var.</i> Ces portes ne sont pas pour tenir contre moi. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1142" id="Footnote_1142" href="#FNanchor_1142"><span class="label">[1142]</span></a> <i>Var.</i> Je dois et l'un et l'autre à qui brise mes chaînes. (1639-48)</p> + +<p><a name="Footnote_1143" id="Footnote_1143" href="#FNanchor_1143"><span class="label">[1143]</span></a> +<i>Var.</i> Votre divin secours me tire de danger,<br /> +Mais je n'en veux sortir qu'afin de vous venger:<br /> +Madame, si jamais avec votre assistance<br /> +Je puis toucher les lieux de mon obéissance. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1144" id="Footnote_1144" href="#FNanchor_1144"><span class="label">[1144]</span></a> <i>Var.</i> Jusque dessus ces murs planter mes pavillons. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1145" id="Footnote_1145" href="#FNanchor_1145"><span class="label">[1145]</span></a> <i>Var.</i> Étouffe les devoirs de ma reconnoissance? (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1146" id="Footnote_1146" href="#FNanchor_1146"><span class="label">[1146]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 709.</p> + +<p><a name="Footnote_1147" id="Footnote_1147" href="#FNanchor_1147"><span class="label">[1147]</span></a> Voyez la remarque de Corneille sur ce passage, tome I, p. 107.</p> + +<p><a name="Footnote_1148" id="Footnote_1148" href="#FNanchor_1148"><span class="label">[1148]</span></a> <i>Var.</i> Nérine devant vous portera ce flambeau. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1149" id="Footnote_1149" href="#FNanchor_1149"><span class="label">[1149]</span></a> +<i>Var.</i> Et me donner bientôt l'honneur de vous revoir<a name="FNanchor_1149-a" id="FNanchor_1149-a" href="#Footnote_1149-a" class="fnanchor">[1149-a]</a>!<br /> +<span class="smcap">MÉD.</span> Auparavant que vous je serai dans Athènes;<br /> +Cependant, pour loyer de ces légères peines<a name="FNanchor_1149-b" id="FNanchor_1149-b" href="#Footnote_1149-b" class="fnanchor">[1149-b]</a>,<br /> +Ayez soin de Nérine, et songez seulement<br /> +Qu'en elle vous pouvez m'obliger puissamment<a name="FNanchor_1149-c" id="FNanchor_1149-c" href="#Footnote_1149-c" class="fnanchor">[1149-c]</a>. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1149-a" id="Footnote_1149-a" href="#FNanchor_1149-a"><span class="label">[1149-a]</span></a> Ce premier vers de la variante se trouve dans les éditions de 1639-64.</p> + +<p><a name="Footnote_1149-b" id="Footnote_1149-b" href="#FNanchor_1149-b"><span class="label">[1149]-b</span></a> Cependant, pour le prix de ces légères peines. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1149-c" id="Footnote_1149-c" href="#FNanchor_1149-c"><span class="label">[1149]-c</span></a> Ce dernier vers termine l'acte dans les éditions indiquées.</p> + +<p><a name="Footnote_1150" id="Footnote_1150" href="#FNanchor_1150"><span class="label">[1150]</span></a> Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1151" id="Footnote_1151" href="#FNanchor_1151"><span class="label">[1151]</span></a> Dans l'édition de 1692, Thomas Corneille a remplacé <i>attireront</i> par <i>t'attireront</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1152" id="Footnote_1152" href="#FNanchor_1152"><span class="label">[1152]</span></a> +<i>Var.</i> [Dépêche, ou ces longueurs attireront ma haine.]<br /> +Ma verge, qui déjà t'empêche de courir,<br /> +N'a que trop de vertu pour te faire mourir.<br /> +Garde-toi seulement d'irriter ma colère.<br /> +Et pense que ta mort dépend de me déplaire.<br /> +<span class="smcap">THEUD.</span> Apprenez un effet le plus prodigieux. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1153" id="Footnote_1153" href="#FNanchor_1153"><span class="label">[1153]</span></a> <i>Var.</i> Cette pauvre princesse à peine l'a vêtue. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1154" id="Footnote_1154" href="#FNanchor_1154"><span class="label">[1154]</span></a> Il y a <i>s'y jette</i>, au singulier, dans l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_1155" id="Footnote_1155" href="#FNanchor_1155"><span class="label">[1155]</span></a> +<i>Var.</i> Qui veut les dépouiller, eux-mêmes les déchire,<br /> +Et l'aide qu'on leur donne est un nouveau martyre. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1156" id="Footnote_1156" href="#FNanchor_1156"><span class="label">[1156]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 1207, 1208.</p> + +<p><a name="Footnote_1157" id="Footnote_1157" href="#FNanchor_1157"><span class="label">[1157]</span></a> +<i>Var.</i> A convoyer Pollux hors des murs de la ville,<br /> +Qui court à grande hâte aux noces de sa sœur. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1158" id="Footnote_1158" href="#FNanchor_1158"><span class="label">[1158]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">MÉDÉE</span>, <i>lui donnant</i>, etc. (1644-60)—Ce jeu de scène ne se trouve +pas dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1159" id="Footnote_1159" href="#FNanchor_1159"><span class="label">[1159]</span></a> Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1160" id="Footnote_1160" href="#FNanchor_1160"><span class="label">[1160]</span></a> +<i>Ex pellice utinam liberos hostis meus<br /> +Aliquos haberet!</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 920, 921.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1161" id="Footnote_1161" href="#FNanchor_1161"><span class="label">[1161]</span></a> +. . . . . . . . . <i>Non sunt mei.<br /> +. . . . . . Crimine et culpa carent;<br /> +Sunt innocentes: fateor; et frater fuit.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 934-936.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1162" id="Footnote_1162" href="#FNanchor_1162"><span class="label">[1162]</span></a> +<i>Scelus est Iason genitor.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 933.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1163" id="Footnote_1163" href="#FNanchor_1163"><span class="label">[1163]</span></a> <i>Var.</i> De l'amour aussitôt je tombe à la colère. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1164" id="Footnote_1164" href="#FNanchor_1164"><span class="label">[1164]</span></a> +<i>Cor pepulit horror. . . . . . . . . .<br /> +Pectusque tremuit; ira discessit loco,<br /> +Materque tota, conjuge expulsa, redit.</i><br /> +. . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br /> +<i>Quid, anime, titubas?</i> . . . . . . . .<br /> +<i>Variamque nunc huc ira, nunc illuc amor<br /> +Diducit?</i> . . . . . . . . . . . . . .<br /> +. . . . . . . . . <i>Ira pietatem fugat</i>,<br /> +<i>Iramque pietas.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 926-928 et 937-944.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1165" id="Footnote_1165" href="#FNanchor_1165"><span class="label">[1165]</span></a> Dans l'édition de 1682, on a imprimé <i>je l'en va</i>, pour <i>je l'en vais</i> (<i>vay</i>).</p> + +<p><a name="Footnote_1166" id="Footnote_1166" href="#FNanchor_1166"><span class="label">[1166]</span></a> +<i>Jamjam meo rapientur avulsi e sinu.</i><br /> +. . . . . . . <i>Osculis percant patris,<br /> +Periere matri.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 949-951.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1167" id="Footnote_1167" href="#FNanchor_1167"><span class="label">[1167]</span></a> <i>Var.</i> Mais ma pitié retourne, et revient me braver. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1168" id="Footnote_1168" href="#FNanchor_1168"><span class="label">[1168]</span></a> +. . . . . <i>Anceps æstus incertam rapit.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 939.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1169" id="Footnote_1169" href="#FNanchor_1169"><span class="label">[1169]</span></a> <i>Var.</i> Allons à son trépas ajouter ce carnage. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1170" id="Footnote_1170" href="#FNanchor_1170"><span class="label">[1170]</span></a> <i>Var.</i> Loin de me secourir, vous croissez mes tourments. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1171" id="Footnote_1171" href="#FNanchor_1171"><span class="label">[1171]</span></a> <i>Var.</i> Et ma peau, qu'avec eux votre pitié m'arrache. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1172" id="Footnote_1172" href="#FNanchor_1172"><span class="label">[1172]</span></a> +<i>Var.</i> Voyez comme mon sang en coule en mille lieux:<br /> +Ne me déchirez plus, bourreaux officieux;<br /> +Fuyez, ou ma fureur une fois débordée<br /> +Dans ces pieux devoirs vous prendra pour Médée. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1173" id="Footnote_1173" href="#FNanchor_1173"><span class="label">[1173]</span></a> Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1174" id="Footnote_1174" href="#FNanchor_1174"><span class="label">[1174]</span></a> <i>Var.</i> Ce feu qui me consomme et dehors et dedans. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1175" id="Footnote_1175" href="#FNanchor_1175"><span class="label">[1175]</span></a> <i>Var.</i> Punit-il point assez mes souhaits imprudents? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1176" id="Footnote_1176" href="#FNanchor_1176"><span class="label">[1176]</span></a> <i>Var.</i> Et je crois qu'Ixion, au choix des sentiments. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1177" id="Footnote_1177" href="#FNanchor_1177"><span class="label">[1177]</span></a> L'édition de 1682 a, par erreur: <i>devrois</i>, pour <i>devois</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1178" id="Footnote_1178" href="#FNanchor_1178"><span class="label">[1178]</span></a> <i>Var.</i> Me porte bien des coups plus vifs et plus pressants. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1179" id="Footnote_1179" href="#FNanchor_1179"><span class="label">[1179]</span></a> <i>Var.</i> L'impiteuse Clothon en porte le flambeau. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1180" id="Footnote_1180" href="#FNanchor_1180"><span class="label">[1180]</span></a> +<i>Var.</i> Cléone, soutenez, les forces me défaillent,<br /> +Et ma vigueur succombe aux douleurs qui m'assaillent;<br /> +Le cœur me va manquer, je n'en puis plus, hélas!<br /> +Ne me refusez point ce funeste soulas,<br /> +Monsieur, et si pour moi quelque amour vous demeure. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1181" id="Footnote_1181" href="#FNanchor_1181"><span class="label">[1181]</span></a> L'édition de 1663 est la seule qui porte <i>arroseront</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1182" id="Footnote_1182" href="#FNanchor_1182"><span class="label">[1182]</span></a> +<i>Var.</i> [De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme.]<br /> +<span class="smcap">CRÉON.</span> Ah! ma fille. <span class="smcap">CRÉUSE.</span> Ah! mon père. <span class="smcap">CLÉONE.</span> A ces embrassements,<br /> +Qui retiendroit ses pleurs et ses gémissements?<br /> +Dans ces ardents baisers leurs âmes se confondent,<br /> +Et leurs tristes sanglots seulement se répondent.<br /> +<span class="smcap">CRÉUSE.</span> Hé quoi! vous me quittez? [<span class="smcap">CRÉON.</span> Oui, je ne verrai pas.] (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1183" id="Footnote_1183" href="#FNanchor_1183"><span class="label">[1183]</span></a> <i>Var.</i> Quoi! vous me refusez? (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1184" id="Footnote_1184" href="#FNanchor_1184"><span class="label">[1184]</span></a> Ces mots ne sont pas dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1185" id="Footnote_1185" href="#FNanchor_1185"><span class="label">[1185]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> Il ne vit plus, sa belle âme est partie. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1186" id="Footnote_1186" href="#FNanchor_1186"><span class="label">[1186]</span></a> L'édition de 1682 a seule <i>douceurs</i>, au pluriel.</p> + +<p><a name="Footnote_1187" id="Footnote_1187" href="#FNanchor_1187"><span class="label">[1187]</span></a> +<i>Var.</i> Que vois-je ici, bons Dieux! quel spectacle d'horreur!<br /> +Quelque part que mes yeux portent ma vue errante. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1188" id="Footnote_1188" href="#FNanchor_1188"><span class="label">[1188]</span></a> <i>Var.</i> Et que ce scorpion sur ta plaie écrasé. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1189" id="Footnote_1189" href="#FNanchor_1189"><span class="label">[1189]</span></a> +<i>Var.</i> [Je dois être puni de vous l'avoir offerte.]<br /> +Trop heureux si sa force agissant en mes mains<br /> +Eût de notre ennemie éventé les desseins,<br /> +Et détournant sur moi ses trames déloyales,<br /> +Mon âme eût satisfait pour deux âmes royales;<br /> +Mais ce poison m'épargne, et ces feux impuissants. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1190" id="Footnote_1190" href="#FNanchor_1190"><span class="label">[1190]</span></a> +<i>Var.</i> [Réserve encor ma vie à de pires tourments!]<br /> +O honte! mes regrets permettent que je vive,<br /> +Et ne secourent pas ma main qu'elle captive;<br /> +Leur atteinte est trop foible, et dans un tel malheur<br /> +Je suis trop peu touché pour mourir de douleur.<br /> +[Pardonne, chère épouse, à mon obéissance.] (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1191" id="Footnote_1191" href="#FNanchor_1191"><span class="label">[1191]</span></a> Il y a <i>le corps</i>, pour <i>les corps</i>, dans l'édition de 1682.—Ce jeu de scène +manque dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1192" id="Footnote_1192" href="#FNanchor_1192"><span class="label">[1192]</span></a> <i>Var.</i> <i>Étant en haut sur un balcon.</i> (1657)—<i>Elle est en haut sur un +balcon.</i> (1663, en marge.)—Cette indication manque dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1193" id="Footnote_1193" href="#FNanchor_1193"><span class="label">[1193]</span></a> <i>Var.</i> Laisse la place vide à ton hymen nouveau. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1194" id="Footnote_1194" href="#FNanchor_1194"><span class="label">[1194]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 1314, 1315.</p> + +<p><a name="Footnote_1195" id="Footnote_1195" href="#FNanchor_1195"><span class="label">[1195]</span></a> +<i>I nunc superbe, virginum thalamos pete.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 1007.)</span></p> + +<p>—Dans Euripide (vers 621-623) c'est avant la mort de Créuse que Médée dit +à Jason: «Va, le désir de voir ta nouvelle épouse te subjugue.... Va l'épouser, +etc.»</p> + +<p><a name="Footnote_1196" id="Footnote_1196" href="#FNanchor_1196"><span class="label">[1196]</span></a> Au lieu de: <i>exploits</i>, on lit: <i>effets</i>, dans l'édition de 1682, ce qui est +évidemment une faute.</p> + +<p><a name="Footnote_1197" id="Footnote_1197" href="#FNanchor_1197"><span class="label">[1197]</span></a> +. . . . <i>Huc, huc, fortis, armigeri, cohors,<br /> +Conferte tela, vertite ex imo domum.</i><br /> +<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 980, 981.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1198" id="Footnote_1198" href="#FNanchor_1198"><span class="label">[1198]</span></a> Cette indication manque aussi dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1199" id="Footnote_1199" href="#FNanchor_1199"><span class="label">[1199]</span></a> +<i>Sic fugere soleo: patuit in cœlum via.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 1022.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1200" id="Footnote_1200" href="#FNanchor_1200"><span class="label">[1200]</span></a> +<i>Meus dies est: tempore accepto utimur.</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 1017.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1201" id="Footnote_1201" href="#FNanchor_1201"><span class="label">[1201]</span></a> +. . . . <i>Conjugem agnoscis tuam?</i><br /> +<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 1021.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1202" id="Footnote_1202" href="#FNanchor_1202"><span class="label">[1202]</span></a> On a imprimé par erreur <i>victime</i>, pour <i>victoire</i>, dans l'édition de 1682.</p> + +<p><a name="Footnote_1203" id="Footnote_1203" href="#FNanchor_1203"><span class="label">[1203]</span></a> <i>Var.</i> Si je te vais revoir plus tôt que tu ne veux. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1204" id="Footnote_1204" href="#FNanchor_1204"><span class="label">[1204]</span></a> Ces mots ne se trouvent pas dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1205" id="Footnote_1205" href="#FNanchor_1205"><span class="label">[1205]</span></a> Voyez le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1206" id="Footnote_1206" href="#FNanchor_1206"><span class="label">[1206]</span></a> Par Desmarest.</p> + +<p><a name="Footnote_1207" id="Footnote_1207" href="#FNanchor_1207"><span class="label">[1207]</span></a> <i>Histoire du Théâtre françois</i>, tome V, p. 96.</p> + +<p><a name="Footnote_1208" id="Footnote_1208" href="#FNanchor_1208"><span class="label">[1208]</span></a> <i>Épître familière</i>, p. 17.</p> + +<p><a name="Footnote_1209" id="Footnote_1209" href="#FNanchor_1209"><span class="label">[1209]</span></a> <i>Bibliothèque de l'École des chartes</i>, 1<sup>r</sup>e série, tome V, p. 317.</p> + +<p><a name="Footnote_1210" id="Footnote_1210" href="#FNanchor_1210"><span class="label">[1210]</span></a> <i>Le Théâtre françois</i>, p. 174.</p> + +<p><a name="Footnote_1211" id="Footnote_1211" href="#FNanchor_1211"><span class="label">[1211]</span></a> Josias de Soulas, écuyer, sieur de Floridor, succéda, au théâtre +du Marais, à d'Orgemont, dans l'emploi d'orateur de la troupe; ensuite +il remplaça Bellerose à l'hôtel de Bourgogne. Nous aurons à +parler avec quelques détails de la façon dont il jouait Massinisse dans +la <i>Sophonisbe</i> de Corneille. Il mourut vers 1672. Il eut trois enfants: +un fils et deux filles. Son fils fut prêtre de la paroisse de Saint-Sauveur; +sa fille aînée épousa le fils de Montfleury, et la cadette, un +sieur Bigodet, qui devint fermier général après son mariage. Voyez +<i>Histoire du Théâtre françois</i>, tome VIII, p. 217, et la note suivante.</p> + +<p><a name="Footnote_1212" id="Footnote_1212" href="#FNanchor_1212"><span class="label">[1212]</span></a> Voici le titre exact de cet arrêt: <i>Arrêt du conseil d'État du Roi, +en faveur du sieur de Floridor, comédien du Roi, contre les commis à +la recherche des usurpateurs de noblesse; qui prouve que la qualité de +comédien ne déroge point.</i> (Extrait des registres du conseil d'État +du 10 septembre 1668.) On y lit que Floridor entra «dans les gardes +du roi Louis XIII, père de S. M., où il porta le mousquet dans la +compagnie du sieur de la Besne, et depuis servit en qualité d'enseigne +dans le régiment de Rambierre; et après, la réforme de quelques +compagnies de ce régiment lui fit prendre le parti de la comédie, +dans laquelle il a servi depuis vingt-cinq ans, comme il fait +encore à présent, au divertissement de S. M.»</p> + +<p><a name="Footnote_1213" id="Footnote_1213" href="#FNanchor_1213"><span class="label">[1213]</span></a> Voyez p. <a href="#Page_433">433</a>.</p> + +<p class="left5"><a name="Footnote_1214" id="Footnote_1214" href="#FNanchor_1214"><span class="label">[1214]</span></a> +Cessez de vous en plaindre. A présent le théâtre<br /> +Est en un point si haut que chacun l'idolâtre,<br /> +Et ce que votre temps voyoit avec mépris<br /> +Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits.<br /> +<span class="i9">(Vers 1645-1648.)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1215" id="Footnote_1215" href="#FNanchor_1215"><span class="label">[1215]</span></a> Le 6 juin 1861.</p> + +<p><a name="Footnote_1216" id="Footnote_1216" href="#FNanchor_1216"><span class="label">[1216]</span></a> Le quatrième.</p> + +<p><a name="Footnote_1217" id="Footnote_1217" href="#FNanchor_1217"><span class="label">[1217]</span></a> Commencement du cinquième acte.</p> + +<p><a name="Footnote_1218" id="Footnote_1218" href="#FNanchor_1218"><span class="label">[1218]</span></a> Cette épître n'est que dans les éditions antérieures à 1660.—Les +initiales cachent-elles un nom réel? Aucun éditeur n'est parvenu +jusqu'ici à le découvrir.—Dans l'impression de 1639 on lit partout +<i>Madamoiselle</i>, au lieu de <i>Mademoiselle</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1219" id="Footnote_1219" href="#FNanchor_1219"><span class="label">[1219]</span></a> Voyez la <i>Notice</i>, p. <a href="#Page_430">430</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_1220" id="Footnote_1220" href="#FNanchor_1220"><span class="label">[1220]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1663 et de 1664): il ne seroit pas sûr.</p> + +<p><a name="Footnote_1221" id="Footnote_1221" href="#FNanchor_1221"><span class="label">[1221]</span></a> <i>Art poétique</i>, vers 93 et 94.</p> + +<p><a name="Footnote_1222" id="Footnote_1222" href="#FNanchor_1222"><span class="label">[1222]</span></a> On lit ainsi à partir de l'impression de 1668; dans les éditions +antérieures: «plus de vingt et cinq années.»</p> + +<p><a name="Footnote_1223" id="Footnote_1223" href="#FNanchor_1223"><span class="label">[1223]</span></a> L'indication de ce rôle et des deux suivants manque dans l'édition +de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1224" id="Footnote_1224" href="#FNanchor_1224"><span class="label">[1224]</span></a> On lit de plus, à la suite de ce rôle, dans les éditions de +1639-1657: <span class="smcap">Rosine</span>, <i>princesse d'Angleterre</i>, <i>femme de Florilame</i></p> + +<p><a name="Footnote_1225" id="Footnote_1225" href="#FNanchor_1225"><span class="label">[1225]</span></a> Le lieu de la scène n'est pas marqué dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1226" id="Footnote_1226" href="#FNanchor_1226"><span class="label">[1226]</span></a> <i>Var.</i> Ce grand mage, dont l'art commande à la nature. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1227" id="Footnote_1227" href="#FNanchor_1227"><span class="label">[1227]</span></a> +<i>Var.</i> Si bien que ceux qu'amène un curieux desir<br /> +Pour consulter Alcandre attendent son loisir. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1228" id="Footnote_1228" href="#FNanchor_1228"><span class="label">[1228]</span></a> <i>Var.</i> Que pour se divertir il sort de sa demeure. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_1229" id="Footnote_1229" href="#FNanchor_1229"><span class="label">[1229]</span></a> <i>Var.</i> Je croyois le réduire à force de punir. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1230" id="Footnote_1230" href="#FNanchor_1230"><span class="label">[1230]</span></a> <i>Longues erreurs</i>, longs voyages.</p> + +<p><a name="Footnote_1231" id="Footnote_1231" href="#FNanchor_1231"><span class="label">[1231]</span></a> <i>Var.</i> Pour trouver quelque fin à tant de maux soufferts. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1232" id="Footnote_1232" href="#FNanchor_1232"><span class="label">[1232]</span></a> +<i>Var.</i> J'ai vu les plus fameux en ces noires sciences<br /> +Dont vous dites qu'Alcandre a tant d'expériences. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1233" id="Footnote_1233" href="#FNanchor_1233"><span class="label">[1233]</span></a> <i>Var.</i> On en faisoit l'état que vous faites de lui. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1234" id="Footnote_1234" href="#FNanchor_1234"><span class="label">[1234]</span></a> <i>Var.</i> Et connoît l'avenir et les choses passées. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1235" id="Footnote_1235" href="#FNanchor_1235"><span class="label">[1235]</span></a> <i>Var.</i> Et je fus étonné d'entendre les discours. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1236" id="Footnote_1236" href="#FNanchor_1236"><span class="label">[1236]</span></a> <i>Var.</i> Des traits les plus cachés de mes jeunes amours. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1237" id="Footnote_1237" href="#FNanchor_1237"><span class="label">[1237]</span></a> <i>Var.</i> Espérez mieux: il sort, et s'avance vers vous. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1238" id="Footnote_1238" href="#FNanchor_1238"><span class="label">[1238]</span></a> L'édition de 1639 donne, par erreur sans doute, <i>ces pas</i>, pour <i>ses pas</i>. +Un peu plus bas, au vers 98, il y a de même <i>ces bras</i>, pour <i>ses bras</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1239" id="Footnote_1239" href="#FNanchor_1239"><span class="label">[1239]</span></a> <i>Var.</i> Rennes ainsi qu'à moi lui donne la naissance. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1240" id="Footnote_1240" href="#FNanchor_1240"><span class="label">[1240]</span></a> +<i>Var.</i> Là de son fils et moi naquit l'affection:<br /> +Nous étions pareils d'âge et de condition. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1241" id="Footnote_1241" href="#FNanchor_1241"><span class="label">[1241]</span></a> <i>Var.</i> Oracle de nos jours, qui connoît toutes choses. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1242" id="Footnote_1242" href="#FNanchor_1242"><span class="label">[1242]</span></a> <i>Var.</i> Je le tiendrai rendu si j'en sais des nouvelles. (1639-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1243" id="Footnote_1243" href="#FNanchor_1243"><span class="label">[1243]</span></a> <i>Var.</i> Je veux vous faire voir sa fortune éclatante. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_1244" id="Footnote_1244" href="#FNanchor_1244"><span class="label">[1244]</span></a> <i>Var.</i> Les novices de l'art, avecque leurs encens. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1245" id="Footnote_1245" href="#FNanchor_1245"><span class="label">[1245]</span></a> L'édition originale (1639) nous offre ici une variante qui pourrait s'expliquer, +mais qui est corrigée comme une faute dans l'errata:</p> + +<p class="left5">Leurs herbes, fleurs, parfums et leurs cérémonies.</p> + +<p><a name="Footnote_1246" id="Footnote_1246" href="#FNanchor_1246"><span class="label">[1246]</span></a> <i>Var.</i> Pour les faire valoir et pour vous faire peur. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1247" id="Footnote_1247" href="#FNanchor_1247"><span class="label">[1247]</span></a> Chapuzeau, dans un chapitre de son <i>Théâtre françois</i> qui a pour titre +<i>Grande dépense en habits</i> (p. 170), nous donne quelques détails qui prouvent +que Pridamant parle ici sans aucune exagération: «Cet article de la dépense +des comédiens est plus considérable qu'on ne s'imagine. Il y a peu de pièces +nouvelles qui ne leur coûtent de nouveaux ajustements, et le faux or ni le +faux argent qui rougissent bientôt n'y étant pas employés, un habit à la +romaine ira souvent à cinq cents écus. Ils aiment mieux user de ménage en +toute autre chose pour donner plus de contentement au public, et il y a tel +comédien dont l'équipage vaut plus de dix mille francs. Il est vrai que lorsqu'ils +représentent une pièce qui n'est uniquement que pour les plaisirs du Roi, +les gentilshommes de la chambre ont ordre de donner à chaque acteur, pour les +ajustements nécessaires, une somme de cent écus ou quatre cents livres, et s'il +arrive qu'un même acteur ait deux ou trois personnages à représenter, il touche +de l'argent comme pour deux ou trois.»</p> + +<p><a name="Footnote_1248" id="Footnote_1248" href="#FNanchor_1248"><span class="label">[1248]</span></a> <i>Var.</i> Mon fils n'est point du rang à porter ces richesses. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1249" id="Footnote_1249" href="#FNanchor_1249"><span class="label">[1249]</span></a> +<i>Var.</i> Et sa condition ne sauroit endurer<br /> +Qu'avecque tant de pompe il ose se parer. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1250" id="Footnote_1250" href="#FNanchor_1250"><span class="label">[1250]</span></a> <i>Var.</i> Qu'en public de la sorte il ose se parer. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1251" id="Footnote_1251" href="#FNanchor_1251"><span class="label">[1251]</span></a> L'édition de 1682 a seule ici: <i>ces accidents</i>, pour <i>ses accidents</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1252" id="Footnote_1252" href="#FNanchor_1252"><span class="label">[1252]</span></a> Après le nom d'<span class="smcap">ALCANDRE</span>, Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, a +ajouté ici, et plus bas à la fin de la scène: <i>à Dorante</i>, indication qui n'est pas +inutile pour la clarté.</p> + +<p><a name="Footnote_1253" id="Footnote_1253" href="#FNanchor_1253"><span class="label">[1253]</span></a> <i>Var.</i> Il vous faut sans réplique accepter ses arrêts. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1254" id="Footnote_1254" href="#FNanchor_1254"><span class="label">[1254]</span></a> Un grand nombre d'écrivains publics étaient alors établis dans le cloître +de Saint-Innocent. L'auteur d'un petit écrit publié en 1615 et qui a pour titre +<i>Le Secrétaire de Saint-Innocent</i>, fait l'apologie de cette profession, «laquelle, +dit-il, ne me fait pas.... si peu d'honneur, qu'il n'y ait encore un des marguilliers +et deux bourgeois de la paroisse qui me saluent les premiers quand +ils me rencontrent et me disent en passant: «Dieu vous gard', Monsieur!» +Qu'en pourroit attendre davantage un gentilhomme de dix mille francs de +rente? Il s'en sentiroit bien fort honoré.» Quant aux profits, ils n'étaient pas +bien considérables, à ce qu'il paraît; car nous voyons un charbonnier et un +crocheteur aborder l'écrivain, lui payer à boire; après quoi, le charbonnier +lui dit: «Vous ne serez pas malcontent de nous, qui avons encore chacun une +pièce de cinq sous de reste après avoir bu.» Ce qui fait dire à l'auteur, +émerveillé d'une si bonne aubaine: «Qui fut bien aise d'une si belle et si utile +occasion, à laquelle chaque bissexte n'en porte pas deux semblables? ce fut +moi.»—Voyez encore, dans <i>la Ville de Paris en vers burlesques</i> de Berthod, +le long morceau où il décrit la conduite et le style des secrétaires de Saint-Innocent.</p> + +<p><a name="Footnote_1255" id="Footnote_1255" href="#FNanchor_1255"><span class="label">[1255]</span></a> +<i>Var.</i> Ennuyé de la plume, il le quitta soudain. (1644-68)</p> + +<p>—Les éditions de 1652 et de 1657 donnent, par erreur: <i>se quitta</i>, pour <i>le +quitta</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1256" id="Footnote_1256" href="#FNanchor_1256"><span class="label">[1256]</span></a> A la foire Saint-Germain, qui se tenait sur l'emplacement actuel du marché +Saint-Germain et s'étendait jusqu'à l'extrémité de la rue de Tournon et +aux environs du Luxembourg. Elle s'ouvrait le 3 février; elle a eu lieu pour la +dernière fois en 1789.</p> + +<p><a name="Footnote_1257" id="Footnote_1257" href="#FNanchor_1257"><span class="label">[1257]</span></a> <i>Var.</i> Et dans l'Académie il joua de la main. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1258" id="Footnote_1258" href="#FNanchor_1258"><span class="label">[1258]</span></a> La fontaine de la Samaritaine, élevée sur le Pont-Neuf, tirait son nom +d'un groupe de bronze doré représentant Jésus et la Samaritaine auprès du +puits de Jacob. Elle a été entièrement détruite en 1812.—Nous appelons +encore <i>ponts-neufs</i> les chansons qui courent les rues.</p> + +<p><a name="Footnote_1259" id="Footnote_1259" href="#FNanchor_1259"><span class="label">[1259]</span></a> On pourrait être tenté de croire qu'il est question de Gautier-Garguille, +comédien d'abord au Marais, et ensuite à l'Hôtel de Bourgogne; mais les +noms <i>Gautier</i> et <i>Guillaume</i> s'employaient autrefois d'une manière générale, +comme aujourd'hui <i>Pierre</i> et <i>Paul</i>. Voyez Godefroy, <i>Lexique de Corneille</i>, +tome II, p. 433.</p> + +<p><a name="Footnote_1260" id="Footnote_1260" href="#FNanchor_1260"><span class="label">[1260]</span></a> Il ne s'agit pas ici de Gros-Guillaume. Voyez la note précédente.</p> + +<p><a name="Footnote_1261" id="Footnote_1261" href="#FNanchor_1261"><span class="label">[1261]</span></a> <i>Var.</i> Depuis il trafiqua des chapelets de baume. (1654 et 60)</p> + +<p><a name="Footnote_1262" id="Footnote_1262" href="#FNanchor_1262"><span class="label">[1262]</span></a> Buscon, Lazarille, Gusman sont les héros de divers romans espagnols, du +genre picaresque, dont il avait paru des traductions françaises, soit à la fin du +seizième, soit au commencement du dix-septième siècle. Celui auquel Buscon +donne son nom a pour auteur don François Quevedo de Villegas, et a été publié +en français en 1633. Les aventures de Lazarille de Tormes ont été attribuées +par les uns à Diego Hurtado de Mendoza, par d'autres à Jean de Ortega: +une traduction française de la première partie a paru dès 1560; une autre, +de la première et de la seconde, en 1620. La vie et les gestes de Guzman +d'Alfarache, écrits en espagnol par Matthieu Aleman, furent traduits en français, +en 1600, puis en 1632. Sayavèdre ou Sayavedra est un chevalier d'industrie, +qui, après avoir dépouillé Guzman d'Alfarache de tout ce qu'il possédait, +devient son domestique et partage quelque temps sa vie aventureuse. +Voyez les livres IV et V du roman.</p> + +<p><a name="Footnote_1263" id="Footnote_1263" href="#FNanchor_1263"><span class="label">[1263]</span></a> L'édition de 1682 donne seule: «Quoi qu'il s'offre,» au lieu de: «Quoi +qui s'offre.»</p> + +<p><a name="Footnote_1264" id="Footnote_1264" href="#FNanchor_1264"><span class="label">[1264]</span></a> <i>Var.</i> Quoi qui s'offre à vos yeux, n'en ayez point d'effroi. (1639-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1265" id="Footnote_1265" href="#FNanchor_1265"><span class="label">[1265]</span></a> <i>Var.</i> Soupirez-vous après quelques nouveaux lauriers? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1266" id="Footnote_1266" href="#FNanchor_1266"><span class="label">[1266]</span></a> <i>Var.</i> Et puis quand auriez-vous rassemblé votre armée? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1267" id="Footnote_1267" href="#FNanchor_1267"><span class="label">[1267]</span></a> Voyez la <i>Notice</i>, p. <a href="#Page_423">423</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_1268" id="Footnote_1268" href="#FNanchor_1268"><span class="label">[1268]</span></a> De l'espagnol <i>bellaco</i>, <i>vellaco</i>, maraud, coquin.</p> + +<p><a name="Footnote_1269" id="Footnote_1269" href="#FNanchor_1269"><span class="label">[1269]</span></a> <i>Var.</i> Le penser m'adoucit: va, ma colère cesse. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1270" id="Footnote_1270" href="#FNanchor_1270"><span class="label">[1270]</span></a> <i>Var.</i> Je vous vois aussi beau que vous êtes terrible. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1271" id="Footnote_1271" href="#FNanchor_1271"><span class="label">[1271]</span></a> <i>Var.</i> Qui puisse constamment vous refuser son cœur. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1272" id="Footnote_1272" href="#FNanchor_1272"><span class="label">[1272]</span></a> <i>Troubler</i>, neutralement, pour se troubler.</p> + +<p><a name="Footnote_1273" id="Footnote_1273" href="#FNanchor_1273"><span class="label">[1273]</span></a> Les éditions de 1644-57 ont <i>que</i>, au lieu de <i>qui</i>, ce qui fait une leçon vide +de sens.</p> + +<p><a name="Footnote_1274" id="Footnote_1274" href="#FNanchor_1274"><span class="label">[1274]</span></a> <i>Var.</i> Et donneroit à Mars à gouverner son foudre. (1639-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1275" id="Footnote_1275" href="#FNanchor_1275"><span class="label">[1275]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_144">144</a>, note 425.</p> + +<p><a name="Footnote_1276" id="Footnote_1276" href="#FNanchor_1276"><span class="label">[1276]</span></a> <i>Var.</i> Le jour jusqu'à midi se passoit sans lumière. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1277" id="Footnote_1277" href="#FNanchor_1277"><span class="label">[1277]</span></a> +<i>Var.</i> Où se pouvoit cacher la reine des clartés?<br /> +<span class="smcap">MAT.</span> Parbieu je la tenois encore à mes côtés.<br /> +Aucun n'osa jamais la chercher dans ma chambre,<br /> +Et le dernier de juin fut un jour de décembre;<br /> +Car enfin, supplié par le Dieu du sommeil,<br /> +Je la rendis au monde, et l'on vit le soleil. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1278" id="Footnote_1278" href="#FNanchor_1278"><span class="label">[1278]</span></a> <i>Var.</i> Et tout ce qu'elle obtint par son frivole amour. (1660-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1279" id="Footnote_1279" href="#FNanchor_1279"><span class="label">[1279]</span></a> Dans l'édition de 1682, on lit, mais c'est probablement une faute d'impression: +«leurs pays,» pour: «les pays.»</p> + +<p><a name="Footnote_1280" id="Footnote_1280" href="#FNanchor_1280"><span class="label">[1280]</span></a> <i>Var.</i> J'ai détruit les pays avecque les monarques. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1281" id="Footnote_1281" href="#FNanchor_1281"><span class="label">[1281]</span></a> <i>Var.</i> Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point ma valeur. (1639-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1282" id="Footnote_1282" href="#FNanchor_1282"><span class="label">[1282]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur, <i>vers vous</i>, pour <i>vers moi</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1283" id="Footnote_1283" href="#FNanchor_1283"><span class="label">[1283]</span></a> Dans l'édition de 1639, le vers commence ainsi: «Cruelle, c'est là +donc, etc.;» mais l'errata y substitue: «Cruelle, est-ce là donc, etc.?»</p> + +<p><a name="Footnote_1284" id="Footnote_1284" href="#FNanchor_1284"><span class="label">[1284]</span></a> +<i>Var.</i> Et la même action, à votre sentiment,<br /> +Mérite récompense, au mien un châtiment.<br /> +<span class="smcap">ADR.</span> Donner un châtiment à des flammes si saintes. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1285" id="Footnote_1285" href="#FNanchor_1285"><span class="label">[1285]</span></a> <i>Var.</i> Ne me donna du cœur que pour vous adorer. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1286" id="Footnote_1286" href="#FNanchor_1286"><span class="label">[1286]</span></a> <i>Var.</i> Mon âme prit naissance avecque votre idée. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1287" id="Footnote_1287" href="#FNanchor_1287"><span class="label">[1287]</span></a> +<i>Var.</i> Et les premiers regards dont m'aient frappé vos yeux<br /> +N'ont fait qu'exécuter l'ordonnance des cieux,<br /> +Que vous saisir d'un bien qu'ils avoient fait tout vôtre. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1288" id="Footnote_1288" href="#FNanchor_1288"><span class="label">[1288]</span></a> <i>Var.</i> Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir un autre<a name="FNanchor_1288-a" id="FNanchor_1288-a" href="#Footnote_1288-a" class="fnanchor">[1288-a]</a>. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1288-a" id="Footnote_1288-a" href="#FNanchor_1288-a"><span class="label">[1288-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p> + +<p><a name="Footnote_1289" id="Footnote_1289" href="#FNanchor_1289"><span class="label">[1289]</span></a> +<i>Var.</i> Après tout, vous avez bonne part à sa haine,<br /> +Ou de quelque grand crime il vous donne la peine;<br /> +Car je ne pense pas qu'il soit supplice égal<br /> +D'être forcé d'aimer qui vous traite si mal.<br /> +ADR. Puisque ainsi vous jugez que ma peine est si dure,<br /> +Prenez quelque pitié des tourments que j'endure. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1290" id="Footnote_1290" href="#FNanchor_1290"><span class="label">[1290]</span></a> <i>Var.</i> Que je vois ces tourments passer pour superflus. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1291" id="Footnote_1291" href="#FNanchor_1291"><span class="label">[1291]</span></a> <i>Conte</i>, compte. Voyez tome I, p. 150, note 497.</p> + +<p><a name="Footnote_1292" id="Footnote_1292" href="#FNanchor_1292"><span class="label">[1292]</span></a> <i>Var.</i> Au moins si ce grand bruit qui court de vos merveilles. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1293" id="Footnote_1293" href="#FNanchor_1293"><span class="label">[1293]</span></a> L'impression de 1682 porte, mais à tort: «Que nous avons.» Notre +texte: «Que vous avez,» est celui de toutes les autres éditions qui ont paru +du vivant de Corneille, et de celle que Thomas a publiée en 1692.</p> + +<p><a name="Footnote_1294" id="Footnote_1294" href="#FNanchor_1294"><span class="label">[1294]</span></a> En marge, dans l'édition de 1639: <i>Elle montre Clindor.</i></p> + +<p><a name="Footnote_1295" id="Footnote_1295" href="#FNanchor_1295"><span class="label">[1295]</span></a> <i>Var.</i> Sans que jamais mon cœur acceptât ces maîtresses. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1296" id="Footnote_1296" href="#FNanchor_1296"><span class="label">[1296]</span></a> <i>Var.</i> Qu'elles n'aient pu blesser un cœur dont je dispose! (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1297" id="Footnote_1297" href="#FNanchor_1297"><span class="label">[1297]</span></a> Ici l'édition de 1692 ajoute: <i>montrant Clindor</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1298" id="Footnote_1298" href="#FNanchor_1298"><span class="label">[1298]</span></a> <i>Var.</i> Sus-tu rien de leur flamme et de la jalousie. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1299" id="Footnote_1299" href="#FNanchor_1299"><span class="label">[1299]</span></a> <i>Var.</i> Dont pour moi toutes deux avoient l'âme saisie? (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1300" id="Footnote_1300" href="#FNanchor_1300"><span class="label">[1300]</span></a> Dans l'impression de 1682: «l'un et l'autre,» ce qui est une faute +évidente.</p> + +<p><a name="Footnote_1301" id="Footnote_1301" href="#FNanchor_1301"><span class="label">[1301]</span></a> <i>Var.</i> Trop pleine des lauriers remportés sur les rois. (1639-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1302" id="Footnote_1302" href="#FNanchor_1302"><span class="label">[1302]</span></a> Il n'y a point ici de distinction de scène dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1303" id="Footnote_1303" href="#FNanchor_1303"><span class="label">[1303]</span></a> L'édition de 1682 donne seule: «du temps,» pour: «d'un temps.»</p> + +<p><a name="Footnote_1304" id="Footnote_1304" href="#FNanchor_1304"><span class="label">[1304]</span></a> +<i>Var.</i> Un clin d'œil vaut pour vous tout le discours des autres. (1639)<br /> +<i>Var.</i> Un coup d'œil vaut pour vous tout le discours des autres. (1644-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1305" id="Footnote_1305" href="#FNanchor_1305"><span class="label">[1305]</span></a> +<i>Var.</i> En ce piteux état, ma fortune si basse<br /> +Trouve encor quelque part en votre bonne grâce. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1306" id="Footnote_1306" href="#FNanchor_1306"><span class="label">[1306]</span></a> <i>Var.</i> C'est comme il faut choisir, et l'amour véritable. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1307" id="Footnote_1307" href="#FNanchor_1307"><span class="label">[1307]</span></a> <i>Var.</i> S'attache seulement à ce qu'il voit d'aimable. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1308" id="Footnote_1308" href="#FNanchor_1308"><span class="label">[1308]</span></a> <i>Var.</i> Sans qu'elle ait vu vos pas s'adresser en ce lieu. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1309" id="Footnote_1309" href="#FNanchor_1309"><span class="label">[1309]</span></a> <i>Divertissez</i>, détournez. Voyez tome I, p. 184, note 614.</p> + +<p><a name="Footnote_1310" id="Footnote_1310" href="#FNanchor_1310"><span class="label">[1310]</span></a> <i>Var.</i> Vous n'avez point la mine à servir sans dessein. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1311" id="Footnote_1311" href="#FNanchor_1311"><span class="label">[1311]</span></a> +<i>Var.</i> Me croyez-vous bastant de nuire à votre feu?<br /> +<span class="smcap">ADR.</span> Sans réplique, de grâce, ou vous verrez beau jeu. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1312" id="Footnote_1312" href="#FNanchor_1312"><span class="label">[1312]</span></a> <i>Var.</i> Et je suis homme à rendre un jour ce qu'on me prête. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1313" id="Footnote_1313" href="#FNanchor_1313"><span class="label">[1313]</span></a> Les mots <i>jaloux</i> et <i>foux</i> sont ainsi imprimés et riment aux yeux dans +toutes les éditions. Dans <i>la Comédie des Tuileries</i>, nous avons vu au contraire +<i>jalous</i> et <i>courrous</i>, par une <i>s</i>, rimant avec des mots en <i>ous</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1314" id="Footnote_1314" href="#FNanchor_1314"><span class="label">[1314]</span></a> <i>Var.</i> Je suis trop glorieux et crois trop d'Isabelle. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1315" id="Footnote_1315" href="#FNanchor_1315"><span class="label">[1315]</span></a> <i>Var.</i> Pour craindre qu'un valet me supplante auprès d'elle. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1316" id="Footnote_1316" href="#FNanchor_1316"><span class="label">[1316]</span></a> <i>Var.</i> Le plaisir qu'elle prend à rire avecque lui. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1317" id="Footnote_1317" href="#FNanchor_1317"><span class="label">[1317]</span></a> <i>Var.</i> Oh Dieu! que me dis-tu? (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1318" id="Footnote_1318" href="#FNanchor_1318"><span class="label">[1318]</span></a> <i>Var.</i> De notre Rodomont il s'est mis au service. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1319" id="Footnote_1319" href="#FNanchor_1319"><span class="label">[1319]</span></a> +<i>Var.</i> Où choisi pour agent de ses<a name="FNanchor_1319-a" id="FNanchor_1319-a" href="#Footnote_1319-a" class="fnanchor">[1319-a]</a> folles amours,<br /> +Isabelle a prêté l'oreille à ses discours.<br /> +Il a si bien charmé cette pauvre abusée. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1319-a" id="Footnote_1319-a" href="#FNanchor_1319-a"><span class="label">[1319-a]</span></a> L'édition de 1639 donne, par erreur, <i>ces</i>, pour <i>ses</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1320" id="Footnote_1320" href="#FNanchor_1320"><span class="label">[1320]</span></a> Dans l'édition de 1692, on lit après ce vers: <i>Il lui donne un dimant.</i></p> + +<p><a name="Footnote_1321" id="Footnote_1321" href="#FNanchor_1321"><span class="label">[1321]</span></a> Ici l'orthographe de ce mot est <i>gaignée</i> dans toutes les éditions, excepté +dans celle de 1657.</p> + +<p><a name="Footnote_1322" id="Footnote_1322" href="#FNanchor_1322"><span class="label">[1322]</span></a> Dans l'édition de 1682, il y a <i>le</i>, pour <i>la</i>, ce qui est évidemment une +faute.</p> + +<p><a name="Footnote_1323" id="Footnote_1323" href="#FNanchor_1323"><span class="label">[1323]</span></a> +<i>Var.</i> Je connois votre bien beaucoup mieux que vous-même.<br /> +Orgueilleuse, il vous faut, je pense, un diadème,<br /> +Et ce jeune baron, avecque tout son bien,<br /> +Passe encore chez vous pour un homme de rien!<br /> +Que lui manque après tout? bien fait de corps et d'âme,<br /> +Noble, courageux, riche, adroit et plein de flamme,<br /> +[Il vous fait trop d'honneur.] (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1324" id="Footnote_1324" href="#FNanchor_1324"><span class="label">[1324]</span></a> <i>Var.</i> Et reconnois fort mal les honneurs qu'il me fait. (1639-63)</p> + +<p><a name="Footnote_1325" id="Footnote_1325" href="#FNanchor_1325"><span class="label">[1325]</span></a> +<i>Var.</i> De certains mouvements que le ciel nous inspire<br /> +Nous font aux yeux d'autrui souvent choisir le pire.<br /> +C'est lui qui d'un regard fait naître en notre cœur<br /> +L'estime ou le mépris, l'amour ou la rigueur.<br /> +[Il attache ici-bas avec des sympathies.] (1639-57)</p> + +<p>—Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_309">309</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_1326" id="Footnote_1326" href="#FNanchor_1326"><span class="label">[1326]</span></a> <i>Var.</i> Les âmes que son choix a là-haut assorties. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1327" id="Footnote_1327" href="#FNanchor_1327"><span class="label">[1327]</span></a> <i>Var.</i> Impudente, est-ce ainsi que l'on se justifie? (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1328" id="Footnote_1328" href="#FNanchor_1328"><span class="label">[1328]</span></a> <i>Var.</i> Ce guerrier valeureux nous tient-il dans ses fers? (1652-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1329" id="Footnote_1329" href="#FNanchor_1329"><span class="label">[1329]</span></a> L'édition de 1648 porte, par erreur sans doute, <i>contester</i>, à l'infinitif.</p> + +<p><a name="Footnote_1330" id="Footnote_1330" href="#FNanchor_1330"><span class="label">[1330]</span></a> +<i>Var.</i> A l'empêcher de courre après son propre sens;<br /> +Mais c'est l'humeur du sexe: il aime à contredire,<br /> +Pour secouer, s'il peut, le joug de notre empire. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1331" id="Footnote_1331" href="#FNanchor_1331"><span class="label">[1331]</span></a> <i>Var.</i> N'auras-tu point enfin pitié de ma fortune? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1332" id="Footnote_1332" href="#FNanchor_1332"><span class="label">[1332]</span></a> Ce sont les noms de deux anciens royaumes de la presqu'île occidentale +de l'Hindoustan.</p> + +<p><a name="Footnote_1333" id="Footnote_1333" href="#FNanchor_1333"><span class="label">[1333]</span></a> <i>Var.</i> Où sont vos ennemis, que j'en fasse un carnage? (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1334" id="Footnote_1334" href="#FNanchor_1334"><span class="label">[1334]</span></a> On lit <i>fureur</i>, pour <i>faveur</i>, dans l'édition de 1657.</p> + +<p><a name="Footnote_1335" id="Footnote_1335" href="#FNanchor_1335"><span class="label">[1335]</span></a> C'est ainsi que le mot est imprimé dans toutes les éditions. Cette orthographe +était générale au commencement du dix-septième siècle. Voyez le <i>Lexique</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1336" id="Footnote_1336" href="#FNanchor_1336"><span class="label">[1336]</span></a> <i>Var.</i> Qui se connoissant mal à faire des bravades. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1337" id="Footnote_1337" href="#FNanchor_1337"><span class="label">[1337]</span></a> <i>Var.</i> Que n'ai-je eu cent rivaux à la place d'un père. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1338" id="Footnote_1338" href="#FNanchor_1338"><span class="label">[1338]</span></a> <i>Médaille de damné</i>, portrait, vraie image de damné.</p> + +<p><a name="Footnote_1339" id="Footnote_1339" href="#FNanchor_1339"><span class="label">[1339]</span></a> <i>Parnes</i>, pièces de bois posées sur la charpente d'un comble pour recevoir +les chevrons; on dit plus ordinairement <i>pannes</i>.—<i>Soles</i> signifie proprement +les pièces de bois placées à plat qui portent la cage d'un moulin à vent; il se +dit aussi de celles qui se couchent à terre dans les autres constructions et machines.—<i>Traveteaux</i>, +petites poutres, petites solives.</p> + +<p><a name="Footnote_1340" id="Footnote_1340" href="#FNanchor_1340"><span class="label">[1340]</span></a> Les éditions de 1652-64 portent <i>peintures</i>, au pluriel.</p> + +<p><a name="Footnote_1341" id="Footnote_1341" href="#FNanchor_1341"><span class="label">[1341]</span></a> Le mot <i>seul</i> manque dans l'édition de 1639 et dans celles de 1648-57.</p> + +<p><a name="Footnote_1342" id="Footnote_1342" href="#FNanchor_1342"><span class="label">[1342]</span></a> <i>Var.</i> Bien que pour l'épouser je lui donne ma foi. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1343" id="Footnote_1343" href="#FNanchor_1343"><span class="label">[1343]</span></a> +<i>Var.</i> Un rien s'assemble mal avec un autre rien;<br /> +Mais si tu ménageois ma flamme avec adresse,<br /> +Une femme est sujette, une amante est maîtresse;<br /> +Les plaisirs sont plus grands à se voir moins souvent:<br /> +La femme les achète, et l'amante les vend;<br /> +Un amour par devoir bien aisément s'altère;<br /> +Les nœuds en sont plus forts quand il est volontaire;<br /> +Il hait toute contrainte, et son plus doux appas<a name="FNanchor_1343-a" id="FNanchor_1343-a" href="#Footnote_1343-a" class="fnanchor">[1343-a]</a><br /> +Se goûte quand on aime et qu'on peut n'aimer pas;<br /> +Seconde avec douceur celui que je te porte.<br /> +<span class="smcap">LYSE.</span> Vous me connoissez trop pour m'aimer de la sorte,<br /> +Et vous en parlez moins de votre sentiment<br /> +Qu'à dessein de railler par divertissement.<br /> +Je prends tout en riant comme vous me le dites:<br /> +[Allez continuer cependant vos visites.]<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Un peu de tes faveurs me rendroit plus content. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1343-a" id="Footnote_1343-a" href="#FNanchor_1343-a"><span class="label">[1343-a]</span></a> Voyez tome I, p. 148, note 485.</p> + +<p><a name="Footnote_1344" id="Footnote_1344" href="#FNanchor_1344"><span class="label">[1344]</span></a> Une double erreur typographique a défiguré ce vers et le suivant dans +l'édition de 1682:</p> + +<p class="left5">Et malgré les douceurs que l'amour déploie,<br /> +Deux malheurs ensemble ont toujours courte joie.</p> + +<p><a name="Footnote_1345" id="Footnote_1345" href="#FNanchor_1345"><span class="label">[1345]</span></a> +<i>Var.</i> De ce qu'à ses desirs ma raison fait d'injure. (1660 et 63)<br /> +<i>Var.</i> De ce qu'à ces desirs ma raison fait d'injure. (1664 et 68)</p> + +<p><a name="Footnote_1346" id="Footnote_1346" href="#FNanchor_1346"><span class="label">[1346]</span></a> <i>Var.</i> Aux lieux où vous trouvez votre heur et votre joie. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1347" id="Footnote_1347" href="#FNanchor_1347"><span class="label">[1347]</span></a> On lit <i>un autre</i> dans les éditions de 1664-82. Voyez tome I, p. 228, note 759.</p> + +<p><a name="Footnote_1348" id="Footnote_1348" href="#FNanchor_1348"><span class="label">[1348]</span></a> +<i>Var.</i> Souviens-toi donc.... <span class="smcap">LYSE.</span> De rien que m'ait pu dire....<br /> +<span class="smcap">CLIND.</span> Un amant.... <span class="smcap">LYSE.</span> Un causeur qui prend plaisir à rire<a name="FNanchor_1348-a" id="FNanchor_1348-a" href="#Footnote_1348-a" class="fnanchor">[1348-a]</a>. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1348-a" id="Footnote_1348-a" href="#FNanchor_1348-a"><span class="label">[1348-a]</span></a> La scène <span class="smcap">V</span> finit là dans les éditions indiquées.</p> + +<p><a name="Footnote_1349" id="Footnote_1349" href="#FNanchor_1349"><span class="label">[1349]</span></a> +<i>Var.</i> Et pour me suborner il contrefait l'amant!<br /> +Qui hait ma sainte ardeur m'aime dans l'infamie,<br /> +Me dédaigne pour femme, et me veut pour amie.<br /> +Perfide, qu'as-tu vu dedans mes actions,<br /> +Qui te dût enhardir à ces prétentions?<br /> +Qui t'a fait m'estimer digne d'être abusée,<br /> +Et juger mon honneur une conquête aisée?<br /> +J'ai tout pris en riant, mais c'étoit seulement. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1350" id="Footnote_1350" href="#FNanchor_1350"><span class="label">[1350]</span></a> +<i>Var.</i> Et ma feinte douceur te laissant espérer,<br /> +Te jette dans les rets que j'ai su préparer.<br /> +Va, traître, aime en tous lieux, et partage ton âme:<br /> +Choisis qui tu voudras pour maîtresse et pour femme;<br /> +Donne à l'une ton cœur, donne à l'autre ta foi;<br /> +Mais ne crois plus tromper Isabelle ni moi.<br /> +Ce long calme bientôt va tourner en tempête,<br /> +Et l'orage est tout prêt à fondre sur ta tête:<br /> +Surpris par un rival dans ce cher entretien,<br /> +Il vengera d'un coup son malheur et le mien.<br /> +Toutefois qu'as-tu fait qui t'en rende coupable<a name="FNanchor_1350-a" id="FNanchor_1350-a" href="#Footnote_1350-a" class="fnanchor">[1350-a]</a>? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1350-a" id="Footnote_1350-a" href="#FNanchor_1350-a"><span class="label">[1350-a]</span></a> [Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable?] (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1351" id="Footnote_1351" href="#FNanchor_1351"><span class="label">[1351]</span></a> +<i>Var.</i> Oublions les projets de sa flamme maudite,<br /> +[Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.]<br /> +Que de pensers divers en mon cœur amoureux,<br /> +Et que je sens dans l'âme un combat rigoureux!<br /> +Perdre qui me chérit! épargner qui m'affronte!<br /> +Ruiner ce que j'aime! aimer qui veut ma honte!<br /> +L'amour produira-t-il un si cruel effet?<br /> +L'impudent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait<a name="FNanchor_1351-a" id="FNanchor_1351-a" href="#Footnote_1351-a" class="fnanchor">[1351-a]</a>?<br /> +Mon amour me séduit, et ma haine m'emporte,<br /> +L'une peut tout sur moi, l'autre n'est pas moins forte:<br /> +N'écoutons plus l'amour pour un tel suborneur,<br /> +Et laissons à la haine assurer mon honneur. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1351-a" id="Footnote_1351-a" href="#FNanchor_1351-a"><span class="label">[1351-a]</span></a> L'insolent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait? (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1352" id="Footnote_1352" href="#FNanchor_1352"><span class="label">[1352]</span></a> <i>Var.</i> Puisque ton faux espoir n'a fait qu'aigrir ma peine. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_1353" id="Footnote_1353" href="#FNanchor_1353"><span class="label">[1353]</span></a> <i>Var.</i> Coulons-nous en faveur des ombres de la nuit. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1354" id="Footnote_1354" href="#FNanchor_1354"><span class="label">[1354]</span></a> <i>Var.</i> J'ai le corps tout glacé, je ne saurois courir. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1355" id="Footnote_1355" href="#FNanchor_1355"><span class="label">[1355]</span></a> Cette indication manque dans l'édition de 1639 et dans celles de 1648-60.</p> + +<p><a name="Footnote_1356" id="Footnote_1356" href="#FNanchor_1356"><span class="label">[1356]</span></a> +<i>Var.</i> Notre baron d'ailleurs est devenu jaloux,<br /> +Et c'est aussi pourquoi je vous ai fait descendre;<br /> +Dedans mon cabinet ils nous pourroient surprendre;<br /> +Ici nous causerons en plus de sûreté. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1357" id="Footnote_1357" href="#FNanchor_1357"><span class="label">[1357]</span></a> +<i>Var.</i> Je n'en puis prendre trop pour conserver un bien<br /> +Sans qui tout l'univers ensemble ne m'est rien:<br /> +Oui, je fais plus d'état d'avoir gagné votre âme,<br /> +Que si tout l'univers me connoissoit pour dame.<br /> +[Un rival par mon père attaque en vain ma foi.] (1639-57)<br /> +<i>Var.</i> Je n'en puis prendre trop pour m'assurer un bien. (1660-68)</p> + +<p><a name="Footnote_1358" id="Footnote_1358" href="#FNanchor_1358"><span class="label">[1358]</span></a> <i>Var.</i> Mais pour vous je me plais à être mal traitée<a name="FNanchor_1358-a" id="FNanchor_1358-a" href="#Footnote_1358-a" class="fnanchor">[1358-a]</a>. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1358-a" id="Footnote_1358-a" href="#FNanchor_1358-a"><span class="label">[1358-a]</span></a> Nous avons vu déjà des exemples d'hiatus au tome I, p. 173, note 3, et +à la page 188, nota 2, de ce volume.</p> + +<p><a name="Footnote_1359" id="Footnote_1359" href="#FNanchor_1359"><span class="label">[1359]</span></a> +<i>Var.</i> Il n'est point de tourments qui ne me semblent doux,<br /> +Si ma fidélité les endure pour vous. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1360" id="Footnote_1360" href="#FNanchor_1360"><span class="label">[1360]</span></a> <i>Var.</i> Vous verrez que ce choix n'est pas tant inégal. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1361" id="Footnote_1361" href="#FNanchor_1361"><span class="label">[1361]</span></a> <i>Var.</i> Et que, tout balancé, je vaux bien un rival. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1362" id="Footnote_1362" href="#FNanchor_1362"><span class="label">[1362]</span></a> <i>Var.</i> Cependant, mon souci, permettez-moi de craindre. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1363" id="Footnote_1363" href="#FNanchor_1363"><span class="label">[1363]</span></a> <i>Var.</i> J'en sais bien le remède, et croyez qu'en ce cas. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1364" id="Footnote_1364" href="#FNanchor_1364"><span class="label">[1364]</span></a> <i>Var.</i> Il suffit que sur moi je me rende absolue. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1365" id="Footnote_1365" href="#FNanchor_1365"><span class="label">[1365]</span></a> +<i>Var.</i> Que leurs plus grands efforts sont des efforts en l'air,<br /> +Et que.... <span class="smcap">MAT.</span> C'est trop souffrir: il est temps de parler. (1639-57)<br /> +<i>Var.</i> Ainsi tous leurs projets sont des projets en l'air. (1660-63)</p> + +<p><a name="Footnote_1366" id="Footnote_1366" href="#FNanchor_1366"><span class="label">[1366]</span></a> Dans l'édition de 1692, on lit à la suite de ce vers: <i>Isabelle rentre.</i></p> + +<p><a name="Footnote_1367" id="Footnote_1367" href="#FNanchor_1367"><span class="label">[1367]</span></a> <i>Var.</i> <i>Le tirant à un coin du théâtre.</i> (1644-60)—Cette indication ne se +trouve pas dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1368" id="Footnote_1368" href="#FNanchor_1368"><span class="label">[1368]</span></a> <i>Var.</i> Oui, j'ai pris votre place, et vous ai mis dehors. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1369" id="Footnote_1369" href="#FNanchor_1369"><span class="label">[1369]</span></a> <i>Var.</i> Choisis donc promptement, et songe à tes affaires. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1370" id="Footnote_1370" href="#FNanchor_1370"><span class="label">[1370]</span></a> On lit <i>ses valets</i> dans les éditions de 1644, de 1652 et de 1654.</p> + +<p><a name="Footnote_1371" id="Footnote_1371" href="#FNanchor_1371"><span class="label">[1371]</span></a> Par une erreur singulière, on a imprimé dans les éditions de 1652-57: +J'ai déjà massacré dix hommes <i>en</i> cette nuit.</p> + +<p><a name="Footnote_1372" id="Footnote_1372" href="#FNanchor_1372"><span class="label">[1372]</span></a> +<i>Var.</i> Demande-moi pardon, et quitte cet objet,<br /> +Dont les perfections m'ont rendu son sujet. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1373" id="Footnote_1373" href="#FNanchor_1373"><span class="label">[1373]</span></a> +<i>Var.</i> Commandez que sa foi soit d'un baiser suivie.<br /> +<span class="smcap">MAT.</span> Je le veux.</p> + +<p><span class="left10">SCÈNE XI.</span><br /> +<span class="left5">GÉRONTE, ADRASTE, <span class="smcap">ETC.</span><br /> +<span class="i8 smcap">ADR.</span> Ce baiser te va coûter la vie. (1639-57)</span></p> + +<p><a name="Footnote_1374" id="Footnote_1374" href="#FNanchor_1374"><span class="label">[1374]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">TROUPES DE DOMESTIQUES</span>. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1375" id="Footnote_1375" href="#FNanchor_1375"><span class="label">[1375]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1376" id="Footnote_1376" href="#FNanchor_1376"><span class="label">[1376]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">GÉRONTE</span>, <i>survenant</i>. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_1377" id="Footnote_1377" href="#FNanchor_1377"><span class="label">[1377]</span></a> <i>Var.</i> Hélas! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_1378" id="Footnote_1378" href="#FNanchor_1378"><span class="label">[1378]</span></a> <i>Var.</i> Doit faire agir demain un pouvoir tyrannique<a name="FNanchor_1378-a" id="FNanchor_1378-a" href="#Footnote_1378-a" class="fnanchor">[1378-a]</a>. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1378-a" id="Footnote_1378-a" href="#FNanchor_1378-a"><span class="label">[1378-a]</span></a> On lit dans l'édition de 1654: +<span class="left5">Doit faire agir <i>pour moi</i> un pouvoir tyrannique,</span></p> + +<p>ce qui fait un non-sens et un hiatus.</p> + +<p><a name="Footnote_1379" id="Footnote_1379" href="#FNanchor_1379"><span class="label">[1379]</span></a> <i>Var.</i> La faveur du pays, l'autorité du mort. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1380" id="Footnote_1380" href="#FNanchor_1380"><span class="label">[1380]</span></a> <i>Var.</i> C'est de m'avoir aimée et d'être trop parfait! (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1381" id="Footnote_1381" href="#FNanchor_1381"><span class="label">[1381]</span></a> +<i>Var.</i> [T'ayant acquis mon cœur, ont fait aussi ton crime.]<br /> +Contre elles un jaloux fit son traître dessein<a name="FNanchor_1381-a" id="FNanchor_1381-a" href="#Footnote_1381-a" class="fnanchor">[1381-a]</a>,<br /> +Et reçut le trépas qu'il portoit dans ton sein.<br /> +Qu'il eût valu bien mieux à ta valeur trompée<br /> +Offrir ton estomac ouvert à son épée,<br /> +Puisque, loin de punir ceux qui t'ont attaqué,<br /> +Les lois vont achever le coup qu'ils ont manqué!<br /> +Tu fusses mort alors, mais sans ignominie:<br /> +Ta mort n'eût point laissé ta mémoire ternie;<br /> +On n'eût point vu le foible opprimé du puissant,<br /> +Ni mon pays souillé du sang d'un innocent,<br /> +Ni Thémis endurer l'indigne violence<br /> +Qui pour l'assassiner emprunte sa balance<a name="FNanchor_1381-b" id="FNanchor_1381-b" href="#Footnote_1381-b" class="fnanchor">[1381-b]</a>.<br /> +Hélas! et de quoi sert à mon cœur enflammé<a name="FNanchor_1381-c" id="FNanchor_1381-c" href="#Footnote_1381-c" class="fnanchor">[1381-c]</a><br /> +D'avoir fait un beau choix et d'avoir bien aimé,<br /> +Si mon amour fatal te conduit au supplice<br /> +Et m'apprête à moi-même un mortel précipice?<br /> +Car en vain après toi l'on me laisse le jour. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1381-a" id="Footnote_1381-a" href="#FNanchor_1381-a"><span class="label">[1381-a]</span></a> Contre elles un jaloux forma son noir dessein. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_1381-b" id="Footnote_1381-b" href="#FNanchor_1381-b"><span class="label">[1381-b]</span></a> Qui pour t'assassiner emprunte sa balance. (1648 et 60)</p> + +<p><a name="Footnote_1381-c" id="Footnote_1381-c" href="#FNanchor_1381-c"><span class="label">[1381-c]</span></a> De quoi sert à mon cœur si vivement charmé. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_1382" id="Footnote_1382" href="#FNanchor_1382"><span class="label">[1382]</span></a> +<i>Var.</i> Et remet plus avant dans ma triste pensée<br /> +L'aimable souvenir de mon amour passée. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1383" id="Footnote_1383" href="#FNanchor_1383"><span class="label">[1383]</span></a> <i>Var.</i> L'un est mort, et demain l'autre perdra la vie. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1384" id="Footnote_1384" href="#FNanchor_1384"><span class="label">[1384]</span></a> <i>Var.</i> Impudente, oses-tu me tenir ces paroles? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1385" id="Footnote_1385" href="#FNanchor_1385"><span class="label">[1385]</span></a> <i>Var.</i> Et puis après cela jugez si je vous aime. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1386" id="Footnote_1386" href="#FNanchor_1386"><span class="label">[1386]</span></a> <i>Var.</i> Va, ne m'informe<a name="FNanchor_1386-a" id="FNanchor_1386-a" href="#Footnote_1386-a" class="fnanchor">[1386-a]</a> plus si je suivrois sa fuite. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1386-a" id="Footnote_1386-a" href="#FNanchor_1386-a"><span class="label">[1386-a]</span></a> Voyez tome I, p. 472, note 1532.</p> + +<p><a name="Footnote_1387" id="Footnote_1387" href="#FNanchor_1387"><span class="label">[1387]</span></a> <i>Var.</i> La prison est fort proche. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_1388" id="Footnote_1388" href="#FNanchor_1388"><span class="label">[1388]</span></a> Les éditions de 1664-82 donnent <i>mourrois</i>, pour <i>mourois</i>, ce qui ne nous +paraît pas offrir de sens.</p> + +<p><a name="Footnote_1389" id="Footnote_1389" href="#FNanchor_1389"><span class="label">[1389]</span></a> <i>Var.</i> Moi de prendre mon temps, que sa bonne fortune. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1390" id="Footnote_1390" href="#FNanchor_1390"><span class="label">[1390]</span></a> <i>Var.</i> Ç'ai-je, dit; tu peux tout, et ton frère est absent. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1391" id="Footnote_1391" href="#FNanchor_1391"><span class="label">[1391]</span></a> <i>Var.</i> Lui faire offre en ce cas de tout ce que j'avois. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1392" id="Footnote_1392" href="#FNanchor_1392"><span class="label">[1392]</span></a> +<i>Var.</i><span class="i9">J'ai bien fait encor pire:</span><br /> +J'ai dit que c'est pour vous que ce captif soupire,<br /> +Que vous l'aimiez de même et fuiriez avec nous. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1393" id="Footnote_1393" href="#FNanchor_1393"><span class="label">[1393]</span></a> L'édition de 1639 porte <i>fantasie</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1394" id="Footnote_1394" href="#FNanchor_1394"><span class="label">[1394]</span></a> +<i>Var.</i> Et que tous ces délais provenoient seulement. (1639, 44 et 52-57)<br /> +<i>Var.</i> Et que tous ses délais provenoient seulement. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_1395" id="Footnote_1395" href="#FNanchor_1395"><span class="label">[1395]</span></a> L'édition de 1682 donne à tort: <i>pour moi</i>, au lieu de: <i>par moi</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1396" id="Footnote_1396" href="#FNanchor_1396"><span class="label">[1396]</span></a> +<i>Var.</i> Qu'il alloit y pourvoir, et que vers la mi-nuit<br /> +Vous fussiez toute prête à déloger sans bruit. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1397" id="Footnote_1397" href="#FNanchor_1397"><span class="label">[1397]</span></a> +<i>Var.</i> Allez, ployez bagage, et n'épargnez en somme<br /> +Ni votre cabinet, ni celui du bonhomme. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1398" id="Footnote_1398" href="#FNanchor_1398"><span class="label">[1398]</span></a> <i>Var.</i> Allons faire le coup ensemble. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1399" id="Footnote_1399" href="#FNanchor_1399"><span class="label">[1399]</span></a> +<i>Var.</i> [J'espère aussi, Clindor, que pour reconnoissance,]<br /> +Tu réduiras pour moi tes vœux dans l'innocence,<br /> +Qu'un mari me tenant en sa possession,<br /> +Sa présence vaincra ta folle passion,<br /> +Ou que, si cette ardeur encore te possède,<br /> +Ma maîtresse avertie y mettra bon remède<a name="FNanchor_1399-a" id="FNanchor_1399-a" href="#Footnote_1399-a" class="fnanchor">[1399-a]</a>. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1399-a" id="Footnote_1399-a" href="#FNanchor_1399-a"><span class="label">[1399-a]</span></a> La scène III finit là dans les éditions indiquées.</p> + +<p><a name="Footnote_1400" id="Footnote_1400" href="#FNanchor_1400"><span class="label">[1400]</span></a> +<i>Var.</i> Qu'il s'est caché de peur dans la chambre aux fagots.<br /> +<span class="smcap">MAT.</span> De peur? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1401" id="Footnote_1401" href="#FNanchor_1401"><span class="label">[1401]</span></a> A ce vers, et un peu plus bas au vers 1177, toutes les éditions portent +<i>ambrosie</i>, excepté celle de 1639, où on lit <i>ambroisie</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1402" id="Footnote_1402" href="#FNanchor_1402"><span class="label">[1402]</span></a> <i>Var.</i> Je le vais réparer. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1403" id="Footnote_1403" href="#FNanchor_1403"><span class="label">[1403]</span></a> <i>Var.</i> Madame, grâce aux Dieux, tout va le mieux du monde. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1404" id="Footnote_1404" href="#FNanchor_1404"><span class="label">[1404]</span></a> +<i>Var.</i> Ah! que tu me ravis! et quel digne salaire<br /> +Pourrai-je présenter à mon dieu tutélaire?<br /> +<span class="smcap">LE GEÔL.</span> Voici la récompense où mon desir prétend.<br /> +<span class="smcap">ISAB.</span> Lyse, il faut se résoudre à le rendre content. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1405" id="Footnote_1405" href="#FNanchor_1405"><span class="label">[1405]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LE GEÔLIER</span>, <i>montrant Lyse</i>. (1660)</p> + +<p><a name="Footnote_1406" id="Footnote_1406" href="#FNanchor_1406"><span class="label">[1406]</span></a> L'édition de 1639 porte: «par ces ruines;» celle de 1657: «de ses +ruines.» Ce sont vraisemblablement deux fautes.</p> + +<p><a name="Footnote_1407" id="Footnote_1407" href="#FNanchor_1407"><span class="label">[1407]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il est en prison.</i> (1663, en marge.)</p> + +<p><a name="Footnote_1408" id="Footnote_1408" href="#FNanchor_1408"><span class="label">[1408]</span></a> <i>Var.</i> Vous avez de douceurs et de charmes pour moi! (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1409" id="Footnote_1409" href="#FNanchor_1409"><span class="label">[1409]</span></a> <i>Var.</i> Viendront en mon esprit figurer mes malheurs. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_1410" id="Footnote_1410" href="#FNanchor_1410"><span class="label">[1410]</span></a> +<i>Var.</i> Pour déguiser la honte et l'horreur d'un supplice!<br /> +Il faut mourir enfin, et quitter ces beaux yeux. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1411" id="Footnote_1411" href="#FNanchor_1411"><span class="label">[1411]</span></a> <i>Var.</i> L'ombre d'un meurtrier cause encor ma ruine. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1412" id="Footnote_1412" href="#FNanchor_1412"><span class="label">[1412]</span></a> Dans l'édition de 1682, on lit ainsi ce vers:</p> + +<p class="left5">De qui les passions s'arment d'autorité.</p> + +<p>C'est sans doute encore une faute. Au vers 1259 il y a, autre erreur, <i>prenant</i>, +pour <i>prennent</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1413" id="Footnote_1413" href="#FNanchor_1413"><span class="label">[1413]</span></a> <i>Var.</i> Demain de mon courage ils doivent faire un crime. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1414" id="Footnote_1414" href="#FNanchor_1414"><span class="label">[1414]</span></a> <i>Var.</i> Je frémis au penser de ma triste aventure<a name="FNanchor_1414-a" id="FNanchor_1414-a" href="#Footnote_1414-a" class="fnanchor">[1414-a]</a>. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1414-a" id="Footnote_1414-a" href="#FNanchor_1414-a"><span class="label">[1414-a]</span></a> L'édition de 1657 porte, évidemment par erreur: «d'une triste aventure.»</p> + +<p><a name="Footnote_1415" id="Footnote_1415" href="#FNanchor_1415"><span class="label">[1415]</span></a> <i>Var.</i> De l'amas insolent du peuple qui me suit. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_1416" id="Footnote_1416" href="#FNanchor_1416"><span class="label">[1416]</span></a> <i>Var.</i> Je ne découvre rien propre à me secourir. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1417" id="Footnote_1417" href="#FNanchor_1417"><span class="label">[1417]</span></a> <i>Var.</i> Aussitôt que je pense à tes divins attraits. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1418" id="Footnote_1418" href="#FNanchor_1418"><span class="label">[1418]</span></a> Voyez tome I, p. 205, note 687.</p> + +<p><a name="Footnote_1419" id="Footnote_1419" href="#FNanchor_1419"><span class="label">[1419]</span></a> <i>Var.</i> <i>Isabelle et Lyse paroissent à quartier.</i> (1663, en marge.)—Cette +indication manque dans les éditions de 1639-57.—<i>A quartier</i>, à l'écart. Voyez +tome I, p. 93, note 382.</p> + +<p><a name="Footnote_1420" id="Footnote_1420" href="#FNanchor_1420"><span class="label">[1420]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">ISABELLE</span>, <i>cependant que le Geôlier, etc.</i> (1660)—Ce jeu de scène +manque dans les éditions de 1639-57.</p> + +<p><a name="Footnote_1421" id="Footnote_1421" href="#FNanchor_1421"><span class="label">[1421]</span></a> <i>Var.</i> Ma chère âme, est-ce vous? surprises adorables! (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1422" id="Footnote_1422" href="#FNanchor_1422"><span class="label">[1422]</span></a> +<i>Var.</i> Mon heur! [<span class="smcap">LE GEÔL.</span> Ne perdons point le temps à ces caresses.] (1639-54)<br /> +<i>Var.</i> Mon heur! <span class="smcap">LE GEÔL.</span> Ne perdons point de temps à ces caresses. (1657)</p> + +<p><a name="Footnote_1423" id="Footnote_1423" href="#FNanchor_1423"><span class="label">[1423]</span></a> <i>Var.</i> Nous aurons tout loisir de baiser nos maîtresses. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1424" id="Footnote_1424" href="#FNanchor_1424"><span class="label">[1424]</span></a> +<i>Var.</i> Sur un gage si bon j'ose tout hasarder.<br /> +<span class="smcap">LE GEÔL.</span> Nous nous amusons trop, hâtons-nous d'évader. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1425" id="Footnote_1425" href="#FNanchor_1425"><span class="label">[1425]</span></a> Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de 1682.—L'édition de 1639, +également par erreur, porte <i>leurs amours et leurs fuites</i>: la rime s'oppose à +ce pluriel.</p> + +<p><a name="Footnote_1426" id="Footnote_1426" href="#FNanchor_1426"><span class="label">[1426]</span></a> <i>Var.</i> Cette condition m'en ôtera l'envie. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1427" id="Footnote_1427" href="#FNanchor_1427"><span class="label">[1427]</span></a> En tête de cette scène et des suivantes, les indications placées après les +noms des personnages ont été omises dans l'édition de 1639.</p> + +<p><a name="Footnote_1428" id="Footnote_1428" href="#FNanchor_1428"><span class="label">[1428]</span></a> L'édition de 1682 porte seule: «que mon âme <i>en</i> ressent.»</p> + +<p><a name="Footnote_1429" id="Footnote_1429" href="#FNanchor_1429"><span class="label">[1429]</span></a> <i>Var.</i> Vous feriez beaucoup mieux de tout dissimuler. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1430" id="Footnote_1430" href="#FNanchor_1430"><span class="label">[1430]</span></a> <i>Var.</i> Ce n'est pas bien à nous d'avoir des jalousies. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1431" id="Footnote_1431" href="#FNanchor_1431"><span class="label">[1431]</span></a> Ici, comme plus haut, l'édition de 1639 porte <i>fantasies</i>. Voyez le +vers 1110 (p.<a href="#Page_500"> 500</a>).</p> + +<p><a name="Footnote_1432" id="Footnote_1432" href="#FNanchor_1432"><span class="label">[1432]</span></a> <i>Var.</i> Il est toujours le maître, et tout votre discours. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1433" id="Footnote_1433" href="#FNanchor_1433"><span class="label">[1433]</span></a> <i>Var.</i> Un autre aura son cœur, et moi le nom de femme. (1639 et 57)</p> + +<p><a name="Footnote_1434" id="Footnote_1434" href="#FNanchor_1434"><span class="label">[1434]</span></a> +<i>Var.</i> Madame, leur honneur a des règles à part,<br /> +Où le votre se perd, le leur est sans hasard<a name="FNanchor_1434-a" id="FNanchor_1434-a" href="#Footnote_1434-a" class="fnanchor">[1434-a]</a>,<br /> +Et la même action entre eux et nous commune<br /> +Est pour nous déshonneur, pour eux bonne fortune.<br /> +La chasteté n'est plus la vertu d'un mari;<br /> +La princesse du vôtre a fait son favori:<br /> +Sa réputation croîtra par ses caresses;<br /> +[L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.] (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1434-a" id="Footnote_1434-a" href="#FNanchor_1434-a"><span class="label">[1434-a]</span></a> Où le nôtre se perd, le leur est sans hasard. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1435" id="Footnote_1435" href="#FNanchor_1435"><span class="label">[1435]</span></a> <i>Var.</i> Un homme comme lui tombe dans l'infamie. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1436" id="Footnote_1436" href="#FNanchor_1436"><span class="label">[1436]</span></a> +<i>Var.</i> Sont-ce là les faveurs que vous m'aviez promises?<br /> +Où sont tant de baisers dont votre affection<br /> +Devoit être prodigue à ma réception?<br /> +Voici l'heure et le lieu, l'occasion est belle:<br /> +Je suis seul, vous n'avez que cette damoiselle,<br /> +Dont la dextérité ménagea nos amours;<br /> +Le temps est précieux, et vous fuyez toujours.<br /> +Vous voulez, je m'assure, avec ces artifices,<br /> +Que les difficultés augmentent nos délices.<br /> +A la fin je vous tiens. Quoi! vous me repoussez!<br /> +Que craignez-vous encor? Mauvaise, c'est assez:<br /> +[Florilame est absent, ma jalouse endormie.] (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1437" id="Footnote_1437" href="#FNanchor_1437"><span class="label">[1437]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur, <i>jalousie</i>, pour <i>jalouse</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1438" id="Footnote_1438" href="#FNanchor_1438"><span class="label">[1438]</span></a> <i>Var.</i> Je l'ai quitté pourtant pour suivre ta misère. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1439" id="Footnote_1439" href="#FNanchor_1439"><span class="label">[1439]</span></a> <i>Var.</i> Ne pouvant être à toi de son consentement. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1440" id="Footnote_1440" href="#FNanchor_1440"><span class="label">[1440]</span></a> +<i>Var.</i> Rends-moi dedans le sein dont tu m'as arrachée.<br /> +Je t'aime, et mon amour m'a fait tout hasarder. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1441" id="Footnote_1441" href="#FNanchor_1441"><span class="label">[1441]</span></a> <i>Var.</i> Non pas pour tes grandeurs, mais pour te posséder. (1639-60)</p> + +<p><a name="Footnote_1442" id="Footnote_1442" href="#FNanchor_1442"><span class="label">[1442]</span></a> Voyez tome 1, p. 148, note 485.</p> + +<p><a name="Footnote_1443" id="Footnote_1443" href="#FNanchor_1443"><span class="label">[1443]</span></a> <i>Var.</i> L'autre exposa ma tête en cent et cent dangers. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1444" id="Footnote_1444" href="#FNanchor_1444"><span class="label">[1444]</span></a> +<i>Var.</i> Retourne en ton pays avecque tous tes biens<br /> +Chercher un rang pareil à celui que tu tiens.<br /> +Qui te manque après tout? de quoi peux-tu te plaindre? (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1445" id="Footnote_1445" href="#FNanchor_1445"><span class="label">[1445]</span></a> <i>Var.</i> Qu'un mari les adore, et qu'une amour extrême. (1639-54)</p> + +<p><a name="Footnote_1446" id="Footnote_1446" href="#FNanchor_1446"><span class="label">[1446]</span></a> Voici les différentes manières dont ce vers a été imprimé dans les différentes +éditions:</p> + +<p class="left5">A leur bigearre humeur ce soumette lui-même. (1639)<br /> +A leur bigearre humeur le soumettre lui-même. (1644)<br /> +A leur bigearre humeur se soumette lui-même. (1648-54)<br /> +A leur bizarre humeur se soumettre lui-même. (1657)<br /> +A leur bigearre humeur le soumette lui-même. (1660)<br /> +A leur bizarre humeur le soumettre lui-même. (1663-82)</p> + +<p>Nous avons cru devoir adopter la leçon de 1660, en substituant <i>bizarre à +bigearre</i>, comme l'ont fait les éditions suivantes.</p> + +<p><a name="Footnote_1447" id="Footnote_1447" href="#FNanchor_1447"><span class="label">[1447]</span></a> +<i>Var.</i> Fait-il la moindre brèche à la foi conjugale. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1448" id="Footnote_1448" href="#FNanchor_1448"><span class="label">[1448]</span></a> +<i>Var.</i> Laisse mon intérêt: songe à qui tu le dois. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1449" id="Footnote_1449" href="#FNanchor_1449"><span class="label">[1449]</span></a> <i>Var.</i> Par ces soins redoublés n'es-tu pas aujourd'hui. (1648)</p> + +<p><a name="Footnote_1450" id="Footnote_1450" href="#FNanchor_1450"><span class="label">[1450]</span></a> +<i>Var.</i> Et pour remercîment tu vas souiller sa couche!<br /> +Dans ta brutalité trouve quelque raison,<br /> +Et contre ses faveurs défends ta trahison. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1451" id="Footnote_1451" href="#FNanchor_1451"><span class="label">[1451]</span></a> Les éditions de 1639 et de 1663 écrivent: <i>les biens faits</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_1452" id="Footnote_1452" href="#FNanchor_1452"><span class="label">[1452]</span></a> <i>Var.</i> Je t'aime, et si l'amour qui m'a surpris le cœur. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1453" id="Footnote_1453" href="#FNanchor_1453"><span class="label">[1453]</span></a> <i>Var.</i> Mais en vain contre lui l'on tâche à résister. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1454" id="Footnote_1454" href="#FNanchor_1454"><span class="label">[1454]</span></a> +<i>Var.</i> Ce dieu même à présent malgré moi m'a réduit<a name="FNanchor_1454-a" id="FNanchor_1454-a" href="#Footnote_1454-a" class="fnanchor">[1454-a]</a><br /> +A te faire un larcin des plaisirs d'une nuit.<br /> +A mes sens déréglés souffre cette licence:<br /> +Une pareille amour meurt dans la jouissance,<br /> +Celle dont la vertu n'est point le fondement. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1454-a" id="Footnote_1454-a" href="#FNanchor_1454-a"><span class="label">[1454-a]</span></a> Ce dieu même à présent malgré moi me réduit. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1455" id="Footnote_1455" href="#FNanchor_1455"><span class="label">[1455]</span></a> <i>Var.</i> Mais celle qui nous joint est une amour solide. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1456" id="Footnote_1456" href="#FNanchor_1456"><span class="label">[1456]</span></a> +<i>Var.</i> Dont les fermes liens durent jusqu'au trépas,<br /> +Et dont la jouissance a de nouveaux appas. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1457" id="Footnote_1457" href="#FNanchor_1457"><span class="label">[1457]</span></a> Le participe est au féminin dans toutes les éditions antérieures à 1664; +dans les impressions de 1664, 1668, 1682, et même encore dans celle de 1692, +il y a <i>fait</i>, sans accord.</p> + +<p><a name="Footnote_1458" id="Footnote_1458" href="#FNanchor_1458"><span class="label">[1458]</span></a> <i>Var.</i> Et n'affoiblit en rien un conjugal amour. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1459" id="Footnote_1459" href="#FNanchor_1459"><span class="label">[1459]</span></a> <i>Var.</i> Je vois qu'on me trahit, et je crois que l'on m'aime.(1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1460" id="Footnote_1460" href="#FNanchor_1460"><span class="label">[1460]</span></a> <i>Var.</i> Pourvu qu'à tout le moins tu changes sans danger. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1461" id="Footnote_1461" href="#FNanchor_1461"><span class="label">[1461]</span></a> <i>Var.</i> Attire encor sur moi les restes de ta peine. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1462" id="Footnote_1462" href="#FNanchor_1462"><span class="label">[1462]</span></a> <i>Var.</i> Adieu: je vais du moins, en mourant devant toi. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1463" id="Footnote_1463" href="#FNanchor_1463"><span class="label">[1463]</span></a> <i>Var.</i> Conspirent désormais à lui faire la guerre. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1464" id="Footnote_1464" href="#FNanchor_1464"><span class="label">[1464]</span></a> Voyez au <i>Complément des variantes</i>, p. <a href="#Page_524">524</a>.</p> + +<p><a name="Footnote_1465" id="Footnote_1465" href="#FNanchor_1465"><span class="label">[1465]</span></a> Le <i>concierge</i> et le <i>portier</i> avaient des attributions fort différentes, que +Chapuzeau nous fait connaître en ces termes, en 1674, dans son <i>Théâtre +françois</i>: «Le <i>concierge</i> a soin d'ouvrir l'hôtel et de le fermer, de le tenir +propre et en bon ordre, et après la comédie de visiter exactement partout, +de peur d'accident du feu.» (P. 237.)—«Les <i>portiers</i>, en pareil nombre +que les contrôleurs et aux mêmes portes, sont commis pour empêcher les +désordres qui pourroient survenir; et pour cette fonction, avant les défenses +étroites du Roi d'entrer sans payer, on faisoit choix d'un brave, mais qui +d'ailleurs sût discerner les honnêtes gens d'avec ceux qui n'en portent pas la +mine. Ils arrêtent ceux qui voudroient passer outre sans billet, et les avertissent +d'en aller prendre au bureau, ce qu'ils font avec civilité, ayant ordre +d'en user envers tout le monde, pourvu qu'on n'en vienne à aucune violence. +L'Hôtel de Bourgogne ne s'en sert plus, à la réserve de la porte du théâtre; et +en vertu de la déclaration du Roi, elle prend des soldats du régiment de ses +gardes autant qu'il est nécessaire: ce que l'autre troupe qui a des portiers peut +faire aussi au besoin. C'est ainsi que tous les désordres ont été bannis, et que +le bourgeois peut venir avec plus de plaisir à la comédie.» (P. 242.)—Quant +à la manière dont on partageait la recette, voyez la <i>Notice</i>, p. 427.</p> + +<p><a name="Footnote_1466" id="Footnote_1466" href="#FNanchor_1466"><span class="label">[1466]</span></a> <i>Var.</i> <i>On tire un rideau, et on voit tous les comédiens qui partagent leur +argent.</i> (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1467" id="Footnote_1467" href="#FNanchor_1467"><span class="label">[1467]</span></a> +<i>Var.</i> Je vois Clindor, Rosine! ah, Dieux! quelle surprise!<br /> +Je vois leur assassin, je vois sa femme et Lyse! (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1468" id="Footnote_1468" href="#FNanchor_1468"><span class="label">[1468]</span></a> <i>Var.</i> Leurs vers font leur combat<a name="FNanchor_1468-a" id="FNanchor_1468-a" href="#Footnote_1468-a" class="fnanchor">[1468-a]</a>, leur mort suit leurs paroles. (1654-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1468-a" id="Footnote_1468-a" href="#FNanchor_1468-a"><span class="label">[1468-a]</span></a> L'édition de 1639 porte <i>leur combats</i>. Faut-il lire <i>leur combat</i>, ou <i>leurs +combats</i>?</p> + +<p><a name="Footnote_1469" id="Footnote_1469" href="#FNanchor_1469"><span class="label">[1469]</span></a> <i>Var.</i> Tous les quatre, au besoin, en ont fait leur asile. (1639-59)</p> + +<p><a name="Footnote_1470" id="Footnote_1470" href="#FNanchor_1470"><span class="label">[1470]</span></a> <i>Var.</i> Son adultère amour, son trépas impourvu<a name="FNanchor_1470-a" id="FNanchor_1470-a" href="#Footnote_1470-a" class="fnanchor">[1470-a]</a>. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1470-a" id="Footnote_1470-a" href="#FNanchor_1470-a"><span class="label">[1470-a]</span></a> Voyez tome I, p. 183, note 613.</p> + +<p><a name="Footnote_1471" id="Footnote_1471" href="#FNanchor_1471"><span class="label">[1471]</span></a> <i>Var.</i> Par où ses compagnons et lui dans leur métier. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1472" id="Footnote_1472" href="#FNanchor_1472"><span class="label">[1472]</span></a> <i>Var.</i> Ravissant dans Paris un peuple tout entier. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1473" id="Footnote_1473" href="#FNanchor_1473"><span class="label">[1473]</span></a> <i>Var.</i> Est en un point si haut qu'un chacun l'idolâtre. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1474" id="Footnote_1474" href="#FNanchor_1474"><span class="label">[1474]</span></a> <i>Var.</i> Parmi leurs passe-temps il tient les premiers rangs. (1639-64)</p> + +<p><a name="Footnote_1475" id="Footnote_1475" href="#FNanchor_1475"><span class="label">[1475]</span></a> <i>Var.</i> S'il faut par la richesse estimer les personnes. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1476" id="Footnote_1476" href="#FNanchor_1476"><span class="label">[1476]</span></a> <i>Var.</i> Plus de biens et d'honneur qu'il n'eût trouvé chez vous. (1639-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1477" id="Footnote_1477" href="#FNanchor_1477"><span class="label">[1477]</span></a> <i>Var.</i> A banni cette erreur avecque la tristesse. (1639)</p> + +<p><a name="Footnote_1478" id="Footnote_1478" href="#FNanchor_1478"><span class="label">[1478]</span></a> <i>Var.</i> Quelles grâces ici ne vous dois-je pas rendre? (1652-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1479" id="Footnote_1479" href="#FNanchor_1479"><span class="label">[1479]</span></a> <span class="smcap">CLINDOR</span>, <i>représentant Théagène</i>. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1480" id="Footnote_1480" href="#FNanchor_1480"><span class="label">[1480]</span></a> Tu l'offensois alors, aujourd'hui tu m'offenses. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1481" id="Footnote_1481" href="#FNanchor_1481"><span class="label">[1481]</span></a> Crois-tu donc à mon cœur donner toujours la loi. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1482" id="Footnote_1482" href="#FNanchor_1482"><span class="label">[1482]</span></a> <span class="smcap">CLINDOR</span>, <i>représentant Théagène</i>. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1483" id="Footnote_1483" href="#FNanchor_1483"><span class="label">[1483]</span></a> <span class="smcap">ISABELLE</span>, <i>représentant Hippolyte</i>. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1484" id="Footnote_1484" href="#FNanchor_1484"><span class="label">[1484]</span></a> <span class="smcap">LYSE</span>, <i>représentant Clarine</i>. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1485" id="Footnote_1485" href="#FNanchor_1485"><span class="label">[1485]</span></a> <span class="smcap">Troupe de domestiques de Florilame.</span> (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1486" id="Footnote_1486" href="#FNanchor_1486"><span class="label">[1486]</span></a> Ce juste châtiment de vos lubriques feux. (1644-57)</p> + +<p><a name="Footnote_1487" id="Footnote_1487" href="#FNanchor_1487"><span class="label">[1487]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.</p> +</div> +</div> + +<h2 class="p4">TABLE DES MATIÈRES</h2> + +<h4>CONTENUES DANS LE DEUXIÈME VOLUME.</h4> +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="5" summary="TOC"> +<tr> + <td class="fl">LA GALERIE DU PALAIS, comédie</td> + <td valign="bottom" align="right"><a href="#Page_1">1</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Notice</td> + <td align="right"><a href="#Page_3">3</a></td> +</tr> +<tr> + <td> A Madame de Liancour</td> + <td align="right"><a href="#Page_10">10</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Examen</td> + <td align="right"><a href="#Page_11">11</a></td> +</tr> +<tr> + <td> <span class="smcap">La Galerie du Palais</span></td> + <td align="right"><a href="#Page_17">17</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="fl">LA SUIVANTE, comédie</td> + <td valign="bottom" align="right"><a href="#Page_113">113</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Notice</td> + <td><a href="#Page_115">115</a></td> +</tr> +<tr> + <td> A Monsieur ***</td> + <td><a href="#Page_116">116</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Examen</td> + <td><a href="#Page_120">120</a></td> +</tr> +<tr> + <td> <span class="smcap">La Suivante</span></td> + <td><a href="#Page_127">127</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="fl">PLACE ROYALE, comédie</td> + <td valign="bottom"><a href="#Page_215">215</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Notice</td> + <td><a href="#Page_217">217</a></td> +</tr> +<tr> + <td> A Monsieur ***</td> + <td align="right"><a href="#Page_219">219</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Examen</td> + <td><a href="#Page_221">221</a></td> +</tr> +<tr> + <td> <span class="smcap">La Place Royale</span></td> + <td><a href="#Page_225">225</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="fl">LA COMÉDIE DES TUILERIES, par les cinq auteurs (III<sup>e</sup> acte)</td> + <td valign="bottom"><a href="#Page_303">303</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Notice</td> + <td><a href="#Page_305">305</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Argument</td> + <td><a href="#Page_309">309</a></td> +</tr> +<tr> + <td> <span class="smcap">La Comédie des Tuileries</span> (III<sup>e</sup> <span class="smcap">acte)</span></td> + <td><a href="#Page_311">311</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="fl">MÉDÉE, tragédie</td> + <td valign="bottom"><a href="#Page_327">327</a> + <a name="Page_530" id="Page_530"></a></td> +</tr> +<tr> + <td> Notice</td> + <td><a href="#Page_329">329</a></td> +</tr> +<tr> + <td> A Monsieur P. T. N. G.</td> + <td><a href="#Page_332">332</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Examen</td> + <td><a href="#Page_333">333</a></td> +</tr> +<tr> + <td> <span class="smcap">Médée</span></td> + <td><a href="#Page_341">341</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="fl">L'ILLUSION, comédie</td> + <td valign="bottom"><a href="#Page_421">421</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Notice</td> + <td><a href="#Page_423">423</a></td> +</tr> +<tr> + <td> A Mademoiselle M. F. D. R.</td> + <td><a href="#Page_430">430</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Examen</td> + <td align="right"><a href="#Page_432">432</a></td> +</tr> +<tr> + <td> <span class="smcap">L'Illusion</span></td> + <td><a href="#Page_435">435</a></td> +</tr> +<tr> + <td> Complément des variantes</td> + <td><a href="#Page_524">524</a></td> +</tr> +</table> + +<p class="center p4"><small><b>FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.</b></small></p> +<a name="Page_531" id="Page_531"></a> + +<p class="p6 center"><b>PARIS.—IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET C<sup>ie</sup></b></p> + +<p class="center"><b>Rue de Fleurus</b>, 9</p> +<a name="Page_532" id="Page_532"></a> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of Project Gutenberg's Oeuvres de P. Corneille, by Pierre Corneille + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE P. CORNEILLE *** + +***** This file should be named 34445-h.htm or 34445-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/4/4/4/34445/ + +Produced by Hélène de Mink, Carlo Traverso and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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